Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Perfection pubienne

Le 11 janvier 2019

Mon petit Lucas,

La deuxième nuit que j’ai passée au village restera gra­vée à tout jamais dans ma mémoire. Monique m’avait proposé de choisir un déguisement et un scénario pour une petite say­nète à ma convenance. Elle avait sorti tous les costumes de la malle, je les regardais attentivement. J’aurais voulu porter une guêpière comme celles que j’avais entraperçues dans des re­vues cochonnes, mais il n’y avait que des corsets à lacets et à rubans… j’étais un peu déçue, car je ne les trouvais pas très excitants.

Monique me demanda à quoi je pensais, je lui livrais ma déception, le terme est trop fort, elle m’expliqua alors mon erreur. Elle me raconta comme elle trouvait agréable le laçage, quand elle avait le souffle presque coupé et combien le côté désuet du tissu blanc et rose fané augmentait son plaisir. Elle me proposa d’en essayer un. Il y avait cinq corsets en tout, de différentes tailles, de différentes périodes et de différentes provenances.

Je me déshabillai, à la fois excitée à l’idée de le faire de­vant Monique et à la fois un peu anxieuse à l’idée qu’elle ne me regarde pas comme je rêvais qu’elle le fasse. Non seulement, elle ne détourna pas les yeux, mais au contraire, me regarda ouvertement, me demandant de tourner sur moi-même, de lever les bras comme une danseuse, de me cambrer un peu plus. Je voulus savoir si c’était pour deviner quel corset m’irait le mieux.

Elle éclata de rire et me répondit que non, que c’était juste pour m’admirer davantage, qu’elle me trouvait très belle et super bien gaulée. Je rougis, elle s’agenouilla devant moi et marmonna. Je lui demandai ce qu’elle disait, elle me répondit par Quand le mari de Nathalie a vu ma grand-mère à poil, la pre­mière fois, il est resté bloqué sur les poils de son pubis, il n’en avait jamais vus d’aussi blonds Ta toison me fait le même effet…” Je lui rétorquai que je ne suis pas blonde, elle haussa les épaules et me sourit Merci, j’avais cru remarquer !”

– Alors quel est le rapport ?

– Ta toison est… je peux ?

Valentina par Guido Crepax

Elle me demandait la permission de toucher mon pu­bis ! Nous avions flirté, plus ou moins couché ensemble la veille, mais elle attendait mon accord pour le toucher ! Je le lui donnai bien volontiers. Ses doigts jouaient avec mes poils, parce que contrairement à la mode actuelle, le grand chic dans ces années-là était d’avoir une belle toison pubienne. Ses doigts glissaient sur ma peau, mes poils dépassaient, elle s’amusait à les enrouler au bout de son index. Elle me regarda enfin, un grand sourire aux lèvres, il faut dire que j’étais dans un tel état d’excitation que les muscles de mes cuisses tressau­taient et que je ne pouvais empêcher mon bassin d’aller d’avant en arrière, d’arrière en avant.

– Je crois que je n’ai jamais vu une toison aussi parfaite ! Chaque poil est à sa place, ondulé pile-poil comme il faut ! Et tellement denses… ils sont tellement denses ! On pourrait croire que tu les as plantés ! Regarde, ton triangle est parfait ! Martial arrive à te baiser malgré tout ? Parce que si j’étais à sa place, je ne pourrais pas décoller ma bouche de ta chatte !

Puis, semblant remarquer mon émoi, elle me proposa de jouer à la balançoire.

– À la balançoire ?

Elle sortit une langue gourmande, après m’avoir de­mandé de balancer mon bassin d’avant en arrière en écartant légèrement les cuisses. Je fis comme elle me le demandait, j’avais fermé les yeux, autant pour me concentrer sur cette sensation que par crainte de voir réellement cette scène dont j’avais rêvé maintes fois. Je me laissais aller à ses caresses, je sentais mes doigts se crisper sur ses cheveux. Je crus les lui avoir tirés un peu trop fort quand elle prit ma main, puis l’autre, mais sans cesser de me lécher, elle m’incita à écarter mes lèvres avec mes doigts.

Je sentis alors tout mon sang se concentrer dans mes mollets, des picotements sous la plante de mes pieds. Je pous­sai un cri rauque, comme un souffle d’animal en rut et je jouis dans sa bouche. Je lâchai mes lèvres pour retenir son visage contre mon sexe. Je ne pouvais m’arrêter de gémir “Comme c’est bon… ! Comme c’est bon… !” vite remplacés par la sup­plique “Encore… ! Encore… !”, les autres invités étaient déjà là quand nous fîmes notre entrée. Monique expliqua qu’elle avait dû me convaincre de la supériorité du corset à lacets sur la guêpière moderne. Le Balafré s’étonna que les arguments de Monique n’aient pas porté, nous nous récriâmes “Mais pas du tout !” avant de constater que j’étais restée nue.

Je rougis et baissai les yeux, n’osant affronter le regard de Martial qui comprit aussitôt ce qu’il se passait dans ma tête. Il me rassura “Tu n’as pas à rougir des plaisirs que peuvent t’offrir Monique et ses amis, nos amis !”. Je me blottis dans ses bras en lui disant à quel point j’avais aimé cette sensation, je savais que mes yeux brillaient de mille feux de reconnaissance, je lui répétais “Merci. Merci. Merci” et je sentais son cœur battre la chamade. Je réalisai soudain qu’on parlait de moi, que Monique parlait de moi, de la perfection de mon pubis. Jamais une fille ne m’avait complimentée en quoi que ce soit et Monique était en train de le faire sans se soucier que je l’entende ou pas, ce qui ne pouvait que me confirmer la sincérité de ses propos.

Remarquant que je les observais, Cathy me fit un clin d’œil amusé et complice “Faut dire que question comment vous dites vous autres, déjà ? Ah oui question « oralité », elle s’y connaît notre Monique !”. J’éclatai de rire, un peu gênée de ne pas avoir été la première à avoir goûté aux talents de Monique en la matière et de n’avoir donc pu cacher le plaisir que j’avais pris sous sa langue. Martial me demanda dans un souffle si j’aimerais réitérer devant lui. Je ne pensais qu’à ça ! Je voulais plus que tout que tous me regardent jouir sous la langue de Monique, je voulais que tous admirent la perfection de ma chatte et de ma toison!

Monique s’agenouilla à nouveau devant moi, je me mis en position, sous le regard attentif de toute l’assemblée. Elle expliqua à nouveau pourquoi elle trouvait mon pubis excep­tionnel, pourquoi elle adorait me bouffer la chatte. Elle rit en constatant que ses derniers mots m’avaient excitée davantage. J’écartai mes lèvres, mais elle me demanda de poser mes mains sur mes super nichons et de les caresser comme une salope qui veut exciter son monde, elle demanda ensuite à Mar­tial d’écarter mes lèvres et d’offrir mon sexe à la vue… Je jouis presque immédiatement. Monique me demanda si mes sensa­tions avaient été différentes. J’approuvai.

– Tu veux te reposer ou tu veux recommencer ?

– Recommencer

– Qui va écarter tes lèvres ?

– J’aimerais bien… Jimmy…

J’entendis alors des éclats de rire étouffés, Christian m’expliqua que Cathy et Madame avaient décidé d’imiter Mo­nique et avaient décrété que ce serait une « soirée gouinage ». Je les regardais, se taquiner, s’aguicher… J’étais troublée du trouble que leurs caresses et leurs baisers suscitaient auprès de ces hommes. Ils n’avaient que le droit de nous regarder, sauf celui qui écartait et caressait mes lèvres, à tour de rôle.

Je n’aurais jamais cru possible de jouir autant et aussi fort dans une même nuit. Nous avions décidé que ce serait une soirée exhibition lesbienne, que nos hommes n’auraient que le droit de se branler et de commenter, mais alors que je me remettais de toutes ces émotions dans les bras de Martial, Christian prononça la formule magique Et maintenant, mes­sieurs, si nous offrions une bague de fiançailles à la charmante Syl­vie ?” et l’envie nous submergea à nouveau.

Je fus bien contente de ne pas avoir d’obligations le len­demain, comme ce fut le cas pour Monique et Christian. J’ap­préciai tout autant, cette journée passée en tête-à-tête avec Martial, journée où j’ai pu mettre des mots sur mes sensations, où j’ai pu explorer mes rêves sans en rougir, où Martial m’a parlé avec une ferveur incroyable de sa vie à mes côtés telle qui l’imaginait. J’étais touchée qu’il l’imaginât si belle et exci­tante, mais je n’aurais jamais pu deviner qu’elle le serait bien davantage.

Dans une prochaine lettre, je te parlerai de ce que je re­doutais le plus et comment Cathy a réussi à me faire com­prendre à quel point je pouvais me tromper.

Ta mamie Sylvie

Sylvie fait la connaissance des parents de Martial

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Réponse à ta demande de précisions

Le 4 janvier 2019

Mon petit Lucas,

Comme tu me l’as demandé avant de repartir vers ta vie estudiantine et strasbourgeoise, je vais apporter ici quelques précisions. Quand tu me les as demandées, tu souriais en coin, un brin ironique et tellement tendre… Bien sûr Monique est plus cash quand elle raconte ses souvenirs, mais Manon n’est pas sa petite-fille, c’est la petite-fille de sa sœur !

Je compte sur le fait que je te posterai cette lettre et que je n’aurai donc pas à croiser ton regard dès ta lecture achevée, pour me donner le courage nécessaire et me confier réelle­ment, sans honte.

J’aimais bien faire l’amour avec le père de Julien, qui fut le premier garçon à me caresser, à coucher avec moi. J’avais déjà embrassé deux autres garçons lors de surpat’ mais ça n’avait pas été plus loin, pas même un “pelotage de nichons”, juste une ou deux pelles pendant et après un slow. Avec le père de Julien, j’ai eu l’impression d’être une femme. Il était aussi puceau que moi, mais je lui faisais confiance, persuadée qu’un garçon sait forcément “ces choses-là”…

Quand je repense à cette période, je réalise que ce qui m’excitait le plus avec le père de Julien, c’était son désir, de sa­voir que je l’excitais. Et puis, je suis tombée enceinte de Julien, mon corps déformé ne l’excitait pas. Mon désir s’est éteint avec le sien.

Après mai 68, il y avait beaucoup de groupuscules de femmes, pas forcément des militantes féministes, mais des mouvements d’entraide spontanés et évidemment des fémi­nistes, des militantes du Planning Familial qui pouvaient t’ai­der à avorter dans des conditions sanitaires acceptables, qui pouvaient te donner des moyens anticonceptionnels. C’est en allant prendre des informations sur la contraception, que j’as­sistai à une réunion où les femmes parlaient de leur corps comme je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse le faire, elles parlaient du plaisir et de la manière de l’atteindre sans aucune honte. J’étais sidérée !

Je ne pris pas la parole et rentrai chez moi, bien déci­dée à fuir ces espèces de folles. Julien était chez mes parents, j’avais du temps devant moi, je décidai d’en profiter pour lire au calme le petit fascicule qui expliquait comment éviter une grossesse non désirée. Il y avait un schéma de l’appareil géni­tal féminin. Je localisai le clitoris. Même si ça peut paraître étrange, jusqu’à ce jour, j’ignorais son nom et même son existence.

C’était donc en caressant habilement ce truc que ces femmes jouissaient ? Je glissai ma main dans ma culotte et le caressai pour la première fois. Enfin, pas tout à fait pour la première fois, mais la première fois de façon consciente. Parce qu’il m’était arrivé quelques fois, en me lavant “à fond” après mes règles, de le toucher, mais je ne liais pas cette sen­sation à un plaisir sexuel, plutôt au soulagement de ne plus avoir mal, puisque j’avais encore des règles douloureuses. Ça te permet de te donner une idée des connaissances des jeunes de ma génération sur le sujet…

Un peu vexée d’en savoir si peu sur mon corps, je déci­dai de me caresser, je faisais attention à la moindre de mes sensations, le goût de ma salive sur ma langue, dans ma gorge, les oreilles qui chauffent, le cœur qui bat plus fort, qui ré­sonne jusque dans mes oreilles, la moiteur chaude sous mes doigts, cette envie de me caresser frénétiquement, puis ralen­tir soudain, savoir que je suis allée jusqu’au seuil du plaisir… recommencer…

À chaque fois, ces images qui s’imposaient à moi, juste avant de jouir, me faisaient peur, me faisaient honte. Je ne réussis pas à jouir ce jour-là, mais quelques jours plus tard, alors que je me lavais après avoir accompli mon de­voir conjugal, sans aucun enthousiasme, sentiment partagé avec mon époux.

Je prétextais une méthode anticonceptionnelle pour justifier ma douche prolongée. Je venais de parler avec le père de Julien de cette réunion dont j’avais entendu des bribes et lui avais demandé ce qu’il pensait de la masturbation féminine. Il me répondit que je n’en avais pas besoin puisque c’était un truc pour les mal baisées. Je pris cette réflexion en pleine face, un peu comme une gifle et je crois que c’est là qu’est née ma “rébellion”. Qu’est-ce qu’il en savait, ce con, de ce que je res­sentais ? Comme une vengeance muette et secrète, je décidais “Puisque c’est comme ça, il va voir ce qu’il va voir !”. En l’oc­currence rien, puisque je ne voulais pas qu’il sache ce que je m’apprêtais à commettre un adultère en solitaire.

J’allais donc sous la douche et me caressais longue­ment, à demi accroupie pour mieux écarter mes jambes et ressentir tous les replis, en éprouver la sensibilité avant de ca­resser mon clitoris. J’aurais aimé pouvoir observer le reflet de mon sexe dans un miroir, puisque certaines femmes sem­blaient dire que ça les avait aidées, mais à cause de la buée, des gouttes d’eau, je n’y voyais rien.

Je sentais le plaisir monter en moi et puis ces images, toujours les mêmes… ces regards lubriques posés sur moi… ces femmes et ces hommes… ces gestes à peine esquissés… La honte me fit écarter ma main une fois de plus, mais j’avais ou­blié la douche qui continuait à couler sur mes seins, sur mon ventre… Je dirigeais le jet entre mes cuisses, fermai les yeux et me laissai enfin aller à la douceur de ces regards excités…

La scène me revint tout de suite en mémoire, comme s’il s’agis­sait d’un film et que je reprenais ma place devant l’écran après m’être absentée quelques instants. Il me fallut quelques essais avant de réussir à jouir. Mais je me souviens parfaitement du sentiment de revanche que je ressentis. Cette impression de l’avoir fait cocu sans qu’il ne s’en doute.

Dès cette nuit, je me fis la promesse de jouir au moins une fois par jour. Promesse que je n’ai pas toujours pu tenir, mais je m’y suis efforcée au maximum. Tu comprends mainte­nant mieux ma gêne à propos du réveillon de 1974 ? Si j’avais eu d’autres fantasmes, peut-être aurais-je pu connaître leur part dans mes souvenirs de cette nuit, mais il se trouve que ces vagues souvenirs sont semblables aux images qui me venaient en tête quand je jouissais, aux images que je convoquais pour m’exciter quand je ne l’étais pas assez.

Pendant les presque deux années qui suivirent ma sé­paration d’avec le père de Julien, j’approfondissais mes connaissances sur mon corps, sur les différents plaisirs qu’il pouvait m’offrir. J’eus même une période, après ce fameux ré­veillon de 1974 où l’envie de jouir me prenait à l’improviste, par exemple à mon travail. Je prétextais alors une envie pressante pour aller me soulager dans les toilettes, mes collègues me plaignaient à cause de ces cystites à répétition, je n’ai jamais osé les détromper.

Quand je rencontrai Martial, durant notre première nuit, j’avais une idée assez précise de ce qui m’excitait, de ce qui me permettait d’accéder au nirvana, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il pouvait m’en offrir bien d’autres.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir éprouvé du plaisir avec ma poitrine avant que Martial ne la caresse. La seule hésitation que j’ai eue dans cette étreinte fut liée à mes seins d’ailleurs… Martial me les caressait doucement, sensuellement, je caressais ses épaules, j’avais envie de passer mes doigts dans ses cheveux, mais je n’osais pas, parce qu’ils étaient crépus… puis, je me suis lais­sée aller… j’ai immédiatement adoré la sensation sous mes doigts, ses cheveux sous mes doigts semblaient les caresser… la bouche de Martial était tout près de mes seins, j’avais envie qu’il me les tète, mais j’étais prise d’une honte incroyable à cette idée… Comme s’il avait deviné mes pensées, Martial re­leva la tête pour me demander l’autorisation de sucer mes seins… j’ai cru m’évanouir de plaisir.

Tu comprends pourquoi, quand en janvier, il m’a parlé de Monique, j’ai eu peur d’arriver trop tard dans sa vie et comme j’ai été heureuse de sa demande en mariage ?

Je vais arrêter là cette lettre et te la poster, parce que tu connais mon aversion pour les traces qu’on laisse sur le web. Si tu souhaites que j’apporte d’autres précisions, n’hésite pas à me les demander.

Ta mamie Sylvie

Lettre n° 4

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Compte-rendu de notre entrevue du 30 décembre 2018

Monsieur Monpetitfils, autrement prénommé Lucas,

Comme cité en objet et puisque vous me le demandâtes, je vous confirme que je vous livrerai mes souvenirs sous forme de confidences épistolaires. Et puisque Martial a trouvé bon de vous révéler que “secrétaire” fut certes ma profession, mais que c’est aussi le nom d’un meuble et qu’un autre nom de ce meuble est “bonheur du jour”, je regrouperai cette correspondance dans le dossier intitulé “Bonheurs des jours, confidences épistolaires”. Parce que de cette joyeuse après-midi, je veux surtout retenir qu’il a corrigé ma première proposition en précisant “qu’avec toi, ce n’a jamais été un bonheur du jour, mais des bonheurs chaque jour !”

Vous êtes venus, toi et tes amis, Manon, Enzo, Vincent, pour nous souhaiter la bonne année et savoir si éventuellement, nous avions prévu de fêter la nouvelle année quelque part… ailleurs… libérant ainsi notre maison jusqu’au premier janvier… pas trop tôt dans la journée… Comment aurions-nous pu refuser ? Quel meilleur prétexte pour tous nous retrouver chez Jimmy, et nous organiser un réveillon comme au bon vieux temps ? Nous en profiterions pour nous remémorer notre jeunesse et vous la raconter de mon point de vue.

C’est à cet instant qu’Enzo a proposé que son grand-père raconte ses souvenirs et qu’Alain a éclaté de rire en disant que c’était juste bon pour les bonnes-femmes, ces gribouillages, ces écrits… “C’est bien connu, le secrétariat c’est un boulot de gonzesse !”

Cette remarque n’avait pour autre but que de nous faire râler, Monique, Cathy et moi, mais seule Manon est tombée dans ce piège grossier.

Je vais donc, ainsi que tu me l’as demandé, commencer par le commencement. Je suis née à Paris en 1945 d’une mère parisienne et d’un père breton… enfin… breton né à Paris… mais qui tenait à ses origines bretonnes. Comme beaucoup de jeunes filles de ma condition, j’ai appris le métier de sténodactylo, puis comme je m’étais avérée plutôt douée, j’eus la chance d’étudier deux ans de plus pour apprendre la comptabilité. Ce qui me permit de passer un concours du Ministère de l’Éducation Nationale et d’avoir ainsi un emploi garanti avec une possibilité d’évolution de carrière. Je me suis mariée en 1967 avec le père de Julien, qui était un ami d’un de mes cousins.

Julien est né en 1970. Petit à petit notre couple s’est délité, nous avions été si proches, nos étreintes avaient été tellement torrides et moins de cinq ans après notre mariage, nous ne nous parlions presque plus et notre sexualité joyeuse était devenue un devoir que nous nous efforcions de remplir régulièrement, comme un impôt qu’on doit régler à date fixe. Je ne lui en veux pas d’avoir cherché ailleurs une relation plus épanouissante.

D’amoureuse, de fiancée puis d’épouse, j’étais devenue mère et le père de Julien n’arrivait plus à désirer la mère de son enfant comme j’aimais tant qu’il me désire. Je ne faisais aucun effort non plus, estimant que la faute était sienne et depuis que j’avais découvert comment me faire du bien, je préférais me contenter toute seule en rêvant à des scènes lubriques et décomplexées.

J’appris mon infortune d’une façon assez humiliante, en allant faire quelques achats pendant mon heure de déjeuner, je le vis attablé dans une brasserie, avec une jolie fille. Il lui embrassa les doigts, avant de lui tendre un petit paquet. Je n’ai pas attendu qu’elle le déballe et je me suis enfuie pour qu’il ne me voie pas. J’étais la victime et j’agissais en fautive !

Quand il rentra, le soir même, à la maison, il trouva sa valise sur le pallier. Il entra tout de même et me demanda “C’est quoi ce cirque ?” je lui répondis par le nom de la brasserie. Il m’accusa de l’espionner. Je le mis à la porte avec pertes et fracas.

Quelques semaines plus tard, nous entamâmes une procédure de divorce. Nos relations furent houleuses jusqu’à ma rencontre avec Martial. Parce qu’il n’a pas fait que me faire jouir, ton grand-père, il m’a aussi beaucoup apaisée !

Que s’est-il passé au juste lors du réveillon de 1974 ? Comme je te l’ai déjà écrit, je n’en sais rien. J’avais bu, je pensais contrôler mon ivresse, mais en fait, non. J’ai de vagues images de sexes masculins caressés sous le pantalon, il me semble me souvenir de mains inconnues courant sous ma robe, entre mes cuisses… Je sais que j’avais bien envie d’embrasser notre hôte, l’amie qui m’avait invitée. J’ai le souvenir d’un baiser volé, de lèvres qui se frôlent et de langues qui se cherchent avant de s’éviter. Mais j’ai toujours été incapable de savoir si j’avais rêvé cette brève étreinte ou si elle a vraiment eu lieu.

Je me suis réveillée dans une chambre inconnue, j’avais dormi sur un matelas posé à même le sol, une cuvette à portée de main. C’est ce détail qui m’a permis de comprendre que j’avais dû être assez ivre pour qu’on me fasse dormir ainsi et que je ne l’avais pas été assez pour être malade et devoir utiliser la cuvette.

Je marchais, le cerveau encore embrumé, jusque chez moi. Mon amie n’évoqua jamais cet aspect alcoolisé du réveillon, en fait, je n’en entendis plus parler jusqu’au réveillon suivant, celui où je rencontrai Martial.

Vous avez souhaité que je vous raconte ma découverte du village et des amis de Martial. Elle a eu lieu lors du baptême de Céline où nous étions conviés.

Nous étions arrivés juste avant le premier toast, Martial n’avait pas eu le temps de me présenter. Il m’avait bien semblé que Monique s’agitait de façon étrange sur les genoux de Jimmy, mais je ne l’aurais pas parié.

Marie-Claire et ses invités logeaient dans le mas qu’évoque Monique. Jimmy n’en était pas encore le propriétaire, mais ils n’avaient eu aucun mal à le louer. Les vieux étaient rue Basse, les jeunes, dans la grande maison “chez Toine”.

Une fois entre nous, Monique s’approcha de moi, m’embrassa “Sois la bienvenue, Sylvie ! Ainsi tu préfères une partouze à une bague de fiançailles ?”. Tout le monde me souriait, je répondis oui, en précisant que ce serait une première pour moi.

– Et tu les verrais quand, vos fiançailles ?

– Le plus tôt possible

Cathy me fit signe d’approcher, elle était enceinte de sept mois et je crus qu’elle avait du mal à se déplacer. En réalité, elle s’amusait de ce rôle de “mater familias”.

– Tu sais, Monique et moi, on n’a pas été au collège, mais ces messieurs nous donnent des leçons de rattrapage, nous découvrons les classiques de la littérature coquine et nous jouons certaines scènes. Tu vois ?

Et comment, je voyais ! Mais j’étais prise entre l’envie de faire confiance à ces inconnus et la crainte d’être tombée dans un piège. Même si je dois reconnaître que c’était stupide, c’est le gros ventre de Cathy qui fit pencher la balance.

Elle me désigna une énorme malle et me demanda de choisir un costume. Je pris la première robe à ma taille. Monique m’aida à l’enfiler, je sentais battre mon cœur tandis qu’elle arrangeait les manches sur mes épaules. Elle m’accompagna jusqu’à une petite pièce qu’elle nomma “le cabinet de la curiosité”. Par réflexe, je corrigeai des curiosités”.

– Non, non ! De la curiosité, parce que c’est ici que tu vas t’apercevoir à quel point la curiosité est une qualité agréable, adorable.

Elle me raconta une scène de Fanny Hill que je reconnus tout de suite.

– Ah ! Mais c’est super, tu as de saines lectures !

– C’est Martial qui me l’a conseillé…

– Nous aurons tout le temps d’en parler ensuite, voici ce que je te propose : tu regarderas par ce judas, tu ne devras pas te retourner, chacun notre tour, nous viendrons t’agacer et quand tu te sentiras prête, tu nous rejoindras et participeras à la fête. Ce programme est-il à ta convenance ?

J’aurais voulu lui crier un oui enthousiaste, mais une bouffée d’excitation avala ma voix et c’est dans un murmure presque inaudible que je lui répondis. Elle me fit un beau sourire et me demanda la permission de m’embrasser. C’était la première fois que j’osais rouler une pelle à une fille sans avoir l’excuse de l’ivresse. Monique a été la première fille que j’ai réellement embrassée. J’aurais voulu que ce baiser ne cessât jamais. J’aimais ses caresses, j’aimais la caresser, mais elle s’arracha soudain à mon étreinte et me souhaita, dans un éclat de rire, de “bien me régaler les yeux”. J’ignorais encore qu’elle était infoutue de prendre l’accent provençal et qu’il s’agissait d’une expression chère à ses amis.

Je regardai enfin par l’œilleton. Je sentis mes joues devenir bouillantes, un chatouillis d’excitation à la racine de mes cheveux, quand je vis tous ces corps nus. Martial était dans mon dos, ses lèvres sur ma nuque glissaient vers mon épaule, ses mains se faufilaient dans les replis de ma robe.

– Tu aimes ce que tu vois ?

– Oui…

– Que regardes-tu précisément ?

Je lui répondis, mais il voulait plus de détails, alors je regardai plus attentivement. Plus je les observais, plus j’avais envie de les rejoindre. Je n’ai même pas remarqué quand Martial a rejoint ses amis et qu’Alain a pris sa place.

Je sentais son sexe, qui me parut énorme, contre mes reins et sans me retourner, je voulus le caresser. Il éclata de rire.

– Ho, la belle ! Si tu me branles tout en matant ma femme et Monique se gouiner, je vais venir ! Et si je viens sur un costume de la malle, je vais me faire engueuler !

J’ignorais encore tout de sa “particularité particulière”, mais quand je la connus, plus tard dans la nuit, quand il me “baptisa”, je ne pus m’empêcher de sourire.

Je réussis à rester dans le cabinet de la curiosité le temps que chacun, que chacune fasse connaissance avec moi, avec mon corps, le temps que je fasse connaissance avec les caresses, les baisers, les mots de chacun, de chacune. “Madame” fut la dernière à m’exciter, elle me susurra “Méfie-toi du Bavard, sous ses airs de paysan attardé, c’est certainement lui, le meilleur amant ! Il sait y faire, mais… écoute-le ! Tu vois ce que je veux dire ? C’est insupportable, tous ces bavardages et sa grossièreté… !”. En la suivant dans le salon, je lui demandai pourquoi elle ne lui disait pas de se taire.

– Parce qu’il ne le peut pas ! Et puis… même si ça me coûte de l’avouer… je crois que j’aimerais moins, s’il se taisait… je le trouve moche et vulgaire, mais je crois que s’il me demandait de faire 50 kilomètres sur les genoux pour qu’il me baise, je les ferais…

En disant ces mots, elle rougit, confuse de s’être laissée aller à cette confidence. J’entrai dans le salon, passai des bras d’un invité à ceux d’un autre dans un mouvement tournoyant, comme une valse sensuelle. Je m’installai sur le banc de prières et de contrition. J’étais en train d’écarter mes cuisses devant un public curieux et attentif, quand je fus saisie d’un orgasme à la fois doux et violent. Nous y vîmes tous un heureux présage et nous avions raison.

Les deux nuits qui suivirent cette première partouze débutèrent par la question rituelle que posait Christian “Et si nous offrions une nouvelle bague de fiançailles à Sylvie ?”

Quand je pus enfin épouser Martial, plusieurs mois après mon divorce, nous passâmes notre lune de miel dans le mas. La première nuit, Monique, Christian, Cathy, Alain, Joseph, Jimmy, le Balafré, le Notaire et le Bavard nous intronisèrent membres de la Confrérie du Bouton d’Or, en plus de ma broche, je reçus le surnom “la Fiancée” et Martial, outre ses boutons de manchette, fut surnommé “Titi” sur la proposition de Monique parce qu’il était et est resté son titi parisien.

Ta mamie Sylvie

Lettre n° 3