Christophe, ou l’étrange voyage – Premier épisode

Qu’est-ce que je fous là ? Où va ce train ? D’où part-il ? Putain, je suis tellement bourré que j’arrive même pas à lire le nom du journal ! Tout est flou. Qu’est-ce que je fous là ? Depuis combien de temps suis-je dans ce train ? Je me souviens même pas y être monté ! Putain, qu’est-ce que je tiens ! Je ne sais même plus ce que j’ai bu, ni avec qui !

Le train démarre, dans un bruit régulier. Tchac tchac tchac tchac. Christophe tourne son visage et regarde par la fenêtre. Tzik tzik tzik tzik. Tchac tchac tchac tchac. Régulier comme une respiration. La respiration de la locomotive.

Juillet 1978. Christophe se décarcasse pour organiser un feu de camp. Il a même apporté un piège à nanas, sa guitare. Véronique. La nana dont il est amoureux s’appelle Véronique. Véronique ? Peut-être Sylvie… Ou Christine… À moins que ce ne soit Nathalie. Ben merde alors, il a oublié le prénom de son premier amour !

D’autres jeunes se sont invités autour du feu, tels des papillons de nuit attirés par la lumière. L’endroit est connu, les gendarmes conciliants pour peu qu’on leur offre une bouteille de Grolleau. Véronique (Sylvie ? Christine ? Nathalie ?) est arrivée en retard, mais elle est arrivée. Une bouteille passe de bouche en bouche, c’est au moins la quatrième.

Maintenant qu’elle est là, il sort sa guitare de son étui, en faisant très attention. L’émotion, le semblant d’ivresse risqueraient de tout gâcher en le rendant maladroit. Il ne veut pas prendre le risque d’être ridicule et d’abîmer son instrument. Surtout d’abîmer son instrument.

Un grand mec blond arrive. Un Hollandais. Un pack de bières à la main qu’il ne partage pas. Le Hollandais est égoïste, tout le monde sait ça. Et radin. Et méprisant quand il demande à Christophe s’il connaît des chansons en anglais. Pourtant, il vient d’obtenir un beau succès avec Santiano que tout le monde a repris en chœur. Et l’autre con de Hollandais qui insiste…

Alors, Christophe sort son arme secrète, le piège à nana ultime. « Of course ! Locomotive Bresse » « Locomotive what ? » « Bresse. Locomotive Bresse. You don’t know j’ai trop Tulle ? » Ce connard de Hollandais ne connaît même pas ! Christophe joue les premières mesures, entonne « Ine ze chat folie madness of ze locomotive Bresse… » Le Hollandais éclate de rire, se tape les cuisses. « How did you say ? Je-sro-tall ! It’s Jesro Tall ! Not (il prend un air moqueur et affecté) Jaytro Toul ! »

Les Hollandais sont prétentieux. Ça aussi tout le monde le sait. Non seulement il se fout de lui, mais en plus, ce connard chante bien mieux et connaît toutes les paroles. Tu parles d’un piège à nanas ! Christophe joue comme un con, pendant que le Hollandais en retire toute la gloire. Il attire le regard des filles et leur fait tourner la tête, surtout à Véronique (ou Sylvie, ou Christine, ou Nathalie). S’il s’écoutait, Christophe lui péterait la gueule à ce gros connard prétentieux, à l’aise dans son corps et avec les filles !

Mais lui péter la gueule comme il en a envie briserait sa guitare… Non, ça n’en vaut pas la peine. Christophe respire un grand coup, empoigne la bouteille de pinard dont le goulot n’attendait plus que sa bouche.

Frissonnant, Christophe se réveille, perturbé que ce souvenir se soit invité dans ses rêves. Mais qu’est-ce que je fous là ?

Épisode 2

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