Le 4 janvier 2019
Mon petit Lucas,
Comme tu
me l’as
demandé avant de repartir vers ta vie estudiantine et
strasbourgeoise, je vais apporter ici quelques précisions. Quand tu
me les as demandées, tu souriais en coin, un brin ironique et
tellement tendre… Bien sûr Monique est plus cash quand elle
raconte ses souvenirs, mais Manon n’est
pas sa petite-fille, c’est
la petite-fille de sa sœur !
Je
compte sur le fait que je te posterai cette lettre et que je n’aurai
donc pas
à croiser ton regard dès ta lecture achevée,
pour me donner le courage nécessaire et me confier réellement,
sans honte.
J’aimais
bien faire l’amour
avec le père de Julien, qui fut le premier garçon à me caresser, à
coucher avec moi. J’avais
déjà embrassé deux autres garçons lors de surpat’ mais ça
n’avait
pas été plus loin, pas même un “pelotage
de nichons”,
juste une ou deux pelles pendant et après un slow. Avec le père de
Julien, j’ai
eu l’impression
d’être
une femme. Il était aussi puceau que moi, mais je lui faisais
confiance,
persuadée qu’un
garçon sait forcément “ces
choses-là”…
Quand
je repense à cette période, je réalise que ce qui m’excitait
le plus avec le père de Julien, c’était
son désir, de savoir que je l’excitais.
Et puis, je suis tombée enceinte de Julien,
mon corps déformé ne l’excitait
pas. Mon désir s’est
éteint avec le sien.
Après
mai 68, il y avait beaucoup de groupuscules de femmes, pas forcément
des militantes féministes, mais des mouvements d’entraide
spontanés et évidemment des féministes, des militantes du
Planning Familial qui pouvaient t’aider
à avorter dans des conditions sanitaires acceptables, qui pouvaient
te donner des moyens anticonceptionnels.
C’est
en allant prendre des informations sur la contraception, que
j’assistai
à une réunion où les femmes parlaient de leur corps comme je
n’aurais
jamais imaginé qu’on
puisse le faire, elles parlaient du plaisir et de la manière de
l’atteindre
sans aucune honte. J’étais
sidérée !
Je
ne pris pas la parole et rentrai chez moi, bien décidée à
fuir ces espèces de folles. Julien était chez mes parents, j’avais
du temps devant moi, je décidai d’en
profiter pour lire au calme le petit fascicule qui expliquait comment
éviter une grossesse non désirée. Il y avait un schéma de
l’appareil
génital féminin. Je localisai le clitoris. Même si ça peut
paraître étrange, jusqu’à
ce jour, j’ignorais
son nom et même son existence.
C’était
donc en caressant habilement ce truc que ces femmes jouissaient ?
Je glissai ma main dans ma culotte et le caressai pour la première
fois. Enfin, pas tout à fait pour la première fois, mais la
première fois de façon consciente. Parce qu’il
m’était
arrivé quelques fois, en me lavant “à
fond”
après mes règles, de le toucher, mais je ne liais pas cette
sensation à un plaisir sexuel, plutôt au soulagement de ne
plus avoir mal, puisque j’avais
encore des règles douloureuses. Ça
te permet de te donner une idée des connaissances des jeunes de ma
génération sur le sujet…
Un peu vexée d’en savoir si peu sur mon corps, je décidai de me caresser, je faisais attention à la moindre de mes sensations, le goût de ma salive sur ma langue, dans ma gorge, les oreilles qui chauffent, le cœur qui bat plus fort, qui résonne jusque dans mes oreilles, la moiteur chaude sous mes doigts, cette envie de me caresser frénétiquement, puis ralentir soudain, savoir que je suis allée jusqu’au seuil du plaisir… recommencer…
À chaque fois, ces images qui s’imposaient à moi, juste avant de jouir, me faisaient peur, me faisaient honte. Je ne réussis pas à jouir ce jour-là, mais quelques jours plus tard, alors que je me lavais après avoir accompli mon devoir conjugal, sans aucun enthousiasme, sentiment partagé avec mon époux.
Je prétextais une méthode anticonceptionnelle pour justifier ma douche prolongée. Je venais de parler avec le père de Julien de cette réunion dont j’avais entendu des bribes et lui avais demandé ce qu’il pensait de la masturbation féminine. Il me répondit que je n’en avais pas besoin puisque c’était un truc pour les mal baisées. Je pris cette réflexion en pleine face, un peu comme une gifle et je crois que c’est là qu’est née ma “rébellion”. Qu’est-ce qu’il en savait, ce con, de ce que je ressentais ? Comme une vengeance muette et secrète, je décidais “Puisque c’est comme ça, il va voir ce qu’il va voir !”. En l’occurrence rien, puisque je ne voulais pas qu’il sache ce que je m’apprêtais à commettre un adultère en solitaire.
J’allais donc sous la douche et me caressais longuement, à demi accroupie pour mieux écarter mes jambes et ressentir tous les replis, en éprouver la sensibilité avant de caresser mon clitoris. J’aurais aimé pouvoir observer le reflet de mon sexe dans un miroir, puisque certaines femmes semblaient dire que ça les avait aidées, mais à cause de la buée, des gouttes d’eau, je n’y voyais rien.
Je sentais le plaisir monter en moi et puis ces images, toujours les mêmes… ces regards lubriques posés sur moi… ces femmes et ces hommes… ces gestes à peine esquissés… La honte me fit écarter ma main une fois de plus, mais j’avais oublié la douche qui continuait à couler sur mes seins, sur mon ventre… Je dirigeais le jet entre mes cuisses, fermai les yeux et me laissai enfin aller à la douceur de ces regards excités…
La scène me revint tout de suite en mémoire, comme s’il s’agissait d’un film et que je reprenais ma place devant l’écran après m’être absentée quelques instants. Il me fallut quelques essais avant de réussir à jouir. Mais je me souviens parfaitement du sentiment de revanche que je ressentis. Cette impression de l’avoir fait cocu sans qu’il ne s’en doute.
Dès cette nuit, je me fis la promesse de jouir au moins une fois par jour. Promesse que je n’ai pas toujours pu tenir, mais je m’y suis efforcée au maximum. Tu comprends maintenant mieux ma gêne à propos du réveillon de 1974 ? Si j’avais eu d’autres fantasmes, peut-être aurais-je pu connaître leur part dans mes souvenirs de cette nuit, mais il se trouve que ces vagues souvenirs sont semblables aux images qui me venaient en tête quand je jouissais, aux images que je convoquais pour m’exciter quand je ne l’étais pas assez.
Pendant les presque deux années qui suivirent ma séparation d’avec le père de Julien, j’approfondissais mes connaissances sur mon corps, sur les différents plaisirs qu’il pouvait m’offrir. J’eus même une période, après ce fameux réveillon de 1974 où l’envie de jouir me prenait à l’improviste, par exemple à mon travail. Je prétextais alors une envie pressante pour aller me soulager dans les toilettes, mes collègues me plaignaient à cause de ces cystites à répétition, je n’ai jamais osé les détromper.
Quand je rencontrai Martial, durant notre première nuit, j’avais une idée assez précise de ce qui m’excitait, de ce qui me permettait d’accéder au nirvana, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il pouvait m’en offrir bien d’autres.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir éprouvé du plaisir avec ma poitrine avant que Martial ne la caresse. La seule hésitation que j’ai eue dans cette étreinte fut liée à mes seins d’ailleurs… Martial me les caressait doucement, sensuellement, je caressais ses épaules, j’avais envie de passer mes doigts dans ses cheveux, mais je n’osais pas, parce qu’ils étaient crépus… puis, je me suis laissée aller… j’ai immédiatement adoré la sensation sous mes doigts, ses cheveux sous mes doigts semblaient les caresser… la bouche de Martial était tout près de mes seins, j’avais envie qu’il me les tète, mais j’étais prise d’une honte incroyable à cette idée… Comme s’il avait deviné mes pensées, Martial releva la tête pour me demander l’autorisation de sucer mes seins… j’ai cru m’évanouir de plaisir.
Tu comprends pourquoi, quand en janvier, il m’a parlé de Monique, j’ai eu peur d’arriver trop tard dans sa vie et comme j’ai été heureuse de sa demande en mariage ?
Je vais arrêter là cette
lettre et te la poster, parce que tu connais mon aversion pour les
traces qu’on laisse sur le web. Si tu souhaites que j’apporte
d’autres précisions, n’hésite pas à me les demander.
Ta mamie Sylvie
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