À la Saint-Sylvestre, tombons la veste ! – Septième épisode

Il me semble que le jour s’est levé, la lumière tamisée par les rideaux est magnifique. Mon corps est collé contre celui de notre voisin, mais mon mari est déjà hors du lit. Je me lève pour le rejoindre dans la cuisine, l’odeur du café titille agréablement mes narines.

– Pourquoi n’es-tu pas resté avec nous dans le lit ?

– Parce que nous étions d’accord pour un plan à trois, pas pour un plan à quatre…

– Comment ça, « un plan à quatre » ?!

– Je vous ai laissé un peu de temps, comme tu me l’avais demandé, mais quand j’ai voulu vous rejoindre, un autre était là, qui vous avait pris dans ses bras… Je n’étais pas de taille à lutter…

– Qu’est-ce que tu racontes ? Un autre ?! Qui ça ?

– Un dénommé Morphée, il me semble…

C’est donc pour ça que je ne me souvenais de rien au réveil ! J’hésite entre rire du ridicule de la situation et en être attendrie.

– On dormait profondément ?

– Si tu me demandes pour toi, oui. Très profondément.

Je ronfle très fort quand mon sommeil est profond. Je suis gênée à l’idée que notre voisin ait pu le constater. Mon mari me rassure, mes ronflements ne le réveillaient pas. Nous entendons du bruit venant de la chambre. Notre voisin, tout sourire, nous rejoint en s’étirant.

– Ça faisait des années que je n’avais pas aussi bien dormi !

– Je fais souvent cet effet-là aux hommes…

– Ne l’écoutez pas, elle vous taquine !

Il n’y a que deux chaises dans notre cuisine, je me lève pour céder la place à notre voisin et m’assieds sur ses genoux. Mon époux lui sert un café, tout en faisant semblant de me sermonner d’une voix trop vibrante pour être crédible.

– Ma chérie, tu pourrais au moins dire bonjour à notre invité !

– Où avais-je la tête ? Bonjour, cher ami…

Mon cœur s’emballe pour la première fois de la journée quand nos langues se retrouvent. Il a dû le remarquer, car ses mains se sont glissées sous mon caraco. C’est un véritable crève-cœur quand nos bouches se séparent afin qu’il puisse boire son café.

Nous entendons un téléphone sonner dans le salon, mon mari va voir qui peut bien nous appeler de si bon matin. Il nous interpelle.

– C’est votre téléphone, cher ami !

Nous le rejoignons. Notre voisin jure et peste.

– Dix-sept appels manqués ! Ma fille…

– Rappelez-la, elle doit se faire un sang d’encre…

Il prend son téléphone, rédige un message à mi-voix. « Je vais bien, j’ai été invité à une fête improvisée, j’y suis encore. Je te rappelle plus tard. » Il nous regarde, satisfait. Nous hochons la tête d’un air mécontent. Il comprend, envoie un deuxième message. « Et surtout, bonne année ! » Nous rions et nos regards convergent vers le bouquet de gui. Nous nous y retrouvons dessous, j’embrasse mon époux avant d’embrasser notre voisin. La magie de nos langues emmêlées fonctionne une fois encore, voire elle se fait plus puissante.

– Je prends davantage de plaisir à regarder celui que vous prenez à vous galocher que j’en prendrais moi-même à galocher ma chère épouse !

Les mots, le son de la voix de mon mari trahissent son excitation. Notre voisin bande fort, je sens son sexe durci contre mon ventre. Nous retournons nous asseoir et plaisantons sur le coup du sort qui nous a brutalement fait sombrer dans le sommeil. Mon époux expose sa théorie du quatrième invité, d’abord séduit par cette idée, notre voisin se montre rapidement sceptique.

– L’intrusion du quatrième invité est, certes, une évidence, mais il ne s’agit en aucun cas de Morphée, c’est un sale tour que nous a joué le marchand de sable. Croyez-moi, je le connais très bien, cet odieux personnage qui ne vient jamais quand on a besoin de lui !

Ils me demandent de trancher le débat ce dont je suis incapable. Je propose à notre voisin de reprendre là où nous nous étions arrêtés cette nuit. À regret, il décline mon offre. Avant toute chose, il souhaite faire un brin de toilette chez lui.

Je remarque un détail qui m’avait échappé. Mon mari peut rester trois ou quatre jours sans se raser avant que sa barbe ne repousse, alors que, rasé de près quand il est entré chez nous, notre voisin a déjà les joues recouvertes de poils auburn.

Il promet de revenir « propre comme un sou neuf dans une grosse poignée de minutes. » Nous en profiterons pour nous laver aussi et pour cuisiner les mets qui le nécessitent.

– Je ne suis pas certain d’avoir le temps de me procurer un congélateur d’ici là…

– Il vous faudra alors manger comme quatre, le chapon de Bresse rôti aux châtaignes de mon mari est digne d’un restaurant étoilé !

Nous plaisantons sur l’éventuel effet soporifique d’un excès de gloutonnerie et nous décidons de nous montrer raisonnables en repoussant les agapes après la bagatelle.

À la Saint-Sylvestre, tombons la veste ! – Sixième épisode

Nous sommes allongés dans le lit, nous nous sommes déshabillés dans l’obscurité. J’ai gardé mon caraco, sans vraiment pouvoir m’expliquer pourquoi. Mon mari est resté dans le salon ce qui accroît mon excitation, mais paradoxalement me file le trac à parts égales. Notre voisin et moi nous embrassons encore et encore. Je suis sous le charme de ses baisers. Je le lui dis, il s’en étonne.

– Ça fait tellement longtemps que je n’avais pas roulé de pelle… je ne sais même pas si dans les années qui ont précédé mon divorce, j’en roulais encore à ma femme !

– Disons que ça doit être comme le vélo, ça ne s’oublie pas !

Je suis heureuse de le faire rire, et un peu fière aussi. Nous flirtons comme deux vieux adolescents. Je n’ose pas caresser ce corps inconnu qui s’offre à moi, ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manque ! Notre voisin caresse mes cheveux, mon bras.

– Sentez-vous battre mon cœur ?

Je souris parce qu’il semble davantage s’enquérir de mon sein que de mon rythme cardiaque. J’entends son sourire dans sa question.

– Et sentez-vous battre le mien ?

Comme si ma main n’attendait que ce prétexte pour abolir sa timidité, elle court rapidement sur le torse de notre voisin et découvre son sexe gonflé, durci de désir. Je grogne de plaisir et d’excitation. Nos bouches se cherchent. Mes cuisses s’écartent pour inviter sa main à caresser mon sexe. Le bout de ses doigts découvre l’humidité de ma vulve autant qu’il me permet d’en prendre conscience.

Notre voisin grogne d’aise dans ma bouche. J’aime la douceur de sa bite sous mes doigts. Je pense bite et je remarque que ce mot m’excite presque autant que nos caresses et nos baisers. Je me concentre sur ce que je suis en train de faire. Je branle notre voisin. Je suis excitée. J’aime sentir la bite de notre voisin au creux de ma main. Je mouille comme jamais parce que je sens la grosse bite de notre voisin dans ma petite main. Sa main se pose sur la mienne, lui interdisant tout mouvement. Il cesse de m’embrasser, siffle entre ses dents.

– Pas si vite… attendez un peu… vos caresses… Pas tout de suite… Vous allez me faire jouir trop vite…

Son autre main caresse mon sexe comme on explore une planète encore inconnue, quand on est sous le charme de la découverte. À peine a-t-il écarté mes lèvres que mon clitoris a jailli, se précipitant à la rencontre de ses doigts. Ma main rejoint la sienne.

– Mon cher ami, auriez-vous l’extrême obligeance de bien vouloir me doigter ?

– Si fait, très chère, si fait !

Une chance que nous ayons repris nos baisers, ainsi ce dialogue restera à tout jamais captif de mon imaginaire. Ses doigts me pénètrent, son sexe durcit encore. Nous grognons, nos langues toujours emmêlées. Ma main se crispe sur son sexe quand l’orgasme me saisit. Je jouis en essayant de graver à tout jamais dans ma mémoire la violence de cette sensation. Tout semble s’être arrêté autour de nous, autour du plaisir que nous nous offrons.

Plus tôt dans la soirée, quand nous avions évoqué un plan à trois, j’avais récupéré les préservatifs que nous avions achetés pour notre petit-fils « en cas de besoin » et je les avais déposés sur ma table de chevet. Mon bras semble se déployer au ralenti pour en attraper un. La lumière va nous piquer les yeux, je préviens notre voisin.

– Je vais allumer la lampe de chevet

– Ça ne sera pas nécessaire

– …

– J’entends votre étonnement dans votre silence, alors laissez-moi vous expliquer. Quand ma fille était en troisième, c’était l’époque où les associations intervenaient autour du SIDA dans les collèges et lycées et proposaient des ateliers où on apprenait aux élèves à dérouler une capote sur une banane. Ma fille a toujours eu l’esprit de compétition, elle voulait être la meilleure en tout, alors elle a voulu s’entraîner et a demandé à son papa, Super Bricoleur, de lui construire une boîte avec deux ouvertures pour passer ses mains. À l’intérieur de la boîte, une banane sur laquelle elle déroulait, à l’aveugle, la capote. Quand elle a bien maîtrisé l’exercice, sa mère et moi avons dû nous y prêter… Ça aussi, c’est comme le vélo… ça ne s’oublie pas !

J’entends, ou du moins il me semble entendre, le bruit de l’emballage qu’on déchire et…

À la Saint-Sylvestre, tombons la veste ! – Cinquième épisode

Je ferme les yeux pour savourer ce premier baiser. Je me demande de quand date la dernière pelle que j’ai roulée à mon époux. Avec les années, nous en avons perdu l’habitude. Nous nous satisfaisons de simples baisers sur la bouche, plus ou moins humides, mais des vraies galoches, celles dignes des premières boums adolescentes… je ne saurais dire.

Nos trois estomacs se sont bruyamment manifestés en même temps. Nous nous sommes rhabillés, un reliquat de pudeur qui pourrait paraître incongru, avant de rejoindre le salon. Seuls nos pieds sont restés nus. Je bénis intérieurement le chauffage par le sol, que j’ai tant maudit quand nous avons emménagé. Je sens que mes cheveux sont en désordre, je tente de les recoiffer du bout des doigts ce qui amuse mon mari.

– Vous noterez, cher ami, que mon épouse tient plus à se présenter coiffée devant vous qu’à reboutonner son chemisier.

– Je ne m’en plaindrai pas !

Nous grignotons, chacun d’entre nous devine chez les autres le désir de partager notre sentiment sur cette expérience, mais aucun n’ose prononcer les premiers mots. Les heures passent, on parle de choses et d’autres, de souvenirs communs et différents, un peu comme des anciens combattants qui n’auraient pas combattu dans les mêmes tranchées. Nous parlons de nos espoirs, de nos déceptions, de nos joies et de nos victoires.

Les yeux dans le vide, je remarque toutefois, dans le reflet de la porte-fenêtre, ma coiffure restée en désordre malgré mon recoiffage express en sortant de la chambre. En me servant de ce reflet comme d’un miroir, je m’applique à me recoiffer avec mes doigts en guise de peigne.

– Sentir vos cheveux caresser mon bras, tout à l’heure… quelle expérience ! J’ai été obligé de me branler de l’autre main pour ne pas jouir trop vite… Et je ne parle pas de votre souffle… N’y voyez aucun reproche, c’était… indescriptible !

Mon mari s’apprête à parler quand nous entendons des cris. De part et d’autre, des voix hurlent le compte à rebours. Il me semble entendre le bruit amplifié de milliers de bouchons de Champagne arrachés de leur bouteille en une douce explosion. Il me semble entendre aussi des milliers de voix hurler « Bonne année ! »

Comme tous les ans, nous avons accroché un petit bouquet de gui au lustre de notre salon. Nous nous levons, j’embrasse mon époux et je tends la main vers notre voisin pour l’inviter à me rejoindre. Je voulais l’embrasser sur la bouche « en toute amitié », mais mes lèvres se sont ouvertes, les siennes aussi et à nouveau je tombe sous le charme de nos langues, de nos salives. Je ne sais pas combien de temps dure ce baiser, mais je voudrais qu’il ne s’arrête jamais. Ses lèvres se décollent des miennes, je regarde mon époux qui semble heureux comme je ne l’avais pas vu heureux depuis longtemps.

– Bonne année, cher ami ! Embrassons-nous une fois encore sous le gui !

Notre baiser est tout aussi magique et, pour ajouter une dose supplémentaire de plaisir, notre voisin me serre si fort contre son corps que je sens son érection contre mon ventre. Je regarde mon mari et constate qu’il bande aussi. Quant à moi, je ne suis que désir.

Tous trois assis sur le canapé un peu trop étroit pour garder nos distances, nous arrivons à la conclusion que si un plan à deux et demi était idéal pour terminer l’année 2021 en beauté, un plan à trois serait de bon augure pour débuter 2022.

Je me lève, invite notre voisin à me suivre, mais demande à mon époux d’attendre quelques minutes avant de nous rejoindre. Il accepte à condition, toutefois, que j’embrasse encore une fois notre nouvel ami parce que ce spectacle l’excite à un point qu’il n’aurait jamais soupçonné.