Odette&Jimmy – Après le spectacle

Après la représentation, quand les gamins vinrent nous retrouver, radieux et fiers d’être parvenus à relever ce défi, Émilie voulut s’isoler avec moi.

– Ça va, mémé Dédette ? Je t’ai entendue crier au début…

– Si tu tiens à ne pas te faire engueuler voire écharper par Jimmy, laisse tomber « mémé Dédette » ! Il pourrait te couper la langue, s’il t’entendait !

– Je dois t’appeler comment, alors ? « Mémé » tout court ?

J’éclatai de rire et fis mine de lui donner une tape sur les fesses.

– Dédette ou Princesse, puisque tous m’appellent ainsi… J’ai sursauté et poussé ce cri parce qu’il s’est passé un phénomène étrange, incroyable. Ne pense surtout que je suis en train de perdre la boule, mais quand tu as caressé Vincent… j’ai senti le corps de Marcel sous mes doigts et quand Vincent t’a retournée contre la table… tout ce qu’il te faisait… c’était comme si Christian me le faisait…

Émilie écarquillait ses magnifiques grands yeux noirs, j’y voyais l’éclat de ceux de Louise, ma maman.

– Tu veux dire… comme Monique et Rosalie ?!

Je ne comprenais pas ce à quoi elle faisait allusion. Elle me conseilla d’en parler avec Monique, mais d’attendre le lendemain pour le faire, parce que c’était sa dernière soirée parmi nous, sa vie, ses études l’attendaient à Paris et elle était curieuse d’en savoir un peu plus sur mes cures de jouvence annuelles.

Nous nous installâmes dans le bureau de Jimmy, celui-même d’où j’écris ces mots, et je lui racontai pourquoi et comment ce qui aurait dû être une escapade unique s’était transformée en rendez-vous réguliers.

Nous avions prévu un séjour de quinze jours, mais il y avait tant de paysages à admirer, tant de choses à découvrir que de report en report, nous sommes finalement restés sept semaines au Canada. Le retour vers la France fut un véritable déchirement. Pour autant, je déclinai l’invitation de Jimmy à venir m’installer chez lui et même celle de lui rendre visite. Je préférais m’imaginer le mas comme un Éden où ceux qui voulaient vivre nus le pouvaient, où ceux qui ne le souhaitaient pas n’y étaient pas contraints. Je craignais surtout de m’y sentir mal à l’aise.

C’est pourquoi nous avons décidé de nous offrir chaque année, un long séjour loin de la France. Enfin, « loin » est légèrement abusif puisque nous avons séjourné en Écosse, en Irlande, en Angleterre… Tout est parti d’une blague au cours de ce premier voyage. Dans un cimetière militaire, il s’inclinait devant la tombe de chaque soldat prénommé Jimmy.

– Je suis ton fils.

– Qui te dit qu’il est mort à la guerre ? Qui te dit qu’il était canadien ?

– Rien ni personne, mais une chose est certaine, il se prénommait Jimmy et ça… c’est un renseignement de premier ordre !

Il souriait comme un gamin farceur.

– Si ça se trouve, il s’appelait Johnny…

– Arrête ça tout de suite ! Mon père n’aurait jamais menti ! Tu m’entends ? Jamais !

– Peut-être que ta mère a mal compris…

– Et allez donc, insulte sa mémoire, tant que t’y es !

– Je dis juste que vous avez… une certaine façon de parler, qui n’est pas… Franchement, votre accent… c’est quand même… Vous le faites un peu exprès, non ?

– Ça, ma vieille, tu vas me le payer !

J’ai adoré la façon dont il m’a fait payer mon insolence et depuis, c’est devenu un jeu entre nous. En bon historien, il connaissait l’origine de tous les corps britanniques ayant combattu dans le sud de la France dans l’année qui précéda sa naissance. Je lui avais fait remarquer que rien ne prouvait les origines provençales de sa mère.

– Si j’avais été enceinte d’un soldat, que j’avais voulu cacher cette grossesse et accoucher sous X, je serais partie me réfugier à l’autre bout de la France…

Jimmy n’avait jamais envisagé cette possibilité.

– Tu es en train de me dire que ma maman pourrait être… normande ?

– Ou parisienne…

– Parle pas de malheur !

– Oh… misèreu deu peuchèreu !

– Mais ! Mais tu la cherches ta fessée ! On dirait que tu aimes ça, capoune !

– P’tète ben qu’oui…

C’est aussi lors de ce premier séjour que j’ai découvert le plaisir de faire l’amour en pleine nature, ne pas me contenter d’observer de loin, mais être celle qui pouvait être vue. Dans ces immenses forêts où nous risquions plus de choper une pneumonie, de n’avoir pour spectateur qu’un ours bougon sorti prématurément de son hibernation, réveillé par nos cris enthousiastes !

L’année suivante, en Australie, nous avons découvert celui de faire l’amour en pleine mer. Déjà, lors du vol, Jimmy avait rabattu sa couverture sur ma tête. J’avais eu du mal à ne pas rire quand, sérieux comme un pape, il avait expliqué à l’hôtesse de l’air « Ma femme a peur en avion, le seul moyen de lui éviter une crise de panique, c’est de dormir la tête sur mes cuisses, le visage protégé par la couverture ». En disant ces mots, il avait posé sa main sur ma tête, dans un geste que l’hôtesse avait pris pour une caresse apaisante. En réalité, il était en train de jouir dans ma bouche. Il fallait bien le connaître pour déceler le déraillement de sa voix.

Parmi la longue liste des plaisirs que nous aimons nous offrir, figure celui du « mine de rien ». Nous aimons nous jouer des autres grâce à notre apparence des plus convenables. Nous avons nos petits signes, nos codes secrets, gestes et mots anodins qui précèdent une étreinte sauvage, plus ou moins brève. Quand il caresse la cicatrice sur son avant-bras, quand je tripote l’une des breloques de mon bracelet, nous nous adressons un message, nous nous envoyons une invitation.

Mon fameux bracelet à breloques, que personne n’a jamais remarqué ! Nous avons fait le choix de n’acheter qu’une breloque par voyage, pour que chacune ait une réelle signification, qui lui serait propre, à nos yeux. Ce peut être le souvenir d’une étreinte particulière, d’un endroit précis, d’un éclat de rire, quoi qu’il en soit, chacune évoque un moment qui n’a appartenu, qui n’appartient qu’à nous, qu’à notre belle histoire d’amour.

Émilie regarda mon bracelet et m’interrogea du regard. Durant toute ma carrière, je n’avais jamais porté de bracelet, ni même de montre au poignet, elle avait simplement cru que ça avait été ma façon de fêter ma retraite, mais m’avoua aussi qu’elle n’y avait jamais prêté attention, ni remarqué qu’il s’était étoffé au fil des ans.

– Tu avais tout juste seize ans lors de ma première « cure », c’est bien normal que tu n’y aies pas prêté attention !

Je répondis à sa question muette en lui donnant quelques détails, mais maintenant que je couche ce souvenir sur le papier, j’ai envie d’en livrer davantage puisque j’ai eu le temps d’en parler avec Jimmy et que cette perspective l’enchante.

Notre premier séjour allait bientôt s’achever, nous savions déjà qu’un autre suivrait, mais cette séparation était un véritable crève-cœur. Nous nous promenions quand nous fûmes attirés par la vitrine d’une boutique spécialisée dans la lithothérapie. Une des pierres était censée protéger celle qui la portait lors de voyages, elle prémunissait aussi contre les troubles féminins, je riais de ces bêtises, néanmoins son éclat m’attirait. Jimmy se proposa de me l’offrir en souvenir. Je refusai prétextant que je ne saurais qu’en faire et que je ne voulais pas que ce cadeau finisse au fond d’un tiroir.

Nous poursuivions notre balade quand il s’arrêta devant l’échoppe d’un bijoutier. Un des bracelets lui avait tapé dans l’œil et il tenait absolument à me l’offrir. Laquelle d’entre vous est capable de lui résister quand il fait ces yeux-là, quand il penche la tête comme ça, quand il vous souffle à l’oreille « s’il te plaît » de ce ton-là ? Laquelle ? J’acceptai donc d’entrer dans la boutique et d’essayer le bracelet « de toute façon, il ne m’ira pas ! ». Je voulais bien m’avouer vaincue, mais tenais tout de même à livrer un minimum de combat !

Le bracelet m’allait à merveille. Le bijoutier nous expliqua qu’il était conçu pour qu’on y fixe des breloques et nous en proposa quelques-unes. Aucune ne nous convenait, mais Jimmy facétieux demanda si, à tout hasard, on pouvait y accrocher une petite pierre. Je crois que le bijoutier a remarqué l’éclat juvénile de son regard et son sourire attendri. Bien entendu, la chose était tout à fait faisable à condition qu’elle ne soit pas trop grosse et qu’elle soit pourvue d’une attache particulière, il se proposa même de s’en charger. Quelques précisions plus tard, nous retournâmes avec la pierre chez le bijoutier, qui nous apprit que la tradition voulait qu’on la montât sur un bijou en argent ou en or blanc.

– La tradition de ma famille est d’offrir des bijoux en or jaune à nos femmes… je préfère rester fidèle à mes origines.

L’aplomb avec lequel Jimmy avait évoqué ses origines familiales faillit me faire tomber à la renverse. Décidément, il était encore capable de me surprendre alors qu’il l’avait fait durant tout ce séjour. À commencer par sa maîtrise parfaite de l’anglais que je ne soupçonnais pas !

Il nous fallait attendre quelques jours afin que le bijoutier puisse nous préparer tout ça. Nous riions en pensant à « cette pierre de lune si bien nommée ». Nous avions admiré la pleine lune qui nous semblait si proche qu’on aurait cru pouvoir la toucher, c’était lors d’une randonnée au beau milieu de nulle part, je m’étais exclamé « Regarde la lune, comme elle est belle ! » Jimmy m’avait caressée en me reprochant « Pour la voir, encore faudrait-il que tu me la montres ! ». Il faisait un froid de canard, pourtant ses mots m’avaient tant embrasée… ses caresses aussi, faut dire… que j’avais retiré mon pantalon en lui demandant « Et maintenant, tu en penses quoi de cette pleine lune ? » Il me sourit, sans un mot. Je lui montrai alors le ciel en affirmant « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ! »

– Mais quand Odette montre la sienne, le sage y met les doigts !

Je lui reprochai ce mot facile, mais succombai tout à fait. Ce fut la première fois où je goûtai aux plaisirs d’une sodomie hivernale en plein-air. La première fois où je manquai de réveiller un ours tant je hurlais mon plaisir à pleins poumons. Mon corps a mémorisé chacune de mes sensations à l’exception d’une, je ne me souviens absolument pas d’avoir ressenti la morsure du froid, alors que je me souviens tout à fait de celle des dents de Jimmy. Rien qu’à l’évoquer, de divins frissons parcourent ma colonne vertébrale.

C’était un signe. La pierre de lune symboliserait à tout jamais ce mois de janvier 2010.

Et c’est au beau milieu de ce récit qu’Odette décide de poser la plume pour vous maintenir dans un suspens haletant ! ;-)

Odette – « Il n’y a pas de théâtre sans fraternité »

Quand j’ai donné mes textes à lire à mes futures consœurs, à mes futurs confrères, leur réaction a été unanime. Je n’avais pas raconté ce qui s’était passé lors de la représentation théâtrale.

– Vous croyez que c’est si important que ça ? C’est d’une banalité affligeante, non ?

– Profite pas de la situation, déjà qu’on passe l’éponge sur… je me comprends…

– Qu’est-ce qui te retient en réalité, ma Didou ?

– Je n’arrive toujours pas à m’expliquer, à comprendre…

Après une discussion animée sur l’utilité de comprendre un phénomène pour tenter de le raconter, je me suis installée au bureau de Jimmy. La fenêtre entrouverte me permet de suivre, d’une oreille distraite, ce qui se passe dans le patio et je n’ai qu’à me retourner pour apercevoir, par la porte ouverte, la salle des fêtes où tout s’est déroulé.

Nous étions installés et attendions le début du spectacle. Je m’étais assise sur un grand canapé confortable aux côtés de Jimmy. Mireille était assise sur les bords du lit installé dans un recoin, Daniel et Marcel l’avaient rejointe, un verre à la main.

Monique et Cathy s’étaient disputé le confort du corps de Martial, enchanté d’être l’enjeu de la bataille ! Sylvie avait mis fin à la querelle. Sans un mot. Un regard sur Martial. Un mouvement du menton. Un regard en biais sur Monique et Cathy. Capitulation desdites. Éclat de rire général.

Sylvie s’est donc installée sur l’autre lit, se vautrant langoureusement sur le corps de Martial en gémissant d’aise.

Cathy et Monique rejoignirent Alain, Jean-Luc et Christian qui les chassèrent, les traitant tout naturellement de Pomponnette. Même Joseph se refusa à elles, affirmant se sentir outragé. Il rejoignit le lit de Mireille.

La tête posée sur l’épaule de Jimmy, je lui demandai si c’était toujours comme ça.

– On se taquine souvent, mais ce soir, ils sont en forme…Vé !

Cathy et Monique s’étaient installées sur un large sofa et se câlinaient. Revenant sur leur première décision, Jean-Luc, Christian et Alain s’approchèrent à pas glissés. « Que dalle ! » Cathy s’enflamma « Pomponnette Power ! »

J’ai cru qu’il allait falloir réanimer Alain, mort de rire, qui ne parvenait plus à reprendre son souffle.

– Ô ma Cathy, si je n’étais pas déjà ton époux, je te demanderais de me marier !

Cathy, vaincue, consentit à l’accepter à ses côtés. Jean-Luc et Christian restaient punis. Devant l’air abattu de Jean-Luc, Monique lui accorda une « éventuelle » petite pipe si le spectacle l’inspirait. Toutefois, elle resta inflexible.

– Mais toi, toi qui m’as traitée de Pomponnette, toi, Christian, pour ta punition, tu devras assister aux spectacles, celui sur scène et celui dans la salle, sans y participer, juste regarder ! Ah, ah ! Te voilà bien puni, mon mari !

Un « Bien dit ! » fusa du côté de Mireille.

La salle fut plongée dans l’obscurité. Pauline se présenta à nous devant le rideau fermé.

– En lisant les lettres de Sylvie, nous avons appris pour les spectacles que la Confrérie du Bouton d’Or offre à ses membres. Nous avons découvert le talent de Madame pour l’écriture de saynètes. Quand le Bavard a parlé de lui, il a choisi une pièce très féministe, où les rôles sont inversés, les stéréotypes aussi. Cette lettre, il l’a envoyée à Lucas le 8 mars et il est trop malin pour que ce ne soit que le fruit du hasard. Nous avons donc décidé de vous interpréter « Renouvellement de bail », mais nous avons rencontré un problème. Puisque si nous respections « la logique », Vincent jouerait le fermier et moi, la propriétaire. Je ne me voyais pas coucher avec mon cousin devant nos grands-parents, alors c’est Émilie qui interprétera ce rôle.

Je ne pus m’empêcher de regarder en direction de Mireille. Il y avait assez de lumière pour que je la voie m’adresser un vigoureux oui de la tête.

Pauline rejoignit « le coin-régie » duquel elle actionna l’ouverture du rideau. Sur scène, ma petite Émilie dans un « tailleur Chanel », si éloigné des vêtements qu’elle porte habituellement. « Me dis pas que c’est pas moche ! Vé ! La gamine, on dirait qu’elle a cent ans ! » Mireille bougonna un « Chut ! » agacé.

Vincent est entré en scène et très vite, je n’ai plus vu ma petite-fille, mais une actrice burlesque. J’ai enfin compris ce qu’on m’avait expliqué plus tôt dans la journée. C’est alors que ça s’est produit.

Émilie tournait, virait autour de Vincent, l’aguichant comme Mireille aguichait Marcel. Quand ses mains ont caressé les cuisses de Vincent, quand elles ont soupesé ses couilles, j’ai senti la peau, le corps de Marcel sous mes mains. Je criai un « Oh ! » surpris auquel répondit un sursaut « Fatché ! » de Marcel. Nous nous regardâmes, lui bien moins étonné que moi.

Après une court moment de flottement, Émilie et Vincent reprirent leur rôle. Il était très perturbant pour moi de caresser Marcel, de le branler, de le sucer alors qu’il se tenait à plusieurs mètres de moi. Je ne distinguais pas son visage, mais la façon dont il se tenait ne laissait planer aucun doute sur le plaisir qu’il prenait à la situation. Je fis part de mon trouble à Jimmy, qui me répondit « Te pose pas tant de questions, profite, ma Princesse, profite ! »

Alors, j’ai profité, me mordant la langue pour ne pas demander à Émilie de faire à ma manière. Je me laissais bercer par mes sensations, oubliant presque mes amis. J’étais excitée tant par ce que je voyais que par ce que je ressentais. Sur scène, Émilie paraissait dépitée.

– Il me semblait que les hommes de la terre… mon amie m’avait laissé entrevoir d’autres proportions… son métayer…

– C’est que je ne suis pas votre métayer, Madame, je suis que votre fermier !

– Et de l’esprit avec ça ! Décidément, vous me plaisez de plus en plus, mon brave ! Possédez-vous le téléphone dans votre… masure ?

– Oui, Madame, depuis l’automne dernier ! Avé la télé, j’ai tout le confort moderne de la modernité confortable !

– Peu me chaut la… télé ! Puis-je me permettre… ?

Je ris aux larmes quand Émilie décrocha le téléphone. Plus tard, elle nous expliqua leur surprise en découvrant le cadran « Trop lourd, ce truc ! Trop lourd… ! » (« lourd », en l’occurrence signifiant « génial »).

– Allô, chère amie ? J’ai mon fermier sous les yeux et je suis dans l’obligation de vous faire part de mon léger désappointement… On est loin des proportions des hommes de la terre dont vous m’aviez parlé… Oui ! Exactement, ma chère ! Nous vous attendons… Oui… Oui… Vous avez parfaitement raison, très chère, l’essayer ne m’engage en rien ! Oui… Tout à fait… ! Oui !

Émilie raccrocha le téléphone.

– Montrez-moi, mon brave, comment vous manœuvrez votre engin pour susciter l’émoi d’une dame respectable !

– Mais… je ne sais pas…

– Tss tss ! Et la corne dans votre main ?

– C’est que d’habitude… j’ai l’imagination… pour m’échauffer, je regarde des photos… et j’imagine…

– Indiquez-moi comment me tenir… je serai votre pin-up en chair et en os.

– Pour commencer, installez-vous sur la table… mouais… échancrez votre chemisier… un peu plus que ça… mais pas trop… Ouvrez la bouche en cœur… En cœur, j’ai dit ! Pas en cul de poule ! Mais non ! Pas comme ça non plus ! Vous l’ouvrez trop ! Et pis… vous mettez pas en arrière !

Vincent s’approcha d’Émilie et l’installa comme il le souhaitait. Pour qu’elle ouvre la bouche comme il voulait, il s’approcha d’elle et taquina ses lèvres avec son gland, un peu comme s’il voulait lui baiser la bouche et juste au dernier moment, reprit sa place.

– Regarde-moi faire, la bourgeoise ! Ça te plaît que je me branle pour toi ? Tu mouilles quand je me branle comme ça ?

Émilie, fascinée ne répondait pas, elle suivait les mouvements de la main de Vincent avec un plaisir non dissimulé.

– Alors ? On a perdu sa langue, la bourgeoise ? Je ne t’entends plus pérorer ! Réponds, ça te fait mouiller quand tu me regardes me branler pour toi ?

Émilie commit alors l’irréparable. Enfin, c’est à ce moment que tout a basculé une nouvelle fois.

– Venez vérifier pas vous-même, mon brave ! Mon taurillon provençal !

– Qué « taurillon » ? Je vais te montrer ce qu’est un vrai taureau, la bourgeoise !

Vincent fonça sur Émilie, la retourna contre la table, mais ce furent les mains de Christian qui empoignèrent ma taille, ce furent ses doigts qui me fouillèrent. Marcel soupira de dépit et quand Vincent prit Émilie, ce fut le sexe de Christian qui alla et vint en moi. C’est à ce moment qu’il ressentit ce phénomène que je ne m’explique toujours pas.

À la demande générale, Vincent et Émilie se livrèrent de nombreuses fois à la leçon de sémantique « De la différence entre « limer » et « bourrer », explication par l’exemple ». Nous les encouragions « Encore ! Encore ! », Christian et moi y ajoutant une dose supplémentaire de conviction. Ils s’en donnaient à cœur joie, n’ayant pas conscience de ce que Christian et moi ressentions. J’étais au bord de l’extase, quand j’entendis la voix de Jimmy par-dessus les autres « Encore ! Encore ! ». Je le regardai, en le voyant se branler à mes côtés, un bras passé autour de mon cou, mon orgasme éclata, me projetant sur le côté opposé. Jimmy me sourit et me prit dans ses bras. « Tu vois, c’est plutôt sympa ! ». Il avait vingt ans ! Je vous jure, il avait vingt ans !

Après avoir patienté, puis s’être impatientés, Manon, Enzo et Lucas firent leur entrée en scène. Manon jouait à la perfection la pétasse parisienne, avec une telle conviction qu’on aurait pu oublier qu’elle jouait, si ça n’avait été ses rires contenus et le rouge qui lui montait régulièrement aux joues. Faisant avec les acteurs qu’ils n’avaient pas, les gamins ont réécrit ce passage de la saynète.

Après avoir salué son amie, Manon reprit la conversation comme si de rien n’était.

– Comme je vous le faisais remarquer, chacun a ses avantages… Regardez-moi celui-ci, il n’est pas vraiment musclé, pas vraiment gros, même pas maigre… il n’a pas l’air bien malin, mais… regardez-moi son équipement ! Et attendez ! Vous allez voir comment il s’en sert ! Tenez… essayez-le, vous m’en direz des nouvelles !

Manon arracha Vincent du corps d’Émilie, Lucas prit sa place et je redevins une spectatrice comme les autres.

Lucas fit quelques va-et-vient dans Émilie pendant que Manon tournait autour de Vincent, l’estimait, le jaugeait. Elle jeta un regard en direction de Lucas, lui ordonna de sortir d’Émilie, l’amena aux côtés de son amie.

– Et regardez-moi comme sa queue est a-do-rable quand elle brille comme ça ! Vous voyez ? Et à sucer… ô, ma chère amie, si vous saviez comme cette queue est divine à sucer…! Au lieu de rester planté là, comme un idiot, viens donc faire goûter ta bite à la dame !

Lucas s’exécuta.

– En contrepartie, pourrais-je m’enfiler le vôtre ou préférez-vous en garder la primeur encore un peu ?

– Faites donc, chère amie, faites donc ! Il est vrai que la queue de votre employé est des plus délicieuses…

– Oh merci ! Je les choisis toujours avec beaucoup de soin. De votre côté, vous êtes bien urbaine de me prêter votre jouet ! Il est comment en sodomie ?

– Je n’en sais fichtre rien !

– Ah ? Vous ne l’avez pas encore testé ? Si je ne craignais de me montrer par trop gourmande, je vous demanderais bien…

– Mais faites donc, chère amie, je vous le prête bien volontiers ! Dites-vous que vous me rendez service en le rodant. Et toi, montre-moi ce que tu vaux sur la longueur…

Lucas reprit son activité auprès d’Émilie, mais je n’avais d’yeux que pour Manon qui s’en donnait à cœur joie avec Vincent. J’ai vraiment eu l’impression d’assister à l’éclosion d’une actrice au talent phénoménal. Je fis part de cette sensation à Jimmy qui me murmura « J’étais justement en train de me faire la même réflexion ».

– Si vous pouviez l’utiliser au milieu des meules de foin… La paille, ça l’inspire et le contraste sublime son corps, qui en devient… hmm… excitantissime ! Hein que ça t’inspire, mon joli paysan ? Vous verrez, à l’usage, il est très endurant… Hmm… mais ta bite est un véritable régal pour mon cul, mon gars ! Dites-moi, chère amie, je vous l’échangerais bien contre un des miens pour la soirée… Oooh, mais qu’il m’encule bien, le bougre ! S’il vous plaît, laissez-moi vous l’emprunter !

– Mais faites donc, chère amie, d’autant que le vôtre… hmm… n’est pas mal non plus !

– Et vous n’avez encore rien vu !

D’un claquement de doigts, Manon ordonna à Enzo d’approcher.

– Mais pour vous qui rêvez de sodomie sans limite… regardez ce que je vous ai apporté ! Entendons-nous bien, nous parlons bien de bite de compétition ?

Enzo avança jusque devant Émilie, au milieu de la scène et, faisant fi de toutes les conventions théâtrales, nous tourna le dos.

– Montre à la dame ce qui fait de toi mon étalon préféré ! Allez, montre à la dame ta grosse bite de métayer !

Enzo se déshabilla sous le regard admiratif d’Émilie.

– Si ce n’est pas de la bite de compétition, je ne m’y connais pas !

– En effet, chère amie, en effet ! Je vous le concède ! Viens par ici, mon gars et montre-moi comment tu t’en sers !

Enzo obéit à Émilie. En le voyant de profil, un « Ooh ! » général emplit la salle. Une chose est indubitable, Enzo est bien le petit-fils d’Alain !

Le rideau s’est refermé et Pauline est revenue sur scène.

– En lisant la saynète dans son intégralité, nous avons su de quelle façon le métayer pouvait offrir du plaisir à ces dames, mais puisque le Bavard a jugé bon d’achever son récit à cet instant crucial, nous avons estimé qu’il serait inconvenant d’aller plus loin. Nous espérons que le spectacle vous a plu et vous convions au buffet que nous vous avons préparé.

Après le spectacle

Odette au spectacle avant la représentation

Le trajet fut très court et encore, nous fîmes un détour pour nous garer dans la cour de la grande maison, celle que Nathalie avait léguée à Cathy et à Alain. J’ai aimé la petite plaque « La maison du Toine ».

– Nathalie en voulait à son Toine de n’avoir jamais cru à l’au-delà, à la vie après la mort. Elle s’en voulait surtout de n’être jamais parvenue à le convaincre, à le rallier à ses croyances. Elle voulait offrir sa maison à Cathy et Alain, seulement pour des histoires d’héritage, c’était impossible. L’idée du viager s’est imposée d’elle-même. Quand les papiers ont été signés chez le notaire, nous avons organisé un grand repas entre membres de la Confrérie, nous avons trinqué, Alain et Cathy se sont levés, elle nous a fait ce discours « Quand je pense à là d’où je viens, je mesure la chance de vous avoir connus, vous tous, tous autant que vous êtes. Quand je vois Monique près de Rosalie, quand je pense au lien qui les unit, je ne peux m’empêcher d’y voir celui qui m’unit à Nathalie. Combien de fois n’avons-nous pas regretté, elle et moi, que son Toinou n’ait pas eu le temps de me rencontrer ? Il lui claironnait qu’on oublierait son nom quand leurs enfants seraient morts et ça contrariait Nathalie. J’aime pas qu’on contrarie Nathalie, ma mamé de coeur, la vraie, la seule. J’aime pas qu’on la contrarie, même si c’était son Toinou, même s’il est mort. Alors, avec Alain, on a eu l’idée de le faire mentir, on n’oubliera jamais son nom ! » Alain a dévoilé la plaque, qu’il a, plus tard, scellée sur la façade.

J’étais émue aux larmes. Je reçus une sacrée douche froide quand Cathy m’accueillit dans la maison de la rue Basse.

– Toi ! Toi ! Toi ! Toi, je te retiens ! On a parlé de toi et je te retiens ! Qu’est-ce que tu foutais pendant tout ce temps ? Ça te plaît tant de te faire désirer ?

Interloquée, je balbutiai « Je ne savais pas qu’il était si urgent que… si je l’avais su, j’aurais refusé la proposition d’Alain… »

– C’est ça… minimise l’affaire… pff… deux petites heures pour masquer quarante… cinquante ans de retard ! Cinquante ans pendant lesquels on t’a attendue ! Tu imagines le calvaire que ça a été pour l’autre zigoto là… le petit puceau ?

Elle m’a prise dans ses bras. Je riais. Je pleurais. Christian s’enquit de Joseph.

– Il ne va pas tarder, d’ailleurs à ce propos, madame la princesse retardataire, il te faudra aussi rendre des comptes… Je me comprends…

Il était l’heure de déjeuner, la table fut rapidement dressée. Martial s’était surpassé en cuisine. Joseph arriva enfin. Nous trinquâmes à son retour. Il tint à s’excuser de son départ précipité, la veille.

– Vous êtes arrivée hier, je vous ai regardée et j’ai vu tous les bijoux dont je souhaiterais vous parer. J’ai perdu l’inspiration il y a sept ans, au décès de ma chère épouse. Bien entendu, je pouvais reproduire d’anciens modèles, effectuer des commandes, mais créer, trouver, imaginer, rêver au bijou idéal pour chaque instant de la vie… ça, je l’avais définitivement perdu. Et je vous ai vue. J’avais vingt ans et tant d’idées en tête ! Tenez, regardez les premières esquisses…

J’étais éberluée ! Trois croquis très précis. Putain, il avait raison, ces bijoux… c’était moi ! Et l’éclat de gratitude dans son regard ! Je me suis dit « C’est pas possible, je rêve, je vais me réveiller ! »

– Et pour ce retard, quelle est ton excuse ?

En me disant ces mots, Cathy m’a prise par le cou, m’a attirée à elle pour me faire un gros bisou. Prise d’une inspiration soudaine, je m’exclamai « Je veux bien pour ce matin, mais pour les quarante ou cinquante ans, j’y suis pour rien ! Jimmy ne m’avait jamais parlé de la Confrérie ! » Au lieu des acclamations de joie auxquelles je m’attendais, je n’eus droit qu’à des hochements de tête mi-réprobateurs de celles qui allaient devenir mes consœurs. « Ah… quand même ! C’est pas trop tôt ! »

Prenant un ton professoral, Monique, Sylvie, Cathy et Mireille martelèrent la table du bout de leur index « Quand une consœur te reproche quelque chose, incrimine un confrère. C’est la base ! »

Le reste de la journée s’est déroulé à l’avenant, beaucoup de rires, de plaisanteries. J’avais trouvé une famille. Enfin, ça se situait entre le pensionnat mixte pour adultes vieillissants, une maison de retraite somme toute, et l’ambiance familiale. Sylvie me dit, en désignant Jimmy « Je crois que je ne l’ai jamais vu aussi heureux ! »

– Si je ne craignais de nouveaux reproches, je te répondrais bien que moi, si !

À cet instant précis, alors qu’il ne pouvait avoir entendu notre conversation, Jimmy me chercha du regard, me trouva, me sourit.

– Euh… j’ai rien dit, t’avais raison, ma Vivi…

Avais-je déjà ressenti un tel bonheur, une telle plénitude avant cet instant ? Rien n’est moins sûr.

Plus tard, je cherchais Jimmy du regard, ne le voyant pas, j’allais poser la question à Martial quand Christian me proposa de me faire visiter sa maison et de m’en dévoiler quelques secrets. Je le suivis donc. Une tenture masquait une porte de placard qui s’ouvrait sur un petit bureau un peu austère, un fauteuil fatigué, une chaise, un pupitre, des feuilles de papier, quelques rayonnages garnis de livres.

À l’invitation de Christian, je m’installai dans le fauteuil, il me fit remarquer le judas à ma droite, à hauteur d’yeux. Je fis coulisser le petit panneau qui l’obturait. Christian s’assit sur la chaise face à moi et fit de même avec celui qui se trouvait à sa gauche.

Sylvie était en pleine discussion avec Jimmy, qui lui parlait sans fard de son bonheur, qui demandait « Tu crois que je pourrais lui présenter mon frère et ma sœur ? Ce ne serait pas trop… précipité ? »

– Trop précipité ? Jimmy ! Tu as soixante-quinze ans, elle en a soixante-neuf ! Ça fait dix ans que tu ne vis que pour vos voyages, que par eux ! Hé ho ! Atterris !

Jimmy eut un regard lubrique.

– J’aime bien quand tu t’énerves comme ça, on voit tout de suite si tu portes un soutif ou si t’en portes pas. Et là, t’en portes pas !

Regard lubrique de Sylvie.

– Tu veux voir ?

– À ton avis ? Odette me fait retrouver toute ma vigueur. La savoir de retour parmi nous… je bande comme un jeune homme ! Regarde-moi ça !

– De retour ?

– Enfin… tu me comprends… Tu voudrais bien m’offrir un strip-tease, pour fêter ça ?

Je regardais par l’œilleton. Leur échange, leurs commentaires, les consignes précises que donnait Jimmy, les consignes précises que Sylvie respectait au pied de la lettre m’électrisaient, je vibrais au même rythme qu’eux. Jimmy était face à moi. Se doutait-il de ma présence derrière ce mur ? Était-ce un coup monté avec la complicité de Christian ? J’eus la réponse peu après quand, émoustillé, ce dernier se félicita de s’être montré un hôte accueillant. « Un bienfait n’est jamais perdu ! ». Il me fit un clin d’œil, devant mon air mi-figue mi-raisin, il m’en demanda la raison, je lui dis qu’il faisait un peu trop sombre pour que je puisse le voir lui aussi se branler, mais que c’était bien le seul reproche que je pouvais adresser à ce poste d’observation, il me sourit, alluma une applique entre nous deux.

– Ça va mieux comme ça ?

– C’est génial ! On dirait qu’on est sous un réverbère, ça fait encore plus… c’est génial !

– Et maintenant que tu peux me mater moi aussi, tu aimes tout à fait ?

– Oh oui !

– Tu es sûre ? Je ne te crois pas !

– Comment te convaincre ? Je ne peux que…

– Tu peux me montrer tes seins ?

Étonnée, je les lui montrai. Il les regarda, eut un sourire satisfait. Je l’interrogeai du regard. Le bout de son index fit le tour de mon mamelon « La preuve », un nouveau sourire satisfait. Il regarda par le judas.

– Hola, ma belle, je préfère te prévenir… Jimmy risque de ne pas rester que spectateur… si tu ne veux pas voir ça, je te montre d’autres « curiosités »…

– Mais… Jimmy m’a dit qu’il n’avait presque jamais couché avec Sylvie ?

– Il ne t’a pas menti, mais… il la caresse…

– Ah oui ! Ça je le savais… tu crois que je supporterai ? Ça ne t’ennuie pas quand Monique vit avec Jean-Luc ?

– Pas plus que ça n’ennuie Monique quand je vis avec Cathy !

– J’ai autant envie de regarder que j’en ai peur. De toute façon, j’y serai confrontée un jour, mais je ne sais pas si je préférerais y être confrontée seule ou devant témoin, j’ai peur de m’écrouler, de ne pas assumer, j’ai peur de pleurer ou d’être folle de rage… et je me dis que si je dois regarder, je préférerais que tu sois à mes côtés, parce que nous nous ressemblons beaucoup et que tu saurais comment réagir…

– Si les choses entre Jimmy et Sylvie… évoluent et que tu as du mal à le supporter, malgré tout que tu en sois curieuse, tu peux refermer le volet et je te décrirais ce que je vois…

– Tu ferais ça pour moi ?!

– Bien sûr !

L’idée nous plut au point que nous décidâmes de la mettre en œuvre sur le champ, en nous accordant sur le vocabulaire, sur les détails que nous remarquions. Sylvie s’était assise dans une posture très sexy.

– Tu vois, moi… je ne serais pas assez à l’aise avec mon corps pour assumer mes vergetures, mes grosses cuisses…

– C’est marrant, je ne les avais pas remarquées avant, moi je vois de belles jambes aux cuisses bien faites, à la fois fermes et tendres… Je sais que Jimmy prendra son temps, mais il me tarde qu’il la caresse enfin ! Et cette poitrine… ! Je suis un véritable obsédé des seins, avoue que je suis verni ! Et maintenant que tu es là… les plus belles paires de seins appartiennent aux femmes de mon entourage ! Quel veinard je fais !

– Et tu es marié avec Monique…

– Mais je suis fou des petits seins de Monique ! Un veinard, je te dis !

– Ou un grand malade…

– C’est ce que dit Marcel quand il veut me charrier, parce qu’il les aime bien aussi, les petits nichons de Monique !

– Et Jean-Luc, il en dit quoi ?

– Jean-Luc ?! Il ne le dirait pas comme ça, mais il vénère Monique comme une déesse. Je crois que quarante-cinq ans après, il n’en revient toujours pas d’être entré dans son cœur ! Tu verras, avec le temps en la fréquentant, en la côtoyant, tu comprendras pourquoi… Monique est une femme… extraordinaire…

– Comme vous tous…

– Ça y est ! Regarde ! Vé comme il pose sa main sur son sein… Vé comme il la caresse !

– Il est odieux de retourner s’asseoir ! Il l’excite pour la laisser en plan !

– Il voulait juste lui montrer comment se caresser pour lui

– Oui, mais c’est dégueulasse ! Tu connais pas l’effet des caresses de l’autre salopard ! Même avec toute ma science… non…

Christian pouffa.

– T’imagines ? C’est comme si…

Je me levai, me plantai devant lui, mon corps tamisait la lumière de l’applique, les ombres ainsi projetées ajoutaient du fantastique à l’ambiance déjà chargée de sensualité.

Je me penchai, mes seins pendants caressaient ses cuisses, je le branlai un peu avant de regagner ma place. « Maintenant, tu sais comment faire ! »

Christian me menaça de l’index « Ça, tu vas me le payer ! » menace sourde de délation auprès de sa coépouse. Nous reprîmes notre observation.

C’est en regardant le corps de Sylvie, en écoutant ce qu’en disait Christian, que j’ai enfin admis la charge érotique qui pouvait émaner d’un corps vieilli.

J’aimais ses remarques, sa respiration un peu sifflante. Notre complicité confinait à l’intimité tant son évidence s’était imposée à nous.

Sylvie ondulait, la main de Jimmy posée sur sa hanche.

– Oh… c’qu’il est agaçant quand il fait ça ! Glisse un peu ta main, bon sang ! Aaah… quand même !

Je tournai mon visage pour regarder Christian qui souriait sur sa chaise.

– Parce qu’en posant sa main là, puisque Sylvie se caresse comme ça… tu vois… là… sur les petites lèvres… juste là… ça fait comme un courant électrique… comme un éclair… ou un petit serpent plus fin que le plus fin des cheveux… qui ondulerait à toute vitesse… là… comme ça… et…

– Et ?

Une vibration particulière dans la voix de Christian me fit frissonner d’excitation.

– Et… c’est drôlement bon ! Je voudrais être à la place de Sylvie, parce que je regarderais de plus près… et Jimmy adore quand on y regarde de plus près… et… tu vois quand sa main se crispe… regarde son gland ! C’est magnifique, non ? Moi, ça me fait… comme plein de toutes petites étincelles un peu partout sous ma peau… ces petites étincelles qui se regroupent, se rejoignent à l’endroit précis où ses dents arracheront ma peau… et toi ?

– Je suis dans un état second. Je regarde Jimmy et Sylvie, je me branle, je fais attention à mes sensations pour te les décrire, je t’écoute et me rends compte de ce qui se joue dans ton corps, je me demande ce que ressent Sylvie, ce que ressent Jimmy, ce que je ressens maintenant que je sais pour toi… J’y prends un tel plaisir, c’est presque… irréel… je ne parviens pas à détacher mon regard de Sylvie parce que je crains en tournant mon regard vers toi que tu aies disparue et que j’émerge d’un rêve, tout seul dans ce cabinet de la curiosité, regardant par le judas une pièce vide à peine éclairée par les rayons du soleil couchant au travers des persiennes…

– J’ai souvent cette impression depuis l’appel de Jimmy… !

– Je suis tellement heureux d’avoir enfin trouvé une partenaire. Il ne manquait que toi pour que mon bonheur soit complet et tu es là !

– Ne le dis pas à Cathy, elle serait capable de m’engueuler !

– Et elle aurait bien raison ! Maintenant qu’on te connaît, on va s’apercevoir à quel point tu nous as manqué ! Mais le principal c’est que tu sois là ! Je peux te prendre dans mes bras ?

Odette assiste à sa première représentation