Le cahier de Bonne-Maman — « La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour »

L’hiver n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez quand mon chemin croisa de nouveau celui de Marie-Louise et de Charles. La veille au soir, le père de Toine m’avait prévenue, il irait voir son gros client pour affaires et m’avait demandé de l’accompagner. « Mais ce sera pour toi une journée de détente, Marie-Louise et son époux voudraient te recevoir comme on reçoit une amie ». J’avais donc mis ma plus belle robe, et nous fîmes le trajet en auto.

Je retrouvai Marie-Louise avec grand bonheur, elle me fit les gros yeux en constatant que j’avais rapporté la malle, elle en avait tant… ! Et me demanda si je m’amusais bien avec les costumes et les éléments de décor. Par chance, nous étions seules à ce moment précis. J’aurais aimé savoir mentir, faire semblant, mais quand bien même aurais-je pu y parvenir par mes mots, mon regard, mon sourire m’avaient trahie.

Comme une grande sœur, elle voulut en savoir plus long. Devais-je me jeter à l’eau, lui dévoiler mes secrets ? Devais-je prendre le risque qu’elle me dénonce, qu’elle s’offusque de ma conduite ? Devais-je tout simplement assumer cette part de ma vie, pourquoi aurais-je dû en avoir honte ?

J’évoquai à demi-mots des saynètes un peu… lestes que nous inspiraient les fragments de textes que nous trouvions dans les poches de certains costumes. Je pensais qu’elle se sentirait bafouée d’un tel usage, au contraire, elle sourit.

Ces représentations, nous préférons les garder secrètes, Charles et moi… mes parents ne sont pas au courant, je ne pense pas qu’ils les approuveraient.

Ainsi donc, leur amour était de même nature que celui qui nous unissait ! Une fois de plus, je méprisai ce réflexe qui m’interdisait de penser que nous pouvions êtres mues par les mêmes envies, par les mêmes sentiments, par les mêmes sensations. Marie-Louise et Charles appartenaient à un monde qui ne serait jamais le mien, mais je n’étais pas plus envieuse de leur richesse qu’ils n’enviaient la simplicité de ma vie.

Je n’ai jamais su si elle avait pris conscience de la nature exacte de notre relation multiple. Dans son monde, il est des mots qu’on ne prononce pas, en tout cas pas avec les gens du mien.

Malgré tout, notre complicité éclata encore. Elle me demanda d’accepter « ces deux petits livrets un peu lestes » comme si je lui rendais service. Quand nous les lûmes, le dimanche suivant, Toine ne put s’empêcher de ricaner « Ah bravo ! Quand je pense que ça va à l’église tous les dimanches ! », mais il y avait plus de surprise amusée que de critique dans cette remarque.

Elle me parla aussi des progrès de son mari, de ces cauchemars qui ne le hantaient presque plus. Elle me remercia trop chaleureusement pour que je ne puisse en éprouver un certain malaise. Je n’avais rien fait de si exceptionnel, pourquoi se sentait-elle tellement redevable ? Pourquoi ces trémolos dans la voix ? Pourquoi me serrait-elle si fort contre son cœur ?

Tu es la première à qui je le dis, même ma mère l’ignore encore… Pendant le déjeuner, nous allons annoncer que…

Elle s’interrompit et mima un ventre rebondi. Cette grossesse était pour elle le signe que la vie reprenait son cours normal, que l’espoir pourrait renaître. Elle aurait souhaité que je sois la marraine de cet enfant à venir, mais je ne pus accepter de mentir. J’avais cessé de croire en dieu et je refusai de me commettre dans ce que je voyais comme une mascarade.

Nous eûmes à ce propos, une discussion franche et animée, ne redoutais-je pas la colère de Dieu ? Je lui répondis que si dieu existait, il serait bien plus mécontent que je me rende à l’église sans y croire plutôt que de rester fidèle à mes convictions. Charles nous rejoignit à cet instant, il entendit mes mots, me dit « Finalement, vous faites le pari de Pascal, mais vous en arrivez à la conclusion inverse ! » Je faillis lui demander qui était ce Pascal, mais la cloche annonçant que nous devions passer à table venait de retentir.

La règle était de ne pas faire attendre le patriarche à l’heure des repas. Nous descendîmes une fois encore, tous les trois ce grand escalier si impressionnant.

La nouvelle de la future naissance enchanta tout le monde, comme Marie-Louise l’avait souhaité, je fis semblant d’être aussi surprise que les autres convives. Le vin coula à flots, de nouveaux projets se faisaient jour.

Je repris la route, aux côtés du père de Toine, qui fut ravi de ne pas avoir à arrimer une autre malle au coffre de son automobile.

Nous plaisantions, joyeux comme des pinsons, le froid commençait à s’abattre sur la Provence, mais nous le sentions pas encore.

Le père de Toine me confia que le geste que j’avais eu pour Charles avait eu des répercussions sur son affaire et il s’en sentait redevable envers moi. Je haussai les épaules en lui rappelant tout ce qu’il avait fait pour moi, comment l’emploi qu’il m’avait offert, la chambre qu’il m’avait prêtée m’avaient permis de rester au pays. Il sourit « Au pays, dis-tu ? » Je pris alors conscience que je me sentais chez moi dans ce village à l’autre bout de la France, bien plus que je ne me l’étais jamais sentie dans ma Normandie natale.

Nous arrivâmes au village au milieu de l’après-midi et le père de Toine me donna congé. « Tu mérites bien cette journée de vacances, Rosalie ! Repose-toi, il sera bien temps pour toi de te remettre au travail dès demain ! »

Quand je rentrai chez moi, encore un peu grise de cette matinée, de ce déjeuner si joyeux, ayant congé pour l’après-midi, je trouvai Valentino attablé, en train de fumer, une tasse de café à demi vide devant lui. Il se tourna vers moi, me sourit. Il était déjà venu à plusieurs reprises à la maison, mais n’aurait jamais pu deviner que je ne travaillerai pas cet après-midi là.

Comme tous les ouvriers qui venaient nous aider, il possédait un double de la clé. Toine tenait une sorte planning des travaux, chacun savait ce qu’il restait à faire et s’inscrivait pour une tâche à la date qui lui convenait le mieux.

Valentino était menuisier-charpentier, il s’était engagé à réparer l’escalier devenu dangereux après des décennies sans entretien. Non, je n’étais pas venue pour surveiller son travail ! Nous riions ensemble parce qu’il n’avait pas cherché à me faire croire que sa question était autre chose qu’une plaisanterie.

Il m’offrit de me faire un café, j’avais appris à l’aimer bien plus fort, moins amer que celui de mon enfance. C’était la deuxième fois de la journée que je repensais à la Normandie et la deuxième fois où je réalisais que je ne m’y étais jamais vraiment sentie chez moi. L’odeur du café maintenu au chaud toute la journée sur le fourneau me revint en mémoire avec déplaisir.

Tu as de la peine ? Tu es… fâchée de ma présence ?

Non ! Je… je repensais à mon village, à mon enfance… L’Italie te manque ? Parce que mon pays ne me manque pas, je viens de comprendre que je suis chez moi ici…

Ton… « pays » ? Mais… tu n’es pas française ?

Si ! Mais…

Je me levai, pris une poignée de farine, la déversai sur la table, traçai une carte de France et lui montrai d’où je venais… je savais qu’il comprendrait parce que j’avais entendu des discussions entre italiens. Il sourit en me voyant récupérer la farine et la verser dans une assiette.

Tu es plus soigneuse avec la nourriture qu’avec tes vêtements !

Pourquoi me disait-il ça ? Avait-il fouillé dans mon armoire ? Et puis, mon linge y était proprement rangé ! Il regarda en direction de la salle à manger et je compris.

Je ris en lui expliquant qu’il s’agissait de costumes de théâtre et pourquoi dans ma hâte de rendre la malle à Marie-Louise, j’en avais vidé le contenu sur la grande table et le sofa. Je réalisai que je n’avais aucun meuble où les ranger.

Si tu le veux, je pourrais revenir pour t’en fabriquer un, mais réparer ton escalier est plus urgent…

Il avait parfaitement raison. Nous parlâmes des travaux à venir, de politique, d’exil. Les cafés et les heures avaient défilé sans que nous en ayons vraiment pris conscience. Il était trop tard pour qu’il se remette à l’ouvrage.

Il se lava, se rhabilla de propre pendant que je rangeais les costumes et les accessoires, du mieux que je pouvais, dans la petite chambre que vous connaissez bien. En sortant de la cuisine, il rit de me voir les bras chargés de robes incongrues.

Tu portes vraiment toutes ces robes quand tu fais du théâtre ?

Nous aimons bien nous costumer et nous inventer des histoires.

Des histoires ?

Attends, je vais te montrer…

Je dois encore trouver un endroit où manger, où dormir… il est trop tard pour que je rentre chez moi… Une autre fois, peut-être…

Où travailles-tu demain ?

Pour l’instant, nulle part ! Tu sais bien… un chantier par-ci, un chantier par-là… tu connais notre condition…

Alors, reste ici ! Demain, tu finiras ce que je t’ai empêché de faire aujourd’hui, je te ferai à manger, et tu pourras dormir ici !

Dormir ici ? ! Et toi ? Où dormiras-tu ?

Dans ma chambre ! Tu peux dormir dans le canapé et il y a deux matelas… on peut les installer si tu trouves que le canapé n’est pas assez confortable…

Mais… toi et moi seuls chez toi ? Tu sais ce qu’on dit des italiens avec les femmes… et avec les femmes françaises ! Tu connais la réputation que nous avons… tu…

Je connais aussi la réputation des anarchistes, Valentino ! Pourtant aucun n’a déposé la moindre bombe dans cette propriété privée, aucun ne nous a jamais molestés ! Fais-moi plaisir, installe-toi confortablement sur le canapé comme si tu étais au spectacle et ouvre grand tes yeux quand je ferai mon entrée !

J’allai dans la chambre et enfilai à la hâte une robe de princesse. Je ne saurais dire pourquoi je choisis cette robe, peut-être parce qu’elle était si éloignée de moi, du monde d’où je venais, de celui dans lequel je vivais… Peut-être parce que le haut de la robe, ce corset qui faisait pigeonner ma poitrine se laçait sur le devant et que je n’avais pas besoin d’aide pour l’attacher…

Je l’ajustai, pris le chapeau qui complétait le costume, le posai sur ma tête et fis une entrée théâtrale. J’ai gardé longtemps cette manie du petit pas sauté, des bras ouverts et de cette révérence maladroite.

Il rit, je ris. Je lus dans ses yeux qu’il me trouvait aussi séduisante que je le trouvais séduisant et qu’il en était tout autant surpris que moi. Nous venions de passer plusieurs heures ensemble, je le connaissais depuis des mois, mais c’est à ce moment précis que le désir s’est emparé de nous.

Un silence gêné s’était abattu sur la maison, comme si nos regards suffisaient pour poser la question que nous n’osions pas formuler à haute voix. « Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Valentino se leva d’un bond, comme si un ressort l’avait éjecté du canapé.

Rosalie… je ne vais pas rester…

Je comprenais sa gêne, je la partageais, mais quand nos mains se tendirent pour cet « au revoir » amical, nos corps réagirent comme s’ils avaient été aimantés.

Rosalie… Rosalie… il ne faut pas… Rosalie… il ne faut pas…

Dis-le… dis-le moi encore…

Il ne faut pas…

Dans un sourire, je posai mon index sur ses lèvres.

Non ! Redis-moi « Rosalie »

Je sentis un sourire naître sous mon doigt.

Rosalie

Encore

Rosalie

Encore

Rosalie

Je ne me lassais pas de l’entendre prononcer mon prénom, les « r » étaient tantôt rocailleux, presque gutturaux, tantôt roulés, chantants et quelque soit leur prononciation, ils me charmaient pareillement.

Encore…

Son sourire était aussi doux que sa voix.

Rosalie

Je levai enfin les yeux et osai le regarder. Quelle douceur, quelle tendresse teintée de crainte dans son regard d’habitude si assuré ! Je m’y lovai, j’aurais voulu qu’elle m’enveloppât, qu’elle ne cessât de m’envelopper.

Je fus foudroyée par le contraste entre la peau rugueuse de sa main et la douceur de son geste quand il attrapa la mienne pour la porter à sa bouche et y déposer son premier baiser.

Rosalie

Nous n’avions pas encore osé nous embrasser, je déposai quelques baisers, légers, timides sur sa poitrine. Je fermai les yeux pour trouver le courage de déboutonner sa chemise qui se dressait comme un rempart entre ma bouche et sa peau. À chaque bouton dégrafé, à chaque baiser sur sa peau mate, répondait un « Rosalie ».

Que ma peau me parut douce quand il prit mon visage entre ses mains pour m’embrasser, délicatement, passionnément ! Combien j’ai aimé la lenteur de ses gestes quand il délaça le corset…

Quand ma main effleura son pantalon, que mes doigts s’apprêtèrent à le déboutonner, Valentino poussa un soupir de désir et un petit cri entre crainte et excitation, le tout dans un même souffle.

Sa main se posa sur la mienne comme pour arrêter mon geste, mais quand je le caressai par-dessus le tissu de son pantalon, son « Oh… Rosalie ! » avait la sonorité des encouragements impatients.

Il m’embrassa encore, puis me demanda si je voulais aller plus loin. Dans un grand sourire, je lui dis « Tu mériterais que je te réponde « Non » et que je te laisse ainsi ! »

Il rit, tout en rougissant. Nous n’étions pas très à l’aise, Valentino ne savait rien de ma vie intime, je ne savais pas ce qu’il connaissait de moi. Mais le désir domina nos craintes. Seule notre envie d’être heureux, de nous offrir une parenthèse de plaisir avait de l’importance.

Quand je m’agenouillai, il voulut m’en empêcher, j’appris plus tard, qu’il croyait que je n’avais pas conscience des conséquences et fut soulagé de constater que je ne semblais pas étonnée, choquée par la vision de son membre.

Plus mon désir était ardent, plus je prenais mon temps. Quel étrange paradoxe ! Mais que j’aimais regarder son sexe dressé, gonflé, vibrant, que j’aimais en éprouver le relief du bout de mes doigts !

Tu regardes comme si c’était un chef-d’œuvre !

Je le regarde pour ce qu’il est ! Et aussi pour ne pas me précipiter… Je veux profiter de cet instant… Je veux imaginer le plaisir que je prendrai et savoir que mon imagination sera bien en-deçà de la réalité…

Il se méprit, car il voulut que je m’allonge. Je lui fis signe d’attendre, le regardai, fermai les yeux, approchai mon visage, entrouvris mes lèvres, les humectai du bout de ma langue, je l’entendis respirer plus fort, un peu plus fort, un peu plus fort encore…

Oh !

Dans un réflexe, ses doigts s’étaient crispés sur mes cheveux. Je goûtai son sexe comme on découvre une nouvelle gourmandise. Je goûtai aussi le plaisir infini de l’entendre gémir en italien, ne comprenant pas les mots mais en ressentant viscéralement la signification…

Ma langue s’humidifiait à l’aune de son plaisir, j’en prenais tout autant que lui et nous en étions également conscients. Je sus quand ne plus l’empêcher de s’arracher de ma bouche, je ne résistai pas quand il me souleva par les aisselles.

Il me déposa délicatement sur le canapé, dénudant mon corps avec lenteur, lui aussi voulait prendre le temps de le découvrir. Il avait remis de l’ordre dans ma tenue, recouvert mes seins du corset délacé, mais régulièrement, il tirait sur le ruban de telle façon que le tissu se décollât de ma peau, il jetait alors un regard en biais terriblement excitant sur ma poitrine à-demi dénudée.

Il remontait le bas de ma robe, centimètre par centimètre, s’étonnant de la douceur de ma peau sous mon bas. Soudain, telle une couleuvre coulant vivement dans un sous-bois, sa main gauche glissa sous ma robe, remonta le long de ma jambe et se faufila entre la peau de ma cuisse et mon bas, comme pour vérifier l’exactitude de cette impression.

Je me hérissai de désir, de plaisir, mes jambes s’écartèrent sans que je puisse les en empêcher. Son visage simula l’indifférence, mais son sexe le trahit. Nous nous sourîmes, complices, mais faisant mine de rien, il poursuivit son monologue et je fis semblant d’en comprendre chaque mot.

Quand le bas de ma robe dévoila mes cuisses, j’arrêtai son geste, en le suppliant de ne faire aucune remarque sur ce qu’il allait voir pour la première fois. Je vis passer dans ses yeux une vague de surprise et de crainte mêlées, il glissa sa main sur mon pubis, entre mes cuisses, sourit, mi-soulagé, mi-amusé et continua à remonter ma robe. Il m’avoua, par la suite, avoir cru que je le prévenais de mon hermaphrodisme ou quelque chose de la sorte.

Quand ma blondeur resplendit à la lueur des lampes à pétrole, il eut un sourire charmant. Il pencha la tête sur le côté, pour mieux m’observer, comme un lapidaire, face à un diamant brut, pourrait se demander comment le tailler pour le mettre en valeur, sans nuire à sa perfection.

Mes jambes s’ouvrirent sous ce regard, au rythme de sa respiration. Ses doigts écartaient mes lèvres, entraient dans mon vagin. Comme je l’avais fait plus tôt, il voulait en ressentir chaque relief, il se murmura à lui-même cette exclamation ravie « Oh che bella fighetta! ». Je lui en demandai la signification, il ferma les yeux, rougit un peu, fit non de la tête.

Tu serais offensée, alors que c’est tout le contraire

Ses doigts me transformaient en marionnette, j’ondulais, je m’ouvrais comme mue par leur propre volonté et ces mots que je ne comprenais pas, tout en les ressentant balayaient toute crainte, toute pudeur. Ses yeux étincelaient de désir, de folie.

Tu aimes mes caresses, Rosalina ?

Je tombai immédiatement amoureuse de ce doux diminutif, il me fallut quelques instants avant de reprendre mes esprits.

Ne le sens-tu pas sous tes doigts ?

Comme ça ?

Ses doigts allaient et venaient en moi, me paralysant de plaisir.

Ou comme ça ?

Tout en continuant ses va-et-vient, de son autre main, il caressa, non pas mon petit bouton bandé, mais les petites lèvres autour, accompagnant ses caresses d’une pression croissante. J’étais muette de plaisir.

Muette et paralysée, mais quel plaisir doux et violent ! Il répondit pour moi.

Comme ça, alora !

Je me sentais jouir sous ses doigts, nos sourires se répondaient et nos regards… ! Nos regards ! Ce fut la première fois où j’eus cette impression étrange d’une telle communion entre nous que mes yeux devenaient d’un noir ardent et les siens d’un bleu étincelant.

Enfin, tel un enfant, qui après avoir attendu patiemment, se décide à déguster cette pâtisserie dont il avait tellement envie, Valentino se pencha vers mon sexe offert, avec une avidité non dissimulée.

Sa bouche, sa langue, la précision de ses baisers… un orgasme me transperça les reins comme un coup de poignard. Mes gémissements de plaisir s’échappèrent de sa bouche. Il lui fallut user de toute sa force pour m’empêcher de l’étrangler avec mes cuisses.

Ayant dégusté mon plaisir, Valentino releva la tête. Ses lèvres, sa moustache, sa barbe, son nez, même ses pommettes luisaient. Il le vit dans mes yeux et rit de notre bonheur simple, inattendu…

Je voudrais aller dans mon lit, mais je n’en ai pas la force…

Tu as sommeil ?

NON ! Mais mon lit est… ooohh Valentino… plus confortable…

Je vais te porter, alora, Rosalina…

Il me souleva du canapé, m’embrassa « Tu es plus légère qu’une plume, Rosalinetta ! » et sans que nous l’ayons décidé, nos sexes s’unirent. Nous en fûmes autant surpris l’un que l’autre. Valentino s’arrêta. Je sentais mon sexe palpiter autour de son gland. La position était assez inconfortable, mais pour rien au monde, nous aurions voulu en changer.

Il avança lentement, précautionneusement, par chance, mon entrée théâtrale m’avait empêchée de fermer la porte de ma chambre.

Quand il voulut me déposer sur mon lit, son sexe entra de tout son long dans le mien, son gland cogna le fond de mon vagin.

Oh !

Il me reprit dans ses bras, me fit coulisser le long de son membre et « HAN ! » m’empala. Une fois. Deux fois. Dix fois. Prenant un peu plus d’assurance à chaque fois.

Je me pâmais, comme en équilibre à l’exacte limite de l’orgasme. Je le suppliai

Encore !

Il ne m’écouta pas et m’allongea sur le lit. Son regard, son sourire avaient retrouvé toute leur assurance. Avec la certitude que nos corps, nos esprits parlaient la même langue, la sérénité pouvait enfin s’inviter dans la fougue de cette première étreinte. Je puisais dans son regard, la force et l’assurance, je me sentais rayonner.

J’attendis que son sexe soit presque hors du mien, de sentir le bourrelet à la base de son gland à l’entrée de mon vagin pour, d’un geste de la main, lui demander de cesser tout mouvement.

Regarde ! Regarde !

J’écartai mes lèvres du majeur et de l’index d’une main, tandis que de l’autre, je me caressai, impudique, livrée à sa curiosité. L’orgasme me souleva à demi, je lui criai mon plaisir, mes sentiments dans un mélange de patois, de français. Il me répondit en italien et en français, qu’il aimait ce que nous faisions et d’autres choses que je ne compris pas.

Tu aimes quand je jouis, Valentino ?

Il hocha la tête et, comme à regret, m’avoua

Mais j’ai peur de…

Tu as peur de ?

Jouir trop vite… tu comprends ?

La surprise me fit dire, sur le ton péremptoire d’un sermon

Mais, Valentino, un cazzo non è un fucile a un solo colpo !

Il éclata de rire et surpris me demanda si je parlais italien, je lui dis la vérité, je ne connaissais que cette phrase, mais elle me semblait correspondre à ce que je voulais exprimer.

Qui te l’a apprise ?

Toine la dit souvent dans ce genre de situation…

Je me demandai soudain, si j’en avais bien perçu la signification…

Toine ? Tu… avec Toine ?

Redoutant son jugement, mais n’ayant pas envie de lui mentir, je regardai Valentino droit dans les yeux.

Oui ! Nous sommes un couple à quatre… Nathalie et Toine, Nathalie et Pierrot, Pierrot et moi, moi et Toine, moi et Nathalie…

De plus en plus surpris, il me demanda

Et Toine et Pierrot ?

Ah non ! Enfin… je ne crois pas…

Il ne me jugea pas, au contraire, cette précision sembla le soulager tout à fait.

Alors, la phrase de Toine veut bien dire ce que je croyais ?

Il opina en souriant. Son sexe avait perdu de sa dureté, mais dès que je me redressai pour voler un baiser à Valentino, sa vigueur revint comme par magie.

Écarte tes lèvres, Rosalina…

Non ! Tes doigts sont plus…

Plus ?

Plus plaisants que les miens… ils m’excitent plus…

Oh Rosalina… !

Ses doigts écartèrent mes lèvres, d’une main je me caressai et de l’autre, je m’agrippai à ses reins…

Embrasse mes seins, Valentino… s’il te plaît… ils ont besoin de tes baisers…

Une longue plainte s’échappa de sa bouche, comme si ma supplique le libérait d’un désir inavoué. Ma voix me surprit quand je lui demandai s’il sentait qu’une vague de plaisir allait bientôt me submerger. Je jouis violemment, haletant comme une bête sauvage, sans pudeur, j’avais perdu tout contrôle, j’avais envie de le mordre, de l’embrasser, de le lécher, de le dévorer tout à la fois.

Rosalina… Rosalina…

Je sentais les soubresauts de son corps tandis que son plaisir explosait enfin. Je l’empêchai de sortir de mon sexe « Profite et laisse-moi profiter de ce moment, mon beau Valentino ». Il y consentit en m’inondant de mots tendres en italien.

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Nous ne dormîmes pas de la nuit, et je ne pus me résoudre à aller travailler le lendemain matin, j’avais l’impression que cette nuit de folie amoureuse et sexuelle était tatouée sur mon corps, sur mon visage.

Je n’avais pas tout à fait tort, parce que lorsque Toine « venu aux renseignements » nous trouva assis dans la cuisine devant un bol de café, il eut un sourire amusé, prit mon poignet entre ses mains, fit semblant d’y chercher un pouls, et d’un ton très sérieux annonça « Bon, le bon docteur Toine a trouvé la Rosalie bien fatiguée, un peu fiévreuse, sans doute un coup de froid, je lui conseille de garder la chambre pour la journée ». Il déposa un baiser amical sur mon front « Profite, Bouton d’Or », avant qu’il ne s’en aille, Valentino lui dit quelque chose en italien, ils éclatèrent de rire, et Toine, tout en ébouriffant mes cheveux fit semblant de me sermonner « Il ne faut pas toujours répéter ce que je dis, Bouton d’Or ! »

Valentino demanda pourquoi il m’appelait ainsi, et Toine lui répondit en italien quelque chose que je compris tout à fait. J’aimais leur façon de parler de se regarder, ils faisaient de moi leur égale, ce qui n’était pas fréquent en 1919. J’étais une femme, je couchais régulièrement avec l’un, je venais de le faire avec l’autre, ils le savaient, mais respectaient tout autant mon désir que la femme que j’étais.

Ce fut donc, notre volonté commune, à Valentino et à moi, de n’être que tous les deux quand nous faisions l’amour. Il n’a jamais revendiqué une quelconque exclusivité et réciproquement. En revanche, il n’avait aucune envie de me voir coucher avec un autre, une fois encore ce souhait était réciproque.

Nous avons vécu une belle et longue histoire d’amour, en parallèle avec celle que je vivais avec Pierrot, mais je n’ai jamais cherché ni à la cacher, ni à en minimiser l’importance. Pierrot l’a acceptée, comme j’ai pu accepter les belles histoires d’amour qu’il a vécues sans moi.

Après l’automne, après l’hiver, le printemps est arrivé…

 

 

 

Le cahier de Bonne-Maman – « Le printemps est venu. Comment ? Nul ne l’a su »

Avec le retour des beaux jours revint le temps de la légèreté. J’aimais ces petits messages secrets que nous nous adressions les uns aux autres. Comme ceux que Toine glissait dans mes poches, ceux que je déposais au fond de ses chaussures. Quand je me rendais à mon travail, je soulevais la pierre, notre pierre pour y découvrir un mot d’amour, une proposition de rendez-vous de mon Pierrot et y glisser ma réponse. Nathalie communiquait de la même façon avec nous. Il y avait aussi cette maison abandonnée, dans laquelle nous ne pouvions pas entrer, mais dont la boîte aux lettres nous servait de « boîte à pensées coquines », nous y déposions nos idées et puisque nous ne pouvions pas l’ouvrir sans prendre le risque de l’endommager, l’un d’entre nous, plus ou moins à tour de rôle, partait à la « pêche au courrier ».

Le dimanche matin, puisque aucun de nous n’allait à la messe, nous nous retrouvions dans cette petite crique où tu retrouves ton Christian, dans ma jeunesse, elle abritait déjà les ébats en plein-air… et je suis presque certaine qu’aux temps jadis, c’était aussi le cas. Idéalement située, un peu éloignée de la route, abritée du vent, mais ouverte aux regards des curieux, la mer n’y est pas très accueillante, trop de petits rochers sur le bord, trop peu de plage, les nageurs n’y sont pas attirés et puis, quand on remonte le petit sentier qui va de la crique à la route, si on tourne sur la gauche, cette petite enclave, ce nid fait de roches et de buissons…

C’est donc là que nous nous retrouvions, que nous pique-niquions, que nous dépliions le petit papier pêché… je n’oublierai jamais la voix de mon Pierrot, celle de Toine quand ils faisaient semblant de râler « ENCORE la figure Rosalie ! », Nathalie et moi feignions d’être dupes, de ne pas remarquer que la plupart du temps, c’était l’écriture de l’un ou l’autre, alors nous proposions d’aller faire une promenade, à la place. Et quand ils répondaient « Non, la figure Rosalie a été désignée par le sort, on est obligés de l’effectuer », nous leur répondions « On voit bien que ça vous pèse, que vous n’y prenez aucun plaisir, allons plutôt tremper nos petits petons dans la mer » et faisions mine de descendre vers la crique, alors, ils nous rattrapaient, nous serraient dans leurs bras en nous traitant de bougresses, de diablesses, Nathalie et moi piaillons et, tout en faisant semblant de vouloir nous échapper de leur étreinte, nous arrangions pour que leurs mains touchent nos seins, nos fesses, avec la même maladresse, nous leur effleurions le pantalon « Oh, pardon ! Je t’ai fait mal ? Tu as comme une bosse, là… Laisse-moi regarder… » et nous comparions l’étendue des dégâts. Dans le panier que nous prenions avec nous, il y avait toujours un flacon d’huile d’olive…

Le jeudi 1er mai 1919, je trouvai sous la pierre ce petit mot « Je viendrai te chercher samedi matin, mets ta jolie robe et ton joli chapeau, nous irons en ville ». Pierrot arriva avec sa carriole, je m’assis à ses côtés et nous attendîmes d’être sortis du village pour nous embrasser enfin.

Avec tous ces événements, le retour au village, Toine, Nathalie, je n’ai pas eu le temps d’en parler avec toi, je ne sais pas si tu en as toujours envie, mais de mon côté, j’aimerais bien tenir ma parole…

Tenir ta parole ?

Il arrêta la carriole, prit mes mains dans les siennes, me regarda droit dans les yeux, comme s’il voulait sonder mon âme

Rosalie, veux-tu devenir ma femme ?

Comment avait-il pu croire une seconde que ce n’était plus mon souhait le plus cher ? Je couvris ses mains, ses joues, sa bouche de baisers et à chaque baiser déposé, je répétais « Oh oui ! Je le veux ! Je le veux ! Ô mon amour, si tu savais comme je le veux ! ». Nous étions là, comme deux benêts, à rire et à pleurer en même temps, à regarder au loin, vers l’avenir et d’un même mouvement de la tête nous regarder l’un l’autre. Enfin, il prit une grande inspiration et me dit « Il est temps d’aller en ville, nous avons un achat à faire ! ». Je savais qu’il faisait allusion à la bague de fiançailles, mais je me trompais. Je me trompais lourdement !

Arrivés à la ville, Pierrot me fit descendre de la carriole et nous marchâmes bras dessus bras dessous, faisant plusieurs fois le tour de la place principale. Je me demandai bien pourquoi, mais il m’en donna l’explication avant que j’aie pu lui poser la question.

Si tu savais comme je suis fier de me pavaner avec toi à mon bras !

Il souriait, l’éclat de son regard… j’avais l’impression d’être une princesse de conte de fées ! L’émotion me fit perdre toute retenue, je l’embrassai à pleine bouche. Avant qu’il n’ait eu l’idée de me le reprocher, j’assénai

C’est pour que les jeunes filles de la région sachent que le plus bel homme de Provence, de France, le plus bel homme du monde est mon promis et gare à celle qui cherchera à se faire épouser par lui !

Oh, ma Rosalie…

Sans crainte du qu’en dira-t-on, nous nous enlaçâmes et nous embrassâmes longuement. Il sortit sa montre de sa poche, l’ouvrit, regarda l’heure et me dit « Ma Rosalie, il est temps… » avant de pousser la porte de l’étude notariale. Je pensai « Il veut régler les termes du contrat de mariage », je me trompais en partie. Quand le notaire nous reçut, Pierrot lui fit part de notre futur mariage, mais surtout de sa volonté d’acquérir la maison abandonnée qui nous servait de boîte aux lettres et que cette maison soit autant ma propriété que la sienne, que ce soit stipulé en toutes lettres dans « les papiers officiels », ce point ne posait aucun problème, en revanche, le notaire me dévisagea d’un regard expert et me demanda mon âge.

J’aurai bientôt dix-huit ans.

Vous êtes donc mineure, pour pouvoir vous marier, il vous faudra avant tout l’accord de vos parents.

Je lui expliquai que ça risquerait de ne pas être possible et lui racontai comment j’avais été chassée de la ferme familiale, comment j’avais été reniée pour avoir rendu visite à Pierrot en 1917. Mon cas n’était pas si exceptionnel que ça, il y avait des démarches à effectuer, des courriers, mais il me rassura sur ce point, mon mariage avec Pierrot était tout à fait envisageable. Il me tendit plusieurs lettres-type que je n’aurais qu’à recopier en remplissant les blancs et à qui les envoyer.

Nous achetâmes la maison pour une bouchée de pain. Elle avait perdu sa valeur quand les héritiers avaient divisé le bien en plusieurs lots et que celui à qui elle était revenue avait cédé les terres qui lui étaient rattachées. À sa mort, personne n’avait voulu la racheter. Une maison au cœur d’un petit village, avec un jardin d’à peine deux ares, ne présentait aucun intérêt pour des paysans. Année après année, elle s’était dégradée et menaçait de tomber en ruine.

La première fois où j’y entrai, il me fallut la regarder dans les yeux de Pierrot pour imaginer ce qu’elle allait devenir, un petit temple dédié à l’amour. J’espère que tu as ressenti tout ceci quand ton Christian venait t’y retrouver en cachette.

Quand nous sortîmes de l’étude notariale, nous étions à la fois fous de bonheur et un peu intimidés. Dans quelques mois, nous serions jeunes mariés et les heureux propriétaire d’une bicoque à retaper. Nous ignorions encore que quinze longs mois devraient s’écouler entre la remise de notre acte de propriété et la date de notre mariage.

Ma Rosalie, allons fêter ça dignement !

Pierrot me prit le bras et m’indiqua le meilleur restaurant de la ville, celui où se retrouvaient les notables du canton. Je ne le trouvai pas raisonnable d’engager une telle dépense, il me taquina, me reprochant de vouloir garder les pieds sur terre, quand il voulait s’envoler vers la félicité « surtout, rien n’est trop beau pour toi, ma Rosalie ! »

Je souris, baissant le visage, me demandant ce que j’avais fait pour mériter tant de bonheur.

Oh, ma Rosalie, si tu teintes ainsi tes joues de rose, nous allons faire des envieux, les femmes te jalouseront ta beauté, les hommes m’envieront la chance de t’avoir à mon bras !

Émue, je l’embrassai. Taquin, il ajouta « Et tu m’embrasses devant eux ! »

Nous déjeunâmes, les yeux brillants de tous les projets que nous faisions, quand nous riions un peu trop fort, nous sentions les regards désapprobateurs des autres clients, mais ça faisait déjà belle lurette que j’avais appris à ne plus m’en sentir gênée.

Le soleil était bien haut dans le ciel quand nous remontâmes dans la carriole et que nous reprîmes le chemin du retour. À mi-chemin, Pierrot se plaignit du soleil et du vin qui lui donnaient le tournis et envie de somnoler, il me tendit les rênes avant de me reprocher ma façon de diriger la carriole « à la mode normande, assurément ! ». Je m’apprêtai à répliquer quand il me sourit et m’embrassa. Le cheval, soudain libre d’aller où bon lui semblait, s’engagea sur un sentier qui débouchait sur les terres du père de Pierrot, avant de s’arrêter devant une grange. « Oh, mais comment cette bête a-t-elle pu deviner que c’était l’heure de la sieste ? » Qu’il était beau quand il rayonnait ainsi de bonheur, ravi de ce tendre piège qu’il m’avait tendu et dans lequel je m’étais précipitée !

Viens, ma Rosalie ! Suis-moi et allons batifoler dans les foins !

Je voulus ôter mes belles chaussures pour monter à l’échelle, mais il me demanda de ne rien en faire. « Garde aussi ton beau chapeau, ma Rosalie ! » Arrivés là-haut, nous nous embrassâmes, nous caressâmes, sa main glissa sous mes jupes

Mais tu as oublié de mettre tes dessous, coquine !

Je me demandais quand tu allais t’en apercevoir, coquin !

Tu permets ?

Pierrot souleva ma robe, dévoilant ma toison, prit une poignée de paille et me souriant comme un enfant

Fatché, ma Rosalie ! Tu es encore plus blonde que les blés !

Que la paille, mon Pierrot, que la paille !

Si tu veux… quand je dirai ça au Toine…

Vous vous moquerez encore de moi !

Mais on ne se moque pas, ma Rosalie ! Loin de là !

Il s’allongea au milieu du tas de foin « Dévorons-nous un peu avant la sieste » Je dégustai sa verge en me disant que c’était la meilleure gourmandise de l’univers, même en l’absence d’huile d’olive. Ses doigts écartaient mes lèvres, sa bouche me goûtait comme si mon sexe était un fruit mûr à souhait. Il ne s’interrompait que pour le contempler, tout comme je contemplais le sien, avec ravissement.

Arrête Pierrot… arrête ! Je vais… arrête ! Je vais… si tu… conti… nues… arrê… NON ! N’arrête pas ! N’arrête pas !

Je criai à m’en décoller les poumons. J’entendis un « CRAC ! », mais le temps de m’en inquiéter, je compris qu’il s’agissait de l’échelle qui avait brisé un branchage en tombant.

J’ai eu peur de t’avoir brisé le cou !

Essaie donc, ma Rosalie !

Il reprit les caresses de sa langue, tandis que ma bouche allait et venait, coulissait le long de son membre de plus en plus vigoureux « Ô, Pierrot ! Ô mon… oohh… ooohhh… ! »

Il se dégagea de l’étreinte de mes cuisses et me demanda de le chevaucher, son sexe dur s’enfonçant dans mon puits d’amour raviva mon plaisir… « Tu ne sais pas bien mener un attelage, mais montre-moi comment tu montes à cheval, belle Normande ! »

Je crus mourir de plaisir à maintes reprises ce samedi après-midi. Je voulais aussi le voir défaillir, j’étais attentive à la montée de sa jouissance, tous les sens en alerte pour ne pas manquer un souffle annonciateur, un frémissement des ailes de son nez, un tressautement de ses lèvres si joliment ourlées, une palpitation des veines de son cou, un plissement de ses paupières, une crispation de ses mains, sa langue qui appelait la mienne, je voyais son cœur battre sous sa chemise ouverte et bien sûr, mon sexe était attentif aux emballements du sien.

Sa voix dérailla quand il me demanda de poser la main sur le dessus de mon chapeau, comme si je voulais l’empêcher de s’envoler pendant une cavalcade au grand galop.

Ma Rosalie, tu es la plus belle chose qui me soit arrivée ! Demande-moi ce que tu veux !

Fais jaillir mes seins de mon corsage et caresse-les comme toi seul sais le faire !

En les caressant, son plaisir explosa, j’aimais son cri animal quand il jouissait comme ça. Je poursuivis mes va-et-vient au rythme de ses caresses sur mon bouton et j’explosai une fois de plus, inondant sa main et son bas-ventre, avant de m’écrouler sur lui, rompue de plaisir, comblée.

Nous nous assoupîmes un peu et il nous fallut nous résoudre à descendre de la grange pour retourner au village. Pierrot le fit tel un gymnaste, d’un saut léger comme une pirouette et remit l’échelle en place pour que je puisse descendre à mon tour.

Nous ôtâmes les brins de paille dont nous étions recouverts, je constatai, soulagée, que je n’avais pas filé mes bas du dimanche, montai à ses côté dans la carriole, et attrapai les rênes pour lui montrer comment une Normande s’y prenait pour diriger un attelage.

Où Nathalie propose la version adulte d’un célèbre jeu enfantin

 

Le cahier de Bonne-Maman – « Je ne saurais vous plaindre de n’avoir point de beurre en Provence, puisque vous avez de l’huile admirable »

Nous nous étions enfin résolus à sortir de la petite maison et nous admirions la mer en contrebas, depuis le promontoire où nous avait emmenés Toine.

—  Il aura fallu que je vienne ici, avec vous, pour réaliser à quel point tout ceci m’avait manqué… la mer faussement calme, caressée par le vent chargé de parfums… les pierres, la garrigue… la lumière… et ce vent… ce vent piquant comme la vie, apaisant comme la confiance…

Se tournant vers moi, il me demanda

—  Et toi, blonde Rosalie ? Ta Normandie ne te manque pas ? Si tu fermes les yeux et que tu penses à ton pays, qu’est-ce qui te manque le plus ?

Debout, face à ce paysage sauvage, rugueux, à cette mer docile et calme, dans les bras de Pierrot qui regardait au loin, par-dessus ma tête, je fermai les yeux et répondis

—  L’odeur des pommes qui sont tombées des arbres et qu’on ramasse sur l’herbe épaisse, humide… l’odeur des pommes qu’on épluche… les vaches grasses, leur odeur, le bruit des troupeaux… la mer vivante qui s’enfuit au loin, mais qui revient toujours… nos poissons… l’odeur, la texture de la crème fraîche, de nos bons fromages… la lumière du petit matin inondant l’orée de la forêt près de notre pâture… le trèfle en fleurs… les romulées… ces autres fleurs dont le nom m’échappe… le vent iodé qui cingle, qui fait couler les yeux, qui pique les mains…

J’inspirai de toutes mes forces et j’eus l’impression d’y être

—  … et le beurre !

Nathalie avait interrompu mon évocation en éclatant de rire. Elle ne comprenait pas que je puisse me régaler de la viande cuite dans du beurre fondu. Elle tordait encore le nez en évoquant ce qu’elle qualifiait de vice.

—  Dire qu’elle ne connaissait pas les olives avant que je lui en fasse goûter et que l’huile lui donnait des hauts de cœur !

Toine eut un hoquet de surprise.

—  Pourtant… tu avais l’air d’apprécier la cuisine niçoise… Je me trompe ?

Gênée, je fixais le ciel à la recherche d’un nuage auquel accrocher mon regard, Nathalie s’intéressait plus que de raison à un petit caillou à ses pieds.

—  Ho ! Que signifient ces regards fuyants, ces sourires coupables et ces joues rougies ?

Pierrot et Toine nous pressaient de questions dont ils connaissaient la réponse, mais étaient excités à l’idée de l’entendre de nos bouches.

—  Vas-y, toi… dis leur !

—  Non ! C’est à toi de leur dire !

—  Non ! C’était ton idée… alors…

—  C’était TON idée, ma chère !

—  Non, c’était la tienne !

En réalité, c’était la nôtre, pour le moins, nous ne savions plus très bien qui l’avait eue en premier. Pierrot et Toine usèrent de toute une gamme de stratagèmes pour nous convaincre de raconter. Ils nous cajolaient, nous suppliaient, exigeaient, larmoyaient, nous cajolaient encore. Nathalie et moi jouissions de ce pouvoir que nous détenions, mais quand lassées de nous faire supplier, nous voulûmes leur expliquer, les mots nous manquèrent, ceux qui nous venaient à l’esprit ne rendaient pas grâce à ces moments sensuels et intimes.

—  Si vous aviez pu voir…

—  Il aurait fallu vous montrer…

Toine nous répondit de ne pas nous en faire, il achèterait de l’huile en chemin et nous leur montrerions dans la chambre.

—  Ah, mais non ! Dans la chambre, ce ne sera pas possible… non !

—  Nous le faisions sur la table… non !

—  Ça risquerait de gâter le plancher ou les draps !

Maintenant que nous mourrions d’envie de leur faire partager ce jeu, que l’idée nous excitait autant qu’elle les excitait, voilà qu’un obstacle se dressait devant nous ! Nous étions dépitées et il était hors de question de demander, comme nous l’avait suggéré Toine, à notre logeuse de nous laisser l’usage de sa cuisine.

Philosophe et déterminé, Toine nous affirma péremptoire

—  Quand un obstacle se dresse devant nous, il suffit de le contourner pour le surmonter ! Attendez-nous ici, nous revenons au plus vite !

Georges Marie Julien Girardot

Nous les regardâmes partir au pas de course et le temps de réaliser notre effronterie, avant même que nos joues, nos fronts aient perdu leur rougeur, nous les vîmes arriver, toujours au pas de course, tenant chacun une bonbonne d’huile. Nous les houspillâmes, leur reprochant d’en avoir apporté bien plus que nécessaire. « Vaut mieux ça que l’inverse ! ». Je ne pouvais qu’approuver mon Pierrot.

—  Maintenant, mon Toinou, il faut que tu nous trouves un lieu à l’abri des regards indiscrets…

La voix mutine de Nathalie, son sourire plein de sous-entendus, son regard enjôleur, attisèrent le désir de Toine, qui ne cherchait pas à dissimuler la bosse dans son pantalon, bien au contraire ! Les rochers, les buissons faisaient un petit nid, comme un écrin naturel. Nous nous dévêtîmes comme si être nues en pleine nature était la chose la plus normale du monde, comme si l’on ne nous avait jamais inculqué la détestation de nos corps, du plaisir. Nous dansions, lascives, au rythme d’une musique imaginaire. Sous prétexte de ne pas prendre le risque de tacher leurs habits, nous exigeâmes que Pierrot et Toine se missent nus également. Un peu rétifs à l’idée, il nous fallut user de mille ruses et arguments pour les convaincre.

Quand ils furent dévêtus, Nathalie s’adossa à un rocher, versa de l’huile dans sa main en coupe et, dans un geste d’une grâce absolue, fit couler l’huile de sa main sur sa poitrine. La nature avait fait silence, pour ne pas troubler cet instant. Nous retenions notre souffle devant tant de beauté. Enfin, comme je l’avais fait tant de fois, je m’approchai d’elle, mes mains caressèrent ses jolis seins et je la tétai. Nous entendions le désir proche de la folie dans la respiration saccadée de Pierrot et de Toine, dans leurs exclamations qui s’évanouissaient après la première syllabe.

J’exagérai un rictus de dégoût, qui ne demandait qu’à se muer en sourire de plaisir. Je versai dans la main de Nathalie bien plus d’huile qu’elle ne pouvait en contenir, quand sa main déborda, que l’huile se répandit sur son ventre, je la léchai. Pierrot et Toine étaient muets d’excitation, sidérés du spectacle du corps de Nathalie luisant de toute cette huile, ondulant sous les caresses de ma langue. Elle fit couler un peu d’huile sur sa toison, entre ses cuisses. Je dégustai mon amie sous le soleil, dans les parfums de la Provence, oubliant un instant la présence de nos comparses. J’écartai les lèvres de son sexe et versai un long filet d’huile, je reculai mon visage pour mieux apprécier le spectacle et, enfin conquise, la dévorai tendrement, jusqu’à ce que ses cuisses se contractent autour de mon visage à m’en broyer les os du crâne.

Quand elle jouit, son cri dut s’entendre jusqu’en Italie.

Redescendue sur Terre, je regardai Pierrot et Toine.

—  Et c’est ainsi que j’ai appris à aimer l’huile d’olive !

Ils semblaient vouloir retenir leurs viscères, tant ils tenaient leurs bras croisés serrés contre leur ventre. En leur souriant, nous leur demandâmes s’ils souhaitaient nous goûter ainsi l’une après l’autre « pour savoir si nos goûts intimes sont différents »

Ils ne se firent pas prier « Laisse-moi admirer ta peau laiteuse étinceler au soleil… » Pierrot étalait l’huile que je faisais couler sur mon corps, de la même façon que Nathalie l’avait fait plus tôt. Je regardais ses mains viriles, à la peau brune, aux veines saillantes, aller et venir sur mon corps. Le contraste était saisissant, mais nos peaux se rejoignaient dans le scintillement.

Je regardais ses mains et ma respiration devenait irrégulière, tantôt légère, puis, dans un crescendo, de plus en plus ample, profonde. Je regardais ses mains avec la folle envie qu’elles me possèdent.

Il fallut que j’entende une remarque de Nathalie pour réaliser que je criais, Toine précisa « comme le chant d’un oiseau lors d’une parade amoureuse ».

La bouche de Pierrot faillit me faire mourir de plaisir lorsqu’il dégusta mon sexe offert . Quand je le libérai de l’étau de mes cuisses, comme nous le leur avions demandé, il goûta Nathalie qui avait joui de son Toine.

Le regard de Toine avait ces reflets, comme des éclairs de folie, quand il s’approcha de moi. Il fit couler de l’huile sur mes seins, se dit fasciné de la trouver si ambrée tant ma peau était laiteuse. Il guidait cet onguent vers ma toison, lissant mes poils entre ses doigts, plus longs, plus nerveux, moins trapus que ceux de Pierrot.

J’entendais Nathalie le supplier de la prendre enfin, de ne pas la faire languir plus longtemps de désir, il se plaignait « mais… je t’ai à peine goûtée… »

Toine avait oint mon corps et je bougeais devant lui comme il me le demandait. Il voulait voir « chaque parcelle de ta peau briller, étinceler comme une pierre précieuse sous le soleil niçois »

Après s’être « régalé les yeux », il s’assit et me fit venir contre lui, le nez fiché dans mes poils, il écarta les lèvres de mon sexe, sortit sa langue et me demanda de me frotter, de danser sur elle. Mon bassin bougeait comme il n’avait jamais bougé jusqu’à présent. Dans un éclair de lucidité, je pris conscience de la situation : moi, la brave petite, la timide Rosalie, j’ondulais totalement nue, en pleine nature, au milieu de la journée, le sexe sur la bouche d’un homme qui n’était ni mon mari, ni mon promis, mais celui de ma meilleure amie dont le corps luisant chevauchait celui de mon futur. Mon cri transperça les montagnes pour aller se perdre au-delà de la frontière.

Après tant de caresses, tant d’étreintes, le corps de Toine était luisant, appétissant. Je le goûtais, réalisant à quel point j’aimerai pour toujours le goût de l’huile d’olive, comme sa saveur resterait à tout jamais liée au souvenir de cette après-midi.

Nos yeux se dévoraient de plaisir, de désir. Sans avoir à nous le dire, nous nous étions compris. Il s’allongea sur le sol, je lui versai une rasade d’huile sur les doigts, manquant de laisser choir la bonbonne, tant mes mains étaient glissantes. Il me caressa longuement les fesses et quand son index et son majeur purent aller et venir aisément en moi, je m’accroupis lentement sur lui et nous fîmes l’amour ainsi, sereinement, sans craindre qu’il me mette enceinte.

À nos côtés, Pierrot et Nathalie, repus de plaisir, ne songeaient même pas à épousseter la terre, les brindilles collées à leur peau. J’aimais leur sourire auquel je m’accrochai quand je sentis jaillir la jouissance de Toine dans mon derrière.

Nous essuyâmes tant bien que mal l’huile sur nos corps, il ne fallait pas prendre le risque de salir nos vêtements. Le temps de récupérer nos affaires, de dire au revoir à notre logeuse, nous reprenions le train et rentrions, joyeux et triomphants, au village où notre nouvelle vie nous attendait.

Comme l’écrivait Baudelaire, « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux »