Chroniques matrimoniales – La Confrérie du Bouton d’Or, l’intronisation

Nous arrivâmes les premiers, Christian, Catherine, Alain et moi. Le Balafré avait rejoint son appartement à la nuit tombée, le Notaire était parti en début de soirée, ainsi que le Bavard qui se chargerait de convier Joseph à notre réunion du lendemain, le Balafré se chargea de Jimmy. Nous avions pris cette décision à l’unanimité. La première en tant que confrérie, vingt-quatre heures avant notre intronisation.

J’avais parlé avec Cathy, lui avais raconté tout ce que je savais sur la Confrérie, les détails que j’avais notés et que Christian avait omis dans son récit. A contrario, il en avait relevés d’autres qui m’étaient passés inaperçus. On regardait les photos des fondateurs de la Confrérie. Cathy regardait le cliché où Nathalie était enceinte.

– Si tu savais comme il me tarde… !

– Tu seras magnifique, regarde-la !

– Tu crois ? Et si ça prend des mois ? Ou que ça ne marche pas ?

– Alain te comblera ! Plains-toi ! Et pis… t’as vu comme il jute ?

Nous riions comme les deux collégiennes que nous n’avions jamais étées !

– Quand je te regardais, tout à l’heure, que j’entendais le Bavard, le Balafré… et.. et Christian… je crois que c’est Christian qui me manquera le plus…

– C’est normal ! Avec Christian c’est pas pareil… tu les as pas dépucelés tous les autres ! Alors que Christian, si ! Tu l’as fait à ton goût !

Cathy sursauta quand je l’embrassai sur la joue.

– Si t’avais pas été là… je ne l’aurais pas connu… j’aurais passé un mois toute seule avec ma grand-mère au village…. elle n’aurait pas entendu grincer le lit et deux voix masculines… elle n’aurait pas écrit son cahier… à la fin juillet, j’aurais repris le train pour Paris, j’aurais repris mon boulot de « vendeuse-démonstratrice » en parfumerie et ne serais revenue au village que pour l’enterrement de ma Bonne-Maman… un baiser, c’est pas cher payé ! Oh non… ! Ne pleure pas… !

– J’avais pas pensé à tout ça… c’est beau comme tu me vois…

– Je te vois comme tu es, jolie Cathy !

Nous avons accroché un mot sur la porte de la chambre de Cathy demandant à nos hommes de nous laisser dormir seules cette nuit et de venir nous réveiller, s’ils acceptaient nos conditions. Nous nous sommes assises sur le bord du grand lit. Cathy avait toujours le cliché à la main.

– Je crois que celle de Toine était encore plus grosse que celle de mon Alain… t’en penses quoi ? Oh ! T’as pas honte ?

– Honte de quoi ? Tu regardes bien, toi aussi et t’as pas honte !

– Oui, mais Toine… il est mort… Valentino, il est vivant !

MAURICE ! Si tu veux pas que Neuneuille nous fasse « la crise cardiaque », faut que tu dises Maurice !

– Maurice, si tu veux, en tout cas il est vivant !

– Je connaissais déjà la bande-son, maintenant j’ai l’image !

Nous rîmes encore une fois comme deux gamines.

– Tu crois qu’ils sont en train de baiser en ce moment ou ils ont bu leur tisane et au dodo ?

– j’espère qu’ils sont en train de baiser ! En tout cas, Nathalie nous a fait comprendre que telle était leur intention.

– Je me demande comment ils peuvent encore faire… à leur âge…

– Cathy, c’est dingue ! Je voulais leur poser la question demain ! Ça fait partie de la « transmission », non ?

Cathy m’embrassa sur la joue.

– Si tu n’étais pas venue me chercher… Tu sais, quand tu es venue à la boulangerie, que tu m’as dit que tu voulais me parler, j’ai cru que c’était pour m’insulter… et puis, j’ai vu la voiture de Christian… alors, j’ai cru que tu allais me dire « Requin, loin des côtes ! »… mais tu avais un sourire si gentil… et quand j’ai su que tu faisais comme moi… Tu te rappelles comme tu m’as crié dessus ? Quand tu m’as dit que PERSONNE ne pourrait prendre ma place ! Et quand tu n’as pas pris le train… que tu es venue me chercher pour fêter ça… Sans toi, je serais restée la vendeuse de la boulangerie… la veuve à son Paulo mort sur la route… Sans toi, je n’aurais pas su qu’Alain était amoureux de moi… et tu veux bien que Christian me fasse un petit !

– Je ne veux pas d’enfant, de toute façon. C’est trop de soucis. Et puis, tu vas faire de mon amour l’homme le plus heureux et le plus fier ! C’est moi qui te dois un bisou !

Nous nous fîmes plus qu’un bisou avant de nous allonger. Cathy me tendit la photo.

– Avec lequel tu aurais eu envie de coucher ?

– J’aurais bien aimé tester Barjaco… pour… pour comparer… aussi Pierrot… et naturellement le Toine… et…

– Tous, quoi !

– Ouais ! Pas toi ?

Cathy me sourit, me fit un clin d’oeil et m’embrassa. J’aimais sentir ses longs doigts caresser mes cuisses, j’aimais la lenteur à laquelle elles s’ouvraient, j’aimais ses soupirs saccadés quand j’effleurai de ma bouche ses magnifiques seins… Je pensai aux mots du Balafré et me demandai s’ils seraient plus plantureux encore… Je ne pus m’empêcher de la téter un peu… Ma bouche descendit sur son ventre… À sa demande, je changeai de position. Tête-bêche, nous prenions tout notre temps avant de succomber aux plaisirs variés des cunis… nous nous taquinions du bout des doigts, du bout des lèvres et de la langue… Quand nous n’y tînmes plus, nous nous léchâmes comme on se désaltère.

Nous avions déjà joui, mais nous ne voulions pas changer de position… j’aimais sentir ses doigts me pénétrer, me fouiller, au beau milieu d’une phrase… elle m’excitait, puis les sortait, les suçait avant de reprendre.

– Tu crois qu’il lèche comment, Barjaco ?

Nous nous imaginâmes comment les uns et les autres nous auraient fait jouir… avec leurs doigts… avec leur bouche… et nous nous endormîmes avant la fin de l’expérience.

Dans un demi-réveil, je sentis la main d’Alain sur ma cheville… ma jambe se soulever… doucement… « Comme elles sont belles… ! ». J’imaginais leurs regards complices, leur sourire, leurs clins d’yeux… deux gamins ayant trouvé un trésor… un trésor auquel ils n’auraient jamais songé à imaginer… un trésor qui leur appartenait désormais… un trésor qu’ils avaient plaisir à partager…

Je sentis les mains de Christian soulever délicatement le visage de Catherine de ma cuisse. J’imaginai la douceur de son sourire. J’entendis le son de la langue de Cathy humidifier ses lèvres, suivi d’une légère déglutition. « Oui, ma Cathy… comme ça… comme ça… » les doigts d’Alain me fouillaient avec toute leur science… je bouillais de désir…

Je sentis son gland entrer au ralenti dans mon vagin qui l’accueillait en palpitant, en essayant de le happer… J’ouvris les yeux… nous gémissions à l’unisson… Christian, respectant nos instructions, me tendit le miroir pour que Cathy puisse profiter du spectacle… Christian s’étourdissait de ses commentaires « Tu vois comme Monique aime la grosse queue d’Alain ? Tu vois comme sa chatte se déchire ? Regarde comme il la fait reluire ! Oh oui… suce-moi comme ça, ma reine ! »

Comme je l’avais fait la veille au soir, je tétai le sein de Cathy… ma main glissa vers mon ventre, attrapa celle d’Alain, l’accompagna sur le pubis de Catherine, invita ses doigts puissants à faire des va-et-vient dans son vagin tandis que les miens écartaient ses lèvres, titillaient son clito.

Alain la sentit jouir une première fois, il s’excusa auprès de moi « J’ai trop envie d’elle ! » Je lui souris, il m’avait fait jouir d’une façon si délicatement violente ! « Vaï, je te donne ma bénédiction, mon frère ! » Christian me mit une tape sur le dessus du crâne pour m’apprendre à être insolente.

Alain invita mon époux à le remplacer auprès de moi, je refusai fermement.

– Non ! Ce matin, c’est tout pour Cathy ! Pour une fois qu’elle peut passer le dimanche avec nous… »

Cathy avait posé deux semaines de congés avant les fêtes de fin d’année où ça serait impossible. La boulangerie croulait sous les commandes tout le mois de décembre.

Christian me sourit, me caressa tendrement les cheveux. Alain me demanda si je voulais mater…. J’aimais exciter les hommes en regardant de très près la chatte de Cathy quand ils la pénétraient, mais j’aimais bien plus le plaisir que je prenais devant ce spectacle ! Christian se chargea du miroir, il voyait ce que Catherine voyait… ils virent, de l’angle opposé au mien et à celui d’Alain, mes doigts tirer la peau sous la toison pubienne de Cathy, de telle façon que son bassin ondula un peu… ils virent mes index et mes majeurs écarter délicatement ses lèvres et dévoiler ses replis entre rouge carmin et pourpre… ils virent le gland d’Alain, perlant de désir, se frayer un passage…

J’entendais Catherine gémir la bouche pleine du sexe de Christian qui soupirait de plaisir… J’aimais sentir ses doigts se crisper dans mes cheveux… Alain allait et venait… il me regarda mi-timide mi-amusé… son sourire excité m’excita… je fis jaillir le clito de Cathy, lui soufflai dessus… le léchai d’une langue humide…

– Ô, pute vierge ! Elle me la fait jouir avec ses gouinages ! Ô, pute vierge ! Elle arrête pas ! Ô, ma chérie, tu aimes ça comme elle te broute le minou ?

– Avec ta grosse queue dans ma chatte et celle de Christian dans ma bouche… ouh fan… oui, j’aime ça !

– Ô, pute vierge ! Tu le sens comme je viens ? Ô, pute vierge ! Je viens, je viens !

Cathy cria sa réponse étouffée par la queue de Christian qui s’enfonçait encore… Pour rien au monde, je n’aurais quitté mon poste d’observation ! Tout en la léchant, en la suçant, je regardais Alain se retirer… Sa queue poisseuse brillait de mille feux, comme une pierre précieuse… je relevai la tête pour lécher d’une langue gourmande ce membre qui s’offrait à ma bouche. Christian cria un « Je t’aime » sans que je sache à qui il s’adressait. Nous embrassâmes tendrement Catherine à tour de rôle, la cajolâmes en lui répétant notre amour.

Pendant le petit-déjeuner, Cathy leur raconta notre soirée et la façon dont j’avais « reluqué la queue de Valentino » Christian lui fit les gros yeux. « Maurice ! Il faut dire « Maurice » ! » Je narguai mon amie d’un sourire prétentieux. Avant de quitter la maison de Toine, ils me proposèrent un défi que j’acceptai de relever.

Quand nous arrivâmes, Barjaco, Rosalie et Valentino étaient en grande conversation. Nathalie et Neuneuille « traînaient un peu au lit ». Valentino chuchota quelque chose à l’oreille de Barjaco qui partit dans un grand éclat de rire. Ces vieillards rajeunissaient à vue d’oeil ! Bonne-Maman mit une tape sur le dos de la main de Valentino. « Si c’est pour vous moquer de Neuneuille… » elle eut un grand sourire « … gardez pas ça pour vous ! »

– Ma… je disais juste à Barjaco qu’on allait taire la vérité, que c’était Neuneuille le premier sorti du lit et qu’il arrive… à son rythme… !

J’étais éberluée de les entendre plaisanter, rire de leur ami, de ce que j’avais remarqué avec gêne la veille. Comme s’il avait lu dans mes pensées, Barjaco me dit :

– Faire comme si de rien n’était, c’est pire que tout ! Le taquiner sur ses tremblements, sa lenteur, c’est aussi lui rappeler qu’on l’a connu jeune et fringant ! Tu sais, il marchait toujours au pas cadencé, droit comme la justice !

En effet, du haut de mes vingt-et-un ans, je n’avais pas vu les choses sous cet angle.  Neuneuille et Nathalie arrivèrent, bras-dessus, bras-dessous, comme deux jeunes tourtereaux. Il me parut que Neuneuille tremblait moins que la veille, mais peut-être n’était-ce que l’impression laissée par son sourire éclatant, le bonheur qui l’auréolait… Les anciens avaient préparé la longue table. Les étuis, les écrins, une multitude de petits bulletins de vote, deux paquets d’égales hauteurs et tout un éventail de crayons.

Une partie de mon défi consistait à accueillir les autres membres. En les attendant, je fis remarquer à Neuneuille comme il semblait rajeuni depuis la veille.

– Une nuit entre elles deux et à leurs petits soins, il n’existe aucune meilleure cure de jouvence !

– Entre… elles deux ? ! Mais je croyais que… (m’adressant à Valentino) ça ne t’a pas dérangé ?

– Je n’en reviens pas moi-même ! Je l’ai remarqué l’autre jour… quand on est allés chez Toine… enfin, chez Nathalie… et même ça me plaisait bien de regarder Barjaco…

Barjaco gonfla exagérément la poitrine, bomba le torse et s’auto-complimenta, justifiant ainsi le revirement total de Valentino. Je regardai Cathy. C’était le bon moment !

– À propos… je me demandais… je voulais savoir… comment on fait… à votre âge ?

– On prend notre temps !

– Barjaco ! Je suis sérieuse !

– Moi aussi, Mounico… moi aussi ! Té, c’est comme pour la vitesse et la bloblotte à Neuneuille ! Faire comme de rien, c’est pas bien… c’est pas une bien bonne solution. Alors, on en rigole tant qu’on le peut, tant qu’on est en vie ! Alors voilà… on prend no…

À cet instant, quelqu’un sonna à la porte. Quand j’ouvris, je ne pus m’empêcher de hocher la tête. Jimmy sembla s’excuser quand il m’expliqua.

– Je ne sais pas pourquoi le Balafré s’est garé devant chez Alain, ni pourquoi il était si important que je vienne te prévenir de son arrivée… mais… bonjour quand même !

Sachant parfaitement pourquoi il avait dû faire ça, je lui présentai Neuneuille dont il ne connaissait que la voix et de nombreux souvenirs de guerre.

– J’ai accepté de relever ce défi : coucher en public, sans que les non-initiés ne s’en doutent, avec la première personne à qui j’ouvrirais la porte aujourd’hui…

Trois petits coups, je reconnus immédiatement le toc-toc-toc caractéristique du Balafré qui répugnait à se servir d’une sonnette quand ce n’était pas absolument nécessaire. J’ouvris la porte en grand, regardai le Balafré, le Bavard, le Notaire et Joseph qui l’accompagnaient.

– Jimmy n’a pas pu venir, finalement ?

Ne leur donnant pas la possibilité de répondre, d’exprimer leur étonnement, je les invitai à entrer, les fis passer devant moi, prétextant la porte à refermer. Leurs exclamations amusées et menaçantes me récompensèrent amplement.

Quand nous fûmes tous installés, Neuneuille leva son verre. Après avoir trinqué, il proposa que Barjaco aborde le sujet dont nous parlions avant l’arrivée de nos invités.

– Mounico m’a demandé comment on faisait, nous les vieux pour honorer ces dames. Je lui ai répondu « en prenant notre temps » et elle a cru à une boutade… Boudiou, fait soif !

Il but un grand verre de « jus de pommes pétillant » avant de reprendre.

– Bien sûr qu’on bande moins vite, moins souvent et moins dur qu’avant, mais… on n’a plus rien à prouver non plus ! C’est bon quand ces deux déesses te caressent, te bizouillent, te taquinent et prennent leur temps… Et si on n’arrive quand même pas à bander assez dur, ou qu’on débande, c’est pas la fin du monde ! On se laisse aller au plaisir de se faire cajoler… On se régale de caresser ces deux belles femmes, de les embrasser, de les regarder… de retrouver les sensations d’avant et les petits endroits magiques… ceux qui déclenchent toujours les mêmes soupirs… vous comprenez ?

– Hé oui, nos corps sont vieux, usés, mais les mains qui les caressent, les yeux qui les regardent le sont aussi ! Cette nuit, je n’étais plus un vieillard, cette nuit, j’étais le plus heureux des hommes, entouré de mes amis, aux bons soins de ces deux pin-up ! J’attendais sereinement la mort, mais depuis hier, j’ai eu droit à du rab de plaisir !

Nathalie baissa les yeux en rougissant. Rosalie souriait, complice, à Barjaco et à Valentino. Je préférai imaginer les sous-entendus de Neuneuille plutôt que de savoir ce qui s’était réellement passé entre eux pendant ces dernières heures.

Rosalie prit la parole pour nous expliquer comment se prenaient certaines décisions à leur époque. Le système du vote, entre autres.

– Avant toute chose, nous avions tous un « nom de guerre », un petit nom secret que nous portions du temps de l’Amicale et que nous avons gardé avec la Confrérie. Moi, c’était Bouton d’Or.

– Moi, Pastourello

– Moi, Neuneuille

– Moi, Barjaco

– Et moi, Maurice

– Le cousin ! L’importun ! Le Parisien ! Il a toujours été comme ça, le Maurice, mon cousin… gourmand et tout !

– Et Papé ? C’était quoi son surnom ?

– On l’appelait Mandou, parce que les autres lui disaient qu’il était le messager, celui grâce à qui j’étais arrivée jusque ici ce qui leur avait permis de…

– Et surtout parce que ça le faisait râler ! Il était encore plus bouffe-curé que mon Toinou, le Pierrot et Mandou, c’est un mot de… la religion, quoi !

– Et Toine ? C’était « gari » ?

Rosalie éclata de rire.

– Non ! Gari c’était le surnom que lui donnait Pierrot ! Lui, on l’appelait Grignoun…

– Rapport à la taille de son engin… c’était plus conforme à la réalité, faut dire !

Le Bavard se pencha vers moi et m’expliqua.

– Ton papé disait « gari » pour dire « copain », mais ça veut aussi dire « rat »… ça dépend du contexte… et « Grignoun » c’est un étalon, le cheval reproducteur.

Chacun d’entre nous dut se présenter aux anciens, si on avait déjà un surnom, il fallait en expliquer la raison, sinon on se présentait et on donnait un premier avis sur les propositions des uns et des autres. À la fin, nous sommes passés au vote.

Je me suis présentée en premier, seul Neuneuille ignorait mon histoire, et encore, je le soupçonnais de faire semblant de ne pas la connaitre. À la fin, je proposai « Mounico » parce que j’aimais bien quand Barjaco m’appelait ainsi. Mais Alain s’écria « NON ! »

– Qué « non » ?

– Non, non et non ! C’est la cérémonie de la transmission ou c’est pas la cérémonie de la transmission ?

Je ne comprenais pas où il voulait en venir, je l’écoutai donc attentivement.

– La petite-fille de Bouton d’Or, il serait logique qu’on l’appelle « la fille de Mère-Nature », non ?

Il s’écroula de rire sur la table, sa main battait la mesure de son hilarité. Ce fou-rire fut communicatif, je n’arrivais même pas à lui en vouloir tant je trouvais ça rigolo, tant j’en avais été surprise. Je pensais m’en tirer à bon compte, quand Neuneuille posa la question fatidique « Pourquoi donc, « fille de Mère-Nature » ? »

Je dus donc raconter ma pitoyable confusion, seulement Rosalie, Valentino et Christian m’interrompaient sans cesse pour ajouter des détails, leur point de vue. Quelle humiliation ! Enfin, ça aurait pu en être une, si une bienveillance et un amour infini ne nous avaient tous unis les uns aux autres.

En réalité, je prenais plaisir à leurs moqueries. Quand je reprochai au Bavard d’ajouter ses propres détails de la scène alors qu’il n’était même pas là, il mit la main sur son coeur, comme si je l’avais offensé « C’est que j’ai l’imagination, moi, madame ! » Barjaco serra si fort Rosalie entre ses bras que je manquai d’étouffer.

Christian se présenta. Au moment de le surnommer, je m’aperçus que je n’avais aucune autre idée que « mon amour » « mon chéri » Alain cria « LE GENDRE ! » avant de s’écrouler une nouvelle fois sur la table, il faillit s’étrangler entre deux éclats de rire « le gendre de Mère-Nature ! » Je fis une boulette d’un bulletin de vote et la lançai au visage d’Alain qui éclata de rire « Botaniste et pétanquiste ! À trois mètres près, tu me touchais ! »

Neuneuille lui demanda de se présenter. Alain se présenta comme « le mari de cette déesse », il parla de sa « particularité particulière » qui intrigua bougrement Neuneuille « Faudra que tu me montres ça un de ces jours ! Ce serait bête que je meure avant d’avoir assisté au spectacle ! »

C’est en écrivant ces mots que je réalise qu’à l’époque, un vieillard au seuil de la mort curieux de voir un jeune homme, qui aurait pu être son petit-fils, éjaculer devant lui et de le lui dire, me paraissait tout à fait naturel. Nathalie s’enflamma.

– Oh oui ! Faut que tu voies ça ! C’est…

– Particulier ?

– Té, tu m’ôtes les mots de la bouche, petit !

Quand Neuneuille demanda pour le surnom, je proposai Aloune. La boulette de papier m’atteignit en plein front. Ce qui ne m’empêcha pas de rire.

– Et toi, petit ?

– On me surnomme le Balafré parce que…

Personne n’aurait imaginé qu’il aurait l’audace de faire ce qu’il fit. Il se leva, retira son pantalon et passa aux côté de chacun des membres fondateurs, la bite à la main, pour leur montrer la raison de son surnom. Rosalie le taquina en le félicitant « On voit bien que tu as l’amour de la transmission du savoir dans le sang ! Que tu es né pour enseigner ! » Le Balafré me regarda et ensemble nous nous écriâmes « Mazette !« 

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Ce que le Balafré venait de faire, à moitié par provocation, à moitié par évidence acheva de détendre l’atmosphère et de nous mettre définitivement à l’aise. Nous suivîmes son exemple et nous nous retrouvâmes nus, sans l’ombre d’une gêne.

Je regardais ces corps vieillis et les trouvais émouvants. Barjaco interpella Joseph et lui demanda s’il restait petit même quand il bandait ou si ça se déployait. Il n’y avait aucune moquerie dans cette question, mais une réelle curiosité. Joseph lui répondit avec franchise que son sexe restait petit, mais que personne ne s’en plaignait. Cathy et moi confirmâmes. Joseph savait y faire, qu’il nous faisait jouir aussi fort que nos autres partenaires réguliers.

Alain interpella Neuneuille sur le ton de la plaisanterie « Rêve pas Neuneuille, ma Cathy, elle est que pour moi ! » et lui en expliqua la raison. Neuneuille sourit et murmura « Elle est… presque aussi belle que la Nathalie ! » Catherine et Nathalie pouffèrent dans leur poing. Le Notaire ajouta son grain de sel.

– Notre amie est une déesse de l’amour, savez-vous ? Et son Paradis, sa belle poitrine. Que dis-je « belle » ? Sa DIVINE poitrine ! Quand elle vous y accueille…

– Je comprends mieux pourquoi on t’appelle « le Notaire » ! Je croyais que c’était à cause de tes attributions d’élu… Tu sais que tu risques gros si on te démasque ? Au moins aussi gros que le Balafré. J’espère que tu en as conscience ?

– Ça fait presque quinze ans que je mène cette vie, le soupçonniez-vous ?

– Aucunement ! Continue à être discret… Mais, et ne va pas t’imaginer que je cherche à te porter la contradiction, mais tu te trompes sur l’essentiel… le Paradis, c’est entre les seins de Nathalie la pastourelle, même si je ne peux faire la comparaison et que je ne doute pas de la douceur des seins de la jolie Catherine… !

– Tu vas voir qu’ils vont finir par nous demander nos faveurs, ces deux-là !

– Bonne idée, pastourelle ! Bonne idée ! Je vous le demande donc !

Mimant l’outrage suprême, Nathalie serra les poings sur ses hanches « Et sans même avoir soumis cette proposition à un vote ? ! » Elle s’interrompit. Se figea. Interrogea Valentino du regard. Puis Rosalie avant de réaliser que pour la première fois, elle venait de prendre Neuneuille à défaut, un manquement au rituel. Elle exultait comme une enfant tout en restant immobile. Sa surprise, sa joie, les perspectives taquines qui en découleraient ont traversé son visage, son regard comme une succession de vagues, d’ondes.

Nous faisions connaissance de la façon la plus informelle qu’il soit, mais rien ne nous paraissait malsain, graveleux. Nous étions à l’aise avec nos corps jeunes et ils l’étaient avec le leur, vieilli. J’appris ainsi certains détails de la vie d’Alain que j’ignorais et qui expliquaient un peu sa personnalité. Il s’approcha de Nathalie, tenant sa queue dans sa main, il lui demanda « … si celle du Toine… »

Christian l’engueula « Ça va ? T’es pas trop gêné de demander à ma mamé de te palper la bite ? » avant d’éclater de rire et de s’écrier, à l’unisson avec Alain « Avoue que c’est pas fréquent ! » Je voulus le repousser, parce qu’ils se moquaient de Cathy et de moi qui nous faisions souvent cette remarque. Mais en me retournant, je le regardai et fus saisie par la beauté de son corps, la délicatesse virile de son visage « C’est pas fréquent de vivre une histoire d’amour avec un homme aussi parfait que toi, j’te f’rais dire ! » Christian, troublé, fit semblant d’en plaisanter « J’avoue, c’est pas fréquent ! »

Il était temps de passer au premier tour du premier vote. Celui des surnoms. J’aimais bien leur façon de procéder, s’il fallait cent tours avant de se mettre d’accord, ils votaient cent fois. Mais dans les faits, le vote le plus long n’avait nécessité que six tours. Désignant l’urne qui trônait au centre de la table, Jimmy demanda s’il fallait prononcer la formule magique. Rosalie éclata de rire et lui expliqua que ce n’était pas la même urne, que l’autre était en réalité un ancien tronc d’église et me demanda de l’apporter puisque j’étais la plus près.

Il était accroché dans l’entrée depuis toujours, à côté des porte-manteaux, mais je n’y avais jamais prêté attention. Je n’y voyais qu’un vide-poche fixé un peu trop haut et qui servait le plus souvent de porte-chapeau de soleil. Je n’avais jamais remarqué la petite porte devant, la petite serrure, ni même la trace d’une croix . Je la décrochai, l’apportai en l’agitant comme un trophée.

– Elle n’est pas vide ?

Rosalie me regarda, surprise, m’expliqua comment l’ouvrir. J’en extirpai deux bouts de papiers. La même écriture sur les deux. Je souris en lisant le premier « La figure Rosalie » et le tendis à Bouton d’Or qui après l’avoir lu le fit passer à Nathalie.

– Tu vois ? Je t’ai toujours dit qu’il trichait, le Toine !

L’écriture était plus serrée, plus nerveuse sur l’autre papier. Je regardai Nathalie.

– Tu aimais les acrobaties ?

– Pas du tout… enfin… mais pourquoi vous riez, vous autres ? Pourquoi tu me demandes ça ?

Je déchiffrai péniblement en ânonnant

– Pastourello e lo sieu escabot

Christian serra sa main sur la mienne et me traduisit « La bergère et son troupeau » . L’évocation de cette figure alluma une lueur dans les yeux de Nathalie, de la nostalgie, mais sans aucune trace de tristesse, le simple souvenir de ce plaisir.

– C’est bien qu’il se soit manifesté aujourd’hui…

Puis, levant le poing vers le ciel, elle continua

– Descends un peu pour voir si t’oserais me contredire, mon Toinou !

Le choix de certains surnoms ne posa pas de problème, ceux qui avaient déjà cours restèrent d’usage. Pour Jimmy, il y eut plusieurs propositions spontanées, mais dès qu’elles furent énoncées, tout le monde s’accorda pour « le Professeur »

Joseph apprécia tout spécialement que les fondateurs aient proposé « le Sage » et l’explication qu’en donna Barjaco. « La sagesse, c’est connaître ses limites, de les accepter et de ne pas se cailler les sangs à se dire « si seulement ». La sagesse arrive avec l’âge, mais chez toi, elle est venue en avance ! ». Nous applaudîmes autant la tirade de Barjaco que la sagesse de Joseph.

Comme tu t’en doutes, il ne fallut qu’un tour pour que je devienne « la fille de Mère-Nature » parce que je votai dès le premier tour pour ce surnom !

Christian fut surnommé « l’Héritier » après trois tours. Il n’aimait pas l’idée, jusqu’à ce que Barjaco prenne encore la parole « Tu es le concentré de nous tous, petit ! Tu as du Toine, mais aussi de Pierrot, un peu de moi, de Neuneuille, aussi de l’autre… là-bas… celui qui… oui… le parisien, mon cousin ! Tu as beaucoup de Nathalie, mais aussi de Rosalie. Tu es notre héritier, que ça te plaise ou non ! »

Pour Alain, je fis ma tête de mule en votant pendant trois tours pour « Aloune », quand les autres s’étaient accordés dès le début. M’étant assez amusée, je votai comme tout le monde et Alain devint « Priape ».

Le plus joli surnom, aussi le plus étrange à nos oreilles, fut celui que nous attribuâmes à Cathy. Nous étions tous d’accord pour lui donner un nom de déesse, mais nous trouvions Aphrodite ou Vénus bien trop communs, trop évidents. Valentino nous parla alors d’un culte ancien, d’une déesse de l’amour… Je n’avais jamais entendu le mot « étrusque », pour moi il y avait les romains d’un côté, les gaulois de l’autre… Catherine devint dès lors notre « Turan« .

De la même façon, nous votâmes pour l’attribution des « symboles extérieurs ». J’aimais bien l’idée que, par exemple, ma voix comptât autant que celle de Neuneuille quand il fallut attribuer ses boutons.

Le Bavard reçut ceux de Barjaco, le Notaire ceux de Neuneuille, le Professeur ceux de Gentil Coquelicot, le Sage ceux de Bouche Divine, Priape ceux du Grignoun, l’Héritier ceux du Mandou, et le Balafré ceux de Maurice. Je reçus la broche de Bouton d’Or et Turan celle de Pastourello.

– Si la Confrérie du Bouton d’Or devait compter de nouveaux membres, n’hésitez pas à refaire fabriquer d’autres attributs. Vous ne devez pas vous accrocher à ce genre de détail.

Nous passâmes ensuite à l’ordre du jour informel de cette première réunion« Comment aider la fille de Mère-Nature à relever ce défi qu’elle a accepté ? »

 

À suivre

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