Odette&Jimmy – « Princesse et les pirates »

Pour le séjour suivant, ce ne fut pas le lieu, mais le voyage pour y parvenir qui importa. Après notre dîner sur le bateau-mouche et la nuit dans cet hôtel où nous avons nos habitudes, Jimmy m’embarqua pour une véritable croisière sur la Seine, de Paris jusqu’au Havre. À chaque étape, je cherchais l’indice qui me renseignerait sur notre destination, à chaque fois, il souriait puisqu’elles étaient sans rapport.

Il ne m’offrit pas même la possibilité de visiter Le Havre, nous devions embarquer au plus vite et naviguer sur l’océan. Jimmy m’avait prévenue Hélas, notre capitaine est un catho intégriste, il nous faudra attendre d’être là-bas pour pouvoir donner libre-cours à nos fantaisies érotiques.

Quelques heures plus tard, alors que nous allions rejoindre notre cabine, notre bateau fut accosté, abordé par une étonnante embarcation hors du temps et nous devînmes le butin de ces étranges pirates ! Linus faisait partie de l’équipe chargée de notre enlèvement, il aurait bien eu du mal à faire peur à quiconque ! Derrière lui, la bouille hilare de Gideon promettait une traversée des plus réjouissantes !

Le thème en serait donc Princesse et les pirates. Je sautai au cou de Jimmy, battant des mains comme une enfant. Gideon nous houspilla Hurry up ! et nous aida à rejoindre leur embarcation où sur le pont nous attendaient Socrates, dans une nouvelle tenue très gentleman des océans, mais surtout Red plus pétulante qu’à l’ordinaire. Avant même de me prendre dans ses bras, elle me houspilla.

– Mais si c’est pas malheureux de voir ça ! Petronilla, une femme de ton rang ne voyage pas dans une telle… tenue ! Allons fouiller dans nos malles pour voir si on n’en trouverait pas une correcte, adaptée à la situation !

Je l’aurais dévorée de baisers ! Elle me raconta sa chance extraordinaire d’avoir répondu à l’appel à dons pour les commémorations de la Première Guerre Mondiale en offrant quelques souvenirs de son grand-oncle qui prenaient la poussière au grenier. Une tombola était organisée parmi les donateurs et elle avait eu la chance incroyable de remporter le premier prix, une croisière de luxe aux Antilles britanniques, pour une seule personne, hélas ! Et c’est l’organisateur qui était venu en personne expliquer tout ça chez elle, en lui remettant son prix. Elle me désigna Socrates qui souriait d’un air innocent.

Avant d’aller revêtir une tenue décente, Gideon me prit à part et, tout en se préparant un bon thé, -enfin ce breuvage noir comme les ténèbres, amer comme la déception, que les Irlandais nomment thé !- m’expliqua qu’il était marin de profession dans le civil et qu’il nous mènerait tous à bon port.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je ne m’étais même pas posé la question ! Jamais Jimmy ne prendrait le risque que quelque chose se passe mal.

Dans la malle, je trouvai une nouvelle version de ma robe. Pour des raisons de sécurité évidentes, il n’est plus question de courant électrique d’aussi faible intensité soit-il. Au lieu du jupon à diode, j’avais un jupon aux lambeaux artistiques. Je félicitai Red pour ses talents de couturière.

– Ah non, ça c’est l’œuvre de notre Betsy ! Moi, tu me confies ce jupon à déchirer, je t’en fais une serpillière !

– Qui se ressemble, s’assemble !

– Quoi ?!

Tout comme toi, je suis incapable de déchirer quoi que ce soit de façon artistique !

– Et puis… regarde ce que je me suis offert pour la traversée… et pas à la maison, non ! Chez le coiffeur !

Toute fière, elle me désignait sa chevelure qu’elle avait fait teindre du même roux que sa perruque. Elle se réjouissait d’entrer dans son personnage avec un soupçon de véracité supplémentaire, ce qui aida Petronilla à faire son entrée en scène.

Elle me regardait arranger ma poitrine dans ce corset, la mise en place était précise, il fallait que mes seins soient soutenus, mais les mamelons à l’air.

– Je peux te demander un truc ?

– Bien sûr !

– Tu ne remarques rien de changé ?

– Tes seins, tu veux dire ? Oui, mais je ne vois pas quoi, en fait.

– Justement ! C’est ça ! J’ai l’impression qu’ils sont plus toniques, plus fiers, et j’ai rien fait de spécial, sauf que je me tiens mieux, plus droite, comme si je n’avais plus honte de ma poitrine… Je voulais savoir si ça se remarquait… et tu viens de me le dire !

– Alors, fais-la pigeonner davantage, ta poitrine ! Oui ! Comme ça ! Je veux que Gideon s’assomme avec sa bite quand il te verra !

– Et Linus aussi !

– Et Linus aussi !

– Et Socrates aussi !

– Et Socrates ?! Et Socrates aussi ! Et Jimmy ! Je veux que ces quatre-là se mettent à bander comme des cachalots en te voyant !

– On m’avait bien dit que l’aristocratie c’était pas ce qu’on croyait, mais j’étais loin de m’imaginer… Petronilla, vous devrez me dépraver, si je veux pouvoir vous suivre dans vos manigances !

Quand nous remontâmes sur le pont, Red produisit l’effet escompté sur les hommes de l’équipage. Ils avaient tous revêtu leur tenue, Jimmy avait retrouvé son pantalon à la braguette flatteuse, Gideon ressemblait à une sorte de capitaine Nemo bedonnant, Linus faisait penser au savant des expéditions, celui aux connaissances éclectiques, presque universelles. Mais pour éviter tout risque d’incident lié à l’usage de courant électrique, nous avons dû adapter nos assistants masturbateurs.

Les hommes rejoignirent chacun leur fauteuil, à la droite duquel se tenaient une version mécanique de leur masturbateur. Ils devaient être assis pour pouvoir l’actionner à l’aide d’une pédale comme celle des anciennes machines à coudre Singer. Je regardai Linus droit dans les yeux.

– C’est le moment de ta vie où tu bénis le Ciel pour toutes ces années de guitare, n’est-ce pas ?

L’éclat de rire de Linus me lacéra les tripes. Tout le monde s’en aperçut et je réalisai que ça ne m’ennuyait aucunement. Il inclina la tête, me fit un clin d’œil auquel je ne résistai pas. J’aimais la façon dont il chassa les mains trop curieuses de ses amis, tss… tss… tss ! J’étais assise sur ses genoux et sa main se faufilait entre les morceaux de tissu. Je pensais qu’il allait remonter directement vers mon pubis, mais il ne se lassait pas de caresser mes cuisses, la naissance de mes fesses, mes cuisses encore. C’que t’es sexy, Petronilla ! C’que t’es sexy ! Si tu savais comme j’ai rêvé de tes cuisses…

– De mes… cuisses ?! Raconte-moi !

Linus me demanda de me lever, de m’asseoir à sa place. Il posa un genou à terre, face à moi. Mit du désordre dans les lambeaux de mon jupon. Posa ses mains sur mes genoux. Les écarta en se délectant du spectacle. Ses mains remontèrent le long de mes cuisses. Il les écarta juste assez pour pouvoir caler son visage entre elles.

– Voilà le début de mon rêve…

Il remarqua l’effet que ces quelques mots avaient eu sur moi. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin. Je voulus lui tirer le crâne en arrière par les cheveux, mais déjà les siens étaient trop ras pour que je puisse le faire, mais surtout mon cerveau s’embrouilla. Au lieu d’éloigner son visage, je le plaquai de toutes mes forces contre mon sexe.

– Tu es un démon ! Mes amis, cet homme est un démon !

Linus ne se contentait plus d’imiter le son de la pédale wah-wah, il chantonnait les paroles en riant de ma réaction. J’étais sur le point de jouir quand il releva la tête, apostropha ses amis Si vous saviez comme elle a bon goût en pleine mer !

Gideon vint nous rejoindre, le bateau n’avançait plus, il était ballotté par de rares vagues. Une brève discussion s’engagea entre eux pour savoir s’ils partageraient cette sensation. J’ajoutai que puisqu’il s’agissait d’une espérience ès scientifique, il était nécessaire, voire obligatoire de la mener avec Red, dans les mêmes conditions, en même temps. Ma proposition fut accueillie avec un enthousiasme bruyant.

Red me fit le clin d’œil entendu le moins discret depuis l’invention du clin d’œil entendu !

Elle prit place à ma gauche, dans le fauteuil de Socrates qui l’aida à retirer sa jupe. Ses porte-jarretelles et ses bottes lui donnaient un air de maîtresse-femme, qui ne lui convenait pas vraiment. Elle en fit d’ailleurs la remarque, mais Linus affirma que c’était l’occasion idéale pour tester un nouveau personnage Rowena, reine des pirates. Red maugréa en rosissant d’aise. J’allais ôter mon jupon quand Linus m’enjoignit de ne rien en faire.

– Non ! Le tien est sexy ! Ah, si seulement Red acceptait d’en porter de semblables…

– Tu… tu aimerais ? Mais… t’as vu mes cuisses ?!

– Pas assez souvent à mon goût, si je peux me permettre.

Red était réellement surprise, bien plus que moi qui avais compris depuis belle lurette que Linus préférait les cuisses charnues de Red à celles longilignes de Betsy.

Prévoyante, Betsy m’avait confectionné plusieurs jupons. Nos tailles étant similaires, Red se proposa d’en enfiler un. Linus fut catégorique. Non. Ce soir, tu es Rowena, reine des pirates ! En écho, ses compères approuvèrent Rowena, reine des pirates ! À voix basse, Red me demanda Elle fait comment, Rowena, reine des pirates ? Elle dit quoi ?

– Comme d’habitude, mais Rowena, reine des pirates, on l’écoute !

Red éclata de rire et topa là. Socrates, un genou à terre, ôta la culotte de Red, qui me fit le clin d’œil le plus appuyé depuis la création des clins d’yeux appuyés ! Elle avait poussé le détail jusqu’à teindre sa toison pubienne. Socrates, baba d’admiration, s’extasia Oh, Red… c’est merveilleux !

– Rowena, appelle-moi Rowena !

Clin d’œil méga appuyé.

J’étais morte de rire et Linus, qui avait repris place entre mes cuisses, riait aussi. C’était divin ! Je n’avais même pas remarqué ce léger crachin, comme on dit par chez moi. Je sentis la bouche de Gideon sur mon sein.

Jimmy prit la place de Linus. Gideon s’installa entre les cuisses de Rowena tandis que Socrates s’offrait à ses baisers. Je me laissais emporter par les caresses de la langue experte de Jimmy quand, sans m’en rendre compte, je posai le pied sur la pédale de machine à coudre et actionnai l’assistant de Linus.

Linus qui s’empressa d’y voir un signe et une fois son sexe emprisonné dans ce gant de cuir, me demanda de le branler ainsi. La mise au point fut très rapide. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin.

Pour le taquiner, j’exagérais l’effet que je chantais en même temps. Il me traita de démone. Je lui en sus gré, parce qu’à cet instant précis, c’était le plus beau compliments qu’il pouvait me faire.

Je ne savais plus à quel plaisir succomber. La langue, les mains de Jimmy me faisaient onduler, je les voulais plus intimes encore. Je plaquais son visage contre mon sexe et resserrai les cuisses. Il gémit de plaisir. À ma droite, Linus se laissait masturber par son assistant que j’actionnais au rythme de mon plaisir, de mes envies. Linus caressait mes seins, sa main plongeait parfois jusqu’à mon pubis. Jimmy écartait alors sa tête, Linus me caressait, me pénétrait de ses doigts qu’il suçait avant de m’embrasser à pleine bouche.

J’aimais vraiment le goût de ses baisers. Je le retins quand il voulut se redresser. Kiss me ! Kiss me ! Sa main se crispa sur mon sein et je sentis la chaleur de son sperme éclabousser mon poignet. Je décalai mon pied de la pédale le temps que Linus sorte de l’engin. L’étreinte de mes cuisses se desserra autour de Jimmy, qui écarta mes lèvres de ses doigts, donnant à voir mon clitoris bandé à qui voudrait l’admirer. Un coup de langue légère. Une goutte de pluie ou de salive. Les dents de Jimmy contre ma cuisse. Je jouis dans un cri de force douze sur une échelle allant de zéro à dix.

– Approchez, Cyrus Sawyer, que je vous suce un peu !

Je croisai le regard ébahi de Red qui n’en revenait pas que Rowena ait ordonné ceci avec autant d’aisance. Et d’efficacité ! Notre scénario s’élaborait par petites touches.

Rowena, reine des pirates, avait Cyrus Sawyer pour prince consort, Gid pour marin et amant attitré, le seul auquel elle acceptait parfois de se soumettre et Linus, son âme damnée, pour musicien de cour.

Princess Hope et Sir Osborne étions leurs otages, mais rapidement, il apparut que ce rapt n’en était pas vraiment un, que j’avais tout fomenté avec ma complice afin de mettre à l’épreuve les nerfs et la sensualité de Sir Osborne, qui voulait obtenir ma main.

Nous avons longuement évoqué le rôle de Jimmy durant cette traversée. Je craignais que personne ne me comprenne si j’expliquais que si entendre Jimmy prendre du plaisir avec une autre et lui en offrir ne me posait aucun problème, le voir était une toute autre affaire, que je n’étais pas sûre de le supporter. En fait, tous me comprirent et c’est ainsi qu’il fut convenu de me bander les yeux à certaines occasions ou que Sir Osborne soit invité à boire le thé dans la cabine de Rowena, reine des pirates.

Cyrus en profitait pour tenter de me soudoyer Renoncez à Sir Osborne, madame, et acceptez de devenir mon épouse.

– Et pour quelle raison accepterais-je votre proposition, jeune homme ?

– Regardez le trésor que je vous offre ! Regardez-le, oui, madame, observez-le de plus près ! Notez-vous tous ses reliefs ? Voyez-vous comme il appelle vos caresses ? Oh ! Le voici tout ému… Voulez-vous le… consoler ? Outch ! Vous le consolez… outch ! si bien !

Je me montrais, ou plutôt Princess Hope se montrait odieuse et méprisante envers les hommes d’équipage qu’elle confondait tout le temps et appelait indistinctement Machin. Il arrivait que ses remarques acerbes les fassent sortir de leurs gonds. Spécialement quand ces remarques portaient sur la cuisine.

– Si elle ne se tait pas…

– Si je ne me tais pas ? Hey, Machin, que m’arrivera-t-il si je ne me tais pas ?

– Si ne vous cessez pas vos remarques, je ne répondrai plus de rien ! Je vous mettrai face à la mer, le visage fouetté par les vents et les embruns, j’arracherai votre robe… que vous avez déjà ôtée… et je vous ferai jouir devant votre futur, Sir Osborne.

– Et donc ce truc… cette… que vous avez servie au dîner porte un nom ou même vous… estimez que ça n’en vaut pas la peine ?

Le couple Batchelor nous attendait sur l’île de Tortola que nous rejoignîmes après une traversée de quelques jours. Ils nous avaient réservés d’autres rôles, d’autres aventures, même s’il nous est arrivé de rejouer la suite de Princesse et les pirates.

En débarquant, alors que j’ajustais ma sandale sur le ponton, mon regard fut attiré par un reflet lumineux. En me penchant, je vis cette petite breloque, probablement un pendentif échappé de la chaîne en or d’une gamine. Je la mis dans la paume de ma main pour la montrer à Jimmy, qui me sourit et affirma, péremptoire et laconique C’est un signe, ou je ne m’y connais pas !

Odette&Jimmy – « Ceux qui perdent leur capacité à rêver sont perdus »

J’étais allongée à même le sol que j’avais senti fraîchir au fil des heures. J’avais bien tenté de me plaindre de la « torture » que m’imposait Jim. Ne pas bouger, rester stoïque sous les caresses du pinceau ou de ses doigts enduits de peinture. Il vantait les avantages de sa méconnaissance de la culture aborigène tout en me parant de couleurs vives.

Jim n’a aucun souvenir de ses parents, de sa famille, il ne sait même pas d’où il vient. Enfant, il a été arraché aux siens pour être confié à une institution qui l’a dépossédé de sa mémoire, de son identité. Il ignore même comment ses parents l’avaient nommé. Jim O’Malley est le nom qu’on lui a imposé. Il a longtemps méprisé les « abos » sans réaliser qu’il en était un aussi.

Tout jeune adulte, alors que ses origines lui étaient crachées au visage comme la pire des insultes, il a voulu retrouver sa culture. Malheureusement, il n’y a pas trouvé la sérénité, l’apaisement qu’il escomptait. S’en sont suivies des années d’errance, de drogue et d’alcoolisme, une déchéance qui l’a mené à une quasi clochardisation. Le hasard d’une loterie lui a permis d’acquérir ce petit bateau dans lequel nous l’avons trouvé quelques années plus tard.

Quand il a connu l’histoire de Jimmy, il a eu l’impression de s’être trouvé un frère, un frère qui avait réussi à surmonter tout ça, à grandir sans racines, un frère qui lui a donné de l’espoir et surtout la force de se regarder avec respect.

Jimmy le remerciait de lui permettre d’entrer dans ma tête de bois que je suis une femme superbe, que ce n’est pas la nostalgie de l’adolescente que je fus qui me rend si désirable à ses yeux, mais bien la femme que je suis devenue. Et je l’avoue sans honte, être à leurs côtés, être l’objet de leur désir m’a toujours fait un bien fou. J’aime leur reprocher leur fraternité, nous avons même fini par ne plus en rire, par l’accepter comme une évidence. Comme notre évidence.

– Quest-ce qui te fait sourire, Princesse ?

– Ma bêtise, ma candeur, mon manque de jugeote, ma connerie… appelle ça comme tu veux, mais quand je pense que même dans l’avion, je n’ai pas songé que Jim serait avec nous… Je voulais attendre quelques jours avant de te demander s’il nous serait possible de le revoir ! Et quand je l’ai vu à l’aéroport… « Jimmy O’Malley & Princess »… Un tel niveau de bêtise, je devrais payer patente ! Tu sais à quel point je t’aime, mais ce que je ressens aux côtés de Jim… c’est unique ! Il se pavane à mon bras, comme si j’étais une reine ! « Regardez qui est à mes côtés, m’sieurs, dames ! »

– Bien sûr que je me pavane ! Parce que tu es une reine, Princess !

La peinture avait séché depuis longtemps quand Jim fut satisfait de la lumière. Il nous avait fait attendre tout en refusant de nous en donner la raison. Quand la lumière fut à son goût, il me demanda de revêtir un peignoir et d’avancer jusqu’au feu de camp, où j’écarterai mes bras et danserai en suivant les ondulations des flammes. Pendant ce temps, il serait assis contre cet arbre, aux côtés de Jimmy et tous deux profiteraient du spectacle et pour finir, le plus rapide à la course, remportera une nuit d’amour avec toi, Princess !

– Je ne saurais que trop te conseiller de te méfier et de ne pas sous-estimer ma vigueur quand l’enjeu est de taille !

Quand j’écartai les pans du peignoir, un Ooh ! admiratif s’échappa de la bouche de Jim. Je lui demandai de dire à voix haute tout ce qui lui passerait pas la tête. Je demandai à Jimmy d’en faire autant. Il leur fallut peu de temps avant de réaliser que j’ondulais plus au rythme de leurs mots, de leurs exclamations qu’au rythme des flammes.

J’avançais vers eux en chaloupant, en faisant danser mes doigts sur les peintures qui magnifiaient mon corps. J’entendais la gorge de Jim se nouer quand je m’approchais trop près de lui. Je le taquinais en faisant semblant de m’excuser de susciter tant de trouble en lui et me dirigeais alors vers Jimmy, dont le sourire carnassier m’électrisait.

Après l’avoir bien excité tout en demeurant inaccessible, je m’approchai de Jim pour me blottir dans ses bras et me faire féline sous ses caresses.

Je me délectais du goût de son membre. Je cherchais à en mémoriser le moindre relief par de savants baisers. La nuit, même étoilée, m’interdisait d’en apprécier la vue.

Jim se maudit d’avoir oublié ses capotes dans le bungalow que nous louions. Il demanda à Jimmy s’il pouvait aller les lui chercher, parce qu’il lui était impossible d’interrompre ce moment de grâce.

Jimmy, jésuite à ses heures, demanda à son comparse si par le plus grand des hasards, il n’aurait pas vu la Vierge. Jim ne connaissait pas l’expression, mais en comprit la signification, sans qu’on ait besoin de la lui expliquer. Il lui fallut encore de longues minutes avant de se résoudre à se lever.

Jimmy m’ouvrit les bras. Et ça pensait me battre à la course pour te conquérir ?! Comme c’est amusant ! J’étais à genoux devant lui, les flammes derrière moi projetaient des ombres féeriques. Un éclair de désir me transperça. Je suçais Jimmy quand me revint en mémoire ma première pipe, sur ce sofa de cet hôtel particulier. Mon plaisir était resté intact. Je fermais les yeux pour visualiser la scène et me transporter à Paris fin mai 1967. Existe-t-il quelque chose de meilleur ? À peine cette pensée m’était venue à l’esprit que je sentis un gland à l’entrée de mon vagin.

– Guess who ?

– I don’t care !

Je n’avais même pas pris la peine de libérer ma bouche pour proférer cette réplique. Les yeux fermés, je me laissais aller aux va-et-vient de Jim qui se traitait de chanceux, qui me demandait si j’aimais sentir sa grosse queue noire dans ma chatte, s’il aura un jour la chance, le bonheur de me baiser le cul et de me faire hurler comme le fait Jimmy. Il me demanda si j’aurais un jour envie de sa grosse queue noire dans mon cul, mon cul qui le faisait tant bander. Il me demanda aussi si je sentais comme il bandait plus dur quand il s’imaginait me baiser le cul.

Il appuya son pouce contre mon anus, je me cambrais tout en avalant presque entièrement la verge de Jimmy. Oh Princess, je veux te faire jouir de partout, de la chatte, du cul, du clitoris, des seins, de la bouche, de tes mains… Je veux… Je veux… Jim se retira brusquement arracha sa capote et jouit sur mes reins. J’en pouvais plus, Princess…j’en pouvais plus… mille trente jours… deux ans neuf mois et vingt-quatre jours que j’attendais ce moment ! Mille trente jours sans te voir, sans t’entendre, sans te sentir, sans te toucher, sans t’embrasser… et tu t’offres à moi, comme si je le méritais !

– Parce que tu le mérites, Jim ! Tu es un merveilleux amant, un merveilleux ami !

Jimmy s’allongea sur le matelas posé à même le sol, je m’empalai sur lui avant de m’allonger sur son corps, son sexe fiché au fond du mien. Délicatement, Jim me prit dans ses bras et nous fit pivoter de telle façon que je me retrouvais étendue entre eux deux. Le sexe de Jim ne bandait pas encore. J’ondulais sur Jimmy, le faisant coulisser en moi. Jim dans mon dos, embrassait mon épaule, caressait mes seins. Par moments, j’avais l’impression que nous sombrions dans le sommeil, mais un geste, une caresse, une ondulation de l’un ou de l’autre nous sortait de cette torpeur et nous faisait danser cette chorégraphie sensuelle.

Ce que j’appréciais le plus, dans notre isolement total, c’est que nous pouvions crier tout à notre aise et même si nous avons dû nous contenter de conserves et d’épicerie sèche pendant une grande majorité du temps, cette chance de pouvoir crier à pleins poumons n’avait pas de prix. J’aimais entendre les cris enthousiastes et crescendos de Jim fuck ! fuck ! FUCK ! FUCK ! Mais ils ne retentirent pas durant cette première nuit hors du bungalow.

Cette nuit-là, le cri qui la déchira fut le mien. Quand Jimmy venait de jouir en moi et qu’avec Jim, il me fit jouir, sa bouche tétant mon sein, ses doigts guidant les caresses de Jim sur mon clitoris. Oh Jim… ô Jimmy, you make me… mes mots furent broyés par mon cri.

Si la vie était un bon metteur en scène, à cet instant, on aurait dû voir l’envol d’une nuée d’oiseaux exotiques réveillés en sursaut pas mon rugissement, seulement, la vie n’a pas autant d’imagination que je pourrais le souhaiter… si ça se trouve, je n’ai mème pas troublé le sommeil d’une colonie de fourmis !

Quand je me réveillais, le lendemain, Jim s’était éloigné pour veiller sur le feu. Il me reluquait en se branlant, heureux. Tout simplement heureux. Il vit que je l’observais. Il me fit signe d’approcher et pour la première fois, j’accomplissais ce qui allait devenir notre rituel matinal pour la durée de ce séjour.

Assis par terre, adossé à une pierre ou à la souche d’un arbre, Jim se branle d’une main alors que ma tête repose sur ses cuisses et que de son autre main, il me caresse sans retenue. Il se penche parfois vers moi et nous nous embrassons. Give me a french kiss, Princess ! Je me livre à ses caresses sans pudeur à l’unique condition qu’il me laisse observer les mouvements de sa main sur son membre, qu’il me permette de le caresser aussi. Quand Jimmy nous rejoint, nous sommes souvent au beau milieu d’un 69. Jimmy adore nous regarder jouir ainsi et nous adorons attendre son regard pour jouir enfin.

Dès ce premier matin, je pris la décision de rester nue pour toute la durée du séjour. Je me trouvais si belle, le corps recouvert de peintures. Je demandai à Jim ce qu’il en pensait et s’il serait d’accord que je peigne son corps. Et pour éviter de tacher ta grosse queue noire, je la protégerai comme ça ! Je l’avalai à demi, d’un coup. Sa main se crispa sur ma nuque Oh, Princess ! D’un mouvement dont l’agilité me surprend encore, je fourrai son membre entre mes seins Ou alors, comme ça !

Pour toute réponse, il me fit jouir avec sa bouche. Un cri sourd gronda en moi, mais refusa de sortir, se muant en une vibration basse, grave. Vibration qui agitait mes tripes. Jim la ressentit. Il s’enfonça vigoureusement dans ma bouche et jouit en grognant à son tour.

Jimmy nous souriait. Je lui fis part de mon idée.

– Ça ne me changerait guère de ma vie quotidienne, tu connais mon goût pour la nudité, Princesse !

– Mais comme celui de Jim et le mien, ton corps devra être peint !

– Et comment protégeras-tu ma verge ? Avec ta bouche ? Avec tes seins ?

Rien que de penser à son regard sur moi à cet instant précis, des frissons d’excitation parcourent mon corps. La définition même de la lubricité.

– Mais aussi en le cachant ici !

Je m’accroupis et dans un geste presque obscène, fis entrer deux doigts dans mon vagin. Ou là ! Je me retournai, me penchai en avant et lui désignai mon cul.

– T’aurais dû faire négociatrice pour le FBI, Princesse, parce que tes arguments sont pour le moins… gloups… convaincants ! C’est OK pour moi, pour les peintures, et pour toi, Jim ?

Jim fit semblant d’avoir besoin de réfléchir à la question.

À peine notre petit-déjeuner englouti, nous décidâmes de passer à l’activité peintures corporelles.

– Tu te charges des jambes de Jim, mais pas plus haut que les hanches, je peindrai le haut de son corps.

– Et pourquoi donc ?! Je veux peindre Jim des pieds à la tête !

– Discute pas ! Tu comprendras !

Je peignis les jambes de Jim, les recouvrant de points blancs et de lignes chamarrées. Le temps que la peinture sèche, j’avais tenté de faire fléchir Jim afin qu’il obtienne de Jimmy que je le peigne intégralement. J’avais compté sur mon charme pour parvenir à mes fins, mais Jim montra inflexible et loyal envers son ami.

– Maintenant que la peinture est bien sèche, recouvre tes yeux de ce foulard, Princesse et mets-toi à califourchon sur Jim… hé ouais… va falloir que tu t’empales un peu sur lui… ou alors, tu lui écrabouilles son service trois-pièces… c’est toi qui vois, Princesse… C’est pour que les peintures de son ventre soient dans la continuité de celles de ton dos… C’est de l’art, tu comprends ? Ça te dit quelque chose, le mot « art » ou y a que le sexe qui t’intéresse dans la vie ?

À Jim qui n’avait pas compris cette tirade, Jimmy se contenta d’un laconique Nous confrontions notre point de vue sur l’art.

Je me bandai les yeux et à l’aveugle tentait de prendre place au-dessus de Jim qui d’une main sur ma hanche me guidait précautionneusement. Comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, il posa sa main sur mon pubis. Le bout de ses doigts effleura la naissance de mes lèvres. Oh my God !

Je m’empalai délicatement sur sa grosse queue noire bien dure, comme il aime la nommer dans l’intimité. Jim me guidait d’une main tandis que de l’autre, il plaçait son gland à l’entrée de mon vagin. Je glissais lentement sur son membre, en le guidant d’une pression ferme sur le latex qui le protégeait. Quand je fus pleine de son sexe, Jimmy me demanda de m’enfoncer un peu plus.

– Mais je ne peux pas plus, je t’assure !

– Et voilà ! Dès qu’il est question d’art… Et voilà ! La Princesse ne veut pas consentir à un tout petit effort de rien du tout… Et voilà ! Tout mon beau projet… outragé… tout mon beau projet brisé… tout mon beau projet martyrisé…

– Mais ton beau projet libéré ! Libéré par lui-même, libéré par mon corps avec le concours de tes pinceaux, avec l’appui et le concours de la grosse queue de Jim c’est-à-dire de celle qui vibre en moi. C’est-à-dire de la seule queue, de la vraie queue, de la queue éternelle !

– Moque-toi, capoune ! Tiens, v’là pour tes miches !

Jimmy ne comprenait pas nos mots, mais il riait de bon cœur avec nous. Ses mains sur mes hanches, d’une délicate pression, m’invitèrent à me pencher en avant. Et si on essayait comme ça ? Oh ! Regarde Jimmy ! Oh, mais c’est à moi qu’elle se donne comme ça !

Jim suffoquait littéralement d’émerveillement. Je coulissais autour de son membre, ondulant de la croupe pour le sentir plus profondément en moi. Il bégayait son plaisir.

– Bon, maintenant arrête de gigoter, sinon… les peintures ne seront pas raccords !

Je tentais bien de ne pas bouger, mais Jimmy, du bout de son pinceau, taquinait mon épine dorsale.

– Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans l’expression « Pas bouger », Princesse ?

– C’est pas ma faute si t’as la vue qui tremble, je suis parfaitement immobile ! Pas vrai, Jim ?

La voix de Jim semblait sortie des entrailles de la Terre.

– Jim ne peut pas te répondre, car l’esprit de Jim nage dans un océan de plaisir, Princess !

Je ne bougeais plus, n’ayant que les contractions de mon vagin pour assouvir mon désir. Régulièrement, Jim ahanait Oh ! Oh ! Je sentis soudain la pression d’un gland contre mes lèvres, la caresse-starter sur mon occiput. La voix grave, à la fois douce et puissante de Jimmy.

– Tu peux bouger ton magnifique corps, Princesse ! Ho, mais gourmande, tu me suces comme si tu aimais ça ! Toi aussi elle te suce divinement quand je la fourre ?

– Tu veux bien bouger sur moi, Princess ? Oh, mon Dieu, comme tes cuisses sont musclées et… Ooh ! Tu sens Jimmy ? Tu sens qu’elle est en train de jouir ?

Jimmy ne répondit pas, tout à son propre plaisir. Son sperme inondait ma bouche. J’aurais pu m’évanouir de bonheur quand de la pulpe de son pouce, il a caressé la commissure de mes lèvres, quand sa main s’est déployée sur ma joue et que ses doigts ont effleuré mon oreille.

J’avais la sensation que le monde tournait autour de nous, parfaitement immobiles, figés, unis dans ce moment de parfaite communion. Comme un négatif à effet stroboscopique, l’image inverse s’imposait à moi. Le temps s’est arrêté, l’Univers retient sa respiration, seuls nos trois corps ondulent lentement, à leur propre rythme.

Par une brûlante journée de janvier, nous décidâmes de nous réfugier dans une grotte profonde. Jim ouvrait la marche, je le suivais précédant Jimmy. Nous progressions lentement dans l’obscurité, suivant les pas de Jim qui demandait régulièrement l’aide de ses ancêtres. Pour être parfaitement honnête, nous faisions semblant de croire qu’il plaisantait, mais nous savions que ce n’était pas tout à fait le cas. Nous marchâmes assez longtemps avant que la température ambiante ne devienne agréable. À l’aide de son briquet, Jim tentait de voir à quoi ressemblait cette cavité.

Il devait y avoir de micro-fissures dans les parois épaisses, parce qu’il nous semblait que de la poussière de lumière éclairait ces ténèbres. Je fis remarquer à Jim et à Jimmy que les points blancs qui ornaient nos corps semblaient fluorescents. J’ondulai de mon bras pour savoir s’ils verraient le mouvement.

– Princesse, dans le noir ton pubis étincelle comme une promesse !

J’avais beau me pencher, je ne le distinguais pas, mais la caresse de Jimmy était si assurée que je n’eus aucun doute à ce propos. Jim se plaignit de nous entendre parler français. Je lui reprochai de ne pas prendre la peine d’étudier notre langue.

– J’ai du mal avec les études, Princess, désolé !

– Et tu oses dire ça devant ton frère qui a passé sa vie à enseigner ?! Il te le dira tout est question de mo-ti-va-tion !

Je devinai le sourire charmé de Jimmy rien qu’à sa façon de respirer. Approche que je te donne ta première leçon ! Jim alluma son briquet qui s’éteignit aussitôt. Guide-toi à la lumière de la promesse de mon pubis ! Jim avança à tâtons, quand ses mains frôlèrent mes hanches, je voulus lui apprendre ses premiers mots. À genoux !

Mais il les connaissait déjà. Dans vos petits films tu es souvent à genoux * quand Jimmy te l’ordonne

– Tes élèves étaient aussi insolents ?

– Mes élèves maîtrisaient bien l’usage de la langue, ça aide…

Jimmy expliqua à Jim les deux sens du mot langue et comment on aimait en jouer. De la langue (tonge) ou de la langue (language) ?demanda Jim de plus en plus insolent. Je sentais les soubresauts de ses épaules secouées par un éclat de rire. Soudain, se rappelant où il était et avec qui il était, il effleura les poils de mon pubis de la pulpe de ses pouces. Ooh ! Comment dit-on « Bouffer le cul. Je veux te bouffer le cul », Princess ?

– Feuille de rose. Laisse-moi t’offrir une feuille de rose.

– Tu fais dans la délicatesse, Princesse !

– Mais c’est qu’on a une réputation à entretenir, mon bonhomme ! Ne l’oublie pas, nous sommes les ambassadeurs de la Francophonie et de la French Romantic Way of Life !

Jimmy expliqua que j’avais employé une expression poétique à laquelle il ne s’attendait pas, avant de lui faire répéter alternativement bouffer le cul et feuille de rose. Autant la première ne lui avait posé aucun problème, autant il ne parvenait pas à prononcer la mienne.

– Tu vois, je n’y arrive pas « fouille di roz’ » je n’y arrive pas !

– Tout est question de motivation !

Je lui tournai le dos, m’agenouillai, offris mon derrière à sa bouche.

– Feuille de rose

– Fouille di roz’

Je m’éloignai de sa bouche.

– Essaie encore ! Feuille de rose

Il ne lui fallut pas très longtemps avant de prononcer ces mots d’une manière que je trouvais acceptable. Purée, ses ancêtres lui ont offert tout leur art en la matière ! Tandis que cette pensée traversait mon esprit, Jim expliqua à Jimmy qui ne voyait rien Son cul est un délice ! Je pourrais passer des heures à le bouffer ! Son cul est fait pour ma bouche et pour ma langue. S’il te plaît, Princess, écarte tes fesses pour moi, je vais avoir besoin de mes mains.

J’entendais le souffle court et la respiration saccadée de Jimmy, je savais pertinemment ce qu’il était en train de faire et exactement comment il était en train de le faire.

La langue de Jim se faisait tantôt souple et humide, tantôt râpeuse, mais à chaque fois, elle me léchait idéalement. Je sentais son bras contre ma cuisse, j’imaginais sa main serrée autour de son membre qui m’excitait tant. Et sa langue… et sa voix quand il me demanda Tu n’as pas changé d’avis ? Ton cul c’est toujours que pour Jimmy ?

– Je n’ai pas changé d’avis. Mon cul n’est que pour Jimmy !

– Lucky Jimmy… Mais si tu changes d’avis, tu me le diras ?

– Je n’y manquerai pas !

– Laisse-moi t’offrir une « feuydiroz »

Je tendis mes fesses vers lui, sa langue suave, son souffle sur ma peau, son gland heurtant ma jambe… le temps de me laisser aller à cette douceur, il se ravisa.

– Ou plutôt te bouffer le cul, Princess !

À cet instant précis, il m’aurait reposé la question, je lui répondais qu’il pouvait faire tout ce qu’il voulait avec sa queue et mon cul, tant qu’il le faisait aussi bien que ce qu’il était en train de me faire avec sa bouche.

Je criais comme une chienne obscène, impressionnée que ces cris m’excitent autant. Jim jouit sur mes seins, mon cri résonnait toujours contre les parois de la grotte.

Ayant perdu tous nos repères, nous nous endormîmes sans savoir à quel moment de la journée nous étions, ni à quel moment nous nous sommes réveillés. Jim, prudent, avait prévu de quoi manger puisqu’il savait que l’eau ne serait pas un problème dans cette grotte. Cela fait partie des rares savoirs dont il a hérité de ses ancêtres, la capacité à lire les grottes, les cavités et autres abris naturels.

En voulant attraper un paquet de gâteaux sec dans le sac de Jim, j’entendis le son mat d’un petit objet tombant à terre, avant de l’oublier, parce qu’on n’y voyait toujours rien, je le cherchai du bout des doigts, le trouvai, souris et décidai qu’il était grand temps pour moi de croire aux signes du destin.

Je renonçai aux gâteaux, déchirai l’emballage de la capote, titillai le sexe de Jim dont ma main avait trouvé le chemin. Quand j’estimai qu’il bandait assez, je déroulai lentement la capote. Sa main sur la mienne, sa voix enrouée de sommeil Oh Princess ! Oh my God ! Oh what a sweet awakening !

– Suce mes seins

La bouche de Jim les trouva sans problème. J’étais dans le noir, je ne distinguais rien, pourtant je fermai les yeux quand il me pénétra en psalmodiant Je rêve ! Je rêve ! Quel doux rêve ! Ses mains couraient sur ma peau. J’entendis le pas prudent de Jimmy. Ses mains sur mes seins. Sa bouche sur ma nuque. Sa voix sifflante d’excitation.

– Ça te plairait que je te morde un peu ?

– Mais avant, je pourrais te demander une sodomie polie ?

– Une sodomie polie ?!

– Oui, une sodomie sans avoir à déloger Jim qui est si bien en moi…

Jimmy éclata de rire en vantant à Jim l’art poétique avec lequel je lui avais soumis ma proposition. Jim répétait en s’appliquant vraiment. Sodomie polie.

– Je ne disais pas que des conneries quand je parlais de motivation. Écoute comme il le prononce bien !

– Sodomie polie. Sodomie polie !

– À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

– Oh, écoutez le vieux prof vexé que je lui donne une bonne leçon de pédagogie !

Jimmy ne répondit pas. Je m’étais cambrée, de ses caresses habiles, il détendait mon anus, l’assouplissait. Si Jim s’était montré prévoyant quant à la nourriture, il n’avait absolument pas pensé au lubrifiant. Je m’étonnai de l’aisance avec laquelle Jimmy avait trouvé le chemin.

– À ton avis, pourquoi insistais-je donc tant pour te peindre tous ces points blancs le long de la colonne vertébrale, Princesse ?

– C’était donc de l’Art avec un peu de vice dedans, si je comprends bien. Du vice l’art, en quelque sorte… Outch ! C’que c’est bon ! C’est bon aussi pour vous ?

Jim ne bougeait pas. Jimmy me pénétrait lentement, artistiquement. Quand il fut assez enfoncé en moi, il me caressa les seins.

– À toi de jouer, Princesse ! À toi de jouer ! Je parie que tu as fermé les yeux !

– Gagné ! Dites-moi si ça vous convient à tous deux si je bouge comme ça

– Oh my God !

– Est-ce que tu sens comme mon cul est heureux quand Jimmy est dedans ?

– Ooh… !

– Tu sens les va-et-vient de sa queue dans mon cul ?

– Ooh… !

– Tu imagines le jour où ce sera ta grosse queue noire qui fera jouir mon cul ?

– Ooh… ooh… oh my God !

Je l’embrassai à pleine bouche avant de me redresser et d’appeler les baisers de Jimmy. Je sentis les dents de Jim caresser mes mamelons avant de me téter comme il sait si bien le faire. Je jouis la première. Les dents de Jimmy déchirèrent ma peau. Comme à chaque fois, nous échangeâmes aussitôt un baiser au goût merveilleusement métallique. Ô ma Princesse, ô ma Princesse !

Jimmy hors de mes fesses, Jim prit les commandes. J’aimais la façon dont il me faisait rebondir sous ses coups de bassin. J’ai aimé quand nous avons roulé sur le sol, qu’il s’est retrouvé au-dessus de moi, est sorti de mon corps et a demandé à Jimmy comment on appelait le doggy style en français. La levrette. La levrette à Dédette !

Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés dans cette grotte, tout ce dont je me souviens, c’est qu’il faisait nuit noire quand nous en sortîmes, que l’air était encore tiède et que nos peintures tenaient plus du barbouillage que de l’œuvre d’art.

Nous étions loin de tout, mais à moins de trois cents kilomètres se trouvait un aérodrome où un petit avion faisait des navettes avec la ville la plus proche. En allant nous y ravitailler, nous vîmes ce petit bijou. C’est quand nous redevenons volcans au creux de la Terre ! J’embrassai Jim pour le remercier de cette jolie formule qui nous définissait si bien.

*En français dans le texte.

Odette&Jimmy – « Là où la mer est bleue et les poissons curieux »

Pendant notre dîner-croisière sur la Seine, Jimmy émaillait notre conversation de propos pas vraiment incohérents, mais parfois un peu à côté de la plaque. Je m’étonnais qu’une flûte de Champagne et deux verres de vin l’aient autant enivré. L’âge peut-être ?

Je n’en compris la raison que le lendemain à l’aéroport.

– Tu vois le concept de roi des cons ? Ben, là tu l’as dépassé, Jimmy !

– Et toi, le concept de perspicacité, ça te dit quelque chose ?

– De perspicaci quoi ? Purée, c’que je suis nulle quand je m’y mets !

– J’ai bien distingué une lueur de surprise, de crainte, de gêne et surtout d’incompréhension dans ton regard, mais… c’était trop bon !

Nous accomplissions les formalités douanières avant d’embarquer pour Zanzibar, quand Jimmy, sérieux comme un pape, me promit de m’offrir une banane dans sa cabane. Je le bousculai « C’est pas drôle ! » en éclatant de rire quand nous remarquâmes les sourcils froncés d’une femme un peu plus jeune que moi. Nous n’y prêtâmes pas plus attention que ça.

Quand nous atterrîmes, en attendant nos bagages, Jimmy me passa ses écouteurs, j’éclatai de rire en entendant les premières notes de la chanson d’Au bonheur des Dames.

– Ça y est ? La mémoire te revient ?

La femme croisée à Roissy, qui attendait elle aussi ses bagages, nous demanda ce que nous trouvions de si amusant.

– L’histoire est un peu longue, mais en résumé j’ai fait une blague qui a fonctionné au-delà de mes espérances.

– Vous ne vous moquiez pas de moi, alors ?

– Mais pour quelle raison l’aurions-nous fait ?!

– Désolée. Je suis un peu à cran ces derniers temps. Désolée.

Elle a récupéré ses bagages et s’est éloignée en s’excusant encore.

Jimmy et moi ne sommes pas sortis de notre suite nuptiale durant les premiers jours, ayant ressenti un grand besoin de plaisir. Je n’osais pas lui avouer à quel point tous ces mois entre nos voyages me pesaient, me semblaient interminables. J’avais refusé à deux reprises sa proposition à venir m’installer avec lui en Provence et je craignais son refus poli et embarrassé si je lui demandais de me délier de ce pacte. Il m’avait tellement manqué pendant l’année 2015, chaque année devenait plus insupportable que la précédente, mais je n’en pipais mot à cause d’une fierté mal placée.

Mais quand nous nous retrouvions… bon sang, quel bonheur ! Nous faisions l’amour comme des affamés, nous déchirant la peau à coup de dents pour mieux nous prouver que nous étions vivants. Quand il me traitait de gamine effrontée, ses yeux ne mentaient pas, ni son sourire. C’est ainsi qu’il me voyait vraiment. Nous rajeunissions dans les bras l’un de l’autre, ne gardant de nos âges avancés que la certitude de la brièveté de notre existence.

Nous admirions le coucher de soleil depuis notre terrasse quand nous remarquâmes un couple qui faisait de même sur une terrasse voisine. Ils se réfugièrent précipitamment dans leur chambre, ce qui nous amusa beaucoup. Quelques minutes plus tard, on toqua à notre porte. Jimmy l’ouvrit et nous vîmes cette femme. Le regard affolé, elle nous supplia de ne rien dire. Jimmy l’invita à entrer pour la rassurer et pour qu’elle nous explique la raison de son effroi. Il était évident qu’elle cherchait à lire dans nos yeux, dans nos mots et notre attitude, si elle pouvait nous faire confiance. Rassurée sur ce point, elle nous raconta son histoire.

La cinquantaine passée, son époux l’avait quittée dès l’envol de leur unique enfant hors du nid familial. Elle s’était retrouvée seule, réalisant que leurs amis étaient en fait ceux de son mari, ce dont elle n’avait jamais eu conscience auparavant.

Après de longs mois passés à se morfondre, ne quittant son appartement que pour se rendre au travail, sans l’envie, ni l’énergie d’aller au ciné, au théâtre, ni même au restaurant, elle s’était décidée à suivre les conseils des revues féminines dont elle voyait la couverture aux vitrines des marchands de journaux et de se faire plaisir, de ne penser qu’à elle-même. Conseils dont elle s’était moqué jusque-là d’un haussement d’épaules. Elle avait changé d’avis en voyant une publicité à la vitrine de l’agence de voyage attenante, vantant les plages paradisiaques de Zanzibar et promettant un séjour de rêves.

Le temps était maussade à Paris. Elle avait franchi le seuil de l’agence pour savoir combien coûterait un tel séjour, persuadée qu’elle n’en aurait jamais les moyens. Elle hésitait, pesait le pour et le contre. Ce n’était pas raisonnable, elle devrait dépenser en quelques jours les économies de toute une vie, ou presque. Mais l’envie la taraudait.

La solution lui était apparue le soir même. Pourquoi passer par une agence de voyage ? Peut-être lui était-il possible de l’organiser toute seule, ce séjour ? Elle se plaignait de ses soirées interminables en solitaire, autant les occuper de cette façon. Même si ce rêve s’avérait irréalisable, il aurait au moins eu le mérite de combattre son ennui. C’est ainsi qu’elle découvrit Zanzibar l’année précédente. Dans l’hôtel où elle était descendue, elle avait été séduite par la prévenance d’un des serveurs.

À ce moment de son récit, elle planta son regard dans le mien, ses yeux s’emplirent de larmes, sa voix devint presque inaudible. Ne me jugez pas, par pitié !C’est facile pour vous… Baissant les yeux pour ne plus nous voir, elle dit à toute vitesse Je ne suis pas idiote, j’ai tout de suite compris ce qu’il en était, mais j’avais besoin de me sentir encore désirable, même si je devais payer pour ça. Je posai ma main sur la sienne.

– S’il y a deux personnes au monde qui ne vous jugeront jamais, c’est bien nous !

– Quand je vous ai entendus rire à propos de banane offerte dans une case, j’ai cru que vous vous moquiez de moi. Plus tard, quand vous avez ri à l’aéroport, j’en étais convaincue et ce soir, quand je vous ai reconnus… J’ai pris la précaution de changer d’hôtel, mais mon… ami doit se cacher, si on le découvrait…

– Que dirais-tu, si je puis me permettre le tutoiement moins formel, d’aller chercher ton ami, qu’on puisse trinquer ensemble au bonheur ?

Le fait que Jimmy n’ait marqué aucune pause avant le mot « ami » fut la raison qui lui fit accepter sa proposition. Je guettais leur arrivée comme une pensionnaire s’apprêtant à laisser entrer le loup dans la bergerie. Jimmy était en train de déboucher la bouteille de Champagne, commandée en fin d’après-midi et qui attendait depuis dans un seau de glace, quand je refermai la porte derrière eux. Il tendit la main au jeune homme.

– Mon ami ne parle pas français, hélas…

– Ça tombe bien, mon père était britannique. My name is Jimmy.

Je riais intérieurement et mes yeux pétillaient.

– Odette

– Véronique

– Farouk

– On peut t’appeler Freddie, alors ?

Les flûtes tintaient qu’il riait encore. J’en expliquai la raison à Véronique, qui n’avait pas fait le rapprochement Farrokh, Farouk, Freddie bien qu’appréciant la musique de Queen.

– À propos de musique, voici la chanson qui faisait rire Odette à l’aéroport. Tu comprendras notre surprise quand tu nous en as demandé la raison.

Après l’avoir écoutée, Véronique nous avoua se sentir bête d’avoir réagi comme elle l’avait fait.

– Chut ! Ne dis pas ça, ça lui ferait trop plaisir ! C’est son truc à lui ça, que les jolies femmes se sentent bêtes en sa présence !

Jimmy traduisait mes propos et en expliquait la raison à Farouk, quand Véronique lui demanda de quelle ville était originaire son père.

– De Marseilleu, peuchèreu !

– Ça, Princesse, tu perds rien pour attendre !

– Je ne parle pas assez bien anglais pour pouvoir avoir de vraies discussions avec Farouk. Je le regrette parfois, mais on se débrouille…

Jimmy fit montre de son légendaire talent de négociateur pour convaincre Farouk de se détendre un peu et de ne pas craindre que le personnel de l’hôtel ou quiconque le remarque.

– Ton activité est-elle connue dans cet hôtel ? Tu m’as dit que tu avais rencontré Véronique à l’autre bout de l’île dans l’hôtel où tu étais serveur. Qu’est-ce qui m’empêche d’affirmer que tu es le guide touristique que nous avons tout trois embauché pour la durée de notre séjour et que j’ai posé comme condition que nous mettions au point ensemble les excursions que nous envisageons ? Je suis un universitaire français et il est hors de question que je règle ces détails sur un coin de table dans le hall de l’hôtel ! Je paie assez cher pour avoir droit à quelques privilèges, n’est-ce pas ?

– Mais je ne suis pas guide touristique !

– Et alors ?! En dehors de nous, qui le sait ?!

Farouk partit dans un fou-rire, pendant que Jimmy expliquait à Véronique ce qu’il lui avait dit. Elle était émue aux larmes et nous remerciait chaleureusement. Nous picorions tout en buvant, Jimmy avait commandé quatre repas qui nous avaient été livrés par le room-service, il en avait profité pour présenter notre guide et demander s’il serait possible d’installer un lit d’appoint dans ce qui nous servait de salon afin que nous puissions être certains qu’il serait à l’heure chaque matin. Notre demande fut acceptée sans problème. Ainsi la présence de Farouk ne serait source d’aucune question potentiellement embarrassante.

Nous picorions tout en faisant plus ample connaissance, je traduisais de temps en temps certaines bribes de la conversation entre Jimmy et Farouk à Véronique qui avait du mal à la suivre. Elle me racontait son histoire, ce qu’elle ressentait dans les bras de ce jeune homme, ce frisson qu’elle n’avait jamais connu, prendre du plaisir sans avoir à se demander si une histoire d’amour pourrait en naître, sans à avoir à imaginer un potentiel avenir commun, le plaisir pour le plaisir. Pourtant, me dit-elle, jamais elle ne s’était sentie autant respectée. Elle avait eu de belles histoires d’amour avec des hommes comme il faut, qui ne s’étaient jamais montrés irrespectueux, mais ce respect, un tel respect, elle ne l’avait jamais ressenti.

Jimmy me regardait, un sourire serein aux lèvres. Il avait entendu les derniers mots de Véronique.

– Farouk vient de me raconter quelque chose de troublant, mais j’ignore s’il souhaite que je te le dise en présence de Véronique.

Il lui demanda s’il pouvait le faire ou s’il devait garder tout ceci secret. Farouk haussa les épaules fataliste, genre « c’est toi qui vois ».

– Farouk vit de ses charmes, il est prostitué ou travailleur du sexe, je ne sais pas quel terme tu préfères entendre. Son boulot, c’est de donner du plaisir aux femmes en vendant son corps. Il n’oublie jamais qui il est, ni pourquoi il est là. Pourtant, dès leur première nuit, cet aspect est passé au second plan. Avec Véronique, ce n’est pas un étalon, il est Farouk, un homme qu’on respecte et à qui on offre du bonheur en plus de s’acheter du plaisir. Ce qui m’a troublé, c’est qu’il venait de m’expliquer que Véronique est la seule femme qui l’ait regardé avec autant de respect. La seule femme qui a tenu à faire connaissance, à lui poser des questions le dictionnaire à portée de la main pour être sûre de comprendre ses réponses. La seule femme qui lui ait donné envie de flirter comme un adolescent flirte avec une adolescente. La seule à lui avoir dit « tant pis si ça prend trop de temps, dans ce cas-là je te réserverais un autre rendez-vous ». Pas dans l’espoir d’obtenir la gratuité ou une ristourne, non elle paierait le prix convenu, mais elle voulait prendre son temps. Et quand elle lui a proposé ce séjour loin de chez lui « un mois pour moi toute seule, ça me coûterait dans les combien ? » il avait cru rêver. Et c’est pour cette raison qu’il se sentait respectable, respecté. Tout en étant un prostitué.

– Je n’avais jamais embrassé de noir sur la bouche, pourtant je n’ai pas été surprise quand elle s’est posée sur mes lèvres, la première fois. Mais je suppose que ça t’a fait pareil, la première fois que tu as embrassé la bouche d’un blanc, Odette. Après, avec Jimmy… tu ne devais déjà plus te poser la question, tu savais ce que ça faisait…

Jimmy, mort de rire, traduisit les mots de Véronique à Farouk en ajoutant à mon attention « Fais-moi plaisir, Princesse, je te charge d’expliquer tout ceci ànos amis, mais en anglais afin que nous puissions tous tecomprendre ! »

– En anglais ?! Fais chier, Jimmy ! Bon. À dix-sept ans, j’ai demandé à Jimmy de me rendre un petit service…

– Ça a le mérite de la concision, Princesse !

– Il a été ton premier homme ?!

– Hé ouais !

– Et vous êtes ensemble depuis tout ce temps ?!

– Bé non !

– Elle t’a demandé de lui donner son premier baiser ?!

– Entre autres… elle m’a demandé, puisqu’elle pouvait me faire confiance, j’étais un des meilleurs amis de son frère aîné, elle m’a demandé de la dépuceler parce qu’elle voulait en garder un souvenir impérissable et qu’elle savait que j’en serais capable.

– Hey, mais il avait presque vingt-quatre ans ! C’était un homme, un vrai, un dur, un tatoué, pas un puceau qui aurait tout gâché ! Et pis, à vingt-quatre ans… le Jimmy… laissez-moi vous dire, qu’il était presque aussi beau qu’il l’est maintenant ! J’ai bien eu raison, alors…

– Et après ?

– Mais après, rien ! C’était ça le service… il me dépucelait, me faisait ça bien, mais dès le lendemain, il redeviendrait le meilleur ami de mon frère qui vient déjeuner dans notre famille tous les dimanches, qui part en vacances avec nous, parce qu’il est de l’autre bout de la France et qu’il fait ses études à Paris. Je ne voulais pas d’une histoire d’amour avec lui, je crois que ça aurait été trop compliqué à vivre, en tout cas pour moi. J’avais besoin d’un technicien pas d’un prince charmant. Il me rendait ce service, comme j’aurais pu lui demander de changer la roue de mon vélo, ou un truc comme ça…

– Finalement… un peu comme moi, Jimmy… tu es un peu comme moi…

– Sauf que l’Européen est plus couillon que l’Africain… parce que l’Européen, c’est lui qui paie pour rendre ce service !

Farouk partit dans un nouvel éclat de rire communicatif, nous prenions vraiment plaisir à profiter de la joie de cette soirée impromptue. Véronique n’avait presque rien bu, elle n’était pas ivre, quand elle nous demanda si nous serions choqués à l’idée d’assister à son premier cunni avec Farouk.

Nous lui proposâmes de photographier son regard, pour qu’elle puisse garder cette photo dans son portefeuille sans craindre d’avoir à expliquer la raison de ce regard extatique, puisqu’il pourrait tout aussi bien être le fruit du hasard. Une photo pas compromettante mais qui lui permettrait de se souvenir quand elle serait de retour en France.

L’idée l’enchanta, mais elle voulut d’abord connaître la suite de l’histoire. Comment se faisait-il alors, que nous nous retrouvions, des années plus tard, ensemble dans une suite nuptiale pour un séjour pour le moins sonore ?

Jimmy leur raconta nos retrouvailles lors des funérailles de mes parents en 2009, mon désenchantement, la séparation à venir d’avec mon époux. Sa proposition de me faire découvrir de nouveaux horizons et notre décision de nous retrouver chaque 29 décembre, pont de l’Alma pour un dîner-croisière sur la Seine, puis le séjour-surprise de sept semaines qu’il me propose en me donnant que peu d’indices sur la destination, à chaque fois différente.

Farouk et Véronique l’écoutaient bouche-bée, les yeux grands ouverts. Je constatai alors que sa voix de conteur cévenol fonctionnait à merveille en anglais. Jimmy est un conteur né. Je connaissais l’histoire, et pour cause ! Il ne mentait, ni n’ajoutait le moindre détail, cependant la façon dont il la sublimait par ses mots me faisait douter de sa réalité.

– Mais pour toi, Odette, il n’est plus question d’un simple service ?

– Bien sûr que non ! Plus maintenant, mais en 67 si ! Ce n’était vraiment qu’un simple service. En 2009, quand Jimmy est venu à ma rencontre, dès ses premiers mots, j’ai compris, il a compris que nous étions amoureux l’un de l’autre, même si on n’en a jamais parlé, je sais que nous l’avons compris en même temps, à cet instant précis.

– Je l’ai vue, adossée à ce mur, un pied contre la paroi, une clope au bec, son chapeau enfoncé sur sa tête, sa grande cape noire. Je l’ai vue, elle m’a regardé et nous avons compris.

– Et cette année, pendant le dîner-croisière, j’ai cru qu’il était devenu sénile, parce qu’il me disait tout à fait hors de propos, certaines phrases de la fameuse chanson, mais comme d’habitude, je n’ai pas deviné où il m’emmènerait !

– Vous avez dû me prendre pour une folle…

Pendant que Jimmy et Farouk très excités, installaient la table des opérations, Véronique se laissa aller à d’autres confidences.

– Je n’étais pas une oie blanche, tu sais. Je ne comprends pas comment j’ai pu accepter d’endosser ce costume d’épouse modèle, sans même m’en rendre compte, sans réagir, alors qu’il m’avait toujours gêné aux entournures ! J’ai voulu me conformer au rôle que la société m’imposait alors que j’avais été une jeune fille rebelle. J’aimerais avoir la force de revendiquer mon choix d’amours tarifées, mais la route est encore longue. Votre regard à toi et surtout à Jimmy m’aideront à y parvenir, parce que je sais qu’un jour j’assumerai ce choix, mais je n’y suis pas encore prête. Disons que vous êtes les deux premiers cailloux blancs qui me serviront de point de repère en période de doute.

Répétant par groupe de deux mots, la phrase que lui soufflait Jimmy, Farouk prononça Si Madameveut biense donnerla peine Il rayonnait littéralement de fierté d’y être parvenu. Alors que je pensais qu’elle rejoindrait la table en se dandinant comme une poule, Véronique s’avança d’un pas ferme et décidé. Elle demanda à Jimmy de se retourner le temps qu’elle retire sa culotte. Il se retourna donc, non sans sourire.

– Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? Avec ce que je… Excuse-moi, Jimmy, je ne m’explique pas cet accès de pudeur pour le moins incongru !

Jimmy traduisit à Farouk qui répondit qu’il avait compris. Je ne sais pas pourquoi, mais parfois je comprends ce qu’elle veut dire quand elle parle en français, mais pas très souvent. Et ça lui fait parfois pareil avec moi.

Véronique totalement nue, s’était allongée sur la table, ses pieds reposant sur les deux tabourets de bar. Elle voulait que nous puissions photographier les réactions de son corps, si elle en ressentait l’envie.

Comme si elles avaient été notées à l’encre magique, uniquement visible à mes yeux, toutes les raisons de ses complexes me sautèrent au visage. Simultanément, les raisons pour lesquelles ce même corps suscitait le désir des hommes m’apparurent avec la même violence. Son corps avait vieilli, il avait été longtemps négligé, mais sans doute pour ces raisons, on le sentait avide de prendre et d’offrir du plaisir.

Je n’en ressentais absolument aucun pour son corps, pourtant je ressentais physiquement le désir qu’il faisait naître chez les hommes.

– Merci, Odette. Dans ton regard, je me sens belle. Je voudrais que tu prennes les photos.

Sans pouvoir en garantir le résultat, j’acceptai sans hésiter. Jimmy prendrait les clichés de l’autre côté. Je perçus le sursaut de surprise et je pus le capturer, comme au lasso.

– C’que c’est doux ! C’que c’est doux ! Tu pourrais photographier mes mains ?

Ses mains couraient le long de son corps sublimé par le plaisir. Je savais d’instinct ce qu’elle voulait que je capte. Les frémissements de sa peau, le creux de sa taille, son ventre, son plexus solaire, encore le creux de sa taille, puis ses seins, ses épaules, son cou… Vais-je réussir à capturer la douceur de son sourire ?

L’orgasme l’avait projetée en avant, comme il n’y avait pas beaucoup de lumière et que je me refusais au flash, le cliché est un peu flou. Mais d’un flou involontairement artistique puisque son sourire énigmatique et son regard indéchiffrable sont nets.

Aussi surréaliste que cela puisse paraître, après l’avoir fait jouir de si belle manière, Farouk demanda à Véronique s’il pouvait lui faire l’amour.

– Je devrais la baiser, mais elle me fait l’amour, alors…

Farouk avait le fatalisme souriant et radieux. Même s’il était payé pour sa prestation, je compris ce que Véronique avait trouvé en lui. Je le regardais dérouler le préservatif le long de son membre, j’eus une pensée pour Jim.

Je ne me souviens pas l’avoir vu s’enduire de lubrifiant, mais je me souviens de l’éclat de son préservatif quand ses va-et-vient se faisaient plus amples. Je regardais les mouvements de leur corps comme un pas de deux sur la scène d’un opéra. Ils ne parlaient pas la même langue, mais leur corps se comprenaient et je veux croire que cet état de grâce n’était pas uniquement dû au professionnalisme d’un des deux danseurs.

Véronique me demanda de traduire à Farouk son désir qu’il jouisse dans sa bouche, comme l’autre fois. Farouk lui demanda un peu de patience, il prenait tant de plaisir en elle, pouvait-il en profiter encore un peu ? Je ne sais pas si ça rentrait dans les termes de leur accord commercial, mais je veux aussi croire à la sincérité de ce jeune homme.

J’ai aussi photographié la main de Véronique qui se crispait sur sa hanche, ses ongles entaillant sa peau blanche. De tous mes clichés c’est probablement celui que je préfère.

Nous partageâmes quatre semaines avec ce couple charmant, touchant, sans illusion, mais avec beaucoup de sérénité, leur servant d’alibi, de laissez-passer.

Quand ils durent retourner à leur vie, Jimmy décida de suivre les conseils de Farouk et d’achever notre séjour sur le continent, en Tanzanie.

Peu avant leur départ, ils tinrent à nous offrir ce petit globe, symbole pour eux de nos séjours romantiques à travers le monde, puisque Jimmy leur avait montré mon bracelet et qu’il leur avait expliqué la signification de chacune des breloques, sur le mode du conteur cévenol.