Les souvenirs de Tatie Monique – Épilogue

Au mois de mai, Marie-Claire, ma sœur, ta grand-mère, m’a téléphoné pour me demander de t’accueillir pendant les vacances d’été. À son ton, j’ai compris que tu avais sans doute fait une grosse bêtise et que la sanction était de te priver de tes amis et de t’enterrer dans ce qu’elle a toujours vu comme un trou perdu.

Quand nous sommes allés te chercher à la gare, Tonton Christian et moi avons remarqué ton air revêche, la rage que tu contenais et qui bouillait en toi.

J’aurais voulu avoir la patience, la tendresse de ma Bonne-Maman, de la Nathalie, seulement, la vie a été trop généreuse, trop clémente avec moi pour que j’hérite de ce don.

Tonton m’a conseillé de ne pas te brusquer, de ne pas me laisser marcher sur les pieds non plus, mais de te laisser tranquille, comme si tu n’étais pas punie, comme si c’était le hasard qui te faisait passer cet été chez nous.

Je ne sais pas pourquoi tes parents t’ont privée de ton téléphone portable, pas plus que je ne connais la raison de cette punition. Mais, en imaginant ce que tu pouvais ressentir, j’ai décidé de te laisser la pleine jouissance de notre ligne téléphonique.

Petit à petit, tu as commencé à te détendre, à sourire, à apprécier la douceur des étés provençaux… nous en étions heureux, sincèrement heureux.

Une première sonnette d’alarme a retenti, quand au téléphone nous t’avons entendue évoquer une crique. Nous ne voulions pas t’espionner, mais ta voix joyeuse retentissait dans notre petite maison. Nous n’avons pas voulu y prêter une trop grande attention, mais le lendemain soir, alors que nous rentrions de chez Alain et Catherine, nous avons entendu le petit lit grincer d’une façon que nous ne connaissions que trop bien, tonton Christian venait de me faire remarquer les deux scooters appuyés sur le muret de la maison vide du voisin. Alors, nous avons joué aux idiots, sommes ressortis pour entrer à nouveau, mais en faisant un boucan de tous les diables.

Tonton a fait semblant de lire le journal, je crois que c’est ainsi qu’il s’imagine un grand-père « normal » : assis dans un gros fauteuil confortable, en train de lire le journal… je sais bien que nous sommes pour toi de vieux croûtons, mais si tu savais comme il me fait rire quand il joue un rôle qui ne lui convient pas !

Comme Bonne-Maman l’avait fait, il y a plus de 40 ans, j’ai pris les premiers légumes qui me tombaient sous la main et j’ai fait semblant de les éplucher. Nous avons souri en entendant le remue-ménage dans ta chambre, les persiennes qu’on ouvre précipitamment, ces « au revoir » ces « à bientôt ! » chuchotés à la fenêtre. Tu es venue nous rejoindre, un sourire illuminait ton visage et ton regard était trop clair, trop lumineux pour qu’on puisse ignorer la raison de ta bonne humeur. La fenêtre était ouverte, comment aurions-nous pu ne pas entendre la pétarade des scooters qui démarraient à toute vitesse ?

Ce soir-là, tu te rappelles certainement que nous sommes ressortis, te laissant seule la nuit entière, nous avons retrouvé quelques amis et nous avons baisé, bon dieu ! Nous avons baisé comme lorsque j’avais vingt ans, en pensant à toi et à tous ces plaisirs que tu vas découvrir.

Je sais bien que tu n’as que 16 ans, mais c’était justement l’âge de Rosalie quand elle a connu son Pierrot. Tonton m’a fait remarquer que le phénomène semblait sauter une génération.

 

Les murs de cette maison, ma petite, sont imprégnés de toutes ces heures d’amour qu’elle a inspirées. (Photo : Qeta Gvinepadze)

Dès le lendemain, encore toute étourdie de cette nuit, un peu courbaturée aussi, j’ai acheté ce cahier et j’ai commencé à en noircir les pages, maintenant qu’il ne reste plus que quelques feuillets, je t’écris cette lettre.

Je l’oublierai sur la table, si je ne me trompe pas, si tu es bien celle que j’ai cru deviner, la curiosité te fera ouvrir ce cahier, et celui écrit par Bonne-Maman.

Si tu les lis, tu comprendras pourquoi nous n’avons pas eu d’enfant et, si tu le souhaites, nous te léguerons cette maison à l’unique condition que tu la maintiennes vivante, et pour qu’elle puisse rester en vie, elle a besoin qu’on y fasse l’amour souvent, dans la joie et sans aucun complexe.

Je te serre fort sur mon cœur, ma toute petite et sache qu’ici, tu auras toujours des alliés.

Tatie Monique

Petite précision : Nous te léguerons la maison, mais le plus tard possible !

Regarde la vie avec fierté, droit dans les yeux, ne regrette jamais tes choix, ni tes erreurs, la vie est bien trop courte pour perdre du temps à se sentir coupable de ne pas entrer dans la norme. Comme l’écrivait Léo Ferré « N’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres ».

Tonton Christian

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