Odette&Jimmy – « Oh mama, quel bonheur, quel grand bonheur pour moi ! »

Plutôt que la version française, qu’elle soit interprétée par Sacha Distel, Dalida ou les Surfs, je préfère vous partager la version ska de Peter Tosh, parce que j’aime le teuch et le ska ! ;-)

Jean-Luc s’était enfui en prenant garde que je ne le perde pas de vue. Je le retrouvai dans ce qui semblait être une salle de spectacle. Il se tourna et éclata de rire, en me montrant du doigt.

– Un peu de tenue, Dédette !

Toi ! Et pis d’abord, sors d’ici ! J’ai un compte à régler avec ton pote et il est hors de question que tu assistes à la scène !

– Et pourquoi donc ?

– Et parce que t’es mon frère, pardi !

– Ça devrait me gêner ? Plus que te voir débarquer en courant à poil, le peignoir de Jimmy détaché, en hurlant ton dépit, ta frustration à la Terre entière ?

Horrifiée, je tentai de refermer le peignoir, mais la ceinture et mes mains semblaient s’être liguées contre moi.

– Mais c’est pas la peine de le cacher, ton corps ! Ce n’est pas celui de ma sœur, mais celui de la femme qui a fait dire à mon ami « Elle fait de ce jour le plus beau de ma vie » !

Jimmy s’approcha de moi, arrangea le peignoir avant de l’échancrer. Les étoiles qui scintillaient dans ses yeux me firent penser à ces nuits en Australie, où, allongés côte à côte sur la terrasse, nous comptions celles qui brillaient dans le ciel.

– De quelle dégueulasserie dégueulasse s’est rendu coupable le vilain petit puceau, ma chérie ?

– Tiens ! Tu vois les sarcasmes que j’endure, par ta faute ?

Avec dédain, je haussai les épaules à Jean-Luc et répondant à Jimmy, me plaignis « Il m’a toute excitée pour me laisser en plan. Comme ça. Au beau milieu d’une pénétration. Et il riait, le bougre ! »

À cet instant, j’entendis au loin un étrange roucoulement. Avant que je ne demande le nom de cet animal, Martial me donna la réponse. « Bon, ben… je vais aller voir si Madame accepte ma présence… Elle. »

– Reste à portée de voix, que tu entendes Odette clamer que je ne suis pas un petit puceau !

– Ça te convient, madame « Scandale dans la famille » ?

– Dans ces conditions… oui…

Monique et Christian étaient présents, Alain et Cathy étaient retournés au village, pour mettre au point la soirée prévue le lendemain avec les jeunes, ils en profiteraient pour ramener Joseph parmi nous. Je râlai un peu, pour faire bonne figure.

– Donc, si j’ai bien compris, être mes témoins ne les tentaient guère…

– Mais pas du tout ! Seulement, les premiers candidats ont largement dépassé leurs douze minutes, ils pensaient que ça irait crescendo et qu’ils avaient le temps avant que vienne leur tour…

– Donc, si je comprends bien, c’est encore de ma faute ?

Christian allait me répondre, quand Monique affirma « Si tu regardais ses yeux au lieu de ses nichons, tu verrais qu’elle se fout de toi ! ». Sylvie me demanda si sa présence ne me dérangeait pas « Parce que Jimmy et les autres affirment que nous sommes sœurs ? Non. Pas le moins du monde, ta présence ne me dérange pas du tout ».

– Puisque tu restes, tu pourrais prendre quelques photos de mon dépucelage définitif, la Fiancée ?

– Bonne idée, Jean-Luc, comme ça mon frère ne t’embêtera plus avec ça !

Jimmy me prit la main qu’il tendit à Jean-Luc. Il désigna ce qui ressemblait à un banc de prière « Je pense que ce serait idéal pour… procéder ». Nous avions moins de vingt pas à faire jusqu’au banc, je ne sais pas pourquoi j’entonnai la marche nuptiale. Monique, Christian et Sylvie se regardèrent, surpris et ravis.

Je venais de leur dire que de toute façon, j’avais bien l’intention qu’ils soient tous mes témoins, que je ne concevais pas cette cérémonie autrement que dans le partage.

C’est ainsi qu’il fut décidé que les confrères me feraient jouir pendant toute la durée du discours de Daniel, tandis que les consœurs agaceraient Jimmy.

– Et pourquoi ne feraient-elles que t’agacer ?

– Parce que j’ai soixante-quinze ans, Princesse ! Je ne bande plus aussi souvent qu’avant !

Sylvie demanda quel serait le rôle de Martial, dans cette configuration.

– Il tiendra le registre !

Monique prit un air fâché « Pourquoi ne nous as-tu pas rejoints plus tôt ? » puis tout aussi brusquement sourit « Le principal, c’est que tu sois enfin parmi nous ! »

Jean-Luc me regardait. J’aimais son sourire ambigu. Comme ça avait été le cas plus tôt dans la journée, Jimmy se tenait dans mon dos, me caressait les joues, le cou, les épaules, les seins. « Ça va, Princesse ? »

Oui, ça allait, ça allait même tellement bien que je m’en étonnais, me demandant pourquoi je n’avais pas sauté le pas avant.

Monique et Sylvie pressaient Jean-Luc « Qu’est-ce que tu attends ? » Christian riait. Au loin, Martial s’impatientait « J’entends rien ! » Mireille roucoulait et Marcel jurait comme un charretier.

– Depuis le temps que j’attendais ce moment, laissez-moi profiter ! Ah… tu peux te vanter de m’avoir fait fantasmer, Dédette !

Il me pénétra. Je fermai les yeux pour mieux sentir son premier va-et-vient. Puis le suivant. Les mains de Jimmy couraient sur mon corps, le faisaient onduler. D’autres mains titillaient, agaçaient mes mamelons. Je reconnus les caresses de Christian.

– Tu peux ouvrir les yeux, Didou, elle n’est pas en relief !

Je les ouvris donc. Tous me souriaient. Je pouvais même deviner le sourire de Jimmy. J’avais du mal à reconnaître Jean-Luc, étonnamment plein d’assurance,

– Si tu savais comme ce fantasme m’a tenu éveillé… si tu savais comme je me suis branlé en imaginant ce moment !

– Pas trop déçu ?

– Oh que non ! Et toi ? Tu aimes ?

– Tu le sens bien, non ?

– Alors, dis-le !

– Oui !

– Encore !

– Oui !

– Princesse, je crois que tu ne le dis pas assez fort à son goût… pense à l’enjeu !

Je hurlai à pleins poumons que Jean-Luc était un super amant, qu’il me faisait jouir et comment il y parvenait. Je criai plus fort qu’il n’était pas puceau. Martial prit sa plus grosse voix pour affirmer « Ah ben… il était temps ! Merci de l’avoir enfin déniaisé, Dédette ! »

Comme ça avait été le cas avec Christian, mon orgasme avait du mal à éclater. Je ressentais des petites étincelles de jouissance sous ma peau, mais au lieu d’exploser en feu d’artifice, elles pétillaient comme des cierges magiques. Jean-Luc se faisait plus directif. Sa voix, ses mots m’électrisaient. Quand il se taisait, je lui demandais de me guider encore. Je n’avais jamais remarqué les intonations vibrantes de sa voix, la précision presque chirurgicale de ses mots.

J’entendis Jean-Luc et Jimmy dire en même temps « Ses yeux ! Son regard ! », compris qu’ils s’adressaient à Sylvie et pris conscience des cliquetis de son appareil photo.

– Odette… j’ai envie de jouir, mais je veux te voir jouir avant…

Comme s’ils n’avaient attendu que ce signal, Christian et Monique caressèrent, léchèrent mon corps, des épaules au pubis. Jimmy me serra plus fort dans ses bras, me redressa un peu. Je sentais ses dents prêtes à déchirer ma nuque.

Les va-et-vient de Jean-Luc se firent plus amples. « Ouvre tes yeux, Dédette ! » Je les rouvris pour voir le regard électrique de Jean-Luc, ses lèvres crispées que sa langue semblait caresser. J’aimais cette salive blanche un peu épaisse à la commissure de ses lèvres. Je vis aussi les cheveux blonds de Monique sur mon pubis.

– Oui… lèche-moi la queue en même temps que son minou ! Oui… ! Tu aimes, Dédette ? Tu aimes quand je te baise et que Monique te lèche la chatte ? Tu aimes comme nous te faisons l’amour ?

Il paraît que mon cri aurait déraciné un arbre millénaire, mais il est probable que Christian ait légèrement exagéré.

Quand je fus enfin seule avec Jimmy, que je le vis resplendissant de bonheur, qu’il me prit dans ses bras pour me demander si toutes ces aventures ne m’avaient pas trop chamboulée, je voulus être honnête avec lui.

– J’ai bien aimé, j’ai trouvé ça excitant, jouissif, mais… je ne pourrais pas en faire mon quotidien.

– Parce que tu crois que c’est le cas pour nous ?! C’est très exceptionnel ! On n’a pas cessé de te le répéter, on n’a plus vingt ans ! Et même quand nous étions encore fringants, nous avions d’autres contingences. Mireille et Daniel, avec leur famille nombreuse devaient de plus ne pas être vus en compagnie de Marcel, pour éviter les ragots. Je travaillais à Lyon, j’y étais la plupart du temps. Sylvie avec ses gamins, Monique avec ses études…

– Pourtant, les dossiers me paraissent bien épais…

– Mais ils contiennent un siècle de souvenirs ! Plus de la moitié concerne les fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or. Comme eux, nous avons remarqué ce phénomène, des périodes de frénésie puis tout aussi soudainement, des périodes d’accalmie, ce qui n’a jamais empêché les rencontres, les séances plénières, comme les appelle Daniel. L’arrivée de la vidéo nous a aidés, parce qu’on se passait, on se passe encore, les enregistrements de nos saynètes… Autant leur visionnage peut déclencher des orgies, autant il peut suffire à nous combler… et puis… nous ne sommes pas un monolithe, je peux me palucher dans mon coin en regardant l’écran pendant que d’autres s’envoient en l’air et réciproquement ! Tu comprends, ma Princesse ?

– Ça me rassure ! Et aussi de savoir que si te voir avec une autre me pique un peu trop le cœur, je pourrais me contenter d’écouter…

– Ou de prendre ton pied avec Jean-Luc…

– Si tu n’es pas à mes côtés, ça perd une bonne partie de son intérêt et quitte à choisir…

– Et quitte à choisir ? Tu préférerais Alain et sa grosse bite ?

– Non ! Marcel et ses grosses mains et sa grosse langue !

Marcel ?! Toi aussi ?! Marcel ?! Mais qu’est-ce que vous avez toutes avec lui ?

– Il s’est passé un truc étrange… deux trucs étranges, en fait… et je suis sûre qu’ils ne m’ont pas monté un turbin. Monique a plaisanté sur notre ressemblance, elle et moi, tu vois ? Certes, elle rigolait, mais elle y a fait allusion… Plus tard, Marcel m’a dit que ça lui avait fait exactement la même chose avec moi qu’avec elle, la première fois…

– Qu’il savait… que son corps savait d’instinct ce que le tien aimait ? Il t’a dit ça ?! Mais c’est… c’est la preuve que tu es des nôtres !

– Ça ne lui a pas fait pareil avec Cathy, Mireille et Sylvie ?

– Non, pas du tout ! Le phénomène ne s’est produit qu’avec Monique, jusqu’à aujourd’hui, donc. Ça et la petite fée… attends, je vais te chercher les feuillets où ils en parlent…

– Non ! Je préfère que tu me racontes… tu veux bien ?

Jimmy m’a prise dans ses bras. Allongée contre lui, je fermai les yeux tandis qu’il couvrait mon visage de doux baisers et de tendres caresses. Il m’a parlé de cet ectoplasme qui s’échappait parfois du corps de Monique, cet ectoplasme qui lui permettait de voir tout ce qui se passait, d’observer les autres couples ou trios ou quatuors, de reluquer les hommes qui se tenaient dans son dos. Cet ectoplasme que Marcel identifiait comme une petite fée aux traits de Monique, qu’il n’en avait pas parlé tout de suite parce qu’il croyait qu’elle était le fruit de son imagination et…

Et j’ai perdu le fil du récit quand nos caresses légères se firent plus appuyées, quand nous nous embrassâmes à nous en dévorer la bouche, quand nos crocs déchirèrent nos peaux, quand son sexe dur pénétra le mien gonflé de désir. Je n’avais plus soixante-neuf ans, il n’en avait plus soixante-quinze, nous étions fougueux comme à vingt ans, expérimentés comme des septuagénaires. Nous riions de tout ce que la vie nous réservait de surprises, de bonheur.

– Tu préfères quand je fais… hmm hmm comme ci… ou han han comme ça ?

– Ça dépend… et toi ? Tu préfères quand je bouge comme ci… ou quand j’ondule comme ça ?

– Ça dépend… pourquoi, madame la jésuite ?

– Parce que si je bouge comme ci… je préfère que tu me prennes comme ça… han han… bien au fond… presque trop au fond… alors que si j’ondule comme ça… je préfère que tu fasses comme ci… hmm hmm… plus chaloupé… Pourquoi tu ris ?

– Parce que c’est exactement la même chose pour moi ! Tu sais ce que ça signifie ?

– Qu’on était faits pour s’entendre au pieu ?

Je ne peux pas résister quand il sourit et éclate de rire comme il a souri et éclaté de rire. À chaque fois que j’y parviens, je le vis comme une victoire personnelle sur les mauvaises fortunes qui ont émaillé ma vie.

C’est à cet instant que nous nous sommes rendus à l’évidence, même si la chose était pratiquement acquise depuis quelques heures. J’allais devenir consœur du Bouton d’Or. Jimmy m’a proposé d’écrire ma version de cette journée ainsi que les circonstances qui y ont mené. Ça m’aura pris presque trois mois, mais j’y suis parvenue.

– Tu peux me réexpliquer pour la petite fée, la différence avec l’ectoplasme ?

– Tu préfères que je te l’explique à la sauvage ou à la lascive ?

– Je sais plus bien la différence… essayons les deux, je te dirai après…

– Gourmande !

– Irrésistible gourmandise !

Nous avons chaloupé, nous y avons été plus sauvagement, Jimmy a plaisanté sur les étranges vertus de notre chambre nuptiale qui lui faisait retrouver sa vigueur, mais avant tout, c’est la beauté de son rire, l’amour dans son regard, sa sérénité qui m’ont donné l’envie de demander le divorce à Bertrand et la main de Jimmy.

Il en faut peu pour être heureux !

Odette – « J’ai perdu la tête »

Marcel sorti, pendant que je m’essuyais le corps, je pensais à Jean-Luc en me demandant si mon désir pour lui résisterait à un tête-à-tête, s’il n’allait pas éclater comme une bulle de savon, sans raison apparente. Je me remémorais ce que m’avait confié Monique, la discussion que nous avions eue.

– Je ne peux que te conseiller de te laisser guider sur le chemin qu’il te proposera, mais que ça ne t’interdise pas, au détour d’un sentier ou d’un buisson, si l’envie t’en prenait de lui suggérer un de tes fantasmes… Tu vois ce que je veux dire ? En tout cas, ça fait plaisir de le voir si excité à l’idée de coucher avec toi !

– Ah bon ?

– Il se frotte les mains en répétant à qui veut l’entendre « Ça va être ta fête, ma p’tite Dédette ! » On dirait qu’il a quinze ans !

– Ah bon ?

– Il a toujours envié Jimmy sur ce plan !

Ah bon ?!

– Tu ne t’en doutais pas ?

– Pas le moins du monde !

– Tu n’as jamais remarqué qu’il bandait comme un âne quand il allait chez vous ? Chez vos parents ?

Ah bon ? Il bandait ? Non. J’avoue que je n’ai jamais songé à… regarder… On n’est pas finaude quand on a dix-sept ans !

Monique avait salué l’astuce en tapant dans ma main. J’avais l’impression de retrouver une vieille copine alors que nous étions en train de faire connaissance… Jimmy m’avait dit que nous nous entendrions bien, que nous riions des mêmes choses, mais je ne pensais pas me sentir aussi proche d’elle.

Toc. Toc. Toc.

– Entre !

Jean-Luc est entré en chantant à tue-tête « J’ai perdu la tête depuis que j’ai vu Dédette ! Je perds la raison quand je pense à ses nichons ! » Il se dandinait, faisant tout pour faire naître un air blasé sur mon visage et y parvenant.

– C’est un complot ou quoi ? Qu’est-ce que vous avez tous avec mes nichons ?

– Ils sont superbes, voilà tout et je ne savais pas qu’on t’avait déjà complimentée à leur propos ! J’ai donc douze minutes pour te convaincre… Comment faire ?

– Tu pourrais me montrer… tes… atouts…

– Et allons donc ! Tu ne t’en tireras pas si aisément, Odette ! Avec tout le mal que tu as fait à mon honneur… ce serait trop facile !

– Quel mal ? Quel honneur ?

– Et allez donc ! Continue ! Joue les innocentes, ne t’en prive pas !

– Toi, t’es en train de jouer la montre. Tu te déballonnes et t’inventes n’importe quoi ! À quel moment ai-je porté atteinte à ton honneur ?

Je me déballonne ?! Mais tu rigoles ou quoi ?! Quand je t’aurai donné ma proposition pour laver cet affront, tu trouveras le moindre prétexte pour ne pas l’accepter !

– Alors, exprime-toi… monsieur Jean-Luc, le juge balafré ! Balance ta sentence !

– Depuis que tu as émis des doutes… Non. Depuis que tu as affirmé que j’étais puceau, ton frère, sa femme… même Monique et Christian me traitent de petit puceau… Ça fera dix ans au premier janvier… dix ans que je dois supporter leurs sarcasmes… alors, il est…

– C’est ça mon crime ?! Tu te fous de moi ou quoi ?! Ils sont bien placés pour savoir que je me trompais ! Même Sylvie a éclaté de rire en m’affirmant que tu étais le plus grand baiseur que l’Univers ait jamais engendré !

– Elle a dit ça ?

Jean-Luc souriait comme un gamin flatté. Il reprit immédiatement son faux air sentencieux.

– Quoi qu’il en soit, Martial affirme que si tu pensais que j’étais puceau, c’est que je devais l’être… au moins dans ma tête… parce qu’avec ton D.U. de psychologie appliquée, tu étais en mesure de savoir les secrets obscurs que nous souhaitions cacher au monde entier… Donc, je suis « le p’tit puceau »… par ta faute…

– Par ma faute ? Et c’est quoi ces conneries de D.U. ? Je n’en ai jamais passé ! Les seules formations non administratives que j’ai suivies concernaient les soins d’urgence ! Rien à voir ! Martial t’a raconté des bobards ou c’est toi qui inventes ?

– On m’aurait donc menti ? Faisant, plus de sanction… what a pity ! Me voilà reparti pour cinquante ans de fantasmes… Merci bien, Dédette !

– T’es gonflé ! Tu fais ça rien que pour m’embêter, pour que je te supplie de me dire quel sort tu me réservais !

– Et j’ai réussi mon coup ?

– Tu le sais bien ! Je ne pense qu’à ça depuis que tu m’as montré ta bite !

– Pourquoi ne te l’ai-je pas montrée plus tôt ?

– Peut-être parce que t’es qu’un p’tit puceau dans ta tête ?

– Ça, ma vieille, tu vas me le payer !

– Quand tu veux !

Jean-Luc s’approcha de moi, desserra la ceinture du peignoir, regarda mes seins avec gourmandise. Sa main glissa le long de mon ventre. Pourquoi ma peau distendue, mes vergetures m’avaient complexée toutes ces années ? Il me semblait que j’étais la seule à les remarquer, à leur prêter importance. Il jouait avec mes poils en me disant sa crainte de découvrir que j’étais tombée dans le camp de l’épilation intégrale. Il fourra son nez dans mon cou et me renifla, embrasant mon désir. Je voulus ouvrir sa braguette. Il retint mon geste, mais maintint ma main fortement appuyée sur son pantalon. Je le sentais durcir dans la paume de ma main.

– Je te caresserai, te baiserai de partout, la bouche, la chatte, le cul, à t’en faire hurler de plaisir… ensuite, je te ferai l’amour pour t’accorder mon pardon…

– Ça va, la sanction sera… supportable… je m’attendais à pire !

– Mais je te ferai tout ça devant les moqueurs… devant Jimmy pour lui apprendre à avoir téléphoné à Sylvie… devant Monique qui me taquine trop souvent à mon goût… devant Sylvie qui a lâché le morceau aux autres… et devant Martial qui a inventé ce pucelage mental…

Devant Martial ?! Mais tu n’y songes pas ! Devant Martial ?! Mais tu sembles oublier qu’il est mon frère !

– Aïe ! Et tu comptes assister au spectacle des gamins, demain soir ?

– Ben oui, pourquoi ?

– Ah… tu n’es donc pas au courant des spectacles que l’on donne au mas… en un mot comme en cent, attends-toi à voir Émilie ou Lucas… ou les deux baiser sur scène…

– Martial et Sylvie regardent baiser leur petit-fils ?!

– Ce sera leur premier spectacle, mais quand ils verront Lucas, s’ils le voient, ils ne verront pas leur petit-fils, mais un futur confrère… Il est vrai que tu n’es pas encore au courant de toute notre histoire… En résumé, Monique, Christian, Marcel jouaient déjà des saynètes cochonnes devant leurs grands-parents… moi-même, je faisais l’amour, je baisais devant Valentino qui aurait pu être mon aïeul tant son histoire d’amour avec Rosalie était similaire à celle que je vis avec Monique… Ça ne nous a jamais posé le moindre problème, mais je suis heureux de t’avoir avertie avant… Tu n’as pas à rougir de ne pas te sentir capable d’assumer ça… Tu viens de débarquer, nous avons presque un demi-siècle de complicité derrière nous… Ne te sens pas obligée d’y assister… des spectacles, il y en aura d’autres…

Jean-Luc, d’une pression sur mes reins, m’avait rapprochée de son corps. Sa voix était douce, posée, envoûtante. Tout en me parlant, il caressait ma poitrine. Je fermai les yeux, me laissai guider.

– Ta peau est fraîche… douce et fraîche…

– J’ai fait mes ablutions il y a peu…

– Sous le regard de Daniel, de Mireille ou de Marcel ?

– Marcel

– Tu me raconteras ?

– Tu me montreras ta bite à défaut de me baiser ? Tu me laisseras la toucher ? La goûter ?

Nous dansions sans vraiment nous en apercevoir, son corps collé au mien, le mien au sien. Jean-Luc prit ma main, me demanda de m’asseoir sur le bureau pendant qu’il s’installerait sur la chaise. Il dégagea mes cuisses, écarta les pans du peignoir de telle façon qu’ils ne couvraient plus mes seins. Il les caressa avec assez de science pour que j’écarte mes cuisses sans qu’il ait besoin de me le demander.

Alors, il consentit à se débraguetter et à me montrer son sexe que je trouvais de plus en plus tentant. Il me demanda si je voulais toucher sa balafre et n’attendit pas ma réponse pour se lever afin que je puisse le faire. Il releva son visage, nos regards se croisèrent, nous nous embrassâmes. À nouveau son baiser me transporta sur le chemin agréablement glissant du désir. Pourquoi Sylvie ne m’a pas prévenue que Jean-Luc maîtrise à ce point l’art du baiser ? Suis-je la seule à qui ils font un tel effet ?

Je m’allongeai à demi sur le bureau. Jean-Luc caressait mon corps avec ses doigts, avec son sexe, avec ses lèvres et je me laissais faire, totalement passive. Il me rendait folle à effleurer ma bouche avec son gland et à l’éloigner dès que je l’ouvrais. « Tss tss, tu es trop avide, trop pressée ! ».

À force de minauderies, je finis par le convaincre de me prendre ainsi, sur le bureau. Il y consentit, se plaça face à moi, me complimenta pour mon joli petit con, se demanda à voix haute quels plaisirs il allait lui procurer. Je sentis son gland à l’entrée de mon vagin, j’étais admirative de sa maîtrise, il parvenait à me pénétrer au ralenti, millimètre par millimètre, alors que je le savais bouillant de désir. Grâce à un savant jeu de miroirs, je pouvais regarder sa lente pénétration. Il avait pratiquement entré son gland quand une alarme sonna.

Jean-Luc se retira d’un coup. « Hélas, le temps qui m’était imparti étant écoulé, je dois interrompre mon intervention ». Il éclata de rire avant de sortir de la pièce pour rejoindre ses confrères et consœurs.

Je le poursuivis « T’avais pas le droit ! Ça c’est de la dégueulasserie dégueulasse ! T’as pas le droit de me faire ça ! »

Scandale dans la famille !

Odette – « Chez nous, à chaque instant, c’est jour de fête »

Voici le lien vers la chanson en question !

Marcel me regarda comme s’il hésitait à me poser la question qui le taraudait. Je l’anticipai en y répondant « Je lui ai affirmé que tu ne risques pas de lui claquer dans les pattes… au pire, nous achèterons un défibrillateur »

– Mais bordel à couilles, j’ai jamais rien eu au cœur ! Je lui ai dit qu’elle me faisait de l’effet au palpitant pour ne pas lui dire « je t’aime », mais c’était tout ce que je voulais dire… Boudiou ! Pour une fois que je l’ouvre !

Pour une fois ? C’est sans doute pour cette unique fois qu’on te surnomme « le Bavard » ?

– Donc, si je comprends bien, c’est Paris qui vous rend chiantes ? Déjà qu’avec Monique et Sylvie… si tu t’y mets à ton tour… Et à part ça qu’est-ce que tu sais de moi ?

– Que tu parles en baisant, que tu es le meilleur coup de la Confrérie…

– C’est Mireille qui t’a dit ça ?

– Mireille, mais Monique l’écrit et Sylvie me l’a dit aussi… Je sais que tu fais tout ce que nous devrions détester et que malgré tout, tu les fais jouir comme personne !

– Le problème avec vous, les femmes, c’est votre réalisme. Vous ne laissez jamais aucune part au merveilleux, ce qui me chagrine…

– Comment ça ? C’est quoi cette histoire de merveilleux ?

Comme s’il n’attendait que ma question, Marcel prit un air énigmatique.

– Je ne sais pas si tu mérites que je t’esplique… regarde-moi ça… une vraie souillon !

Je me dirigeai vers le petit lavabo, habilement masqué par le paravent, cherchai un gant de toilette ou une éponge, mais Marcel voulut me voir penchée au-dessus du lavabo « les mamelles » à fleur d’eau. Je commençai à comprendre Mireille, Monique et Sylvie.

Pourquoi ce mot « mamelles » qui aurait dû anéantir mon désir l’avait, au contraire, enflammé dès lors que Marcel l’avait prononcé, dès lors que ses grosses mains carrées, poilues et rugueuses m’avaient palpée, fouillée ? Pourquoi le contact de l’eau fraîche sur mes mamelons réchauffait ainsi le reste de mon corps ? Pourquoi avais-je eu l’envie que Marcel maltraite mes seins, fasse semblant de les traire alors que j’étais penchée en avant et qu’il se tenait derrière moi ?

Quand sa main remonta jusqu’au milieu de mon dos, que d’une pression ferme, elle m’incita à me pencher davantage, Marcel prit une voix douce, choisit ses mots et commença son « esplication ».

– Est-ce que Monique t’a parlé de son ectoplasme ?

– Non, mais j’ai lu les pages où elle en parle. Pourquoi ?

– Elle en parle souvent, tu sais, mais ce que tu ignores encore… Hou ! Tu me fais bander comme un conscrit ! Décessa de rire, créature, ou j’arrête de t’espliquer ! T’as froid ou quoi ? Vé la chair de poule qui te fait comme une ceinture ! Vé… et là… elle te remonte le long de la colonne ! Hou comme j’ai envie de te faire onduler de la croupe… et espin… et la regarder bouger ! Ah, si Mireille n’avait pas exigé que je lui réserve mes cartouches… je t’aurais bien fourrée… comme ça… tu sens mes doigts ?

Je me retournai pour lui répondre, le regardai. Son sourire et son regard me le rendirent irrésistible. Il m’arracha presque du sol, prit mon visage entre ses mains et fourra sa grosse langue baveuse dans ma bouche. Pourquoi cette façon répugnante d’embrasser m’excitait autant ? Pourquoi avais-je envie qu’il ne cessât jamais ? C’était donc ça le merveilleux que Monique avait omis de me raconter ?

– Fatché ! Ça me le refait avec toi ! Comme avec Mounico !

– Ça te refait quoi ?

– L’impression que c’est pas la première fois… savoir exactement comment tu fonctionnes…

– Ah… le merveilleux dont tu parlais !

– Qué « le merveilleux » ? Ah mais non ! Boudiou, tu m’as fait perdre le fil, bougresse !

D’une claque étonnamment sensuelle sur mes fesses, Marcel m’intima l’ordre de me remettre en position afin qu’il puisse terminer son récit « si tu te décides enfin à ne plus m’interrompre à tout bout de champ ! »

J’allai protester quand il plaqua sa grosse main sur ma bouche « Pas le physique, ni la religion ! » et me sentit sourire sous sa paume.

Je n’en revenais pas, mon corps ne m’appartenait plus, il anticipait les caresses de Marcel, réclamait des attouchements dont il n’aurait pas voulu auparavant, des attouchements qu’il refuserait aujourd’hui encore à quiconque. Sauf à Marcel.

Marcel le bavard qui entrecoupait son récit de commentaires grossiers autant qu’élogieux sur ce qu’il était en train de me faire, sur ce qu’il ressentait.

J’entendais ses « Oh, mais tu mouilles comme une pucelle ! », ses « Tu sens comme tu es Odette la marionnette quand je te… ho, fatché ! Je te fais jouir, jolie marionnette ! », ses « C’est si facile… Boudiou ! Comme on va se prendre du bon temps… Oui ! Crie comme ça ! », ses « Maintenant que tu t’es décidée à venir…Oh ! Comme t’es bonne ! », mais, attentive à toutes ces sensations, j’avais perdu le fil de son récit. L’avait-il remarqué, venait-il de s’apercevoir qu’il l’avait interrompu dans le feu de l’action ?

– Bon, j’en étais où, Dédette la marionnette ?

– Que ça te faisait avec… moi… oh oui, comme ça… avec moi comme… OooOOOoooh… avec Monique… mais… c’était pas ça… Oooh… pas ça le mer… veille… ooh… eux…

– T’as donc rien écouté, bougresse ! Peuchère ! Tiens ! V’là pour tes fesses !

Sa claque déclencha ma supplique « Encore ! »

– Tu s’rais trop contente ! Bon. Je reprends depuis le début ?

– Oui !

– Mais sans les mains, ni rien !

– Oh !

– J’ai dépassé mon temps imparti et j’ai trop envie… si je te touche encore un peu, je pourrai pas résister et j’aurai plus de cartouche pour Mireille et Mireille…

Marcel soupira, exprimant ainsi et par son regard lointain, tout l’amour qu’il lui portait, qui la rendait unique à ses yeux.

– C’est un ectoplasme qui s’échappe du corps de Mounico, mais c’est une petite fée que je vois…

– Que tu… vois ?!

– Hé vouaï, que je vois ! Et pis…té… lis ce dossier… il raconte toutes ces bizarreries bizarres, ces étranges étrangetés, mais vous, les filles, la poésie, la féerie, vous vous en foutez, y a que le cul qui vous intéresse, à vous !

– C’est pas vrai ! Y a les bites, aussi ! Tu me montres la tienne ?

Marcel, comme s’il consentait un effort surhumain, me montra son sexe avant de me tourner le dos avec emphase, s’offrant ainsi une sortie théâtrale.

Je m’essuyais brièvement la poitrine et le ventre en me demandant qui allait être la prochaine personne à toquer à la porte. Je venais de finir de réajuster le peignoir quand retentirent trois petits coups cadencés. Toc. Toc. Toc.

Qui sera derrière la porte ?