Pince-fesses

Près du buffet, je regarde ces inconnus qui me frôlent sans me voir dans cette soirée où je n’aurais pas dû venir. Je me sens comme ces convives bouche-trou qu’on invite pour faire le quatorzième à table…

Il m’avait expliqué son embarras, une fête à laquelle il se réjouissait d’assister, unique contrainte « venir accompagné » soit-disant pour élargir le cercle de relations de notre hôte, barcelonais récemment débarqué à Paris. « L’ami qui devait venir avec moi a un empêchement de dernière minute… et puis, tu es la seule à parler couramment espagnol… »  Je n’ai pas pu résister à son air de chien battu, à ses « Steuplé… steuplé… »

Le seuil de la villa à peine franchi, il m’a oubliée, a embarqué dans le bateau des réjouissances, m’abandonnant sur le quai de la réalité. Je ne sais même pas qui est cet hôte qui nous reçoit… J’ai essayé de tendre l’oreille pour capter un mot, une intonation, un accent qui m’aurait donné un indice… mais rien.

La musique est trop forte dans le salon, l’air trop humide dans le jardin, alors, je me tiens dans la véranda, près du buffet… Compromis qui pourrait être judicieux, si je n’étais pas bousculée par ces hommes, ces femmes qui viennent se restaurer, un verre à la main…

Premier point positif, l’alcool est excellent et les tapas délicieuses ! Ce qui explique l’affluence…

En fait, c’est le second point positif, parce que sur les murs du salon, sur le piano sont exposées des œuvres d’Apollonia Saintclair. J’en connaissais la plupart, mais je ne les avais jamais admirées si bien mises en valeur. Si la musique avait été un peu moins forte, je serais restée des heures entières à me laisser aller au trouble qu’elles font naître en moi…

C’est un peu comme si cette femme connaissait mes fantasmes les plus enfouis et les dessinait avec une précision incroyable… C’est surtout comme si elle me révélait ceux qui n’ont pas encore pris forme dans mon esprit et me les tendait, comme un jeu de cartes « choisis celle que tu veux », me les offrait comme une gourmandise inconnue, mais tellement tentante…

Je me contente de regarder ces dessins de loin, en penchant la tête quand un invité me masque la vue.

Combien de verres ai-je bus, combien de tapas ai-je grignotées avant que cette femme, trop jolie pour ne pas être refaite, qui rit trop fort pour que ce soit innocent, me renverse son verre dessus dans un mouvement brusque ? Comble de malchance, elle boit de la sangria ! Bien entendu, le vin se répand sur le tissu clair de ma robe… « Oups ! Désolée ! » Je la regarde et lui marmonne un « C’est pas grave »… Toute la rage que je sens monter en moi explose dans le sourire doux que je lui adresse.

Je traverse le salon pour aller vers la salle de bain, si je fais vite, les dégâts ne seront peut-être pas irrémédiables et surtout, je ne sentirais pas la vinasse pour le restant de la soirée… Je ralentis un peu mon allure pour regarder ce dessin… puis cet autre… mais je me reprends et poursuis mon chemin.

J’entre dans la salle de bain, ôte ma robe, fais couler de l’eau dessus et commence à frotter le tissu quand la lumière s’éteint brusquement. Quelle poisse ! Je cherche l’interrupteur à tâtons quand je sens une main sur mon épaule. Une main d’homme. J’obéis à cette injonction silencieuse avec une excitation rare.

Toute l’aigreur que j’avais accumulée depuis mon arrivée se mue en bouffées de désir, de plaisir, de désir encore… et de plaisir… comme des feux d’artifice qui exploseraient, qui s’entrechoqueraient, se répondraient en écho, en miroir… Je sens son sexe dur se frayer un chemin sous le tissu soyeux de ma culotte… Alors, alors seulement, j’entends sa respiration régulière, mais qui s’accélère… son souffle taurin…

Apollonia Saintclair

Emportée comme dans un tourbillon, dans l’univers de ce dessin, de ce dessin précis qui m’a toujours fascinée, je sens mes reins se cambrer, mes fesses se tendre… Je voudrais que la caresse de cette queue inconnue ne s’arrête jamais… je ferme les yeux… oubliant que je suis dans le noir… pour mieux sentir la douceur de ce gland bouillant, les veines de cette hampe, ses reliefs… à son tour, ma respiration devient animale…

Ma main gauche, attirée par la sienne, s’arrache au rebord du lavabo pour la rejoindre entre mes cuisses humides… nous ne disons pas un mot, mais nos souffles se répondent… je me mords le bras pour étouffer mes cris…

Que ses mouvements sont excitants, que les caresses de son sexe sur ma peau sont jouissives ! Il accélère… il ralentit… accélère encore… Je me laisse aller, m’enivre de nos sensations… Mon orgasme explose sous nos doigts mêlés. La surprise l’oblige à laisser échapper un « Oh ! »

Comme s’il voulait s’assurer du plaisir qu’il peut m’offrir, il me fait jouir deux fois encore avant d’inonder mes fesses… Je sens son sperme chaud et poisseux couler vers mes cuisses… Il se rhabille, rallume la lumière et me laisse seule dans la salle de bain.

J’attends que la porte soit refermée avant d’ouvrir les yeux… Le tissu de ma robe est presque sec… une auréole rosée persiste, mais je la vois comme la relique sensuelle d’une étreinte improbable, de ce plaisir que je n’attendais pas…

Je rejoins la véranda, mon absence est passée inaperçue. Ce qui me ravit ! Des « Oh ! » des « Ah ! » m’apprennent que les desserts sont servis… Je regarde ces hommes en me demandant « Lequel d’entre eux ? »

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Dessin d’Apollonia Saintclair

Un plateau qui passe devant moi… je regarde ces pâtisseries… une main… un souffle… ce souffle… je le dévisage enfin… son air agréablement choqué, son sourire quand je réponds à son « Qu’est-ce qui te tenterait ? » par ce souhait qui a pris forme en même temps que mes mots « Tu polla como un cono de helado a la sepia ».1

1. « Ta bite en guise de cornet de glace à la seiche »

Et c’est ici que s’achève la balade, si vous souhaitez en faire une autre… cliquez ici et faites votre choix !

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