Odette&Jimmy – La lettre de Sylvie

Nous sommes arrivés à Vancouver. Jimmy avait réservé une suite dans un hôtel de luxe. Je ne sais pas comment il a réussi cet exploit dans un délai aussi court. Le garçon d’étage sorti, nous nous retrouvâmes seuls pour la première fois. Je redoutais le moment où il me verrait nue. Je le lui dis, sans me poser plus de questions que ça.

Jimmy me proposa de tamiser la lumière, puis nous décidâmes de profiter des heures précédant le réveillon pour refaire connaissance. Nous avions trop peu de temps devant nous et nous étions trop fatigués du voyage pour aller visiter la ville. Nous nous réjouissions de cette situation paradoxale, une réelle intimité, une indéniable complicité nous unissaient, pourtant nous en savions si peu l’un de l’autre.

Jimmy sortit une enveloppe de sa valise et me la tendit. Je reconnus tout de suite l’écriture de Sylvie, qui en préambule plaisantait sur l’aspect rééducation post-coma de l’exercice.

Les deux points qui m’ont le plus frappée, à la lecture de la lettre de Sylvie, furent l’absence totale de toute forme de jalousie et le goût de ces dames pour la sodomie. Avec Bertrand, nous nous y étions essayé une fois ou deux, sans grand succès et avec beaucoup de douleur. Je m’en livrai à Jimmy qui avait son regard coquin et attendri.

– Je crois que je vais devoir te demander, pour la seconde fois, de me rendre un service…

– Il était inclus dans le pack « Nouveaux horizons », Princesse !

– Pourquoi n’avons-nous pas fait notre vie ensemble ?

Pour avoir la chance de vivre une histoire unique, qui sait ?

Tu crois qu’on pourrait faire comme l’autre fois ? Même sans bateau-mouche ? On s’installerait sur la terrasse, un peu de Champagne et… je sentirais à nouveau le plaisir de me savoir désirée…

– Princesse, ça a si bien fonctionné la première fois, nous serions idiots d’y renoncer !

Je lisais les mots de Sylvie et j’étais excitée par certains de leurs amis. Christian, par exemple, j’étais troublée en imaginant le plaisir qu’il prenait à regarder Monique se faire baiser par d’autres, tout près de lui, le plaisir qu’il prenait à la voir jouir d’autres hommes. Je l’imaginais et le comprenais, j’enviais Monique d’avoir pu vivre cette relation pendant toutes ces années.

L’idée de Sylvie de m’écrire cette lettre était tout bonnement géniale. Je la relus une première fois, puis une autre à haute voix. J’interrompais ma lecture dès qu’une question me venait à l’esprit.

C’est marrant tout de même… tu gardes ça pour toi, mais… Martial en sex-symbol… j’ai du mal à l’imaginer ! Et Jean-Luc ! Jean-Luc si réservé, presque « autiste »… Jean-Luc, le super timide… d’ailleurs j’étais persuadée qu’il était resté vieux garçon à cause de ça… Alors, savoir que le pauvre petit Jean-Luc est en réalité un gros vicelard… quelle surprise !

Jimmy était mort de rire. La vision que j’avais de son ami l’amusait beaucoup.

– Que veut dire Sylvie quand elle écrit « et pendant ce temps, Martial et Monique peuvent se laisser aller à leur perversion » ?

Jimmy sourit, le regard au loin.

– Ils baisent tout en se lisant à mi-voix, une pièce de Shakespeare… toujours la même…

Et Sylvie appelle ça « perversion » ?! T’as vu ce qu’elle me raconte par ailleurs ? Elle est gonflée, tout de même ! C’est quelle pièce ? Roméo et Juliette ? Le songe d’une nuit d’été ?

Titus Andronicus.

– Ah. Je retire ce que je viens de dire. Titus Andronicus ?! Mais c’est un grand malade ! Pourquoi tu ris ?

Je suis heureux… et soulagé aussi… mais avant tout heureux.

Je me sens toute bête avec mon aventure extraordinaire. Me voici à nouveau la petite pucelle innocente… à côté de ce que…

Arrête ça tout de suite, ma chérie ! Ce n’est pas une compétition ! On ne participe pas à un rallye érotique avec des cases à cocher à chaque étape ! Je voulais simplement te raconter cet aspect de ma vie, parce que je ne veux pas te le cacher, en aucun cas, je ne voulais te dire « si tu veux de moi, voici ce que j’attends de toi ».

Je sais bien… mais ce lourd secret que je t’ai raconté dans l’avion… si tu savais comme il m’a pesé… Pourquoi me suis-je tue ? Je racontais mes joies et mes peines à Sylvie, mais je n’ai jamais osé lui avouer… J’avais peur de la choquer, peur de son jugement… Quelle idiote je fais !

Je sentais venir les larmes, mon corps commençait à se crisper. J’ai demandé à Jimmy quelques instants rien que pour moi et partis me refaire une beauté dans la salle de bain. J’ouvris la porte, redécouvris le luxe des lieux, me regardai dans le miroir, me souris, ressortis de la salle de bain et me dirigeai vers le dressing. Le contenu de nos deux énormes valises n’en remplissait pas le quart ! J’enfilai ma robe la plus sexy et revins dans le petit salon où m’attendait Jimmy, qui siffla d’admiration. Je tournais sur moi-même, me cambrant au maximum. « Tu aimes ? ». Jimmy se leva, me prit par la main et m’entraîna dans un slow très collé-serré.

La perversion est héréditaire chez les Touré, on dirait ! Ton frère avec ses lectures et toi avec le supplice de Tantale que tu m’infliges !

C’était précisément les mots que je voulais entendre et ses mains sur mes reins, sur mes fesses… Je voulais encore profiter de cette sensation, me sentir belle, désirable, invincible.

Comme elle est un peu juste au niveau du popotin, j’ai préféré ne pas mettre de culotte, pour éviter les marques disgracieuses… Ça ne t’ennuie pas ?

– Tu mériterais que je te réponde « Si, ça m’ennuie » !

Il m’embrassa. Nos corps s’embrasèrent. Mes craintes s’envolèrent. Je voulus passer ma main sous sa chemise. Jimmy retint mon geste « Sinon, je ne réponds plus de rien, Princesse ! »

Si on m’avait dit, il n’y a pas deux mois, que je serais aussi impatiente d’être au Nouvel-An ! Tout est si simple avec toi… tout devient possible… Hey ! Mais je ne me souvenais pas que tu dansais si bien !

Peut-être parce que la seule fois où on a dansé ensemble, c’était à ton mariage et que la lascivité n’aurait pas été du goût de tous…

La même question tournait en boucle dans ma tête.

Je n’arrive pas à comprendre comment votre arrangement a tenu toutes ces années… comment Martial peut accepter que tu te branles sur des photos de Sylvie… comment elle peut accepter qu’il couche avec d’autres femmes… comment faites-vous pour ne pas vous sentir rivaux les uns les autres ?

Les grands-parents de Monique et ceux de Christian menaient déjà ce genre de vie. Leur village était tout petit, ils en étaient sinon des notables, pour le moins des personnalités connues de tous et personne n’en a jamais rien su. Ils nous ont transmis la certitude que ce mode de vie était possible sur le très long terme, à condition d’être tout à fait d’accord sur ce que l’on veut, sur ce que l’on ne veut pas et de ne pas hésiter à en parler si nous changions d’avis.

Mais… Sylvie n’est pas jalouse quand Martial… ou que… on se compare toujours un peu, non ?

Non. Enfin, si. Mais non. Pas comme tu le crains. Je ne vais pas te donner un point de vue de femme, puisque comme tu es en train de le remarquer, je suis un homme, mais je vais te donner deux exemples, viens…

Il desserra son étreinte, me demanda de le suivre, sortit une photo d’un agenda ou de ce qui ressemblait à un agenda, s’installa dans un large fauteuil et m’invita à venir m’asseoir sur ses genoux.

– Comme je te le disais, ma Princesse chérie, je vais te donner deux exemples…

– Vas-tu me faire le conteur cévenol ou seras-tu sérieux ?

On ne peut plus sérieux… Fatché ! Vu d’ici, ton décolleté est encore plus vertigineux ! Regarde, la photo date un peu, mais la fraîcheur des corps n’altère en rien mon propos…

Je regardais la photo avec amusement. Une bande de copains, dans une pose volontairement ridicule, les hommes quasi nus, si ce n’étaient des chaussettes aux pieds, des manchettes ornées de boutons aux poignets, les bras croisés dans une posture faussement virile… les femmes à leurs pieds, certaines assises ou allongées, une agenouillée, toutes portaient un déshabillé vaporeux retenu par une broche, qui laissait apparaître leur corps.

Question comparaison et complexes, regarde… là, c’est Joseph qui bande et à côté, c’est Alain qui ne bande pas. Non, non, aucun trucage, aucun défaut… Joseph a une toute petite bite et Alain est monté comme un âne. Évidemment, quand ils s’envoient en l’air avec Cathy… c’est elle… ou avec Monique, la petite blondinette…

– La perverse, oui… Titus Andronicus ! Ils sont malades !

– Eh bien, quand ils s’envoient en l’air avec l’une ou l’autre, tu imagines bien qu’ils n’ont pas les mêmes… arguments ! Chacun fait avec ce qu’il est et pas en fonction de normes… Toutes les femmes de notre petite bande affirment jouir aussi fort et aussi bien de l’un comme de l’autre…

Autre exemple, là c’est Mireille. Imagine la petite bourgeoise provinciale, mère de famille nombreuse, catho et tout, Madame Prout-Prout, elle est mariée avec Daniel, lui… là… monsieur très comme il faut, commissaire-priseur, conseiller municipal pendant quinze ans, maire pendant quelques mandatures, grand partouzeur s’il en est. Je l’ai vu littéralement se transformer quand son épouse a rejoint notre petite bande. C’est comme s’il avait rencontré Dieu ! Bien sûr, il aimait sa femme avant. Bien sûr, pendant des années, il a mené une double-vie qui lui convenait, pourtant quand Mireille nous a rejoints, qu’elle a aimé ça et qu’elle est devenue une membre de la bande, leur amour s’en est trouvé décuplé…

Et Mireille, figure-toi que son amant de cœur, c’est lui. Marcel… le plus bourrin d’entre nous… Mireille le dit toujours, pour Marcel, elle aurait fait le tour du monde à genoux. Tu crois que son mari est jaloux ou qu’il la moque ? Hé bé, figure-toi que quand Sylvie attendait Sébastien et que Cathy était enceinte des œuvres de Christian, Daniel a su percevoir le désir de Mireille et lui a proposé de céder à son envie, si elle voulait porter un enfant de Marcel. Marcel qui a un profond respect et une admiration infinie pour Daniel.

En excluant d’autorité toute forme de compétition, nous avons évité l’écueil de la jalousie. Et du côté des femmes, Christian raffole des branlettes espagnoles, passion qu’il partage avec Daniel et, comme tu peux le voir, Monique, question nichons, c’est plutôt Waterloo, morne plaine… mais elle a d’autres atouts…

– Si j’en crois l’air béat de Jean-Luc… Putain, le petit Jean-Luc, quoi ! Je croyais qu’il mourrait puceau… Jean-Luc ! Donc Monique aime sucer Jean-Luc qui apprécie les pipes de Monique…

– Qui ne les apprécierait pas ? Les pipes de Monique sont légendaires et Jean-Luc est son amant de cœur…

– Et celui de Sylvie, c’est… toi ?

Moi ?! Certainement pas ! L’amant de cœur de Sylvie c’est l’objectif de la caméra, l’œil des spectateurs, mais certainement pas moi !

– Et celui de Cathy ?

– C’est Christian… pourquoi me regardes-tu comme ça ?

Te sentirais-tu capable de glisser ta main dans mon décolleté que tu reluques comme un fou, pour sentir comme mon cœur bat la chamade, mais de ne pas aller plus loin avant minuit ?

– Te sentirais-tu capable de me réanimer ensuite ?

Ça devrait être dans mes cordes…

Hmm, l’infirmière coquine nue sous sa blouse… le fantasme absolu !

– L’infirmière perverse dans mon cas, puisque j’exerçais auprès de gamins entre dix et seize ans ! Et merci d’arrêter de rigoler !

– Tu sais que Christian l’était aussi, infirmier ?

– Non, mais je savais qu’Alain parle couramment anglais et qu’il a une discothèque incroyable.

Comment tu sais ça?

Les fils de Sylvie nous l’ont assez seriné ! Et Delphine avait des étoiles dans les yeux quand elle évoquait son élégance et son chic. Mais celui qui en parlait tout le temps, c’était Julien… Ooh !

Comme dans mon souvenir ! Ta peau est toujours aussi douce sous ma main… laisse-moi en profiter encore un peu… comme ça…

– Alors, c’est toi qui me mets au supplice !

Le sommeil s’est emparé de nous, c’est l’arrivée du room-service qui nous a trouvés là, assis dans le fauteuil, la main de Jimmy dans mon décolleté, sa bouche sur ma nuque.

– Pourquoi lui as-tu dit d’entrer ?

Pour qu’il nous souhaite un joyeux réveillon avec le sourire attendri qu’il avait. On attend minuit pour dîner ?

Euh, je préfère qu’on prenne des forces avant…

– Serait-ce une proposition cachée ?

Non. Pas le moins du monde. Pas cachée du tout ! Tu dois bien te douter que si j’ai accepté de venir ici, c’est pour faire de toi mon esclave sexuel ! Sinon, autant rester en Seine-et-Marne !

Nous sommes allés sur la terrasse. Jimmy avait ouvert une des baies vitrées, nous entendions les rumeurs de la ville. Je n’avais pas réalisé que nous avions dormi si longtemps.

Regarde ! L’océan Pacifique, le Pacifique, Jimmy ! Tu te rends compte ?

Je sentais son souffle sur ma nuque. Il me murmurait des mots d’amour.

J’avais oublié l’effet que me font ses lèvres, son souffle, ses mots quand il me parle ainsi, à la naissance du cou… Je sentais ma peau réclamer sa morsure avec cette certitude « dès qu’il m’aura mordue, je redeviendrai princesse ».

Le compte à rebours a commencé.

10 le bouton en haut de ma robe dégrafé.
9 la fermeture à moitié baissée.
8 la fermeture descendue d’un quart.
7 la fermeture ouverte.
6 mon soutien-gorge dégrafé.
5 jeté à nos pieds.
4 ma robe un peu baissée.
3 mes seins fouettés par l’air vif.
2 mon ventre.
1 la morsure froide de l’air est moins vive lorsque le vent caresse mon pubis.

Happy New Year!

Je me retournai. Mon premier baiser de 2010 avait le goût acidulé de l’interdit. Nue, à la vue de quiconque lèverait les yeux en direction de notre terrasse. Nue à soixante ans, dans les bras d’un homme qui n’était pas mon mari. Mon corps nu, moins abîmé par mes grossesses que par des années de désamour. Je me blottis tout contre Jimmy et m’arrangeai pour que ses mains masquent mes fesses. Ma ruse fit long feu. Jimmy desserra son étreinte, recula d’un pas.

– Que tu es belle, ma chérie !

Les petites étoiles dans ses yeux et son sourire n’auraient pu mentir si sa bouche en avait eu l’idée.

– Vraiment ?

D’un geste théâtral, Jimmy tomba le pantalon, son sourire s’élargit « Vraiment ! » aucun doute ne m’était plus permis. Je ris en même temps que des larmes jaillissaient de mes yeux.

– J’aimerais réapprendre l’audace…

– Alors, tourne-toi face à l’océan ! Que tout un chacun puisse contempler tes magnifiques seins… ton corps généreux… débordant d’amour… que tout un chacun crève d’envie en voyant mes mains courir sur ta peau… sublime… en voyant mes doigts jouer avec ta toison… qu’ils aient envie que ce soient les leurs entre tes cuisses… qu’ils tendent le cou pour anticiper le moment… où mes doigts fouilleront… Oooh… je te sens mouiller… de plus en plus… mouiller… tant… et… plus… Ne retiens pas tes cris, ma chérie ! Ne les retiens pas !

Je me sentais aussi sûre de moi, de mon physique que lorsque j’avais vingt ans ! Et même davantage. Les caresses, les baisers, les mots d’amour de Jimmy m’insufflaient une confiance absolue. « Oui. Il a raison. Je suis une déesse digne d’admiration ! Oui. Il a raison. Je suis faite pour susciter l’amour parce que je le rendrai au centuple. Oui. Il a raison.C’est aussi ça l’amour. »

J’ai posé mes mains sur la rambarde, me suis penchée en avant. Saint-Exupéry avait raison. Tout comme moi. L’amour, c’est regarder ensemble dans la même direction. La levrette aussi.

Plus tard, nous ririons, Jimmy et moi, de la concomitance de notre pensée. À ce moment, nous nous contentions de jouir de cette évidence.

Quand ses doigts ont écarté mes lèvres, que j’ai senti son gland caresser ma vulve du clitoris au périnée, du périnée au clitoris, quand je me lovais dans ses mots humides d’amour, brûlants de désir, j’ai eu l’impression d’être une chrysalide dans son cocon. Je me déployais lentement à chacune de ses caresses, à chacun de ses mots. Il m’a pénétrée, le cocon s’est fendillé.

– Outch ! Bonne année à toi aussi, p’tite bosse !

Tu ne m’as donc pas oubliée ?

– Tu es gravée pour toujours dans mon corps et dans mon âme, p’tite bosse ! Oui ! Sors comme ça… et rentre en moi ! Non ! Pas comme ça ! Ne sois pas… si… timide ! Entre… oui ! Comme ça ! Comme un… soudard ! Oui ! Encore ! Encore…

Le cocon était en lambeaux et j’en émergeais enfin.

– Ne retiens pas tes cris, Princesse ! Tant mieux si quelqu’un les entend ! Je veux… que l’on nous remarque… et que… l’on m’envie… de te… faire… l’amour… Princesse !

Pour me libérer tout à fait et prendre mon envol, je lui criai « Mords-moi ! Mords-moi ! Rends-moi à la vie ! Mords-moi ! » Ses dents ont déchiré ma peau une première fois. J’ai rugi de plaisir. Toutes ces étoiles qui brillaient dans le ciel, toutes ces lumières qui s’allumaient ou s’éteignaient dans un clignotement aléatoire apportaient une dose de féerie supplémentaire à la reconquête de ma propre estime. Jimmy avait su faire jaillir la femme qui était en moi lorsque j’avais dix-sept ans. En ce premier janvier 2010, il me faisait naître à la vie, naître à moi-même.

Je lui réclamais des caresses rugueuses, il me les offrait. Il souhaitait des mots obscènes, je les prononçais. Nous nous aimions avec la rage de ceux qui n’ont pas assez joui.

– Baise-moi comme le lion baise la lionne ! Plante encore tes crocs et rugis enfin !

Il m’a mordue. Et mordue encore. Nous avons rugi d’un même cri. Et nous nous sommes offerts à la vue de tous. Il a tourné mon visage vers le sien, l’a contemplé longuement, comme s’il le voyait pour la première fois. Son sourire était d’une douceur incroyable.

Ainsi que j’en avais émis le souhait quelques heures auparavant, nous nous offrîmes « un moment de détente post-coïtale » dans le jacuzzi. Nous grignotions de sublimes toasts tout en dégustant du Champagne. Le cliché d’un bling-bling absolu, dont j’aurais ricané la veille encore, ne faisait qu’accroître mon bonheur et ma plénitude.

Il m’aura fallu… pff… plus de trente ans, mais j’ai enfin compris !

Tu as compris quoi ?

Pourquoi je n’aimais pas plus que ça coucher avec Sylvie… c’est ton regard… votre regard… Elle te ressemble tellement quand elle a joui en public… c’est comme si je couchais avec ta sœur… vous êtes sœurs autant que belles-sœurs… Et j’ai compris que je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je m’étais interdit de prononcer ces mots en les pensant vraiment. Je ne savais pas comme il est doux de les dire à celle qui les ressent également. Et si je n’avais qu’une certitude à cet instant, ce serait celle de l’amour qui nous unit.

Je me blottis dans ses bras. Il me caressa, voulut embrasser ma peau là où il l’avait mordue, s’excusa d’y être allé si fort.

– Je marque facilement, Jimmy !

Mais là… tu saignes, c’est plus que quelques marques !

– T’inquiète, j’ai apporté des cols roulés et des écharpes !

Nous nous taquinions, batifolions comme deux gamins insouciants, ivres de bonheur et de plaisir.

Il est quelle heure, dans ta contrée ?

Pas loin de 10 heures du matin…

Et si on appelait Martial et ma sœur pour leur souhaiter la bonne année ?

– J’allais te le proposer !

– On était fait pour s’entendre, alors !

Sylvie décrocha.

– Salut sœurette, alors comme ça le portable ne passe pas sur le domaine de sieur Jimmy ? Bonne année !

Bonne année à toi aussi, ma Didou ! Dis-moi, j’ai l’impression que vous l’avez bien fêtée, cette nouvelle année ! Souhaitons-la meilleure que 2009…

Jimmy veut te dire quelques mots, je te le passe…

Il expliqua sa théorie à Sylvie qui, à ma grande surprise, la trouva cohérente et logique. Nous souhaitâmes, par procuration, la bonne année à Martial qui dormait encore. Avec malice, Jimmy demanda à Sylvie de passer le bonjour et tous nos vœux au p’tit puceau. Je lui boxai le biceps sans grande conviction.

Le p’tit puceau ?!

– Jean-Luc ! Odette était persuadée qu’il l’était encore !

Jean-Luc puceau ?! Ah ah ! C’est la meilleure de l’année ! Ah ah ! Jean-Luc… puceau ! T’es vachement perspicace, Didou ! Jean-Luc… Ah ah ! Puceau !! Ah ah ! Un des plus grands baiseurs que l’Univers ait engendrés ! Ah ah ! Didou…

– Un argument de plus pour étayer mon propos, Sylvie parce que… si je me souviens bien… question perspicacité…

– Euh… krr… krr… krr… grrr… la communication est krr… krr… mauvaise krr… krr… krr… grrr… soudain !

On en reparlera ! Bon, c’est pas que je m’ennuie, ni que je veuille faire mon radin, mais je regarde la déesse d’ébène face à moi… et je me sens d’attaque pour l’ouvrir… à de nouveaux horizons… Bonne année à tout le monde !

Jimmy prit une profonde inspiration.

Sylvie, je suis amoureux d’Odette et j’ai l’impression de découvrir ce sentiment tout autant que de réaliser que je le connaissais depuis toujours…

Jimmy me tendit le combiné « Et tout ça, nous te le devons, Sylvie ! » Je la remerciai pour sa lettre, lui souhaitai à nouveau une bonne année, allai lui proposer de passer quelques jours avec elle quand je sentis les lèvres de Jimmy remonter le long de ma cuisse, sa main faire pivoter mon corps de telle façon que sa langue puisse baguenauder sur mes fesses, s’approcher de la raie… ses mains m’ouvrirent comme un fruit offert à la gourmandise. Submergée par ce plaisir inédit, je lâchai le combiné sans songer à raccrocher.

Odette a oublié de raccrocher le téléphone

Jimmy&Odette – Rapports de bon voisinage

La proposition que j’avais faite à Odette, sans en mesurer les conséquences, s’avérait être un véritable défi. Organiser en un mois un séjour de rêve au Canada, qui plus est, fin décembre… ! Je passais mon temps sur internet, à chercher, à trouver, à espérer, à recommencer. Martial passait ses soirées avec moi, il avait vraiment besoin de ne pas rester tout seul chez lui, me savoir brûler de désir pour sa sœur et préparer ce voyage lui permettait d’espérer malgré tout. Son univers s’était vidé d’un coup, la semaine précédant l’accident qui fut fatal à ses parents, son épouse adorée, Sylvie, avait été percutée par un chauffard et était plongée dans le coma.

Vers la mi-décembre, il fallut trouver un lieu au calme pour la convalescence de Sylvie. Je leur proposai le mas qu’ils acceptèrent volontiers.

Sylvie et moi avons toujours eu une relation particulière. J’aime vraiment me branler sur ses photos, ses vidéos. Quand elle s’exhibait encore, j’adorais assister à ses spectacles. Aujourd’hui encore, j’aime quand elle lit, nue ou à demi-dévêtue, la tête posée sur mon ventre, je la mate, je soulève son vêtement pour découvrir ce que je voulais qu’elle cache, je la caresse, mais en quarante-cinq années d’amitié, si nous avons couché ensemble une dizaine de fois, c’est le grand maximum.

La perspective de mes retrouvailles avec Odette, a permis à Sylvie d’atténuer un peu le choc de la mort de ses beaux-parents. Parce que rien n’aurait pu atténuer sa peine. Martial et moi l’encouragions à ne pas résister au chagrin, à le laisser l’envahir puis à laisser couler ses larmes, à hurler sa douleur, à maudire le sort. Nous avons ainsi pu, tous les trois laisser éclater notre propre chagrin, tout en ayant en tête ce voyage à l’autre bout du monde.

La préparation de ce séjour nous apportait une bouffée d’air frais et une belle lumière. Sylvie est depuis toujours ma confidente. J’ai pu mesurer sa discrétion quand elle m’apprit qu’elle était également celle d’Odette, qui ignorait tout de mes propres secrets.

J’ai voulu lui expliquer la situation, la raison de ce voyage. Elle savait pour Bertrand, mais ignorait son installation à Cannes, puisqu’il l’avait annoncée à Odette alors que Sylvie était dans le coma. C’est elle qui m’a orienté sur Vancouver, je cherchais plutôt dans la province de Québec.

Je lui ai également fait part de mes tourments. Il était hors de question que je renonce à la vie que je mène, mais hors de question de l’imposer à Odette, si viscéralement monogame.

– Et j’espère bien qu’il est aussi hors de question pour toi de renoncer à Didou…

C’est même le préambule !

– Je sais des choses que tu ignores, tant que Didou ne m’aura pas déliée de ma promesse, je ne t’en parlerai pas. Je peux lui écrire une lettre pour lui expliquer qu’elle n’a rien à perdre à se laisser aller avec toi, qu’elle a tout à y gagner.

Dans le hall de l’aéroport et jusqu’à l’embarquement, Odette se dérobait à mes baisers. Mal à l’aise, elle se tortillait comme un asticot quand je la prenais dans mes bras.

– C’est con, mais… j’ai peur qu’on me reconnaisse, ce qui est impossible… peur qu’on me traite d’épouse infidèle alors que c’est Bertrand qui est parti, pas moi. J’espère que ça va s’arranger quand on sera installés dans l’avion…

À l’avant de l’appareil, pendant que les autres passagers embarquaient, je lui demandai si elle n’avait jamais eu d’aventures depuis sa rencontre avec Bertrand. Odette dodelina, pinça ses lèvres.

Oui et non… presque…

J’éclatai de rire.

– Tu es vraiment la digne fille de tes parents ! « Oui et non », comme maman, « presque », comme papa qui avait presque couché avec une fille avant Louise !

Réalisant la maladresse de mes mots et horrifié de cet impair, je m’en excusai auprès d’Odette, qui me regarda, les yeux étincelants « T’excuser de quoi ? D’avoir oublié qu’ils étaient morts ou par cet oubli, de les avoir rendus à la vie ? ». Elle serra sa main sur ma cuisse, m’embrassa à la commissure des lèvres.

– Tu ne t’es pas moqué de moi quand j’avais dix-sept ans, j’espère que tu ne le feras pas, maintenant que j’en ai presque soixante. À la naissance de Caroline, nous avons « fait construire » en Seine-et-Marne. Le terrain n’était pas cher, le pavillon fonctionnel, on nous promettait monts et merveilles quant aux infrastructures à venir et puis, les gamins auraient un jardin pour jouer, on y ferait un potager, un verger… Une chambre pour chacun, plus une autre pour les amis… deux salles de bain… À Paris, on vivait dans un quatre pièces microscopique.

Petit à petit, le lotissement s’est rempli de pavillons identiques, de voisins interchangeables. Pardon de me montrer quelque peu cynique, mais c’était, c’est mon sentiment. Néanmoins, allée des Acacias, nous étions solidaires. Il faut dire que les enfants y étaient pour beaucoup et que nous essuyions les plâtres, alors si un volet était bloqué, il y avait moyen que la mésaventure soit arrivée à un autre… tu vois ? Un lundi de juillet 1983, alors que les gamins étaient en vacances chez mes parents et que Bertrand travaillait, j’ai surpris mon voisin…

Les joues d’Odette prirent de la couleur. Qu’elle était craquante, plongée dans ce souvenir ! Elle souriait, un peu honteuse. Puis comme frappée par un éclair de génie, se tourna vers moi, un sourire éclatant illuminait son visage qu’elle tentait vainement de rendre sévère en fronçant les sourcils.

– Tout ça, c’est de ta faute !

– Ma faute ?!

– Parfaitement ! Ta faute ! C’est à cause de toi que je ne peux résister au plaisir de mater les…

– De mater les ?

– Les bites ! De surcroît, mon voisin se branlait !

– Et que s’est-il passé ?

– J’étais à l’étage, je dépoussiérais les tapis… Je ne sais pas comment il a su, mais il a compris que je le voyais. Il a caché sa queue avec sa revue porno. J’étais dépitée, il l’a remarqué et a soulevé tout doucement son journal comme pour s’assurer qu’il avait bien compris. Il tenait sa queue d’une main, j’ai passé une main sous mon tee-shirt, l’autre dans mon short et nous nous sommes donné du plaisir comme ça… moi debout sur mon balcon, lui assis dans son transat… C’est pas vraiment tromper, non ?

– Et quand tu le croisais ?

– Bonjour madame. Bonjour monsieur. Puis « Bonjour Odette » « Bonjour Jean-Claude ». On avait intérêt parce qu’on se retrouvait souvent dans les mêmes comités de quartier, dans les mêmes associations. De toute façon, à part une fois, on n’a jamais vraiment été plus loin que ça…

Parce que vous avez réitéré ?!

Se méprenant, Odette tenta de se justifier.

Pour Sébastien et Arnaud, j’avais réussi à retrouver ma ligne, mais après la naissance de Caroline, les kilos s’étaient installés… une certaine routine, aussi… alors avec les soucis, le pavillon, le crédit, la deuxième bagnole qu’on avait dû acheter… l’humeur n’était pas à la galipette… et pis… quand ton mari commence à t’appeler « Maman », c’est un peu le début de la fin de la romance, non ?

– Mais tu n’as pas à te justifier, Princesse !

Je pensais à la lettre de Sylvie et me maudissais de l’avoir glissée dans ma valise, c’eut été le moment idéal pour la donner à lire à Odette.

Dès le lendemain, je retournais sur le balcon… Jamais mes tapis n’ont été aussi bien entretenus qu’à cette période de ma vie ! Mais au lieu d’un short et d’un tee-shirt, je portais un déshabillé en satin, sans rien dessous. Mon voisin arriva, fit comme s’il ne m’avait pas vue, s’installa sur son transat, un pantalon de jogging trop lâche pour tout vêtement. Il commença la lecture de sa revue, une main dans le jogging. Je l’imaginais allant et venant, j’imaginais les reliefs de sa bite… Je fermai les yeux et commençai à me frotter à mon avant-bras. Quand je les rouvris, il avait retiré son jogging et se branlait en matant ostensiblement les photos de sa revue, comme si je n’étais pas là. De temps en temps, en tournant les pages, il jetait un coup d’œil dans ma direction et manifestait son contentement en se branlant plus fort ou en prenant ses couilles dans la paume de sa main. Nous n’en avons jamais parlé, pourtant je suis certaine de savoir ce qu’il voulait voir tout autant qu’il savait ce que je voulais voir… Par exemple, je sais qu’il préférait apercevoir mes seins, mon corps quand le vent s’engouffrait sous le tissu le dévoilant à l’observer directement offert à sa vue. Je sais qu’il préférait deviner mes gestes plutôt que me voir me toucher pour lui… C’était pas aussi bizarre que ça à vivre, je t’assure !

– Cette parenthèse a duré tout l’été ?

– Non

– Oh, quel dommage…

Elle a duré plus de dix ans… et puis… y a eu le Koweït… l’opération Tempête du Désert… Sa boite a fait faillite, il a été licencié… à quarante ans… il ne trouvait que des petits boulots sous-payés… puis le schéma classique : surendettement, divorce, pour finir vente par adjudication… enculé de Saddam !

Ta capacité à rire de tout ne cessera de m’étonner !

– Ça change quoi de geindre ?

– Et… cette exception dans votre règle tacite ? Tu étais dans ton jardin et lui sur son balcon ?

– Mais non ! Ce qui était quasi immuable, c’était de faire comme si on ignorait que l’autre nous matait, mais des situations, il y en a eu plein ! Je ne sais plus qui en avait l’idée… La haie de thuyas a été une belle source d’inspiration… C’est fou le nombre de fringues que le vent décrochait de mon fil pour les plaquer sur les branchages… satané vent, qui s’engouffrait sous ma robe, faisant sauter les deux boutons du haut et les deux du bas… et tout en haut de la haie, en plus ! Et c’est délicat à décrocher, les vêtements, quand t’es à bout de bras ! Ça prend du temps… et la petite culotte qu’on n’a pas vue tomber au pied de la haie… celle que le voisin a récupérée et qu’il rapporte, parce qu’il est ben urbain… J’adorais les frissons qui me parcouraient l’échine quand, devant lui, je remettais cette culotte avec laquelle il venait de se branler… Je sais qu’il aimait me voir me masturber ainsi, la main sur ma culotte et jouir dedans en appuyant bien le tissu contre ma chatte… « Non, cher voisin, ce n’est pas une des miennes… tenez, je vous la rends ! »… il la reniflait, son sexe gonflait encore… il se branlait… je me touchais et nous rabattions les branchages avant de vaquer à nos occupations habituelles…

Nous avons eu notre période « observation des étoiles au télescope », notre période « découverte des oiseaux migrateurs », notre période « promenons-nous dans les bois »… les scénarios variaient, mais on ne se parlait pas, on ne se regardait pas ouvertement, on ne se touchait pas…

Au début de l’été 93, nos gamins avaient décidé de passer leurs dernières vacances ensemble, chez les parents de Bertrand. Ils étaient amis depuis toujours et n’allaient pratiquement plus se voir dès la rentrée, puisqu’ils suivaient leur mère dans sa nouvelle vie. La voiture était trop petite et Bertrand ne faisait pas confiance aux jeunes titulaires du permis pour un si long trajet. Il fut décidé que nous partirions à deux véhicules et que je ferai le voyage du retour avec mon voisin, puisque du travail m’attendait à Paris.

Nous avons fait les premiers kilomètres en silence, il regardait droit devant lui, je faisais de même. Il a allumé la radio. Un slow sirupeux. Il a bougonné, changé de fréquence. Marvin Gaye. Il a souri.J’ai vu une larme accrochée à ses cils. J’ai regardé son entrejambe jusqu’à ce qu’il le remarque. Quand il a commencé à bander, j’ai gigoté sur mon siège pour qu’il puisse entrapercevoir la naissance de mes cuisses… pour la première fois, il a posé sa main dessus et m’a caressée. Mon cœur battait à tout rompre.

Il s’est arrêté sur le bas-côté et m’a demandé de lui faire confiance. Il a pris une autre direction, nous avons roulé un petit quart d’heure avant de nous garer dans une clairière, où il a sorti sa queue de son pantalon, où je me suis mise nue, où nous nous sommes masturbés côte à côte, à l’avant de sa voiture, sous le regard de voyeurs qui étaient accourus à notre arrivée. Ces hommes qui se branlaient pour moi ! Quel pied !

Un homme a fait un geste que je n’ai pas compris. Mon voisin m’a expliqué « Veux-tu baisser ta vitre ? ». J’ai accepté. Cet homme a caressé mes seins, ma chatte, je ne sais pas à quoi il ressemblait, je ne regardais que sa main, que sa bite… il voulait jouir sur mes seins, j’ai refusé, mais ouvert la bouche…

J’ai remonté la vitre pour regarder la main de mon voisin. Il m’a demandé si je voulais qu’il la retire pour que je puisse voir sa bite de plus près. Je n’attendais que ça et il le savait. J’ai éteint l’autoradio et sur le même ton lui ai demandé s’il voulait écouter chanter ma chatte. Ma question l’a surpris. Je lui ai fait entendre comment, quand je suis super excitée, les va-et-vient de mes doigts peuvent être sonores.

Il avait lâché sa bite et je la regardais vibrer d’excitation. C’est à ce moment qu’il m’a fait remarquer la présence de nouveaux spectateurs. Sans nous concerter, ma main a caressé son sexe et a sienne a glissé entre mes cuisses. Le « Ho ! » que nous avons gémi était dû à la surprise de sentir dans ma paume ce sexe que je connaissais si bien, mais de loin, à la sienne de caresser le mien et de la trouver si humide, auxquelles surprises s’ajoutait le plaisir de voir ces hommes se branler à cause de nous… grâce à nous… avec nous… pour nous… Je regardais ouvertement, ne cherchant pas à cacher le plaisir que j’y prenais. L’un d’eux s’approcha de la portière. Je baissai la vitre. Sa main sur mes seins… Sa main qui glisse vers mon minou, celle de mon voisin qui se soulève pour la laisser passer… leurs doigts qui me tripotent… l’autre main de l’inconnu qui accélère… son sperme qui macule mes joues… ses doigts qui recueillent sa semence avant de me les fourrer dans la bouche… ses doigts que je suce comme j’aurais aimé sucer tous ces hommes… Un autre homme s’est approché, puis un autre encore… Je ne sais plus combien ont joui sur ma langue, combien sur mon visage, combien sur mes seins… peut-être pas autant que ça, peut-être plus… J’étais vraiment dans un état second… J’ai senti mon voisin prêt à jouir. Je n’ai ni ralenti, ni desserré mes doigts quand il a éjaculé. J’ai pris garde qu’il le fasse dans le creux de ma main. J’ai rapproché ma main de nos visages et nous avons lapé ensemble son sperme tout chaud.

Il a incliné mon siège. J’ai posé mes pieds sur le tableau de bord. J’ai fait signe à ces hommes de s’approcher et toutes ces mains inconnues m’ont fait jouir.

Ensuite, nous sommes rentrés, chacun dans son pavillon respectif. Alors, monsieur le pinailleur en chef, était-ce de l’adultère ou n’en était-ce point ?

– Je dirais que c’en était presque un !

– C.Q.F.D. !

– Pourquoi ce sourire ?

– Parce que je suis heureuse et que… oups !

Odette a fait mine d’essuyer l’eau qu’elle n’avait pas renversée sur mon pantalon, pour avoir le plaisir de sentir mon sexe se dresser et tendre le tissu.

– Je crois que je n’ai jamais autant eu envie d’un homme que je te désire !

Nous nous sommes endormis sans nous en apercevoir et nous avons atterri à Vancouver dans l’après-midi du 31 décembre.

Odette lit la lettre de Sylvie

Odette&Jimmy – La première fois d’Odette

Même si papa et maman étaient bien plus tolérants que la plupart des parents de cette époque, même s’ils nous ont offert une éducation moderne, par exemple, s’ils nous criaient dessus ou nous menaçaient de terribles sanctions, je ne me souviens pas les avoir vus lever la main sur leurs enfants, j’étais une fille, ne sortais pas le soir et découchais encore moins. Je n’en aurais certainement pas eu le temps, parce que même si ça n’apparaît pas dans le récit de Jimmy, j’étais surtout concentrée sur mes études. Je voulais être au minimum à la hauteur de Martial, voire le surpasser et pour y parvenir je devais fournir un travail énorme.

Cette semaine-là, exceptionnellement, nous n’avions pas cours le samedi. Le vendredi matin, une de mes amies arriva le feu aux joues. Ses parents l’autorisaient à organiser une soirée pyjama le soir-même. J’étais la seule à ne pas pouvoir donner ma réponse. La seule dont les deux parents travaillaient par conséquent, la seule à ne pas déjeuner chez elle. Aucune d’entre nous n’avait le téléphone. Je me résignais à ne pas participer à cette soirée, mais mon amie me rassura. Il y en aurait d’autres et savait-on jamais, peut-être obtiendrais-je l’autorisation ? Dans ce cas, je n’aurais qu’à venir « comme ça, sans chichis ».

De retour à la maison, j’attendais maman en écoutant le tic-tac de mon réveil « Tic, elle dira oui – Tac, elle dira non ». Tic-tac tic-tac. Je pris conscience de son arrivée quand elle toqua à la porte de ma chambre « Tu es rentrée, ma Dédette ? ». Je bondis du lit pour lui poser la question elle eut un grand sourire « Mais bien sûr ! Tu as bien le droit de t’amuser un peu ! »

Ma petite valisette à la main, j’allais sortir quand elle me conseilla de porter la jolie robe qu’elle m’avait confectionnée peu avant. C’est parce que j’ai suivi son conseil que j’ai perdu du temps, que j’ai raté mon bus et que j’ai dû monter dans le suivant. Mais je n’avais rien prémédité du tout et fus tout aussi surprise que lui de le croiser dans le bus !

Jimmy devait descendre deux arrêts avant moi. J’étais sûre qu’il me baratinait en m’affirmant qu’il passerait la soirée tout seul dans sa petite chambre. J’aurais mis ma main au feu qu’une créature de rêve l’attendait déjà dans sa garçonnière ou l’y rejoindrait plus tard. Il s’est levé, un rayon de soleil s’est reflété sur le bracelet de sa montre.

La seule question que j’avais osé poser à maman à propos du sexe avait été « Comment savoir si c’est le bon garçon ? Si c’est le bon moment ? », elle m’avait répondu en m’empoignant le ventre « Pour ça, fais confiance à tes tripes ! »

Le bus s’est arrêté. Les portes se sont ouvertes. Jimmy est descendu. J’ai fait confiance à mes tripes. Et j’ai bien fait !

Quand je lis le récit de Jimmy, j’ai l’impression que j’étais à l’aise, mais ce n’était pas du tout le cas. On a eu le temps de boire un verre avant que j’ose me lâcher. Je m’en souviens parce que j’avais peur de me pisser dessus et que j’avais honte à l’idée de me lever pour aller aux toilettes. Je me répétais sans cesse « Te pisse pas dessus ! Te pisse pas dessus ! ». La trouille était l’unique raison de cette envie pressante puisqu’elle a disparu dès mes premiers mots, dès que j’ai su qu’il n’allait pas me gifler en m’insultant.

Je n’ai pas menti à Jimmy. Si l’on excepte nos questionnements, nos certitudes, nos craintes et nos espoirs quant aux sujets qui allaient tomber fin juin, les conversations avec mes amies ne tournaient qu’autour du dépucelage et de ses désagréments. Je savais au fond de moi que la méconnaissance, l’ignorance des mecs qui les avaient dépucelées en étaient la cause. Je n’aurais jamais posé la question à ma mère, du haut de mes dix-sept ans, j’estimais qu’elle ignorait tout du plaisir, mais surtout, je ne l’imaginais pas faisant l’amour.

Arrivés dans la chambre de Jimmy, je fus un peu déçue, je m’étais imaginé des murs recouverts de photos de pin-up. Sur un des murs, il y avait une grande carte d’État-Major où étaient punaisés plein de petits drapeaux, la photo d’un village en ruines, au-dessus du bureau un cadre avec une photo de sa famille à Paradou et sur le bureau la photo, prise pendant leur service, où il encadre Martial avec Jean-Luc. Son lit était loin d’être celui d’un serial-lover, étroit, tout en ferraille, sorti tout droit d’un surplus de l’armée ! Mais il est vrai qu’un lit plus large lui aurait interdit d’installer son bureau.

Jimmy se tenait là, planté comme un benêt, j’avais peur qu’il réfléchisse et renonce. Je savais qu’il ne me cafterait pas, mais je sentais le désir s’emparer de moi et je ne savais qu’en faire. Je connaissais la photo sur le bureau, Martial avait la même, mais je me surpris à la regarder attentivement, à l’observer, cherchant à deviner le corps de Jimmy sous cette chemisette militaire qui semblait si cool portée ainsi, légèrement débraillée. Soudain, un flash « Si ça se trouve, c’est à moi de commencer… je dois me déshabiller ou le laisser faire ? À quoi on sait que ça a commencé ? ». Je lui ai posé la question, il m’a demandé de remettre ma gabardine et de prendre ma petite valise.

Je ne sais pas pourquoi, dans son récit, Jimmy me présente comme une ingénue allumeuse, la vérité c’est que c’était lui l’allumeur ! Par exemple, quand dans le métro, il m’a parlé d’ordre de bataille, de solution de repli, je lui ai certes demandé d’oublier ses études pour la soirée, mais l’éclat de notre regard était dû à sa caresse sous ma robe, sur ma cuisse « À vos ordres, Princesse ! ».

Sur le bateau mouche, quand je me suis penchée, j’ai bien remarqué son regard plongeant, mais quand il m’a dit « Tes seins damneraient tous les Saints », si j’ai tiqué et lui ai répondu « Tu ne les as pas vus » c’est parce que je pensais que le mot « seins » s’appliquait à une femme adulte et que pour les nanas de mon âge, il était plus correct d’employer le mot « nichons ».

Pendant tout le repas, on s’est amusés à se chauffer l’un l’autre. Il est vrai que j’avais remarqué un supplément de lumière dans l’éclat de ses yeux quand je prenais un ton candide, que j’aimais tout particulièrement ça, ainsi que le trouble du serveur que je faisais semblant de ne pas remarquer.

Jimmy m’a demandé de lui raconter mes rêves, mes lectures. J’avais été très déçue par celle de « J’irai cracher sur vos tombes ». À peine quelques lignes très allégoriques qui ne répondaient à aucune de mes interrogations. De ce roman, j’avais préféré tout ce qui avait trait aux problèmes raciaux des États-Unis, à la violence de cette société issue de l’esclavage et de l’oppression. Jimmy me conseilla de lire « Les morts ont tous la même peau » du même Boris Vian alias Vernon Sullivan et me précisa même que je pourrai l’emprunter à Martial. L’éclat particulier illumina de nouveau son regard.

– Et tu n’as jamais lu d’autres textes ? Ho ho ! Si ma question te fait rougir, ce n’est pas la peine de te cacher sous la table !

Je ne me cachais pas, j’attrapais ma valise que je posai sur mes genoux avant de l’ouvrir et d’en sortir un polycopié dont j’avais prévu de faire une lecture pendant la soirée-pyjama. Je ne sais plus comment il était en ma possession, je ne savais pas qui l’avait écrit, ni à quelle époque, tout ce que je savais c’est que sa lecture m’excitait particulièrement et que j’étais fière à l’idée d’en remontrer à mes amies qui certes n’étaient plus vierges, mais n’avaient jamais rien lu d’aussi cochon. Mes mains tremblaient un peu quand je le lui tendis « Voilà. J’espère ne pas trop te choquer. » Je crus bon d’ajouter « Mais ce texte n’est pas de moi ! » Jimmy a lu les premiers mots, a souri « Tant mieux, je préfère Odette à Anaïs ! » avant de me donner ma première leçon de littérature érotique et de m’apprendre que le vrai spécialiste en la matière était… mon propre père !

Pour en revenir au serveur du bateau-mouche, Jimmy a oublié de raconter comment il avait fait déborder mon verre quand il m’expliquait la différence entre un cunni décrit par Anaïs Nin et la façon dont ils sont décrits dans « les mémoires de Fanny Hill ». J’avais ouvert de grands yeux en demandant d’une petite voix « C’est quoi un cunni ? » et devant son silence « Si c’est trop compliqué à expliquer avec des mots, tu voudras bien me montrer ? »

Quand j’ai vu que je n’avais que 50 centimes à lui laisser en pourboire, je lui ai dit « J’aurais aimé avoir plus d’argent. Je n’oublierai jamais cette soirée, je ne vous oublierai jamais, mais nous nous effacerons de votre mémoire en quelques jours… et c’est pas avec 50 centimes… » Il m’a répondu « Rassurez-vous, je n’oublierai pas cette soirée de sitôt, je ne vous oublierai pas non plus ! » et il a serré chaleureusement les mains de Jimmy.

Avant le passage du photographe, quand j’ai senti le sexe de Jimmy à travers le tissu, j’ai été traversée par une multitude de piqûres de désir, de la paume de ma main jusqu’aux aréoles de mes seins et quand il a bandé plus fort, la sensation a envahi tout mon ventre.

Nous avons fait le chemin à pied jusqu’à cet hôtel particulier. J’aimais sentir l’excitation bouillir en moi. Quand Jimmy m’a pris la main et qu’il ne l’a plus lâchée, je me suis sentie devenir femme. Il était le premier à me tenir par la main dans la rue et pis quoi… c’était plus un gamin ! Libéré des obligations militaires après un sursis et un service en tant que coopérant ! Un homme quoi ! Et quand il a ouvert les grilles… ! Il aurait pu faire ce qu’il aurait voulu, même renoncer, j’aurais été comblée quand même !

Dans son récit Jimmy décrit la fin de la soirée comme si tout s’était déroulé avec naturel, aisance. Les ans ont embelli ses souvenirs. La réalité c’est que j’étais vibrionnante et surtout inquiète. Trois heures plus tôt, Jimmy n’était qu’un ami de mon frère aîné, à cet instant, je bouillais de désir pour lui alors que ça n’avait jamais été le cas auparavant. J’avais besoin qu’il prenne tout son temps avec moi, mais je redoutais de voir disparaître cet état dans lequel je me trouvais si bien.

J’aimais sentir la chaleur de son corps sous sa chemise, j’aimais respirer son odeur et je m’imaginais avec délice le premier contact de ma bouche sur son torse. Avec le recul, je constate, étonnée, que je n’imaginais pas le contact de sa bouche sur ma poitrine, mais alors pas du tout. J’avais un homme dans mes bras, un homme que je sentais bander, ce qui me mettait dans un état d’excitation incroyable.

Je me sentais extraordinairement forte, puissante. Il était là, tout contre moi, plein de désir, parce que je le lui avais demandé. Je n’avais que 17 ans, aucun garçon ne m’avait jamais draguée, aucun ne m’avait jamais invitée à danser un slow, ni même invitée dans une boum et un homme de 23 ans, presque 24, me tenait serrée contre lui, me disait à quel point il me désirait, allait me dépuceler et m’en remerciait ! Je sentais une force inouïe m’envahir à cette idée.

Ce subtil mélange d’ardeur et de relative lenteur ne faisait qu’accroître mon désir pour lui. Notre premier baiser m’a surprise parce que je ne pensais pas avoir autant de salive dans ma bouche et j’ai craint que ça ne lui déplaise.

Tous ces fluides me perturbaient. La bave, c’est sale, ma bouche en était pleine, mais ça plaisait à Jimmy qui me le faisait savoir. Les picotements au niveau de mes aréoles s’intensifiaient, devenant presque désagréables. Je ne portais pas de soutien-gorge sous cette robe que maman m’avait cousue. Elle l’avait conçue de façon que je n’en aie pas besoin pour soutenir ma jeune poitrine. De fait, je ne comprenais pas cette sensation de lourdeur qui s’ajoutait aux picotements, mais je savais avec certitude que les caresses de Jimmy les apaiseraient.

Quand il se dévêtit, que je vis pour la première fois un sexe d’homme dressé, je suis restée bouche bée devant tant de beauté. J’en voulais à mort à mes amies qui décrivaient une espèce de trompe immonde alors que j’étais face à une œuvre d’art. Jimmy me laissa l’approcher, la toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, jouer avec. D’instinct, nous avions compris la nécessité de cette phase ludique pour dédramatiser la situation et ne garder que la légèreté d’une nuit de plaisir total, sans honte ni tabou.

Néanmoins, je luttais contre cet afflux de salive en déglutissant. Jimmy le remarqua et me conseilla d’arrêter de le faire au moment où je lui parlai de mon rêve de statue.

Quand il voulut caresser mon sexe, je maudis une nouvelle fois ces fluides, que les filles de mon entourage nommaient « faux sperme » ou « mauvais sperme ». Il fallait l’essuyer au plus vite « dehors comme dedans », discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon s’en aperçoive. Les garçons n’aimaient ni son odeur, ni sa texture et il se disait que ça nuisait à la fécondité en tuant les spermatos, d’où son nom de « faux sperme ». Je n’en rajoute pas, c’était le genre de légendes urbaines qui couraient dans mon lycée, à l’époque des blouses et de la non-mixité.

Jimmy riait, mais je ne m’en vexai pas, parce qu’il me confortait dans mon idée de l’avoir choisi lui pour ma première fois.

– Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

– Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

– Ah bon ? Et pourquoi ?

– Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

– Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Comme il venait de me le conseiller, je restai attentive à mes sensations tandis que son doigt me pénétrait. Sur le bateau-mouche, je lui avais demandé de tout m’expliquer au fur et à mesure, à répondre à la moindre de mes questions avec franchise, à en rire tout en les prenant au sérieux. Je savais déjà que peu de jeunes filles connaîtraient le luxe d’un tel dépucelage. Je lui en étais reconnaissante, mais quand je le lui dis, plus tard dans la nuit, il me répondit « Mesures-tu la chance que c’est pour un mec de dépuceler une nana comme toi ? Mesures-tu l’honneur que tu m’as fait, Princesse ? »

Le doigt de Jimmy s’enfonçait doucement en moi. « Sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ? » Tous mes picotements ont fusionné, convergé jusqu’au plus profond de moi. Mes cuisses se sont serrées autour de sa main, emprisonnant son doigt au creux de mon vagin.

J’avais franchi une première frontière, je le devais à Jimmy. Jimmy qui m’appelait Princesse et se comportait en parfait chevalier, en seigneur. Quand il put sortir son doigt humide, il prit sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent. Sa voix de conteur cévenol, comme je dis. Ce qui le fait râler. Pourquoi « cévenol » ? Parce que ça le fait râler, pardi !

– À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

– Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

– Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt du vicomte « la première jouissance d’une pucelle » avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

Je n’en revenais pas !

– C’est vrai ?!

– Non, mais ça devrait !

Nous éclatâmes de rire. Jimmy était ravi de m’avoir fait marcher aussi facilement et je l’étais qu’il ait eu l’idée d’improviser cette blague à cet instant précis.

Je pris sa main, la remis entre mes cuisses, son doigt et un ami retrouvèrent leur place dans mon vagin. Le fou-rire qui nous secouait augmentait mon excitation.

– Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

– Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

– Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

J’ouvris les paupières à grand peine.

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

– Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

– Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou tu es en train de juter ?

De la pulpe de mon pouce, je caressai son gland et y étalai ce lubrifiant naturel, comme le nommait Jimmy.

– Ta bite est encore plus douce, comme ça…

Jimmy me prit dans ses bras, tout en s’excusant, se dirigea vers la chambre, m’allongea au travers du lit.

– Qui t’a parlé de bite ? Tu vas voir comme ma grosse verge va te faire jouir, Princesse !

Il écarta mes lèvres, me décrivit la beauté de mes replis, les différentes couleurs, s’extasia que l’entrée de mon vagin soit de ce rose précis. Je fermai les yeux pour m’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononçait.

– Ouvre tes yeux, Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai.

Je les ouvris.

– Non ! N’arrête pas ! Continue !

– Continuer quoi ?

– Tu le sais bien…

– Je veux te l’entendre dire, Princesse !

– Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

– Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

– Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

Ne trouvant pas les mots, j’écartai outrageusement mes cuisses, projetai mon bassin en avant, vers le plafond, écartai à la limite de la douleur mes petites lèvres.

– J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre plus longtemps. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

– Exactement, Princesse, exactement !

Il me pénétra avec une prévenance incroyable, ses yeux plongés dans les miens qui observaient sa bouche. Je m’étonnais de constater à quel point ses lèvres étaient gonflées, d’un rose plus profond qu’à l’ordinaire. L’espace et le temps semblaient s’être figés autour de nous, seuls nos corps bougeaient en rythme.

– Tout va bien, Princesse ? Je n’entends pas ce que tu dis…

Je n’ai pas osé lui dire que les seuls mots que j’avais en tête, ceux que je psalmodiais étaient « Je t’aime », parce qu’il se serait mépris. Ce « Je t’aime » répétitif, lui était autant destiné qu’il me l’était, qu’il l’était à ces heures merveilleuses et inattendues, au plaisir que je prenais à sentir le sexe de Jimmy coulisser en moi.

– C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

– Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

– Tu pourrais sortir de ma…

– De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

– Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

– La p’tite bosse ? Ça ?

– Oh oui ! Tu me la montreras ?

– Je n’y manquerais pas, ma Princesse !

J’aimais le guider, le savoir à l’écoute de mon désir, savoir qu’en exprimant mon désir, j’augmentais le sien… J’aimais quand il allait plus fort, plus vite, plus profond, j’aimais guetter le froncement de ses sourcils, ses rictus qui m’indiquaient la réciprocité de notre plaisir. Et plus j’en prenais conscience, plus les mots me venaient aisément, plus mon plaisir augmentait. J’aimais ce frisson qui me parcourait quand j’employais des termes grossiers, quand Jimmy faisait de même.

Juste avant que je jouisse, alors que je sentais son sexe grossir et durcir en moi, alors qu’il venait de m’embrasser une nouvelle fois, j’agrippai ses lèvres avec mes dents. Il m’interrogea du regard. Je penchai ma tête vers mon épaule. Les yeux de Jimmy s’écarquillèrent, je sentis la chair de poule se répandre sur tout son corps. Sa bouche plongea vers mon épaule, ses dents déchirèrent ma peau et je me sentis femme. En me mordant, il avait retrouvé toute sa vigueur. Je ne pouvais que lui dire, merci, merci, merci. Je l’embrassai avec une passion jusque-là inconnue.

Ainsi qu’il le raconte après ce premier orgasme décuplé par sa morsure, il se retira de moi, malgré mes plaintes, mes supplications « Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… on bougera pas si tu préfères… reste… s’te plaît ! ». Jimmy refusa de m’écouter, quand il fut sorti, je me plaignis « Tu vois… par ta faute… je me sens toute vide maintenant ! » Je n’obtins pas l’effet escompté, au lieu de céder à ma supplique, il se contenta d’en rire.

Je cessai de me plaindre quand mon regard tomba sur son sexe luisant ce qui rendait ses reliefs encore plus saillants. J’aurais égorgé Martial si Jimmy l’avait exigé pour me permettre d’observer, de toucher, de taquiner, de lécher ce trésor qui se dressait contre son ventre d’homme. Une chance pour mon frère, je n’eus pas à en arriver à de telles extrémités.

– Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?

– Que tu me montres comment se branlent les garçons, que tu me dises encore des trucs cochons, mais des trucs cochons que tu penserais vraiment.

– Princesse, les garçons ne se branlent pas tous de la même façon ! Je ne peux te montrer que comment je me branle… regarde, regarde bien, Princesse, comme un gueux se branle quand il te regarde, quand il remarque la trace de ses dents sur ta peau, qu’il voit tes magnifiques seins aux tétons durcis, tendus appelant mes baisers…

– Tes morsures… continue…

– Penche-toi en avant, regarde, ta chatte dégoulinante de mon foutre est en elle-même bandante, mais en regardant ta toison maculée de mon sperme, je me souviens de ce que nous avons fait pour en… Ne te penche pas autant… C’est quoi ce regard ?

– S’il te plaît…

– S’il te plaît quoi ?

– Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Jimmy me sourit, écarta ses doigts et me désigna le renflement à la base de son gland. Même si ça peut sembler mensonger, je voulais réellement comprendre pourquoi et comment le passage de ce bourrelet à l’entrée de mon vagin pouvait me procurer autant de plaisir. Jimmy avait été formel, il ne me pénétrerait plus avant quelques heures, afin que ma petite chatte fraîchement déflorée ne soit pas irritée. Jimmy tenait vraiment à ce qu’aucun nuage ne vienne ternir ma première fois.

Comment aurais-je pu faire autrement que le lui dire ? Et en lui posant la question, la solution m’est apparue. Quel bonheur que l’entendre gémir, me guider de ses mots crus teintés de mots d’amour, d’encouragements… Quand, j’ai changé de position, que sans cesser de chercher comprendre la magie de sa p’tite bosse avec ma bouche, j’offris mon corps à ses caresses, mais que d’une main ferme, j’ai attrapé la sienne pour qu’il se branle encore, Jimmy a soupiré « T’es une reine, Princesse ! »

Nous étions recroquevillés tête-bêche, je ne me lassai pas de sucer, de lécher, de téter le sexe de Jimmy qui arrêtait par moment de se branler et m’enjoignait à l’avaler un peu plus « Continue ce que tu fais avec ta langue… oui… oh, mais tu suces comme si tu aimais ça, Princesse ! Descessa de rire, tu vas finir par me la mordre ! »

Si mon initiation au cunni eut lieu plus tard dans la nuit, c’est parce que j’avais exigé qu’il me guidât de ses mots pendant ma première pipe. Sa main gauche courait sur mon corps, jouait avec les poils de ma toison, caressait mon ventre, glissait vers mes fesses, mes cuisses, mes fesses, mes seins, mon ventre, mon pubis, un peu plus bas encore « Non, je ne rentrerai pas ! », un éclair de plaisir fulgurant et presque douloureux. « Tu vois, comme ton clitoris est sensible ? ». Mon corps cherchait à se frotter contre son avant-bras. Tout en commentant, Jimmy m’encourageait, se félicitait d’avoir cherché l’appoint chez le kiosquier, d’avoir pris le bus suivant, de m’y avoir trouvée. Ses doigts lissaient ma toison pubienne, ils jouaient avec mes poils, je sentais mon clitoris tout gonflé… cette vague que je commençais à connaître semblait vouloir me submerger à nouveau… La bouche pleine de la queue de Jimmy, je criai « Mords-moi ! » tout en plaquant mon corps contre sa bouche. Ses dents lacérèrent ma cuisse, j’étais au Paradis.

Je ne sais pas combien de fois je jouis cette nuit-là, mais mon corps était parsemé de morsures plus ou moins profondes. En les comptant, je ne pus m’empêcher d’en remercier Jimmy.

– À chaque fois que tes dents ont transpercé ma peau, je me suis senti devenir femme.

– À chaque fois que tu t’offrais à ma morsure, tu faisais de moi un homme. Un vrai. Fier et invincible. Encore une « première fois » à ajouter à notre liste, Princesse ! Tu as fait de moi un homme bien plus puissant que tous les dieux réunis… et si j’exagère, je n’en ai pas l’impression !

Aussi étrange que cela puisse paraître, je n’ai jamais douté du sérieux et de la sincérité de son propos.

Il était convenu que je rentrerai le samedi dans la matinée. Jimmy me raccompagna peu après quinze heures. Je pensais subir le courroux parental, il n’en fut rien. Je me précipitai dans ma chambre afin de me changer. Quand Jimmy vint déjeuner, le dimanche suivant, que je le complimentai sur sa bonne mine, que maman lui apprit que depuis mon retour, j’étais d’une grande insolence, il eut un sursaut de surprise.

– Odette n’est pas folle, enfin pas plus que la semaine dernière, seulement voilà… lors de sa soirée-pyjama, elle et ses copines ont eu l’idée d’un concours de suçons, qu’elle refuse de montrer, même à moi, sa mère… C’est la raison de ce pull à col roulé et de ce pantalon alors qu’il fait une chaleur à crever !

Martial et mon père se moquèrent de moi, j’encourageai Jimmy à les imiter puisque tel était mon sort depuis mon retour.

– Je m’en voudrais de gâcher le souvenir d’une soirée qui me semble t’avoir bien plu, en le salissant avec des plaisanteries de mauvais aloi !

– Merci, Jimmy ! Toi, tu comprends les filles, au moins !

Après cette nuit, Jimmy et moi avons tenu parole, notre relation est redevenue telle qu’avant. Il était l’ami de mon grand frère, j’étais la petite sœur de son ami. Nous nous entendions tous très bien, mais il m’a fallu plusieurs années avant oser lui demander s’il en avait parlé à Martial ou à Jean-Luc. J’ai été agréablement surprise d’apprendre qu’il leur avait tout raconté dès les jours suivants. Aucun d’entre eux n’y avait jamais fait allusion, ni en paroles, ni en clins d’yeux grivois ou en sourires convenus.

En revanche, quelques semaines plus tard, papa et maman avaient décidé de poser un nouveau papier peint dans leur chambre et avaient demandé « aux gamins » de les aider en vidant la pièce de ses meubles, de ses rideaux et autres ornements, puisque nous étions en vacances et qu’eux prenaient les leurs au mois d’août et par conséquent, travaillaient.

Martial, perché sur le lit, décrochait avec grand soin l’énorme cadre qui le surplombait. Le cadre pesait des tonnes, la vitre en verre épais protégeait un portrait très daté, les représentant de 3/4, le regard au loin. Pour éviter tout risque d’accident, nous avions formé une chaîne, Martial sur le lit décrocherait le portrait, le tendrait à Jean-Luc au pied du lit, qui le passerait à Jimmy, lequel poserait le cadre sur la table où je serai chargée de le dépoussiérer.

En le décrochant et avant de le tendre à Jean-Luc, Martial ne put s’empêcher de lire à voix haute, la citation de Saint-Exupéry que papa avait calligraphiée sur la Marie-Louise « L’amour ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Je pouffai discrètement. Surpris, Jimmy m’interrogea du regard. Je lui répondis malicieusement et à mi-voix « La levrette aussi ! » Il sourit. Un éclair illumina son regard. Le mien comprit et glissa le long de son corps. Quand je constatai qu’il bandait, je me précipitai dans ma chambre, en tirai le verrou, m’adossai à la porte, baissai mon short et ma culotte, me masturbai frénétiquement en repensant à son corps contre le mien, à son corps sous mes baisers, à mon corps sous ses caresses, à son corps sous les miennes, à mon corps sous ses baisers, à nos corps imbriqués, à nos bouches siamoises, à nos langues emmêlées et enfin, enfin à ses dents déchirant ma peau, au bruit de ma peau cédant sous ses dents, au goût métallique de son prochain baiser, cette divine morsure dont le souvenir déclencha un orgasme puissant.

Quand Odette entretenait des rapports de bon voisinage