Odette&Jimmy en Irlande

– Depuis qu’on s’est installés à notre table, t’as l’air entre amusé et agacé, comme si tu voulais garder encore un peu un secret, mais qu’en même temps, t’avais pas envie de prendre le risque de dépasser la date limite. Tu vois ce que je veux dire ?

– Et que oui, je vois ce que tu veux dire ! Parce que c’est exactement ça. Je voudrais pouvoir te demander simplement de me faire confiance sans avoir à t’en révéler la raison.

– Un indice, peut– être ?

– Déguisement

– Tu parles d’un indice ! « Déguisement » ! On se déguise à chaque fois !

– Déguisement

Sur le trajet qui nous menait à Belfast, Jimmy me raconta ce « mystère mystérieux » qui lui était tombé dessus durant l’année 2014. Il s’était rendu en Irlande à l’invitation de certains organisateurs des premières commémorations du centenaire de la Grande Guerre et en se promenant dans les rues de la ville, il était tombé sur une toute petite échoppe de costumes steampunks. L’idée de placer le réveillon et les semaines suivantes dans cette thématique lui était alors apparue comme une évidence.

Il était entré dans la boutique et avait eu la surprise d’y croiser un des participants à la réunion qui le regarda droit dans les yeux

– Être sérieux n’interdit pas d’apprécier le plaisir

– Qu’y a-t-il de plus sérieux que le plaisir ?

L’homme lui tendit la main et serra vigoureusement celle de Jimmy qui cherchait quelque chose du regard.

– J’aurais bien aimé acheter un costume pour ma belle, mais… je ne vois rien qui pourrait être à sa taille…

En habitué des lieux, son jeune confrère lui proposa de jeter un coup d’œil dans cette pièce dont l’accès était masqué par un lourd rideau.

– J’espère ne pas vous choquer

Jimmy souriait en regardant les costumes de plus près. De prime abord, il n’avait rien noté de bien choquant si ce n’était… Et en s’approchant, il comprit. Il était en terrain ami. Il s’était retourné vers le jeune universitaire « Je n’aurais pu rêver costume plus idéal ! »

Une conversation s’était engagée entre eux, conversation qu’ils poursuivaient par correspondance. Socrates CyrusSawyer, puisqu’il préfère qu’on le nomme ainsi, fait partie d’un club, une sorte de confrérie d’amoureux et d’amoureuses de steampunk, d’exhibitionnisme, de voyeurisme et d’univers légendaires.

– Avoue, Princesse, je ne pouvais pas mieux tomber !

Quand nous fûmes installés dans notre chambre, je lui demandai combien de temps il comptait me laisser sur les charbons ardents avant de daigner me montrer la tenue qu’il m’avait faite confectionner. Jimmy éclata de rire, téléphona à Socrates. Après un échange où je pus constater leur degré d’intimité, il m’expliqua « Justement, lui et quelques amis sont réunis dans leur club privé. Si tu es partante pour une petite balade en voiture et pour passer quelques heures en leur compagnie… »

L’endroit tenait tant du vieux manoir que du cottage huppé. Le lieu idéal pour abriter ce club de doux-dingues. Avant toute chose, une trentenaire qui écarquillait les yeux pour ajouter un soupçon de candeur à son regard, nous invita à tirer un des petits papiers de chacune des trois urnes qui étaient posées sur un vieux comptoir aux cuivres rutilants.

– Ainsi, le sort vous offrira une nouvelle identité

– Mais si un ou plusieurs noms ne me plaisaient pas ?

– Vous en choisiriez d’autres, mais le sort est toujours favorable pour celles et ceux qui l’accueillent sereinement !

Malgré mon scepticisme vis-à-vis de toutes ces foutaises new-age, je dois reconnaître que ce fut le cas. Petronilla HopeBowles au bras d’Enoch Jonas Osborne firent leur entrée dans cet univers surprenant, fascinant, passionnant.

Deux femmes et trois hommes étaient présents, celle qui nous avait accueillis se surnomme Bathsheba Betsy Batchelor ou 3B, elle est férue de dessin et depuis qu’elle a connu ce club, qu’elle en fait partie, elle se sent revivre. Au lieu de devoir les cacher, elle a trouvé ici non seulement des encouragements, mais aussi le bonheur de voir s’animer certains d’entre eux, de regarder des humains vivre et interpréter ses scénarios. Elle possède en outre un talent indéniable pour la coiffure et le maquillage.

L’autre femme, la petite soixantaine, représente à mes yeux l’irlandaise typique, rousse, potelée plus que dodue, forte en gueule, mais avec un cœur en or. Je fus déçue quand par hasard je la vis sans sa perruque. En fait, ses cheveux sont châtains.

– Je croyais que tu étais rousse…

– Dans la morne vie quotidienne ? Non. Mais ici, je peux me permettre de faire honneur à mon nom !

– À ton nom ?

– Réfléchis un peu, quel est-il ?

– Rowena Ella Darknoll

Suivant son conseil, j’épelai ses initiales… Red ! C’était si évident ! Pourtant, je commençais à comprendre leur mode de fonctionnement quand cette scène s’est produite. Outre Socrates, deux autres hommes entre la quarantaine et la cinquantaine étaient présents. Le premier, encore habillé « en civil » s’apprêtait à enfiler son costume et prendre l’identité que le sort lui a donnée, Marck Gideon Windlass. C’est un fou de technologie et d’histoire, il a toujours une idée pour améliorer ceci ou cela. Le troisième homme, monté sur ressorts, se surnomme Les Alister Batchelor.

– Batchelor ? Comme Betsy ? Vous… vous êtes de la même famille ?

– Quand le sort a décidé de m’attribuer cette nouvelle identité, je l’ai accueillie sereinement. Le sort souhaitait que nous devenions mari et femme, nous le sommes devenus.

– Dans… dans la vraie vie ?

Les deux sourirent, hochèrent la tête.

– Non ! Mon épouse n’aurait pas été très enchantée à cette perspective !

– Mon mari non plus ! Mais quand je suis Betsy et lui Alister, nous nous comportons comme mari et femme… non exclusifs…

– Y a-t-il un Mr Bowles ? Une Mrs Osborne ?

– Aucun Bowles exceptée toi, quelques Osborne, mais ce seraient plutôt les neveux ou cousins d’Enoch !

– Avant de vous faire essayer vos costumes, je dois vous rappeler que ceux-ci ont été confectionnés sur mesure mais à distance, certains ajustements peuvent s’avérer nécessaires. Je ne sais pas si Socrates t’a expliqué notre définition du « sur mesure ». Il ne s’agit pas que de mensurations, de choix de couleurs, mais aussi de ce que nous savons de vous et de comment nous vous imaginons dans cet univers. C’est dans cette idée que nous avons créé les vôtres, mais avant de vous les dévoiler, nous devrons attendre l’arrivée de Linus Enoch.

Ils nous ont donc fait visiter les lieux. J’ai souri en pénétrant dans leur atelier, je me serais cru projetée dans un téléfilm de Noël anglais ! Une longue table au plateau épais, des petits établis un peu partout, il y avait même une mini-forge ! « C’est pour le décor, pour nous aider à nous plonger dans nos univers ! »m’a précisé Red. En revanche, j’ai été très étonnée d’y trouver autant d’électronique. C’est son dada m’a expliqué Socrates en me désignant Alister.

Pour nous rendre dans la salle dédiée aux costumes et au maquillage, nous avons dû suivre un parcours labyrinthique. Un long couloir. Un escalier masqué par un panneau en bois coulissant et invisible pour qui ignore son existence. Quelques marches à monter. Un petit boudoir à traverser. Un autre petit couloir. Quelques marches à descendre. Un premier pallier. Quelques marches à monter. Un autre pallier donnant sur quatre porte, dont la première s’ouvre sur la salle des costumes et du maquillage.

Faire ce parcours nous prit du temps parce que Jimmy et moi nous arrêtions devant chaque vitrine, devant chaque tableau qui décoraient les lieux. J’avais admiré les dessins de Betsy et souri à chaque plaque de cuivre fixée à côté, indiquant « Don de la merveilleuse artiste, Bathsheba Betsy Batchelor ». Elle souriait en rougissant, Alister la tenait par la taille se réjouissant que ses pas l’aient menée jusqu’à lui et que le sort les ait faits mari et femme. Surjouant la contrariété, elle l’avait rabroué « Tu exagères toujours, Les Alister chéri ! » avant de l’embrasser langoureusement.

– C’est beau cette lune de miel qui dure depuis leurs noces à ces deux-là ! Tu verras !

Red avait raison, ils ne cessèrent pas de se taquiner, de s’embrasser, de se peloter ou de se caresser, selon, jusqu’à la salle des costumes. De leur côté, Socrates, Gideon et Jimmy semblaient poursuivre une conversation débutée bien avant.

La salle m’apparut immense, bien plus qu’elle ne l’est en réalité, cette impression était renforcée par les petits box qui permettent de se masquer à la vue des autres le temps d’enfiler son costume « la surprise favorise l’éclosion du plaisir ». Une fois le costume enfilé, un savant jeu de miroirs permet de se regarder sous tous les angles, l’éclairage modulable à souhait offrant mille possibilités de peaufiner son personnage, son scénario.

– Endosser nos costumes prend toujours du temps, surtout quand ils sont nouveaux, surtout quand on ne les a pas imaginés soi-même. En attendant l’arrivée de Linus Enoch, je vous propose de vous bander les yeux, Alister, Gideon et moi-même nous chargerons d’aider Jimmy à enfiler sa tenue, pendant que Betsy et Rowena s’occuperont de Petronilla.

Les yeux bandés, je sentis Red me prendre le bras pour me guider jusqu’à l’un des box. Quelle étrange sensation d’être dénudée puis vêtue par des mains inconnues !

– Tu nous dis, si on serre trop fort.

Je haussai le ton pour demander à Jimmy de traduire ma réponse « Ce n’est jamais trop serré ». Il leur expliqua la honte que j’éprouvais à parler anglais, à cause de mon horrible accent.« Mais c’est tellement chic, l’accent français ! » S’ensuivit une conversation durant laquelle naquit une idée plus précise de mon personnage, une lady excentrique, descendante d’un lord anglais et d’une princesse gour qui se pique de parler anglais exactement comme une Française. Cet obstacle étant levé, j’acceptais enfin de parler cette langue, mes hésitations, mes erreurs, la lenteur de ma diction étant censées accentuer mon excentricité.

– Les corsets à lacets nécessitent l’aide d’une tierce personne, mais nous n’avions pas tes mensurations exactes, alors…

– Alors, je ne vous les dévoilerai pas ! Cette sensation est… divine !

J’avais prononcé ce dernier mot en français, ce qui plut beaucoup à mes deux complices. J’avais l’impression qu’elles ajustaient mon corps aux vêtements plus que l’inverse, mais c’était très excitant de chercher à deviner, ne me fiant qu’à la sensibilité de ma peau, à quoi ressemblait ma tenue. Red avait renoncé à gainer mes jambes, en reprochant le manque de précision des renseignements fournis par Jimmy à ce propos. Ce qui nous donna une bonne occasion de critiquer la gent masculine sans vergogne, ni remords.

Il fallut de longues minutes pour enfiler ma robe, les doigts de ces deux femmes couraient le long de la jupe, comme si elles voulaient être certaines qu’il n’y demeurait aucun faux-pli. Elles me demandaient de faire tel ou tel mouvement, tel ou tel geste, leurs doigts à l’affût du moindre défaut, tout en m’assurant que j’en comprendrai la raison plus tard.

Bien que Jimmy fût prêt depuis longtemps, aucun des hommes ne manifesta la moindre impatience. Nous les entendions discuter avec Linus, arrivé entre temps.

– Sa voix te fait vibrer, toi aussi ?! C’est à n’y rien comprendre, il fait cet effet à toutes les femmes du club, il est pourtant resté vieux garçon !

– Il doit y trouver son compte…

– Tu vois, Betsy, Petronilla pense comme moi ! Exactement comme moi !

Elles m’aidèrent à faire mon entrée sous les exclamations enthousiastes de ces messieurs. Je sentis le bras de Jimmy contre le mien, mes doigts cherchèrent les siens, les trouvèrent et s’y accrochèrent.

– Ressentez-vous cette excitation particulière que l’on ressent avant une toute première fois ? Avant un premier rendez-vous ? Quand on ignore si l’autre nous plaira, si nous lui plairons ?

Je fus étonnée, et pour tout dire un peu déçue, de la relative sagesse de ma robe. Pourquoi avaient-elles pris tant de temps à ajuster jupe et caraco de soie et de dentelles pour que mon corps soit finalement si peu visible ? En revanche, l’arrière de la jupe était une véritable merveille ! Un satin épais, carmin, brodé de symboles, orné de breloques et d’accessoires qui me correspondaient. Jimmy portait un élégant pantalon à la braguette avantageuse, ce que je lui fis remarquer en français et qu’il s’empressa de traduire à ses amis.

– Pour créer ton costume, j’ai demandé à Enoch Jonas de me parler de toi, les vingt premiers mots qui lui venaient à l’esprit en pensant à toi, les mots qui te caractérisent le mieux. Il a tout de suite évoqué ton humour et ton goût pour la distorsion.

– Mon goût pour la… distorsion ?

– Tu n’es jamais celle qu’on pourrait attendre que tu sois… explique-lui, Linus !

– Il semblerait que tu aimes le rock, pourquoi et que préfères-tu dans le rock ?

– J’aime l’énergie, ce que ça fait vibrer en moi… quand débutent certains riffs de guitare…

– Quel genre de riffs ?

– Quand le son est presque… sale… saturé…

– Distordu, en quelque sorte ? Mais une femme noire, de ton âge, qui n’apprécie pas le funk, c’est plutôt incongru, n’est-ce pas ?

– Tu veux dire que mon esprit est aussi distordu ? Et puis, si je préfère le rock, j’apprécie certains morceaux… surtout quand… Ah oui ! La pédale wah-wah ! C’est aussi de la distorsion !

Linus prit alors une guitare que je n’avais pas remarquée, la brancha, se pencha sur une pédale.

– Sur une échelle de 0 à 10, à combien dois-je la régler ?

– Douze !

Il sourit. « On est sur la même longueur d’onde… » et commença à jouer les premières notes de Let’s get it on.

Jimmy et moi étions bouche bée ! À chaque note, le devant de ma jupe s’éclairait de mille petites diodes lumineuses et quand Linus appuyait sur sa pédale wah-wah, un souffle léger, comme une brise, faisait onduler le jupon devenu transparent ! Nos amis irlandais savaient la surprise que réservait ma tenue, mais découvraient mon corps avec un étonnement charmé. Après avoir constaté que le mécanisme de ma robe fonctionnait, nous fûmes conviés à les suivre dans la salle d’exposition. Très surprenante elle aussi.

Nous pouvions décider qui nous verrait, grâce à un habile système de stores et si nous souhaitions les voir, dans ce cas, il nous suffisait d’allumer une lumière ou pas. Jimmy était vraiment très sexy dans son costume. Socrates apporta une sorte de bras articulé, invita Enoch à détacher la coquille qui masquait son sexe, une nouvelle surprise nous attendait. Il y eut quelques réglages à faire.

– Il faudrait que tu nous montres comment tu te branles.

Jimmy/Enoch s’exécuta.

– Et comment tu aimes que Petronilla le fasse.

J’obéis à mon tour. Socrates lui expliqua comment permuter d’un mode à l’autre. Que nous avons ri pendant ces réglages !

– Je mesure à quel point tu leur fais confiance, parce que… Faut être sacrément rassuré pour confier ta bite à une main articulée !

– Mais… c’est que nous sommes experts en la matière, Petronilla !

J’étais interloquée que Linus ait compris ma remarque, faite en français, et le fus davantage de sa réponse.

– Enoch ne t’a donc pas prévenue ? Tu as devant toi le club des amateurs de la masturbation assistée !

L’éclat de rire fut général et chacun apporta son bras articulé. Anticipant ma question, Betsy me précisa qu’elles avaient également le leur, mais qu’à l’instar des hommes, elles ne s’en servaient pas à chaque fois, que ça dépendait de leur humeur, de leur envie du moment. Quand elle me montra son « caresseur », je ne pus me retenir de chantonner la mélodie du générique de La famille Adams.

Linus, amusé, me fit les gros yeux avant de prendre sa guitare, de la relier à la pédale wah-wah. Je frissonnais de plaisir quand il se mit à chanter. Bon sang ! Par quel subterfuge at-il déclenché ces vibrations sensuelles qui convergent vers mon entrejambe ? Je crois que cette réflexion devait se lire dans mon regard. Red affirma sur un ton plein de tendres reproches que Linus avait pactisé avec le diable pour avoir cette voix.

– Ou avec le Dieu de l’Amour !

– Merci, Petronilla, tu me comprends, toi au moins !

– Parle ou chante, à ta convenance, mais par pitié… n’arrête pas !

Les chansons se succédèrent, alternant rock, soul, funk. Toute à mes sensations, j’avais fermé les yeux pour mieux les ressentir. Je réalisai soudain qu’ainsi, je me privais du plaisir d’observer ces hommes se caresser. Je les rouvris et fus fasciné du ballet de ces mains sur leur sexe, Linus souriait, il pivota le temps de me montrer l’utilité de ce bras articulé prolongé d’une main. Je ne pus me retenir de pouffer, en effet, la guitare nécessitait l’usage de ses véritables mains. Jimmy s’était déplacé, il me faisait face et nous regardait, toutes les trois alignées ou presque face aux hommes. J’eus une pensée pour ces danses traditionnelles, les femmes sur une ligne, les hommes sur la leur. D’ailleurs, Red semblait danser en tapant la mesure de ses pieds. Betsy était beaucoup plus lascive et paraissait chalouper pour l’unique plaisir d’Alister.

Gagnée par l’effronterie, je m’approchai de ces hommes pour observer leur sexe de plus près. Socrates eut l’air surpris et son érection s’en ressentit. Il eut une moue désappointée, moue à laquelle je répondis par un grand sourire, avant de m’éloigner et de me diriger vers Linus dont le manège m’intriguait. Il était assis, je dus donc me pencher pour tenter de distinguer son membre de nouveau masqué par la guitare.

Guitare qu’il posa à ses côtés, éteignant ainsi les diodes de mon jupon. Je regardais, amusée les mouvements savamment irréguliers de sa main artificielle quand je sentis ses mains déboutonner le caraco qui recouvrait encore ma poitrine. Son regard m’excitait, autant que les mouvements de sa langue que je devinais derrière ses lèvres. Je sentais mes tétons durcir à vue d’œil, il caressa mes mamelons du bout de son index en fredonnant une chanson où il était question d’une femme au charme diabolique. Il sourit à Jimmy, constatant à voix haute qu’il ne leur avait pas menti avant de me demander l’autorisation de lécher mes seins. J’acceptai à la condition sine qua non de me montrer à quoi ressemblait son sexe. Ce qu’il fit volontiers.

Son sexe portait les marques laissées par son appareillage. Je lui demandai alors s’il ne l’aurait pas mal réglé, puisque j’avais constaté que ceux de ses homologues n’en portaient pas.

– J’aime quand c’est serré, ça ne l’est jamais trop à mon goût.

– Serré comment ? Comme ça ?

J’avais serré ma main autour de sa verge et la branlai lentement, mais fermement.

– Plus encore !

Je serrai davantage ma main.

– Oui. Comme ça, c’est mieux !

– Tu es donc adepte de la pierre d’alun avec ces dames, comme l’était Édouard VIII ?

Jimmy fut surpris que je connaisse le terme en anglais et me le fit remarquer quand nous nous retrouvâmes seuls dans notre suite nuptiale. La raison en est toute simple, c’est un produit hémostatique et dans ma carrière professionnelle, j’avais appris la traduction de certains composants de médicaments.

– Quel rapport avec Édouard VIII ?

– Mais, mon cher Socrates, tout le monde le sait ! C’est ainsi que Wallis Simpson l’a attrapé dans ses filets. Elle en mettait un morceau dans le vagin, ce qui resserrait ses parois et le Prince, qui était monté très fin, avait ainsi la sensation d’être viril comme un homme des bois.

Les exclamations de joie de nos amis me firent prendre conscience du sang irlandais qui coulait dans leurs veines. Ils ignoraient tout de cette anecdote qui ridiculisait à leurs yeux un membre de la famille royale et s’en réjouissaient à coup de claques sur les cuisses.

La langue de Linus titilla mes mamelons ce qui me fit perdre le fil de la discussion. Oubliant tout sens de la retenue aristocratique que j’avais adoptée jusque lors, je m’assis sur ses genoux, glissai sa main sous mon jupon pour me laisser aller à la douce violence de ce premier orgasme en terre d’Irlande. Ma main s’était resserrée sur son sexe et je sentis la chaleur de son sperme dans ma paume et sur mes doigts. Nous ne pûmes réfréner l’envie de nous embrasser, sa langue avait le goût du tabac et de l’alcool.

Quand je rouvris les yeux, Jimmy se tenait à mes côtés, se branlant furieusement tout en me disant son amour. Socrates nous avait rejoints également, Gideon et Red s’envoyaient en l’air sans chercher à retenir leurs cris de plaisirs. Betsy suppliait Alister, qui lui répondait qu’elle devait mieux le lui demander, mais si j’avais une idée de ce qu’elle voulait, je ne connaissais pas le désir précis qu’elle avait formulé. Je ne tarderai pas à le savoir.

Alister prétextait que réaliser le souhait de Betsy nécessitait une trop longue mise en œuvre, elle insistait « Alister chéri… ! » J’avais tout à fait conscience que cela participait à leur jeu. Elle tourna les yeux vers moi avec une moue de dépit. Je la tirai de ce mauvais pas en m’adressant à Jimmy/Enoch « Je crois qu’Alister ne nous juge pas dignes de découvrir tous leurs petits secrets. Peut-être le temps est-il venu pour nous de saluer nos nouveaux amis avant de nous esquiver sur la pointe des pieds. Qu’en penses-tu ? » Toute la petite troupe se récria« Mais non ! »« Pas du tout ! »« En aucune façon ! »

Betsy s’enflamma « Méchant Les Alister, tu as peiné nos nouveaux amis ! » Jimmy/Enoch entra dans la partie en affirmant qu’afin de nous prouver la sincérité de ses dénégations, Alister devait se résoudre à exaucer le souhait de Bathsheba. Il avait prononcé ce prénom comme on se délecte par avance d’une gourmandise. Red et Gideon avaient interrompu leurs galipettes et hochaient la tête d’un air entendu et satisfait. Nous étions bien des leurs et cette joute verbale en était la preuve si tant est qu’elle eut été nécessaire. Ils rejoignirent Betsy et Alister, qui s’excusa par avance du temps que durerait leur absence.

J’étais toujours à demi allongée en travers des cuisses de Linus, qui n’avait pas cessé de caresser ma poitrine. Socrates prit la guitare et plaqua quelques accords maladroits, mais qui suffirent à allumer les diodes parcourant mon jupon. Devant l’air renfrogné de Linus, il s’en expliqua.

– Je voulais voir de plus près cet étrange phénomène.

– Quel étrange phénomène ?

– La luminescence de ton pubis sous cet éclairage.

Je souris à Jimmy qui me sourit en retour.

– Il n’y a rien de bien étrange, ni de mystérieux.

Pour appuyer mon propos, je remontai le plus délicatement possible mon jupon. Je suis certaine que lorsqu’Arthur extirpa Excalibur de son fourreau de pierre, les personnes présentes furent moins étonnées que Socrates et Linus découvrant mon pubis immaculé. Ils eurent un geste pour le toucher, mais attendirent mon consentement pour oser le faire.

– Comment, diantre, as-tu réussi cet exploit ?

– J’ai vieilli, tout simplement !

Les doigts de Socrates semblaient incapables de se séparer de mes poils. Je sentais le sexe de Linus reprendre vigueur contre ma hanche. Jimmy me souriait, très excité de me voir susciter tant de désir. Parvenant à déchiffrer mon sourire, il les enjoignit à poursuivre leurs caresses, leurs baisers, leur faisant remarquer la chair de poule qui avait réapparu autour de mes mamelons. Il la désigna d’une caresse de l’ongle de son index, ce qui me fit gémir de plaisir. Je m’offrais à leurs caresses, à leurs baisers avec une évidence que je n’aurais pas crue possible avant cet instant.

Je préférais le goût des baisers de Linus à celui de ceux de Socrates, qui pourtant embrassait bien mieux. Je ne saurais m’en expliquer la raison, si ce n’est la saveur exquise de ce mélange de tabac froid et de whisky. J’ai gardé secrète cette sensation jusqu’à aujourd’hui.

J’aimais beaucoup regarder la façon dont Socrates se branlait. Une masturbation artistique, raffinée, aristocratique pourrais-je même écrire. Linus prit ma main et la serra si fort autour de sa verge que je craignis de voir ses yeux s’exorbiter. Je le masturbais d’une façon plus rugueuse que je ne l’avais jamais fait auparavant. Sa respiration saccadée était sifflante. Une goutte de salive atterrit sur mon poignet.

Aujourd’hui encore, je demeure incapable de savoir si c’est ce qui déclencha mon orgasme ou si ce fut la somme de tous ces éléments. Je vis remuer les lèvres de Socrates, mais n’entendis pas un seul mot tant la violence de mon orgasme m’assourdissait. Je me sentais onduler, je me voyais onduler alors que mes paupières étaient closes. Quand je recouvrai l’ouïe, les premiers mots que j’entendis furent ceux de Jimmy « Ô, ma princesse chérie, si tu savais comme je t’aime ! » Il les avait prononcés en français parce que ces mots m’étaient destinés et non à Petronilla, qui avait totalement disparu de ses pensées.

Je pris conscience d’un brouhaha et en ouvrant les yeux, vis dans un miroir du plafond, nos autres amis irlandais installer ce qui ressemblait à un carrousel. Quand ce fut fait, Betsy nous annonça qu’elle et Alister devaient s’absenter encore quelques dizaines de minutes, le temps pour eux de revêtir les tenues adéquates.

Linus interpella Gideon qui s’approcha de nous, regarda mon pubis et répondit aux questions de son ami. Oui, il était possible de changer ces huit diodes précises par d’autres et oui, il y en avait de telles dans leur stock. Red s’amusait de l’engouement de ses partenaires pour mon pubis tout en leur reprochant d’avoir mis ma belle tenue dans un tel désordre. Elle remarqua mon sourire amusé.

– Mais je ne suis qu’une femme du peuple, ma chère Petronilla à la différence de toi, aucun sang royal ne coule dans mes veines. Il est bien normal que je me fasse culbuter comme une… oh oui Gid… comme… oh oui… ô mon Dieu ! Comme…

Je devinais plus que ne voyais les mains de Gideon mettre davantage de désordre dans la tenue de Red en la tripotant sous les épaisseurs de tissus. Je sentis des doigts remonter le long de mes jambes, palper mes cuisses, mais au lieu de regarder à qui ils appartenaient, je fermai les yeux et me laissai faire, emportée dans une vague de plaisir incroyable. Jimmy/Enoch donna le signal de départ.

– Petronilla, Princess Petronilla devrais-je dire, laissez-vous aller et tentez de deviner à qui appartiennent ces doigts.

Comment n’ai-je pas succombé à tant de jouissance ? Cela restera à tout jamais un mystère. Je reconnus sans aucun doute possible les doigts de Jimmy écarter mes lèvres pour inviter ceux de nos amis à me pénétrer, l’un après l’autre, puis à plusieurs. Je ne sais pas quelle bouche léchait, suçait mes seins avec tant de talent. À son exclamation de surprise ravie, je compris que Red découvrait ceux de Jimmy/Enoch. J’avais tourné mon visage vers le ventre de Linus, sans m’en rendre tout à fait compte, ma main s’était crispée autour de sa verge. Les yeux clos, je découvris le goût de son gland. J’eus beaucoup de mal à desserrer mes doigts pour le sucer un peu. Une main, qui n’était pas la sienne, appuya sur ma nuque. Je sentis le goût âpre de son sperme au fond de mon palais.

Une force incroyable m’étreignit les reins et je jouis de nouveau emprisonnant plusieurs doigts de plusieurs hommes allant et venant dans mon vagin. Je visualisais les soubresauts de mon corps et cette vision amplifiait mon plaisir. Ces doigts emprisonnés à l’intérieur de mon sexe me faisaient percevoir à quel point il était humide, dégoulinant. La verge de Linus avait du mal à débander tant elle aimait ce que ma bouche et ma langue lui offraient.

Socrates et Gideon se plaignaient sans grande conviction de la chance que j’accordais à Linus. Red traitait Enoch de maudit français doté de toutes les bénédictions divines. Ce à quoi il répondit qu’il était à moitié sujet britannique. « C’est encore meilleur ! » jura Red dans un râle où le plaisir avait une grande part. Je gardais les yeux fermés craignant que la vision de Jimmy prenant du plaisir avec une autre ne gâte le mien.

Alister et Betsy nous rejoignirent peu après. Jimmy et moi fûmes conviés à nous approcher du carrousel. En apercevant mon reflet dans un miroir, je ne pus m’empêcher de sourire en repensant aux reproches que Red avait adressés à Linus et Socrates. Ma tenue ne ressemblait plus à rien, mais je l’en trouvais plus excitante encore.

– Petronilla, note la précision que requiert l’usage de cette monture !

En effet, ce cheval de manège un peu particulier était composé de deux éléments principaux et articulés de façon à coulisser. Betsy, débarrassée de sa magnifique robe, ne portait que des bottes, des bas et un porte-jarretelles très excitant. Elle avait ôté son corset, sa jeune et fière poitrine aurait damné tous les saints, y compris Patrick et ses alter-egos irlandais. Elle s’installa sur le cheval mécanique, mit ses pieds dans les étriers que Red se chargea de régler dès qu’Alister fut installé face à son épouse. Son membre harnaché d’une fine lanière de cuir me parut très impressionnant. Red suivait les indications du couple, relevant, écartant les pieds de Betsy à leur demande. Les étriers d’Alister ne nécessitaient aucun réglage particulier.

– Nous arrivons maintenant à la phase la plus délicate, mes amis. Es-tu prête, ma douce Bathsheba ?

Le sourire réjouit de Betsy pour toute réponse, Gideon procéda aux tous derniers réglages avec une lueur d’excitation dans le regard. Précautionneusement, il actionna une molette, attentif au moindre sursaut des corps et du cheval mécanique. Red l’assistait surélevant le bassin et les reins de Betsy à l’aide de coussins qu’elle plaçait suivant les indications de son amie. Le gland d’Alister était enfoncé aux trois-quarts dans le vagin de Betsy quand retentirent les premières notes d’une ballade irlandaise. À peine la pensée « Quelle bonne idée d’ajouter un peu de musique » avait traversé mon esprit que Red poussa un juron, maudissant sa mauvaise fortune. En réalité, il s’agissait d’une alarme lui rappelant qu’il était temps pour elle de réintégrer ses foyers et sa « morne vie quotidienne ». Elle nous embrassa, en espérant nous revoir bien vite, salua ses amis et sortit de la pièce, non sans nous avoir conseillé de ne pas nous montrer trop sages. Gideon tendit une télécommande à Betsy pendant qu’Alister enduisait généreusement sa verge de lubrifiant.

À la gauche du carrousel, face à la croupe du cheval, se tenait Jimmy/Enoch, à la droite se tenait Linus. Pour ma part, j’étais assise face au carrousel entre Socrates et Gideon qui se tenaient debout. Le fauteuil dans lequel j’étais installée, qui me faisait penser à un trône victorien était assez haut pour me permettre de ne pas perdre une miette du spectacle que le savant jeu de miroirs amplifiait. Gideon me souffla à l’oreille « Le spectacle va commencer ! », Betsy et Alister choisirent un programme. Un standard du rock aux accents celtiques qu’on aurait juré sorti d’un orgue de barbarie retentit soudain. Les premiers va-et-vient les satisfaisant. Betsy déposa sa télécommande dans une sacoche que je n’avais pas remarquée avant. Alister tira sur les étriers et le carrousel se mit à tourner lentement.

J’étais sidérée d’une telle ingéniosité et devinai immédiatement qui en avait eu l’idée. Je ne pouvais pas détacher mon regard de cette exhibition. Cependant, au bout de quelques minutes, je tournai mes yeux vers la droite pour admirer Gideon en train de se masturber, il le remarqua, me sourit, nous nous étions compris. Je taquinai son gland avec mes lèvres, avec ma bouche avant de faire de même avec Socrates puis de revenir à mon observation du couple sur le cheval mécanique. Ce petit jeu entre nous me plaisait de plus en plus, j’aimais alterner toutes ces sensations.

Soudain, je m’aperçus que Linus avait quitté sa place et s’éloignait de nous, en ronchonnant, me semblait-il. Il revint vers nous, une lampe dans une main et un petit banc dans l’autre. Tout en nous reprochant de l’obliger à choisir, il s’assit à mes pieds, installa la lampe entre mes chevilles. La lumière violette rendait mon pubis éclatant de lumière. Un Oohh collectif emplit la salle, mais pas au point de couvrir la musique, ni les gémissements de Betsy et encore moins les grognements de plaisir d’Alister. Linus me demanda s’il pouvait goûter mon sexe, je lui répondis que s’il ne le faisait pas immédiatement je lui en voudrais pour le restant de mes jours. Bon sang, sa langue était rusée comme un renard, et curieuse et avide ! J’en oubliais presque le spectacle, mais la main de Socrates sur ma nuque me rappela à notre douce réalité. « Fais comme si Linus n’était pas là et… »il ne termina pas sa phrase. Je me tournai alors vers Gideon et notre jeu reprit.

J’avais trouvé Betsy plutôt jolie, mais quand elle s’envoyait en l’air comme ça, sur ce cheval dont les mouvements irréguliers avaient été programmés à l’avance, elle devenait plus que belle et sa beauté rejaillissait sur Alister.

Je pris soudain conscience de la présence de Jimmy/Enoch dans mon dos, il avait apporté son nouvel ami, son assistant masturbateur, et me caressa les seins. Je ne saurais dire combien de temps dura ce moment de grâce absolue où je sentais couver en moi un orgasme puissant. Gideon voulut sortir de ma bouche parce qu’il allait jouir, il lut dans mon regard que je ne le souhaitais pas. Son sperme avait un goût presque sucré. À moins que ce ne fussent ses mots d’une douceur et d’une tendresse rares qui me donnèrent cette impression.

Je voulus repousser la tête de Linus pour ne pas lui briser le crâne en resserrant mes cuisses, mais il ne se laissa pas faire. Le sexe de Socrates dans ma bouche, les mains de Jimmy/Enoch semblaient découvrir la géographie de mon corps, ses caresses sur mes seins, sur mon ventre étaient divines. Je lui fis signe de l’index. Ses dents déchirèrent la naissance de mon cou. La bouche pleine, mon cri de jouissance fut assourdi, mais mes succions, ma déglutition firent jouir Socrates peu après.

Quand je repris mes esprits, Alister retirait avec une facilité déconcertante ce que j’avais de prime abord pris pour des lanières de cuir, mais qui était en réalité un préservatif texturé. La poitrine de Betsy se soulevait au rythme de sa respiration profonde. Elle me sourit. Welcome to Ireland !Je sentis les mains de Linus sur mes genoux et pensai enfin à les écarter en m’excusant platement. Son visage était luisant, mais son sourire et son regard l’illuminaient davantage.

De tous les pays où nous avons voyagé, l’Irlande est celui que nous avons le moins visité. Je ne me souviens finalement guère que du trajet entre notre hôtel et le club de nos amis. Nous eûmes l’occasion de rencontrer deux autres membres, mais que je trouvais bien trop jeunes à mon goût quoique très sympathiques.

Quand, vers le milieu du séjour, je demandais à Red si elle pouvait me conseiller un endroit où acheter une breloque steampunk pour mon bracelet, elle me répondit qu’il y avait tout le matériel nécessaire dans leur atelier pour que je me la fabrique moi-même. Je trouvais l’idée excellente. De toutes celles qui ornent mon bracelet, c’est certainement la moins aboutie, mais il faut dire que ces messieurs se sont bien amusés à me taquiner pendant que je la confectionnais !

Odette&Jimmy – Le voyage c’est aller de soi à soi en passant par les autres (proverbe touareg)

Les nouveaux horizons que je te proposerai cette année nécessiteront un voyage éprouvant avec pas moins de trois escales, je ne veux pas prendre le risque d’arriver trop tard ou trop fatigués pour fêter dignement le passage à la nouvelle année. Serais-tu opposée à l’idée d’avancer notre rendez-vous au 26 décembre ?

Quand nous atterrîmes enfin à Wellington, un chauffeur nous attendait agitant un panonceau « Jimmy O’Malley & Princess ». Je me suis précipitée vers lui.

– Oh… Jim! You miss me…

– Sure, I…

– She meant « I miss you »!

Confuse de cette grossière erreur, je baissai la tête et la rentrai dans mes épaules sous le regard faussement désapprobateur de Jimmy.

Il avait mis au point ce séjour avec Jim tout au long de l’année. Tout avait commencé quand Jimmy avait consulté la liste des vols pour la Nouvelle-Zélande et qu’il avait remarqué ceux dont une escale se tenait à Sidney ou à Melbourne. Il avait alors proposé à Jim de prolonger notre escale et de passer un ou deux jours ensemble. Jim était emballé à cette idée, il précisa même qu’il n’avait jamais voyagé au-delà des frontières de l’Australie-Occidentale. Nous connaissions son histoire, sa vie aux confins de la misère, mais qui lui permettait d’étancher sa soif de liberté.

Jimmy lui offrit de passer ces sept semaines avec nous. Jim refusa, il aurait eu l’impression d’avoir mendié et sa fierté en pâtirait. Jimmy eut le dernier mot avec ce marché « Je t’embauche comme agent de voyage. Tu as le sens de l’accueil des touristes, comme Princesse et moi avons pu le constater. Je compte sur toi pour nous préparer un séjour de rêve, pour nous faire découvrir les îles et leurs habitants, tu percevras un salaire avec lequel tu t’offriras sept semaines de vacances. »

Jim avait protesté qu’il n’y connaissait rien, que les Néo-zélandais lui étaient aussi étrangers que les Français, rien n’y fit. « Ça te donnera l’occasion d’apprendre des tas de choses, n’oublie pas que j’ai passé quarante ans de ma vie à enseigner ! »

Dans la voiture, il nous reluquait par le rétroviseur. Il n’avait pas voulu que je monte à ses côtés « Je ne pourrais pas regarder la route, Princess ». Il avait aussi refusé que ce soit Jimmy « Tu ne peux pas laisser cette merveille toute seule à l’arrière ! » Il chantonnait, sifflotait joyeusement en nous conduisant vers le cottage qu’il louait pour nous. Il nous en ouvrit la porte dans un geste grandiloquent.

– Y avait pas plus grand, comme lit ?

Une chance qu’il y ait eu des coussins dessus, sinon je n’aurais pas imaginé que ce meuble imposant était un lit : 2 mètres 50 de long sur trois de large ! J’étais baba ! Jimmy lui demanda de me dire ce qu’il avait pensé de notre petit film écossais. Jim s’anima, s’enflamma, affirmant « Je le regardais chaque jour ! Tous les jours ! » Il appuyait son propos de grands gestes enthousiastes et énergétiques. Je souris en observant d’un regard oblique le sourire serein de Jimmy. Fidèle à ma mauvaise foi, je tançai Jim, lui reprochant d’exagérer, il avait dû le visionner une fois ou deux, guère plus.

Tombant dans le panneau, ou feignant d’y tomber, il se récria, jura ses grands dieux que le moment de la journée qu’il préférait était celui où il s’installait nu dans son fauteuil pour visionner notre film. « Je ne te crois pas ! Prouve-le ! » Jimmy arbitra et proposa à Jim de rejouer la scène, l’invita à sortir le temps que nous nous préparions. Quelques minutes plus tard, il cria « Action ! » et Jim fit son entrée. D’abord décontenancé de se voir filmé, il avança vers moi, un journal à la main, marmonnant un truc incompréhensible en mordillant sa pipe. Nous n’avions pas pensé que Jim ne parlait pas français ! Qu’avait-il compris de l’histoire ? Peu importait, finalement.

Tout comme dans notre film, il s’assit à ma tête, troublant mon sommeil délicat. Ses jambes très écartées faisaient bailler le peignoir qui lui tenait lieu de robe de chambre. Peignoir qu’il portait à même la peau. À demi-réveillée, je posai ma tête sur sa cuisse, me plaignis de la lumière qui m’empêchait de me rendormir, me retournai de telle façon que son corps m’en protège et rabattis la couverture sur mon visage.

À l’idée d’avoir son sexe dans ma bouche avant même d’avoir pu l’observer, savoir que nous avions de longues semaines devant nous pour en profiter, ma bouche s’emplit de salive, mon sexe brûla de désir. Son gland à peine entré dans ma bouche, je sentis la main de Jim sur mon crâne. « Sorry. I’m so sorry » Je levai la tête et dégustai son sperme en le regardant tendrement. Jimmy lui demanda de continuer, de faire comme s’il n’avait pas joui.

Je repris ma place sur ses cuisses, me retournai vers son ventre, rabattis la couverture sur ma tête, suçai son sexe flapi. Il souleva la couverture « What are you doing? » Je le regardai, les yeux écarquillés de candeur, relevai la tête lentement, portai ma main au menton « Oups ! » avant de retourner sous la couverture qu’il souleva et cette fois sur un ton plein de reproches « What are you fucking doing now?! ». Je suçais mon pouce. Il exigea que je me débarrasse de cette couverture.

– Je ne le peux pas, monsieur !

– Et pourquoi ? Que cachez-vous sous cette… que me cachez-vous ?!

J’étais surprise qu’il ait si bien compris le propos de Jimmy. Comme dans notre film, sa main glissa sous la couverture. Jim jouait l’étonnement à la perfection. Ses caresses étaient divines et je voyais son membre reprendre de la vigueur. J’aurais pu rester des heures à me faire tripoter sous cette couverture, à observer ce sexe magnifique qui me tentait tellement…

« Mais vous êtes nue, Madame ! » Jim avait prononcé cette réplique dans un français approximatif, mais compréhensible. Il me regardait onduler sous ses caresses en invoquant son Dieu.

Nous interrompîmes cette scène, car j’avais envie de l’embrasser, de refaire danser ma langue avec la sienne, de sentir son souffle excité sur ma joue. Il m’embrassa avec fougue, les mains encore étonnées de caresser mes reins, mes fesses. Je proposai à Jimmy de venir nous rejoindre avec ou sans sa caméra et de me faire l’amour sous le regard de Jim qui s’allongerait tête-bêche afin que je puisse l’observer de près quand il se branlerait. Je bavais littéralement d’excitation à cette idée, qui les enchanta.

– Regarde ! Tu as vu ?

– Oui… c’est encore plus… beau… terriblement excitant !

Les doigts de Jim se faisaient légers pour caresser mon pubis désormais immaculé. Je frissonnais de plaisir en les écoutant se demander si ma peau était devenue plus sombre ou si ce n’était qu’un effet d’optique. Comme s’ils s’apprêtaient à dévoiler une relique sacrée, les doigts de Jimmy et de Jim écartèrent délicatement mes lèvres et une langue titilla mon clitoris, puis une autre l’imita. Jim avait glissé une main vers ses bourses, qu’il caressait, les compressant parfois. La danse des langues sur mon clitoris ne cessait pas.

Tss tss ! D’un geste de la main, j’interrompis celui de Jim, qui se branlait trop vite à mon goût. Je ne voulais pas qu’il jouisse avant d’avoir observé de tout près les va-et-vient de Jimmy. Cette image provoqua un nouvel afflux de salive dans ma bouche. Je savais ce qu’il adviendrait si je le suçais, alors je pris ses doigts et les suçai en me régalant de le voir onduler de plaisir. J’attendis qu’il s’apaise un peu pour libérer ses doigts et les laisser rejoindre son membre. Désormais libres, ses doigts jouèrent avec mes lèvres, plongèrent dans ma bouche pour y récupérer de la salive dont ils humectaient les bourses, puis la hampe, encore les bourses, le gland, dans un ballet féerique. Jim psalmodiait qu’il rêvait, en appelait une fois encore à son Dieu.

Quant à moi, la vue d’un filet de ma salive accroché à ses poils m’excita plus que de raison. Quand le sexe de Jimmy prit possession du mien, que la main de Jim se crispa si fort sur son gland que je craignis un instant qu’elle ne le fasse exploser, je n’y tins plus. Je léchais, gobais les couilles de Jim comme je ne l’avais jamais fait à personne. Jimmy criait « Regarde ! Regarde comme elle est bonne ! Regarde ! Regarde ! » Jim répétait encore qu’il rêvait, qu’il vivait un rêve. Il demanda « Je peux ? »

Je sentis sa langue se régaler de mon sexe sans que Jimmy n’ait arrêté ses va-et-vient qui s’étaient fait plus amples, plus artistiques. Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous parvînmes à contenir longtemps notre plaisir. J’aimais chasser les doigts de Jim d’un coup de langue, j’aimais quand il me donnait sa hampe à lécher, puis ses bourses, sa main faisant onduler ma tête.

– Regarde-moi, Princesse !

Jimmy jouit en moi en me taquinant à propos de mes joues luisantes de salive. Quand il se retira, Jim en profita pour plonger entre mes cuisses, répondant à la question de Jimmy « Je me fous que tu aies joui avant, ce que je veux c’est lui bouffer sa bonne petite chatte !J’en rêve depuis trois ans ! »

Je me laissais dévorer tout en le suçant avidement. Que j’aimais sentir son long jet âcre couler dans ma gorge, que j’aimais sentir sa main sur ma nuque me forçant à l’avaler davantage, que j’ai aimé la délicate souplesse de sa langue quand il me léchait encore après m’avoir fait jouir !

Il ne se passa pas un jour de ce séjour sans que je ne surprisse l’un ou l’autre, parfois les deux, en train de se branler en regardant cette scène admirablement filmée par Jimmy. Il ne se passa pas un jour sans que l’un ou l’autre ne me surprît en train d’en faire autant.

Notre façon d’encaisser les longs voyages et les décalages horaires consiste à écouter notre corps et de vivre à son rythme. Nous dormions par tranches de quatre heures avec des temps d’éveil équivalents. Nous avions prévenu Jim de ne pas s’efforcer d’adopter notre rythme, nous nous adapterions bien plus vite au sien. Je m’étais réveillée et me demandais combien de temps j’avais dormi.

En sortant de la douche, je remarquai la silhouette de Jim. Installé sur la terrasse, il visionnait la première vidéo que nous avons tournée ensemble. Tout en se caressant, il s’auto-félicitait à mi-voix « Oh, tu l’as fait, mec ! Tu l’as fait ! Oh oui ! ». Je l’observais, le cœur battant, à l’abri de la moustiquaire. Il venait de revenir en arrière pour la troisième fois, quand la caméra frôlait mon pubis et que leurs doigts écartaient délicatement mes lèvres.

Il tourna le visage dans ma direction quand j’ouvris enfin la porte. Un sursaut de surprise. Un large sourire. « Hey, Princess ! C’mon ! » Il m’invita à m’asseoir à ses côtés, mais je restai debout, plantée face à lui, lui désignai mon mamelon tendu, gonflé de désir « Please, Jim ! ». Il me tétait goulûment. J’arrachai sa main à son membre et la glissai entre mes cuisses. « Please, Jim ! ». Il grognait de plaisir en tripotant mon sexe d’une façon impudique. J’étais folle de ses caresses, de ses succions, de ses cris étouffés dans ma poitrine, de sentir son sexe frotter contre mon bras.

Je levai les yeux, croisai le regard de Jimmy, lui fis signe d’approcher. Il refusa, préférant me voir jouir avant d’intervenir. Pour l’exciter davantage, je décidai de me faire un peu plus salope. En me cambrant excessivement, j’eus une vision lubrique qui me fit rougir, ce que je n’avais pas prévu, mais qui m’arrangeait bien. Jim le remarqua, grogna encore et je jouis dans un sourire. Jimmy fit alors son entrée.

– Putain ! Les réveils… c’est avec son mari, pas avec le voisin ! C’est avec moi que tu dois jouir ! Pour le moins, tu dois me faire jouir avant d’aller le retrouver ! Allez, viens recevoir ta juste sanction !

Et s’adressant à Jim « Suis-moi ! » en lui expliquant ce qu’il me reprochait et la façon dont il comptait me punir. Je rougis à cette idée. Jimmy le remarqua.

– Hey ! Mais tes cours du soir semblent avoir porté leurs fruits, Princesse !

– C’est qu’en plus de les suivre, j’ai écouté tes conseils et visionne certains… euh… documentaires en VO

Autant, je comprenais pratiquement tout de leurs discussions, autant mon accent m’empêchait de parler, comme si les mots avaient honte de sortir de ma bouche si mal prononcés.

Arrivés dans la chambre, Jimmy m’ordonna, en anglais, de me mettre à quatre pattes sur le lit. Il sortit de sa valise un tube contenant « de quoi éteindre le feu qu’elle a au cul ». Jim souriait, pouffait, souriait encore. Je sentais le gel couler sur mes reins, être guidé vers mes fesses par les doigts de Jimmy.

– Regarde ! C’est comme ça qu’il faut faire si tu veux la punir ! Essaie !

Les doigts de Jim me faisaient frissonner de plaisir, je sentais ma peau se hérisser le long de ma colonne vertébrale. Ils le remarquèrent également. Je regardai le membre tendu de Jim, à quelques centimètres de mon visage, il me suffit de lever un peu la tête pour le sucer, la bouche inondée de salive. Il cessa ses caresses pour agripper mon crâne « Oh my God ! ».

Des doigts d’une main, Jimmy fouillait mon vagin, des doigts de l’autre, il me préparait pour la sanction. Il me rendait folle de désir, me le faisait crier. J’avais beau le supplier, il exigeait que je mesure d’abord la gravité de ma faute. Au bord de la folie, je lui assurai que c’était le cas. Son gland appuya sur mon anus. Jimmy parut hésiter.

– Tu es sûre ?

– Attends ! Pour que je comprenne mieux…

Je posai mes lèvres à peine entrouvertes sur le bout du gland de Jim. J’ai encore le souffle coupé quand je repense à cette sensation divine, comme hors du temps, en dehors et dans l’espace, quand je repense à nos murmures, nos grognements de plaisir.

– Je vais jouir, Princess. Je vais jouir dans ta bouche… Princess. Oh mon Dieu ! Oh oui… Je jouis ! Je jouis dans ta belle bouche de princesse, Princess !

Jimmy se fit plus sauvage, au rythme des phrases de Jim, puis ralentit et se fit plus tendre. « Laisse-moi profiter comme je suis bien dans ton cul quand tu le suces comme j’y suis bien Et toi ? »

– Je te promets d’être désobéissante chaque jour si la sanction est la même ! Oh oui ! Comme ça ! La p’tite bosse ! Ooh…!

Mon regard fut attiré par le geste de Jim qui soupesait ses bourses. Je léchai le dos de sa main, ma langue se faufila entre ses doigts. Il attrapa ma nuque. Je jouis violemment quand je sentis sur mon front son membre durcir. Étonnée qu’il rebande si vite.

L’étreinte se fit sauvage. Jim se branlait vigoureusement, ce que je trouvais très très excitant. Un autre orgasme couvait, grondait en moi.

– Mords-moi !

En même temps que Jimmy exauçait mon vœu, je déchirai la peau de son avant-bras. Il décida que durant toute la durée de notre séjour, je devrai le mordre à cet endroit précis « Pour inscrire à tout jamais notre bonheur dans ma chair ».

Jimmy vient de me rappeler que je suis censée expliquer le pourquoi du comment de chacune de mes breloques. Le bijou maori me rappelle ces moments où nos corps emmêlés formaient des vagues sensuelles, vagues qui se croisaient, enflaient, s’entrecroisaient, enflaient encore. Et même si ce récit n’en donne pas précisément l’impression, j’ai été époustouflée par les paysages, par les personnes que nous avons rencontrées, par la cuisine… mais je ne veux pas vous lasser en vous décrivant nos excursions pédestres et autres balades en mer.

Odette&Jimmy – « Ces Highlands d’Écosse sont une sorte de monde sauvage, rempli de rochers, de cavernes, de bois, de lacs, de rivières, de montagnes si élevées que les ailes du diable lui-même seraient fatiguées s’il voulait voler jusqu’en haut. » *

Dérogeant à notre règle tacite, j’entretins une correspondance avec Jimmy, une partie de l’année 2012. Je ne voulais pas gâcher notre voyage en emportant mes ressentiments dans mes bagages, des aigreurs qui ne le concernaient pas. Tout avait commencé en 2011 avec la vente du pavillon. J’en avais reçu 70 %, Bertrand me reprochait notre contrat de mariage et en contestait la validité dans le cas présent. Le fond du problème, c’est que le prix de l’immobilier est bien plus bas en Seine-et-Marne qu’à Cannes. Je n’arrivais pas à lui pardonner d’avoir pris nos enfants à témoin.

Cette querelle était presque achevée quand j’en avais fait part à Jimmy, qui ne comprenait pas cette rage puisque la stratégie de Bertrand avait échoué, nos enfants s’étaient non seulement rangés à mes côtés, mais s’étaient aussi détournés de leur père. C’était justement ça que je lui reprochais ! Dans quelques années, les gamins s’en voudront de tout ce temps perdu en vaines querelles qui ne les concernaient pas et c’était sa faute, puisque c’était la base de son plan.

Et puis, il avait fallu que je me justifie quant à cette histoire de contrat de mariage. Beaucoup voient dans cette séparation de biens, une méfiance, d’au moins une des parties à l’encontre de l’autre, certains y lisent un mépris de classe dans le cas d’une « mésalliance », mais si je l’ai exigé c’est pour suivre le conseil et l’exemple de mes parents. En aucun cas la faillite de l’un ne doit être à l’origine de la déchéance de l’autre. Même s’il avait acquis la nationalité française dès la fin des années 40, mon père a longtemps vécu avec la crainte d’être expulsé en Côte d’Ivoire, spécialement dans les années qui ont précédé et suivi l’indépendance.

Je me souviens de ce jour où il m’avait indiqué cette cachette, au milieu d’un recueil de nouvelles de Maupassant Mademoiselle Fifi se trouvaient, soigneusement pliés à l’intérieur d’une enveloppe, nos certificats de nationalité française « Si jamais tu devais en justifier et que ni ta mère, ni moi ne soyons à la maison ». Mes parents n’étaient ni méfiants ni cyniques, ils étaient aimants et prudents. Après avoir correspondu à ce sujet, nos lettres se firent aussi rares que les années précédentes. En m’épanchant, j’avais pris le recul nécessaire et j’étais désormais certaine que mes ressentiments ne viendraient pas contrarier notre voyage annuel.

Après notre dîner-croisière et une nuit d’amour dans un grand hôtel parisien, nous nous envolâmes pour un séjour dans les terres du Nord du Royaume !

– J’ai pensé qu’un séjour pendant lequel nous cheminerions ensemble dans la lande, le vent humide fouettant nos visages ne pouvait que t’aider à chasser tes tracas.

Ces longues balades au cours desquelles nous restions souvent silencieux, à respirer à plein poumons le bonheur que nous ressentions, m’ont permis de m’opposer à Jimmy, pour la première fois, avec calme et fermeté.

Nous étions dans les derniers jours de janvier, peu avant de partir pour les îles Orcades. Dans cette petite bourgade des Highlands se tenait une kermesse locale ou une fête paroissiale avec les stands habituels. En nous promenant dans les allées de cette halle couverte, je tombais en émoi devant un petit pendentif. Je tirai Jimmy par la manche « Regarde ! J’ai trouvé ma breloque ! » Il éclata de rire, j’en fus vexée, mais me tus.

Un peu plus tard, il me désigna la vitrine d’un bijoutier « On va te trouver un bijou plus digne de toi, ma Princesse ! ». Mes yeux s’emplirent de larmes de rage.

– Pourquoi refuses-tu de m’écouter ? Pour faire ce pendentif, cette gamine a mis tout son cœur, en tout cas, je veux y croire. Je me sens toute aussi importante dans la suite nuptiale d’un palace qu’en marchant à tes côtés dans la lande. Je ne veux pas oublier ce sentiment qui s’emparait de moi quand tu me tenais par la main, puis quand tu m’attirais vers toi pour me prendre par la taille… et nos pauses dans la bruyère… J’ignore encore quels beaux souvenirs vont nous réserver les jours à venir, mais ce petit pendentif…

Les larmes avaient disparu de mes yeux, elles emplissaient le regard de Jimmy.

– Je me sens minable, tu as raison, ma chérie…

La gamine parut surprise de nous voir revenir vers son stand. Elle le fut davantage quand Jimmy lui demanda s’il était possible de transformer le pendentif en breloque pour mon bracelet. Je ne pigeais pas un mot de la gamine à l’accent infernal, Jimmy me traduisait les réponses à ses questions. Quand il lui demanda si ce bijou avait une histoire, elle s’anima et expliqua

– Chacun de mes bijoux a une histoire, correspond à un moment précis, un souvenir que je matérialise ainsi !

Nous étions les premiers à lui avoir posé la question, les autres badauds qui lui avaient parlé avaient demandé « C’est toi qui fais ça ? »et« Le trucc’est combien ? ». Elle se souvenait précisément du souvenir qu’elle avait voulu mettre dans ce bijou, de l’endroit où elle avait cueilli les fleurs, de ses esquisses, elle se souvenait de ses sentiments tandis qu’elle le réalisait, ce qu’elle avait ressenti en le voyant achevé. Quand nous lui avons demandé quel était donc ce souvenir, elle éclata d’un rire soudain très mature.

– Ça, c’est de l’ordre de l’intime. J’ai fait ma part en le confectionnant, à vous d’en inventer la signification !

Jimmy lui demanda la permission de la prendre dans ses bras et de l’embrasser.

– Si j’avais eu une fille, j’aurais aimé qu’elle fût toi !

– Dis donc, monsieur le coquet, vu ton âge et le sien, tu devrais plutôt évoquer ta petite-fille !

Jimmy estima que cette impertinence justifiait une sanction, qui s’avéra être des plus agréables.

Nous avions débarqué à Birsay quand Jimmy me proposa une balade nocturne en costume local. Je connais son goût pour les déguisements depuis toujours. Je le savais déjà alors qu’il était encore coopérant. Lui et Martial enseignaient au lycée français local, tandis que Jean-Luc avait été affecté dans la classe unique d’un village plus reculé. Le roman national de l’époque racontait une France résistante avec, pour son malheur, un vieillard sénile à sa tête. Il fallait bien évoquer la collaboration, mais sans s’y appesantir. Certains des élèves de Jimmy voulaient scinder les Français en deux groupes distincts, les résistants d’un côté, les collabos de l’autre. Quid de ceux qui n’entraient ni en résistance, ni en collaboration ?Après s’être concertés, les élèves avaient décidé de les placer dans la catégorie des collabos. « Ne pas résister, c’était collaborer ! ».

Au cours suivant, ils trouvèrent une boîte sur chaque pupitre.

– En consultant les journaux officiels de l’époque, je vous ai acheté vos rations alimentaires si vous habitiez en zone occupée en janvier 1943. Vous êtes vernis parce que vous êtes dans la catégorie J2, l’une des mieux loties en matière d’alimentation. Vous êtes sacrément vernis parce que j’ai pu trouver tout ce à quoi vous donnaient droit vos tickets et vos cartes de rationnement, c’était rarement le cas. Vous l’êtes d’autant plus que la viande n’est pas trop mal coupée, les fruits ne sont pas véreux, les légumes non plus, le lait n’a pas été délayé. Pour obtenir tout ceci, il fallait compter dix bonnes heures de queue, dans le froid. Combien d’entre vous connaissent la rigueur de l’hiver en métropole ? Ne comptez pas vous chauffer au charbon, 50 kg pour l’hiver, on ne va pas bien loin.

Il regardait ses élèves découvrir le contenu de leur boîte, ouvrant des yeux étonnés, réalisant que rien n’était aussi simple qu’ils le croyaient. Et ils avaient si peu à manger par jour. Jimmy avait réussi son coup, il porta l’estocade « Détrompez-vous, c’était les rations pour une semaine ! Vous comprenez qu’avant de chercher à s’enrôler dans un camp ou dans un autre, la première préoccupation des citadins était comment trouver à manger, de quoi se chauffer ? »

Quand il avait repris le sujet de thèse de Jean-Luc, qu’il avait écouté les témoignages, qu’il en avait recueilli d’autres, il avait ressenti le besoin d’éprouver physiquement le froid. Il avait dormi dans la boue, dans le froid avec la tenue des poilus. Il avait gravi une petite colline, au pas de charge le fusil à la main. Il avait dû s’y reprendre à plusieurs reprises et encore, aucun cadavre, aucun blessé, aucune explosion pour le faire trébucher, aucun ennemi pour le canarder.

Mais si je connaissais cette manie toute scolaire, j’en ignorais la version « arts du spectacle ».

Jimmy m’avait trouvé une jupe à Édimbourg, en feutre de laine, très lourde, plusieurs jupons, une culotte longue qui ne se fermait pas « pour pouvoir pisser sans avoir à découvrir tes jambes, tes fesses » m’avait, toujours soucieux du détail, précisé Jimmy. Il avait aussi acheté une chemise en coton et une autre plus épaisse, des bas de laine, une coiffe qui avait bien du mal à rester en place. Mon costume reposait sur le lit, j’étais en train de me dévêtir quand un détail me fit battre le cœur. Je me retournai pour dire à Jimmy que ça faisait bien longtemps que je n’avais pris un tel plaisir à voir mon reflet dans le miroir.

– CLIC-CLAC !

– Avec un appareil entre les mains, ça marcherait mieux !

– De toute façon, j’en aurais eu un entre les mains, la photo, je me la serais gardée rien qu’à moi ! L’éclat de ton visage, Princesse ! L’éclat de ton visage ! Que voulais-tu me dire ?

– Que je me suis vue… que je me vois comme tu me vois !

Nous marchions dans l’obscurité à l’écart de la ville, nous hésitions à sortir le flash de crainte de nous faire repérer. Nous nous dirigeâmes vers la nuit noire, heureux, riant de bonheur. Nous envoyant des poèmes au visage comme d’autres s’envoient des baisers. J’étais épatée de la diversité et la richesse de ses choix autant qu’il l’était des miens.

J’avais même fini par le trouver séduisant dans sa tenue locale, de prime abord si ridicule. Jimmy avait apporté un trépied puisque je devais garder la pause assez longtemps. Souvent, il me rejoignait et déclenchait l’appareil-photo à distance.

J’aimais quand il nous mettait en scène. Lui, un genou à terre devant moi, une main posée sur son cœur, l’autre se tendant vers moi dans un geste de supplique désespérée. Il me déclamait sur un ton très Comédie-Française « À faire flamber des enfers dans tes yeux, à faire jurer tous les tonnerres de Dieu, à faire dresser tes seins et tous les Saints, à faire prier et supplier nos mains, je vais t’aimer… » puis, s’enflammant « Je vais t’aimer comme on ne t’a jamais aimée, je vais t’aimer plus loin que tes rêves ont imaginé.Je vais t’aimer comme personne n’a osé t’aimer ». Il allait donc de soi que je détournais le regard dans un mouvement de recul horrifié. Alors, vaincu, la voix mourante, il murmurait « Je vais t’aimer ».

Le manque de lumière nous contraignit à faire très peu de clichés de ce début de balade. Jimmy, inspiré, me proposa soudain de me tenir sur ce rocher, à contre jour et d’écarter mes bras de telle façon que mon châle me fasse des ailes « Et s’il y a du vent, le flou te dessinera une aura ». Il installa l’appareil-photo et pour me mettre dans l’ambiance, déclama une poésie de Walter Scott. Le temps de pause allait être très long, je répétais le mouvement avec lui. Le froid était piquant malgré mes chemises boutonnées. Quand nous fûmes au point, Jimmy reprit sa récitation puis se tut brusquement, bouche bée, les yeux écarquillés. Des vaguelettes de lumière verte, de plus en plus variées nous enveloppaient peu à peu.

Le hasard a voulu qu’il aperçoive les premières lueurs de cette aurore boréale quand j’écartais et levais les bras. Il faisait semblant de vouloir me faire croire à un « signe significatif », à un « miracle miraculeux », tout au moins à un « mystère mystérieux », tandis que je faisais semblant d’être agacée par ces foutaises, par ses airs énigmatiques et tentais de le « raisonner raisonnablement » de faire montre de « pragmatisme pragmatique ».

Un éclair de lucidité me parvint enfin « Eurêka ! » Je m’approchai de Jimmy à pas feutrés, écartai les pans de son large duffle-coat, bénis intérieurement la sagesse des anciens et la coupe de leurs pantalons qui permettaient de sortir l’outil dans avoir à se dégueniller.

– Voyons voir à quoi ressemble ta bite sous cette lumière…

– Ma verge, Princesse, ma verge !

– Voyons voir…

– Tu perds pas le Nord, toi !

– C’est le cas de le dire !

Comme je veux bien l’admettre, c’est parfois le cas, je m’amusai à orienter le sexe de Jimmy sous différents angles pour admirer toutes les subtilités de ses reliefs sous cette lumière féerique. Je l’en oubliai quelque peu, certes, mais pour autant, mon désir ne faisait que croître.

– À quoi tu penses, Princesse ?

– Tu crois qu’on y verrait quelque chose, sur une photo, si tu me prenais en levrette, là, maintenant ? Avant que la lumière ait disparu, mais en gardant nos costumes ?

– Si c’est pour une espérience ès scientifique… haut les cœurs ! Sacrifions-nous gaiement !

Je posai mes mains sur ce rocher dont la hauteur était idéale pour l’exercice. Les mitaines protégeaient mes mains tout en permettant à mes doigts de s’agripper à la végétation. Je me penchai suivant les indications de Jimmy qui souleva ma cape, ma jupe, mes jupons. J’avais l’impression qu’il avait posé un sac à dos sur mes épaules. Un coup de vent rabattit ma cape et ma jupe au-dessus de moi, me rendant aveugle pour un temps, je ne pouvais compter que sur mes autres sens, aiguisés par le froid.

– Même de là où je suis, je n’y vois goutte, Princesse ! Pour y voir quelque chose, il faudrait que je découvre tes fesses, que je les libère en écartant les pans de ta culotte, mais je ne veux pas que le froid te gâche le plaisir…

– Essaie, je te dirai…

Jimmy se plaignit du froid qui recroquevillait son sexe, malgré son érection. « Ah ! Tu vois, j’avais raison quand je parlais de bite ! » Je ne pus m’empêcher de rire quand en me pénétrant, il poussa un soupir de soulagement, et frissonna de bien-être.

– Mon radiateur portatif… !

– Tu sais parler aux femmes, toi !

J’aurais aimé qu’il se montrât un peu plus brutal, je ne comprenais pas pourquoi il bougeait si doucement en moi. Il me donna la réponse avant que je lui pose la question.

– Tu es tellement mouillée, Princesse… avec la lumière… on dirait que mon membre… de l’opale… on dirait de l’opale… j’essaie de prendre des photos… c’est… fascinant…

– Si tu restes trop longtemps la queue trempée à l’air, tu vas choper un rhume de bite, mon amour…

Ayant retrouvé ses esprits, il éclata de rire et me prit enfin avec toute la sauvagerie dont nous avions envie. J’aimais sentir la paume de mes mains se fendiller malgré les mitaines, j’aimais sentir ces petites épines déchirer la peau de mes doigts, mes seins et mes genoux heurter le rocher à chaque coup de boutoir de Jimmy.

– Ça va, ma… hmm… chérie ? Pas trop froid aux… han ! han…fesses ?

– Une claque, peut-être ?

Je crus que ma peau avait éclaté sous sa main tant mes fesses étaient froides, mais aussitôt une douce chaleur se répandit comme une onde bienfaisante.

– Encore ! Plus fort !

– Quoi plus fort ? Ça (claque) ? Ou… han… ça ?

– Les deux ! Plus fort ! Encore ! Oui ! Encore ! Plus fort ! Oui !

Mes paumes étaient moites, je m’en étonnai quand je remarquai cette même sensation de moiteur sur mes genoux. Les frottements répétés, les à-coups de plus en plus vifs, qui me projetaient plus rudement contre la pierre avaient provoqué des plaies qui étaient en train de saigner. Sans m’en rendre compte, j’avais redressé mon buste pour préserver mes seins des conséquences de cet assaut.

J’aimais imaginer que mes cris s’évanouissaient au loin en s’unissant avec ces ondes lumineuses. J’aimais le ton autoritaire de Jimmy quand il me demandait si j’aimais ça, quand il me faisait ça. Quand il m’enjoignait de crier ma réponse. J’aimais à bout de souffle, épuisée, regrouper ce qui me restait de force pour le supplier « Encore ! ». J’aimais ces claques revigorantes qui m’insufflaient l’énergie nécessaire pour aller un peu plus loin sur le chemin de ce plaisir incroyable qui grondait, vrombissait en moi comme un volcan au bord de l’éruption.

Jimmy s’extasiait de ce que nous vivions. Son corps savait d’instinct comment libérer ce qui couvait en nous, bien plus qu’un orgasme, et mon corps en avait également conscience. Nous étions deux musiciens qui interprétions la même partition, qu’ils découvraient ensemble, dans une harmonie et une confiance des plus totales.

Mon sexe coulait de tous mes sucs, j’aimais l’alternance du chaud et du froid au rythme de ses va-et-vient. Je tournai à grand peine mon visage vers le sien, il put lire mon souhait dans mes yeux. Il posa sa main sur mon ventre, l’autre prenant mon épaule, m’aida à me redresser suffisamment pour pouvoir mordre ma nuque sans cesser ses mouvements. J’ai joui d’entendre son cri quand il jouit à son tour, ses crocs plantés dans mes chairs, un cri si animal qu’il en avait les accents de l’enfance.

Nos corps écroulés, rompus de bonheur, nous plaisantions en cherchant à estimer le temps nécessaire avant d’avoir la force de réintégrer notre intérieur cosy. Nous y parvînmes plus vite que nous l’aurions cru et tandis qu’il me débarrassait de ma lourde cape, Jimmy sourit, me montra l’intérieur de sa paume, quelques brins de bruyère s’étaient accrochés à l’épais tissu. Il souleva ma main à hauteur de ses yeux, s’adressa à la breloque « Dire que je t’ai moquée, alors que ma Princesse avait tout de suite compris que tu étais un puissant talisman d’amour ! »

Il m’embrassa. « Tentons de dormir un peu, j’aimerais consacrer la journée de demain au travail, si tu n’y vois rien à redire… » Je souris à cette perspective et mutine, lui demandai s’il préférait que je le laisse travailler seul ou s’il m’autoriserait à rester allongée sur le canapé, à somnoler.

Tout avait commencé à Édimbourg, quand il avait défilé devant moi dans sa « tenue holmésienne ». J’avais ri en lui rétorquant qu’il ressemblait davantage à un expert comptable en week-end à la campagne qu’à Sherlock Holmes. Il avait alors dégainé une pipe, mais elle me renvoyait l’image d’un critique littéraire venu s’isoler dans le manoir familial avant la sortie de son prochain ouvrage. De fil en aiguille, un scénario avait pris forme et nous nous amusions à nous filmer en train de le jouer. À notre retour, Jimmy en ferait un montage qu’il copierait sur une clé USB avant de l’envoyer à Jim.

Jimmy avait été ému de ma réaction quand il m’avait fait lire les lettres de Jim « Quand je vois Odette sur les photos, que je bande, je regarde ma queue en souriant et je suis fier de savoir qu’elle lui a donné du plaisir ! J’ai touché, j’ai baisé la pin-up que je vois sur les photos ! C’est incroyable comme sensation ! Merci ! » Cet homme d’à peine cinquante ans me voyait comme une pin-up !

– Ça veut dire que dorénavant, fini le n’importe quoi, faudra faire attention au cadrage, à la lumière, à faire de belles photos… Je n’ai plus le droit de le décevoir, non ?

*Sir Walter Scott, Rob boy (1817)