Instantané – Tapage diurne

Putain ! J’en peux plus de cette vie de merde ! J’en peux plus de ma condition de poisson ! J’aimerais bien, moi aussi, profiter des rayons du soleil, me goberger sur une feuille de nénuphar, coasser pour attirer les femelles et quand j’aurais un petit creux, tirer une langue à faire pâlir d’envie les adeptes du sexe oral et choper au vol le premier insecte passant dans mon champ visuel… Putain ! Je donnerais dix jours de ma vie pour être une grenouille… !

Au lieu de ça, je ne suis qu’un poisson… un poisson caméléon puisque mes couleurs varient… Je suis un poisson vert quand j’ai peur, un poisson rouge quand je bous de colère, je suis parfois blanc comme un linge, quand j’ai faim, je broie du noir… bref, rien qu’à ma couleur, on peut deviner ce que je ressens…

J’ai une vie de merde, quand j’y pense… tiens, rien que de manger… ces connards de batraciens peuvent bouffer tout ce qui passe à leur portée, mais moi… ! Moi, quand j’ai faim, et que je vois passer devant moi une proie appétissante, j’ai toujours la crainte qu’après l’avoir croquée, je disparaisse comme les autres… ceux qu’on voit s’envoler au-dessus de l’eau et qui ne reviennent jamais…

– C’EST PAS UN PEU FINI, CE BORDEL ? ! (dessin de Claude Serre)

Mon seul réconfort, c’est le sommeil… fermer les yeux et rêver, rêver de caresses sur mes écailles, rêver de baisers subaquatiques, imaginer des cris de plaisir… imaginer que je suis une grenouille sur une feuille de nénuphar… une grenouille amoureuse… qu’elles me semblent heureuses les grenouilles qui batifolent sous la pluie !

Seulement voilà, les grenouilles amoureuses sont bruyantes… Putain, elles font chier ! J’en peux plus de cette vie de merde… allez, à mon tour de leur pourrir la vie ! Ça ne changera rien à la mienne, mais le malheur d’autrui me réconforte…

On respire un grand coup ! Peut-être cela suffira-t-il à chasser le trac…

 

Instantané – Divine brochette

WD D 0852 Tu piques !

Il me regarde et sourit. Je sais que ma peau est déjà toute irritée autour de ma bouche, sur mon menton… Je ne suis pas fan des sexes rasés, mais à la repousse, c’est pire que tout !

Je pique ?

Oui ! Tu piques !

Et moi ? Je fais quoi, moi ?

Je me retourne, te souris…

Toi, tu niques !

Une claque sur mes fesses. Je la voulais, je suis ravie que vous l’estimiez méritée !

Parfois, le temps s’accélère et quand il file à la vitesse de l’éclair, on ne désire rien d’autre que le ralentir… un peu… rien que ce matin…

 

Instantané – Funambule

a0c16919feb19e8037171e936b558e63Tu es cet homme inconnu, cet homme que je ne vois pas. Cet homme qui monte le long de ma jambe, cet homme qui regarde sous ma jupe.

Vois-tu comme je t’attendais déjà ? Vois-tu comme il ne suffirait qu’un geste de toi pour que je tremble de désir, que je frémisse de plaisir ?

Oui, je crois que tu le vois, je sens déjà tes doigts, je sens déjà tes lèvres à l’arrière de mon genou !

Tu souris, tu rayonnes et à mon tour, je te vois ! Je voudrais être cette goutte de sueur qui coule de ton aine à ton genou… voyager sur tes si jolies jambes… me frayer un chemin entre tes poils…

Pourquoi cet éclat de rire ?

Tu as raison, il ne tient qu’à moi que je sois cette goutte de sueur ! Et tu as déjà compris qu’il ne tient qu’à toi d’être cet homme inconnu, ce funambule le long de ma jambe…

Comment qualifier une relation ?