Les souvenirs de Tatie Monique – L’installation

Avant de quitter la ville, nous avions fait une pause au buffet de la gare, j’avais commandé une mauresque que Christian but pendant que je téléphonais à mes parents pour leur annoncer que je ne rentrerai pas à Paris, que je restais aux côtés de Bonne-Maman qui avait besoin de moi. Je crois qu’ils n’ont pas cru, ou pas réalisé ce que je venais de leur dire.

Nous roulions vers le village l’esprit encore tout chamboulé de la lecture du cahier de Bonne-Maman et de ce que nous y avions appris.

Nous n’avions pas envisagé cette hypothèse, mon installation définitive au village. Christian habitait encore chez ses parents, je savais que Bonne-Maman me ferait de la place dans sa maison. Je savais aussi qu’elle serait chez Nathalie quand nous arriverions. Nous craignions de les déranger en déboulant ainsi chez la grand-mère de Christian, mais je n’avais pas la clé et puis, je tenais à lui demander l’autorisation et leur dire de vive-voix que la lecture du cahier y était pour beaucoup dans ma décision. Elles nous accueillirent avec ce bonheur franc des petites gens.

Bonne-Maman, d’abord ravie, sembla se rembrunir et râla un peu qu’il était indécent de nous laisser dormir dans mon petit lit. Il me semblait impensable que je la prive de son lit conjugal, ne serait-ce que pour une nuit. Les glaçons ne tintaient pas encore dans les verres quand nous demandâmes à Alain d’aider Christian à déménager son lit de chez ses parents à ma petite chambre.

Qu’est-ce que nous avons ri ! Il n’en revenait pas ! J’abandonnais tout, la vie parisienne, mon emploi d’esthéticienne, pour vivre ici, sans avoir pris le temps d’y réfléchir longuement ! Mais quel risque prenais-je ? Je n’avais que vingt ans, un boulot de vendeuse, je pourrai en trouver facilement, ou bien n’importe lequel qui se présenterait, et puis, si mon histoire d’amour tournait mal, qu’est-ce qui m’empêcherait de faire le chemin inverse ? Il en convint. 

Quand le lit de Christian fut installé dans ma chambre, Alain s’exclama pour la dixième fois de la soirée « Ô, pute vierge ! ». J’éclatai de rire. « Attention, tu vas finir par inonder ton pantalon ! ». Nous nous regardâmes tous les trois, avant de reprendre la voiture pour retourner en ville. 

Ils m’attendaient sagement devant la boucherie, déjà fermée, je montai les escalier quatre à quatre et toquai à la porte de Catherine.

– Mais… mais tu n’es pas partie ?

– Je n’ai pas pu. Je m’installe au village, chez ma grand-mère… Alain nous a aidés pour déménager le grand lit de Christian, alors j’ai pensé…

Je ne savais pas comment le lui proposer, pourtant, dans la voiture, j’avais trouvé une formulation joyeuse et amusante, mais là… face à Catherine… j’avais tout oublié.

– Tu as pensé… ?

– On pourrait fêter ça tous les quatre… comme le baptême de ma nouvelle vie…

– Tous les quatre ? Avec… avec MOI ?

– Ben, oui…

J’allais lui préciser « si ça te fait plaisir », mais je n’en eus pas le temps, elle m’enlaça et m’embrassa en me remerciant.

– C’est à moi de te remercier ! Avec toi, la fête sera plus belle !

En nous voyant arriver, Alain et Christian manifestèrent leur joie. Catherine et moi voulions papoter pendant le trajet, nous nous installâmes à l’arrière de la voiture. J’observais le regard comblé de mon Christian dans le rétroviseur, et telles deux gamines, nous pouffions à chaque « Ô, pute vierge ! » d’Alain, qui se retournait régulièrement, comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas.

Bonne-Maman nous avait laissé la maison, elle passerait la nuit aux côtés de Nathalie.

J’admirais l’art avec lequel Catherine s’effeuillait. Jusqu’à ce soir précis, j’ôtais mes vêtements le plus vite possible, tant ma hâte d’être touchée, embrassée, caressée, léchée était grande. Au contraire, Catherine se déshabillait lentement, se caressant la peau, laissant monter en elle l’excitation et attiser le désir des hommes. Bon sang, que son corps était désirable ! Qu’il était beau ! Je pensai « quel gâchis, tous ces longs mois sans que personne ne le comble ! »

CNhZHCnWsAArvsG– Laisse-moi faire ! Je vais te préparer !

Assise sur le bord du lit, Catherine débraguettait Alain avec une douceur impatiente. Les bras ballants, les mains massives et puissantes d’Alain pendaient mollement le long de ses cuisses. Encore sous le coup de la surprise, il se laissait faire, totalement soumis au désir de Catherine. Au troisième bouton, il ferma les yeux, rejeta sa tête en arrière, je vis sa main gauche se soulever au ralenti et ses doigts retrouver la chevelure soyeuse de Catherine. 

Je vivais ce moment de grâce et plus de quarante ans après, j’en ai un souvenir précis, gravé dans ma chair.

Quand ses lèvres effleurèrent le sexe tendu d’Alain, je sentis les doigts de Christian caresser mes seins, descendre vers mon ventre, puis mon pubis, sa voix dans un souffle sur ma nuque « caresse-toi, ma chérie ». Alain gémit doucement et Catherine sembla revenir à la vie, telle une Belle au Bois-Dormant.

Il la releva soudain, l’enlaça, sa queue désormais taurine contre le ventre ardent de Catherine, il lui dit « Oh, tu m’as tellement manqué, Catherine ! », l’embrassa. Une fois encore, j’eus une vision du dessus de la pièce. Christian se caressant dans mon dos, une main sur ma toison, Catherine dans les bras d’Alain, l’embrassant, le corps de Catherine ondulant lascivement, se frottant contre le sexe, contre le ventre d’Alain, moi, me régalant de ce beau spectacle, me caressant pour la première fois à quelques centimètres d’une autre femme, ma bouche entrouverte, prête au baiser.

Au ralenti, Catherine s’allongea sur le dos. Alain voulait qu’ils se regardent quand il la pénétrerait. Ce regard ! J’étais tout à la fois Catherine, ressentant la pénétration du sexe d’Alain, millimètre par millimètre, écartant les parois du vagin pour le remplir totalement, mais j’étais aussi Alain au regard brûlant de désir, sa voix vibrante chuchotant presque un timide « Oh, que c’est bon ! Que c’est bon, ma Catherine… Ma Catherine ! »

Christian s’approcha d’elle, offrit sa queue aux talents de sa bouche.

Que mon sexe était doux sous mes doigts !  J’imposais la lenteur à mes caresses. Je voulais garder intacte la perfection de ce moment. J’aimais regarder les ondulations du bassin de Catherine, j’aimais l’éclat de son regard quand ma main effleura son sein avant de caresser le mien. J’embrassai Christian tandis qu’Alain allait et venait plus vite, plus fort, jusqu’à retrouver le rythme en lequel leurs corps aimaient danser, aimaient s’aimer. « Ô, pute vierge ! Comme tu me manques ! Comme tu me manques ! »

Par son baiser, Christian me transmettait tout l’art avec lequel il aimait que Catherine le suce. Il me semblait que sa langue dansait avec la mienne par l’intermédiaire de celle de Christian. 

Les ondulations de Catherine devinrent de plus en plus amples, je sentais son plaisir enfler, gronder en elle. Elle dégagea sa bouche pour nous supplier « Faites-moi jouir ! Je veux jouir de nous tous ! » avant de sucer Christian comme on boit après avoir trop attendu pour le faire. Nos mains aux doigts presque enlacés, caressèrent son clitoris, je jouis presque de la sentir jouir. Un bref instant, le temps se figea. Nous goûtions tous les retrouvailles de Catherine avec ce plaisir précis.

La bouche pleine de la queue de Christian, elle marmonna « Encore ! Encore ! Encore ! Encore ! » comme en écho, Alain psalmodiait « Ô, pute vierge ! Je vais venir ! Tu me fais venir… ! Ô, pute vierge ! Un mot de toi et je vais venir ! ». Ce fut de ma bouche que sortit la réponse de Catherine « Viens ! Viens ! Viens, Alain ! »

En écrivant ces mots, je ne sais pas si je peux transmettre cette sensation de communion absolue qui nous animait, qui nous reliait les uns aux autres.

Alain jouit longuement, se retira comme il le faisait toujours, pour laisser la place à Christian. Avant qu’il ne le fasse, je regardai attentivement le sexe de Catherine coulant du sperme d’Alain, et je compris le plaisir que mon homme pouvait prendre à pénétrer ce paradis humide et chaud.

Le creux des jambes de Catherine dans le creux de ses bras, Christian la pénétra, écartant ses cuisses de gitane pour mieux se régaler du spectacle. J’allais jouir de cette vision, de mes doigts fiévreux, quand je sentis la langue, pour une fois rugueuse, d’Alain.

– Ooohhhooohhh… !

J’aimais comme il me suçait, me léchait, me dégustait, j’aimais jouir comme ça, debout, sentir mes jambes trembler, lutter pour ne pas se refermer quand elles étaient écartées, pour ne pas s’écarter quand elles étaient serrées, se plier pour que mon sexe palpitant soit au plus près de la bouche d’Alain. Je voulais le sentir au plus profond de moi, il me fouillait de ses doigts impudiques, quand il me sentait jouir. Enfin, le sexe dressé, massif comme un pieu, il s’allongea aux côtés de Catherine, lui prit la main tandis que je m’empalai sur lui, en regardant Christian aller et venir dans le sexe accueillant de ma nouvelle amie.

Que nous étions beaux, tous les quatre ! J’embrassais Christian, Catherine embrassait Alain, entre deux baisers, nous nous disions des mots d’amour. 

Catherine était transpercée par un orgasme quand Alain la demanda en mariage. Les yeux humides de fatigue, de plaisir, de surprise, d’émotion, Catherine accepta. N’osant y croire, puis réalisant enfin, il sembla hésiter avant de s’exclamer « Ô, mon Dieu ! Bon Dieu, c’est le plus beau jour de ma vie ! » alors que nous nous attendions à un « Ô, pute vierge ! »

– Bouge sur mon homme, Monique ! Montre-moi comment tu le fais jouir !

Mes mouvements se firent plus amples pour qu’elle puisse regarder la grosse queue veineuse luire de mes va-et-vient. J’aimais comme sa main féminine sur mes fesses m’incitait à monter plus haut et comme les mains viriles d’Alain sur mes hanches m’obligeaient à m’enfoncer davantage, d’un coup, jusqu’à ce que je sente son gland heurter le fond de mon vagin.

– C’est trop de bonheur… ! Vous me faites venir, mes douces coquines… ! Vous me… ô, pu…

J’entendis la voix d’Alain comme assourdie, mes oreilles bourdonnaient, je regardais Christian jouir de Catherine, ses yeux me hurlaient « JE T’AIME ! ».

En 1974, le clocher de l’église carillonnait encore toutes les heures. Nous entendîmes sonner 11 heures. Catherine travaillait le lendemain. Il était temps de dormir. En se rhabillant, Alain et Catherine rirent en voyant l’état des draps, du boutis tachés de spermes et d’autres fluides.

– Pense à nettoyer tout ça avant que ta grand-mère revienne, Monique !

J’interrogeai Christian du regard qui hocha la tête en signe d’assentiment, alors, le sperme d’Alain coulant sur mes cuisses, je fis quelques pas qui me séparaient de ma valise, l’ouvris et tendis le cahier de Bonne-Maman à Catherine.

– Non seulement, je n’en ferai rien, mais de plus, je dédie cette soirée à la belle Rosalie et à la charmante Nathalie !

– Et moi, je la dédie au courageux Toine et au viril Pierrot !

Pour la première fois, Catherine dormit dans les bras d’Alain, chez lui, tandis que Christian et moi passions cette première nuit dans ce qui allait devenir notre lit conjugal.

Les fiançailles (du latin confiare « confier à ») sont une déclaration d’intention de mariage.  (Définition Wikipédia)

Les souvenirs de Tatie Monique – Visite chez Catherine

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Photo d’Ediluz Avenel

Le mois de juillet était fini, mes vacances aussi. Je quittais ce village que j’avais appris à aimer. Je quittais Bonne-Maman emplie d’une tristesse infinie. À mon arrivée, elle n’était pour moi qu’une grand-mère solitaire, recluse dans un trou perdu, une vieille femme qui commençait à raconter un souvenir de jeunesse et s’interrompait en plein milieu, un sourire énigmatique aux lèvres, le regard perdu dans le passé, qui se levait et passait à autre chose. Une grand-mère qui me disait de profiter de mes vacances et m’accueillait à chaque fois plus ravie, ignorant tout de mes turpitudes sexuelles.

J’avais appris à aimer Bonne-Maman, qui, patiente, m’avait laissée venir à elle à petits pas, et accepter de me laisser apprivoiser. Les derniers jours, je la voyais souvent la plume à la main, écrire avec application sur un vieux cahier aux pages jaunies, les recettes de cuisine et les astuces qui faisaient d’elle une ménagère hors-pair, et qu’elle me transmettait pour que je puisse reprendre le flambeau.

Elle passait aussi beaucoup de temps chez « la Nathalie », son amie alitée, la grand-mère de l’homme dont j’étais tombée éperdument amoureuse. Christian et moi nous étions promis de nous revoir dès que possible et aussi souvent que nous le pourrions.

Avant de partir, je serrai de toutes mes forces Bonne-Maman et « la » Nathalie dans mes bras, je les embrassai, je les respirai pour ne jamais oublier l’odeur de leur parfum suranné, un peu sucré, un peu poudré. Nous nous quittâmes des larmes plein les yeux, je montai aux côtés de Christian et c’est dans sa voiture que je fis le trajet du village vers la ville, vers la gare, vers ce train qui m’arracherait à cet été provençal dont j’étais déjà nostalgique.

Nous avions prévu de passer cette dernière journée, tous les deux, les yeux dans les yeux, à la terrasse d’un café. En passant devant la boulangerie, il me dit « C’est ici que travaille Catherine », je lui demandai de m’attendre. J’entrai dans la boulangerie, nous nous reconnûmes immédiatement. Deux sourires un peu las, très nostalgiques.

– Bonjour Catherine, je m’appelle Monique, j’aimerais te parler seule à seule.

– La boulangerie ferme dans une petite heure, retrouvons-nous devant. Tu restes longtemps par chez nous ?

– Je retourne à Paris, mon train part à 17 heures…

Nos regards se dirent « Quel dommage… », je sortis et retrouvai Christian.

– J’ai rendez-vous avec Catherine dans une heure, je voudrais être seule pour lui parler un peu.

– De quoi veux-tu lui parler ?

– Permets-moi de garder le secret.

Un voile gris de tristesse ternit ses beaux yeux noirs, pour l’arracher et voir naître son joli sourire, je lui tendis le cahier de recettes que Bonne-Maman m’avait donné avant mon départ et lui conseillai de le lire en attendant. Il rit de bon cœur et, exagérant le chevrotement aigu d’une voix de vieillarde, me dit d’un ton sentencieux, en rythmant sa phrase d’un index tendu

– Pour faire une bonne soupe au pistou, il te faut du pistou et… de la soupe !

J’aimais quand il faisait le pitre, j’aimais rire de ses facéties et me faire rire le comblait de bonheur.

Je retrouvai Catherine à l’heure prévue devant la boulangerie. Elle m’invita dans son petit studio, juste au-dessus de la boucherie, de l’autre côté de la place. Elle était plus âgée que je me l’étais imaginé, la trentaine allègrement passée. Sa voix douce et posée, à l’accent chantant, contrastait avec sa beauté que je qualifierais de gitane. Une beauté sauvage, fougueuse. Je compris viscéralement le désir qu’elle avait pu susciter. J’imaginai son corps ondulant sous les caresses, se cambrant sous les assauts…

Elle interrompit le fil de mes pensées en me demandant tout à trac pourquoi j’avais voulu la rencontrer. Je lui parlai du bal du 14 juillet et de la remarque d’Alain. Elle sourit douloureusement.

– Alors, voici ma remplaçante…

Une colère brutale monta en moi, explosa.

– Ta remplaçante ? Comment veux-tu que je puisse être ta « remplaçante » ? Tu es irremplaçable ! Tu es Catherine et le resteras à tout jamais ! Je suis Monique et personne d’autre ! Je voulais te connaître, savoir pourquoi tu as quitté le village, pourquoi tu n’y es plus jamais retournée… Savoir si cette vie ne te manque pas, si tu n’avais pas envie de partager tes souvenirs…

Ses grands yeux écarquillés se remplirent de larmes. Elle me parla de la mort de son mari, de ce choc qui l’avait anesthésiée et de la vie, de la réalité du quotidien qui l’avait réveillée. Il avait bien fallu qu’elle parte à la ville, pour trouver du travail et désormais, les hommes…

– Mais… ça ne te manque pas ? Pas même un petit peu ?

– Non. Ça ne me manque pas un petit peu. Ça me manque beaucoup !

Elle me raconta ces galipettes en groupe, ces hommes inconnus avec lesquels elle partageait le plaisir d’une étreinte rapide, parfois presque brutale, dans la crique, dans cette ruine qu’ils nommaient « le vieux château », dans d’autres lieux que je ne connaissais pas, à l’arrière de la camionnette de son mari… À l’évocation de celles-ci, ses bras se croisèrent sur sa poitrine, ses mains descendirent jusqu’à sa taille, comme si un homme l’enlaçait. Je me levai, la pris dans mes bras et elle pleura enfin. « Tout ça me manque tellement ! ». Je séchai ses larmes par de légers baisers.

– Raconte-moi la camionnette…

– Nous étions jeunes mariés, mon Paulo venait d’acheter cette camionnette, qui lui permettrait de livrer ses clients partout dans le canton. Il me proposa de l’inaugurer en organisant une sauterie. Nous fîmes la liste des invités qui me prendraient ce soir-là. Les idées naissaient comme ça (elle claqua les doigts de sa main, relevée au-dessus de sa tête, ce qui me fit penser à une danseuse gitane) « et si nous… » « et si je… » « et si tu… » « et si nous… ». Finalement, pour l’inauguration, nous conviâmes huit amis, que nous aimions beaucoup, chacun devait venir accompagné d’un compère de leur choix… Tu te rends compte ? Dix-sept hommes rien que pour moi !

Voyant mon regard, elle éclata de rire.

– Oh, ma jolie, tes yeux gourmands, tes lèvres qui s’entrouvrent… ça a l’air de te faire envie ! Et tu es bien songeuse…

– Qui ? Qui était là ?

– Tu veux savoir si ton Christian faisait partie de la fête, c’est ça ?

– Mais non ! Ça, je le sais déjà !

– Comment le sais-tu ?

– Je n’imagine pas qu’il ne soit pas venu ! Une si belle fête, une telle occasion ! Non… je te parle des autres…

– Alain a raison… nous sommes pareilles…

Nous nous regardâmes en éclatant de rire, j’étais blonde autant qu’elle était brune, mes yeux étaient clairs comme les siens étaient noirs, mes petits seins, mon corps frêle, ses beaux seins lourds, sa poitrine opulente et son corps plein… Pourtant, nous étions semblables… en tout point semblables… je trouvais une amie, une soeur, une complice le jour même où je repartais pour Paris.

– Je ne sais pas exactement qui était présent ce jour-là… Nous avions décidé, pour pimenter la fête, que j’aurais les yeux bandés. Si tu savais comme c’est bon… ! Ne pas être distraite par la vue… Que les sensations… ces mains qui me caressaient, qui me palpaient… ces bites dans ma bouche, dans mon sexe, dans mon cul… J’en reconnus certaines, mais pas toutes… Alors, savoir qui était là… Alain, bien sûr… comment ne pas le reconnaître… « Ô, pute vierge ! »

J’éclatai de rire.

– Moi, je trouve ça très beau ! Et puis… tu n’aimes pas sa grosse queue, épaisse comme celle d’un cheval ?

– Et les grosses veines qui la parcourent…

– Tu as raison, Monique ! Ses grosses veines…

Son regard s’enfonça dans la nostalgie. Un soupir, elle reprit.

– Et son jet…

– Oh oui ! C’est bon ces litres de plaisir… comme mon Christian aime me prendre quand Alain a joui en moi !

– Je crois que Christian a trouvé sa femme idéale !

Elle évoqua aussi d’autres hommes, dont le bavard et un ou deux autres que nous avions en commun, mais pour la plupart, elle ignorait toujours ceux qui prirent part à ces festivités. Son plaisir avait été si intense qu’ils décidèrent de renouveler chaque mois cette petite sauterie.

– Je n’ai jamais été aussi heureuse que durant cette période… Et puis, il y a eu l’accident. Cette camionnette qui m’avait offert tant de plaisir a causé mon malheur en tuant mon Paulo… Il fallait bien que je travaille. Je suis partie m’installer ici, où je ne suis que Catherine, la gentille vendeuse de la boulangerie, qui a perdu son époux dans un accident de la route… Mais si tu savais comme ça me manque ! Mais j’ai tourné la page…

Elle eut un sourire crispé.

– Et puis, j’ai dû recevoir tout le plaisir qui m’était destiné en quelques années, alors que les autres le reçoivent en trente ans…

– Mais c’est idiot ! Si ça te manque, pourquoi…

– Je ne veux pas qu’on me traite de pute et sans mon Paulo, c’est ce que je serais…

– N’importe quoi ! Les temps ont changé ! La révolution sexuelle, mai 68… tout ça !

– Tu crois vraiment à ce que tu dis ? Je ne regrette rien et je ne veux pas faire semblant, en mentant sur mon passé. Donne-moi le nom d’un homme, un seul homme que je pourrais désirer, un homme qui me regarderait avec respect, en sachant tout de moi !

– Alain

– Alain ?

– Quand il m’a parlé de toi… Tu lui manques… Tu es, pour lui, la femme idéale, ses mains ne mentaient pas, ni son regard…

– Ni sa queue ?

– Ni sa queue !

Nous pouffâmes comme deux gamines venant de découvrir le plaisir de dire un gros mot.

– Alain… Alain… si j’avais pu me douter… ! Alain ! Je te crois, mais je n’en reviens pas…

Il était temps pour elle de retourner travailler. Je la laissai songeuse devant la boulangerie, l’embrassai comme du bon pain et partis rejoindre Christian.

Il me regarda, perplexe, comme s’il me voyait pour la première fois. Il se reprit aussitôt, me sourit, m’embrassa, me demanda si tout s’était bien passé, m’embrassa encore, je lui dis mon regret d’avoir attendu le jour de mon départ pour faire la connaissance de Catherine. 

Dans un peu moins de deux heures, nos chemins allaient se séparer. Bien sûr, nous nous retrouverions dès que possible, mais à cet instant précis, je n’avais qu’un seul souhait, que le temps se fige et rester auprès de lui.

– Je n’ai pas la force, plus l’envie de marcher au hasard des ruelles. Je voudrais simplement, si tu le veux bien, ma Monique, m’asseoir sur un banc du quai et attendre le train à tes côtés.

– Que t’arrive-t-il, Christian ?

– Viens…

Il m’embrassa, me serra fort dans ses bras, m’embrassa encore. Arrivés à la gare, nous fîmes comme il le souhaitait. Après toutes ces années, je me souviens parfaitement de la scène, de ce que je ressentais. Un peu moins de deux heures avant la déchirure, mais en attendant, il était à mes côtés. La grosse valise sur ma gauche, mon Christian sur ma droite. Il me rendit le cahier qui nous avait tant fait rire quelques heures plus tôt.

– S’il te plaît, lis-le tant que nous sommes ensemble…

Un peu surprise, un peu curieuse, me demandant pourquoi ce souhait, pourquoi tant de solennité, j’ouvris le cahier, en commençai la lecture. J’avais lu jusqu’au dernier mot de Bonne-Maman bien avant que le train de Paris n’entre en gare. Quand il arriva sur la voie, nous roulions déjà vers le village.

Tatie Monique nous raconte son installation en Provence

Les souvenirs de Tatie Monique – L’épouse adultère

– Ah ah ! Je vous prends sur le fait, madame l’infidèle !

Normalement, j’aurais dû avoir l’air surprise, paniquée, un peu honteuse et aurais dû m’écrier « Ciel, mon mari ! », mais en voyant Christian ainsi attifé, j’ai éclaté de rire. Pour ce deuxième et dernier jeu de rôle, Alain était de la partie. L’idée l’avait séduit, amusé, excité. Nous devions nous retrouver chez lui, mais comme si c’était chez nous, Christian et moi, comme si nous étions mariés et que mon époux nous surprenait.

Je portais une tenue qui faisait « respectable », Alain avait joué le jeu, mais je n’aurais jamais imaginé que Christian arriverait ainsi vêtu. Il me fit les gros yeux, sortit du salon. Je repris mon rôle, assise aux côtés d’Alain, qui caressait mes cuisses, passant ses mains sous ma jupe relevée. Mon chemisier dégrafé laissait entrevoir mes seins, que j’avais fait sortir de mon soutien-gorge. Pendant qu’il m’embrassait, me caressait, je glissai ma main dans la braguette de son pantalon, son sexe énorme semblait grossir encore.

– T’es trop bandante, Monique ! Trop bandante…

J’aimais comme ce mot résonnait à mes oreilles, quand l’accent de ces hommes du sud le faisait rebondir. J’aimais l’excitation permanente dans laquelle je me trouvais depuis ce long voyage en train.

– … T’es trop bandante, quand tu m’embrasses… Viens… Non ! Pas comme ça… Je veux te lécher aussi… t’es trop bandante…

Le scénario prévoyait que Christian nous trouvât, Alain et moi, assis côte à côte, lui la main entre mes cuisses, m’embrassant dans le cou et moi le branlant. Ensuite, Christian devait m’ordonner « de le faire » devant lui, mais j’étais déjà trop gourmande et j’aimais déjà sucer Alain presque autant que j’aimais sucer Christian et j’aimais aussi la sensation d’une langue, quelle qu’elle fusse, léchant mon sexe.

Dessin de Tom Poulton

Quand Christian ouvrit la porte de la pièce, il n’eut pas à feindre la surprise et c’est avec naturel que je m’écriai « Pardon, pardon Christian ! »

– Continue ce que tu as commencé !

Je vis Christian porter la main à son pantalon, sortir son sexe et commencer à se branler, avec cette lueur étrange dans le regard, un mélange d’excitation, de bonheur et d’amour. Aussi surprenant que cela puisse paraître, je suçai Alain avec tout l’amour que j’éprouvais pour Christian et tout le plaisir que m’offrait la situation… Bon sang ! Comme la langue d’Alain était experte ! Comme sa bouche savait ce dont mon sexe avait envie ! Ses baisers savants, gourmands parvenaient même à devancer mon désir. J’aimais aussi quand il s’interrompait pour offrir ma chatte ouverte à la vue de Christian.

– Regarde comme je la fais jouir, ta Monique ! Regarde comme elle est bandante !

– Oooohhh… !

Christian venait de se pencher sur mes fesses, pour mieux regarder ce qu’Alain lui montrait. Leurs doigts qui m’écartelaient, le souffle de Christian… sans m’en apercevoir, je m’étais cambrée pour offrir mon derrière à ses baisers, mais c’était la langue d’Alain qui se faisait active. 

Je léchai la queue d’Alain sur toute sa longueur, du bout du gland jusqu’aux couilles, en suivant les petits sentiers sinueux de ses veines, mais alors que je m’apprêtai à en faire autant avec celle de Christian, celui-ci, après avoir scruté mon derrière, avoir constaté à quel point mon corps était accueillant, excité par les caresses et les baisers de son ami, combien il serait facile pour lui de me prendre, recula d’un pas et prit place dans le fauteuil qui faisait face au canapé. 

Il posa son cartable ridicule sur ses cuisses, comme un rempart qui m’interdisait de voir ses doigts aller et venir le long de sa magnifique queue. Entre surprise et déception, je cherchai à comprendre la raison de son attitude. Son joli sourire me signifiant de ne pas m’en soucier, je repris mes baisers d’une langue humide.

Alain attrapa sa bite et me la mit dans la bouche, sans pour autant décoller ses lèvres de ma vulve. J’avais l’impression que mes caresses, mes baisers, mes coups de langue devenaient plus savants, grâce au talent de ceux d’Alain.

Ses doigts dans mon vagin se comportaient comme des voyous et je reste convaincue que ce sont eux qui ont débloqué ma gorge. J’accueillais, pour la première fois, la presque totalité de son énorme sexe et à chaque va-et-vient de ma bouche, j’en visualisais la progression. 

Une pensée absurde, incongrue, faillit me faire éclater de rire. J’avais eu la vision de ma luette comme un punching-ball miniature, auquel son gland essaierait d’asséner une série de coups droits. Cette image s’effaça aussi rapidement qu’elle s’était imposée à moi, emportée par cette vague de plaisir animal, sauvage, indomptable.

Mon cri étouffé, bloqué dans ma gorge par le gland de cette verge épaisse, contrarié d’avoir à faire le chemin inverse, traverser mon corps, se tapir aux creux de mes tripes, m’obligea à déglutir, pour ne pas mourir de plaisir.

– Ô, pute vierge ! Ô, tu me fais venir… !

Plus Alain scandait ce reproche flatteur, plus je me déchaînais, me libérais de ces carcans qui m’avaient façonnée sans que j’en aie eu conscience. Une nouvelle salve de « Ô, pute vierge ! » ponctuée de son écho « Je viens… je viens… ! » et je sentis un jet chaud, puissant, salé, se déverser dans ma gorge. À l’instar de celui d’Alain, mon orgasme était interminable, je sentais mon ventre tressauter, sans que je puisse le contrôler. Sans en avoir l’envie, surtout ! 

KO, je m’écroulai, comblée, vaincue tout autant que victorieuse, aux côtés d’Alain et alors, alors seulement, je regardai Christian, surprise de l’avoir oublié. 

Il avait reposé le cartable à ses pieds, s’était rhabillé et son regard, son sourire m’indiquaient qu’il était lui aussi repu de plaisir, heureux.

J’aimais m’exhiber devant lui, jouir pour lui, pour qu’il jouisse de moi ensuite, mais en cette après-midi, il m’offrit ce cadeau inestimable, comprendre que je devais avant tout jouir pour moi.

Les vacances s’achèvent, avant de repartir Tatie Monique rencontre Catherine