Odette&Jimmy – Retour au Canada

– Si je te dis Toronto, tu réponds quoi ?

– Les enquêtes de Murdoch !

– Les enquêtes de quoi ?!

Devant son air ahuri, je traitai Jimmy de sale intello nécrosé par son confort bourgeois, mais me gardai bien de lui fournir l’explication qu’il attendait.

J’aimais le luxe de ces vols transatlantiques en classe affaire. Fidèles à nos habitudes, j’avais joué à l’épouse peureuse en avion et Jimmy au mari attentionné qui couvre le visage de sa moitié avec sa couverture. Ainsi aveuglée, rassurée par la chaleur de ses cuisses, je pouvais calmer ma crise d’angoisse et m’endormir paisiblement. Après avoir expliqué la situation à l’hôtesse de l’air, il avait mis son masque occultant sur les yeux et éteint la veilleuse. L’hôtesse nous ficha la paix pendant les heures qui suivirent.

Juste avant de jouer cette comédie, je lui avais susurré à l’oreille Petite pipe dans l’espace aérien, tout va bien, il semblait avoir tiqué. Quand l’hôtesse se fut éloignée, il marmonna Petite pipe dans l’avion… hmm… c’est trop bon !

Alors que nous découvrions, ébahis comme à chaque fois, notre suite nuptiale, Jimmy me prit dans ses bras, plongea son regard dans le mien et sur un ton plus solennel me reposa la question.

– À ton avis, pourquoi ai-je choisi de t’emmener à Toronto ?

– Parce que c’est notre dixième voyage et que tu veux savoir si désormais, je peux réveiller les ours ?

– Ah ah ! Sache que j’ai un peu plus d’ambition que ça, belle insolente ! Nos cris seront-ils assez puissants pour inverser le cours des chutes du Niagara ?

– Ouah ! Sacré défi ! Et si on rate, on plonge ?

– Ah ah, non ! Il y aurait des épreuves de rattrapage, mais je nous fais confiance !

Jimmy avait prévu un séjour autour des lacs. La première étape nous fit découvrir les chutes du Niagara, que nous admirions emmitouflés dans de gros anoraks et pantalons d’hiver. Jimmy me remercia de lui permettre de vivre enfin ce fantasme qui le tenait depuis l’adolescence. Devant mon air surpris, il précisa À cause du film.

– Celui avec Marilyn ?

– Oui !

– Tu me compares à Marilyn ?!

– Oui !

Je baissai les yeux pour vérifier que j’étais bien vêtue comme je le pensais ou si par le plus grand des hasards, ma tenue spéciale froid polaire ne s’était pas transformée en robe moulante à mon insu.

– Mais même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pu imaginer que la femme avec qui je les découvrirais serait aussi sexy que toi !

La veille, sur la route qui nous menait de l’aéroport aux chutes du Niagara, je m’étais mise à me dandiner ondulant les bras comme une danseuse orientale. Jimmy me regardait, perplexe. Je lui demandai de stopper la voiture devant un panneau indicateur, sortis et fis quelques pas de danse devant lui. Air ahuri de Jimmy. De plus en plus agacée, je lui désignai le panneau, dansai à nouveau. Jimmy était passé du stade ahuri au stade vaguement inquiet. Vexée, un peu furieuse, je repris ma place à ses côtés en bougonnant.

– Si t’étais un peu plus ancré dans le quotidien des gens normaux, tu aurais compris, tu aurais ri et je t’aurais épaté. Alors que là… juste tu me regardes comme si j’étais complètement tarée ! Le panneau, mes pas de danse… Si tu regardais un peu plus la télé au lieu d’avoir le nez plongé dans tes bouquins, t’aurais compris direct et j’aurais eu droit à des étincelles d’émerveillement dans ton regard, mais voilà… Permets-moi de te dire que tout savant que tu es, ben t’as de sacrées lacunes en matière de séries télévisées, toute une éducation à refaire !

– C’était donc ça, les enquêtes de Bullock ?

– De Murdoch ! Les enquêtes de Murdoch ! Mais cette fois, ce n’était pas celle-ci. Tu t’en es arrêté où, question séries ? T’as continué après Zorro ? Columbo, par exemple, ça te dit quelque chose, Columbo ?

Jimmy riait et l’idée nous vint d’un séjour studieux où il comblerait ses lacunes, grâce à mes devoirs de vacances. Arrivés à l’hôtel, je débutai ma première séance. Puisqu’il n’avait pas souri à mon astuce et que le souvenir de ma prestation était encore frais, je décidai de l’initier à Dr House. Pour lui donner un supplément de motivation, je me mis sous l’écran et débutai un strip-tease durant le générique, strip-tease que j’interrompis dès le début de l’épisode. Jimmy tenta de m’apitoyer, je demeurai inflexible. Un élément vestimentaire ôté ou échancré par épisode. Rien de plus. Et la leçon durera jusqu’à ce que tu aies saisi mon astuce.

Son œil frisa et son sourire s’élargit bien plus tôt que je ne l’aurais cru. Mais son côté vieux prof sentencieux a vite refait surface. C’est Huntington, le panneau indiquait Huntingdon ! Mais c’était très bien vu ! Il me raconta ensuite les querelles sans fin entre la petite Nathalie et son père, Christian lequel affirmait se foutre de la véracité, de la crédibilité des cas et des circonstances des diagnostics. Si j’avais envie de réalisme, je regarderais un documentaire, pas une fiction !

– Pour autant, je crois n’avoir jamais regardé un seul épisode.

– Alors, concentre-toi, interro à la fin de l’épisode !

Je m’installai contre son corps, mais anticipant mes desseins en vue de le perturber, il décida de modifier un chouïa les règles. Puisque j’étais d’humeur taquine, il estimait être dans son bon droit. Il couvrit ma tête du plaid posé sur le fauteuil le plus proche et choisit un épisode au hasard. J’attendis la fin du générique pour débuter une pipe d’anthologie, à en croire ce flatteur de Jimmy. Il est vrai que je me sentais l’esprit léger, comme si je n’avais jamais eu le moindre problème, le moindre tourment dans ma vie. J’avais cette certitude que le monde s’offrait à moi, qu’il me suffisait d’avoir ne serait-ce que l’idée d’un rêve pour qu’il se réalise.

Ma bouche prenait un plaisir incroyable à faire l’amour à son sexe. Ma langue, plus qu’humide, allait et venait, s’aventurant jusqu’à son aine, en passant par ses bourses qu’elle se disputait avec ma bouche. Parfois, ma langue remportait la victoire et pouvait les lécher vibrant jusqu’au périnée. Parfois, la victoire revenait à ma bouche qui pouvait les gober à l’envi. Et l’ardent désir de sentir à nouveau les reliefs sinueux de sa hampe, le goût de son gland soumis aux va-et-vient de ma bouche s’emparait de moi. J’en profitais tout en faisant onduler ma langue le long de sa p’tite bosse. Ses doigts se crispaient sur mon occiput arrachant quelques petits cheveux de mon crâne. Quelle divine douleur ! De celles que j’appelle de mes vœux en certaines occasions.

Bien évidemment, je stoppais toute caresse, tout attouchement, tout baiser dès que je le sentais sur le point de jouir. Sinon, quel aurait été mon intérêt ?

À la fin de l’épisode, je lui posai trois questions. Il ne put répondre à l’une d’elles et se trompa pour les deux autres. Son sourire était éclatant. Il avait remporté la partie puisqu’il était évident qu’il avait besoin d’une leçon de rattrapage. Une autre erreur à porter à son passif.

– Puisque tu sembles trop fatigué pour le moindre effort de concentration, je vais te laisser dormir tout seul, pendant ce temps, j’en profiterai pour lire un bon roman.

– Ah non ! C’est pas ça que j’avais…

– Prévu ? C’est qui l’élève et c’est qui la prof ?! Hein, dis-moi, c’est qui ?!

– Et toi, alors ? Serais-tu capable de répondre, hein ? T’étais concentrée, peut-être ? Alors, réponds, quelle pathologie ? Cite au moins une erreur diagnostic sur ce cas et quel a été le déclic pour House ?

– Docteur House, si tu permets… Respect jamais ne nuit !

Abasourdi que j’ai pu répondre aux questions, Jimmy reconnut la réalité de ce qu’il pensait être une légende. Le cerveau d’une femme est capable d’accomplir différentes tâches tout en restant concentré sur chacune d’elles, ce qui est impossible à un cerveau masculin. Il était tellement emballé par cette certitude… Comment aurais-je pu trouver la force de l’ébranler en lui soumettant mon explication plus prosaïque ? Dix ans de soirées en tête à tête avec ma télé et les multi rediffusions sur les chaînes de la TNT m’ont surtout permis de mémoriser le scénario de chaque épisode.

Toute auréolée de cette victoire, je refusai fermement de combler ses lacunes concernant Les enquêtes de Murdoch. Ce sera à Toronto et pas avant ! J’acceptai, toutefois, de retenter l’expérience avec un autre épisode de Dr House. Jimmy voulu équilibrer nos chances et me proposa d’en suivre un épisode en VO.

– Que signifie cet irrésistible sourire énigmatique ?

– Que grâce aux progrès techniques et à mon envie de progresser en anglais…

– Mais tu as donc pensé à tout, diablesse !

Malgré mes protestations, il recouvrit mon visage du plaid avant le début de l’épisode. Non, mais ! Piquée au vif, je relevai le défi pour cette seconde fellation, mais le bougre avait plus d’un tour dans son sac. Au premier tiers de l’épisode, sa main glissa de ma nuque à mon cou, d’un doigt habile, il dégrafa le bouton de ma robe. Sa main se faufila entre le tissu et ma peau, ses ondulations ouvrirent ma fermeture-éclair tout au long de sa progression vers mes reins. Cet homme serait capable de faire fondre la banquise s’il lui en venait l’idée !

Son sexe gouleyant dans ma bouche me grisait déjà, sa main à l’orée de mes fesses m’enivra tout à fait. J’en oubliai même le défi. A-t-il remarqué la particularité de la robe que je porte ? Il me rendait folle de désir à caresser mon dos, mes reins, mes fesses et à faire le chemin à rebours pour se crisper sur ma nuque dès que je me cambrais pour m’offrir tout à fait. Je tentai un T’as pas le droit, peu convainquant. Il se contenta d’en rire. Je me levai d’un bond, en profitai pour jeter un coup d’œil à l’écran. Quelle chance, l’unique épisode réalisé par Hugh Laurie ! Ça me fera une question subsidiaire à lui poser !

Je me dirigeai vers le dressing et sortis de ma valise perso, le cadeau que m’avait envoyé Sylvie. Je revins vers Jimmy en agitant le pochon dans lequel il se trouvait.

– Mon cher Jimmy, puisque tu ne veux pas éteindre l’incendie que tu as allumé, permets-moi de te présenter celui qui partage désormais mes nuits torrides, mon nouvel époux !

Jimmy me prit le pochon des mains regarda à l’intérieur avant d’éclater de rire. De ce rire si particulier qui m’enflamme à chaque fois.

– Vous en êtes encore aux fiançailles ? Le mariage n’a pas été… consommé, me semble-t-il. À moins que ce ne soit plutôt avec l’emballage ?! La princesse est gourmande de rugosité !

– Mais quelle conne ! Quelle conne ! Quelle conne !! En fait, je voulais le découvrir avec toi… mais quelle conne !

Avec six heures d’avance sur l’horaire officiel, nous décidâmes d’en profiter pour ouvrir nos autres cadeaux Après tout, il est minuit passé en France… Dans un réflexe, j’avais refermé ma robe et quand il me vit revenir pour la seconde fois du dressing avec mon cadeau à la main, Jimmy me sourit.

– Le bleu te va aussi bien que le blanc, Princesse ! Par quel miracle as-tu retrouvé la même ?

Mes chères consœurs, reconnaissez qu’il est impossible de ne pas succomber à un homme capable de remarquer ces détails. Et ne vous avisez pas d’ironiser à propos de l’avantage d’être amoureuse d’un historien, parce que j’y ai pensé avant vous !

– J’ai vu une affichette d’une couturière à domicile, j’y suis allée avec un des carnets de maman. Tu sais, j’ai enfin trouvé le courage d’ouvrir les cartons qui m’étaient destinés et dans ce qu’ils m’ont légué, il y avait tous les carnets de maman. D’ailleurs, à ce propos… Elle y tenait ses comptes, mais pas que. Elle y notait des recettes de cuisine, nos appréciations, commentaires et suggestions. Elle y notait aussi les divers rendez-vous, mais surtout ses patrons de couture, ses projets et dans quel autre carnet on pourrait trouver la fiche technique. Toute une organisation qui ne m’étonne pas, mais dont je n’avais jamais soupçonné l’existence.

J’ai retrouvé la fiche de ma robe, je l’ai apportée à la couturière en lui demandant s’il lui serait possible de l’adapter à ma morphologie actuelle. Elle était épatée de la précision, des échantillons de tissus proprement agrafés à la fiche. Elle pensait que maman avait été styliste ou couturière. Je lui ai expliqué qu’elle n’avait pas pu réaliser ce rêve parce qu’il faut bien manger ! Et toujours cette crainte d’avoir à assumer seule la charge de la famille, si papa était contraint à retourner vivre en Côte d’Ivoire. La couture ça gagnait moins qu’agent hospitalier et à l’hôpital, l’emploi était garanti. Je n’ai pas le souvenir d’avoir acheté du prêt-à-porter avant leur départ pour Avranches, mais une chose est certaine, je n’ai jamais eu honte de ce qu’elle me cousait. J’étais toujours à la mode ou si ce n’était à la mode, toujours habillée comme je désirais l’être.

– Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ta robe te va encore mieux aujourd’hui qu’elle ne t’allait à dix-sept ans. Pourtant à dix-sept ans… !

Je me sentis rougir et restai muette de stupéfaction. Jimmy m’ouvrit les bras, me fit le sourire viens, par ici, Princesse, qu’on fasse connaissance avec ton nouvel époux, comment aurais-je pu résister ? Il voulut profiter de cette leçon de rattrapage pour l’étrenner.

– Docteur Quoi ?! Attends, t’as vu l’heure, mon gars ?! La leçon est terminée, depuis quand les profs font des heures sup’ ?!

Je reconnais avoir un peu prêté le flanc à la critique avec cette dernière remarque. Nous faisions les idiots sans nous préoccuper de quoi que ce soit d’autre que notre plaisir à rire ensemble, tout en attisant notre désir dans l’attente du compte à rebours et du traditionnel feu d’artifice. Une enveloppe accompagnait le paquet, enveloppe sur laquelle était écrit À n’ouvrir qu’après avoir découvert le contenu de la boîte.

– Tu n’as même pas eu la curiosité de regarder dans le pochon ?

– Ben non ! Dans sa lettre, Sylvie m’a écrit J’espère que tu feras bon usage du sex-toy que je t’envoie pour fêter dignement 2019 ! Vois-y un signe ! Alors, j’ai voulu en garder la primeur pour le tester avec toi… Mais je ne pouvais pas deviner…

Comme à son habitude, Sylvie avait écrit un chef-d’œuvre de cocasserie, elle m’y donnait les grandes lignes de ce jouet que Manara ne renierait pas. Toutefois, je tiens à te signaler que certains hackers farceurs peuvent détecter les jouets connectés et potentiellement les déclencher à distance. Cela étant dit, quand tu te promènes avec ce plug dans le cul, qu’il est connecté, y a quand même moyen que tu sois assez ouverte à la surprise et à la fantaisie !

Pendant que Jimmy connectait le jouet à mon smartphone et qu’il s’essayait aux différents modes et réglages, l’idée d’une vidéo nous vint à l’esprit. Apprends le français avec Princesse et ce coquin de Jimmy ! Leçon 1 – Seasons greetings ! À force de tripatouiller sa nouvelle caméra dans tous les sens, Jimmy l’avait déréglée et l’image ressemblait à celle des vieilles publicités locales des années 1980, d’où le ton volontairement ringard et notre jeu outrancier.

– Comme elle te le répète souvent, tout est une question de motivation. La leçon du jour portera sur l’art de recevoir un cadeau et le plaisir de l’étrenner. Elle te sera donnée, mon cher Jim, par Princesse…

Jimmy zoomait et dézoomait sur moi. Je fis semblant de tenir un micro Aidée par ce coquin de Jimmy ! Ma voix atteignit alors des sommets de ringardise, aux JO, elle eut mérité la médaille d’or de l’épreuve.

– Jim, mon cher ami, s’il est un adjectif pour qualifier la Française, c’est bien l’élégance. Admire cette créature de rêve qui s’approche ! Et ce sourire, si… Parisien !

En fait, ce sourire était lié à cette pensée : Purée, les talons… ! Je me suis montrée trop audacieuse. Si je tombe, on rigolera tellement qu’on ne pourra plus filmer. Te casse pas la gueule, Dédette, l’honneur de la France est en jeu ! Te casse pas la gueule !

– Vé ! L’élégance, la distinction… vé, pas besoin de rivière de diamants, une robe bien dessinée, bien découpée, bien cousue pour sculpter un corps que l’on devine de rêve !

Dans un sens, tant mieux, parce que des rivières de diamants, on n’en avait pas, ni même la première goutte du moindre ruisseau.

– Comme tu peux le constater, le méridional est plus rustique en matière d’élégance…

J’avais tourné la caméra vers Jimmy, nu dans son éternel déshabillé de soie, comme j’aime à le nommer. Ça le fait tellement râler, que j’aurais bien tort de m’en priver ! Jimmy qui jouait les outragés Qu’est-ce que tu trouves à y redire ?! Elle est parfaitement adéquate, ma tenue ! Après ce préambule en anglais, pour que Jim puisse comprendre de quoi il en retourne, nous filmâmes la leçon proprement dite.

– Chère Princesse, pour vous remercier de vos judicieux conseils en matière de motivation, voici ce petit cadeau, qui, je l’espère, vous comblera d’aise.

Écarquillant exagérément les yeux, ouvrant une bouche en cœur, je sortis le jouet du pochon de tissu.

– Oh ! Quelle bonne surprise, mais qu’est-ce donc ? Une bonde pour ma baignoire ?

– Non, Princesse !

– Une patère à fixer à la porte de ma chambre ?

– Non, Princesse !

– Une lampe de chevet pour mes lectures nocturnes ?

– Non, Princesse !

– Serait-ce un écrin d’un joaillier de la Place Vendôme ?

– Non, Princesse !

– Eurêka ! J’ai trouvé ! Un bouchon pour ma bouche afin que je me taise enfin !

– Non… un bouchon, en quelque sorte, mais…

Jimmy et moi avions parfaitement conscience de venger tous ces parents et grands-parents qui ont dû se coltiner Dora l’exploratrice en jouant nos rôles de cette façon.

– Le plug anal. Répète après moi : le plug anal !

D’un index guilleret, Jimmy désignait mon smartphone.

– Et connecté ! Le plug anal connecté !

– Répète après Jimmy !

– le plug anal connecté !

La scène suivante, nous trouvait enlacés, dansant langoureusement sur un slow sirupeux. Adressant un clin d’œil appuyé à la caméra Jimmy ne se doute pas que son cadeau n’est plus dans sa boîte ! En contrechamp, Jimmy souriait Si elle croit que je ne l’ai pas vue ! Mais Princesse ignore que j’ai eu le temps de le connecter. Amusons-nous un peu !

Même si je m’y attendais, la première vibration me surprit. Je hoquetai ma réplique. Oh, mais quel coquin ce Jimmy ! Ce coquin de Jimmy ! Nous étions convenus qu’il réglerait le déclenchement sur un mode, mais il en avait choisi un autre pour pimenter le jeu.

– Et maintenant, Jim, mon cher ami, je te montre comment un chevalier servant aide sa princesse à se débarrasser de son écrin de tissu. Note bien la technique ! On pourrait même la nommer French Touch !

Tout en me serrant davantage contre son corps, Jimmy dégrafa le bouton, glissa sa main sous ma robe et descendit la fermeture-éclair comme il l’avait fait plus tôt. Son autre main tenait la caméra. Je suivais sa progression sur l’écran de télé, fascinée de découvrir la chair de poule au fur et à mesure que je la sentais se propager le long de ma colonne vertébrale. Une autre série d’impulsions. Je regardais les tressautements de mes fesses, les ondulations de mes hanches quand, reculant d’un pas ce coquin de Jimmy dévoila ma poitrine dans un geste tout hitchcockien.

– Admire cette belle paire de seins ! Et regarde tout autour des mamelons… Tu sais ce que ça signifie, ils réclament leur dose de caresses. Regarde, regarde comme ils se tendent ! Arrête de gigoter, Princesse !

– Co… rhââ…! Coquin de Jim…my… tu… rhâââ… tu as… oooh !

D’une voix pour le moins troublée, je fis la leçon à ce coquin de Jimmy.

– Tu sais très bien ce qu’ils… ooh… réclament, coquin de Jimmy, mais tu fais… ooh… semblant ! À ta place, Jim poserait ses lèvres ici… ou… hmm… là… et se branlerait comme ça…

L’objectif de la caméra glissa de mes seins vers ma main, celle avec laquelle je mimais une branlette savante. Je visualisais Jim découvrant ces images, ses yeux écarquillés, sa bouche frémissante d’excitation, sa paume crispée autour de son gland, ce tissu qu’il aime froisser en se masturbant. Je pouvais même entendre ses Oh my God ! Oh my… God ! Oh Princess ooh ! Si j’y parvenais si bien, c’est grâce au jeu qu’il avait inventé lors de notre séjour en Nouvelle-Zélande. Il s’amusait beaucoup de nos histoires plus ou moins improbables, jouées avec plus ou moins de conviction. Nous lui avions demandé d’en imaginer une, qui a fini par devenir un de nos nombreux petits rituels.

Il s’installe sur la terrasse, une bière à la main, allume l’écran d’une télé en se réjouissant à haute voix de la fin de sa journée de travail. Il lance une vidéo et la commente d’une voix sortie du fond de ses entrailles, en se branlant. Je le rejoins peu après, le salue avant de m’asseoir à ses côtés et de poser un grand saladier rempli de pop-corn entre nous.

– Tu regardes quoi ? Encore cette vidéo ?! Mais tu lui trouves quoi à cette nana ?!

– Regarde, regarde comme elle est belle ! Regarde comme elle s’offre !

– Tu trouves ?

Le plus difficile pour moi étant de faire semblant de ne pas être cette nana à l’écran et de la regarder avec scepticisme. Par intermittence, ma main se trompe et au lieu de plonger dans le saladier, s’aventure sur l’entrejambe de Jim. Je me dénude ostensiblement, Jim obnubilé par la vidéo ne s’en aperçoit pas. Peu avant de jouir, d’un mouvement brusque du coude, il envoie valdinguer le saladier encore à demi-plein. Il s’en excuse tout en s’essuyant la main sur le premier morceau de tissu qu’il trouve, à savoir, comme par hasard, la robe que j’ai ôtée et posée sur la table basse. Il entreprend de m’aider à ramasser le pop-corn quand Jimmy fait son entrée et me demande ce que je fous nue, à quatre pattes devant Jim, le zguèg à l’air.

– Je ramasse le pop-corn qu’il a fait tomber par terre

– Tu ne le suçais pas un peu ?

– Non

– Même pas une petite levrette de courtoisie ?

– Même pas ! Il me calculait pas, de toute façon…

– Jim, petit frère, tu es un idiot. Regarde ce que tu rates !

Jimmy me prend en levrette tout en incitant son frère à le regarder faire. À admirer comme je bouge bien.

– Redresse-toi, Princesse, montre-lui tes seins ! Alors, Jim… toujours pas tenté ?

– Non. Vraiment pas.

– Pas même une petite pipe ?

– Non. Même pas. De toute façon, j’ai tout donné…

– Mais les pipes de Princesse réveilleraient un mort !

Jim consent, du bout des lèvres, à ce que je le suce, mais sort immédiatement de ma bouche. Tu vois, ça ne marche pas. C’est gentil, mais… à moins que… Il remet la vidéo en route et son membre à demi-revigoré dans ma bouche. Cet ingrat de Jim ne quitte pas l’écran des yeux et affirme qu’il rêverait de faire à cette femme ce qu’elle fait avec un autre. Semblant prendre soudain conscience de quelques ressemblances entre elle et ma personne, me supplie à genoux d’exaucer ce rêve. Que voulez-vous ? Je n’ai jamais eu le cœur de rester sourde à certaines prières. J’accepte donc de bon cœur, car mon âme est pure.

Ainsi que le fait l’acteur, qui lui ressemble étrangement, Jim caresse mes seins et ayant retrouvé toute sa vigueur, demande à Jimmy d’y aller plus fort, plus vite, plus amplement afin que mes seins puissent faire l’amour à sa grosse queue noire tandis que ses mains caresseraient mon corps. Jimmy, serviable comme à son habitude, s’exécute. Après avoir joui, il me suce les seins et jouissant à son tour, Jimmy me mord l’épaule ce qui déclenche immanquablement mon orgasme d’une puissance incroyable.

Pour cette vidéo, nous nous sommes montrés plus créatifs qu’à l’ordinaire, au lieu d’une longue et unique scène, nous avions décidé de différents tableaux entre lesquels Jimmy inséra des intercalaires d’un formalisme scolaire à toute épreuve.

Nous étions dans la chambre nuptiale avec un lit si grand qu’il aurait pu accueillir tous les convives de la noce. Jimmy avait ouvert la baie vitrée en grand. Il faisait un froid de canard, mais je le ressentais comme autant d’agréables petites morsures.

– Jimmy, peux-tu vérifier que le plug anal est bien en place ?

Je me mis à quatre pattes sur le lit afin qu’il puisse le faire, mais ce coquin de Jimmy, au lieu de regarder mes fesses, s’allongea sous moi, tête-bêche.

– Un pubis immaculé, comme une étoile au milieu d’un ciel nocturne. Répète après moi : pubis immaculé !

– Coquin de Jimmy ! Je te vois venir, tel un renard autour d’un poulailler ! Tu veux qu’il prononce Plus d’baise, il m’a enculée ! Mais quel coquin ce Jimmy ! Coquin de Jimmy !

Jimmy me fit taire en déclenchant une série de vibrations tout aussi agréables bien qu’assez différentes des précédentes. Il filma mon pubis immaculé, puis la caméra s’aventura entre mes cuisses. Quand son autre main écarta mes lèvres pour filmer mon clitoris, son sexe se dressa d’une façon qui me surprit. J’articulai Mais quel coquin, ce Jimmy ! Coquin de Jimmy ! avant de me régaler à nouveau de ce membre magnifique. Nous avions attendu quelques heures entre cette scène et la précédente parce que nous voulions la filmer au plus près de minuit.

Jimmy avait installé la caméra de secours de telle façon que nos corps se détachaient sur les chutes du Niagara au loin. La langue de Jimmy frôla mon clitoris quand le décompte débutait. Il avait réglé le déclenchement des vibrations sur les bruits ambiants, aussi les cris émerveillés des autres touristes sur leur terrasse me procuraient un plaisir inédit. Jimmy grognait d’aise sous mes caresses et mes baisers.

Je me regardais onduler, aveugle à tout ce qui me déplaît dans mon physique. J’aimais être à la fois actrice et spectatrice, comme si en me regardant, je me permettais d’améliorer mon jeu et j’y prenais un plaisir fou. Il me semblait que les secondes duraient moins longtemps qu’elles n’auraient dû. Les vibrations s’enchaînaient, s’intensifiaient ce qui me faisait crier un peu plus fort à chaque fois et mes cris amplifiaient les effets du jouet. Quand le compte à rebours fut terminé et que le feu d’artifice débuta, je faillis périr. Jimmy eut la présence d’esprit de déconnecter le sex-toy et annonça fièrement à la caméra C’est comme ça qu’on souhaite un bon anniversaire à Princesse !

– La nouvelle année, coquin de Jimmy ! Pas mon anniversaire !

– Et tu vas avoir quel âge, cette année, Princesse ?

– On ne demande jamais son âge à une femme, coquin de Jimmy ! Jim, répète après moi : On ne demande jamais son âge à une dame !

– Jim sait déjà que tu auras soixante-neuf ans cette année ! Jim, mon ami, mon frère, répète après moi : soixante-neuf !

La nouvelle année avait déjà quelques heures et alors que nous tombions de sommeil, Jimmy me demanda de lui parler des carnets de maman. J’essayai de rassembler mes esprits pour être la plus concise possible, trop épuisée pour y parvenir, je lui répondis Si tu connais un spécialiste en déchiffrement, je crois qu’ils sont codés. Et je m’endormis.

J’avais apporté deux carnets, dans lesquels les preuves d’un code m’étaient apparues évidentes. Je les montrai à Jimmy dès mon réveil. J’adore le regarder quand il est tout sérieux et concentré. Étrangement, je le revois jeune homme. Pour ne pas l’influencer, nous décidâmes qu’il les lirait quand je ne serais pas avec lui. Je lui proposai d’attendre dans le salon tandis qu’il les découvrirait dans le bureau.

– Et pourquoi pas, moi dans le salon et toi dans la chambre ?

– Pour mettre ta machine à fantasmes en route ? Ça va pas la tête ?! Cette mission requiert tout ton sérieux, Jimmy !

Jimmy s’inclina. Quand il me rejoignit, son sourire répondit à mes interrogations.

– Princesse, je crois savoir d’où te vient ton goût pour les positions à deux chiffres ! Mais il y a d’autres bizarreries que je n’arrive pas à décrypter. Martial a hérité des carnets de citations de votre père, je me demande si…

C’est pour cette raison qu’à mon retour à Gif, je lui ai envoyé tous ceux en ma possession et qu’il a découvert des pans de leur vie intime.

Nous roulions vers Toronto quand Jimmy me demanda de lui en dire davantage sur les enquêtes de Murdoch, puisqu’il avait comblé son retard en matière de séries médicales.

– J’en avais pas tant que ça ! Je connaissais déjà Urgences !

– Et alors quoi ?! Je devrais te remettre la médaille du Mérite parce que tu as été plus loin que Daktari ?!

Néanmoins, je consentis à lui en dire un peu plus.

– La série se passe à Toronto, tout à la fin du 19ᵉ siècle et au début du 20ᵉ, Murdoch c’est Rahan détective.

– Rahan ?!

– Oui. Rahan. Comme lui, il a tout inventé, tout pressenti. Murdoch, tu lui donnes une lampe Pigeon, une bobine de fil de cuivre, un peu de vinaigre et de citron, un bon morceau de charbon et il t’invente le chromatographe couplé au spectromètre de masse, si tu vois ce que je veux dire. Comme Rahan inventait le télescope avec un bout de bambou et deux morceaux de cristal de roche…

– J’ai hâte de voir ça !

Je n’aurais jamais pensé que cette série l’amuserait autant, mais bon sang, ce que ses commentaires étaient pénibles ! La leçon que j’en ai tiré, c’est d’éviter de lui montrer des reconstitutions de la période dont il est spécialiste. Nous avons passé une dizaine de jours à Toronto et au retour de chaque promenade, le rituel sensuel débutait par quelques épisodes à regarder attentivement durant lesquels je le perturbais un tant soit peu. Apprenez, si vous ne le savez déjà, que Jimmy se déconcentre très facilement pour peu qu’on lui propose une levrette courtoise.

Nous avons bien évidemment découvert les quartiers chinois. Quand nous y mangions, je délaissais les fortune cookies, prétextant attendre un signe significatif du destin avant de lire son message. Un soir, alors que nous dînions et que je m’apprêtais à refuser ce petit biscuit, une pendeloque se détacha de la robe de la serveuse, tomba dans la tasse de thé qu’elle était en train de me servir et m’éclaboussa. La serveuse m’aurait malencontreusement tranché la gorge qu’elle n’aurait pas été plus affligée. Je lui répétais que ce n’était pas grave, que ma robe était à peine mouillée, pas même tachée, elle continuait à se confondre en excuses.

– Comment puis-je me faire pardonner ?

– En nous offrant ceci en souvenir et en proposant un fortune cookie à madame. C’est un signe assez significatif pour toi, Princesse ?

Jimmy amusé avait récupéré la pendeloque et la serveuse accepta le marché. Je levai les yeux au ciel en découvrant le message que m’avait réservé le destin. Your many hidden talents will become obvious to those around you .*

– Évidemment, ça ne veut rien dire… Arrête de sourire, Jimmy, tu m’agaces et ça me fait rire !

Je reconnais que quelques mois après, on peut lui trouver un sens. Sur le chemin du retour, Jimmy taquina mon incapacité à masquer mon dépit. Je lui souris en ouvrant la serviette de papier Au moins, j’ai ma breloque !

Arrivés dans notre suite, Jimmy voulut retenter l’expérience d’un épisode en VO parce que tu feras un peu moins ta maline. Quand j’avais ri de la rigueur avec laquelle il s’était pris au jeu de ces leçons, il m’avait rétorqué que la seule façon correcte de s’amuser était de le faire avec sérieux. Je n’avais jamais entendu cette série autrement qu’en français. Sans les images et à cause des agacements de Jimmy, j’étais incapable de suivre quoi que ce soit. Il choisit, parce que le titre l’inspirait, Republic of Murdoch*, dès les premières images, je le prévins que l’épisode était atypique et surprenant.

– Ce qui implique que nous le regardions de la même façon ?

La question de Jimmy n’en étant pas vraiment une, je me contentai de lui sourire.

– Préviens-moi à la moindre sensation désagréable, Princesse.

S’il est un adjectif qui ne qualifiait pas mes sensations, c’est bien désagréables. J’étais excitée par la perspective de cette double pénétration, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle aurait autant d’effet sur Jimmy. Ses mains semblaient folles de désir, elles caressaient mon corps comme si elles le découvraient. Sa bouche, quand elle n’embrassait pas ma peau, semblait ne connaître que ces mots C’est bon, oh, comme c’est bon !

Je fus emportée dans une vague de plaisir qui me fit perdre toute notion de temps, d’espace. La voix vibrante de Jimmy me parvint enfin. Que dis-tu, Princesse ? Je n’en avais aucune idée ! Tout ce que je savais, c’était ce désir fou de le sentir en moi, de sentir tout le poids de son corps sur le mien, mais j’avais oublié les mots. Je me libérai de l’étreinte de Jimmy, retirai le sex-toy, m’allongeai sur le dos.

– Fais-moi jouir plus fort.

Je guidai son sexe.

– Serais-je à la hauteur ?

– En douterais-tu ?

Quand je jouis, je le mordis si fort que je crus avoir atteint son humérus. Ses dents avaient déchiré mon épaule, mais comme à chaque fois, je ne ressentis aucune douleur.

Jimmy fut incapable de répondre à mon interrogation orale.

– Tu m’as déconcentré au-delà de ce qui est humainement raisonnable, mais je suis époustouflé de ta mémoire !

– C’est parce que c’est un de mes épisodes préférés.

– Alors, regardons-le ensemble, au calme.

Si j’avais cru que l’ardeur de cette partie de jambes en l’air avait fait perdre toute notion d’anglais à Jimmy, la réalité se serait chargée de me détromper. Il ne comprenait presque rien aux dialogues, nous décidâmes donc de visionner l’épisode en français. Une chance, le premier lien ne nous dirigea pas vers la version canadienne francophone, mais vers la version française.

Je me réjouissais de retrouver les voix dont j’avais l’habitude, tandis que Jimmy s’en plaignait. J’ai adoré le voir aussi surpris que Murdoch quand celui-ci découvrit la maison où avait grandi l’agent George Cabtree et j’ai souri quand il s’est émerveillé de la qualité de cette adaptation. Alors, monsieur rien ne vaut la VO, reconnais que la VF est parfois bien utile !

Le séjour se poursuivit entre découverte des lacs et leçons de rattrapage, je pensai avoir un an pour me remettre de ces émotions, mais c’était sans compter sur le destin.

*Vos nombreux talents cachés deviendront évidents pour ceux qui vous entourent.

*Le pirate de Terre-Neuve, pour la version française.

Odette&Jimmy – « Princesse et les pirates »

Pour le séjour suivant, ce ne fut pas le lieu, mais le voyage pour y parvenir qui importa. Après notre dîner sur le bateau-mouche et la nuit dans cet hôtel où nous avons nos habitudes, Jimmy m’embarqua pour une véritable croisière sur la Seine, de Paris jusqu’au Havre. À chaque étape, je cherchais l’indice qui me renseignerait sur notre destination, à chaque fois, il souriait puisqu’elles étaient sans rapport.

Il ne m’offrit pas même la possibilité de visiter Le Havre, nous devions embarquer au plus vite et naviguer sur l’océan. Jimmy m’avait prévenue Hélas, notre capitaine est un catho intégriste, il nous faudra attendre d’être là-bas pour pouvoir donner libre-cours à nos fantaisies érotiques.

Quelques heures plus tard, alors que nous allions rejoindre notre cabine, notre bateau fut accosté, abordé par une étonnante embarcation hors du temps et nous devînmes le butin de ces étranges pirates ! Linus faisait partie de l’équipe chargée de notre enlèvement, il aurait bien eu du mal à faire peur à quiconque ! Derrière lui, la bouille hilare de Gideon promettait une traversée des plus réjouissantes !

Le thème en serait donc Princesse et les pirates. Je sautai au cou de Jimmy, battant des mains comme une enfant. Gideon nous houspilla Hurry up ! et nous aida à rejoindre leur embarcation où sur le pont nous attendaient Socrates, dans une nouvelle tenue très gentleman des océans, mais surtout Red plus pétulante qu’à l’ordinaire. Avant même de me prendre dans ses bras, elle me houspilla.

– Mais si c’est pas malheureux de voir ça ! Petronilla, une femme de ton rang ne voyage pas dans une telle… tenue ! Allons fouiller dans nos malles pour voir si on n’en trouverait pas une correcte, adaptée à la situation !

Je l’aurais dévorée de baisers ! Elle me raconta sa chance extraordinaire d’avoir répondu à l’appel à dons pour les commémorations de la Première Guerre Mondiale en offrant quelques souvenirs de son grand-oncle qui prenaient la poussière au grenier. Une tombola était organisée parmi les donateurs et elle avait eu la chance incroyable de remporter le premier prix, une croisière de luxe aux Antilles britanniques, pour une seule personne, hélas ! Et c’est l’organisateur qui était venu en personne expliquer tout ça chez elle, en lui remettant son prix. Elle me désigna Socrates qui souriait d’un air innocent.

Avant d’aller revêtir une tenue décente, Gideon me prit à part et, tout en se préparant un bon thé, -enfin ce breuvage noir comme les ténèbres, amer comme la déception, que les Irlandais nomment thé !- m’expliqua qu’il était marin de profession dans le civil et qu’il nous mènerait tous à bon port.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je ne m’étais même pas posé la question ! Jamais Jimmy ne prendrait le risque que quelque chose se passe mal.

Dans la malle, je trouvai une nouvelle version de ma robe. Pour des raisons de sécurité évidentes, il n’est plus question de courant électrique d’aussi faible intensité soit-il. Au lieu du jupon à diode, j’avais un jupon aux lambeaux artistiques. Je félicitai Red pour ses talents de couturière.

– Ah non, ça c’est l’œuvre de notre Betsy ! Moi, tu me confies ce jupon à déchirer, je t’en fais une serpillière !

– Qui se ressemble, s’assemble !

– Quoi ?!

Tout comme toi, je suis incapable de déchirer quoi que ce soit de façon artistique !

– Et puis… regarde ce que je me suis offert pour la traversée… et pas à la maison, non ! Chez le coiffeur !

Toute fière, elle me désignait sa chevelure qu’elle avait fait teindre du même roux que sa perruque. Elle se réjouissait d’entrer dans son personnage avec un soupçon de véracité supplémentaire, ce qui aida Petronilla à faire son entrée en scène.

Elle me regardait arranger ma poitrine dans ce corset, la mise en place était précise, il fallait que mes seins soient soutenus, mais les mamelons à l’air.

– Je peux te demander un truc ?

– Bien sûr !

– Tu ne remarques rien de changé ?

– Tes seins, tu veux dire ? Oui, mais je ne vois pas quoi, en fait.

– Justement ! C’est ça ! J’ai l’impression qu’ils sont plus toniques, plus fiers, et j’ai rien fait de spécial, sauf que je me tiens mieux, plus droite, comme si je n’avais plus honte de ma poitrine… Je voulais savoir si ça se remarquait… et tu viens de me le dire !

– Alors, fais-la pigeonner davantage, ta poitrine ! Oui ! Comme ça ! Je veux que Gideon s’assomme avec sa bite quand il te verra !

– Et Linus aussi !

– Et Linus aussi !

– Et Socrates aussi !

– Et Socrates ?! Et Socrates aussi ! Et Jimmy ! Je veux que ces quatre-là se mettent à bander comme des cachalots en te voyant !

– On m’avait bien dit que l’aristocratie c’était pas ce qu’on croyait, mais j’étais loin de m’imaginer… Petronilla, vous devrez me dépraver, si je veux pouvoir vous suivre dans vos manigances !

Quand nous remontâmes sur le pont, Red produisit l’effet escompté sur les hommes de l’équipage. Ils avaient tous revêtu leur tenue, Jimmy avait retrouvé son pantalon à la braguette flatteuse, Gideon ressemblait à une sorte de capitaine Nemo bedonnant, Linus faisait penser au savant des expéditions, celui aux connaissances éclectiques, presque universelles. Mais pour éviter tout risque d’incident lié à l’usage de courant électrique, nous avons dû adapter nos assistants masturbateurs.

Les hommes rejoignirent chacun leur fauteuil, à la droite duquel se tenaient une version mécanique de leur masturbateur. Ils devaient être assis pour pouvoir l’actionner à l’aide d’une pédale comme celle des anciennes machines à coudre Singer. Je regardai Linus droit dans les yeux.

– C’est le moment de ta vie où tu bénis le Ciel pour toutes ces années de guitare, n’est-ce pas ?

L’éclat de rire de Linus me lacéra les tripes. Tout le monde s’en aperçut et je réalisai que ça ne m’ennuyait aucunement. Il inclina la tête, me fit un clin d’œil auquel je ne résistai pas. J’aimais la façon dont il chassa les mains trop curieuses de ses amis, tss… tss… tss ! J’étais assise sur ses genoux et sa main se faufilait entre les morceaux de tissu. Je pensais qu’il allait remonter directement vers mon pubis, mais il ne se lassait pas de caresser mes cuisses, la naissance de mes fesses, mes cuisses encore. C’que t’es sexy, Petronilla ! C’que t’es sexy ! Si tu savais comme j’ai rêvé de tes cuisses…

– De mes… cuisses ?! Raconte-moi !

Linus me demanda de me lever, de m’asseoir à sa place. Il posa un genou à terre, face à moi. Mit du désordre dans les lambeaux de mon jupon. Posa ses mains sur mes genoux. Les écarta en se délectant du spectacle. Ses mains remontèrent le long de mes cuisses. Il les écarta juste assez pour pouvoir caler son visage entre elles.

– Voilà le début de mon rêve…

Il remarqua l’effet que ces quelques mots avaient eu sur moi. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin. Je voulus lui tirer le crâne en arrière par les cheveux, mais déjà les siens étaient trop ras pour que je puisse le faire, mais surtout mon cerveau s’embrouilla. Au lieu d’éloigner son visage, je le plaquai de toutes mes forces contre mon sexe.

– Tu es un démon ! Mes amis, cet homme est un démon !

Linus ne se contentait plus d’imiter le son de la pédale wah-wah, il chantonnait les paroles en riant de ma réaction. J’étais sur le point de jouir quand il releva la tête, apostropha ses amis Si vous saviez comme elle a bon goût en pleine mer !

Gideon vint nous rejoindre, le bateau n’avançait plus, il était ballotté par de rares vagues. Une brève discussion s’engagea entre eux pour savoir s’ils partageraient cette sensation. J’ajoutai que puisqu’il s’agissait d’une espérience ès scientifique, il était nécessaire, voire obligatoire de la mener avec Red, dans les mêmes conditions, en même temps. Ma proposition fut accueillie avec un enthousiasme bruyant.

Red me fit le clin d’œil entendu le moins discret depuis l’invention du clin d’œil entendu !

Elle prit place à ma gauche, dans le fauteuil de Socrates qui l’aida à retirer sa jupe. Ses porte-jarretelles et ses bottes lui donnaient un air de maîtresse-femme, qui ne lui convenait pas vraiment. Elle en fit d’ailleurs la remarque, mais Linus affirma que c’était l’occasion idéale pour tester un nouveau personnage Rowena, reine des pirates. Red maugréa en rosissant d’aise. J’allais ôter mon jupon quand Linus m’enjoignit de ne rien en faire.

– Non ! Le tien est sexy ! Ah, si seulement Red acceptait d’en porter de semblables…

– Tu… tu aimerais ? Mais… t’as vu mes cuisses ?!

– Pas assez souvent à mon goût, si je peux me permettre.

Red était réellement surprise, bien plus que moi qui avais compris depuis belle lurette que Linus préférait les cuisses charnues de Red à celles longilignes de Betsy.

Prévoyante, Betsy m’avait confectionné plusieurs jupons. Nos tailles étant similaires, Red se proposa d’en enfiler un. Linus fut catégorique. Non. Ce soir, tu es Rowena, reine des pirates ! En écho, ses compères approuvèrent Rowena, reine des pirates ! À voix basse, Red me demanda Elle fait comment, Rowena, reine des pirates ? Elle dit quoi ?

– Comme d’habitude, mais Rowena, reine des pirates, on l’écoute !

Red éclata de rire et topa là. Socrates, un genou à terre, ôta la culotte de Red, qui me fit le clin d’œil le plus appuyé depuis la création des clins d’yeux appuyés ! Elle avait poussé le détail jusqu’à teindre sa toison pubienne. Socrates, baba d’admiration, s’extasia Oh, Red… c’est merveilleux !

– Rowena, appelle-moi Rowena !

Clin d’œil méga appuyé.

J’étais morte de rire et Linus, qui avait repris place entre mes cuisses, riait aussi. C’était divin ! Je n’avais même pas remarqué ce léger crachin, comme on dit par chez moi. Je sentis la bouche de Gideon sur mon sein.

Jimmy prit la place de Linus. Gideon s’installa entre les cuisses de Rowena tandis que Socrates s’offrait à ses baisers. Je me laissais emporter par les caresses de la langue experte de Jimmy quand, sans m’en rendre compte, je posai le pied sur la pédale de machine à coudre et actionnai l’assistant de Linus.

Linus qui s’empressa d’y voir un signe et une fois son sexe emprisonné dans ce gant de cuir, me demanda de le branler ainsi. La mise au point fut très rapide. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin.

Pour le taquiner, j’exagérais l’effet que je chantais en même temps. Il me traita de démone. Je lui en sus gré, parce qu’à cet instant précis, c’était le plus beau compliments qu’il pouvait me faire.

Je ne savais plus à quel plaisir succomber. La langue, les mains de Jimmy me faisaient onduler, je les voulais plus intimes encore. Je plaquais son visage contre mon sexe et resserrai les cuisses. Il gémit de plaisir. À ma droite, Linus se laissait masturber par son assistant que j’actionnais au rythme de mon plaisir, de mes envies. Linus caressait mes seins, sa main plongeait parfois jusqu’à mon pubis. Jimmy écartait alors sa tête, Linus me caressait, me pénétrait de ses doigts qu’il suçait avant de m’embrasser à pleine bouche.

J’aimais vraiment le goût de ses baisers. Je le retins quand il voulut se redresser. Kiss me ! Kiss me ! Sa main se crispa sur mon sein et je sentis la chaleur de son sperme éclabousser mon poignet. Je décalai mon pied de la pédale le temps que Linus sorte de l’engin. L’étreinte de mes cuisses se desserra autour de Jimmy, qui écarta mes lèvres de ses doigts, donnant à voir mon clitoris bandé à qui voudrait l’admirer. Un coup de langue légère. Une goutte de pluie ou de salive. Les dents de Jimmy contre ma cuisse. Je jouis dans un cri de force douze sur une échelle allant de zéro à dix.

– Approchez, Cyrus Sawyer, que je vous suce un peu !

Je croisai le regard ébahi de Red qui n’en revenait pas que Rowena ait ordonné ceci avec autant d’aisance. Et d’efficacité ! Notre scénario s’élaborait par petites touches.

Rowena, reine des pirates, avait Cyrus Sawyer pour prince consort, Gid pour marin et amant attitré, le seul auquel elle acceptait parfois de se soumettre et Linus, son âme damnée, pour musicien de cour.

Princess Hope et Sir Osborne étions leurs otages, mais rapidement, il apparut que ce rapt n’en était pas vraiment un, que j’avais tout fomenté avec ma complice afin de mettre à l’épreuve les nerfs et la sensualité de Sir Osborne, qui voulait obtenir ma main.

Nous avons longuement évoqué le rôle de Jimmy durant cette traversée. Je craignais que personne ne me comprenne si j’expliquais que si entendre Jimmy prendre du plaisir avec une autre et lui en offrir ne me posait aucun problème, le voir était une toute autre affaire, que je n’étais pas sûre de le supporter. En fait, tous me comprirent et c’est ainsi qu’il fut convenu de me bander les yeux à certaines occasions ou que Sir Osborne soit invité à boire le thé dans la cabine de Rowena, reine des pirates.

Cyrus en profitait pour tenter de me soudoyer Renoncez à Sir Osborne, madame, et acceptez de devenir mon épouse.

– Et pour quelle raison accepterais-je votre proposition, jeune homme ?

– Regardez le trésor que je vous offre ! Regardez-le, oui, madame, observez-le de plus près ! Notez-vous tous ses reliefs ? Voyez-vous comme il appelle vos caresses ? Oh ! Le voici tout ému… Voulez-vous le… consoler ? Outch ! Vous le consolez… outch ! si bien !

Je me montrais, ou plutôt Princess Hope se montrait odieuse et méprisante envers les hommes d’équipage qu’elle confondait tout le temps et appelait indistinctement Machin. Il arrivait que ses remarques acerbes les fassent sortir de leurs gonds. Spécialement quand ces remarques portaient sur la cuisine.

– Si elle ne se tait pas…

– Si je ne me tais pas ? Hey, Machin, que m’arrivera-t-il si je ne me tais pas ?

– Si ne vous cessez pas vos remarques, je ne répondrai plus de rien ! Je vous mettrai face à la mer, le visage fouetté par les vents et les embruns, j’arracherai votre robe… que vous avez déjà ôtée… et je vous ferai jouir devant votre futur, Sir Osborne.

– Et donc ce truc… cette… que vous avez servie au dîner porte un nom ou même vous… estimez que ça n’en vaut pas la peine ?

Le couple Batchelor nous attendait sur l’île de Tortola que nous rejoignîmes après une traversée de quelques jours. Ils nous avaient réservés d’autres rôles, d’autres aventures, même s’il nous est arrivé de rejouer la suite de Princesse et les pirates.

En débarquant, alors que j’ajustais ma sandale sur le ponton, mon regard fut attiré par un reflet lumineux. En me penchant, je vis cette petite breloque, probablement un pendentif échappé de la chaîne en or d’une gamine. Je la mis dans la paume de ma main pour la montrer à Jimmy, qui me sourit et affirma, péremptoire et laconique C’est un signe, ou je ne m’y connais pas !

Odette&Jimmy – « Ceux qui perdent leur capacité à rêver sont perdus »

J’étais allongée à même le sol que j’avais senti fraîchir au fil des heures. J’avais bien tenté de me plaindre de la « torture » que m’imposait Jim. Ne pas bouger, rester stoïque sous les caresses du pinceau ou de ses doigts enduits de peinture. Il vantait les avantages de sa méconnaissance de la culture aborigène tout en me parant de couleurs vives.

Jim n’a aucun souvenir de ses parents, de sa famille, il ne sait même pas d’où il vient. Enfant, il a été arraché aux siens pour être confié à une institution qui l’a dépossédé de sa mémoire, de son identité. Il ignore même comment ses parents l’avaient nommé. Jim O’Malley est le nom qu’on lui a imposé. Il a longtemps méprisé les « abos » sans réaliser qu’il en était un aussi.

Tout jeune adulte, alors que ses origines lui étaient crachées au visage comme la pire des insultes, il a voulu retrouver sa culture. Malheureusement, il n’y a pas trouvé la sérénité, l’apaisement qu’il escomptait. S’en sont suivies des années d’errance, de drogue et d’alcoolisme, une déchéance qui l’a mené à une quasi clochardisation. Le hasard d’une loterie lui a permis d’acquérir ce petit bateau dans lequel nous l’avons trouvé quelques années plus tard.

Quand il a connu l’histoire de Jimmy, il a eu l’impression de s’être trouvé un frère, un frère qui avait réussi à surmonter tout ça, à grandir sans racines, un frère qui lui a donné de l’espoir et surtout la force de se regarder avec respect.

Jimmy le remerciait de lui permettre d’entrer dans ma tête de bois que je suis une femme superbe, que ce n’est pas la nostalgie de l’adolescente que je fus qui me rend si désirable à ses yeux, mais bien la femme que je suis devenue. Et je l’avoue sans honte, être à leurs côtés, être l’objet de leur désir m’a toujours fait un bien fou. J’aime leur reprocher leur fraternité, nous avons même fini par ne plus en rire, par l’accepter comme une évidence. Comme notre évidence.

– Quest-ce qui te fait sourire, Princesse ?

– Ma bêtise, ma candeur, mon manque de jugeote, ma connerie… appelle ça comme tu veux, mais quand je pense que même dans l’avion, je n’ai pas songé que Jim serait avec nous… Je voulais attendre quelques jours avant de te demander s’il nous serait possible de le revoir ! Et quand je l’ai vu à l’aéroport… « Jimmy O’Malley & Princess »… Un tel niveau de bêtise, je devrais payer patente ! Tu sais à quel point je t’aime, mais ce que je ressens aux côtés de Jim… c’est unique ! Il se pavane à mon bras, comme si j’étais une reine ! « Regardez qui est à mes côtés, m’sieurs, dames ! »

– Bien sûr que je me pavane ! Parce que tu es une reine, Princess !

La peinture avait séché depuis longtemps quand Jim fut satisfait de la lumière. Il nous avait fait attendre tout en refusant de nous en donner la raison. Quand la lumière fut à son goût, il me demanda de revêtir un peignoir et d’avancer jusqu’au feu de camp, où j’écarterai mes bras et danserai en suivant les ondulations des flammes. Pendant ce temps, il serait assis contre cet arbre, aux côtés de Jimmy et tous deux profiteraient du spectacle et pour finir, le plus rapide à la course, remportera une nuit d’amour avec toi, Princess !

– Je ne saurais que trop te conseiller de te méfier et de ne pas sous-estimer ma vigueur quand l’enjeu est de taille !

Quand j’écartai les pans du peignoir, un Ooh ! admiratif s’échappa de la bouche de Jim. Je lui demandai de dire à voix haute tout ce qui lui passerait pas la tête. Je demandai à Jimmy d’en faire autant. Il leur fallut peu de temps avant de réaliser que j’ondulais plus au rythme de leurs mots, de leurs exclamations qu’au rythme des flammes.

J’avançais vers eux en chaloupant, en faisant danser mes doigts sur les peintures qui magnifiaient mon corps. J’entendais la gorge de Jim se nouer quand je m’approchais trop près de lui. Je le taquinais en faisant semblant de m’excuser de susciter tant de trouble en lui et me dirigeais alors vers Jimmy, dont le sourire carnassier m’électrisait.

Après l’avoir bien excité tout en demeurant inaccessible, je m’approchai de Jim pour me blottir dans ses bras et me faire féline sous ses caresses.

Je me délectais du goût de son membre. Je cherchais à en mémoriser le moindre relief par de savants baisers. La nuit, même étoilée, m’interdisait d’en apprécier la vue.

Jim se maudit d’avoir oublié ses capotes dans le bungalow que nous louions. Il demanda à Jimmy s’il pouvait aller les lui chercher, parce qu’il lui était impossible d’interrompre ce moment de grâce.

Jimmy, jésuite à ses heures, demanda à son comparse si par le plus grand des hasards, il n’aurait pas vu la Vierge. Jim ne connaissait pas l’expression, mais en comprit la signification, sans qu’on ait besoin de la lui expliquer. Il lui fallut encore de longues minutes avant de se résoudre à se lever.

Jimmy m’ouvrit les bras. Et ça pensait me battre à la course pour te conquérir ?! Comme c’est amusant ! J’étais à genoux devant lui, les flammes derrière moi projetaient des ombres féeriques. Un éclair de désir me transperça. Je suçais Jimmy quand me revint en mémoire ma première pipe, sur ce sofa de cet hôtel particulier. Mon plaisir était resté intact. Je fermais les yeux pour visualiser la scène et me transporter à Paris fin mai 1967. Existe-t-il quelque chose de meilleur ? À peine cette pensée m’était venue à l’esprit que je sentis un gland à l’entrée de mon vagin.

– Guess who ?

– I don’t care !

Je n’avais même pas pris la peine de libérer ma bouche pour proférer cette réplique. Les yeux fermés, je me laissais aller aux va-et-vient de Jim qui se traitait de chanceux, qui me demandait si j’aimais sentir sa grosse queue noire dans ma chatte, s’il aura un jour la chance, le bonheur de me baiser le cul et de me faire hurler comme le fait Jimmy. Il me demanda si j’aurais un jour envie de sa grosse queue noire dans mon cul, mon cul qui le faisait tant bander. Il me demanda aussi si je sentais comme il bandait plus dur quand il s’imaginait me baiser le cul.

Il appuya son pouce contre mon anus, je me cambrais tout en avalant presque entièrement la verge de Jimmy. Oh Princess, je veux te faire jouir de partout, de la chatte, du cul, du clitoris, des seins, de la bouche, de tes mains… Je veux… Je veux… Jim se retira brusquement arracha sa capote et jouit sur mes reins. J’en pouvais plus, Princess…j’en pouvais plus… mille trente jours… deux ans neuf mois et vingt-quatre jours que j’attendais ce moment ! Mille trente jours sans te voir, sans t’entendre, sans te sentir, sans te toucher, sans t’embrasser… et tu t’offres à moi, comme si je le méritais !

– Parce que tu le mérites, Jim ! Tu es un merveilleux amant, un merveilleux ami !

Jimmy s’allongea sur le matelas posé à même le sol, je m’empalai sur lui avant de m’allonger sur son corps, son sexe fiché au fond du mien. Délicatement, Jim me prit dans ses bras et nous fit pivoter de telle façon que je me retrouvais étendue entre eux deux. Le sexe de Jim ne bandait pas encore. J’ondulais sur Jimmy, le faisant coulisser en moi. Jim dans mon dos, embrassait mon épaule, caressait mes seins. Par moments, j’avais l’impression que nous sombrions dans le sommeil, mais un geste, une caresse, une ondulation de l’un ou de l’autre nous sortait de cette torpeur et nous faisait danser cette chorégraphie sensuelle.

Ce que j’appréciais le plus, dans notre isolement total, c’est que nous pouvions crier tout à notre aise et même si nous avons dû nous contenter de conserves et d’épicerie sèche pendant une grande majorité du temps, cette chance de pouvoir crier à pleins poumons n’avait pas de prix. J’aimais entendre les cris enthousiastes et crescendos de Jim fuck ! fuck ! FUCK ! FUCK ! Mais ils ne retentirent pas durant cette première nuit hors du bungalow.

Cette nuit-là, le cri qui la déchira fut le mien. Quand Jimmy venait de jouir en moi et qu’avec Jim, il me fit jouir, sa bouche tétant mon sein, ses doigts guidant les caresses de Jim sur mon clitoris. Oh Jim… ô Jimmy, you make me… mes mots furent broyés par mon cri.

Si la vie était un bon metteur en scène, à cet instant, on aurait dû voir l’envol d’une nuée d’oiseaux exotiques réveillés en sursaut pas mon rugissement, seulement, la vie n’a pas autant d’imagination que je pourrais le souhaiter… si ça se trouve, je n’ai mème pas troublé le sommeil d’une colonie de fourmis !

Quand je me réveillais, le lendemain, Jim s’était éloigné pour veiller sur le feu. Il me reluquait en se branlant, heureux. Tout simplement heureux. Il vit que je l’observais. Il me fit signe d’approcher et pour la première fois, j’accomplissais ce qui allait devenir notre rituel matinal pour la durée de ce séjour.

Assis par terre, adossé à une pierre ou à la souche d’un arbre, Jim se branle d’une main alors que ma tête repose sur ses cuisses et que de son autre main, il me caresse sans retenue. Il se penche parfois vers moi et nous nous embrassons. Give me a french kiss, Princess ! Je me livre à ses caresses sans pudeur à l’unique condition qu’il me laisse observer les mouvements de sa main sur son membre, qu’il me permette de le caresser aussi. Quand Jimmy nous rejoint, nous sommes souvent au beau milieu d’un 69. Jimmy adore nous regarder jouir ainsi et nous adorons attendre son regard pour jouir enfin.

Dès ce premier matin, je pris la décision de rester nue pour toute la durée du séjour. Je me trouvais si belle, le corps recouvert de peintures. Je demandai à Jim ce qu’il en pensait et s’il serait d’accord que je peigne son corps. Et pour éviter de tacher ta grosse queue noire, je la protégerai comme ça ! Je l’avalai à demi, d’un coup. Sa main se crispa sur ma nuque Oh, Princess ! D’un mouvement dont l’agilité me surprend encore, je fourrai son membre entre mes seins Ou alors, comme ça !

Pour toute réponse, il me fit jouir avec sa bouche. Un cri sourd gronda en moi, mais refusa de sortir, se muant en une vibration basse, grave. Vibration qui agitait mes tripes. Jim la ressentit. Il s’enfonça vigoureusement dans ma bouche et jouit en grognant à son tour.

Jimmy nous souriait. Je lui fis part de mon idée.

– Ça ne me changerait guère de ma vie quotidienne, tu connais mon goût pour la nudité, Princesse !

– Mais comme celui de Jim et le mien, ton corps devra être peint !

– Et comment protégeras-tu ma verge ? Avec ta bouche ? Avec tes seins ?

Rien que de penser à son regard sur moi à cet instant précis, des frissons d’excitation parcourent mon corps. La définition même de la lubricité.

– Mais aussi en le cachant ici !

Je m’accroupis et dans un geste presque obscène, fis entrer deux doigts dans mon vagin. Ou là ! Je me retournai, me penchai en avant et lui désignai mon cul.

– T’aurais dû faire négociatrice pour le FBI, Princesse, parce que tes arguments sont pour le moins… gloups… convaincants ! C’est OK pour moi, pour les peintures, et pour toi, Jim ?

Jim fit semblant d’avoir besoin de réfléchir à la question.

À peine notre petit-déjeuner englouti, nous décidâmes de passer à l’activité peintures corporelles.

– Tu te charges des jambes de Jim, mais pas plus haut que les hanches, je peindrai le haut de son corps.

– Et pourquoi donc ?! Je veux peindre Jim des pieds à la tête !

– Discute pas ! Tu comprendras !

Je peignis les jambes de Jim, les recouvrant de points blancs et de lignes chamarrées. Le temps que la peinture sèche, j’avais tenté de faire fléchir Jim afin qu’il obtienne de Jimmy que je le peigne intégralement. J’avais compté sur mon charme pour parvenir à mes fins, mais Jim montra inflexible et loyal envers son ami.

– Maintenant que la peinture est bien sèche, recouvre tes yeux de ce foulard, Princesse et mets-toi à califourchon sur Jim… hé ouais… va falloir que tu t’empales un peu sur lui… ou alors, tu lui écrabouilles son service trois-pièces… c’est toi qui vois, Princesse… C’est pour que les peintures de son ventre soient dans la continuité de celles de ton dos… C’est de l’art, tu comprends ? Ça te dit quelque chose, le mot « art » ou y a que le sexe qui t’intéresse dans la vie ?

À Jim qui n’avait pas compris cette tirade, Jimmy se contenta d’un laconique Nous confrontions notre point de vue sur l’art.

Je me bandai les yeux et à l’aveugle tentait de prendre place au-dessus de Jim qui d’une main sur ma hanche me guidait précautionneusement. Comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, il posa sa main sur mon pubis. Le bout de ses doigts effleura la naissance de mes lèvres. Oh my God !

Je m’empalai délicatement sur sa grosse queue noire bien dure, comme il aime la nommer dans l’intimité. Jim me guidait d’une main tandis que de l’autre, il plaçait son gland à l’entrée de mon vagin. Je glissais lentement sur son membre, en le guidant d’une pression ferme sur le latex qui le protégeait. Quand je fus pleine de son sexe, Jimmy me demanda de m’enfoncer un peu plus.

– Mais je ne peux pas plus, je t’assure !

– Et voilà ! Dès qu’il est question d’art… Et voilà ! La Princesse ne veut pas consentir à un tout petit effort de rien du tout… Et voilà ! Tout mon beau projet… outragé… tout mon beau projet brisé… tout mon beau projet martyrisé…

– Mais ton beau projet libéré ! Libéré par lui-même, libéré par mon corps avec le concours de tes pinceaux, avec l’appui et le concours de la grosse queue de Jim c’est-à-dire de celle qui vibre en moi. C’est-à-dire de la seule queue, de la vraie queue, de la queue éternelle !

– Moque-toi, capoune ! Tiens, v’là pour tes miches !

Jimmy ne comprenait pas nos mots, mais il riait de bon cœur avec nous. Ses mains sur mes hanches, d’une délicate pression, m’invitèrent à me pencher en avant. Et si on essayait comme ça ? Oh ! Regarde Jimmy ! Oh, mais c’est à moi qu’elle se donne comme ça !

Jim suffoquait littéralement d’émerveillement. Je coulissais autour de son membre, ondulant de la croupe pour le sentir plus profondément en moi. Il bégayait son plaisir.

– Bon, maintenant arrête de gigoter, sinon… les peintures ne seront pas raccords !

Je tentais bien de ne pas bouger, mais Jimmy, du bout de son pinceau, taquinait mon épine dorsale.

– Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans l’expression « Pas bouger », Princesse ?

– C’est pas ma faute si t’as la vue qui tremble, je suis parfaitement immobile ! Pas vrai, Jim ?

La voix de Jim semblait sortie des entrailles de la Terre.

– Jim ne peut pas te répondre, car l’esprit de Jim nage dans un océan de plaisir, Princess !

Je ne bougeais plus, n’ayant que les contractions de mon vagin pour assouvir mon désir. Régulièrement, Jim ahanait Oh ! Oh ! Je sentis soudain la pression d’un gland contre mes lèvres, la caresse-starter sur mon occiput. La voix grave, à la fois douce et puissante de Jimmy.

– Tu peux bouger ton magnifique corps, Princesse ! Ho, mais gourmande, tu me suces comme si tu aimais ça ! Toi aussi elle te suce divinement quand je la fourre ?

– Tu veux bien bouger sur moi, Princess ? Oh, mon Dieu, comme tes cuisses sont musclées et… Ooh ! Tu sens Jimmy ? Tu sens qu’elle est en train de jouir ?

Jimmy ne répondit pas, tout à son propre plaisir. Son sperme inondait ma bouche. J’aurais pu m’évanouir de bonheur quand de la pulpe de son pouce, il a caressé la commissure de mes lèvres, quand sa main s’est déployée sur ma joue et que ses doigts ont effleuré mon oreille.

J’avais la sensation que le monde tournait autour de nous, parfaitement immobiles, figés, unis dans ce moment de parfaite communion. Comme un négatif à effet stroboscopique, l’image inverse s’imposait à moi. Le temps s’est arrêté, l’Univers retient sa respiration, seuls nos trois corps ondulent lentement, à leur propre rythme.

Par une brûlante journée de janvier, nous décidâmes de nous réfugier dans une grotte profonde. Jim ouvrait la marche, je le suivais précédant Jimmy. Nous progressions lentement dans l’obscurité, suivant les pas de Jim qui demandait régulièrement l’aide de ses ancêtres. Pour être parfaitement honnête, nous faisions semblant de croire qu’il plaisantait, mais nous savions que ce n’était pas tout à fait le cas. Nous marchâmes assez longtemps avant que la température ambiante ne devienne agréable. À l’aide de son briquet, Jim tentait de voir à quoi ressemblait cette cavité.

Il devait y avoir de micro-fissures dans les parois épaisses, parce qu’il nous semblait que de la poussière de lumière éclairait ces ténèbres. Je fis remarquer à Jim et à Jimmy que les points blancs qui ornaient nos corps semblaient fluorescents. J’ondulai de mon bras pour savoir s’ils verraient le mouvement.

– Princesse, dans le noir ton pubis étincelle comme une promesse !

J’avais beau me pencher, je ne le distinguais pas, mais la caresse de Jimmy était si assurée que je n’eus aucun doute à ce propos. Jim se plaignit de nous entendre parler français. Je lui reprochai de ne pas prendre la peine d’étudier notre langue.

– J’ai du mal avec les études, Princess, désolé !

– Et tu oses dire ça devant ton frère qui a passé sa vie à enseigner ?! Il te le dira tout est question de mo-ti-va-tion !

Je devinai le sourire charmé de Jimmy rien qu’à sa façon de respirer. Approche que je te donne ta première leçon ! Jim alluma son briquet qui s’éteignit aussitôt. Guide-toi à la lumière de la promesse de mon pubis ! Jim avança à tâtons, quand ses mains frôlèrent mes hanches, je voulus lui apprendre ses premiers mots. À genoux !

Mais il les connaissait déjà. Dans vos petits films tu es souvent à genoux * quand Jimmy te l’ordonne

– Tes élèves étaient aussi insolents ?

– Mes élèves maîtrisaient bien l’usage de la langue, ça aide…

Jimmy expliqua à Jim les deux sens du mot langue et comment on aimait en jouer. De la langue (tonge) ou de la langue (language) ?demanda Jim de plus en plus insolent. Je sentais les soubresauts de ses épaules secouées par un éclat de rire. Soudain, se rappelant où il était et avec qui il était, il effleura les poils de mon pubis de la pulpe de ses pouces. Ooh ! Comment dit-on « Bouffer le cul. Je veux te bouffer le cul », Princess ?

– Feuille de rose. Laisse-moi t’offrir une feuille de rose.

– Tu fais dans la délicatesse, Princesse !

– Mais c’est qu’on a une réputation à entretenir, mon bonhomme ! Ne l’oublie pas, nous sommes les ambassadeurs de la Francophonie et de la French Romantic Way of Life !

Jimmy expliqua que j’avais employé une expression poétique à laquelle il ne s’attendait pas, avant de lui faire répéter alternativement bouffer le cul et feuille de rose. Autant la première ne lui avait posé aucun problème, autant il ne parvenait pas à prononcer la mienne.

– Tu vois, je n’y arrive pas « fouille di roz’ » je n’y arrive pas !

– Tout est question de motivation !

Je lui tournai le dos, m’agenouillai, offris mon derrière à sa bouche.

– Feuille de rose

– Fouille di roz’

Je m’éloignai de sa bouche.

– Essaie encore ! Feuille de rose

Il ne lui fallut pas très longtemps avant de prononcer ces mots d’une manière que je trouvais acceptable. Purée, ses ancêtres lui ont offert tout leur art en la matière ! Tandis que cette pensée traversait mon esprit, Jim expliqua à Jimmy qui ne voyait rien Son cul est un délice ! Je pourrais passer des heures à le bouffer ! Son cul est fait pour ma bouche et pour ma langue. S’il te plaît, Princess, écarte tes fesses pour moi, je vais avoir besoin de mes mains.

J’entendais le souffle court et la respiration saccadée de Jimmy, je savais pertinemment ce qu’il était en train de faire et exactement comment il était en train de le faire.

La langue de Jim se faisait tantôt souple et humide, tantôt râpeuse, mais à chaque fois, elle me léchait idéalement. Je sentais son bras contre ma cuisse, j’imaginais sa main serrée autour de son membre qui m’excitait tant. Et sa langue… et sa voix quand il me demanda Tu n’as pas changé d’avis ? Ton cul c’est toujours que pour Jimmy ?

– Je n’ai pas changé d’avis. Mon cul n’est que pour Jimmy !

– Lucky Jimmy… Mais si tu changes d’avis, tu me le diras ?

– Je n’y manquerai pas !

– Laisse-moi t’offrir une « feuydiroz »

Je tendis mes fesses vers lui, sa langue suave, son souffle sur ma peau, son gland heurtant ma jambe… le temps de me laisser aller à cette douceur, il se ravisa.

– Ou plutôt te bouffer le cul, Princess !

À cet instant précis, il m’aurait reposé la question, je lui répondais qu’il pouvait faire tout ce qu’il voulait avec sa queue et mon cul, tant qu’il le faisait aussi bien que ce qu’il était en train de me faire avec sa bouche.

Je criais comme une chienne obscène, impressionnée que ces cris m’excitent autant. Jim jouit sur mes seins, mon cri résonnait toujours contre les parois de la grotte.

Ayant perdu tous nos repères, nous nous endormîmes sans savoir à quel moment de la journée nous étions, ni à quel moment nous nous sommes réveillés. Jim, prudent, avait prévu de quoi manger puisqu’il savait que l’eau ne serait pas un problème dans cette grotte. Cela fait partie des rares savoirs dont il a hérité de ses ancêtres, la capacité à lire les grottes, les cavités et autres abris naturels.

En voulant attraper un paquet de gâteaux sec dans le sac de Jim, j’entendis le son mat d’un petit objet tombant à terre, avant de l’oublier, parce qu’on n’y voyait toujours rien, je le cherchai du bout des doigts, le trouvai, souris et décidai qu’il était grand temps pour moi de croire aux signes du destin.

Je renonçai aux gâteaux, déchirai l’emballage de la capote, titillai le sexe de Jim dont ma main avait trouvé le chemin. Quand j’estimai qu’il bandait assez, je déroulai lentement la capote. Sa main sur la mienne, sa voix enrouée de sommeil Oh Princess ! Oh my God ! Oh what a sweet awakening !

– Suce mes seins

La bouche de Jim les trouva sans problème. J’étais dans le noir, je ne distinguais rien, pourtant je fermai les yeux quand il me pénétra en psalmodiant Je rêve ! Je rêve ! Quel doux rêve ! Ses mains couraient sur ma peau. J’entendis le pas prudent de Jimmy. Ses mains sur mes seins. Sa bouche sur ma nuque. Sa voix sifflante d’excitation.

– Ça te plairait que je te morde un peu ?

– Mais avant, je pourrais te demander une sodomie polie ?

– Une sodomie polie ?!

– Oui, une sodomie sans avoir à déloger Jim qui est si bien en moi…

Jimmy éclata de rire en vantant à Jim l’art poétique avec lequel je lui avais soumis ma proposition. Jim répétait en s’appliquant vraiment. Sodomie polie.

– Je ne disais pas que des conneries quand je parlais de motivation. Écoute comme il le prononce bien !

– Sodomie polie. Sodomie polie !

– À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

– Oh, écoutez le vieux prof vexé que je lui donne une bonne leçon de pédagogie !

Jimmy ne répondit pas. Je m’étais cambrée, de ses caresses habiles, il détendait mon anus, l’assouplissait. Si Jim s’était montré prévoyant quant à la nourriture, il n’avait absolument pas pensé au lubrifiant. Je m’étonnai de l’aisance avec laquelle Jimmy avait trouvé le chemin.

– À ton avis, pourquoi insistais-je donc tant pour te peindre tous ces points blancs le long de la colonne vertébrale, Princesse ?

– C’était donc de l’Art avec un peu de vice dedans, si je comprends bien. Du vice l’art, en quelque sorte… Outch ! C’que c’est bon ! C’est bon aussi pour vous ?

Jim ne bougeait pas. Jimmy me pénétrait lentement, artistiquement. Quand il fut assez enfoncé en moi, il me caressa les seins.

– À toi de jouer, Princesse ! À toi de jouer ! Je parie que tu as fermé les yeux !

– Gagné ! Dites-moi si ça vous convient à tous deux si je bouge comme ça

– Oh my God !

– Est-ce que tu sens comme mon cul est heureux quand Jimmy est dedans ?

– Ooh… !

– Tu sens les va-et-vient de sa queue dans mon cul ?

– Ooh… !

– Tu imagines le jour où ce sera ta grosse queue noire qui fera jouir mon cul ?

– Ooh… ooh… oh my God !

Je l’embrassai à pleine bouche avant de me redresser et d’appeler les baisers de Jimmy. Je sentis les dents de Jim caresser mes mamelons avant de me téter comme il sait si bien le faire. Je jouis la première. Les dents de Jimmy déchirèrent ma peau. Comme à chaque fois, nous échangeâmes aussitôt un baiser au goût merveilleusement métallique. Ô ma Princesse, ô ma Princesse !

Jimmy hors de mes fesses, Jim prit les commandes. J’aimais la façon dont il me faisait rebondir sous ses coups de bassin. J’ai aimé quand nous avons roulé sur le sol, qu’il s’est retrouvé au-dessus de moi, est sorti de mon corps et a demandé à Jimmy comment on appelait le doggy style en français. La levrette. La levrette à Dédette !

Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés dans cette grotte, tout ce dont je me souviens, c’est qu’il faisait nuit noire quand nous en sortîmes, que l’air était encore tiède et que nos peintures tenaient plus du barbouillage que de l’œuvre d’art.

Nous étions loin de tout, mais à moins de trois cents kilomètres se trouvait un aérodrome où un petit avion faisait des navettes avec la ville la plus proche. En allant nous y ravitailler, nous vîmes ce petit bijou. C’est quand nous redevenons volcans au creux de la Terre ! J’embrassai Jim pour le remercier de cette jolie formule qui nous définissait si bien.

*En français dans le texte.