Jim arrive en Provence

Quand les premières informations concernant les incendies en Australie ont été diffusées en France et bien que Perth en soit très éloigné, nous avons proposé à Jim de nous rejoindre dès que cela lui serait possible. D’autant que le climat social en France ne s’apaisait pas, au contraire, la contestation prenait de l’ampleur. Je craignais qu’une grève n’interdise à l’avion de Jim d’atterrir.

– Tu comprends la supériorité de la Provence sur Paris, Blanche-Minette ?

– Bah non ! Marseille c’est la France, une grève nationale reste une grève nationale !

– Boudiou ! Mais qu’elle est bête ! On est à deux pas de l’Italie et à quatre de la Suisse, parisienne de malheur ! C’est pas comme Paris, cité morose au milieu de nulle part…

– Je te déteste quand…

Jimmy et Mireille venaient d’entrer dans la cuisine où je faisais part de mes craintes à Marcel.

– Qu’a donc fait le Bavard pour que tu le détestes, Princesse ?

– Il a raison, je dois reconnaître qu’il a raison et c’est pour ça que je le déteste ! Et regarde-le qui se marre comme un bossu !

– J’ai cloué le bec à Blanche-Minette en lui ouvrant les yeux ! Faudra noter ça dans les registres de la Confrérie du Bouton d’Or !

– J’y ajouterai même que tu l’as fait de fort belle manière !

Marcel me prit dans ses bras pour une accolade légèrement bourrue.

Marcel tint à nous accompagner jusqu’à l’aéroport quand Jimmy et moi y avons accueilli Jim. Et c’est là que les ennuis ont commencé… Jim me serrait contre lui en répétant Princess, oh my sweet Princess ! Excédé, Marcel lui empoigna le bras.

– Non ! Pas Princesse. Blanche-Minette !

– What ? Bl… ?

– Blanche-Minette. Ou ail te poussi !

Jim ébahi s’exclama que ce surnom sonnait agréablement à ses oreilles. White pussy… Il demanda à Marcel de lui répéter et s’entraîna pendant toute la durée du trajet de retour. Blann’cheu minette. C’est à ce moment que j’ai mesuré l’étendue des dégâts. Jim allait apprendre le français avec l’accent provençal. Je voulus en avertir Jimmy, qui me fit une réponse de jésuite. Mais il est où le problème bann’dann’te prinn’cesse ? À une contre trois, j’ai dû capituler.

Il faut dire qu’ils se sont trouvés ces deux-là ! Leur complicité fut immédiate, à tel point qu’en arrivant à la maison du Toine, Alain nous accueillit par un tonitruant Té, Marcel, tu nous as ramené ton pote de régiment ? Avant de lui traduire ce qu’il venait de dire. Le mas était occupé par la petite classe qui répétait une saynète pour fêter son arrivée.

Alain venait de lui faire découvrir un des nombreux secrets de sa maison quand Jim s’exclama (l’Australien s’exclame beaucoup, c’est dans sa nature) J’aurais pu passer mille fois devant, je n’aurais rien remarqué ! Je te le jure !

– Hé, je te crois. Tiens, puisque t’es là, dis-y, toi !

– Ce ne sont pas mille, mais des millions de fois ! C’était la maison de mes grands-parents, j’y ai grandi et je n’en ai appris les secrets qu’à trente ans ! Et encore, parce que ma mamé les transmettait à sa vraie petite-fille, celle du cœur, à la belle Cathy, la femme d’Alain !

– Comment on dit “et de quelques autres” en anglais ?

Il y a peu, c’était moi à la place de Jim, je ne connaissais que peu de secrets de la maison de la rue basse, parce que je n’avais pas eu souvent l’occasion de m’y rendre et qu’elle en recèle davantage bien qu’étant plus petite. Quand Pierrot et Rosalie l’avaient achetée, elle était presque en ruine. Puisqu’ils la rénovaient et savaient pouvoir compter sur le silence des camarades qui les y aidaient, ils avaient pu en installer jusque dans certaines structures. Valentino avait expliqué à Christian sa technique arithmétique pour disséminer des cachettes sous le plancher à intervalles irréguliers, mais dont la logique lui permettait de pouvoir les retrouver sans avoir besoin d’en dessiner les plans. Et c’est en appliquant cette règle que Christian retrouva une petite cache oubliée de tous. Quand Christian m’a raconté l’histoire de cette découverte, Rosalie, Nathalie, Valentino, Barjaco m’étaient déjà assez familiers, mais je ne les connaissais guère que par ce que j’avais lu d’eux ou sur eux. En écoutant Christian, ils s’animèrent. Ils auraient pu apparaître en chair et en os devant moi, ils n’en auraient pas été plus vivants.

Valentino venait d’expliquer son système et voulut savoir si Christian l’avait compris. Ils entrèrent dans une chambre, Valentino supervisant les recherches de Christian, qui trouva toutes les cachettes. Valentino s’apprêtait à le féliciter avant de rejoindre les autres dans la salle à manger, quand Christian annonça Et la dernière ! Valentino allait lui expliquer pourquoi ce n’était pas possible, quand Christian ouvrit une petite trappe tronquée.

– D’un seul coup, les souvenirs ont assailli Valentino. Mais oui ! Elle avait donné lieu à moult négociations. Il avait fallu l’intervention de Rosalie pour que Valentino acceptât de la réaliser. Et c’était justement cette trappe qu’il avait oubliée. Mais ce n’est pas tout ! En descellant la trappe, j’y ai trouvé une petite boite, je l’ai brandie tel un trophée. Valentino sourit et me dit “pas besoin de clé, c’est un coffret à secrets que j’avais offert à la Confrérie du Bouton d’Or”. Nous l’avons descendu. En bas, il y avait Rosalie, Nathalie, Barjaco et Neuneuille, Monique, Alain, Cathy et leur petit qu’elle allaitait encore. Dans ce petit coffret, quatre compartiments et dans chacun, un petit bout de papier soigneusement plié.

J’avais découvert ce coffret oublié, il me revenait donc l’honneur de découvrir et d’annoncer le message qu’il contenait. Tous de la même main. Celle du Toine. Mon papé. Ce message lui tenait à cœur puisqu’il l’avait recopié sur chaque morceau de papier. Il tenait en trois mots La figure Rosalie. Nous avons failli perdre Neuneuille et Barjaco ce jour-là. À quatre-vingts ans passés, quand t’as été gazé dans les tranchées, un fou-rire peut devenir fatal !

Jim ne lâchait pas Marcel d’une semelle. Celui d’entre nous qui parle le moins bien anglais. Quand il lui présenta Mireille, il glissa à l’oreille de celle-ci Il te tarde, madame la curieuse, il te tarde ! Ce qui eut pour effet de la faire glousser et rougir violemment. Jim sursauta et la désignant s’exclama (qu’est-ce que je vous disais des Australiens…!) Wow ! Just like Princess ! Marcel fronça les sourcils, se racla la gorge. Em… Blann’cheu Minette ! Un sourire vainqueur s’épanouit sur le visage du Bavard. Une voix de plus dans son escarcelle et, qui plus est, une voix à l’accent méridional !

Mireille venait d’arriver de la salle de réception-bibliothèque où elle avait dressé deux ou trois petites choses à grignoter. Ce qui peut se traduire par les nazis peuvent revenir, on a de quoi tenir le siège, environ deux Leningrad. Nous nous retrouvâmes tous là-haut. Jim était le pôle d’attraction ce qui le mettait un peu mal à l’aise. Une fois encore, Marcel décoinça la situation en proposant de lui faire découvrir une de nos saynètes.

– Mais elles sont en français, nos saynètes ! Tu vas…

– Eh bé quoi ? Y en a certaines que même sans comprendre les mots, tu comprends quand même ce qui s’y passe et tu devines ce qui va se passer ! Hein ? Qu’est-ce t’en dis, toi ? Hein ? Mouvie ? Hein ? Yes ! Mouvie ! Vous voyez vous autres… Bon comme on est dimanche…

– On est samedi

– Ouais, sauf que chez lui, en Australie, on est dimanche et que les lois de l’hospitalité, si on les respecte… Té, Jimmy Môssieur « Je fais le tour du monde parce que je représente la France dans les colloques internationaux », t’as des progrès à faire question diplomatie ! Merde, y a des règles de base à connaître ! Donc, puisqu’on est dimanche chez lui, jour du Seigneur. Religion.

Dès qu’un personnage apparaissait à l’écran, Marcel le désignait à Jim.

– Hey ! C’est bon, Marcel, vous n’avez pas si changé que ça, il peut vous reconnaître !

– Ta bouche, Madame l’épouse de l’Ambassadeur de la culture française ! Tiens, regarde, par ta faute, tu nous as fait manquer l’essentiel, il va plus rien comprendre…

Il remit donc la vidéo tout au début avec pour prétexte, la question posée à Jim You understand ? Yes ? Ok ! Puis, alors que personne ne lui disait rien, se justifia Comme ça, je suis sûr ! Jim adora littéralement La novice à confesse. Marcel avait raison, bien qu’ayant des connaissances en français plus que limitées, Jim a su en comprendre et en apprécier le propos.

– Beut’ no mouvie ouisse ouaillete poussie…

À Jim fort surpris, Marcel demanda à Alain de traduire Ils se les gardent pour eux. Pourquoi ? Bé, demande-leur ! S’il n’a pas son pareil pour décoincer les situations, Marcel sait également en tirer profit… Afin de ne pas passer pour les derniers des égoïstes aux yeux de Jim, nous fûmes contraints à accepter de leur laisser visionner l’intégralité de nos petites vidéos quand nous serions au mas, puisqu’elles se trouvaient dans l’ordinateur de Jimmy…

– But… Princess

Sortant une clé USB d’une de ses poches, Jim la proposa à Marcel. Et si en plus, t’aimes le pastaga, je t’adopte ! Il a donc fallu faire goûter du Pastis à Jim qui venait de débarquer de Perth. J’eus beau arguer qu’après de longues heures de vol, deux escales, le décalage horaire, le choc culturel, ça n’était pas raisonnable, rien n’y fit. Aucun des effets délétères que je redoutais ne se produisit. Au contraire, l’ambiance se détendit aussi rapidement que les verges se tendirent. Le visionnage de certaines vidéos tournées en Nouvelle-Zélande permit à mes consœurs et confrères de faire plus ample connaissance avec Jim. En se voyant à l’écran, Jim interpela joyeusement Marcel.

– Me ! It’s me !

– Et là, madame l’épouse de l’Ambassadeur, j’y dis quoi ? Qu’il a pas beaucoup changé depuis ?

Une victoire de plus à son actif. Quand je vous parlais de catastrophe…

Jean-Luc nous rejoignit, Marcel entonna Un Balafré qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop. Son nom, il le signe à la pointe de son zguèg, d’un B qui veut dire Balafré ! Jim ne comprenait rien d’autant que les gestes de Marcel pouvaient prêter à confusion. Comprenant qu’il pouvait se méprendre, Alain traduisit les paroles et en expliqua la raison. Jean-Luc, fidèle à lui-même, donna son sexe à voir. Du coup, chacun montra son engin. Ces messieurs découvrirent donc le membre de Jim avant ces dames. S’ils marquèrent un point question diplomatie, ils en perdirent quatre, question galanterie !

– Fouille di roz’ !

Devant l’air surpris de Marcel, Jim répéta Fouille di roz’. Bouffer lo ku !

Boudiou ! Vous lui avez appris le minimum vital ! Et quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu sais dire d’autre en français ?

Jim se gratta le menton, compta sur ses doigts en énumérant Bonjour. Bonne nuit. Fouille di roz’. Bouffer lo ku. À genoux ! Mais vous êtes nue, madame ! Je t’aime. C’est trop bon. Sodomie polie. Fellation post-prandiale (étrangement fort bien prononcée).

– C’est tout ?

Touché par je ne sais quelle grâce, Jim eut un éclair soudain Jimmy t’es le roi des cons ! Personne ne voulut admettre que j’ignorais où et comment il avait pu entendre cette phrase. Plus tard, alors que Sylvie, Mireille, Alain, Christian, Jimmy et moi parlions avec lui, Jim demanda Où est Marcel ? Christian lui désigna le banc de prière et de contrition où Marcel et Monique se livraient à une levrette de fort belle manière. Jim sursauta et s’exclama La levrette à Dédette ! ce qui nous fit bien rire.

En regardant dans la direction du banc, je vis Jean-Luc dans la bouche de Monique. Il me fit un clin d’œil conquérant, un brin hautain, mais tellement complice… Alain vanta la qualité légendaire des pipes de Monique. Jim pour indiquer à Alain qu’il mémorisait l’info, hocha la tête en répétant Mounico.

– Il nous l’a ensorcelé ! Le Bavard a jeté un sort sur Jim !

Son explication est plus terre-à-terre. C’est parce que vous parlez trop bien, trop compliqué. Moi, je cause facile, je prononce pas tout. Pour le moment, Marcel était trop occupé avec Monique pour remarquer que nous l’observions.

Jim piquait du nez. En parfaite hôtesse, bien qu’étant dans la maison du Toine, je lui proposai de lui montrer sa chambre. Nous rejoignîmes celle qui nous était réservée. Il tombait de sommeil, mais regrettait de rater cette soirée. Je lui indiquai les œilletons dissimulés dans la pièce. Il sourit en louant l’ingéniosité des anciens.

Le petit judas dissimulé au-dessus de la tête du lit permet d’avoir une vue plongeante sur la bibliothèque. Nous ne résistâmes pas à la curiosité. Marcel était avec Monique, Cathy et Daniel. Mireille avec Alain, Sylvie et Martial. Jimmy allait d’un groupe à l’autre. J’en profitai pour lui donner une leçon de français ainsi que les termes propres à notre Confrérie. Je désignai Martial, Sylvie, Alain et Cathy. La figure Rosalie. Jim sourit et répéta. La figure Rosalie.

Nos peaux se retrouvèrent, mais la fatigue du voyage, le décalage horaire et pour finir le pastis et le rosé que c’est presque pas du vin tellement c’est léger eurent raison de Jim qui tomba comme une masse. Je me lovai contre lui et m’endormis à mon tour. À son réveil, nous dormions tous. Comme nous l’en avions prié, il découvrit la maison. En arrivant dans la cuisine, il tomba nez-à-nez avec Marcel qui bougonna.

– Je suppose que c’est du thé pour toi ? Hein ? Tea ?

– Em… coffee, please.

Coffee ?! T’es un bon gars, mon gars !

Marcel avait acheté un traducteur vocal, il râlait parce que la machine est pas foutue de me comprendre, elle me force à prendre l’accent pointu, celui du Nord. Jim lui avait répondu qu’il rencontrait le même problème. Ils étaient en grande discussion quand Mireille fit son entrée.

– Odette dort encore ?

– Pourquoi ?

– Ce qui m’ennuie, c’est que nous sommes dimanche… la tradition…

– La tradition traditionnelle, tu veux dire ?

– Hé oui, mon Marcel… Il reste un peu de café ?

– Assieds-toi à côté de Jim… l’honneur de la France est en jeu, tu tiens son destin entre tes mains, tes jolies lèvres et au bout de ta langue… Courage, belle Mireille, pense à la France. Tout ira bien.

Marcel se leva, servit un bol à Mireille tout en articulant au traducteur La tradition française de l’hospitalité ! Jim pensa que Marcel employait une formule grandiloquente pour évoquer la galanterie dont il faisait preuve en servant un café à Mireille. Elle en but une gorgée avant de plonger vers l’entrejambe de Jim qui fut ravi de sa méprise. Il s’exclama Fellation post-prandiale ! Marcel le détrompa. Non, non, non. Turlutte matinale ! Tel un diable jaillissant de sa boite, Mireille outrée repris sa place. Si c’est pour lui apprendre n’importe quoi, c’est pas la peine ! Pff…“turlutte matinale”…n’importe quoi ! Se passant du traducteur, elle dit Ce n’était pas une turlutte matinale. Non. Not turlutte matinale. Mais but gâterie dominicale. Gâ-te-rie do-mi-ni-cale.

Jim, en élève appliqué, répéta gâ-te-rie do-mi-ni-cale et, toujours avide de connaissances demanda ce qu’était une turlutte matinale. Mireille s’appliquait à montrer la différence à Jim qui voulait être certain de l’avoir bien saisie, quand je les rejoignis suivie de peu par les membres de la Confrérie. Marcel, pour une fois laconique, nous expliqua. Diplomatie. Si le petit-déjeuner n’a pas tourné à l’orgie, c’est parce que nous avions invité nos amis irlandais à découvrir notre univers avec autant de chaleur qu’ils nous avaient fait découvrir le leur. De plus, cela permit de donner un peu d’air à Jim qui ne fut plus l’unique pôle d’attraction.

Je ne sais pas quelle était son intention quand il demanda à Mireille qui scrutait attentivement son membre s’il était si différent que cela de celui de Martial. Elle suffoqua de surprise. Bien sûr ! Comme il l’est de celui de Marcel, d’Alain…t’as déjà vu deux sexes identiques, toi ?! Je traduisis son propos avec tant de véhémence que Marcel en plaisanta. Hou ! Avec ta question, tu nous l’a dédoublée ! Elle a fait rappliquer sa sœur jumelle !

L’éducation du dedans

Odette&Jimmy – Odette achève son récit

En relisant mes notes, Jimmy m’a dit Je n’avais pas pensé, en t’invitant à venir t’installer au mas, que ça me priverait de l’effet de surprise pour nos prochains voyages…et dans un sourire, avec son plus beau sourire, il ajouta mais le jeu en vaut largement la chandelle !

Le jour qui a précédé mon intronisation à la Confrérie du Bouton d’Or, alors que mes récits circulaient de main en main, Christian et Alain ont froncé les sourcils d’un air suspicieux.

– Tu avais dit qu’à part Bertrand, tu n’avais couché qu’avec Jimmy avant de venir ici… pourtant ce Jim… ces Irlandais… tu as bien couché avec eux, non ?

– Non ! Jamais ! Pas une seule fois !

J’avais tapé du poing sur la table, faisant sursauter l’assemblée, tant l’offense qui m’était faite était de taille.

– Comment ça Non ?

– Ben non, le contraire de oui ! Dis-leur, toi !

Jimmy ricana.

– Laisse-moi profiter de ton art oratoire, je ne m’en priverais pour rien au monde !

Pointant un index réprobateur dans leur direction.

– Si vous aviez pris la peine de lire consciencieusement les récits qui les concernent, vous auriez remarqué que les seules fois où Jim m’a pénétrée de son magnifique membre, que Socrates, Linus ou Gideon ont fait de même, j’avais les yeux fermés voire bandés ! Alors, hein… que répondez-vous à ça, messieurs les suspicieux ?

Christian et Alain se regardaient, consternés.

– Quel est le rapport ?

– Quel est le rapport ? Quel est le rapport ?!?! Mais tout le monde sait bien, tout le monde vous dira… interrogez mes consœurs si vous ne me croyez pas… Quand on voit pas, ça compte pas !

Un yeah ! approbateur et unanime de mes consœurs, les applaudissements de mes confrères m’accordèrent cette victoire. Plus tard, Christian voulut savoir si je connaissais notre prochaine destination.

– Non. Aucune idée.

– Au moins, tu sais dans quelle partie du globe, c’est déjà ça !

– Bah non ! Comment veux-tu que je le sache ?

– Mais bourrique, t’as pas remarqué ?! Regarde Perth-Jim, un, deux, Nouvelle-Zélande-Jim, un, deux, Outback-Jim, un, deux… et là… ? C’est quand même malheureux que ce soit moi, le couillon de la bande qui doive te l’espliquer…!

Marcel s’était joint à la conversation et bougonnait devant mon manque de jugeote.

– Sauf que t’es pas un couillon. Tu joues au con avec les estrangers, mais avec nous… tu es démasqué !

– Boudiou ! Si j’étais pas déjà fou amoureux de Madame et si tu l’étais pas de Jimmy, je crois que je pourrais tomber amoureux de toi ! Ou de Mounico. Ou de Sylvie. Pas de la belle Cathy parce que je pourrais pas rivaliser avec ses deux zigotos… Mais tu me plais bien, la Princesse à Jimmy. Tu me plais bien !

Jimmy maugréa Maintenant que vous lui avez dévoilé mon astuce, je vais être obligé de tout chambouler mes plans Merci bien ! Monique et Jean-Luc se regardèrent et se tapèrent dans les mains Cool ! Un air d’incompréhension flotta dans pièce, rapidement dissipé par les exclamations de joie. C’est ainsi que nous avons décidé d’inviter Jim à passer les sept premières semaines de 2020 avec nous, au mas.

Depuis le début de l’été, nous lui organisons un séjour à la hauteur de l’estime que nous lui portons. Les répétitions s’enchaînent, je sais bien que la soirée d’accueil pour Jim n’est qu’un prétexte, mais je fais semblant d’y croire, comme tout le monde.

L’aisance avec laquelle je me suis fondue dans cette famille ne me surprend même plus. La présence de Martial me pose finalement moins de problème que celle de Jean-Luc qui s’amuse à me faire rougir en me donnant à lire les pages de ses journaux intimes de 1966 à 1969, celles où il parlait de moi, de ce qu’il faisait en pensant à moi, à tous les subterfuges auxquels il avait pensé pour trouver le moyen de m’espionner dans ma chambre ou dans la salle de bain. L’unique fois où le miracle des miracles s’était produit, il en avait été paralysé de surprise et de longues pages étaient consacrées à ses remords.

Je rougis en écrivant ces mots, parce que je me souviens précisément de la scène. Jean-Luc venait de se laver les mains, se les était essuyées et pour ce faire, avait utilisé la serviette posée sur la barre au-dessus de la douche. Douche sous laquelle je me trouvais, en train de me faire égoutter. L’appartement était mal chauffé, attendre quelques instants, à l’abri du rideau, dans une chaleur moite permettait de ne pas trop mouiller la serviette et ainsi éviter d’avoir froid en rejoignant nos chambres.

Jean-Luc sortait de la salle de bain quand je m’aperçus que la serviette avait disparu. J’ouvris le rideau de douche avec toute la rage engendrée par cette mauvaise plaisanterie. Martial, t’es le roi des cons ! Au passage, j’avais empoigné la serviette qui pendait sur le rebord du lavabo et poursuivis celui que je croyais être mon frère.

Jean-Luc se retourna, son regard glissa le long de mon corps. Tentant de garder un semblant de dignité, je me ceignis de la serviette en passant, la tête haute, devant lui, je lui dis d’un ton très détaché Je croyais que c’était Martial qui me faisait une blague. Salut ! Je m’étais ensuite enfermée dans ma chambre, tremblant rétrospectivement à l’idée du pauvre petit Jean-Luc victime une crise cardiaque. Je racontai l’incident à mes parents qui me conseillèrent de faire comme si de rien n’était. Et de prendre l’habitude de siffloter, de chantonner en phase d’égouttage. Habitude que j’ai gardée.

Je ne suis même plus surprise d’être la muse de Joseph. Nous passons de longues heures ensemble. Il esquisse du bout des ongles de somptueux bijoux sur mon corps, bijoux qu’il reproduit ensuite sur papier. Je ferme les yeux sous ses caresses et devine l’histoire qu’il veut me raconter. Je succombe avec aisance d’un homme délicat qui prend tant de plaisir à m’en offrir, en me faisant jouir de ses caresses, qu’il ne ressent pas le besoin d’en prendre davantage.

Daniel est un joyeux drille, mais toujours emprunt d’une certaine raideur en ma présence. Avant-hier, alors que j’assistai à la répétition de La novice à confesse, il s’est approché de moi, a calé son sexe entre mes seins, Pardon, c’était trop tentant !, a éclaté de rire avant de tourner les talons pour rejoindre sa place.

– Hep, hep, hep ! Monsieur le Notaire, reviens par ici, j’aurais deux mots à te dire !

C’est d’un pas guilleret qu’il est revenu vers moi, comme il le fait habituellement avec mes consœurs.

Marcel insiste pour qu’on porte à l’ordre du jour mon changement de surnom arguant que Princesse, c’était son nom d’amour que Jimmy lui avait trouvé rien que pour eux deux c’est presque du vol. Les autres lui ont opposé On t’a toujours appelé le Bavard, Daniel le Notaire et Jean-Luc le Balafré

– N’empêche que je trouve qu’on devrait la mettre au vote, mon idée… Moi, je l’aime bien le surnom que je lui ai trouvé… Blanche-Minette… ça lui va bien…Blanche-Minette.

Nous consentons à porter ce point au prochain ordre du jour, dans les questions diverses. Sachant qu’en règle générale, le premier point est une représentation théâtrale, nous n’avons pas fini de débattre du point 2, à savoir en ce moment, l’organisation du séjour de Jim, qu’une orgie débute. Il semblerait que les questions diverses soient abordées au point numéro 7, mais de mémoire de confrères et sœurs, jamais aucune séance n’y est parvenue !

Mais ce que j’apprécie par-dessus tout, ce sont ces longues journées de farniente avec mes consœurs. Vautrées sur les sofas, les fauteuils ou les chaises longues, nous parlons avec la même insouciance qu’à l’adolescence, la confiance absolue en plus, de sujets sérieux aussi bien que de très légers.

À la question À part Jimmy, lequel choisirais-tu, si tu devais n’en garder qu’un ? j’avouais mon impossibilité à faire un choix.

– En plus, je ne le ferais pas pour les raisons que vous pourriez croire. Alain, par exemple, il a une grande et grosse bite étonnamment dure, il la manie avec art, et je ne parle que de la queue, pas la peine d’évoquer ses autres talents (murmure unanime d’approbation), mais si je devais le choisir, ce serait pour ses goûts musicaux, pour sa façon de me faire danser, pour la façon dont il me parle de Cathy quand je pose pour lui… Jean-Luc me déstabilise avec ses sourires ironiques. Parfois… Je me demande parfois s’il ne me baise pas divinement bien, rien que pour se moquer de toutes ces années où je l’ai cru puceau… et sa manie de me demander Ça va ?… Oh que ça m’agace !

– Et tu sais d’où ça vient ?

Monique prit un air de conspiratrice et poursuivit.

– Étant donné qu’il est le deuxième homme de ma vie, j’ai bien le droit de le trahir un peu… surtout que c’est pour venir en aide à une consœur… Tu te rappelles du dernier été qu’il a passé avec vous, juste avant sa première affectation ?

– Bien sûr, que je m’en souviens, mes parents venaient de quitter Paris pour Avranches… c’est l’année où j’ai connu Bertrand !

– Qui n’avait pas osé te rejoindre et faire la connaissance de ta famille. Vous étiez sur la plage, Martial, Jimmy, Jean-Cule et toi. Tu étais partie nager avec Martial et Jimmy et lui était resté sur la plage. Quand il t’a vue sortir de l’eau, à contre-jour, il s’est mis à bander tellement fort qu’il a commencé à se branler en protégeant ses gestes des regards avec le drap de bain qui était posé à côté de lui. Tu avançais vers lui, tes hanches ondulaient. Il imaginait toutes les façons de te faire crier de plaisir. Tu t’es penchée vers lui, les cheveux dégoulinants. Des gouttes ont mouillé son torse. Tu as récupéré ton drap de bain. T’es essuyé les cheveux. Lui as demandé Ça va ? Il ne pensait qu’à son gland qui dépassait de son maillot de bain. Il ne savait que faire. Le cacher et prendre le risque que tu le remarques ? Ne rien faire et que tu le remarques quand même ? Alors sa gorge s’est nouée et il a couiné un Ça va ridicule. Et depuis, il s’est juré qu’un jour, il te fera tellement jouir qu’à ton tour, tu couineras Ça va !

– J’arrive pas à m’imaginer le Balafré en Pierre Richard du linge de bain, mais j’attends avec impatience une de ses mésaventures avec un gant de toilette !

– Mireille, t’es la pire de toutes !

– La flatterie ne te mènera à rien avec moi, Blanche-Minette !

– Si tu t’y mets aussi…

Nous sirotions nos boissons, quand nos regards sont tombés sur un drap de bain froissé qui traînait sur la terrasse. Nous avons éclaté de rire.

– J’ai une idée ! Si je lui faisais le coup de couiner ça va ? Vous en pensez quoi ?

– À condition qu’on soit toutes présentes quand tu le feras ! Une pour toutes, toutes pour une ! Pomponnettes Power !

– Ça allait de soi, Cathy ! Et toi, Monique, si tu avais à choisir ?

– À choisir en plus de Christian, d’Aloune et de Jean-Cule ? Hou la… la ! Le Bavard oui… parce que… on se comprend… (murmure unanime d’approbation)… Jimmy je dirais pas non… mais bon, mon Titi…

– Martial ?!

– C’est qu’il baise sacrément bien, ton frère !

– Pour sûr, c’est le moins qu’on puisse dire !

– On ne peut pas lui retirer ça !

– Martial ?! Martial, le gros nounours ?!?!

– Si c’est un gros nounours, je veux bien être son pot de miel !

– Monique !

– Quoi Monique ?! T’es mal placée pour le nier, Madame Touré ! Tu le trouves comment au pieu, ton mari ?

Sylvie sourit, son regard plongea en elle-même.

– Hé ho ? Y a quelqu’un ?!

– Et toi, Mireille ?

– Moi ? Je sais pas… je suis tellement comblée avec mes deux hommes… Ils se complètent si bien… Rien qu’à sa façon d’entrer dans notre chambre, je sais si Marcel va me prendre dans ses bras ou s’il préférera me voir dans ceux de Daniel… On l’a toutes fait, alors reconnaissez qu’il n’y a rien de plus agréable que s’endormir entre deux hommes qui viennent de vous faire l’amour. Et de ce côté-là, je suis gâtée !

– Tu te souviens du moment où tu es tombée amoureuse de Marcel ?

– Oui ! Parce que ça a été la première fois !

– Un coup de foudre ?

– Non. Le contraire, même ! Je le regardais faire, il n’arrêtait pas de jacasser… Vulgaire ! « Boudiou ! J’ai envie de me vider les couilles dans ton petit con ! » « Boudiou, je vais tellement bien te le fourrer ton abricot que tu en redemanderas ! » « Boudiou, tu le sens comme je me les vide ? » « Allez, viens nettoyer les outils ! » Il savait y faire, mais ses mots… ses commentaires… Dès qu’il a posé ses mains sur moi, j’ai oublié ma répulsion. Il a commencé à parler alors qu’il « visitait l’intérieur de ma grotte sacrée ». Je l’ai supplié « S’il vous plaît, cessez vos commentaires. Je vous en supplie, arrêtez vos bavardages ! » « Mais tu vas la fermer, Madame la bourgeoise ? Attends, je vais te faire taire, moi ! » Il m’a fourré sa grosse verge dans la bouche. « Ah, voilà qui est mieux ! » ses commentaires restaient orduriers, mais m’indiquaient comment le sucer. Plus tard dans cette soirée, quand nous avions joui l’un de l’autre… Quand il a éjaculé en moi, il m’a dit « Boudiou ! » et alors que j’attendais une insanité, il a plongé son visage contre mon cou « Merci, Mireille. Merci. Vous êtes une reine ! » Je l’ai embrassé. J’étais tombée amoureuse. Mais je ne suis jamais autant heureuse avec Marcel que lorsque Daniel est avec nous. Souvent, quand nous sommes que tous les deux, qu’il lit un roman, je l’observe en mesurant ma chance de l’avoir pour époux. Quand il devine mon regard posé sur lui, il décale un peu le livre « Que me vaut ce joli sourire ? » « Je suis tellement heureuse que tu m’aies choisie parmi toutes tes prétendantes… ! » C’était vraiment un beau parti dans mon milieu. Il était invité dans les familles qui avaient une fille à marier, j’en connaissais au moins quatre, mais c’est moi qu’il a choisie ! « Allez, approche un peu, jolie bécasse que je te fasse rougir des orteils jusques aux cheveux ! » Alors, en choisir un autre… non… sauf Martial bien sûr… alors oui, va pour Martial !

– Non, non ! Là, tu me charries, Mireille ! Là, tu me charries ! Et toi, Cathy ?

– Moi ? En plus d’Alain, de Christian, de… Oh, à ce propos, Monique, j’ai croisé le Siffleur hier à la supérette…

– Et comment va-t-il, ce cher Siffleur ?

– Bah, comme d’habitude… il siffle… il m’a offert le café, je l’ai fait siffler dans sa cuisine et de fil en aiguille, on s’est dit qu’on pourrait aller le retrouver un de ces jours pour le faire siffler, toi et moi…

– Quelle bonne idée ! Mais, ma chérie, c’est pas après toutes ces années que tu vas réussir à m’enfumer aussi facilement… alors ? Lequel ?

– Tant que j’ai mon Alain, ma Monique et mon Christian… bon… on va dire Jimmy…

 Jimmy ?!

– C’est un peu ta faute, quand même, Princesse ! Jimmy a toujours été un bon coup. On est bien d’accord ? (murmure unanime d’approbation) Mais depuis qu’il te fait découvrir de nouveaux horizons… Aïe ! aïe ! aïe ! Quand il revient, il est chaud bouillant pendant six mois, et les suivants, il l’est encore plus à l’idée de te revoir ! Mais ça, par contre, il nous avait jamais parlé de ce Jim ! Mais quand on y pense, les retours après Jim… n’est-ce pas, mesdames ? (nouveau murmure d’approbation unanime) et depuis que tu es avec nous, qu’on a lu tes récits… J’aime bien quand il te regarde, le voir heureux… et quand tu pars avec Alain, que nous parlons lui et moi, j’aime bien ce qu’il me dit de toi… de votre étonnement au réveil… quand tu sembles étonnée de réaliser que tu ne rêves pas, que tu es vraiment avec lui, qu’il le lit dans ton regard alors que lui-même est étonné que tu sois à ses côtés, que tu aies tout abandonné comme ça, pour lui… que tu laisses la jouissance de ton appartement à Émilie… et si nous faisons l’amour, je lui demande de me le faire comme il voudrait te le faire… tu sais, il t’aime vraiment !

– Tu me racontes ce que je vis avec Alain. Quand il me parle de toi… même parfois, au milieu d’un spectacle ou d’une orgie, quand tu ne le vois pas, qu’il te voit et qu’il me dit Regarde, comme elle est belle, ma Cathy ! Et quand il me raconte votre histoire ! Je n’en reviens pas ! Non, mais… réfléchis. Mets-toi à ma place. Alain, le dessinateur industriel à la grosse bite. Rien de plus à offrir. Monique qui doit prendre le train pour Paris, qui décide de rencontrer Cathy. Moi, je suis chez moi, au courant de rien. D’un seul coup, déboule Christian qui me demande un coup de main pour transporter son lit vers la maison de la rue Basse. De là, j’apprends que Monique s’installe chez nous. Qu’on va fêter ça, et que nous voilà partis chercher Catherine chez elle. Et qu’elle veut bien ! Et que depuis cette nuit, on est ensemble ! Tu te rends compte ? La Catherine ! Avec moi ! Et, toi Sylvie ?

– Moi ? Jean-Luc baise vraiment bien… Alain aussi… Marcel bien sûr… non… je ne saurais pas lequel… parce que Joseph…brrr… je frissonne de plaisir rien que d’y penser… !

En femmes avisées, nous avons donc décidé de ne pas faire ce choix à la légère, c’est pourquoi nous nous réservons encore quelques années de réflexion.

– Blanche-Minette, tu pourrais nous raconter une nouvelle fois… le membre de Jim et tout… Non, ne souris pas ! C’est pour qu’on sache la meilleure façon de l’accueillir… l’honneur de la France, son accueil légendaire… tu vois ? C’est presque… patriotique !

Odette&Jimmy – Retour au Canada

– Si je te dis Toronto, tu réponds quoi ?

– Les enquêtes de Murdoch !

– Les enquêtes de quoi ?!

Devant son air ahuri, je traitai Jimmy de sale intello nécrosé par son confort bourgeois, mais me gardai bien de lui fournir l’explication qu’il attendait.

J’aimais le luxe de ces vols transatlantiques en classe affaire. Fidèles à nos habitudes, j’avais joué à l’épouse peureuse en avion et Jimmy au mari attentionné qui couvre le visage de sa moitié avec sa couverture. Ainsi aveuglée, rassurée par la chaleur de ses cuisses, je pouvais calmer ma crise d’angoisse et m’endormir paisiblement. Après avoir expliqué la situation à l’hôtesse de l’air, il avait mis son masque occultant sur les yeux et éteint la veilleuse. L’hôtesse nous ficha la paix pendant les heures qui suivirent.

Juste avant de jouer cette comédie, je lui avais susurré à l’oreille Petite pipe dans l’espace aérien, tout va bien, il semblait avoir tiqué. Quand l’hôtesse se fut éloignée, il marmonna Petite pipe dans l’avion… hmm… c’est trop bon !

Alors que nous découvrions, ébahis comme à chaque fois, notre suite nuptiale, Jimmy me prit dans ses bras, plongea son regard dans le mien et sur un ton plus solennel me reposa la question.

– À ton avis, pourquoi ai-je choisi de t’emmener à Toronto ?

– Parce que c’est notre dixième voyage et que tu veux savoir si désormais, je peux réveiller les ours ?

– Ah ah ! Sache que j’ai un peu plus d’ambition que ça, belle insolente ! Nos cris seront-ils assez puissants pour inverser le cours des chutes du Niagara ?

– Ouah ! Sacré défi ! Et si on rate, on plonge ?

– Ah ah, non ! Il y aurait des épreuves de rattrapage, mais je nous fais confiance !

Jimmy avait prévu un séjour autour des lacs. La première étape nous fit découvrir les chutes du Niagara, que nous admirions emmitouflés dans de gros anoraks et pantalons d’hiver. Jimmy me remercia de lui permettre de vivre enfin ce fantasme qui le tenait depuis l’adolescence. Devant mon air surpris, il précisa À cause du film.

– Celui avec Marilyn ?

– Oui !

– Tu me compares à Marilyn ?!

– Oui !

Je baissai les yeux pour vérifier que j’étais bien vêtue comme je le pensais ou si par le plus grand des hasards, ma tenue spéciale froid polaire ne s’était pas transformée en robe moulante à mon insu.

– Mais même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pu imaginer que la femme avec qui je les découvrirais serait aussi sexy que toi !

La veille, sur la route qui nous menait de l’aéroport aux chutes du Niagara, je m’étais mise à me dandiner ondulant les bras comme une danseuse orientale. Jimmy me regardait, perplexe. Je lui demandai de stopper la voiture devant un panneau indicateur, sortis et fis quelques pas de danse devant lui. Air ahuri de Jimmy. De plus en plus agacée, je lui désignai le panneau, dansai à nouveau. Jimmy était passé du stade ahuri au stade vaguement inquiet. Vexée, un peu furieuse, je repris ma place à ses côtés en bougonnant.

– Si t’étais un peu plus ancré dans le quotidien des gens normaux, tu aurais compris, tu aurais ri et je t’aurais épaté. Alors que là… juste tu me regardes comme si j’étais complètement tarée ! Le panneau, mes pas de danse… Si tu regardais un peu plus la télé au lieu d’avoir le nez plongé dans tes bouquins, t’aurais compris direct et j’aurais eu droit à des étincelles d’émerveillement dans ton regard, mais voilà… Permets-moi de te dire que tout savant que tu es, ben t’as de sacrées lacunes en matière de séries télévisées, toute une éducation à refaire !

– C’était donc ça, les enquêtes de Bullock ?

– De Murdoch ! Les enquêtes de Murdoch ! Mais cette fois, ce n’était pas celle-ci. Tu t’en es arrêté où, question séries ? T’as continué après Zorro ? Columbo, par exemple, ça te dit quelque chose, Columbo ?

Jimmy riait et l’idée nous vint d’un séjour studieux où il comblerait ses lacunes, grâce à mes devoirs de vacances. Arrivés à l’hôtel, je débutai ma première séance. Puisqu’il n’avait pas souri à mon astuce et que le souvenir de ma prestation était encore frais, je décidai de l’initier à Dr House. Pour lui donner un supplément de motivation, je me mis sous l’écran et débutai un strip-tease durant le générique, strip-tease que j’interrompis dès le début de l’épisode. Jimmy tenta de m’apitoyer, je demeurai inflexible. Un élément vestimentaire ôté ou échancré par épisode. Rien de plus. Et la leçon durera jusqu’à ce que tu aies saisi mon astuce.

Son œil frisa et son sourire s’élargit bien plus tôt que je ne l’aurais cru. Mais son côté vieux prof sentencieux a vite refait surface. C’est Huntington, le panneau indiquait Huntingdon ! Mais c’était très bien vu ! Il me raconta ensuite les querelles sans fin entre la petite Nathalie et son père, Christian lequel affirmait se foutre de la véracité, de la crédibilité des cas et des circonstances des diagnostics. Si j’avais envie de réalisme, je regarderais un documentaire, pas une fiction !

– Pour autant, je crois n’avoir jamais regardé un seul épisode.

– Alors, concentre-toi, interro à la fin de l’épisode !

Je m’installai contre son corps, mais anticipant mes desseins en vue de le perturber, il décida de modifier un chouïa les règles. Puisque j’étais d’humeur taquine, il estimait être dans son bon droit. Il couvrit ma tête du plaid posé sur le fauteuil le plus proche et choisit un épisode au hasard. J’attendis la fin du générique pour débuter une pipe d’anthologie, à en croire ce flatteur de Jimmy. Il est vrai que je me sentais l’esprit léger, comme si je n’avais jamais eu le moindre problème, le moindre tourment dans ma vie. J’avais cette certitude que le monde s’offrait à moi, qu’il me suffisait d’avoir ne serait-ce que l’idée d’un rêve pour qu’il se réalise.

Ma bouche prenait un plaisir incroyable à faire l’amour à son sexe. Ma langue, plus qu’humide, allait et venait, s’aventurant jusqu’à son aine, en passant par ses bourses qu’elle se disputait avec ma bouche. Parfois, ma langue remportait la victoire et pouvait les lécher vibrant jusqu’au périnée. Parfois, la victoire revenait à ma bouche qui pouvait les gober à l’envi. Et l’ardent désir de sentir à nouveau les reliefs sinueux de sa hampe, le goût de son gland soumis aux va-et-vient de ma bouche s’emparait de moi. J’en profitais tout en faisant onduler ma langue le long de sa p’tite bosse. Ses doigts se crispaient sur mon occiput arrachant quelques petits cheveux de mon crâne. Quelle divine douleur ! De celles que j’appelle de mes vœux en certaines occasions.

Bien évidemment, je stoppais toute caresse, tout attouchement, tout baiser dès que je le sentais sur le point de jouir. Sinon, quel aurait été mon intérêt ?

À la fin de l’épisode, je lui posai trois questions. Il ne put répondre à l’une d’elles et se trompa pour les deux autres. Son sourire était éclatant. Il avait remporté la partie puisqu’il était évident qu’il avait besoin d’une leçon de rattrapage. Une autre erreur à porter à son passif.

– Puisque tu sembles trop fatigué pour le moindre effort de concentration, je vais te laisser dormir tout seul, pendant ce temps, j’en profiterai pour lire un bon roman.

– Ah non ! C’est pas ça que j’avais…

– Prévu ? C’est qui l’élève et c’est qui la prof ?! Hein, dis-moi, c’est qui ?!

– Et toi, alors ? Serais-tu capable de répondre, hein ? T’étais concentrée, peut-être ? Alors, réponds, quelle pathologie ? Cite au moins une erreur diagnostic sur ce cas et quel a été le déclic pour House ?

– Docteur House, si tu permets… Respect jamais ne nuit !

Abasourdi que j’ai pu répondre aux questions, Jimmy reconnut la réalité de ce qu’il pensait être une légende. Le cerveau d’une femme est capable d’accomplir différentes tâches tout en restant concentré sur chacune d’elles, ce qui est impossible à un cerveau masculin. Il était tellement emballé par cette certitude… Comment aurais-je pu trouver la force de l’ébranler en lui soumettant mon explication plus prosaïque ? Dix ans de soirées en tête à tête avec ma télé et les multi rediffusions sur les chaînes de la TNT m’ont surtout permis de mémoriser le scénario de chaque épisode.

Toute auréolée de cette victoire, je refusai fermement de combler ses lacunes concernant Les enquêtes de Murdoch. Ce sera à Toronto et pas avant ! J’acceptai, toutefois, de retenter l’expérience avec un autre épisode de Dr House. Jimmy voulu équilibrer nos chances et me proposa d’en suivre un épisode en VO.

– Que signifie cet irrésistible sourire énigmatique ?

– Que grâce aux progrès techniques et à mon envie de progresser en anglais…

– Mais tu as donc pensé à tout, diablesse !

Malgré mes protestations, il recouvrit mon visage du plaid avant le début de l’épisode. Non, mais ! Piquée au vif, je relevai le défi pour cette seconde fellation, mais le bougre avait plus d’un tour dans son sac. Au premier tiers de l’épisode, sa main glissa de ma nuque à mon cou, d’un doigt habile, il dégrafa le bouton de ma robe. Sa main se faufila entre le tissu et ma peau, ses ondulations ouvrirent ma fermeture-éclair tout au long de sa progression vers mes reins. Cet homme serait capable de faire fondre la banquise s’il lui en venait l’idée !

Son sexe gouleyant dans ma bouche me grisait déjà, sa main à l’orée de mes fesses m’enivra tout à fait. J’en oubliai même le défi. A-t-il remarqué la particularité de la robe que je porte ? Il me rendait folle de désir à caresser mon dos, mes reins, mes fesses et à faire le chemin à rebours pour se crisper sur ma nuque dès que je me cambrais pour m’offrir tout à fait. Je tentai un T’as pas le droit, peu convainquant. Il se contenta d’en rire. Je me levai d’un bond, en profitai pour jeter un coup d’œil à l’écran. Quelle chance, l’unique épisode réalisé par Hugh Laurie ! Ça me fera une question subsidiaire à lui poser !

Je me dirigeai vers le dressing et sortis de ma valise perso, le cadeau que m’avait envoyé Sylvie. Je revins vers Jimmy en agitant le pochon dans lequel il se trouvait.

– Mon cher Jimmy, puisque tu ne veux pas éteindre l’incendie que tu as allumé, permets-moi de te présenter celui qui partage désormais mes nuits torrides, mon nouvel époux !

Jimmy me prit le pochon des mains regarda à l’intérieur avant d’éclater de rire. De ce rire si particulier qui m’enflamme à chaque fois.

– Vous en êtes encore aux fiançailles ? Le mariage n’a pas été… consommé, me semble-t-il. À moins que ce ne soit plutôt avec l’emballage ?! La princesse est gourmande de rugosité !

– Mais quelle conne ! Quelle conne ! Quelle conne !! En fait, je voulais le découvrir avec toi… mais quelle conne !

Avec six heures d’avance sur l’horaire officiel, nous décidâmes d’en profiter pour ouvrir nos autres cadeaux Après tout, il est minuit passé en France… Dans un réflexe, j’avais refermé ma robe et quand il me vit revenir pour la seconde fois du dressing avec mon cadeau à la main, Jimmy me sourit.

– Le bleu te va aussi bien que le blanc, Princesse ! Par quel miracle as-tu retrouvé la même ?

Mes chères consœurs, reconnaissez qu’il est impossible de ne pas succomber à un homme capable de remarquer ces détails. Et ne vous avisez pas d’ironiser à propos de l’avantage d’être amoureuse d’un historien, parce que j’y ai pensé avant vous !

– J’ai vu une affichette d’une couturière à domicile, j’y suis allée avec un des carnets de maman. Tu sais, j’ai enfin trouvé le courage d’ouvrir les cartons qui m’étaient destinés et dans ce qu’ils m’ont légué, il y avait tous les carnets de maman. D’ailleurs, à ce propos… Elle y tenait ses comptes, mais pas que. Elle y notait des recettes de cuisine, nos appréciations, commentaires et suggestions. Elle y notait aussi les divers rendez-vous, mais surtout ses patrons de couture, ses projets et dans quel autre carnet on pourrait trouver la fiche technique. Toute une organisation qui ne m’étonne pas, mais dont je n’avais jamais soupçonné l’existence.

J’ai retrouvé la fiche de ma robe, je l’ai apportée à la couturière en lui demandant s’il lui serait possible de l’adapter à ma morphologie actuelle. Elle était épatée de la précision, des échantillons de tissus proprement agrafés à la fiche. Elle pensait que maman avait été styliste ou couturière. Je lui ai expliqué qu’elle n’avait pas pu réaliser ce rêve parce qu’il faut bien manger ! Et toujours cette crainte d’avoir à assumer seule la charge de la famille, si papa était contraint à retourner vivre en Côte d’Ivoire. La couture ça gagnait moins qu’agent hospitalier et à l’hôpital, l’emploi était garanti. Je n’ai pas le souvenir d’avoir acheté du prêt-à-porter avant leur départ pour Avranches, mais une chose est certaine, je n’ai jamais eu honte de ce qu’elle me cousait. J’étais toujours à la mode ou si ce n’était à la mode, toujours habillée comme je désirais l’être.

– Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ta robe te va encore mieux aujourd’hui qu’elle ne t’allait à dix-sept ans. Pourtant à dix-sept ans… !

Je me sentis rougir et restai muette de stupéfaction. Jimmy m’ouvrit les bras, me fit le sourire viens, par ici, Princesse, qu’on fasse connaissance avec ton nouvel époux, comment aurais-je pu résister ? Il voulut profiter de cette leçon de rattrapage pour l’étrenner.

– Docteur Quoi ?! Attends, t’as vu l’heure, mon gars ?! La leçon est terminée, depuis quand les profs font des heures sup’ ?!

Je reconnais avoir un peu prêté le flanc à la critique avec cette dernière remarque. Nous faisions les idiots sans nous préoccuper de quoi que ce soit d’autre que notre plaisir à rire ensemble, tout en attisant notre désir dans l’attente du compte à rebours et du traditionnel feu d’artifice. Une enveloppe accompagnait le paquet, enveloppe sur laquelle était écrit À n’ouvrir qu’après avoir découvert le contenu de la boîte.

– Tu n’as même pas eu la curiosité de regarder dans le pochon ?

– Ben non ! Dans sa lettre, Sylvie m’a écrit J’espère que tu feras bon usage du sex-toy que je t’envoie pour fêter dignement 2019 ! Vois-y un signe ! Alors, j’ai voulu en garder la primeur pour le tester avec toi… Mais je ne pouvais pas deviner…

Comme à son habitude, Sylvie avait écrit un chef-d’œuvre de cocasserie, elle m’y donnait les grandes lignes de ce jouet que Manara ne renierait pas. Toutefois, je tiens à te signaler que certains hackers farceurs peuvent détecter les jouets connectés et potentiellement les déclencher à distance. Cela étant dit, quand tu te promènes avec ce plug dans le cul, qu’il est connecté, y a quand même moyen que tu sois assez ouverte à la surprise et à la fantaisie !

Pendant que Jimmy connectait le jouet à mon smartphone et qu’il s’essayait aux différents modes et réglages, l’idée d’une vidéo nous vint à l’esprit. Apprends le français avec Princesse et ce coquin de Jimmy ! Leçon 1 – Seasons greetings ! À force de tripatouiller sa nouvelle caméra dans tous les sens, Jimmy l’avait déréglée et l’image ressemblait à celle des vieilles publicités locales des années 1980, d’où le ton volontairement ringard et notre jeu outrancier.

– Comme elle te le répète souvent, tout est une question de motivation. La leçon du jour portera sur l’art de recevoir un cadeau et le plaisir de l’étrenner. Elle te sera donnée, mon cher Jim, par Princesse…

Jimmy zoomait et dézoomait sur moi. Je fis semblant de tenir un micro Aidée par ce coquin de Jimmy ! Ma voix atteignit alors des sommets de ringardise, aux JO, elle eut mérité la médaille d’or de l’épreuve.

– Jim, mon cher ami, s’il est un adjectif pour qualifier la Française, c’est bien l’élégance. Admire cette créature de rêve qui s’approche ! Et ce sourire, si… Parisien !

En fait, ce sourire était lié à cette pensée : Purée, les talons… ! Je me suis montrée trop audacieuse. Si je tombe, on rigolera tellement qu’on ne pourra plus filmer. Te casse pas la gueule, Dédette, l’honneur de la France est en jeu ! Te casse pas la gueule !

– Vé ! L’élégance, la distinction… vé, pas besoin de rivière de diamants, une robe bien dessinée, bien découpée, bien cousue pour sculpter un corps que l’on devine de rêve !

Dans un sens, tant mieux, parce que des rivières de diamants, on n’en avait pas, ni même la première goutte du moindre ruisseau.

– Comme tu peux le constater, le méridional est plus rustique en matière d’élégance…

J’avais tourné la caméra vers Jimmy, nu dans son éternel déshabillé de soie, comme j’aime à le nommer. Ça le fait tellement râler, que j’aurais bien tort de m’en priver ! Jimmy qui jouait les outragés Qu’est-ce que tu trouves à y redire ?! Elle est parfaitement adéquate, ma tenue ! Après ce préambule en anglais, pour que Jim puisse comprendre de quoi il en retourne, nous filmâmes la leçon proprement dite.

– Chère Princesse, pour vous remercier de vos judicieux conseils en matière de motivation, voici ce petit cadeau, qui, je l’espère, vous comblera d’aise.

Écarquillant exagérément les yeux, ouvrant une bouche en cœur, je sortis le jouet du pochon de tissu.

– Oh ! Quelle bonne surprise, mais qu’est-ce donc ? Une bonde pour ma baignoire ?

– Non, Princesse !

– Une patère à fixer à la porte de ma chambre ?

– Non, Princesse !

– Une lampe de chevet pour mes lectures nocturnes ?

– Non, Princesse !

– Serait-ce un écrin d’un joaillier de la Place Vendôme ?

– Non, Princesse !

– Eurêka ! J’ai trouvé ! Un bouchon pour ma bouche afin que je me taise enfin !

– Non… un bouchon, en quelque sorte, mais…

Jimmy et moi avions parfaitement conscience de venger tous ces parents et grands-parents qui ont dû se coltiner Dora l’exploratrice en jouant nos rôles de cette façon.

– Le plug anal. Répète après moi : le plug anal !

D’un index guilleret, Jimmy désignait mon smartphone.

– Et connecté ! Le plug anal connecté !

– Répète après Jimmy !

– le plug anal connecté !

La scène suivante, nous trouvait enlacés, dansant langoureusement sur un slow sirupeux. Adressant un clin d’œil appuyé à la caméra Jimmy ne se doute pas que son cadeau n’est plus dans sa boîte ! En contrechamp, Jimmy souriait Si elle croit que je ne l’ai pas vue ! Mais Princesse ignore que j’ai eu le temps de le connecter. Amusons-nous un peu !

Même si je m’y attendais, la première vibration me surprit. Je hoquetai ma réplique. Oh, mais quel coquin ce Jimmy ! Ce coquin de Jimmy ! Nous étions convenus qu’il réglerait le déclenchement sur un mode, mais il en avait choisi un autre pour pimenter le jeu.

– Et maintenant, Jim, mon cher ami, je te montre comment un chevalier servant aide sa princesse à se débarrasser de son écrin de tissu. Note bien la technique ! On pourrait même la nommer French Touch !

Tout en me serrant davantage contre son corps, Jimmy dégrafa le bouton, glissa sa main sous ma robe et descendit la fermeture-éclair comme il l’avait fait plus tôt. Son autre main tenait la caméra. Je suivais sa progression sur l’écran de télé, fascinée de découvrir la chair de poule au fur et à mesure que je la sentais se propager le long de ma colonne vertébrale. Une autre série d’impulsions. Je regardais les tressautements de mes fesses, les ondulations de mes hanches quand, reculant d’un pas ce coquin de Jimmy dévoila ma poitrine dans un geste tout hitchcockien.

– Admire cette belle paire de seins ! Et regarde tout autour des mamelons… Tu sais ce que ça signifie, ils réclament leur dose de caresses. Regarde, regarde comme ils se tendent ! Arrête de gigoter, Princesse !

– Co… rhââ…! Coquin de Jim…my… tu… rhâââ… tu as… oooh !

D’une voix pour le moins troublée, je fis la leçon à ce coquin de Jimmy.

– Tu sais très bien ce qu’ils… ooh… réclament, coquin de Jimmy, mais tu fais… ooh… semblant ! À ta place, Jim poserait ses lèvres ici… ou… hmm… là… et se branlerait comme ça…

L’objectif de la caméra glissa de mes seins vers ma main, celle avec laquelle je mimais une branlette savante. Je visualisais Jim découvrant ces images, ses yeux écarquillés, sa bouche frémissante d’excitation, sa paume crispée autour de son gland, ce tissu qu’il aime froisser en se masturbant. Je pouvais même entendre ses Oh my God ! Oh my… God ! Oh Princess ooh ! Si j’y parvenais si bien, c’est grâce au jeu qu’il avait inventé lors de notre séjour en Nouvelle-Zélande. Il s’amusait beaucoup de nos histoires plus ou moins improbables, jouées avec plus ou moins de conviction. Nous lui avions demandé d’en imaginer une, qui a fini par devenir un de nos nombreux petits rituels.

Il s’installe sur la terrasse, une bière à la main, allume l’écran d’une télé en se réjouissant à haute voix de la fin de sa journée de travail. Il lance une vidéo et la commente d’une voix sortie du fond de ses entrailles, en se branlant. Je le rejoins peu après, le salue avant de m’asseoir à ses côtés et de poser un grand saladier rempli de pop-corn entre nous.

– Tu regardes quoi ? Encore cette vidéo ?! Mais tu lui trouves quoi à cette nana ?!

– Regarde, regarde comme elle est belle ! Regarde comme elle s’offre !

– Tu trouves ?

Le plus difficile pour moi étant de faire semblant de ne pas être cette nana à l’écran et de la regarder avec scepticisme. Par intermittence, ma main se trompe et au lieu de plonger dans le saladier, s’aventure sur l’entrejambe de Jim. Je me dénude ostensiblement, Jim obnubilé par la vidéo ne s’en aperçoit pas. Peu avant de jouir, d’un mouvement brusque du coude, il envoie valdinguer le saladier encore à demi-plein. Il s’en excuse tout en s’essuyant la main sur le premier morceau de tissu qu’il trouve, à savoir, comme par hasard, la robe que j’ai ôtée et posée sur la table basse. Il entreprend de m’aider à ramasser le pop-corn quand Jimmy fait son entrée et me demande ce que je fous nue, à quatre pattes devant Jim, le zguèg à l’air.

– Je ramasse le pop-corn qu’il a fait tomber par terre

– Tu ne le suçais pas un peu ?

– Non

– Même pas une petite levrette de courtoisie ?

– Même pas ! Il me calculait pas, de toute façon…

– Jim, petit frère, tu es un idiot. Regarde ce que tu rates !

Jimmy me prend en levrette tout en incitant son frère à le regarder faire. À admirer comme je bouge bien.

– Redresse-toi, Princesse, montre-lui tes seins ! Alors, Jim… toujours pas tenté ?

– Non. Vraiment pas.

– Pas même une petite pipe ?

– Non. Même pas. De toute façon, j’ai tout donné…

– Mais les pipes de Princesse réveilleraient un mort !

Jim consent, du bout des lèvres, à ce que je le suce, mais sort immédiatement de ma bouche. Tu vois, ça ne marche pas. C’est gentil, mais… à moins que… Il remet la vidéo en route et son membre à demi-revigoré dans ma bouche. Cet ingrat de Jim ne quitte pas l’écran des yeux et affirme qu’il rêverait de faire à cette femme ce qu’elle fait avec un autre. Semblant prendre soudain conscience de quelques ressemblances entre elle et ma personne, me supplie à genoux d’exaucer ce rêve. Que voulez-vous ? Je n’ai jamais eu le cœur de rester sourde à certaines prières. J’accepte donc de bon cœur, car mon âme est pure.

Ainsi que le fait l’acteur, qui lui ressemble étrangement, Jim caresse mes seins et ayant retrouvé toute sa vigueur, demande à Jimmy d’y aller plus fort, plus vite, plus amplement afin que mes seins puissent faire l’amour à sa grosse queue noire tandis que ses mains caresseraient mon corps. Jimmy, serviable comme à son habitude, s’exécute. Après avoir joui, il me suce les seins et jouissant à son tour, Jimmy me mord l’épaule ce qui déclenche immanquablement mon orgasme d’une puissance incroyable.

Pour cette vidéo, nous nous sommes montrés plus créatifs qu’à l’ordinaire, au lieu d’une longue et unique scène, nous avions décidé de différents tableaux entre lesquels Jimmy inséra des intercalaires d’un formalisme scolaire à toute épreuve.

Nous étions dans la chambre nuptiale avec un lit si grand qu’il aurait pu accueillir tous les convives de la noce. Jimmy avait ouvert la baie vitrée en grand. Il faisait un froid de canard, mais je le ressentais comme autant d’agréables petites morsures.

– Jimmy, peux-tu vérifier que le plug anal est bien en place ?

Je me mis à quatre pattes sur le lit afin qu’il puisse le faire, mais ce coquin de Jimmy, au lieu de regarder mes fesses, s’allongea sous moi, tête-bêche.

– Un pubis immaculé, comme une étoile au milieu d’un ciel nocturne. Répète après moi : pubis immaculé !

– Coquin de Jimmy ! Je te vois venir, tel un renard autour d’un poulailler ! Tu veux qu’il prononce Plus d’baise, il m’a enculée ! Mais quel coquin ce Jimmy ! Coquin de Jimmy !

Jimmy me fit taire en déclenchant une série de vibrations tout aussi agréables bien qu’assez différentes des précédentes. Il filma mon pubis immaculé, puis la caméra s’aventura entre mes cuisses. Quand son autre main écarta mes lèvres pour filmer mon clitoris, son sexe se dressa d’une façon qui me surprit. J’articulai Mais quel coquin, ce Jimmy ! Coquin de Jimmy ! avant de me régaler à nouveau de ce membre magnifique. Nous avions attendu quelques heures entre cette scène et la précédente parce que nous voulions la filmer au plus près de minuit.

Jimmy avait installé la caméra de secours de telle façon que nos corps se détachaient sur les chutes du Niagara au loin. La langue de Jimmy frôla mon clitoris quand le décompte débutait. Il avait réglé le déclenchement des vibrations sur les bruits ambiants, aussi les cris émerveillés des autres touristes sur leur terrasse me procuraient un plaisir inédit. Jimmy grognait d’aise sous mes caresses et mes baisers.

Je me regardais onduler, aveugle à tout ce qui me déplaît dans mon physique. J’aimais être à la fois actrice et spectatrice, comme si en me regardant, je me permettais d’améliorer mon jeu et j’y prenais un plaisir fou. Il me semblait que les secondes duraient moins longtemps qu’elles n’auraient dû. Les vibrations s’enchaînaient, s’intensifiaient ce qui me faisait crier un peu plus fort à chaque fois et mes cris amplifiaient les effets du jouet. Quand le compte à rebours fut terminé et que le feu d’artifice débuta, je faillis périr. Jimmy eut la présence d’esprit de déconnecter le sex-toy et annonça fièrement à la caméra C’est comme ça qu’on souhaite un bon anniversaire à Princesse !

– La nouvelle année, coquin de Jimmy ! Pas mon anniversaire !

– Et tu vas avoir quel âge, cette année, Princesse ?

– On ne demande jamais son âge à une femme, coquin de Jimmy ! Jim, répète après moi : On ne demande jamais son âge à une dame !

– Jim sait déjà que tu auras soixante-neuf ans cette année ! Jim, mon ami, mon frère, répète après moi : soixante-neuf !

La nouvelle année avait déjà quelques heures et alors que nous tombions de sommeil, Jimmy me demanda de lui parler des carnets de maman. J’essayai de rassembler mes esprits pour être la plus concise possible, trop épuisée pour y parvenir, je lui répondis Si tu connais un spécialiste en déchiffrement, je crois qu’ils sont codés. Et je m’endormis.

J’avais apporté deux carnets, dans lesquels les preuves d’un code m’étaient apparues évidentes. Je les montrai à Jimmy dès mon réveil. J’adore le regarder quand il est tout sérieux et concentré. Étrangement, je le revois jeune homme. Pour ne pas l’influencer, nous décidâmes qu’il les lirait quand je ne serais pas avec lui. Je lui proposai d’attendre dans le salon tandis qu’il les découvrirait dans le bureau.

– Et pourquoi pas, moi dans le salon et toi dans la chambre ?

– Pour mettre ta machine à fantasmes en route ? Ça va pas la tête ?! Cette mission requiert tout ton sérieux, Jimmy !

Jimmy s’inclina. Quand il me rejoignit, son sourire répondit à mes interrogations.

– Princesse, je crois savoir d’où te vient ton goût pour les positions à deux chiffres ! Mais il y a d’autres bizarreries que je n’arrive pas à décrypter. Martial a hérité des carnets de citations de votre père, je me demande si…

C’est pour cette raison qu’à mon retour à Gif, je lui ai envoyé tous ceux en ma possession et qu’il a découvert des pans de leur vie intime.

Nous roulions vers Toronto quand Jimmy me demanda de lui en dire davantage sur les enquêtes de Murdoch, puisqu’il avait comblé son retard en matière de séries médicales.

– J’en avais pas tant que ça ! Je connaissais déjà Urgences !

– Et alors quoi ?! Je devrais te remettre la médaille du Mérite parce que tu as été plus loin que Daktari ?!

Néanmoins, je consentis à lui en dire un peu plus.

– La série se passe à Toronto, tout à la fin du 19ᵉ siècle et au début du 20ᵉ, Murdoch c’est Rahan détective.

– Rahan ?!

– Oui. Rahan. Comme lui, il a tout inventé, tout pressenti. Murdoch, tu lui donnes une lampe Pigeon, une bobine de fil de cuivre, un peu de vinaigre et de citron, un bon morceau de charbon et il t’invente le chromatographe couplé au spectromètre de masse, si tu vois ce que je veux dire. Comme Rahan inventait le télescope avec un bout de bambou et deux morceaux de cristal de roche…

– J’ai hâte de voir ça !

Je n’aurais jamais pensé que cette série l’amuserait autant, mais bon sang, ce que ses commentaires étaient pénibles ! La leçon que j’en ai tiré, c’est d’éviter de lui montrer des reconstitutions de la période dont il est spécialiste. Nous avons passé une dizaine de jours à Toronto et au retour de chaque promenade, le rituel sensuel débutait par quelques épisodes à regarder attentivement durant lesquels je le perturbais un tant soit peu. Apprenez, si vous ne le savez déjà, que Jimmy se déconcentre très facilement pour peu qu’on lui propose une levrette courtoise.

Nous avons bien évidemment découvert les quartiers chinois. Quand nous y mangions, je délaissais les fortune cookies, prétextant attendre un signe significatif du destin avant de lire son message. Un soir, alors que nous dînions et que je m’apprêtais à refuser ce petit biscuit, une pendeloque se détacha de la robe de la serveuse, tomba dans la tasse de thé qu’elle était en train de me servir et m’éclaboussa. La serveuse m’aurait malencontreusement tranché la gorge qu’elle n’aurait pas été plus affligée. Je lui répétais que ce n’était pas grave, que ma robe était à peine mouillée, pas même tachée, elle continuait à se confondre en excuses.

– Comment puis-je me faire pardonner ?

– En nous offrant ceci en souvenir et en proposant un fortune cookie à madame. C’est un signe assez significatif pour toi, Princesse ?

Jimmy amusé avait récupéré la pendeloque et la serveuse accepta le marché. Je levai les yeux au ciel en découvrant le message que m’avait réservé le destin. Your many hidden talents will become obvious to those around you .*

– Évidemment, ça ne veut rien dire… Arrête de sourire, Jimmy, tu m’agaces et ça me fait rire !

Je reconnais que quelques mois après, on peut lui trouver un sens. Sur le chemin du retour, Jimmy taquina mon incapacité à masquer mon dépit. Je lui souris en ouvrant la serviette de papier Au moins, j’ai ma breloque !

Arrivés dans notre suite, Jimmy voulut retenter l’expérience d’un épisode en VO parce que tu feras un peu moins ta maline. Quand j’avais ri de la rigueur avec laquelle il s’était pris au jeu de ces leçons, il m’avait rétorqué que la seule façon correcte de s’amuser était de le faire avec sérieux. Je n’avais jamais entendu cette série autrement qu’en français. Sans les images et à cause des agacements de Jimmy, j’étais incapable de suivre quoi que ce soit. Il choisit, parce que le titre l’inspirait, Republic of Murdoch*, dès les premières images, je le prévins que l’épisode était atypique et surprenant.

– Ce qui implique que nous le regardions de la même façon ?

La question de Jimmy n’en étant pas vraiment une, je me contentai de lui sourire.

– Préviens-moi à la moindre sensation désagréable, Princesse.

S’il est un adjectif qui ne qualifiait pas mes sensations, c’est bien désagréables. J’étais excitée par la perspective de cette double pénétration, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle aurait autant d’effet sur Jimmy. Ses mains semblaient folles de désir, elles caressaient mon corps comme si elles le découvraient. Sa bouche, quand elle n’embrassait pas ma peau, semblait ne connaître que ces mots C’est bon, oh, comme c’est bon !

Je fus emportée dans une vague de plaisir qui me fit perdre toute notion de temps, d’espace. La voix vibrante de Jimmy me parvint enfin. Que dis-tu, Princesse ? Je n’en avais aucune idée ! Tout ce que je savais, c’était ce désir fou de le sentir en moi, de sentir tout le poids de son corps sur le mien, mais j’avais oublié les mots. Je me libérai de l’étreinte de Jimmy, retirai le sex-toy, m’allongeai sur le dos.

– Fais-moi jouir plus fort.

Je guidai son sexe.

– Serais-je à la hauteur ?

– En douterais-tu ?

Quand je jouis, je le mordis si fort que je crus avoir atteint son humérus. Ses dents avaient déchiré mon épaule, mais comme à chaque fois, je ne ressentis aucune douleur.

Jimmy fut incapable de répondre à mon interrogation orale.

– Tu m’as déconcentré au-delà de ce qui est humainement raisonnable, mais je suis époustouflé de ta mémoire !

– C’est parce que c’est un de mes épisodes préférés.

– Alors, regardons-le ensemble, au calme.

Si j’avais cru que l’ardeur de cette partie de jambes en l’air avait fait perdre toute notion d’anglais à Jimmy, la réalité se serait chargée de me détromper. Il ne comprenait presque rien aux dialogues, nous décidâmes donc de visionner l’épisode en français. Une chance, le premier lien ne nous dirigea pas vers la version canadienne francophone, mais vers la version française.

Je me réjouissais de retrouver les voix dont j’avais l’habitude, tandis que Jimmy s’en plaignait. J’ai adoré le voir aussi surpris que Murdoch quand celui-ci découvrit la maison où avait grandi l’agent George Cabtree et j’ai souri quand il s’est émerveillé de la qualité de cette adaptation. Alors, monsieur rien ne vaut la VO, reconnais que la VF est parfois bien utile !

Le séjour se poursuivit entre découverte des lacs et leçons de rattrapage, je pensai avoir un an pour me remettre de ces émotions, mais c’était sans compter sur le destin.

*Vos nombreux talents cachés deviendront évidents pour ceux qui vous entourent.

*Le pirate de Terre-Neuve, pour la version française.