Instantanés – La plume est plus forte que l’épée

Puisque tu prends tant de plaisir à me faire sursauter, quand je m’y attends le moins, dans la rue, au cinéma, dans une file d’attente… Ta lubie ? Une seule phrase de trois mots, un ordre qui claque, une invitation loufoque, une supplique énamourée, tout est dans le ton que tu emploies… « Touche ma bite ! »

Tableau de Rita Matis
Tableau de Rita Matis

Puisque tu prends tant de plaisir à me faire sursauter, quand je m’y attends le moins, j’ai décidé de te rendre la monnaie de ta pièce. Je t’attends, nue, allongée, lascive sur ce vieux canapé au tissu élimé, unique rescapé des affaires « oubliées » par les précédents locataires…

Notre premier appartement en commun ! Nous avons signé le bail avant-hier et nous emménageons ce week-end. Je te connais assez pour savoir que tu viendras prendre des mesures, vérifier de visu que les aménagements dont tu as rêvé sont réalisables.

Tu ouvriras la porte et je t’accueillerai avec mon mantra à moi « J’aime tailler les plumes ! » pour être plus coquine, j’ai déniché une belle et longue plume blanche… duveteuse… aérienne… une belle et longue plume blanche qui pourrait s’être envolée de la tenue d’une meneuse de revue, ou tombée de la valise à accessoires d’une effeuilleuse burlesque… Je la ferai danser sur mon corps… des genoux à la poitrine… un petit détour sur le bras… sur le cou… un regard tentateur… une bouche offerte… tu seras bien surpris et je tiendrai ma revanche… s’il y avait une quelconque revanche à tenir…« J’aime tailler les plumes ! »

Je ne sais pas combien de temps il me faudra attendre… Pourvu que je ne sois pas endormie quand tu ouvriras la porte ! Pourvu que je puisse te surprendre ! Pourvu que nous y prenions l’un et l’autre autant de plaisir !

L’avantage des vieux immeubles, c’est le grincement des marches d’escaliers ! Je t’ai entendu monter. Tu marques une pause sur le pallier. Comme je l’ai fait tout à l’heure, tu dois chercher la bonne clé dans ce nouveau trousseau… Tu l’as trouvée ! Le cliquetis du mécanisme… le « Clang ! » de la gâche qui cède… la porte qui s’ouvre… J’attends que tu aies fermé la porte avant de te surprendre. Il est inutile de heurter nos voisins avant même notre emménagement… et surtout, je ne veux pas que ma farce puisse te mettre mal à l’aise. La porte se referme. Tu te retournes vers moi.

– J’aime tailler des plumes !

La plume m’échappe des mains, je la regarde flotter dans les airs comme au ralenti avant de toucher le parquet.

Je vous présente donc ma… conjointe ? Fiancée ? Poétesse à ses heures… un peu farceuse aussi…

Enchanté !

Je te regarde, atterrée ! Atterrée et confuse… pour une fois que je te faisais une blague… je ne pense même pas à me couvrir… remarque… avec quoi le ferais-je ? Mes vêtements sont dans l’autre pièce, notre future chambre et la plume a fini sa course sous le canapé… pour la reprendre, je devrais ou bien me lever, ou bien me retourner et vous montrer mes fesses…

L’homme qui t’accompagne me reluque et ça t’amuse. Je voudrais vous demander de vous retourner, le temps que je fasse les quatre pas qui me séparent de la chambre, mais parce que je me le suis trop répété, je vous assène mon mantra « J’aime tailler des plumes ! »… Tu le regardes…  tu me regardes… tu le regardes encore… tu descends ta braguette en avançant vers moi… « S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, ma chérie… ! » J’ouvre la bouche de surprise… Tu y plonges ton gland bouillant en invitant cet inconnu à partager ce moment…

On dit des plombiers… mais finalement… électricien… c’est pas mal non plus !

De quel côté du plancher vous situerez-vous ?

Instantané – Avant la canicule

Il faisait tellement chaud chez toi, mais je ne m’en suis aperçue que plus tard… dans tes bras… tout contre toi… Je te disais ces mots d’amour dans ma langue imaginaire, tu y répondais par les tiens, dans la tienne… nos langues imaginaires sont à l’image de nos langues maternelles… différentes, elles cherchent à se retrouver, à s’enrouler, à danser ensemble, à fusionner, comme les langues de nos bouches…

Ma joue posée sur ton aisselle… tes doigts que tu ne pouvais plus dissimuler dans mes cheveux, désormais trop courts… ma comparaison volontairement ridicule… ton rire… l’éclat de tes yeux… notre pseudo lutte qui nous fit rouler du lit au plancher… la goutte de sueur qui migra de ton front vers mon oeil… cette larme qui en naquit… le seul enfant que je pourrai jamais t’offrir…

Vivement l’été, vivement la canicule, vivement ces petits accidents comme autant de preuves que nous sommes vivants !

C’est ici que s’achève cette première balade, mais j’avais envie de vous offrir cet autre texte que j’aime tellement…

Pour fixer le lichen au granit

Avec la même contrainte de mots et d’illustration que celle du texte « Danse avec les moules« , P_apanoel a écrit cet haïku, mais môssieur n’ayant pas de blog, je le publie ici

Marée - brelan - bibi

Brelan de captives au crochet 

La marée en flaques

Qui lave ? Bibi.