Instantané – À chacun son tour

J’avais fait mon coming-out peu avant d’être outée. J’en étais un peu furieuse parce que j’estimais que ma vie sexuelle ne concernait que mes partenaires et moi, mais l’air du temps étant à la transparence, il m’avait fallu lever le voile sur mon intimité.

J’y ai perdu quelques amies pour lesquelles je devenais soudain une prédatrice potentielle. Les garçons me regardaient tantôt comme la pauvre nana qui n’avait pas eu la chance de rencontrer « le bon », celui qui d’un bon coup de queue m’aurait fait découvrir le plaisir… Celui dont la queue aurait été, en quelque sorte, une baguette magique…

D’autres me classaient dans la catégorie « rivale éventuelle » et se montraient assez agressifs. Enfin, le plus grand nombre me voyaient comme le moyen d’assouvir leur fantasme « deux filles ensemble qui se chaufferaient, les excitant au passage, pour finir par succomber de plaisir sous leurs coups de boutoir ».

Je ne saurais dire quel comportement m’agaçait le plus…

Manon m’attendait à l’entrée du campus. Je la connaissais à peine, nous n’étions pas dans la même filière, mais nous avions déjeuné à la même table, avant ce maudit coming-out. J’ai aimé l’éclat de son regard, ses pommettes un peu rosies, quand elle m’a invitée à déjeuner « un peu à l’écart des autres ».

À plusieurs reprises, elle respira un grand coup, ouvrit la bouche comme si les mots avaient besoin d’espace pour daigner franchir ses lèvres. Je la regardais, affichant un sourire engageant, mais à chaque fois, une bouffée de honte mêlée de timidité l’en empêchait. Alors, Manon mangeait de grosses bouchées, histoire de justifier sa bouche grande ouverte.

Je décidai de prendre les devants, je la voyais soumise à la torture et ça me devenait insupportable.

– Que veux-tu me dire ? Que veux-tu me demander ? Comment c’est entre filles ? C’est ça ?

Elle hésita encore un peu, puis se jeta à l’eau. Elle était avec Quentin depuis quelques mois, comme avec ses copains précédents, « ça ne marchait pas très bien au lit ». Au début de chaque histoire, ça allait à peu près, puis le désir se délitait. Inéluctablement. Quentin, comme ses autres petits copains, lui reprochait sa passivité, son manque d’enthousiasme qui tuaient son désir à lui. Je l’interrompis.

Mais… ton désir à toi ? Ton plaisir ? Qu’en est-il de ton désir ? De ton plaisir ?

Elle était incapable de répondre à ces questions, ce qui me sidéra. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle était en train de perdre Quentin et que la douleur de cette rupture annoncée lui était déjà insupportable. Pour tenter de le retenir auprès d’elle, Manon voulait qu’il nous observe, elle et moi, nous embrassant. Elle et moi, nous caressant.

Quel ange malicieux a retenu la gifle que mon âme blessée voulait lui infliger ? Plus la colère, la rage m’étreignaient, plus ma voix se faisait douce, plus mon sourire était apaisé.

Mais toi… est-ce que tu en as envie ? As-tu envie de m’embrasser, que je t’embrasse ? As-tu envie de mes caresses ? 

Je n’y avais jamais pensé avant, mais depuis que Quentin m’en a parlé… C’est parce que ça marche mieux entre nous, quand on en parle avant…

Comme un service que l’on rend, j’acceptai un rendez-vous le soir même. Je ne sais pas si j’étais émue par sa détresse ou troublée par l’étincelle fugace qui avait illuminé son regard à l’évocation de ce fantasme.

J’arrivais un peu en avance, pour laisser la possibilité à Manon de tout annuler, de reporter cette étreinte sur commande. J’arrivais un peu en avance, mais Quentin était déjà là. J’avais beau de pas m’intéresser à la gent masculine, je remarquai immédiatement son excitation, d’abord dans son regard, dans son sourire, à sa façon de m’accueillir, de me faire la bise, avant que mes yeux glissant jusqu’à son entrejambe me confirment ce que j’avais déjà deviné.

Comment on fait ?

La question avait l’avantage de la concision. Je proposai un léger baiser pour commencer. Je ne sais pas pourquoi, mais je notai intérieurement, que Quentin était aussi brun que moi. Peut-être fut-ce dû au reflet que le miroir me renvoya à cet instant précis. Manon, la blonde Manon serrée contre mon corps, blottie entre mes bras, fermant les yeux dans l’attente de ce premier baiser.

J’embrassai sa chevelure, ou pour être plus précise, je caressai ses cheveux blonds de ma bouche ouverte. Je sentais son parfum, l’odeur de son corps m’enivrer peu à peu. J’en oubliai Quentin. Manon leva les yeux vers moi, me sourit, ferma doucement ses paupières et tendit ses lèvres vers les miennes. Je déposai un chaste baiser sur sa bouche, puis un second un peu moins chaste. Je la sentis sourire, puis lentement s’épanouir quand nos langues se frôlèrent, qu’elles se mirent à tournoyer ensemble.

Manon dit les mots que je m’apprêtais à prononcer, avant que j’en aie le temps.

S’il te plaît, Quentin, laisse-nous seules quelques minutes et reviens… ce sera ton tour après, mais laisse-nous quelques minutes rien qu’à elle et à moi…

Quentin s’exécuta. Il sortit de la chambre en sifflotant comme dans un souffle. Joyeux, fier et excité que les choses se déroulassent aussi facilement… Dans quelques minutes, il se régalerait du spectacle de Manon s’amusant avec une autre fille et quelques instants après, elle serait à lui, chaude et offerte… Avec un peu de chance, qui sait, je serais de la partie ! Quelle belle fin de journée, il s’apprêtait à vivre !

Manon me faisait penser à un explorateur qui se serait trompé de chemin, un explorateur qui, sûr de trouver une contrée inhospitalière découvrirait le paradis sur Terre.

Encore un baiser… encore un baiser…

Je l’embrassais avec une fougue croissante, j’aimais sentir ses cheveux couler entre mes doigts, ses cheveux comme des fils d’or que je lissais plus que je ne les caressais. J’aimais sentir sa tête rouler de désir, son cou appeler mes lèvres, sa poitrine qu’elle gonflait sans s’en rendre compte, comme pour inciter mes mains à la parcourir.

Manon se faisait plus hardie, tout son corps hurlait le désir qui la consumait… Je glissai ma main le long de son cou, ma main était l’éclaireur de mes baisers…

Tu veux que je continue ? Tu en as envie ?

Jamais je ne fus plus hypocrite qu’en posant cette question. Le sourire de Manon m’apprit qu’elle n’en était pas dupe, mais qu’elle aimait se prêter à ce jeu… elle attrapa ma main, la glissa entre ses cuisses… Bon sang, elle semblait découvrir sous mes doigts la moiteur de son sexe…

Elle voulut me dévêtir un peu, je lui chuchotai mon refus « pas tant que Quentin est dans les parages, mon corps, tu le verras, tu en jouiras autant que tu le souhaiteras, mais quand il ne sera pas là ».

 Ça me fait presque mal, là… tellement ça me chauffe… tellement c’est irrité… 

Tellement tu veux jouir, Manon ! Tu ne connaissais pas cette sensation ?

– À ce point, non !

– Alors… dis-moi… ferme tes jolis yeux et laisse ton corps répondre… comment veux-tu que je te fasse jouir ?

Quentin choisit, mal, ce moment pour venir nous rejoindre, Manon se serra plus fort contre moi. Regardant sa montre, un sourire charmeur aux lèvres, Quentin affirma que c’était à son tour, maintenant. Je sentis les cuisses de Manon se contracter autour de ma main, elle ferma les yeux, laissa exploser la vague et d’une voix troublée, lui demanda de nous laisser seules. Pour le restant de la soirée.

à mon tourJe repense à cette soirée parce que, en cette journée exceptionnelle, ce petit dessin s’est échappé du journal intime de Manon. Après ces longs mois d’observation, ces longs mois de questionnements, maintenant que l’étincelle de la découverte s’est apaisée, maintenant que notre relation s’est officialisée, maintenant que Manon peut conjuguer désir et plaisir sur la durée, nous avons pris la décision d’habiter ensemble et c’est aujourd’hui le jour de notre déménagement.

Un bout de phrase entendu dans le brouhaha…

 

Le cahier de Bonne-Maman – « Je ne saurais vous plaindre de n’avoir point de beurre en Provence, puisque vous avez de l’huile admirable »

Nous nous étions enfin résolus à sortir de la petite maison et nous admirions la mer en contrebas, depuis le promontoire où nous avait emmenés Toine.

—  Il aura fallu que je vienne ici, avec vous, pour réaliser à quel point tout ceci m’avait manqué… la mer faussement calme, caressée par le vent chargé de parfums… les pierres, la garrigue… la lumière… et ce vent… ce vent piquant comme la vie, apaisant comme la confiance…

Se tournant vers moi, il me demanda

—  Et toi, blonde Rosalie ? Ta Normandie ne te manque pas ? Si tu fermes les yeux et que tu penses à ton pays, qu’est-ce qui te manque le plus ?

Debout, face à ce paysage sauvage, rugueux, à cette mer docile et calme, dans les bras de Pierrot qui regardait au loin, par-dessus ma tête, je fermai les yeux et répondis

—  L’odeur des pommes qui sont tombées des arbres et qu’on ramasse sur l’herbe épaisse, humide… l’odeur des pommes qu’on épluche… les vaches grasses, leur odeur, le bruit des troupeaux… la mer vivante qui s’enfuit au loin, mais qui revient toujours… nos poissons… l’odeur, la texture de la crème fraîche, de nos bons fromages… la lumière du petit matin inondant l’orée de la forêt près de notre pâture… le trèfle en fleurs… les romulées… ces autres fleurs dont le nom m’échappe… le vent iodé qui cingle, qui fait couler les yeux, qui pique les mains…

J’inspirai de toutes mes forces et j’eus l’impression d’y être

—  … et le beurre !

Nathalie avait interrompu mon évocation en éclatant de rire. Elle ne comprenait pas que je puisse me régaler de la viande cuite dans du beurre fondu. Elle tordait encore le nez en évoquant ce qu’elle qualifiait de vice.

—  Dire qu’elle ne connaissait pas les olives avant que je lui en fasse goûter et que l’huile lui donnait des hauts de cœur !

Toine eut un hoquet de surprise.

—  Pourtant… tu avais l’air d’apprécier la cuisine niçoise… Je me trompe ?

Gênée, je fixais le ciel à la recherche d’un nuage auquel accrocher mon regard, Nathalie s’intéressait plus que de raison à un petit caillou à ses pieds.

—  Ho ! Que signifient ces regards fuyants, ces sourires coupables et ces joues rougies ?

Pierrot et Toine nous pressaient de questions dont ils connaissaient la réponse, mais étaient excités à l’idée de l’entendre de nos bouches.

—  Vas-y, toi… dis leur !

—  Non ! C’est à toi de leur dire !

—  Non ! C’était ton idée… alors…

—  C’était TON idée, ma chère !

—  Non, c’était la tienne !

En réalité, c’était la nôtre, pour le moins, nous ne savions plus très bien qui l’avait eue en premier. Pierrot et Toine usèrent de toute une gamme de stratagèmes pour nous convaincre de raconter. Ils nous cajolaient, nous suppliaient, exigeaient, larmoyaient, nous cajolaient encore. Nathalie et moi jouissions de ce pouvoir que nous détenions, mais quand lassées de nous faire supplier, nous voulûmes leur expliquer, les mots nous manquèrent, ceux qui nous venaient à l’esprit ne rendaient pas grâce à ces moments sensuels et intimes.

—  Si vous aviez pu voir…

—  Il aurait fallu vous montrer…

Toine nous répondit de ne pas nous en faire, il achèterait de l’huile en chemin et nous leur montrerions dans la chambre.

—  Ah, mais non ! Dans la chambre, ce ne sera pas possible… non !

—  Nous le faisions sur la table… non !

—  Ça risquerait de gâter le plancher ou les draps !

Maintenant que nous mourrions d’envie de leur faire partager ce jeu, que l’idée nous excitait autant qu’elle les excitait, voilà qu’un obstacle se dressait devant nous ! Nous étions dépitées et il était hors de question de demander, comme nous l’avait suggéré Toine, à notre logeuse de nous laisser l’usage de sa cuisine.

Philosophe et déterminé, Toine nous affirma péremptoire

—  Quand un obstacle se dresse devant nous, il suffit de le contourner pour le surmonter ! Attendez-nous ici, nous revenons au plus vite !

Georges Marie Julien Girardot

Nous les regardâmes partir au pas de course et le temps de réaliser notre effronterie, avant même que nos joues, nos fronts aient perdu leur rougeur, nous les vîmes arriver, toujours au pas de course, tenant chacun une bonbonne d’huile. Nous les houspillâmes, leur reprochant d’en avoir apporté bien plus que nécessaire. « Vaut mieux ça que l’inverse ! ». Je ne pouvais qu’approuver mon Pierrot.

—  Maintenant, mon Toinou, il faut que tu nous trouves un lieu à l’abri des regards indiscrets…

La voix mutine de Nathalie, son sourire plein de sous-entendus, son regard enjôleur, attisèrent le désir de Toine, qui ne cherchait pas à dissimuler la bosse dans son pantalon, bien au contraire ! Les rochers, les buissons faisaient un petit nid, comme un écrin naturel. Nous nous dévêtîmes comme si être nues en pleine nature était la chose la plus normale du monde, comme si l’on ne nous avait jamais inculqué la détestation de nos corps, du plaisir. Nous dansions, lascives, au rythme d’une musique imaginaire. Sous prétexte de ne pas prendre le risque de tacher leurs habits, nous exigeâmes que Pierrot et Toine se missent nus également. Un peu rétifs à l’idée, il nous fallut user de mille ruses et arguments pour les convaincre.

Quand ils furent dévêtus, Nathalie s’adossa à un rocher, versa de l’huile dans sa main en coupe et, dans un geste d’une grâce absolue, fit couler l’huile de sa main sur sa poitrine. La nature avait fait silence, pour ne pas troubler cet instant. Nous retenions notre souffle devant tant de beauté. Enfin, comme je l’avais fait tant de fois, je m’approchai d’elle, mes mains caressèrent ses jolis seins et je la tétai. Nous entendions le désir proche de la folie dans la respiration saccadée de Pierrot et de Toine, dans leurs exclamations qui s’évanouissaient après la première syllabe.

J’exagérai un rictus de dégoût, qui ne demandait qu’à se muer en sourire de plaisir. Je versai dans la main de Nathalie bien plus d’huile qu’elle ne pouvait en contenir, quand sa main déborda, que l’huile se répandit sur son ventre, je la léchai. Pierrot et Toine étaient muets d’excitation, sidérés du spectacle du corps de Nathalie luisant de toute cette huile, ondulant sous les caresses de ma langue. Elle fit couler un peu d’huile sur sa toison, entre ses cuisses. Je dégustai mon amie sous le soleil, dans les parfums de la Provence, oubliant un instant la présence de nos comparses. J’écartai les lèvres de son sexe et versai un long filet d’huile, je reculai mon visage pour mieux apprécier le spectacle et, enfin conquise, la dévorai tendrement, jusqu’à ce que ses cuisses se contractent autour de mon visage à m’en broyer les os du crâne.

Quand elle jouit, son cri dut s’entendre jusqu’en Italie.

Redescendue sur Terre, je regardai Pierrot et Toine.

—  Et c’est ainsi que j’ai appris à aimer l’huile d’olive !

Ils semblaient vouloir retenir leurs viscères, tant ils tenaient leurs bras croisés serrés contre leur ventre. En leur souriant, nous leur demandâmes s’ils souhaitaient nous goûter ainsi l’une après l’autre « pour savoir si nos goûts intimes sont différents »

Ils ne se firent pas prier « Laisse-moi admirer ta peau laiteuse étinceler au soleil… » Pierrot étalait l’huile que je faisais couler sur mon corps, de la même façon que Nathalie l’avait fait plus tôt. Je regardais ses mains viriles, à la peau brune, aux veines saillantes, aller et venir sur mon corps. Le contraste était saisissant, mais nos peaux se rejoignaient dans le scintillement.

Je regardais ses mains et ma respiration devenait irrégulière, tantôt légère, puis, dans un crescendo, de plus en plus ample, profonde. Je regardais ses mains avec la folle envie qu’elles me possèdent.

Il fallut que j’entende une remarque de Nathalie pour réaliser que je criais, Toine précisa « comme le chant d’un oiseau lors d’une parade amoureuse ».

La bouche de Pierrot faillit me faire mourir de plaisir lorsqu’il dégusta mon sexe offert . Quand je le libérai de l’étau de mes cuisses, comme nous le leur avions demandé, il goûta Nathalie qui avait joui de son Toine.

Le regard de Toine avait ces reflets, comme des éclairs de folie, quand il s’approcha de moi. Il fit couler de l’huile sur mes seins, se dit fasciné de la trouver si ambrée tant ma peau était laiteuse. Il guidait cet onguent vers ma toison, lissant mes poils entre ses doigts, plus longs, plus nerveux, moins trapus que ceux de Pierrot.

J’entendais Nathalie le supplier de la prendre enfin, de ne pas la faire languir plus longtemps de désir, il se plaignait « mais… je t’ai à peine goûtée… »

Toine avait oint mon corps et je bougeais devant lui comme il me le demandait. Il voulait voir « chaque parcelle de ta peau briller, étinceler comme une pierre précieuse sous le soleil niçois »

Après s’être « régalé les yeux », il s’assit et me fit venir contre lui, le nez fiché dans mes poils, il écarta les lèvres de mon sexe, sortit sa langue et me demanda de me frotter, de danser sur elle. Mon bassin bougeait comme il n’avait jamais bougé jusqu’à présent. Dans un éclair de lucidité, je pris conscience de la situation : moi, la brave petite, la timide Rosalie, j’ondulais totalement nue, en pleine nature, au milieu de la journée, le sexe sur la bouche d’un homme qui n’était ni mon mari, ni mon promis, mais celui de ma meilleure amie dont le corps luisant chevauchait celui de mon futur. Mon cri transperça les montagnes pour aller se perdre au-delà de la frontière.

Après tant de caresses, tant d’étreintes, le corps de Toine était luisant, appétissant. Je le goûtais, réalisant à quel point j’aimerai pour toujours le goût de l’huile d’olive, comme sa saveur resterait à tout jamais liée au souvenir de cette après-midi.

Nos yeux se dévoraient de plaisir, de désir. Sans avoir à nous le dire, nous nous étions compris. Il s’allongea sur le sol, je lui versai une rasade d’huile sur les doigts, manquant de laisser choir la bonbonne, tant mes mains étaient glissantes. Il me caressa longuement les fesses et quand son index et son majeur purent aller et venir aisément en moi, je m’accroupis lentement sur lui et nous fîmes l’amour ainsi, sereinement, sans craindre qu’il me mette enceinte.

À nos côtés, Pierrot et Nathalie, repus de plaisir, ne songeaient même pas à épousseter la terre, les brindilles collées à leur peau. J’aimais leur sourire auquel je m’accrochai quand je sentis jaillir la jouissance de Toine dans mon derrière.

Nous essuyâmes tant bien que mal l’huile sur nos corps, il ne fallait pas prendre le risque de salir nos vêtements. Le temps de récupérer nos affaires, de dire au revoir à notre logeuse, nous reprenions le train et rentrions, joyeux et triomphants, au village où notre nouvelle vie nous attendait.

Comme l’écrivait Baudelaire, « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux »

Les souvenirs de Tatie Monique – L’enfant sauvage

Depuis que j’avais pris la décision de vivre ici, Christian me faisait découvrir tous les trésors du canton. Nous partions souvent, tous les deux, visiter d’autres villages, d’autres bourgades, explorer d’autres criques, d’autres forêts.

Un samedi après-midi, dans une petite ville, nous vîmes, sur la façade du cinéma municipal, une affiche annonçant la séance hebdomadaire, le film était sorti depuis plusieurs années, mais ici, point de « première exclusivité », point de multiplexe. Non ! Mais un projecteur hors-d’âge, une salle avec des chaises pliantes (j’exagère à peine), de mauvaises copies de films qui n’étaient plus à l’affiche depuis belle lurette, deux séances hebdomadaires, le même jour, celle de l’après-midi, celle de 21 heures et basta ! Le même film était proposé pendant deux semaines avant que les bobines ne partent pour un autre cinéma.

Cette semaine là, il s’agissait de « L’enfant sauvage » de François Truffaut. Ni Christian, ni moi ne l’avions vu. Nous connaissions à peine l’histoire puisque ni lui, ni moi ne goûtions le cinéma « nouvelle vague ».

Nous restâmes en arrêt devant l’affiche. Nos regards se croisèrent, un sourire malicieux apparu sur son visage, sourire auquel le mien, tout aussi malicieux répondit. J’ai toujours aimé cette complicité entre nous.

– Je connais un endroit où se cacherait peut-être une enfant sauvage…

– Ah bon ? Et tu ne l’as dit à personne ? Tu n’as pas rendue publique cette information surprenante ?

– Ben… comme je ne suis pas certain de la trouver…

– … il faudrait que tu demandes l’aide d’explorateurs avisés, c’est ça ?

– Mais quelle bonne idée ! Accompagne-moi, je te montrerai où je crois pouvoir la débusquer !

Nous avons roulé une bonne poignée de minutes, puis Christian gara sa voiture à l’orée d’une forêt. Je le suivais avec une étrange impression de déjà vu, j’aurais pourtant parié n’y être jamais venue.

– Nous marchons sur les traces de nos aïeux !

Alors, je me souvins d’un récit de Bonne-Maman, j’étais stupéfaite de la précision de ses descriptions ! 

Nous nous enfonçâmes un peu, puis, trouvant l’endroit idéal, je me déshabillai. J’étais un peu trop propre pour une créature sauvage et surtout trop bien coiffée. Christian y remédia en me faisant m’allonger sur le sol. Écartant mes cuisses, il goûta mon sexe, ses mains puissantes sur mon ventre m’interdisant toute ondulation, il me connaissait déjà assez pour savoir que le plaisir me ferait rouler la tête de droite à gauche et de gauche à droite.

Je me sentais sur le point de mourir tant sa langue était diabolique ! Il m’amenait aux portes du Paradis, mais m’en refusait l’accès. Je lui criais, je le suppliais de me faire jouir, avec pour toute réponse « Tu n’es pas assez décoiffée ! »

Quand mes cheveux furent assez emmêlés à son goût, il me fit jouir de sa bouche, prit un peu de terre humide, il y avait eu un orage la veille, m’en macula les seins, le ventre, les joues, les cuisses, un léger attouchement entre elles « pour le plaisir » ramassa mes vêtements « Allez, file te cacher, sauvageonne ! » et partit chercher les explorateurs.

Je le regardai s’éloigner, toute vibrante d’excitation, me dissimulai non loin de là. Pendant la demi-heure qui suivit, j’affinai mon apparence de sauvageonne, je grattai le sol pour que de la terre se glisse sous mes ongles, je frottai mes pieds au sol pour qu’ils paraissent usés et salis par de longues marches en pleine nature, je me roulai par terre pour que des brindilles, des morceaux de feuilles séchées se fixent dans mes cheveux, marquent ma peau, s’y collent.

Je reconnus le sifflement de Pascal, un des hommes dont j’avais fait la connaissance après le feu d’artifice du 14 juillet. Quand il me « découvrit »,  je mimai la surprise et la curiosité. Il joua le jeu, me tendit la main, puis m’ouvrit ses bras quand j’approchai de lui. Je m’y blottis et fis semblant de chercher à reconnaître son odeur, en le reniflant dans le cou, sous les aisselles, entre ses cuisses. Bon sang, ce qu’il bandait fort ! 

– C’est ça que tu veux, créature ?

Il retira son pantalon, son slip et je me mis à le flairer comme si j’étais une bête, plus j’expirais avec mon nez, plus je l’excitais. Il me caressait les cuisses, les seins, le ventre, les fesses, prenait ma main pour m’indiquer où je devais le caresser en retour, et comment je devais le faire.

N’y tenant plus, je me mis à quatre pattes devant lui et ondulait de la croupe, comme si je cherchais à lui faire comprendre ce que je voulais. Quand il me pénétra, il siffla de ravissement. J’imitai son sifflement. Il s’enfonça, se retira. Je sifflai de nouveau, me cambrant davantage. Il me pénétra plus lentement, plus profondément, plus rudement aussi, ses mains crispées sur mes épaules descendirent sur mes seins, les caressèrent, puis, à nouveau, il se retira tout à fait. Je sifflai, j’ondulai. Pourquoi sortait-il de moi alors que j’en avais aucune envie ?

Je me cambrai tant que je dus poser mon front contre le sol pour ne pas tomber. Il siffla et me pénétra, d’un coup, ses mains à nouveau sur mes épaules. Je sentais ses ongles déchirer ma peau. Je crispai mes doigts, m’accrochant ainsi au sol. Je me mis à grogner et mon ectoplasme s’éleva, me restituant la scène que je ne pouvais voir. Pascal, agenouillé derrière moi, qui me baisait comme s’il voulait me dompter, moi qui me soumettais. Je distinguai, entre les branches des arbres, Alain et le notaire, qui se tenaient à l’écart et regardaient la scène en spectateurs avertis. 

Forte de cette vision, je relevai la tête et commençai à humer l’air dans leur direction, comme un animal sauvage cherchant à deviner si la présence qu’il perçoit est inquiétante ou ne l’est pas. Mes grognements se firent aguicheurs. Pascal allait et venait en moi, tout en souplesse et en habileté. Il avait lâché mes épaules pour m’attraper les cuisses et les maintenir serrées. Je sentais chaque relief de son sexe coulissant dans mon fourreau humide. 

Mes cris allaient du gémissement plaintif au grognement de plaisir. Pascal sifflait toujours. Nos spectateurs s’approchèrent. Alain sortit son sexe de son pantalon et s’allongea de telle façon que je ne pus résister à l’envie de le sucer. Je ne comprenais pas d’où me venait toute cette salive, mais comme elle était la bienvenue ! 

Le notaire me touchait doucement le dos du bout des doigts, comme on cherche à rassurer un animal sauvage. « Elle vient ! Elle vient ! ». Je jouis avec une violence rare et Pascal continua ses mouvements, variant leur amplitude au gré du plaisir qu’il souhaitait nous faire prendre. 

Je sentais mon ventre se gorger de jouissance. « C’est bon de te baiser comme la bête que tu es ! »  Quelques coups de reins encore, ses mains agrippées à mes épaules, m’obligeant à relever la tête, son sexe au plus profond de moi « Tu sens mes couilles se vider dans ta petite chatte ? » Oh que oui ! Je les sentais vibrer, j’étais au-delà de l’animalité, comme touchée par une grâce qui me reliait à chaque cellule de son corps, comme si nous ne faisions plus qu’un ! Quand il se retira, d’un coup sec, je sentis tout ce plaisir accumulé au plus profond de moi jaillir telle une source magique.

Le notaire me prit par la main et m’allongea sur une petite butte de terre et de feuilles mêlées. « Je vais te montrer comment font les hommes civilisés ». Il posa mes mollets sur ses épaules, introduit son gland dans mon vagin, me caressa délicatement les seins et me pénétra au même rythme qu’il se penchait vers moi pour m’embrasser. 

Quand sa langue s’enroula autour de la mienne, je sentis son sexe gonfler et durcir davantage. Je compris qu’elle y avait trouvé le goût d’Alain. Je lus dans son regard la crainte que je le révèle. Avec douceur, mes yeux lui promirent de garder le secret aussi longtemps qu’il le souhaiterait. 

Il m’embrassa ainsi, allant et venant en moi, jusqu’à ce que le goût d’Alain disparaisse tout à fait. Puis, tout en me faisant l’amour, parce que c’est ce qu’il faisait ce soir-là, il ne me baisait pas, mais me faisait réellement l’amour, il me lécha, me téta le sein.

Je tournai mon visage vers Alain et poussai une série de petits cris plaintifs d’animal, grattant le sol de ma main. Il comprit et s’approcha de moi. « Mais c’est qu’elle aime sucer ma bite, la bougresse ! ». Je le suçai avec un plaisir décuplé, le regardant puis regardant le notaire qui jouit puissamment en me traitant de diablesse.

Alain me souleva de la butte, me prit dans ses bras où je me lovai, le nez fiché au creux de son cou, il me cajolait doucement, comme on le fait à un animal blessé qu’on s’apprête à recueillir. Puis, il me posa à terre où je me recroquevillai en poussant des petits cris pour quémander d’autres caresses. Il rit de bon coeur « Où as-tu mal, petite créature ? » et entreprit de m’examiner attentivement.

De nouveau à quatre pattes, je me laissais aller à son observation, j’aimais sa façon de fourrer ses doigts dans ma bouche, dans mon vagin, j’aimais la manière avec laquelle il écartait mes fesses, tel un abricot qu’on ouvre en deux avant de s’en régaler. Je devenais folle de désir et il en jouissait à l’avance.

Je m’offrais à sa vue en toute impudeur, quand je sentis son gland à l’entrée de mon vagin, je me cambrai davantage…

– Si tu gigotes ainsi, je vais…

Il laissa sa phrase en suspens, comme surpris de ce qu’il croyait comprendre, ses mains tremblaient d’excitation quand il écarta mes fesses, pour vérifier.

– … Ô, pute vierge, mais c’est ce que tu veux !

Il invita ses « collègues » à venir constater combien mon anus était souple, se servant de ce qui coulait de mon vagin, il lubrifia mon petit trou et me sodomisa pour la première fois. Je me sentais me dilater, m’ouvrir pour accueillir ce membre qui m’emplissait. J’eus une pensée pour Catherine et me souvins de nos conversations, sur le manque de cette sensation, qu’elle avait enduré pendant ces longs mois où elle s’était tenue à l’écart du plaisir.

Alain allait, Alain venait, je bramais mon plaisir comme on tousse d’avoir trop attendu pour respirer. Au creux de mes reins, les rayons obliques du soleil couchant me réchauffaient comme une couverture de lumière réconfortante.

– Comme je suis bien dans ton cul… comme j’y suis bien ! Ô, pute vierge, comme il est… BON !… ton petit cul !

Pascal qui, tout à l’heure, s’était approché pour constater mon désir, s’était agenouillé devant moi, je le suçais, comme possédée par la déesse du plaisir. Je décollai encore pour admirer la scène. J’entendais à la fois depuis le sol et dans les airs, le dialogue de ces hommes et je voyais la façon dont Alain s’y prenait, gravant à tout jamais dans ma mémoire l’ampleur, le rythme de ses va-et-vient.

– Au plus tu l’encules, au mieux elle me pompe !

S’adressant au notaire, Alain lui demanda « Vai ! Écarte-moi ses fesses, que je régale mes yeux aussi ! ». Quand il obéit à cet ordre, mon ectoplasme se rapprocha davantage, je voyais les veines sur la queue d’Alain qui semblaient luire, étinceler de mille feux. Je remarquai aussi le sexe du notaire prendre du volume, son regard allait d’Alain à mon derrière. Je me demandai ce qui le faisait bander ainsi, mon cul ou la queue d’Alain, cette queue précise, allant et venant. Il dit quelque chose à Pascal que je ne compris pas, mes oreilles bourdonnaient du plaisir que je prenais.

Pascal se servit de ses mains pour écarter mes fesses, ainsi les trois pouvaient admirer le spectacle. Je déglutis sa queue et l’avalai toute entière quand il se pencha en avant. Alain allait et venait, observant alternativement ce qu’il me faisait, Pascal se faisant sucer, mais son regard me sembla plus ambigu quand il se posa sur le notaire en train de se branler. Se posait-il la même question que moi ? 

« Regarde comme elle se cambre ! Ô, pute vierge, que je suis bien ! Ô, pute vierge… elle me fait venir ! Dis, tu le sens comme c’est bon ? Ô, pute vierge… ! Je viens… je viens… je VIENS ! Ô, pute vierge ! Ton cul… ton joli petit cul… il va dé… ton joli petit cul… il va déborder… Ô, put… il déborde de… de mon… de mon foutre bouillant… ! »

Comme si son orgasme avait donné le signal, le notaire éjacula sur mon sillon en regardant le sexe d’Alain sortir de moi. Mon ectoplasme réintégra mon corps à l’instant précis où Pascal explosa dans ma gorge, me noyant à demi.

Au moment de reprendre la route, je réalisai qu’il me faudrait faire le trajet totalement nue, ce qui m’émoustilla un peu. Sortie de je ne sais où, une laisse fit son apparition. Comme pour s’en convaincre lui-même, le notaire expliqua que les bruits de la civilisation risquaient de m’effrayer, entraînant ma fuite et la cavalcade dans les rues du village. Il était préférable que tous ignorent mon existence tant qu’on n’aurait pas décidé que faire de moi. Il attacha le collier autour de mon cou, Pascal essuya les plus grosses taches de boue.Alain prit le volant, Pascal à ses côtés, je me recroquevillai sur les genoux du notaire, qui me caressait les cheveux « Brave petite sauvageonne… brave petite… »

En chemin, j’appris qu’il me conduisaient chez « qui de droit, celui qui saura que faire d’elle ». À l’entrée de la petite ville, où demeurait encore Catherine, Pascal sortit de la voiture et rentra chez lui en sifflotant joyeusement. Le notaire descendit un peu avant l’entrée du village et je finis le trajet, couchée sur la banquette arrière. Quand Alain gara sa voiture devant chez lui, je remarquai de la lumière chez Nathalie.

En sortant de la voiture, tenue en laisse par Alain, il me sembla reconnaître son rire et celui plus léger de Bonne-Maman.

Alain toqua à la fenêtre.

– Docteur, venez voir ce que nous avons trouvé !

Christian apparut, ouvrit la porte, nous fit entrer.

– Quelle étrange créature…

– Je crois qu’elle est blessée… elle saigne blanc de partout…

– De partout ? !

– Oui… De partout… si vous pouviez faire quelque chose pour elle…

Il me fit asseoir sur les cuisses d’Alain, lui conseillant de me caresser les seins pour me rassurer. Enfin, il s’approcha et commença son auscultation.

– Voyons ça… Oh, la bougresse… ! Elle ne me laisse pas faire… Occupe-lui les mains pendant que je l’ausculte…

La douceur du sexe à nouveau dur d’Alain dans le creux de ma main, me fit pousser un soupir de soulagement. Tout en sifflant d’admiration, Christian commença ses attouchements, en regardant de près mon minou et mon derrière dégoulinants. Je fermai les yeux, sachant déjà que ce plaisir incroyable, à la limite de la folie, que j’avais pris avec ces trois hommes, n’était qu’un avant-goût de celui que nous allions nous offrir sous les yeux d’Alain

Les mois ont passé, le jour du mariage s’approche à grands pas