Joseph le Sage prit la parole et nous expliqua comment ce séjour qui ne devait durer qu’une à deux semaines avait en fin de compte bouleversé sa vie.
– Je devais loger chez Aunt Molly, qui n’est pas la tante de Betsy, mais une cousine de sa mère. Molly avait été une jeune fille pétulante, bavarde et rieuse. Elle était fiancée à un jeune homme dont elle était éperdument amoureuse, comme on peut l’être à dix-huit ans. Le dimanche précédant la noce, alors qu’il était en chemin pour lui rendre visite et déjeuner avec sa famille, il reçut une balle qui ne lui était pas destinée et perdit la vie à quelques pas de chez elle. Molly ne s’en est jamais remise. Elle vit recluse dans cette petite maison, tremblant à l’idée d’en sortir, emprisonnée dans la gangue tragique du désespoir. Elle vit de quelques travaux de couture et tricote des pulls que la mère de Betsy vend ici et là. Mais pour l’essentiel, elle survit grâce à la solidarité familiale. Le plus souvent, Betsy et sa maman lui font ses courses hebdomadaires. Molly est devenue une femme peu avenante, s’exprimant la plupart du temps par gestes et quelques mots qu’elle semble cracher plus que prononcer. Aunt Molly ne pouvait pas refuser de leur rendre ce service, d’autant -et j’avais été inflexible sur ce point- que je paierai une pension. Elle ne dit pas plus de dix mots par jour et souvent moins ? La belle affaire ! Je ne parle pas l’anglais ! Je ne logerai chez elle que pour quelques jours, n’y faisant que dîner et dormir.
Je passais l’essentiel de mes journées à transmettre mes connaissances et mon savoir-faire à Betsy, toujours à la recherche d’un emploi. Un certain jeudi, alors que je revenais de l’atelier, que Princesse et Prof connaissent si bien, Molly m’ouvrit la porte. Elle se figea et s’enfuit dans la cuisine en pleurant. Je l’y rejoignis, ne comprenant pas la raison de ses larmes. L’avais-je offensée d’une quelconque manière ? Avais-je réveillé d’affreux cauchemars ? Nous ne nous comprenions pas, je pressentais néanmoins que demander l’assistance de Betsy serait une mauvaise idée.
Elle prit un bloc de papier et dessina son tourment. Elle avait voulu m’accueillir avec un grand sourire, mais n’était parvenue qu’à grimacer. Après des décennies sans en ressentir le besoin, les muscles de son visage ne savaient plus comment faire. Je dessinai ma réponse, j’avais vu son sourire dans l’éclat de ses yeux.
Je la pris dans mes bras, la consolai et séchai ses larmes en lui baisant les cheveux. Ses pleurs redoublèrent. Pour les arrêter, je caressai ses joues. Elle ouvrit les yeux, me regarda, étonnée de la douceur de mes gestes. J’avais une folle envie de l’embrasser, mais je craignais que ce ne fût pas réciproque. Nous restâmes ainsi de longues minutes avant que la soirée ne se poursuive, identique à la précédente, à la différence près que nous « parlâmes » à l’aide de dessins et du dictionnaire que j’avais glissé dans mes bagages.
Nous nous souhaitâmes la bonne nuit et rejoignîmes chacun notre chambre. Je l’entendis fermer la porte de la sienne, j’allais faire de même avec la mienne quand un lutin ou je ne sais quel elfe m’incita à la laisser ouverte. Dix minutes ne s’étaient pas écoulées que je la vis, un coffret à la main, sur le pas de ma porte. « Joseph ? » Je me levai et l’invitai à entrer. Elle me fit comprendre qu’elle avait besoin de mon aide pour attacher ce joli collier avant de se mettre au lit. Jamais prétexte ne fut aussi ridicule. Je crois que c’est ce qui m’émut le plus. Ses yeux me souriaient et défroissaient son front habituellement plissé. Je n’étais pas plus dupe de sa ruse qu’elle ne le fut de mes doigts malhabiles qui s’égaraient sur sa nuque sans parvenir à trouver le mécanisme du fermoir.
Ses yeux plongeaient dans les miens qui plongeaient dans les siens. Sa bouche appelait mes baisers et je ne pus résister à cet appel. Molly avait l’air affolé d’une petite souris s’apercevant qu’elle vient de se blottir entre les pattes d’un chat gourmand. Elle s’échappa de mes bras pour s’y précipiter aussitôt.
Elle cherchait quelque chose du regard, paniquée de ne pas le trouver. Elle me mima un livre dont on tourne les pages. Je sortis du tiroir de mon bureau mon petit dictionnaire et son visage s’éclaira. Elle avait presque réussi à sourire. Nous nous assîmes côte à côte sur mon lit et conversâmes ainsi. Un bloc de papier pour lui permettre d’écrire et de dessiner ce qu’elle tenait tant à me confesser. Molly a tué son fiancé. Le choc de sa disparition l’avait rendue mutique, mais une fois passé, elle se persuada de taire sa culpabilité. Le plus simple avait été de ne plus dire un mot, de ne plus sortir et de vivre en pénitence jusqu’à la fin de ses jours, pour expier sa faute, sa très grande faute.
Je ne comprenais pas. N’était-elle pas chez elle quand son fiancé était mort ? Ses yeux se sont ternis, plus aucun éclat ne les animait. Le silence était en train de gagner le combat. Je pressai sa main et l’enjoignis à me répondre. Molly était bien chez elle, mais son fiancé ne s’y rendait pas. Il en sortait parce qu’ils y avaient passé la nuit ensemble. Il avait fait le tour du pâté de maison pour donner le change et faire semblant d’arriver de chez lui. S’ils n’avaient pas contrevenu à la loi de Dieu, s’ils n’avaient pas péché avant la cérémonie, il n’aurait pas été tué. Ce raisonnement faisait d’elle l’unique coupable. Pour la première fois, elle avait ressenti le besoin de s’en confesser.
J’eus beaucoup de mal à lui faire admettre que l’unique coupable était celui qui avait tenu l’arme et s’en était servi. Mais elle avait tant pris l’habitude de vivre avec cette culpabilité que son âme regimbait à l’idée de s’en libérer. Si Dieu avait décidé de les punir ainsi, c’était bien la preuve que leur péché était capital. Son dieu d’Amour l’avait donc châtiée d’avoir trop aimé ? En faisant semblant de ne pas comprendre cette logique, je lui fis prendre conscience de son absurdité.
Molly caressait mon dessin du bout de l’index, redessinant encore et encore le contour du cœur. J’entrelaçai mes doigts aux siens et la laissai guider nos mains. Une vague de désir l’envahit, la même qui l’avait saisie plus tôt, cette vague qui tentait avec opiniâtreté de chasser son désespoir coupable. Nous laissâmes le charme opérer, faisant confiance à nos corps.
Elle retint ma caresse sur son sein. « Je ne suis plus vierge, Joseph ». Elle comprit ma réponse sans que j’aie eu à la traduire. « Moi non plus, Molly ! » Et pour la première fois, un large sourire s’épanouit sur son charmant visage.
Je découvrais son corps autant qu’elle le découvrait elle-même. Elle se laissait enfin aller à la sensualité qui couvait en elle, me donnant l’impression d’assister au miracle d’un sol aride se couvrant de fleurs sauvages. Molly caressait mon corps avec une tendresse pleine d’ardeur. Nous prenions le temps de laisser monter notre plaisir, de le mener aux limites du paroxysme, de le faire redescendre un peu, de le faire remonter… des montagnes russes…
Je pressentais que malgré cette nuit passée dans les bras de son fiancé, Molly n’avait jamais joui. Je voulais qu’elle sente monter en elle la puissance orgasmique, qu’elle l’apprivoise avant de la laisser éclater. Nous nous aimâmes longuement. Le sommeil nous prit alors qu’à sa demande, je psalmodiais « Que tu es belle, douce Molly, que tu es belle ».
Aux mots de Joseph se superposaient mes propres souvenirs. J’avais l’impression de sentir un vent chargé d’embruns fouetter mon visage. Joseph sourit, le regard coquin.
– Durant le laps de temps nécessaire pour passer de l’entrée de la maison au seuil de ma porte à l’étage, Betsy nous offrit toutes les modulations des mots « Aunt Molly » et « Joseph ». J’eus la présence d’esprit de dissimuler le bloc avec les aveux de Molly qui rougissait comme une adolescente sous le regard de Betsy. La veille encore, elle était mon apprentie, au réveil elle devint notre complice.
Dès cette nuit, j’eus beaucoup de mal à m’éloigner de Molly. Je n’en avais plus l’envie. Nous décidâmes de faire un petit atelier dans sa chambre où je transmettais mon savoir à Betsy. Quand elle entendait la voix de sa tante s’élever jusqu’à nous, chantonnant quelque vieille mélodie, Betsy me chuchotait « Merci » et refusait d’admettre que c’était moi qui lui était redevable.
Au fil des jours, le lieu de pénitence, la geôle de Molly se transforma en nid d’amour. Un nid dont elle craint encore de s’envoler. C’est pour cette raison que je repartirai à Belfast avec nos amis irlandais. Mais je te promets, Prouvençau, de te confectionner des boutons de manchette à ton image, maintenant que je sais à quoi ils ressembleront. Il te faudra attendre mon retour, parce que je compte bien convaincre ma douce, ma belle, ma souriante Molly pleine de vie, à venir s’installer avec moi, ici, dans notre belle Provence !
Nous buvions à cet avenir plein de promesses, le Balafré était déjà nu quand Alain nous fit part de l’information que Julien, le fils aîné de Sylvie lui avait demandé de nous transmettre.
– Je l’avais croisé à plusieurs reprises près de la maison du Bavard. Il avait à chaque fois une bonne raison de s’y trouver. Ce n’était jamais la même. Hier, il est venu me parler et a confirmé mes soupçons. En mars dernier, il a surpris une conversation entre des femmes qui parlaient de leurs déceptions, de la vie qui va. Il lui a semblé reconnaître une voix, il s’est retourné. C’était Christine, la fille du Bavard. Ils ont échangé leur numéro de téléphone et se sont donné rendez-vous peu après. Rien ne va plus entre Christine et son mari. Ils parlent de divorce. Elle était très amère. « Lui, il pourra refaire sa vie, tandis que moi… qui pourrait avoir envie d’une femme de cinquante-deux ans, presque cinquante-trois ? »
Julien avait bien une petite idée, mais Christine le calma aussitôt. « Tu ne sais pas certaines choses sur moi… des choses qui font que… »
Alain se tut, but une gorgée de vin, alluma une cigarette, croqua quelques pistaches. Nous bouillions tous d’impatience. L’assurance de nous savoir sur les charbons ardents, suspendus à ses lèvres tout en feignant de l’ignorer le rendait irrésistible. Monique le houspilla pour qu’il raconte la suite.
– Hé bé… les chiens ne font pas des chats, comme on dit… Christine a la galipette bavarde et en est très complexée. Et le petit Julien, au lieu de le refroidir, ça l’émoustille. « Tu ne peux pas savoir l’effet que ça me fait quand elle parle comme ça ». Le père de Christine étant présent, je m’abstiendrai de vous répéter les grossièretés qu’elle emploie et qui rendent Julien si vigoureux. Pour autant, ils ne veulent pas qu’il quitte sa femme. Ils sont heureux dans cette relation secrète et adultère. S’il s’est confié à moi, c’est parce qu’il sait que je suis ouvert d’esprit. Il sait que Nathalie est la fille de Christian, et que nous quatre… Il m’a demandé de vous expliquer la situation avec tout le tact nécessaire pour que vous ne leur jetiez pas la pierre. Sylvie et Martial étant si… quel est le mot, déjà ? Ah oui « psychorigides », il craignait de vous heurter. Quant à Marcel, il redoute sa colère. « Même si tout le monde sait qu’il est le père de Vincent, mais Christine et moi, c’est tout autre chose, ça dure depuis des mois, c’est pas un petit coup vite fait, tiré pendant une kermesse sous l’emprise de l’alcool ».
– Fatché ! Oh put… que je le croise pas à lui ! Surtout pas, que sinon je vais te l’égorger ! Putain, un petit coup vite fait ! Allez, il m’a coupé l’envie de faire les arguments pour le changement de nom de Blanche-Minette dans les registres de la Confrérie ! Un petit coup vite fait… Putain, que je me le croise pas à lui !
Drapé dans l’offense qui lui avait été faite, Marcel fit une de ses légendaires sorties théâtrales, maudissant Julien, lui promettant un châtiment exemplaire. Mireille, cramoisie, se leva et s’excusa. Je ne peux pas le laisser tout seul, il serait capable de nous faire la crise cardiaque. Daniel se sentit obligé de les rejoindre afin de faire prendre conscience à son confrère des risques encourus si jamais il mettait ses menaces à exécution.
Alain et Jimmy traduisaient certains détails que Prouvençau n’avait pas saisis. Sylvie fulminait elle aussi « psychorigide » lui restait un tantinet en travers de la gorge, mais au fond, elle s’en amusait. Très vite, des bribes nous parvinrent de la chambre attenante.
– T’as raison, ma nine… ça me fait bien baisser la colère quand… entre tes seins… Boudiou, avé les années, le cuir de tes mamelles est encore plus doux… vé comme ma… Ho, la colère me remonte… tu fais bien de me…Té, elle te suce comme ça à toi aussi ? Hou la gourmande ! Les deux en même temps ! Putain… un petit coup vite fait qu’il disait l’autre fan de… Que je le croise pas à lui… que je le croise pas…
Malgré ses menaces, c’est un Marcel serein qui alla voir le fils de Sylvie avant son départ pour Marseille, pour lui donner sa bénédiction, à condition toutefois que Julien lui dise en secret les mots précis qu’emploie Christine.
Quand le magnifique planning de Sylvie fut au point, je reçus un appel embarrassé de Delphine, la mère d’Émilie.
– Ne le prends pas mal, ce n’est pas contre toi, mais Sébastien vient de me dire que tu nous invitais à passer les fêtes avec toi, en Provence. Ça me ferait plaisir, vraiment plaisir, mais j’avais promis à mes parents de fêter la nouvelle année avec eux, comme nous le faisons tous les ans. Est-ce que ça t’ennuierait qu’on remonte sur Tours après Noël ? Vers le 27 décembre, par exemple ?
– Non, pas du tout ! Je te comprends, mon invitation était tardive et Jimmy a prévu de recevoir des amis, pour tout te dire, ça m’arrange !
– Tant mieux, alors ! Je t’embrasse. Au fait, tu as eu la réponse de Nono ? Je crois qu’il a le même problème…
J’ai donc appelé Arnaud et sa sœur Caro, c’est ainsi qu’après avoir fêté Noël, nous avons pu attendre sereinement l’arrivée de nos amis irlandais et fêter le retour de Joseph parmi nous. La Confrérie du Bouton d’Or était impatiente de se réunir pour enfin introniser Jim, ce que nous nous refusions à faire en l’absence de Joseph. La future relève s’était proposée pour occuper nos amis irlandais le temps de cette séance.
Après moult discussions, nous sommes convenus que Jim prendrait la parole en premier et qu’il assisterait à sa toute première séance en tant que confrère. Nous étions assis autour de la table, dont le plan avait été judicieusement élaboré par Mireille. Jim se tenait debout entre Marcel et moi. Il se présenta en français, ses progrès ont été incroyables, quand les mots lui manquaient, il se tournait vers Jimmy ou, ce qui nous amusait beaucoup, vers Marcel.
Sylvie n’a pas sorti ses crayons à papier, ni son bloc de sténo, c’est à moi qu’est revenue la tâche de retranscrire les mots de Jim. Captivée par son récit, j’ai très vite cessé de prendre des notes. Je tente de rester fidèle à ses mots tout en sachant que ceux que j’emploie ne sont pas tout à fait les siens.
– J’avais le trac à cause de cette présentation. J’avais peur de rater cette épreuve parce que quand je passe un examen, je perds tous mes moyens. J’écrivais les mots pour raconter mon histoire, mais je déchirais les feuilles parce que je n’y arrivais pas. J’en ai parlé à Marcel. « Ho gari, t’es pas à l’école ! C’est pas un examen, sinon, je serais pas confrère ! Tu parles de toi et de ce qui t’unit à nous autres, c’est tout. Tu es déjà des nôtres dans nos cœurs, mais profite de l’occasion de pouvoir dire quelques mots sans être interrompu par les consœurs, ces pies qui jacassent à tout bout de champ ! »
Les pies en question ont protesté bruyamment. Marcel a eu ce geste de la main qui appuyait son propos rapporté par Jim. Nous avons tous éclaté de rire.
– Je suis presque comme Jimmy, je ne sais pas qui sont mes parents, mais au moins, il sait que sa mère voulait qu’il s’appelle Jimmy alors que moi… Je ne sais même pas si je suis né le jour qui figure sur mon passeport ou si c’est seulement celui où je suis arrivé à l’institution où j’ai grandi. On nous arrachait à nos familles pour nous élever dans la religion, nous inculquer la haine de nos semblables, les abos, et la soumission aux blancs. Je n’avais même pas conscience d’être aborigène quand j’étais enfant. J’étais le petit Jim O’Malley, pas très malin, un peu lent d’esprit, mais très docile. Je chantais dans la chorale et ma voix d’ange me permettait d’échapper à certaines corvées. Je ne recevais pas trop de coups quand je me trompais à l’école puisque j’étais sage et que j’allais devenir ouvrier agricole. Tant que je savais lire, écrire et compter, ça allait.
Et puis, j’ai eu douze ans et tout a changé pour moi. J’ai grandi et forci en quelques mois. Ma voix a mué à peu près en même temps. Mais surtout, je bandais du soir au matin. On me fouettait pour me punir. On me plongeait dans de l’eau glacée. On m’attachait les mains aux bords du lit pour que je ne me branle pas. J’avais été un ange et j’étais devenu le diable sans le vouloir. Je priais et ne comprenais pas pourquoi Dieu m’infligeait cette épreuve. Pourquoi Il ne m’aidait pas à chasser le démon. Je ne pouvais même pas aller pisser sans surveillance. Et ces coups… tous ces coups que je recevais !
Nous étions sidérés. Jamais Jim n’avait évoqué son enfance avec autant de précision. Nous avions tous les larmes aux yeux.
– J’ai cru que Dieu avait entendu mes prières puisque soudain, j’ai cessé de bander. Mais je le payais cher. Chaque jour, je devenais plus gros que la veille. Je ne bandais plus, mais j’étais devenu Fat Jim. Fat Jim à qui on lançait des pierres. Fat Jim dont on se moquait. Fat Jim incapable de courir derrière ses tourmenteurs. Je passais mes rares moments de repos à prier. Je priais Dieu de m’aider à chasser cette colère qui enflait en moi. Je Le priais de m’apporter Son soutien dans cette nouvelle épreuve. Je ne bandais plus, mais je continuais à être attaché à mon lit. Une nuit où je ne trouvais pas le sommeil, j’ai entendu une petite voix qui me disait de fuir. « Sauve-toi de là, petit. Sauve-toi de là ! »
J’ai attendu le bon moment et dès que l’occasion s’est présentée, je me suis enfui. J’avais été amené dans une exploitation pour y travailler. L’institution nous louait, c’est ainsi qu’elle se finançait en partie. J’ai marché longtemps, toujours de nuit et je me cachais le jour. Très vite, j’ai trouvé une grotte où je suis resté presque quatre semaines, mais au lieu de rester caché, j’ai décidé d’aller encore plus loin pour me mettre définitivement à l’abri.
Finalement, au bout de deux mois, j’ai été retrouvé par l’adolescent qu’on avait lancé sur ma piste. Un abo, qui tout comme moi méprisait les autres abos. Le conseil de discipline a voulu savoir pourquoi je m’étais enfui. Je n’étais pas malin, mais j’avais compris que si je parlais de la voix qui m’avait conseillé de m’enfuir, ils diraient que c’était celle du diable. Alors, j’ai dit que je n’en pouvais plus des moqueries, des tourments à cause de mon poids et leur fis remarquer à quel point j’avais maigri. Sans le savoir, ça faisait des années qu’on me faisait avaler des hormones pour m’empêcher de bander.
Le bon Dieu m’a aidé. En tout cas, c’est ce que j’ai cru sur l’instant. Le docteur chargé de notre état sanitaire a convaincu le conseil que ces hormones n’étaient pas bonnes pour moi et qu’obèse, je ne ferai pas un bon travailleur de la terre. En contrepartie, on me fit subir une vasectomie pour ne pas prendre le risque je mette une fille enceinte. C’est pour cette raison que je n’ai jamais eu de petite amie.
Quand je suis sorti de l’institution, je ne tenais plus en place. Je me faisais virer de tous mes boulots le plus souvent sans recevoir ma paie. Une fois, j’ai essayé de reprendre mon dû, mais je me suis fait attraper et j’ai fini en prison. À ma sortie, je n’étais plus rien. J’ai commencé à boire et à me droguer. Je dormais là où le sommeil me prenait. J’étais sale. Je me grattais tout le temps. Je puais et je faisais des séjours réguliers en prison. J’ai suivi le conseil qu’on me donnait et je suis parti à la rencontre des miens, les aborigènes. Certains aspects de cette culture me donnaient des réponses à mes interrogations, mais je ne me sentais pas l’un des leurs. Il y avait des règles, des rites auxquels je refusais de me soumettre. Alors je suis parti une nouvelle fois. J’ai vécu comme ça pendant des années. En solitaire. Avec des hauts et des bas. Des rechutes et des cures de désintox. Des séjours en prison et des moments de liberté. Et puis, la chance a tourné. J’ai trouvé un billet de loterie, j’ai prié qu’il soit gagnant et que je puisse me payer une bonne bouteille. Il était gagnant.
À ce moment de son récit, le visage de Jim s’est transformé. Ses yeux avaient retrouvé tout leur éclat et son sourire reflétait un bonheur total.
– Je n’avais jamais eu autant d’argent. Je suis resté trois jours dans un hôtel pour réfléchir et j’ai décidé de suivre ce rêve qui me tenait depuis toujours. Je me suis offert un petit bateau, j’ai appris à naviguer et à pêcher. Je savais qu’ainsi je serai enfin libre et n’aurai plus à fouiller dans les poubelles, à mendier dans les périodes de dèche. J’ai baptisé mon bateau « Jim O’Malley » et j’ai vécu comme ça quelques années. Libre.
J’ai passé les derniers jours de 2010 à boire et à faire la fête. J’avais cinquante ans, aucune attache et quand je parlais à des hommes de mon âge, je me sentais libre. La plupart de ceux que je rencontrais dans les bars étaient divorcés ou en instance de divorce. Amers, ils me racontaient leurs histoires d’amour ratées, les pensions alimentaires qu’ils devaient payer, les avocats qui salissaient leur image et ils m’enviaient de ne pas en être passé par là. Je ne pouvais pas leur avouer que parfois, j’aurais préféré avoir leurs problèmes en échange d’une vie de famille. Vivre en couple plus d’une semaine, rien qu’une fois.
J’ai passé les deux premiers jours de 2011 à boire et à dormir dans mon bateau. J’avais cinquante ans et je resterai seul jusqu’à la fin de ma vie. Le 2 janvier après-midi, j’ai été réveillé par des éclats de rire. J’avais soif, mais ma bouteille était presque vide. Il y en avait d’autres dans ma cabine. J’ai voulu m’asseoir et j’ai compris que je devais manger un peu pour pouvoir me relever et aller me chercher une bière. J’ai vu un restant de sandwich. J’ai croqué dedans. En voulant le faire passer avec une gorgée de bière, je me suis étouffé. J’avais cinquante ans et je mourais tout seul dans mon bateau. Il s’est mis à tanguer. J’ai entendu le cri d’une femme. J’ai ouvert les yeux. Un homme s’est penché sur moi avant d’aider une princesse à monter à bord. Elle m’a pris dans ses bras, m’a serré fort contre elle et je suis revenu à la vie. J’avais cinquante ans et je naissais enfin !
Elle m’a pris la main, a posé ses doigts sur mon poignet, m’a demandé comment j’allais, mais elle ne comprenait pas ma réponse. L’homme qui m’avait découvert lui traduisait. Je croyais qu’ils parlaient espagnol… Je ne savais pas comment leur exprimer ma gratitude. Ils m’avaient sauvé et allaient repartir comme si rien n’était arrivé. L’homme m’a alors proposé de leur offrir une balade en mer pour lui et sa Princesse. Il s’est approché de moi et m’a chuchoté à l’oreille « Une balade un peu… fun ! » Le silence entre un peu et fun était lourd de sous-entendus. J’acceptai en me demandant si je rêvais ou si j’étais déjà mort et en route vers le Paradis.
En pleine mer, il me demanda s’il pouvait offrir à l’océan la vue des seins de sa Princesse, sans prendre le risque d’être arrêté pour attentat à la pudeur. Je les emmenais plus loin, plus au large. Je bandais à m’en faire exploser le pantalon. S’ils le remarquaient, le rêve s’arrêterait là, j’en étais sûr. Alors, je regardais droit devant moi, je leur tournais le dos et faisais comme s’ils n’étaient pas là. Je les observais dans le rétroviseur. Ils se chamaillaient comme deux adolescents. Je retenais mon souffle. Et puis la femme prononça mon prénom avant de chuchoter quelque chose à son mari. Je croyais que vous étiez mariés. L’homme me demanda comment je m’appelais. Je lui répondis « Jim ». Alors, il me montra la plus belle paire de seins que j’avais jamais vue. Quand Princess me demanda de ne pas cacher mon érection, je sus que je rêvais.
Elle voulait voir ma queue de plus près. Elle l’admirait et la caressait mieux que dans mes rêves. J’ai compris, j’ai vraiment compris que je ne rêvais pas quand elle m’a sucé. Je lui caressais les seins, le ventre, la chatte et elle me suçait… oh my God ! Même dans mes rêves une pipe n’avait jamais été aussi bonne ! Quand j’ai joui sur ses seins, l’homme a fait une remarque. Il semblait en colère. J’ai voulu essuyer mon sperme, mais il a retenu mon geste et m’a expliqué.
« Je m’appelle Jimmy. Je ne sais pas qui sont mes parents. Tout ce que je sais, c’est que mon père était un soldat britannique et qu’il s’appelait Jimmy. Comme je te l’ai dit, j’ai retrouvé ma princesse l’hiver dernier et nous avons décidé de nous offrir un voyage par an dans tout l’empire britannique pour retrouver la trace de mon père. C’est un jeu, un prétexte parce que nous savons bien que c’est impossible. Je viens du sud de la France et un de mes amis éjacule autant que toi. Alors, j’ai dit que je suis venu en Australie pour retrouver mon père, mais que j’ai trouvé le fils de mon ami. C’était une plaisanterie, pas un reproche ! »
J’ai passé la plus belle journée que je n’avais jamais passé de toute ma vie. Je n’avais jamais vu en vrai une femme jouir comme je voyais jouir Princess. Et c’était moi qui la faisais jouir ainsi ! Elle m’embrassait sans dégoût, elle réclamait mes baisers. Encore et encore. Elle me touchait, me regardait de tout près. Elle regardait ma queue, la caressait du bout des ongles et me remerciait de lui offrir ce beau cadeau. Dans ses yeux, j’étais le plus beau trésor de toute l’Australie. Quand je ne bandais pas, elle la regardait avec le même plaisir. Pour la refaire rebander, elle prononçait la formule magique, que je ne comprenais pas, mais qui marchait à chaque fois.
À l’évocation de ce souvenir, je me suis senti rougir. Christian et Marcel l’ont remarqué. Ils ont demandé à Jim quelle était cette fameuse formule magique. Comment aurais-je pu refuser ? Je me suis tournée vers Jim. J’étais assise et lui toujours debout. Alors, beauté, tu m’boudes ? J’aurais parié que ça ne fonctionnerait plus. J’ai bien fait de ne pas le faire, parce que j’aurais perdu. Jim, ravi, montra l’effet de ma formule magique qui marche même à travers le tissu.
– J’ai passé la plus belle journée de toute ma vie. On prenait du plaisir, on riait, on chantait, on était libres et on naviguait. La journée a pris fin et je ne les revis que quelques jours plus tard. Quand je leur ai proposé une autre balade en mer, les yeux de Princess ont brillé plus fort que les étoiles et mon cœur… Il n’avait jamais battu comme ça, avant.
Jimmy m’avait promis de m’écrire dès leur retour en France, mais je savais qu’il ne le ferait pas, que lui et sa princesse m’oublieraient dès leur embarquement. J’ai reçu une carte postale. « Hello captain Jim O’Malley ! J’espère que cette adresse est la bonne et que tu n’as pas oublié Jimmy et sa Princess. Amitiés. Jimmy ». Je lui ai répondu et nous avons commencé à correspondre. Sa deuxième lettre est arrivée deux semaines plus tard. Il y avait une photo qu’il avait prise sur le bateau. Je suis assis à côté de Princess qui pose sa tête sur mon épaule. Elle sourit et j’ai vu pour la première fois mon visage quand je suis heureux. J’ai retourné la photo et j’ai éclaté de rire en lisant les mots de Jimmy. « Quel dommage, les reflets du soleil font comme des taches blanches sur la belle poitrine de Princess… »
Un jour de 2012, en plus des photos, j’ai reçu une clé USB. Je venais d’acheter un ordinateur et quand j’ai vu la vidéo… J’aurais donné tout ce que je possédais pour être à la place de Jimmy. Je la regardais tous les jours. J’avais fait jouir cette beauté. À moi aussi, elle avait souri comme ça ! Encore un an est passé, je recevais des lettres, j’en écrivais. Jimmy m’a proposé de passer quelques jours avec eux à Sidney parce qu’il voulait lui faire la surprise pendant une escale sur la route vers Wellington. J’étais heureux d’accepter, d’autant que je n’étais jamais allé à Sidney. Jimmy m’a proposé de leur organiser un séjour en Nouvelle-Zélande et de les y accompagner. C’était la plus belle proposition qu’on ne m’avait jamais faite et en plus, il me payait pour ça ! Je ne savais rien de ce pays, mais je me suis appliqué à tout apprendre pour leur préparer le plus beau des voyages.
Quand Princess m’a vu à l’aéroport, elle avait la figure d’un enfant. Elle s’est retournée vers Jimmy pour lui dire « Hey, t’as vu ? C’est Jim ! » Elle a couru vers moi et je voyais Jimmy qui souriait parce qu’elle avait cru un instant que c’était le hasard qui m’avait fait tenir cette pancarte. Elle a fait la même tête quand je les ai attendus à Sidney en 2016…
Je n’étais jamais aussi heureux que pendant leurs séjours avec moi, mais il y avait toujours deux ans entre chaque. Quand Jimmy m’a annoncé qu’ils ne viendraient pas cette année, j’ai eu le cœur brisé, mais en lisant la suite, j’ai été tellement heureux ! Il me tardait d’être en décembre pour m’envoler vers la France. Il y a eu ces terribles incendies. Jimmy m’a proposé de venir au plus vite. Mon pays brûlait et j’en étais heureux puisque j’allais pouvoir revoir Blann’che Minette deux mois plus tôt que prévu.
Jim s’interrompit et se plaignit d’avoir la gorge sèche. Il but d’un trait deux grands verres d’eau colorée, demanda s’il pouvait continuer et reprit son laïus. Il nous regarda les uns après les autres.
– Vous comprenez la place qu’occupe Blann’che Minette dans mon cœur. Maintenant, je vais parler de celle de Jimmy. Il n’existe sans doute pas deux hommes plus différents l’un de l’autre que je le suis de Jimmy. Pourtant, ce qui nous unit, en plus de l’amour que nous portons à Dédette la reine des brochettes, c’est que nous ne savons pas d’où nous venons. Il m’a appris à en faire une force, à ne plus en avoir honte. Il est comme moi. Il y a des trucs qu’on tient de nos ancêtres, Marcel parle pendant l’amour comme son père, son grand-père, il a transmis ça à sa descendance. Mireille rougit. Mounico est blonde et a le bouton d’or comme sa grand-mère. Mais ni Jimmy, ni moi ne savons ce que nos aïeux nous ont légué. Quand nous rions, le faisons-nous comme notre père, notre mère, notre oncle ou est-ce que ce rire n’appartient qu’à nous ? On ne le saura jamais. Nous partageons ceci comme un trésor et c’est lui qui me l’a fait comprendre. Il m’a aussi transmis le goût d’apprendre, d’oser apprendre. Je lui en serai toujours reconnaissant.
Jean-Luc aime montrer sa queue à la moindre occasion et il m’a appris à ne pas avoir honte du plaisir que je prends à vous montrer la mienne. Et puis, il sait faire enrager Dédette comme personne ! J’aime l’entendre rire au-dessus des cris de Blann’che Minette. Il me parle de Valentino et me dit qu’il lui est reconnaissant de lui avoir fait comprendre qu’il pouvait avoir la même place dans le cœur de Monique que Valentino avait eue dans le cœur de Rosalie. Quand je lui ai demandé si je pourrais avoir un jour la même place dans celui d’Odette, il m’a répondu « Si Valentino et moi y sommes arrivés pourquoi veux-tu ne pas y parvenir ? »
Mounico m’apprend le français avec beaucoup de … pédagogie ! Ah ah ! Mais aussi, elle me parle de son amour pour cette région, comment en la découvrant sa vie a été transformée. Elle m’apprend le nom des fleurs, elle me parle de poésie. Et puis, son petit ange à la figure bien coquine me fait toujours de beaux sourires quand il apparaît devant moi et qu’il regarde ma queue en faisant oui de la tête avec la gourmandise dans les yeux…
La première fois où j’étais présent quand Christian était appelé sur une intervention, c’était pour évacuer des blessés au cours d’une manifestation. Je suis monté dans le camion, sur le trajet, il m’a demandé si je voulais l’aider et m’a proposé d’être pompier bénévole parce qu’il se trouve trop vieux pour l’être encore longtemps. Il m’apprend les premiers secours et nous parlons de politique, de liberté, de partage et aussi de ce qui l’unit à Blann’che Minette.
Jim allait parler d’Alain quand il se souvint d’un détail qui lui tenait à cœur. Et aussi, Christian m’apprend tous les secrets de sa maison et de celle du Toine !
– Christian il est pompier, mais c’est Alain qui a la lance d’incendie !
Très fier de nous avoir surpris et fait éclater de rire, Jim poursuivit.
– J’aime bien savoir que je ne suis pas le seul à éjaculer autant, que ça ne fait pas de moi un monstre ou un pervers, que c’est juste comme ça que je suis. Et puis, Alain aime quand nous parlons en anglais. Il m’apprend plein de choses, par exemple comment dessiner des plans, à la main ou à l’ordinateur. Il me parle de sa Cathy et on pourrait croire qu’il vient juste de la rencontrer. Quand elle passe près de nous, qu’elle l’embrasse, il a la même lumière dans ses yeux que s’il l’avait connue la veille et je trouve ça merveilleux.
Parce que Cathy est une femme incroyable. Elle est tendre, douce, fougueuse et sauvage à la fois. Elle me fait l’amour comme si c’était la première fois, comme si j’étais son premier homme. Quand elle s’écrie Pomponnettes Power !, j’ai des frissons de partout. Des frissons de plaisir, même si ce n’est pas à moi qu’elle s’offrira.
Joseph, je ne le connais pas assez pour en parler honnêtement. Ce que je sais de lui, je le tiens des autres. Je sais que c’est un amant tendre et attentionné, qu’il pourrait me donner de beaux conseils. Un jour, Odette m’a montré un bijou qu’il avait dessiné et fabriqué pour elle. « Quand un homme est capable de deviner ce qui fait l’essence d’une femme et de le retranscrire ainsi, tu peux imaginer combien il est capable d’amour et de respect ». Alors, il me tarde de passer du temps à ses côtés.
Martial est le plus philosophe de vous autres. Il peut se faire crier, se faire moquer, il sourit et fait exactement ce qu’il avait décidé et comment il l’avait décidé. Et avec le sourire. Quand je lui ai demandé pourquoi il avait l’air toujours content, il m’a répondu « Parce que je suis l’homme le plus heureux de la Terre, pardi ! J’ai vécu une vie de rêve, pourquoi n’en serais-je pas ravi ? Je suis à ma place, entouré de ceux que j’aime le plus au monde, que pourrais-je désirer de plus ? » Blann’che Minette l’amoureuse des levrettes a entendu les derniers mots de son frère, elle a crié « Vingt kilos de moins ! » et est partie se cacher auprès de Jimmy. Martial m’a souri « Elle est jalouse parce que c’est moi qui couche avec Sylvie et pas elle ! » Quand on a eu la bonne nouvelle pour mon titre de séjour, il est venu me voir, l’air sévère. « Bon, dis-toi que tes vacances sont finies et qu’il est grand temps que tu apprennes l’essentiel. » Je ne comprenais pas de quoi il me parlait. Il m’a fait les gros yeux. « La cuisine au beurre, pardi ! » et il m’a pris dans ses bras en me souhaitant d’être aussi heureux que lui.
Je sais quelque chose sur Sylvie que vous ignorez tous. De vous autres, c’est elle la meilleure professeure ! Fézé pas d’uei de gòbi, je sais ce que je dis ! Qui d’entre vous serait capable de m’apprendre la photographie sans avoir besoin d’un appareil photo ? Hein ? Lequel d’entre vous ? Laquelle ? Hé bé, Sylvie elle le fait. Je pourrais rester des heures à contempler ses yeux. J’en ai jamais vus d’aussi verts. Je regarde ses yeux et j’y vois la mer, des paysages parfaits, je regarde ses yeux et je peux composer un tableau. Et son sourire… Elle me regarde et comprend ce que je veux photographier d’elle. Elle dévoile ses seins, boudiou comme ils sont beaux ! Son ventre. Elle pose une main là, sur sa cuisse, une autre sur sa joue. Elle tourne sur elle-même et vérifie dans mes yeux si la photo serait bonne. Maintenant que j’ai compris ce qu’elle voulait m’apprendre, on se sert de son appareil-photo. Elle m’apprend aussi les secrets de la chambre noire. Je suis toujours très beau sur les photos qu’elle fait de moi.
Daniel, c’est le seul qui peut me faire rougir quand il me raconte des histoires. Il m’apprend les mots précis pour chaque chose et me prévient quand ils ont disparu de la langue. « Son usage est réservé aux initiés ». C’est grâce à lui que je resterai parmi vous. Il m’a présenté à ceux qui pouvaient faire pencher la balance du bon côté et m’a bien expliqué comment me comporter, ce que je devais dire et ce que je ne devais pas dire et comment dire ce que je devais dire. Quand j’ai obtenu mon visa de longue durée, il est venu me l’annoncer un jour avant que ce ne soit officiel. Il a ouvert la mairie, on a fait la fête avec Mireille « qui raffole des galipettes dans les cachettes » et après on vous a retrouvés pour fêter ça dignement.
Mireille, c’est la plus coquine de vous autres.
À ces mots, nous avons émis quelques protestations. Jean-Luc montrait Monique et tous les autres, y compris Monique, désignaient Cathy.
– Non, non, non ! Je vous parle de coquine ! Cathy n’est pas une coquine, Cathy c’est une déesse ! La déesse de l’Amour. Cathy… Vous ne voyez pas la différence entre une déesse, entre la déesse de l’Amour et une coquine ?! Cathy a toujours su qui elle est. Alors que Mireille… vous avez bien remarqué ces charmants petits cris qu’elle pousse quand elle est excitée… Mireille c’était une petite poule programmée pour rester bien sagement parmi ses semblables, derrière les grillages de la basse-cour. Seulement, en regardant passer les oies sauvages, elle a décidé de les suivre et de les rejoindre, coûte que coûte, même si ses ailes ne lui permettaient pas de voler. Elle s’est accrochée et a trouvé de l’aide auprès de ce groupe. Ils lui prêtent leurs ailes parce qu’ils l’ont reconnue comme l’une des leurs. Quand elle a peur de ses audaces, elle se cache derrière ce rôle qu’elle aime tant jouer, parce qu’il l’autorise à être celle qu’elle a choisi de devenir. J’adore quand elle vient me voir, toute rouge et qu’elle invente des maladies et les remèdes pour éviter de les attraper.
Nous comprenions de moins en moins. Jim était-il ivre à ce point ? Jimmy d’une pression sur mon avant-bras me conseilla de regarder Mireille, toute rouge, qui comprenait parfaitement de quoi parlait Jim. Il posa la question qui nous brûlait les lèvres.
– De quelle maladie parles-tu ?
– Elle en invente tout le temps ! La grippe des couilles, vous connaissez ? Non ? Hé bé, Mireille si ! Et comment on l’évite, la grippe des couilles ? Hé bé, on les met bien au chaud entre les seins de Mireille qui les masse dé-li-ca-te-ment pendant… hé bé… pendant le temps nécessaire. Une déesse de l’Amour est incapable d’inventer de telles choses, une coquine, oui ! Il n’y a qu’une coquine pour aimer aussi fort deux hommes aussi différents que Daniel et Marcel ! Daniel est son prince charmant, Marcel son démon d’amour. Surtout, Mireille tout comme moi croit aux signes du destin, mais elle pense que si le destin tarde à nous faire signe, il faut prendre les devants.
Marcel, c’est le seul à qui on se crie dessus comme deux frères. C’est lui qui m’a fait sentir qu’ici, je suis chez moi. Il me l’a fait sentir là, dans le ventre quand on s’est engueulés à cause de la source…
– Ho coumpan, me fais pas venir les larmes !
– C’est quoi cette histoire de source ?
– C’est une histoire que pour l’entendre, il faut payer en nature, Blanche-Minette ! T’en dis quoi, coumpan ?
– J’en dis que t’as raison, mais que pour la source, c’était moi ! Marcel et moi, on se comprend depuis le premier jour. Quand il me parle dans la belle langue, c’est la mienne, la vraie mienne. Et je suis bien d’accord avec lui, de vous tous c’est lui qui cause le mieux ! Une fois qu’on causait de la vie, de l’amour, des femmes, de se sentir différents des autres, de la beauté, il m’a dit une phrase qui restera gravée en moi pour toujours, plus sûrement qu’un tatouage. Es pas bèu ce qu’es bèu, es bèu ce qu’agrado *.
À l’évocation de ce moment, les yeux de Marcel et ceux de Jim se sont emplis de larmes. Nous avons été stupéfaits de les voir se les essuyer du même geste du dos de la main. Marcel, ému a rapproché sa chaise de celle de Mireille, j’ai rapproché la mienne de celle de Jimmy. Jim s’est installé entre nous. Marcel a passé son bras autour du cou de son coumpan. Il n’a fallu qu’un tour de table pour tomber d’accord sur le surnom de notre nouveau confrère, celui proposé par le Bavard, Prouvençau. Madame l’a calligraphié sur le marque-place que Jim a posé avec beaucoup de fierté devant lui.
– Té, Madame, fais-nous la belle écriture pour son marque-place et après, tu me passeras le stylo, j’ai une faute à corriger…
Nous avons évidemment sauté sur l’occasion pour trinquer et Joseph prit la parole.
J’étais avec Jimmy, chez Sylvie et Martial. Nous essayions d’organiser les fêtes de fin d’année en conciliant la présence de nos amis irlandais avec la venue de nos enfants accompagnés des leurs. Pour arranger le tout, les parents d’Émilie m’en voulaient toujours de l’avoir soutenue dans son désir de changer d’orientation pour finalement décider de prendre une année sabbatique. Comment faire pour que ces retrouvailles se passent au mieux ? Comment nous arranger pour consacrer du temps à la galipette sans nous faire griller ?
Sylvie avait fait preuve de diplomatie et avait un peu rassuré Sébastien et son épouse. Lucas étudiait désormais à Paris et partageait mon studio avec Émilie. En cousin sérieux, il saurait sans aucun doute la ramener à la raison et sur le droit chemin.
Jimmy avait ri de leur aveuglement. Je lui avais fait remarquer que mon fils et son épouse étaient au moins aussi perspicaces qu’il l’avait été à propos de Jacques et Jacqueline. Il se demandait comment aborder le sujet sans passer pour le dernier des pervers si jamais je m’étais trompée quand il avait reçu un appel de son frère qui voulait nous inviter à fêter l’anniversaire de Jacqueline avec eux.
– Mais seulement à notre retour d’Italie. Tu sais, nous nous offrons un petit voyage chaque année. Comme toi et Odette vous vous en offrez un…
– Comme moi et Odette ? Tu es bien sûr ? Parce qu’Odette et moi… on pourrait parler de voyages de noces, si tu vois ce que je veux dire…
– Oui. Comme toi et Odette.
– Jacques, qui dit voyage de noces, dit aussi nuit de noces !
– C’est bien ce que je te disais, comme toi et Odette !
– Odette avait donc raison ! Mais ça dure depuis combien de temps ?
– Depuis mon retour de l’armée, mais… tant qu’on vivait au Paradou, avec le père et la mère, on faisait attention… Tu sais… ils n’auraient pas aimé… Pour eux, on aurait été des pervers… Tu vois ? Et puis, je me suis installé à Arles… Tu sais bien, les parents m’ont demandé de lui trouver un travail parce qu’ils savaient qu’aucun des enfants qu’ils avaient élevés ne reprendrait la ferme. Et j’ai obéi au père. Pour surveiller Jacqueline, je l’ai gardée chez moi… Tu sais bien pourquoi… l’hérédité, quoi !
Contrairement à Jacques et à Jimmy, tous deux des enfants nés sous X, on connaissait la mère de Jacqueline. Prostituée notoire, la Justice avait estimé que pour préserver la salubrité morale de sa fille, elle devait être déchue de son autorité parentale et Jacqueline avait été placée dans cette famille, mais leurs parents adoptifs pensaient que le vice était héréditaire et que si l’on n’y prenait pas garde, la petite Jacqueline belle comme un cœur risquait de finir sur le trottoir voire dans le caniveau.
– Mais à moi… pourquoi ne m’avoir jamais rien dit ?
– On pensait que tu avais compris depuis le temps et que si t’en parlais pas, c’est que tu nous jugeais mal, parce que t’étais coincé du cul… T’étais professeur des universités tout de même ! Et vieux garçon… Et pis si t’avais pas compris, on voulait pas te choquer !
– Alors, si Odette n’avait pas vu clair dans votre jeu…
– On t’en aurait pas parlé, mais je suis bien content que les choses soient claires, maintenant ! Alors, on pourra compter sur vous ?
– Et comment, mon frère ! Et comment !
Nous étions tous réunis à table quand Jimmy nous avait raconté cet échange. Je m’étais demandé à voix haute si un éventuel micro-climat à Paradou n’obscurcissait pas l’esprit, parce que si Jimmy n’avait rien remarqué, de leur côté Jacques et Jacqueline se gouraient dans les grandes largeurs quant à lui. Jean-Luc m’avait souri d’un air moqueur.
– Oui, mais moi… c’est pas pareil !
– Et pourquoi ça ne serait pas pareil ?
– Parce qu’elle te le dit et pis c’est tout !
J’avais envoyé un bisou de reconnaissance à Cathy, assise à l’autre bout de la table pour la remercier d’avoir ainsi clos la conversation avant qu’elle ne tourne à mon désavantage.
Nous étions donc chez Martial et Sylvie. En se penchant en avant pour remplir une case de son grand planning, elle avait laissé entrevoir l’échancrure de son chemisier. Jimmy avait voulu y glisser la main avant de se raviser.
– Pff… pourquoi t’as mis un soutif ?
Je levai les yeux au ciel.
– De toute façon, t’es jamais content ! Si on n’en met pas, tu nous reproches notre manque de goût pour la lingerie fine et si on en met un, ça ne te va pas non plus !
– Sauf que Sylvie me connaît bien, depuis le temps… elle sait que le fantasme de la secrétaire lubrique m’émoustille…
– Quel fantasme ? Quelle secrétaire lubrique ? C’est quoi cette histoire ?!
– Complique pas tout, Sylvie ! J’me comprends…
Martial et moi étions morts de rire.
Nous avions presque fini d’organiser le logement de chacun de nos invités ainsi que le programme des réjouissances des premiers jours quand le téléphone de Sylvie se mit à vibrer. C’est Marcel. Elle décrocha.
– Allô ? Oui, ils sont avec nous… Quoi ? Ben oui, ils ont dû le mettre en mode avion… on ne voulait pas être… Bien sûr, on vous attend ! Quoi ? Mais bien sûr que oui ! Depuis quand y a rien à boire chez nous ?!
Marcel, Mireille, Alain et Daniel firent une entrée tonitruante. Jim les accompagnait, il resplendissait d’un bonheur incrédule.
– On a trouvé une escuse valable pour son visa de longue durée ! Rapport à l’esploitation agricole…
– Mais… On y avait déjà pensé… Toi-même tu avais reconnu que ça ne tiendrait pas… Finalement, vous avez trouvé un biais juridique pour qu’il puisse la reprendre ? C’est ça ?
– Mieux que ça ! Mieux que ça !
Tout en répétant ces mots, Marcel se dirigea vers la porte du salon qu’il ouvrit en grand et annonça fièrement
– Le héros du jour ! Notre sauveur !
– Si ça marche, papé Marcel… si ça marche…
– Brave petit, va pas nous porter la scoumoune avé tes doutes ! Bien sûr que ça va marcher ! Bien sûr que oui !
Se tournant vers nous, il nous expliqua l’idée soumise par Vincent. Depuis que Marcel avait cessé son activité, une bonne partie de ses terres étaient restées en friche. Il ne cultivait que la surface nécessaire pour subvenir à ses besoins alimentaires, mais ne s’était jamais résolu à vendre le reste. L’idée de Vincent était de reprendre l’exploitation, il avait les compétences et la formation nécessaires, mais le temps qu’il obtienne son diplôme, il aurait besoin de l’expérience de Jim. Daniel avait passé quelques coups de fil à ses relations préfectorales et la solution semblait plus qu’envisageable.
Martial demanda à Vincent ce qui le motivait. Allait-il se lancer dans l’horticulture comme il en avait toujours rêvé ou allait-il simplement reprendre l’activité maraîchère de son grand-père ? N’avait-il pas prévu, à l’issue de ses études, de tenter de s’installer dans l’arrière-pays niçois ?
– Si mais… en m’installant ici, je serais plus près de Manon… Et de vous aussi. Et puis, je pense tenter la conversion vers la permaculture. Les terres en friche seraient idéales.
Vincent se retourna vers Marcel l’air blasé. Celui-ci mit la main sur sa poitrine, outragé. J’ai rien dit ! Alain nous expliqua que le Bavard n’avait cessé de parler de sperme à culture depuis que Vincent avait fait cette proposition.
– Reconnaissez au moins que pour la sperme à culture, Jim aurait de quoi ensemencer mes terres, ah ah ! Et Alain pourrait l’aider en cas de panne sèche !
Nous avions pas mal trinqué quand la sperme à culture revint sur le tapis.
– C’est vrai que t’es comme Alain et Enzo ? Que tu… des litres ?
Jim avoua ne pas le savoir. C’était ce qu’il se disait, mais ils n’avaient jamais comparé. Quant à Enzo, il ignorait jusque-là qu’il éjaculait autant…
– Vous n’avez jamais comparé ?!
– Et pourquoi on l’aurait fait, petit ?
– Je sais pas moi… pour le fun ! Vous aimez pas vous branler, comme ça ? Juste… je sais pas moi… juste parce que c’est bon… Pour le fun, quoi !
– Si, bien sûr que si !
– Ben alors ? Vous n’avez jamais eu la curiosité de comparer ?
Vincent semblait bien déçu de notre manque de curiosité. Mireille voyant venir le truc, demanda à Marcel d’arrêter de remplir le verre du petit. Sinon, il allait finir par demander à Alain et à Jim de comparer tout de suite et que ce serait gênant.
– Parce qu’on devrait être gênés quand on joue des saynètes devant vous ? Tu crois que je ferme les yeux quand tu apparais dans une vidéo ? Ou quand c’est papy Christian ou mamé Cathy ou papé Marcel ?
– Mais ça n’a rien à voir ! C’est… c’est du spectacle ! C’est de l’art !
– Aah… j’avais pas remarqué que vous faisiez semblant…
– Mais non ! La question ne se pose pas quand c’est une saynète !
– Ben, tu sais quoi ? Tu en écris une. Je suis sûr que tu nous surprendras encore ! Et pense à mettre Enzo au casting !
Nous nous accordâmes pour trouver l’idée acceptable et c’est ainsi qu’eut lieu, douze jours plus tard, cette représentation exceptionnelle, qui mit le bazar dans l’établissement du planning prévisionnel de Sylvie.
Life on Mars Project
Le rideau s’ouvre sur une salle de réunion. Sur le mur du fond, un diaporama est projeté en boucle. On entend « Life on Mars ? » de David Bowie. Alain entre en scène, une brochure promotionnelle à la main. Il est accompagné d’Enzo. Ils s’asseyent.
– Tu vois ? Je te l’avais bien dit, personne d’autre que nous n’aurait les couilles de passer le test !
– Oui. Les couilles… tu as raison. C’est vraiment l’expression adéquate, petit !
Ils ricanent. Jim entre, la même brochure à la main, les salue et s’assoit à son tour. Personne ne sait quelle contenance prendre. Seront-ils rivaux ? Seront-ils collègues ? Doivent-ils prendre un air dégagé ? Vont-ils assurer ou se ridiculiser ? Comme souvent dans ce genre de situation, pour masquer la gêne, chacun regarde dans le vide et puis ses pieds avant de se replonger dans la lecture de cette brochure qu’ils connaissent pourtant par cœur. Le diaporama ne semble pas les intéresser.
À la fin de la chanson, Sylvie arrive, une liasse de papiers à la main. À l’aide d’une télécommande, elle arrête le diaporama.
– Messieurs, bonjour. Je pense qu’il n’y aura aucun autre participant à cette réunion d’information. Je suppose que chacun d’entre vous a lu la brochure présentant notre projet international, le « Life on Mars Project »…
Les trois hommes confirment en hochant la tête.
– De nombreuses études scientifiques incontestées ont démontré qu’afin de rendre possible la vie sur Mars, il convient d’en ensemencer la surface avec du sperme humain. Pour ce faire, nous organisons des sélections à travers le monde en vue du recrutement d’un bataillon de 162 ensemenceurs chargés de préparer le terrain avant l’arrivée des premiers terriens.
Si vous décidiez de participer à cette première sélection, je vous demanderais de vous dévêtir afin que je puisse vérifier que nous ne cachez aucun artifice, aucun récipient contenant un ou plusieurs éjaculats. Je vous remettrai une éprouvette graduée dans laquelle vous déposerez votre semence. À la fin de cette session, une assistante viendra les récupérer, en mesurer la quantité et la qualité.
À l’issue de cette première campagne, les candidats retenus seront avisés par courrier. Si ce mode de sélection devait vous poser problème, libre à vous de ressortir de cette pièce, votre anonymat serait garanti puisque j’ignore votre identité.
Les trois candidats se déshabillent. Ils tournent le dos au public. Sylvie les inspecte avec grande minutie. Elle commence par Enzo.
– Avez-vous subi un traitement médical ? Il est évident que vous êtes pubère, néanmoins ce pubis, ces testicules absolument glabres m’inquiètent quelque peu, serait-ce le signe d’une pathologie ?
– Oh non, madame, c’est juste que je me suis épilé…
– Épilé ?! Et pourquoi donc ?
– Parce que c’est plus… hygiénique… plus net… Tous les jeunes de mon âge s’épilent. Les filles comme les garçons…
– Eh bien, vous me voyez ravie de ne pas être de votre génération !
Elle lui tend une éprouvette géante avant de se tourner vers Alain.
– Ah ! Voilà qui est plus agréable à regarder, à… hmm… palper… Je me sens soudain… Quelle chaleur !
Elle détache deux boutons de son chemisier et s’évente d’un mouvement de la main. Les candidats sifflent d’admiration en découvrant son magnifique décolleté. Alain ayant prouvé qu’il ne cachait aucun artifice, elle lui tend une éprouvette similaire à celle d’Enzo en le gratifiant d’un clin d’œil coquin.
– Et notre dernier candidat… Oh ! Mais quel membre magnifique ! Et quelle… vigueur ! Laissez-moi… ooohh… laissez-moi le caresser encore un peu… Hmm… seriez-vous partant pour m’accorder quelques heures en tête à tête à l’issue de cette… hmm… épreuve de sélection ? Je loge pour quelques jours encore dans un hôtel très confortable…
Jim fait un grand oui de la tête. Elle lui tend son éprouvette.
– Vous n’avez pas froid aux yeux, si je peux me permettre…
– Jeune homme, je ne suis pas que la responsable des recrutements pour la France du Life on Mars Project. Sachez que je suis avant tout une secrétaire hautement qualifiée et si vous aviez un peu plus d’expérience de la vie, vous n’ignoreriez pas ce que tous les anciens savent : une secrétaire ne peut être que lubrique ! Sinon, à quoi bon exercer ce métier ?
Sylvie les invite ensuite à prendre place sur des sièges plus confortables et leur propose de visionner des vidéos pendant qu’ils se masturberont. La lumière se tamise, à l’écran débute un petit film d’effeuillage datant de la fin des seventies. Quand le strip-tease de Monique débute, Enzo s’exclame « Ouah !Qu’elle est bonne ! » ce qu’Alain et Jim approuvent. On peut deviner qu’ils se branlent vaillamment. Le strip-tease est relativement bref, quand il s’achève, ils en sont dépités. Commence alors celui de Cathy.
– Ouah ! Celle-là… ouah ! Elle est plus que bonne ! T’en penses quoi ?
– Ô, pute vierge ! Si j’avais eu la chance de rencontrer une telle beauté… ô, pute… j’ai jamais vu une femme… Ô, pute vierge ! Elle me met les sangs en ébullition !
– Té, à moi c’est pas que les sangs !
Se penchant vers Jim, Enzo lui demande
– Parce que vous la connaissez ?
– Ô misère… té petit, si je la connaissais… j’irais pas sur Mars !
– Bien dit, l’ami ! Ô, pute vierge, elle me fait languir à prendre tout son temps… C’est pas comme la première… elle, en plus d’être belle… hmm… elle sait s’y prendre ! Ouh fan de Diou, quelle belle paire de nichons !
Jim et Enzo approuvent bruyamment. La vidéo se poursuit.
– Vé ! Elle se retourne… oh que je me la niquerais bien ! Oh comme j’ai envie d’y mettre ma queue !
– Je croyais que dans ta génération, on n’aimait pas les poils… Ô… Ô, put… quand elle se penche… Ô…
À l’image, on voit Cathy ramasser ses vêtements jetés à terre et s’en aller prestement. Les trois candidats poussent un oh non de déception.
– Mais c’est quoi ça maintenant ?! Une bourgeoise coincée… Je suis sûr qu’elle sort de l’église… Je vais pas pouvoir me branler sur elle !
– Petit… mon petit… c’est les plus pires ! C’est comme si elles prenaient une dose de vice à chaque fois qu’elles communient ! Vé !
En effet, quand elle débute son effeuillage, les craintes d’Enzo fondent comme neige au soleil…
– Je sais pas si c’est pareil pour vous, mais moi… j’aimerais mettre ma grosse queue noire à la place de sa médaille de baptême ! Oh… oh…
– Oh, elle rougit en nous regardant… c’qu’elle est bonne ! T’avais raison, c’est la pire ! Hmm… tu crois qu’elle… suce aussi ?
Poussant un juron flatteur, Jim attrape son éprouvette et jouit alors que Mireille se lèche les lèvres en faisant pigeonner sa poitrine, le regard en dessous. Elle fait un signe de croix et se sauve comme les deux précédentes créatures.
– Comme elle a l’air sérieuse, celle-là avec ses lunettes… tu sais ce qu’on dit des femmes à lunettes, petit ?
– …
– Petit ? Ça va ?
Enzo a tout juste eu le temps d’attraper son éprouvette et comme s’il devait en avoir honte, confesse « Je me suis imaginé juter sur sa chatte poilue ».
– Et ça t’a fait quoi ?
– Putain ! C’était trop bon !
Les quatre effeuilleuses se retrouvent devant la caméra, nues, elles se caressent, s’embrassent, font des mines, provoquent le spectateur, l’invitant avec des clins d’yeux, des sourires coquins.
– Ô, pute vierge ! Ô, pute vierge, je viens… je viens !
Après qu’Alain a rempli son éprouvette, Sylvie les rejoint. Elle tend à chacun une étiquette qu’ils devront signer afin d’éviter toute contestation ultérieure. Elle appelle son assistante, qui arrive toute rougissante, vérifie que les éprouvettes sont bien étiquetées, les dépose sur un plateau et s’en va procéder aux divers tests et mesures.
Depuis les coulisses, on entend un énorme fracas, un bruit de verre brisé. Seigneur, Marie, Joseph ! Il est à craindre qu’il faille tout recommencer !
Le rideau se baisse sous les applaudissements, les éclats de rire de certains et les cris de déception des plus jeunes.