Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Le bonheur est souvent à portée de la main quand on veut le trouver.

Le 18 janvier 2019

Mon petit Lucas,

Tu voulais savoir en quoi Cathy m’avait aidée à m’affranchir de ma plus grande crainte. L’affaire s’est passée en plusieurs étapes, comme des petits cailloux, des détails sans importance, qui finalement t’indiquent le chemin vers le bonheur, vers l’épanouissement.

Comme je te l’ai déjà raconté dans ma troisième lettre, quand j’étais enceinte de Julien, son père a cessé de me désirer, mon corps déformé par la grossesse était devenu répulsif. J’avais mis du temps à l’accepter après mon accouchement, je savais ce qu’il m’en avait coûté et je savais que je n’étais pas assez forte pour endurer à nouveau cette épreuve.

Toi qui rêves d’être médecin, toi qui es très curieux de la psychologie et de tout ce qui se joue dans la tête de chacun, tu connais certainement l’expression acte manqué et ce que ce terme implique.

Dès notre retour sur Paris, j’ai commencé à oublier de prendre ma pilule, un oubli le premier mois, quatre oublis le second, aucun oubli le troisième, mais dès septembre et la rentrée scolaire, mes oublis furent si fréquents que je dus envisager un autre moyen de contraception.

Martial me voyait préoccupée, mais je refusais de lui en donner la raison. Quels idiots nous étions alors ! J’étais idiote de penser que mes tourments “purement féminins” ne le concernaient pas. Il était idiot de croire que ma mélancolie, mon humeur en montagnes russes étaient dus à sa proposition d’emménager ensemble. Mais comment aurions-nous pu deviner ?

Pour cela, il aurait fallu que nous communiquions, que nous nous parlions… ce que nous fîmes, enfin !

Julien était chez son père, nous avions un long week-end devant nous, un long week-end en amoureux. Martial me le fit remarquer avec son sourire coquin, son sourire auquel j’avais du mal à résister. Je lui fis une remarque cinglante pour l’informer que nous ne pourrions pas coucher ensemble. Il me regarda, surpris. J’éclatai en sanglots.

 Pas avant mes prochaines règles…

– Tu as… un problème ?

– Je m’en veux tellement… je ne sais pas pourquoi, mais depuis quelque temps, je me trompe en prenant ma pilule, je ne sais même plus faire ça ! Tu te rends compte ? Même ça, j’en suis incapable !

– Et c’est pour ça que tu es toute triste ? Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ? J’aurais pu te le rappeler !

– Mais… je ne veux pas t’imposer ça, c’est pas ton rôle !

– Comment ça c’est pas mon rôle ? Tu penses que je ne serais pas un peu concerné si tu tombais enceinte ? Tu ne crois pas qu’être en couple, c’est avant tout s’épauler ?

En fait, non ! Je n’avais jamais pensé qu’un homme puisse se sentir responsable de la contraception. J’avais été élevée, je vivais dans un monde où c’était aux filles de prendre les choses sous leur aile, de faire attention et d’assumer la grossesse dans le cas contraire. Je baissais la tête pour qu’il ne lise pas cet aveu dans mes yeux. Je pris une profonde respiration et dis d’un trait :

– Je me demande si je ne vais pas me faire poser un stérilet, j’ai eu un enfant, je pense que ça sera possible… comme ça… je n’aurais plus à redouter les oublis, mais… il paraît que ça fait super mal les premiers mois… et j’ai pas envie d’avoir un stérilet, si je ne peux plus coucher avec toi parce que j’ai trop mal au ventre… Voilà… je ne sais pas quoi faire… C’est pour ça que je m’énerve pour un rien sur Julien, sur toi… C’est pour ça que je prépare souvent des plats avec des oignons… pour avoir une bonne excuse pour pleurer…

Je ne connais pas le nom de l’artiste qui a dessiné cette œuvre, merci de me le donner si vous le connaissez !

Je voulus me réfugier dans la chambre pour pleurer enfin de tout mon saoul, mais Martial me rattrapa au vol. Blottie dans ses bras, j’éclatai en sanglots et me mis à pleurer comme une Madeleine. Martial caressait, embrassait mes cheveux.

– Mon amour ! Je croyais… j’étais sûr que tu ne savais pas comment me dire que tu ne voulais pas vivre avec moi… Que la perspective de notre mariage t’avait fait réfléchir et que… tu ne me jugeais pas digne de partager ta vie…

Mes pleurs cessèrent immédiatement, je relevai la tête pour le regarder droit dans les yeux, la voix entrecoupée par des hoquets de sanglots, je lui reprochai : Dis pas n’importe quoi ! Quelle femme serait assez stupide pour laisser filer un homme comme toi ? Tu es parfait !”

Martial éclata de son beau rire “Existe-t-il plus belle déclaration d’amour, ma chérie ? Je suis sûr que non !” et nous décidâmes de nous octroyer un week-end hors de Paris. Nous prîmes le train pour la Normandie, Martial estimant qu’il était temps pour lui de me présenter à sa famille. J’avais le trac de ne pas être à la hauteur.

– Je ne vois pas pourquoi tu ne le serais pas. Je sais qu’ils vont t’aimer, ça ne fait aucun doute !

– C’est toi qui le dis…

– Et quand bien même ? S’ils ne t’aimaient pas, mais je t’assure que c’est impossible, quelle importance ? Puisque moi, je t’aime !

Cet argument finit de me convaincre. Dans le train qui nous menait vers Avranches, Martial me tendit une grosse enveloppe, elle contenait la photocopie du cahier de Bonne-Maman. Ça faisait des mois que je voulais le lire, mais ils s’étaient tous ligués contre moi et avaient laissé le soin à Martial de décider à quel moment je serai prête à découvrir ces révélations. Je le lus d’une traite, imaginant les situations puisque je connaissais plusieurs des personnages. J’avais un peu de mal à me les représenter jeunes, mais je fus emportée par la lecture.

– Tu connais Montchaton ?

– Euh… non ! Mais si ma famille s’est réinstallée à Avranches, n’oublie pas que je suis né à Paris et que j’y ai toujours vécu. Avranches, c’était la ville de mes grand-parents. Leur mort, l’augmentation des loyers parisiens, la possibilité pour mon père de travailler à peu près partout, c’est ce qui les a incités à emménager là-bas… il y a quelques années seulement… alors non, Montchaton… je ne connaissais pas !

– On pourra y aller ?

– Pourquoi pas ? Et si on n’a pas le temps ce week-end, on ira une prochaine fois !

J’avais décidé de faire confiance à Martial et ne me demandais plus comment faire pour plaire à ses parents, mais de me présenter telle que j’étais. Si leur fils qui m’aimait avait décidé de me présenter à eux, ils devaient savoir pourquoi. Notre première rencontre donna le ton de nos relations jusqu’à leur mort. Je m’étais imaginé que ce serait une petite bonne-femme qui nous accueillerait sur le pas de sa porte, son mari grand et fort derrière elle, tenant les chambranles comme s’il interdisait l’entrée de son foyer. J’avais complètement oublié qu’ils avaient l’un comme l’autre passé l’essentiel de leur vie à Paris !

Le père de Martial ouvrit la porte et nous invita à entrer, tout simplement. Regrettant juste de ne pas avoir été prévenus plus tôt, parce qu’ils auraient souhaité me recevoir dignement.

Je me sentis immédiatement à l’aise chez eux, comme si j’avais toujours vécu dans cette maison. Je savais où se trouvait chaque objet parce qu’il n’aurait pas pu se trouver ailleurs. Je ne sais pas si je parviens à t’expliquer ce que je ressentais.

Nous étions au beau milieu de l’après-midi, ils n’avaient pas grand-chose à nous proposer pour accompagner la discussion. Sa mère, un peu contrite, nous proposa timidement un chocolat, Martial s’écria “Mais quelle bonne idée ! Maman, Sylvie adore ta recette de chocolat chaud !”

– Sylvie est jolie comme un cœur, gentille comme tout et en plus elle aime mon chocolat ? Mais elle n’a donc aucun défaut ?

– Hélas, maman… je dois t’avouer… Sylvie est… bretonne…

Il finit sa phrase, plié en deux, à bout de souffle, tant cet aveu lui avait été difficile à confesser.

– Bretonne ? ! Mon père a des grand-parents bretons ! Ses parents sont nés à Paris ! Tout ce dont je me souviens de la Bretagne, c’est qu’il y a des plages magnifiques, que la mer y est tourmentée à cause du vent et des rochers, et qu’il y pleut tout le temps, mais qu’il ne faut pas dire que c’est de la pluie, mais qu’il faut dire que c’est du crachin et en cas de pluie, que c’est une simple ondée.

– Bretagne ? Es-tu sûre de parler de la Bretagne ?

– Ah si ! Sûre et certaine ! Je peux même vous dire de quel endroit en Bretagne !

– Et quel est cet endroit en Bretagne ?

– Mon père l’appelle « le Mont Saint-Michel » !

À ces mots, les yeux des parents de Martial s’illuminèrent.

– Hou ! Comme je vais t’aimer ma petite ! Hou ! Comme je t’aime déjà !

Nous nous serrâmes dans les bras l’une de l’autre. Pendant que le père de Martial partageait son bonheur avec son fils.

– Je suis pressé de la voir grosse de toi, ta jolie petite femme !

La mère de Martial se tourna vers son mari. Le reprit.

– Enceinte de toi ! On ne dit plus « grosse », on dit « enceinte » !

– Enceinte ? Et pourquoi donc ? On dit bien qu’on engrosse une fille, non ?

– On la met enceinte, on ne l’engrosse pas !

 Ça y est ! C’est parti ! Bienvenue chez mes parents, ma chérie !

– Non ! Bienvenue chez toi, Sylvie !

S’ils connaissaient mon existence, les parents de Martial ignoraient à peu près tout de moi, préférant attendre de me rencontrer pour qu’on puisse nous poser toutes les questions qui nous viendraient à l’esprit. Aussi, j’en savais très peu sur eux. Si ce n’est que sa mère était d’origine normande, que son père venait de Côte d’Ivoire et qu’il était resté en France après la guerre pour épouser la jeune fille qu’il avait mise enceinte et dont il était fou amoureux.

Martial avait été l’enfant qui avait permis à son père de ne pas retourner dans ce pays où il n’aurait été qu’un indigène parmi des millions, une sorte d’esclave dont on refuse d’avouer l’état. En France, la possibilité d’une vie meilleure s’ouvrait à lui. Sans Martial cette vie n’aurait même pas pu être envisagée. Ses parents lui en avaient toujours été reconnaissants. Ce n’est pas son statut d’aîné qui lui avait attribué cette place particulière dans sa fratrie, c’était parce qu’il resterait à jamais l’enfant qui avait permis que tout ceci soit possible.

Martial m’avait longuement expliqué comment avoir grandi avec cette certitude lui avait conféré une force incroyable, une confiance en lui à toute épreuve. Cette même assurance qui lui avait permis de me demander en mariage dès notre deuxième nuit ensemble, sans avoir à se demander si c’était une erreur, parce qu’il savait, parce qu’il a toujours su se faire confiance. Et son instinct ne l’a jamais trahi.

Pendant ce week-end, nous apprîmes à faire connaissance, cela reste un de mes plus beaux souvenirs. Je leur parlai de mon divorce, de Julien. Le père de Martial me reprocha de ne pas avoir de photo de mon fils dans mon portefeuille. Son épouse haussa les épaules en secouant la tête “Elle est assez physionomiste pour le reconnaître, son gamin ! Elle n’a pas besoin d’avoir une photo sur elle !”

Elle souriait et la façon dont elle a regardé son époux m’a immédiatement fait penser à la façon dont Rosalie regardait Valentino. Pourtant, Rosalie avait 75 ans alors que la maman de Martial n’en avait que cinquante !

Ils nous invitèrent à amener Julien avec nous la prochaine fois, pour faire connaissance. Je me sentais tellement à l’aise… la maman de Martial voulut noter des petites choses comme ma date d’anniversaire, celle de Julien, ma couleur préférée, celle que je détestais, ce que j’aimais manger, ce que je n’aimais pas… bref, tout ce qu’elle ne voulait pas oublier…

– Ma petite, passe-moi donc mon carnet… et un crayon !

J’ouvris le tiroir et lui tendis ce qu’elle m’avait demandé.

– Mais… mais… mais comment t’as su, chérie ? Comment t’as su ?

– Tu l’as trouvée, Martial ! Tu l’as trouvée, ta moitié !

Je n’avais pas réalisé que personne ne m’avait indiqué où se trouvait le carnet, le crayon et je les avais trouvés du premier coup ! Certes, c’est moins impressionnant que l’ectoplasme de Monique, mais quand même !

Les parents de Martial évoquaient avec joie les enfants que je donnerai à Martial. J’ai parfaitement conscience qu’à tes yeux d’enfant du 21ᵉ siècle, cette formulation est choquante, mais ce n’était pas le cas à l’époque. C’était tout simplement une façon de me souhaiter la bienvenue dans leur famille. Je voulus botter en touche en répondant que j’avais envie d’être encore séduisante quelque temps avant d’envisager une grossesse. Le père de Martial eut un sursaut de surprise.

– Mais qu’y a-t-il de plus séduisant qu’une femme enceinte ? Surtout quand elle est enceinte de tes œuvres !

Il m’a expliqué son point de vue, l’émotion en pensant à cet enfant qui grandit dans le ventre de sa femme, la douceur de la peau. Ne voulant pas me choquer, il eut un sourire évocateur. J’étais troublée par l’éclat de son regard quand il se souvenait des grossesses de son épouse, de son corps quand elle était enceinte. La discussion dériva vers d’autres sujets, mais le papa de Martial avait semé une graine d’espoir dans mon esprit, il ne manquait presque rien pour qu’elle germât.

Dans les jours qui suivirent ce week-end, j’appelai Monique à son travail. Pourquoi Monique ? Je n’en sais rien, peut-être parce que j’étais toute seule dans le bureau, peut-être parce que j’avais le Bottin Administratif devant les yeux, peut-être parce qu’elle affirmait avec force et conviction son propre désir de ne pas avoir d’enfant… peut-être un mélange de toutes ces raisons. Je lui racontai ma rencontre avec les parents de Martial, elle était ravie que tout ce soit bien passé, mais elle était un peu étonnée qu’il nous ait fallu attendre presque 9 mois avant de le faire.

Je ne sais pas si son ectoplasme s’est projeté jusque dans mon bureau, quoi qu’il en soit, elle a senti quand je me suis crispée à l’évocation du temps qu’il nous avait fallu et le rapprochement avec la durée d’une grossesse. Elle me demanda d’un ton incrédule si c’était pour lui annoncer cette nouvelle que je l’appelais.

Je la détrompai en lui parlant des doutes qui m’assaillaient, de mon envie croissante qui se heurtait au mur de mes craintes les plus profondes. L’envie et l’angoisse étant tout aussi viscérales. Pour toute réponse, Monique me proposa de venir passer les vacances de la Toussaint avec eux.

Quand je lui expliquai que je devrais voir avec le père de Julien pour qu’il le garde la durée de ce séjour puisque le calendrier me le confiait pendant cette période, elle me dit, comme une évidence “Mais amenez-le avec vous ! Qu’il connaisse un peu la douceur provençale !” et semblant deviner mes dernières réticences “Ça nous permettra d’occuper les vieux pendant ce temps-là !”

Le goût de la plaisanterie et du rire est probablement la première passion commune que Monique et moi nous sommes découverte. Nous avons mis un certain temps à ne plus être surprises de rire des mêmes choses, de celles qu’une fille, qu’une femme n’est pas censée apprécier.

En avoir parlé avec Monique, d’avoir réussi à mettre des mots sur tous ces sentiments contradictoires me permit d’engager le débat à ce sujet avec Martial. Il comprenait que je puisse avoir de telles craintes, mais il ne voulait pas m’influencer. « Je sais que tu resteras toujours autant désirable pour moi. Je sais que je ne te trouverai jamais difforme. Mais si je sais tout ça, je ne peux pas t’en apporter la preuve. La décision te revient, mais dis-toi que quel qu’elle soit, la bonne décision sera celle que tu auras choisi de prendre ! »

J’aimais ces longues nuits où nous en parlions, où ses mains couraient sur mon corps, redessinant du bout de l’ongle les contours de mes vergetures qui m’avaient si longtemps complexée. Il n’en avait pas conscience quand il l’avait fait la première fois. J’avais voulu arrêter sa main, la faire glisser vers mes fesses, mais il avait regretté la sensation sous ses doigts… et prenant un accent africain, la caricature de celui de son père, il avait évoqué les traditions de scarification de ses ancêtres, la coutume…

C’était tout au début de notre relation, il avait lui aussi besoin d’évacuer cette trouille, celle de n’être que le bon sauvage, le sauvage savant, comme on dit « singe savant »… Tu sais que nous avons fait notre vie ensemble, tu sais que ses origines n’ont jamais posé le moindre problème ni à mes parents, ni au reste de ma famille, mais quand il a dit ces mots, ni lui, ni moi n’en savions rien ! Nous apprenions à nous découvrir l’un l’autre.

J’aimais ces longues nuits où nous parlions, où mes lèvres agaçaient son torse. Ces nuits où j’évacuais mes craintes en les verbalisant, comme une liste sans fin dont chaque item s’effaçait l’un après l’autre. L’idée germait en moi avec de plus en plus d’assurance et de certitude. Mais il fallut ce séjour pour que les choses s’accélèrent.

Cathy avait accouché de Bastien le 5 juillet, pendant notre séjour au village. L’avantage de la maison de Toine, c’est qu’elle est très grande, comme tu as pu le constater, avec ses 6 chambres, il n’était pas bien difficile de nous loger. Nous y avions passé 15 jours merveilleux avant de remonter vers la Corrèze où nous avions retrouvé Julien chez ses grands-parents paternels.

J’avais hâte de la revoir, de voir son bébé, de constater l’état de sa libido, de vérifier qu’elle n’avait pas perdu de ses charmes et de ses atouts auprès de ces messieurs. Tu vois, elle avait déjà commencé à m’aider ! Ce mois me parut durer des années et en même temps, le jour du départ, j’ai eu l’impression d’avoir appelé Monique la veille seulement… !

Quand Alain vint nous chercher à la gare, ce n’était plus du tout le même homme que celui dont j’avais fait la connaissance six mois plus tôt ! Jamais une paternité n’aura embelli un homme autant que pour Alain. Une autorité toute en souplesse et en décontraction. Julien l’a immédiatement adopté, il fut un temps où quoi qu’on lui demande, il répondait « Comme Alain ! »

Sur le trajet jusqu’au village, il n’arrêtait pas de parler « Je profite de l’absence de Cathy pour vous parler un peu, parce que depuis la naissance de Bastien… pfoui… on ne peut plus l’arrêter ! Elle ne parle que de lui, du petit, de comment il est beau… Je peux plus en placer une ! » , ce qui nous amusa le plus, c’est de constater que pendant cette petite heure, il ne parla que de Bastien, de comment il était beau, que même ses petites mains… et vous verriez ses petits orteils… etc. !

Pendant le repas, je n’avais qu’une hâte que Julien soit couché, sous la garde des anciens et de pouvoir enfin parler avec Cathy, la regarder… Elle était resplendissante. Quand nous fûmes enfin entre adultes, nous évoquâmes les suites de sa maternité, la reprise de son activité sexuelle « Qué « reprise » ? Pour ça, il aurait fallu qu’il y ait eu arrêt ! ». Je réalisai enfin que mon expérience malheureuse m’avait fait oublier que j’étais présente la nuit qui a précédé la naissance de Bastien, que nous avions partouzé et que Cathy nous avait rejoints lors de notre dernière nuit, soit le lendemain de son retour de la maternité ! Tu te rends compte de la puissance de l’oubli quand le cerveau a décidé d’occulter ce qui pourrait ébranler tes certitudes ?

Quand je la vis nue, entièrement nue, quand elle m’invita à constater que les changements de son corps n’altéraient en rien sa séduction, le désir enflamma mon être tout entier. Je voulais lécher, sucer ses magnifiques seins aux aréoles idéalement brunes, je voulais caresser son ventre adorablement arrondi, ses hanches n’étaient pas plus large qu’avant sa grossesse, d’après les dires de ceux qui la connaissaient avant, sa taille ne s’était pas épaissie, elle était d’une sensualité sculpturale, une divinité de l’amour… J’étais troublée de la désirer avec tant de violence, avec une violence qu’elle ne m’avait jamais suscitée auparavant.

Je regardai Monique minauder avec son Titi parisien, il la taquinait en refusant de parler pendant qu’elle le déshabillait tout en l’aguichant… J’aimais la façon qu’il avait de lui sourire… « Non, non, non ! » et Monique semblant se désintéresser de son sexe, faisait rebondir son index tendu sur le ventre rebondi de ton grand-père… « Boïng ! Boïng ! » et elle riait !

C’est étrange comme on oublie de raconter ces moments de rire et de gaieté pure dans les récits d’orgies… Nous étions au début d’une soirée de partouze, pour autant, nous prenions le temps de prendre notre temps, de rire, d’aller boire un coup, de grignoter, de parler, tout en regardant ce que faisaient untel ou untel, unetelle et unetelle, en se joignant à eux ou pas…

Ce soir-là, je regardai Monique quelques instants, avant de sentir les mains de Christian me caresser… il m’enjoignait à continuer mon flirt avec Cathy… il aiguillonnait mon désir en me disant à quel point il me trouvait excitante quand je la caressais… comme il bandait dur en me voyant sucer ses seins… J’étais enivrée par l’atmosphère qui régnait… J’entendis comme dans du coton, le gloussement de Madame, quand elle arriva avec Le Notaire son mari…

Je voulais jouir de l’excitation que je pouvais susciter… aussi, je demandai à Christian de continuer de me caresser tout en me disant ce qu’il voudrait que je fasse avec Cathy. Je crois que les battements de mon cœur étaient si forts, quand je prononçai ces mots, qu’ils auraient pu déchirer mes tympans !

Pour la première fois de ma vie, je ne me contentais plus d’être une participante enthousiaste, mais j’osai enfin exprimer mon désir. En l’occurrence, celui d’exciter un homme en prenant mon pied avec la femme qu’il baiserait quand elle aura joui de moi et qu’il m’indique comment il veut que je m’y prenne et qu’il n’oublie pas de me faire jouir ! Trois ans avant, j’ignorais que j’avais un clitoris et j’étais désormais tellement à l’aise avec mon corps, tellement à l’aise dans ma relation avec Martial, avec nos amis provençaux, que je pouvais verbaliser ce désir ! Tu te rends compte ?

Quand Christian voulut me pénétrer, j’eus un sursaut et lui expliquai que non, pas ce soir. Je n’avais pas de contraception et lui racontai brièvement mes interrogations. Cathy, tout en me demandant de ne pas cesser mes caresses, me dit « Et le diaphragme ? Tu n’y as pas pensé au diaphragme ? » Bien sûr que si, j’y avais pensé, seulement, j’avais peur de mal le poser et je n’aurais pas eu l’esprit tranquille. Cathy me dit alors que c’était dommage parce que si j’en avais eu un, elle aurait pu m’indiquer comment le poser, les sensations et tout.Christian avisa les participants de mon « indisponibilité momentanée pour défaut de contraception » ce qui fit râler Alain et Le Balafré « Déjà que Cathy est indisponible… pfff… pauvres de nous… il ne nous reste que Monique et Madame… pfff… c’est pas une vie ! » Surprise, je demandai la raison de l’indisponibilité de Cathy, Christian eut un ricanement enfantin et malicieux « Hin. Hin. Hin. C’est parce que c’est mon tour ! ».

Cathy avait tellement aimé être enceinte, accoucher, elle était si heureuse dans sa maternité qu’elle avait souhaité avoir dès que possible son deuxième enfant. Depuis la fin de son retour de couches, mi-octobre, seul Christian couchait avec elle. Mais comme elle l’avait fait précédemment, elle prenait du plaisir avec ses autres amis, et avec Alain, mais sans pénétration vaginale.

Martial délogea Christian de mon dos « Tu permets ? » et me fit un clin d’œil.

– Et moi ? Je peux ?

Si tu veux prendre le risque de me mettre enceinte…

– Ah non ! Je ne veux pas prendre le risque de te mettre enceinte, je veux saisir la chance que tu me fasses un enfant… Nuance !

Monique parlait avec Madame et Jimmy qui venait d’arriver. Alain jouait au maître de maison en débarrassant le nouveau venu de ses vêtements désormais inutiles, le Balafré et le Notaire étaient trop loin, aucun d’entre eux n’entendit cet échange, mais Cathy et Christian en étaient bouleversés. Souvent Monique m’a dit qu’elle regrettait de ne pas l’avoir entendu. Martial me pénétra en narguant Christian « Tu sais pas ce que tu manques ! Regarde ce qu’elle aurait pu t’offrir, ma Sylvie, si tu étais à ma place ! Regarde comme tu pourrais la faire vibrer ! »

Il savait que Christian était candauliste, il connaissait la particularité de son ami, pourtant, ce n’était pas pour l’aider à bander assez dur pour pénétrer Cathy qu’il lui a dit ces mots. Non ! Il les a dits à Christian, comme il les aurait dits à n’importe quel autre homme qui aurait voulu me baiser ! C’est aussi ça, la force de notre amitié.

Christian faisait l’amour à Cathy, pendant que Martial me le faisait. De temps en temps, j’embrassais Cathy. Nous nous caressions, comme je caressais également le corps de Martial. J’aimais que d’autres me regardent jouir, j’aimais réellement m’exhiber devant nos amis. J’aimais aller au-delà, toujours plus loin dans mes désirs. J’aimais faire ces progrès avec eux, devant eux, grâce à eux. Je demandai à Christian s’il voyait comme Martial me faisait jouir. Christian me sourit et me répondit « Oui ! Il te fait jouir comme une… »

– Comme une quoi ?

Il accéléra un peu la cadence, la plaquant sur le rythme de Martial.

– Comme une… han ! une reine !

– Et là ?

– Comme une… han ! déesse… !

Cathy invita les autres à venir nous rejoindre et à qualifier la façon dont Martial me faisait jouir. Elle avait su saisir dans mon regard, dans le ton de ma voix, dans mes soupirs, cette envie d’exhibition. C’est aussi ça notre amitié, une complicité immédiate et une confiance absolue. Je m’enivrais de leur commentaires ! C’était comme s’ils me faisaient l’amour avec leurs mots… toutes et tous autant qu’ils étaient. Je me sentais bien, comme si je m’étais trouvée.

Je vécus cette première nuit comme une sorte de transe qui m’ouvrait les portes du monde auquel j’appartenais vraiment. Celles qui suivirent furent également magiques. Nathalie, la fille de Cathy et de Christian, la mère de Vincent, naquit le 7 juillet 1977, Guillaume, ton père, le 15 juillet de la même année et je peux t’affirmer que ces deux enfants furent conçus dans la plus merveilleuse des atmosphères, au milieu d’un océan de plaisir.

J’espère que mon long bavardage aura répondu à ta question. Je t’embrasse et j’attends ta prochaine lettre avec une grande impatience.

Ta mamie, Sylvie

Lettre n° 6

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Perfection pubienne

Le 11 janvier 2019

Mon petit Lucas,

La deuxième nuit que j’ai passée au village restera gra­vée à tout jamais dans ma mémoire. Monique m’avait proposé de choisir un déguisement et un scénario pour une petite say­nète à ma convenance. Elle avait sorti tous les costumes de la malle, je les regardais attentivement. J’aurais voulu porter une guêpière comme celles que j’avais entraperçues dans des re­vues cochonnes, mais il n’y avait que des corsets à lacets et à rubans… j’étais un peu déçue, car je ne les trouvais pas très excitants.

Monique me demanda à quoi je pensais, je lui livrais ma déception, le terme est trop fort, elle m’expliqua alors mon erreur. Elle me raconta comme elle trouvait agréable le laçage, quand elle avait le souffle presque coupé et combien le côté désuet du tissu blanc et rose fané augmentait son plaisir. Elle me proposa d’en essayer un. Il y avait cinq corsets en tout, de différentes tailles, de différentes périodes et de différentes provenances.

Je me déshabillai, à la fois excitée à l’idée de le faire de­vant Monique et à la fois un peu anxieuse à l’idée qu’elle ne me regarde pas comme je rêvais qu’elle le fasse. Non seulement, elle ne détourna pas les yeux, mais au contraire, me regarda ouvertement, me demandant de tourner sur moi-même, de lever les bras comme une danseuse, de me cambrer un peu plus. Je voulus savoir si c’était pour deviner quel corset m’irait le mieux.

Elle éclata de rire et me répondit que non, que c’était juste pour m’admirer davantage, qu’elle me trouvait très belle et super bien gaulée. Je rougis, elle s’agenouilla devant moi et marmonna. Je lui demandai ce qu’elle disait, elle me répondit par Quand le mari de Nathalie a vu ma grand-mère à poil, la pre­mière fois, il est resté bloqué sur les poils de son pubis, il n’en avait jamais vus d’aussi blonds Ta toison me fait le même effet…” Je lui rétorquai que je ne suis pas blonde, elle haussa les épaules et me sourit Merci, j’avais cru remarquer !”

– Alors quel est le rapport ?

– Ta toison est… je peux ?

Valentina par Guido Crepax

Elle me demandait la permission de toucher mon pu­bis ! Nous avions flirté, plus ou moins couché ensemble la veille, mais elle attendait mon accord pour le toucher ! Je le lui donnai bien volontiers. Ses doigts jouaient avec mes poils, parce que contrairement à la mode actuelle, le grand chic dans ces années-là était d’avoir une belle toison pubienne. Ses doigts glissaient sur ma peau, mes poils dépassaient, elle s’amusait à les enrouler au bout de son index. Elle me regarda enfin, un grand sourire aux lèvres, il faut dire que j’étais dans un tel état d’excitation que les muscles de mes cuisses tressau­taient et que je ne pouvais empêcher mon bassin d’aller d’avant en arrière, d’arrière en avant.

– Je crois que je n’ai jamais vu une toison aussi parfaite ! Chaque poil est à sa place, ondulé pile-poil comme il faut ! Et tellement denses… ils sont tellement denses ! On pourrait croire que tu les as plantés ! Regarde, ton triangle est parfait ! Martial arrive à te baiser malgré tout ? Parce que si j’étais à sa place, je ne pourrais pas décoller ma bouche de ta chatte !

Puis, semblant remarquer mon émoi, elle me proposa de jouer à la balançoire.

– À la balançoire ?

Elle sortit une langue gourmande, après m’avoir de­mandé de balancer mon bassin d’avant en arrière en écartant légèrement les cuisses. Je fis comme elle me le demandait, j’avais fermé les yeux, autant pour me concentrer sur cette sensation que par crainte de voir réellement cette scène dont j’avais rêvé maintes fois. Je me laissais aller à ses caresses, je sentais mes doigts se crisper sur ses cheveux. Je crus les lui avoir tirés un peu trop fort quand elle prit ma main, puis l’autre, mais sans cesser de me lécher, elle m’incita à écarter mes lèvres avec mes doigts.

Je sentis alors tout mon sang se concentrer dans mes mollets, des picotements sous la plante de mes pieds. Je pous­sai un cri rauque, comme un souffle d’animal en rut et je jouis dans sa bouche. Je lâchai mes lèvres pour retenir son visage contre mon sexe. Je ne pouvais m’arrêter de gémir “Comme c’est bon… ! Comme c’est bon… !” vite remplacés par la sup­plique “Encore… ! Encore… !”, les autres invités étaient déjà là quand nous fîmes notre entrée. Monique expliqua qu’elle avait dû me convaincre de la supériorité du corset à lacets sur la guêpière moderne. Le Balafré s’étonna que les arguments de Monique n’aient pas porté, nous nous récriâmes “Mais pas du tout !” avant de constater que j’étais restée nue.

Je rougis et baissai les yeux, n’osant affronter le regard de Martial qui comprit aussitôt ce qu’il se passait dans ma tête. Il me rassura “Tu n’as pas à rougir des plaisirs que peuvent t’offrir Monique et ses amis, nos amis !”. Je me blottis dans ses bras en lui disant à quel point j’avais aimé cette sensation, je savais que mes yeux brillaient de mille feux de reconnaissance, je lui répétais “Merci. Merci. Merci” et je sentais son cœur battre la chamade. Je réalisai soudain qu’on parlait de moi, que Monique parlait de moi, de la perfection de mon pubis. Jamais une fille ne m’avait complimentée en quoi que ce soit et Monique était en train de le faire sans se soucier que je l’entende ou pas, ce qui ne pouvait que me confirmer la sincérité de ses propos.

Remarquant que je les observais, Cathy me fit un clin d’œil amusé et complice “Faut dire que question comment vous dites vous autres, déjà ? Ah oui question « oralité », elle s’y connaît notre Monique !”. J’éclatai de rire, un peu gênée de ne pas avoir été la première à avoir goûté aux talents de Monique en la matière et de n’avoir donc pu cacher le plaisir que j’avais pris sous sa langue. Martial me demanda dans un souffle si j’aimerais réitérer devant lui. Je ne pensais qu’à ça ! Je voulais plus que tout que tous me regardent jouir sous la langue de Monique, je voulais que tous admirent la perfection de ma chatte et de ma toison!

Monique s’agenouilla à nouveau devant moi, je me mis en position, sous le regard attentif de toute l’assemblée. Elle expliqua à nouveau pourquoi elle trouvait mon pubis excep­tionnel, pourquoi elle adorait me bouffer la chatte. Elle rit en constatant que ses derniers mots m’avaient excitée davantage. J’écartai mes lèvres, mais elle me demanda de poser mes mains sur mes super nichons et de les caresser comme une salope qui veut exciter son monde, elle demanda ensuite à Mar­tial d’écarter mes lèvres et d’offrir mon sexe à la vue… Je jouis presque immédiatement. Monique me demanda si mes sensa­tions avaient été différentes. J’approuvai.

– Tu veux te reposer ou tu veux recommencer ?

– Recommencer

– Qui va écarter tes lèvres ?

– J’aimerais bien… Jimmy…

J’entendis alors des éclats de rire étouffés, Christian m’expliqua que Cathy et Madame avaient décidé d’imiter Mo­nique et avaient décrété que ce serait une « soirée gouinage ». Je les regardais, se taquiner, s’aguicher… J’étais troublée du trouble que leurs caresses et leurs baisers suscitaient auprès de ces hommes. Ils n’avaient que le droit de nous regarder, sauf celui qui écartait et caressait mes lèvres, à tour de rôle.

Je n’aurais jamais cru possible de jouir autant et aussi fort dans une même nuit. Nous avions décidé que ce serait une soirée exhibition lesbienne, que nos hommes n’auraient que le droit de se branler et de commenter, mais alors que je me remettais de toutes ces émotions dans les bras de Martial, Christian prononça la formule magique Et maintenant, mes­sieurs, si nous offrions une bague de fiançailles à la charmante Syl­vie ?” et l’envie nous submergea à nouveau.

Je fus bien contente de ne pas avoir d’obligations le len­demain, comme ce fut le cas pour Monique et Christian. J’ap­préciai tout autant, cette journée passée en tête-à-tête avec Martial, journée où j’ai pu mettre des mots sur mes sensations, où j’ai pu explorer mes rêves sans en rougir, où Martial m’a parlé avec une ferveur incroyable de sa vie à mes côtés telle qui l’imaginait. J’étais touchée qu’il l’imaginât si belle et exci­tante, mais je n’aurais jamais pu deviner qu’elle le serait bien davantage.

Dans une prochaine lettre, je te parlerai de ce que je re­doutais le plus et comment Cathy a réussi à me faire com­prendre à quel point je pouvais me tromper.

Ta mamie Sylvie

Sylvie fait la connaissance des parents de Martial

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Réponse à ta demande de précisions

Le 4 janvier 2019

Mon petit Lucas,

Comme tu me l’as demandé avant de repartir vers ta vie estudiantine et strasbourgeoise, je vais apporter ici quelques précisions. Quand tu me les as demandées, tu souriais en coin, un brin ironique et tellement tendre… Bien sûr Monique est plus cash quand elle raconte ses souvenirs, mais Manon n’est pas sa petite-fille, c’est la petite-fille de sa sœur !

Je compte sur le fait que je te posterai cette lettre et que je n’aurai donc pas à croiser ton regard dès ta lecture achevée, pour me donner le courage nécessaire et me confier réelle­ment, sans honte.

J’aimais bien faire l’amour avec le père de Julien, qui fut le premier garçon à me caresser, à coucher avec moi. J’avais déjà embrassé deux autres garçons lors de surpat’ mais ça n’avait pas été plus loin, pas même un “pelotage de nichons”, juste une ou deux pelles pendant et après un slow. Avec le père de Julien, j’ai eu l’impression d’être une femme. Il était aussi puceau que moi, mais je lui faisais confiance, persuadée qu’un garçon sait forcément “ces choses-là”…

Quand je repense à cette période, je réalise que ce qui m’excitait le plus avec le père de Julien, c’était son désir, de sa­voir que je l’excitais. Et puis, je suis tombée enceinte de Julien, mon corps déformé ne l’excitait pas. Mon désir s’est éteint avec le sien.

Après mai 68, il y avait beaucoup de groupuscules de femmes, pas forcément des militantes féministes, mais des mouvements d’entraide spontanés et évidemment des fémi­nistes, des militantes du Planning Familial qui pouvaient t’ai­der à avorter dans des conditions sanitaires acceptables, qui pouvaient te donner des moyens anticonceptionnels. C’est en allant prendre des informations sur la contraception, que j’as­sistai à une réunion où les femmes parlaient de leur corps comme je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse le faire, elles parlaient du plaisir et de la manière de l’atteindre sans aucune honte. J’étais sidérée !

Je ne pris pas la parole et rentrai chez moi, bien déci­dée à fuir ces espèces de folles. Julien était chez mes parents, j’avais du temps devant moi, je décidai d’en profiter pour lire au calme le petit fascicule qui expliquait comment éviter une grossesse non désirée. Il y avait un schéma de l’appareil géni­tal féminin. Je localisai le clitoris. Même si ça peut paraître étrange, jusqu’à ce jour, j’ignorais son nom et même son existence.

C’était donc en caressant habilement ce truc que ces femmes jouissaient ? Je glissai ma main dans ma culotte et le caressai pour la première fois. Enfin, pas tout à fait pour la première fois, mais la première fois de façon consciente. Parce qu’il m’était arrivé quelques fois, en me lavant “à fond” après mes règles, de le toucher, mais je ne liais pas cette sen­sation à un plaisir sexuel, plutôt au soulagement de ne plus avoir mal, puisque j’avais encore des règles douloureuses. Ça te permet de te donner une idée des connaissances des jeunes de ma génération sur le sujet…

Un peu vexée d’en savoir si peu sur mon corps, je déci­dai de me caresser, je faisais attention à la moindre de mes sensations, le goût de ma salive sur ma langue, dans ma gorge, les oreilles qui chauffent, le cœur qui bat plus fort, qui ré­sonne jusque dans mes oreilles, la moiteur chaude sous mes doigts, cette envie de me caresser frénétiquement, puis ralen­tir soudain, savoir que je suis allée jusqu’au seuil du plaisir… recommencer…

À chaque fois, ces images qui s’imposaient à moi, juste avant de jouir, me faisaient peur, me faisaient honte. Je ne réussis pas à jouir ce jour-là, mais quelques jours plus tard, alors que je me lavais après avoir accompli mon de­voir conjugal, sans aucun enthousiasme, sentiment partagé avec mon époux.

Je prétextais une méthode anticonceptionnelle pour justifier ma douche prolongée. Je venais de parler avec le père de Julien de cette réunion dont j’avais entendu des bribes et lui avais demandé ce qu’il pensait de la masturbation féminine. Il me répondit que je n’en avais pas besoin puisque c’était un truc pour les mal baisées. Je pris cette réflexion en pleine face, un peu comme une gifle et je crois que c’est là qu’est née ma “rébellion”. Qu’est-ce qu’il en savait, ce con, de ce que je res­sentais ? Comme une vengeance muette et secrète, je décidais “Puisque c’est comme ça, il va voir ce qu’il va voir !”. En l’oc­currence rien, puisque je ne voulais pas qu’il sache ce que je m’apprêtais à commettre un adultère en solitaire.

J’allais donc sous la douche et me caressais longue­ment, à demi accroupie pour mieux écarter mes jambes et ressentir tous les replis, en éprouver la sensibilité avant de ca­resser mon clitoris. J’aurais aimé pouvoir observer le reflet de mon sexe dans un miroir, puisque certaines femmes sem­blaient dire que ça les avait aidées, mais à cause de la buée, des gouttes d’eau, je n’y voyais rien.

Je sentais le plaisir monter en moi et puis ces images, toujours les mêmes… ces regards lubriques posés sur moi… ces femmes et ces hommes… ces gestes à peine esquissés… La honte me fit écarter ma main une fois de plus, mais j’avais ou­blié la douche qui continuait à couler sur mes seins, sur mon ventre… Je dirigeais le jet entre mes cuisses, fermai les yeux et me laissai enfin aller à la douceur de ces regards excités…

La scène me revint tout de suite en mémoire, comme s’il s’agis­sait d’un film et que je reprenais ma place devant l’écran après m’être absentée quelques instants. Il me fallut quelques essais avant de réussir à jouir. Mais je me souviens parfaitement du sentiment de revanche que je ressentis. Cette impression de l’avoir fait cocu sans qu’il ne s’en doute.

Dès cette nuit, je me fis la promesse de jouir au moins une fois par jour. Promesse que je n’ai pas toujours pu tenir, mais je m’y suis efforcée au maximum. Tu comprends mainte­nant mieux ma gêne à propos du réveillon de 1974 ? Si j’avais eu d’autres fantasmes, peut-être aurais-je pu connaître leur part dans mes souvenirs de cette nuit, mais il se trouve que ces vagues souvenirs sont semblables aux images qui me venaient en tête quand je jouissais, aux images que je convoquais pour m’exciter quand je ne l’étais pas assez.

Pendant les presque deux années qui suivirent ma sé­paration d’avec le père de Julien, j’approfondissais mes connaissances sur mon corps, sur les différents plaisirs qu’il pouvait m’offrir. J’eus même une période, après ce fameux ré­veillon de 1974 où l’envie de jouir me prenait à l’improviste, par exemple à mon travail. Je prétextais alors une envie pressante pour aller me soulager dans les toilettes, mes collègues me plaignaient à cause de ces cystites à répétition, je n’ai jamais osé les détromper.

Quand je rencontrai Martial, durant notre première nuit, j’avais une idée assez précise de ce qui m’excitait, de ce qui me permettait d’accéder au nirvana, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il pouvait m’en offrir bien d’autres.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir éprouvé du plaisir avec ma poitrine avant que Martial ne la caresse. La seule hésitation que j’ai eue dans cette étreinte fut liée à mes seins d’ailleurs… Martial me les caressait doucement, sensuellement, je caressais ses épaules, j’avais envie de passer mes doigts dans ses cheveux, mais je n’osais pas, parce qu’ils étaient crépus… puis, je me suis lais­sée aller… j’ai immédiatement adoré la sensation sous mes doigts, ses cheveux sous mes doigts semblaient les caresser… la bouche de Martial était tout près de mes seins, j’avais envie qu’il me les tète, mais j’étais prise d’une honte incroyable à cette idée… Comme s’il avait deviné mes pensées, Martial re­leva la tête pour me demander l’autorisation de sucer mes seins… j’ai cru m’évanouir de plaisir.

Tu comprends pourquoi, quand en janvier, il m’a parlé de Monique, j’ai eu peur d’arriver trop tard dans sa vie et comme j’ai été heureuse de sa demande en mariage ?

Je vais arrêter là cette lettre et te la poster, parce que tu connais mon aversion pour les traces qu’on laisse sur le web. Si tu souhaites que j’apporte d’autres précisions, n’hésite pas à me les demander.

Ta mamie Sylvie

Lettre n° 4