Odette&Jimmy – « Oh mama, quel bonheur, quel grand bonheur pour moi ! »

Plutôt que la version française, qu’elle soit interprétée par Sacha Distel, Dalida ou les Surfs, je préfère vous renvoyer vers la version ska de Peter Tosh, parce que j’aime le teuch et le ska ! 😉

Jean-Luc s’était enfui en prenant garde que je ne le perde pas de vue. Je le retrouvai dans ce qui semblait être une salle de spectacle. Il se tourna et éclata de rire, en me montrant du doigt.

– Un peu de tenue, Dédette !

Toi ! Et pis d’abord, sors d’ici ! J’ai un compte à régler avec ton pote et il est hors de question que tu assistes à la scène !

– Et pourquoi donc ?

– Et parce que t’es mon frère, pardi !

– Ça devrait me gêner ? Plus que te voir débarquer en courant à poil, le peignoir de Jimmy détaché, en hurlant ton dépit, ta frustration à la Terre entière ?

Horrifiée, je tentai de refermer le peignoir, mais la ceinture et mes mains semblaient s’être liguées contre moi.

– Mais c’est pas la peine de le cacher, ton corps ! Ce n’est pas celui de ma sœur, mais celui de la femme qui a fait dire à mon ami « Elle fait de ce jour le plus beau de ma vie » !

Jimmy s’approcha de moi, arrangea le peignoir avant de l’échancrer. Les étoiles qui scintillaient dans ses yeux me firent penser à ces nuits en Australie, où, allongés côte à côte sur la terrasse, nous comptions celles qui brillaient dans le ciel.

– De quelle dégueulasserie dégueulasse s’est rendu coupable le vilain petit puceau, ma chérie ?

– Tiens ! Tu vois les sarcasmes que j’endure, par ta faute ?

Avec dédain, je haussai les épaules à Jean-Luc et répondant à Jimmy, me plaignis « Il m’a toute excitée pour me laisser en plan. Comme ça. Au beau milieu d’une pénétration. Et il riait, le bougre ! »

À cet instant, j’entendis au loin un étrange roucoulement. Avant que je ne demande le nom de cet animal, Martial me donna la réponse. « Bon, ben… je vais aller voir si Madame accepte ma présence… Elle. »

– Reste à portée de voix, que tu entendes Odette clamer que je ne suis pas un petit puceau !

– Ça te convient, madame « Scandale dans la famille » ?

– Dans ces conditions… oui…

Monique et Christian étaient présents, Alain et Cathy étaient retournés au village, pour mettre au point la soirée prévue le lendemain avec les jeunes, ils en profiteraient pour ramener Joseph parmi nous. Je râlai un peu, pour faire bonne figure.

– Donc, si j’ai bien compris, être mes témoins ne les tentaient guère…

– Mais pas du tout ! Seulement, les premiers candidats ont largement dépassé leurs douze minutes, ils pensaient que ça irait crescendo et qu’ils avaient le temps avant que vienne leur tour…

– Donc, si je comprends bien, c’est encore de ma faute ?

Christian allait me répondre, quand Monique affirma « Si tu regardais ses yeux au lieu de ses nichons, tu verrais qu’elle se fout de toi ! ». Sylvie me demanda si sa présence ne me dérangeait pas « Parce que Jimmy et les autres affirment que nous sommes sœurs ? Non. Pas le moins du monde, ta présence ne me dérange pas du tout ».

– Puisque tu restes, tu pourrais prendre quelques photos de mon dépucelage définitif, la Fiancée ?

– Bonne idée, Jean-Luc, comme ça mon frère ne t’embêtera plus avec ça !

Jimmy me prit la main qu’il tendit à Jean-Luc. Il désigna ce qui ressemblait à un banc de prière « Je pense que ce serait idéal pour… procéder ». Nous avions moins de vingt pas à faire jusqu’au banc, je ne sais pas pourquoi j’entonnai la marche nuptiale. Monique, Christian et Sylvie se regardèrent, surpris et ravis.

Je venais de leur dire que de toute façon, j’avais bien l’intention qu’ils soient tous mes témoins, que je ne concevais pas cette cérémonie autrement que dans le partage.

C’est ainsi qu’il fut décidé que les confrères me feraient jouir pendant toute la durée du discours de Daniel, tandis que les consœurs agaceraient Jimmy.

– Et pourquoi ne feraient-elles que t’agacer ?

– Parce que j’ai soixante-quinze ans, Princesse ! Je ne bande plus aussi souvent qu’avant !

Sylvie demanda quel serait le rôle de Martial, dans cette configuration.

– Il tiendra le registre !

Monique prit un air fâché « Pourquoi ne nous as-tu pas rejoints plus tôt ? » puis tout aussi brusquement sourit « Le principal, c’est que tu sois enfin parmi nous ! »

Jean-Luc me regardait. J’aimais son sourire ambigu. Comme ça avait été le cas plus tôt dans la journée, Jimmy se tenait dans mon dos, me caressait les joues, le cou, les épaules, les seins. « Ça va, Princesse ? »

Oui, ça allait, ça allait même tellement bien que je m’en étonnais, me demandant pourquoi je n’avais pas sauté le pas avant.

Monique et Sylvie pressaient Jean-Luc « Qu’est-ce que tu attends ? » Christian riait. Au loin, Martial s’impatientait « J’entends rien ! » Mireille roucoulait et Marcel jurait comme un charretier.

– Depuis le temps que j’attendais ce moment, laissez-moi profiter ! Ah… tu peux te vanter de m’avoir fait fantasmer, Dédette !

Il me pénétra. Je fermai les yeux pour mieux sentir son premier va-et-vient. Puis le suivant. Les mains de Jimmy couraient sur mon corps, le faisaient onduler. D’autres mains titillaient, agaçaient mes mamelons. Je reconnus les caresses de Christian.

– Tu peux ouvrir les yeux, Didou, elle n’est pas en relief !

Je les ouvris donc. Tous me souriaient. Je pouvais même deviner le sourire de Jimmy. J’avais du mal à reconnaître Jean-Luc, étonnamment plein d’assurance,

– Si tu savais comme ce fantasme m’a tenu éveillé… si tu savais comme je me suis branlé en imaginant ce moment !

– Pas trop déçu ?

– Oh que non ! Et toi ? Tu aimes ?

– Tu le sens bien, non ?

– Alors, dis-le !

– Oui !

– Encore !

– Oui !

– Princesse, je crois que tu ne le dis pas assez fort à son goût… pense à l’enjeu !

Je hurlai à pleins poumons que Jean-Luc était un super amant, qu’il me faisait jouir et comment il y parvenait. Je criai plus fort qu’il n’était pas puceau. Martial prit sa plus grosse voix pour affirmer « Ah ben… il était temps ! Merci de l’avoir enfin déniaisé, Dédette ! »

Comme ça avait été le cas avec Christian, mon orgasme avait du mal à éclater. Je ressentais des petites étincelles de jouissance sous ma peau, mais au lieu d’exploser en feu d’artifice, elles pétillaient comme des cierges magiques. Jean-Luc se faisait plus directif. Sa voix, ses mots m’électrisaient. Quand il se taisait, je lui demandais de me guider encore. Je n’avais jamais remarqué les intonations vibrantes de sa voix, la précision presque chirurgicale de ses mots.

J’entendis Jean-Luc et Jimmy dire en même temps « Ses yeux ! Son regard ! », compris qu’ils s’adressaient à Sylvie et pris conscience des cliquetis de son appareil photo.

– Odette… j’ai envie de jouir, mais je veux te voir jouir avant…

Comme s’ils n’avaient attendu que ce signal, Christian et Monique caressèrent, léchèrent mon corps, des épaules au pubis. Jimmy me serra plus fort dans ses bras, me redressa un peu. Je sentais ses dents prêtes à déchirer ma nuque.

Les va-et-vient de Jean-Luc se firent plus amples. « Ouvre tes yeux, Dédette ! » Je les rouvris pour voir le regard électrique de Jean-Luc, ses lèvres crispées que sa langue semblait caresser. J’aimais cette salive blanche un peu épaisse à la commissure de ses lèvres. Je vis aussi les cheveux blonds de Monique sur mon pubis.

– Oui… lèche-moi la queue en même temps que son minou ! Oui… ! Tu aimes, Dédette ? Tu aimes quand je te baise et que Monique te lèche la chatte ? Tu aimes comme nous te faisons l’amour ?

Il paraît que mon cri aurait déraciné un arbre millénaire, mais il est probable que Christian ait légèrement exagéré.

Quand je fus enfin seule avec Jimmy, que je le vis resplendissant de bonheur, qu’il me prit dans ses bras pour me demander si toutes ces aventures ne m’avaient pas trop chamboulée, je voulus être honnête avec lui.

– J’ai bien aimé, j’ai trouvé ça excitant, jouissif, mais… je ne pourrais pas en faire mon quotidien.

– Parce que tu crois que c’est le cas pour nous ?! C’est très exceptionnel ! On n’a pas cessé de te le répéter, on n’a plus vingt ans ! Et même quand nous étions encore fringants, nous avions d’autres contingences. Mireille et Daniel, avec leur famille nombreuse devaient de plus ne pas être vus en compagnie de Marcel, pour éviter les ragots. Je travaillais à Lyon, j’y étais la plupart du temps. Sylvie avec ses gamins, Monique avec ses études…

– Pourtant, les dossiers me paraissent bien épais…

– Mais ils contiennent un siècle de souvenirs ! Plus de la moitié concerne les fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or. Comme eux, nous avons remarqué ce phénomène, des périodes de frénésie puis tout aussi soudainement, des périodes d’accalmie, ce qui n’a jamais empêché les rencontres, les séances plénières, comme les appelle Daniel. L’arrivée de la vidéo nous a aidés, parce qu’on se passait, on se passe encore, les enregistrements de nos saynètes… Autant leur visionnage peut déclencher des orgies, autant il peut suffire à nous combler… et puis… nous ne sommes pas un monolithe, je peux me palucher dans mon coin en regardant l’écran pendant que d’autres s’envoient en l’air et réciproquement ! Tu comprends, ma Princesse ?

– Ça me rassure ! Et aussi de savoir que si te voir avec une autre me pique un peu trop le cœur, je pourrais me contenter d’écouter…

– Ou de prendre ton pied avec Jean-Luc…

– Si tu n’es pas à mes côtés, ça perd une bonne partie de son intérêt et quitte à choisir…

– Et quitte à choisir ? Tu préférerais Alain et sa grosse bite ?

– Non ! Marcel et ses grosses mains et sa grosse langue !

Marcel ?! Toi aussi ?! Marcel ?! Mais qu’est-ce que vous avez toutes avec lui ?

– Il s’est passé un truc étrange… deux trucs étranges, en fait… et je suis sûre qu’ils ne m’ont pas monté un turbin. Monique a plaisanté sur notre ressemblance, elle et moi, tu vois ? Certes, elle rigolait, mais elle y a fait allusion… Plus tard, Marcel m’a dit que ça lui avait fait exactement la même chose avec moi qu’avec elle, la première fois…

– Qu’il savait… que son corps savait d’instinct ce que le tien aimait ? Il t’a dit ça ?! Mais c’est… c’est la preuve que tu es des nôtres !

– Ça ne lui a pas fait pareil avec Cathy, Mireille et Sylvie ?

– Non, pas du tout ! Le phénomène ne s’est produit qu’avec Monique, jusqu’à aujourd’hui, donc. Ça et la petite fée… attends, je vais te chercher les feuillets où ils en parlent…

– Non ! Je préfère que tu me racontes… tu veux bien ?

Jimmy m’a prise dans ses bras. Allongée contre lui, je fermai les yeux tandis qu’il couvrait mon visage de doux baisers et de tendres caresses. Il m’a parlé de cet ectoplasme qui s’échappait parfois du corps de Monique, cet ectoplasme qui lui permettait de voir tout ce qui se passait, d’observer les autres couples ou trios ou quatuors, de reluquer les hommes qui se tenaient dans son dos. Cet ectoplasme que Marcel identifiait comme une petite fée aux traits de Monique, qu’il n’en avait pas parlé tout de suite parce qu’il croyait qu’elle était le fruit de son imagination et…

Et j’ai perdu le fil du récit quand nos caresses légères se firent plus appuyées, quand nous nous embrassâmes à nous en dévorer la bouche, quand nos crocs déchirèrent nos peaux, quand son sexe dur pénétra le mien gonflé de désir. Je n’avais plus soixante-neuf ans, il n’en avait plus soixante-quinze, nous étions fougueux comme à vingt ans, expérimentés comme des septuagénaires. Nous riions de tout ce que la vie nous réservait de surprises, de bonheur.

– Tu préfères quand je fais… hmm hmm comme ci… ou han han comme ça ?

– Ça dépend… et toi ? Tu préfères quand je bouge comme ci… ou quand j’ondule comme ça ?

– Ça dépend… pourquoi, madame la jésuite ?

– Parce que si je bouge comme ci… je préfère que tu me prennes comme ça… han han… bien au fond… presque trop au fond… alors que si j’ondule comme ça… je préfère que tu fasses comme ci… hmm hmm… plus chaloupé… Pourquoi tu ris ?

– Parce que c’est exactement la même chose pour moi ! Tu sais ce que ça signifie ?

– Qu’on était faits pour s’entendre au pieu ?

Je ne peux pas résister quand il sourit et éclate de rire comme il a souri et éclaté de rire. À chaque fois que j’y parviens, je le vis comme une victoire personnelle sur les mauvaises fortunes qui ont émaillé ma vie.

C’est à cet instant que nous nous sommes rendus à l’évidence, même si la chose était pratiquement acquise depuis quelques heures. J’allais devenir consœur du Bouton d’Or. Jimmy m’a proposé d’écrire ma version de cette journée ainsi que les circonstances qui y ont mené. Ça m’aura pris presque trois mois, mais j’y suis parvenue.

– Tu peux me réexpliquer pour la petite fée, la différence avec l’ectoplasme ?

– Tu préfères que je te l’explique à la sauvage ou à la lascive ?

– Je sais plus bien la différence… essayons les deux, je te dirai après…

– Gourmande !

– Irrésistible gourmandise !

Nous avons chaloupé, nous y avons été plus sauvagement, Jimmy a plaisanté sur les étranges vertus de notre chambre nuptiale qui lui faisait retrouver sa vigueur, mais avant tout, c’est la beauté de son rire, l’amour dans son regard, sa sérénité qui m’ont donné l’envie de demander le divorce à Bertrand et la main de Jimmy.

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