Face à face

Éberlué, Jim semblait paralysé. Son visage s’anima, ses mains s’agitèrent ( ;-) !) comme un enfant découvre ses cadeaux au pied du sapin et se demande quel paquet déballer en premier. Souhaitait-il que nous convions Jimmy ? Il fit non de la tête, le regard implorant.

– Je suis morte de trac, en fait…

– Moi aussi, Princess, moi aussi !

Je fis la moue et désignant son membre lui reprochai de bien cacher son jeu. Il éclata de rire et nous convînmes de faire à notre façon, sans nous soucier des conventions, mais de nous fier à notre instinct, à ce lien si particulier qui nous unit. Seuls dans le bureau de Jimmy, nous entendions, comme des bouffées de vie, la musique, les éclats de rire et de voix de nos amis. Nous jouissions du luxe d’avoir tout notre temps, l’assurance de ne pas être interrompus par l’arrivée inopportune de l’un ou l’autre.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je me sentais pucelle. Après Jimmy, Jim allait être le premier à me sodomiser. Allions-nous y prendre autant de plaisir ? Je lui fis part de cette interrogation à laquelle il répondit par un énigmatique « Moi aussi, Princess, moi aussi ».

Nus comme au premier jour, nous dansions, presque immobiles, sans autre musique que celle des battements de nos cœurs, du rythme de nos souffles. J’aimais la façon dont il caressait mes joues, mon cou pendant que nous nous embrassions. Mes mains couraient le long de son dos. Je me délectais de la cambrure de ses reins. Je caressais ses fesses quand je m’aperçus que nos caresses se répondaient, qu’elles étaient jumelles.

– Princess, pour cette première fois, j’aimerais que tu mènes la danse, si ça ne t’ennuie pas.

Son sourire radieux contrastait avec le reflet craintif qui obscurcissait son regard. J’aurais pu rire de l’incongruité de cette crainte, mais n’en avais aucune envie. Au contraire, je le remerciai de me faire cette proposition qui m’honorait et l’acceptai volontiers.

Il fut surpris que je lui demande de s’asseoir sur le canapé. Son membre me parut plus massif qu’à l’ordinaire, étonnamment dur aussi. Tandis que je l’enduisais de lubrifiant, Jim psalmodiait, implorant son Dieu de ne pas le réveiller si tout ceci n’était qu’un rêve. Ses mots, qui ne m’étaient pas destinés, me conféraient une force incroyable. J’étais la princesse qui lui ouvrirait les portes de son Paradis, comment aurais-je pu en douter puisqu’il en était si persuadé ?

– Ta queue est si belle quand elle brille comme ça ! J’ai presque honte de devoir la cacher.

– N’aie pas honte, Princess, tu la reverras bientôt !

Je le chevauchai, face à lui, me cambrant à l’extrême. Je versai un peu de gel sur ses doigts et le priai de préparer le terrain, ce qui me donna l’occasion de lui apprendre une nouvelle expression en français. Nos mains guidaient son membre vibrant entre mes fesses. Je pensais qu’il nous faudrait y aller très lentement pour que ce ne soit désagréable voire douloureux ni pour lui, ni pour moi. À notre grand étonnement, il me pénétra sans effort. Bon sang, comme j’ai aimé cette sensation !

Je ne me lassais pas d’aller et venir le long de sa belle grosse queue noire. J’ouvris les yeux quelques secondes avant qu’il n’ouvre les siens.

– Que regardes-tu, Princess ?

– Ta bouche… je ne me souviens pas de t’avoir vu sourire autant.

– C’est pour ça que tu as choisi cette position ?

– Non. Tu sais très bien pourquoi je l’ai choisie !

Ses yeux glissèrent des miens jusqu’à mes seins. Il comprit enfin, me sourit. Je dirigeai mon mamelon vers sa bouche et ne retins pas mon murmure de plaisir quand il l’embrassa. Je sentais la chair de poule se déployer de mes reins vers chacune des extrémités de mon corps, comme une toile d’araignée sensuelle.

Ses mains palpaient, trituraient mes fesses. Un de ses doigts glissa le long de ma raie comme si Jim cherchait à s’assurer qu’il ne rêvait pas, que sa belle grosse queue noire était bien dans mon cul. Tout en ondulant, en coulissant sur son membre, je lui demandai si c’était aussi bon qu’il l’avait imaginé. Je connaissais par avance sa réponse, mais je voulais l’entendre me la donner. Il m’affirma que c’était encore meilleur, qu’il était au Paradis sans avoir eu à mourir pour l’atteindre. J’aime beaucoup quand il saupoudre ses propos rugueux de mots d’une infinie poésie.

– Je voudrais que tu mènes la danse à ton tour. Montre-moi comment un bel Australien honore le cul d’une princesse !

Il empoigna mes hanches, me pencha afin que mes seins se frottent à son torse puissant. Il accéléra et amplifia progressivement les va-et-vient. Plus je criais mon plaisir, plus il criait le sien. Nous étions seuls au monde, plus rien ne comptait que la fusion de nos corps. Quand il pinça mon mamelon, l’orgasme qui couvait en moi explosa comme transpercé par un éclair. Il jura son plaisir de me faire jouir. Il lui fallut répéter son souhait plusieurs fois avant que je l’entende.

– Tu ne veux pas que je te morde, que ta peau cède sous mes dents, mais accepterais-tu de déchirer la mienne ?

Comme s’il sentait le besoin de me motiver et pour appuyer sa requête, sa main glissa de ma hanche vers mon ventre, juste au-dessus de mon pubis, ses doigts se crispèrent sur ma peau. Il sait y faire, le bougre ! Je retins mon plaisir le temps de plonger vers son épaule et d’y planter mes crocs comme la lionne que j’étais devenue.

Il cria si fort en jouissant que Christian nous affirma plus tard avoir senti la maison vaciller sur ses fondations, mais je le soupçonne d’avoir un tantinet versé dans l’exagération. En revanche, ce qui est véridique, c’est que je fus sourde d’une oreille pendant de longues minutes.

À ma demande, Jim resta en moi aussi longtemps que la raideur de son membre le lui permit. Nous nous embrassions, nous caressions, nous disions des mots doux pour prolonger encore un peu la magie de ce moment. Nous rhabiller fut presque un déchirement. Je vivais comme un sacrilège de le voir revêtir ses vêtements. Je voulus arranger son tee-shirt, mais il retint mon geste. Il tenait à ce que tout un chacun puisse voir la trace de mes dents sur sa peau, cette morsure qu’il arborerait comme une médaille. Je me sentis rougir de fierté à cette idée.

Quand nous rejoignîmes la salle des fêtes, certains étaient partis se coucher, la petite classe avait rejoint la maison du Toine. De petits groupes s’étaient formés et faisaient plus ample connaissance. Marcel sourit à Jim ouvrant la main dans un geste d’évidence. Je n’en comprenais pas la raison. Il vint à notre rencontre, aussitôt rejoint par Mireille et Jimmy.

Je pressentais que le Bavard savait quelque chose que j’ignorais. Je lui posai la question. Il interrogea Jim du regard avant d’y répondre.

– Il avait peur de rater sa première fois…

J’ouvris des yeux comme des soucoupes, mais avant que je puisse le lui reprocher, Jim énonça fièrement les nouvelles expressions qu’il avait apprises, en levant un doigt à chacune d’entre elles. Face à face. Préparer le terrain. Mener la danse. Honorer le cul. Ça rentre comme dans du beurre. Oui, bien au fond. Marcel et Jimmy éclatèrent de rire. Mireille confirma ma théorie sur l’importance de la motivation en matière de pédagogie. Ne sachant l’exprimer en français, Jim nous regarda, elle et moi avant d’affirmer de sa belle voix grave I really love the way you teach me french, ladies ! I really love it !*

En avant la musique !

*J’adore votre façon de m’enseigner le français, mesdames ! Je l’adore vraiment !

Alliance française

Comme dans n’importe quel pince-fesses, nous déambulions d’un buffet à l’autre, un verre, une cigarette à la main. À ceci près que les fesses y étaient plus caressées que pincées, tel un apéritif pré-orgiaque plein de promesses. Dès la fin de leur spectacle, les gamins nous avaient entourés, Émilie surtout voulait savoir si ça nous l’avait refait. Vincent souriait en coin, déjà certain de notre réponse. Une fois encore, quand, sur scène, Émilie avait caressé Vincent, j’avais senti la peau de Marcel sous mes doigts et il avait ressenti mes mains sur son corps et quand Vincent l’avait pénétrée, Christian avait pris la place de Marcel dans nos sensations. Marcel avait d’ailleurs demandé à son petit-fils si, une prochaine fois, il n’y aurait pas moyen de changer l’ordre des choses.

Je cherchai Betsy du regard avant de l’apercevoir en grande discussion avec Joseph, Alain servant d’interprète, je voulais justement les présenter l’une à l’autre. Un peu plus tard, Roweena me fit part de sa surprise en apprenant que Mireille ne parle pas ou si peu anglais. Vincent venait de lui expliquer C’est Émilie qui a traduit les dialogues. J’entendis l’éclat de rire d’Alain et de Jimmy, je les regardai. Monique riait également. Jim avait l’air innocent de l’agneau qui vient de naître. Il argumentait, prenant Jimmy à partie. Il me chercha du regard, je m’approchai escortée de Mireille et Roweena.

– Ils ne me croient pas quand… Jimmy me répète tout le temps que je dois apprendre le français, n’est-ce pas ? Et maintenant que je veux être sûr de comprendre les subtilités de votre langue, il se moque de moi !

– Comment ça ?

– Je voudrais être sûr d’avoir bien saisi la différence entre “fellation post-prandiale”, “turlutte matinale” et “gâterie dominicale”, j’ai demandé à Mounico parce que…

– Parce qu’elle était institutrice ?

– Ah bon ? Elle aussi ? Mais vous étiez tous enseignants ?!

Non, non ! Seulement Monique, Jimmy, Martial et Jean-Luc ! Mais pourquoi Monique alors ?

– Alan m’a appris que pour les pipes, Mounico…

– Aloune ! Si tu m’appelles Mounico, tu l’appelles Aloune, s’il te plaît !

– Aloune m’a dit que Mounico… c’était juste pour apprendre…

– Et comme professeur de mauvaise foi, t’as eu Odette ?

– Non ! Odette c’est la levrette à Dédette !

– Rigole pas en mangeant, je ne suis pas certaine de te ranimer, cette fois !

– De toute façon Christian est infirmier et pompier bénévole, tu ne risques rien parmi nous !

Jimmy traduisit les propos de Mireille. Jim s’exclama

– Vous avez aussi des incendies, ici ?

– Mais boudiou, t’as donc pas vu la végétation ?!

– Et quand je l’aurais vue ? Après l’aéroport, on est allés dans la belle maison et ensuite ici !

– Je te montrerai ça, mon gars, tu verras et tu comprendras.

En revanche, ce que nous ne comprenions pas, c’est que parlant chacun dans sa langue maternelle, ces deux-là se comprenaient parfaitement. Socrates et Linus invitèrent Jimmy, Marcel et Roweena à les rejoindre. Je vis Marcel tendre son traducteur à Linus qui le retourna dans tous les sens avant de le passer à Gideon. Les Irlandais, satisfaits, opinèrent en souriant.

– Hé, Blanche-Minette, quand tu auras fini de rêvasser, tu penseras à remplir tes obligations ! Ne me regarde pas avec tes yeux de merlan frit ! Tu sais bien pourquoi, on ne parle pas toutes le français avec le même accent ! Élève Jim, si vous voulez bien vous donner la peine…

Mireille nous fit signe de la suivre jusque dans le bureau de Jimmy. Alain se joignit à nous afin de superviser la leçon, qui débuta par ses mots.

– Bon, Princesse à Jimmy, montre à tes collègues ce que tu entends par “fellation post-prandiale”, que vous soyez bien d’accord sur les termes.

Je m’agenouillai devant Jim, assis sur le canapé, le débraguettai, constatai qu’il portait son jean à même la peau, ce qui, d’après Mireille “dénote une réelle envie de progresser dans l’apprentissage de la langue de Molière. Jim était aux anges et souriait béatement.

Je léchai son membre d’une langue gourmande, agaçai le bout de son gland avec mes lèvres. Quand il posa ses mains puissantes sur mon crâne, je l’avalai lentement. Quelques va-et-vient, d’autres coups de langue, d’autres agacements, je relevai la tête. “Fellation post-prandiale. Mireille sursauta.

– Ah bon ? Pour ma part, j’aurais ajouté… Oh, mais tu n’avais pas menti, Blanche-Minette ! Votre membre est une œuvre d’art, mon cher, une véritable œuvre d’art ! À une fellation post-prandiale, j’ajouterais… attends, je te montre…

Mireille demanda à Jim d’ôter son jean, ce qu’il fit volontiers, elle comprima alors ses seins pour en faire un petit nid au creux duquel elle blottit les deux œufs de Jim. Elle dégusta son membre d’une langue gourmande, embrassa son gland du bout des lèvres, avant d’avaler son sexe jusqu’à la moitié de la hampe. Quelques va-et-vient, d’autres agacements, ses mains comprimant toujours ses seins.

Jim marmonnait, entre gémissements et grognements. Le contraste entre le ton de sa voix et celle d’Alain, qui traduisait ses propos, était saisissant. “Oh, mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Quel bonheur ! Quel chanceux je suis oh mon Dieu ! Je me suis vu mourir seul dans oh mon Dieu ! Seul dans mon bateau… Princess m’a sauvé oh mon oh oui conte de fées par quel miracle ?” Mireille stoppa net, le regarda dans les yeux, fronça les sourcils.

– Tu as déjà oublié le philtre d’amour ? Tu as été bien attentif pendant la représentation, j’espère !

– Oh oui, Madame !

Elle reprit sa démonstration, offrant les mêmes caresses, les mêmes baisers, les mêmes agacements, les bourses et la base du membre de Jim nichées entre ses seins. Elle cessa dès qu’elle le sentit sur le point de jouir. “Fellation post-prandiale. Jim répéta “Fellation post-prandiale.

– Et pour toi, Monique, c’est comment une fellation post-prandiale ?

– On verra plus tard, montre-nous plutôt la différence entre turlutte matinale et gâterie dominicale !

Mireille se releva, défroissa sa jupe. Jim tendit les mains pour la dégrafer. “Tss, tss ce sera après la leçon. Le bon point récompensant l’élève attentif !” Elle s’assit à la droite de Jim. “Une turlutte matinale, c’est comme ça. Elle ouvrit sa bouche en cœur, fit d’amples va-et-vient, tout en tapotant du bout de ses doigts la hampe du membre de Jim quand sa bouche arrivait au niveau du gland.

– Turlutte matinale

Jim rouvrit les yeux et répéta. “Turlutte matinale”. Satisfaite, Mireille se redressa, sagement assise à la droite de Jim. “Et maintenant, la gâterie dominicale.” Elle se pencha à nouveau, d’une langue humide, lécha Jim des gonades jusqu’au gland, ses lèvres, désormais vierges de toute trace de maquillage, se posèrent dessus et s’ouvrirent pour avaler tout en douceur le membre de notre élève studieux. Avec la même douceur, elle fit marche arrière, asséna une délicate pichenette sur le scrotum.

– Oh, my God !

– Et oui, oh my God ! C’est pour cela qu’on parle de gâterie dominicale, à cause du jour du Seigneur ! À vous de jouer, mesdames !

Je donnai libre cours à mon imagination ou, pour reprendre l’analyse de Mireille “le turlutai à la parisienne et le gâtai comme une impie. Mes confrères et consœurs louent souvent ma mauvaise foi, il me faut admettre que je partage cette qualité avec Madame. Quand Monique s’agenouilla devant Jim, sans nous être concertées, Mireille et moi avons entonné l’air joyeux d’une fanfare de cirque annonçant le clou du spectacle.

– Vous me filez le trac avec vos conneries !

Les yeux et le visage de Jim, muet de surprise, confirmèrent la réputation de notre consœur. Après la leçon, il dut se soumettre à une interrogation orale, c’est le cas de le dire. Les yeux fermés, les mains dans le dos pour ne pas être tenté de les poser sur nos crânes, il lui fallut distinguer les fellations post-prandiales des turluttes matinales et des gâteries dominicales ainsi que l’enseignante qui les lui prodiguait. Une chose est acquise, Jim est un élève studieux, attentif et appliqué puisqu’il ne commit aucune erreur.

Après cette première leçon, Alain, Mireille et Monique se dirigèrent vers la porte du bureau, quand Jim, à l’érection impressionnante, se plaignit. “Vous ne pouvez pas me laisser dans cet état !” Mireille surjoua la surprise.

– Blanche-Minette ne t’a donc pas prévenu qu’elle a changé d’avis ?

Interloqué, il interrogeait Alain du regard quand ses yeux s’écarquillèrent et qu’un sourire incrédule s’épanouit sur son visage. “Oh, oh, oh my… oh my fucking God !”

Face à face

Les secrets de Louise & Jean-Baptiste

Quand je suis arrivée au mas, au printemps, après l’appel de Jimmy, Martial, Sylvie et moi avons eu une discussion avec Émilie et Lucas à propos de la maison d’Avranches. Il est hors de question de nous en séparer, pourtant dix ans après leur mort, je suis incapable de remettre les pieds dans la maison de mes parents. Martial et Sylvie ressentent la même chose. Nos enfants respectifs l’envisagent plus comme une roue de secours que comme un lieu de villégiature. Comme une évidence, nous proposâmes à Émilie et à Lucas de se l’approprier, d’en faire leur lieu à eux, comme Cathy et Alain l’ont fait de la maison du Toine, Monique et Christian de cette de Rosalie, Jean-Luc de celle de Valentino. Qui sait, peut-être qu’une fois réaménagée par leurs soins, pourrions-nous y séjourner sans trop de gorges serrées, d’estomacs crampés, de tripes nouées ? C’est pour cette raison que la petite classe a décidé de consacrer ses congés d’été à la redécorer. Manon en profiterait pour découvrir Montchaton et s’en réjouissait.

Émilie m’avait fait part de son souhait de faire un break dans ses études. Plus aucune motivation, aucun espoir. Nous en avions longuement parlé, d’abord toutes les deux, ensuite tous ensemble. Elle eut cette remarque touchante « C’est auprès de vous que je me sens la mieux comprise. Vous avez tous bossé à l’Éducation Nationale, mais me comprenez mieux que mes parents qui ne veulent pas en entendre parler ».

– On comprend surtout que si tu n’en as plus l’envie, ça ne sert à rien, tu cours à l’échec !

– Ce qui me plairait, ce qui m’attire en ce moment, c’est la littérature anglaise du XVIIIe siècle, si je dis aux parents que je laisse tomber le droit des affaires pour une filière sans aucun débouché… j’imagine déjà leurs réflexions… non merci !

– Comme tu l’as certainement entendu, je vais m’installer ici, tu peux habiter chez moi, le temps de prendre ta décision.

Je ne l’ai pas revue avant la fin octobre. Quelques jours avant l’arrivée de Jim, Émilie nous demanda comme une faveur de nous retrouver en comité restreint. Je décidai de ne pas chercher à deviner quel secret cachait ce ton mystérieux et acceptai volontiers cette proposition. Nous nous retrouvâmes donc Émilie, Sylvie, Lucas, Martial, Jimmy et moi chez Jean-Luc qui était également convié.

– En fait, bien dépoussiérée et débarrassée des toiles d’araignées, la maison est vraiment pas mal… sauf les papiers-peints… pas possibles ! Alors, on a décidé de commencer par le salon. L’armoire-bibliothèque prenait trop de place, on a voulu la déplacer…

– Surtout pas, elle est scellée dans le mur !

– Bah oui, on a remarqué !

Jimmy, Martial et Jean-Luc sifflotèrent « Tout va très bien, Madame la Marquise » et il est vrai que je me demandais quelle serait la prochaine catastrophe annoncée.

– Non, non ! Rassurez-vous ! Quand on a compris, on a fait super attention et on a tout remonté. Aucun dégât, par contre…

– En revanche !

– Ah ah ! En revanche, en décollant le papier peint au fond de la partie bibliothèque… en bas, derrière les tiroirs, il y avait une autre porte et en l’ouvrant, on a trouvé ça…

– Le syndrome de la valise !

– Moque-toi, Jean-Luc, mais mon père craignait toujours devoir faire sa valise, ça nous est resté.

– Tu as raison, Valentino en avait aussi une déjà prête à portée de la main, au cas où…

– Qu’y avait-il à l’intérieur ?

– On s’est dit qu’on n’avait pas le droit de l’ouvrir, que c’était à toi et à Martial de le faire… c’était vos parents et pis surtout, il y avait cette enveloppe scotchée dessus « Pour Martial et Odette »

Martial chéri, Odette adorée,

Si vous lisez cette lettre, c’est que nous sommes morts et que vous avez déjoué les ruses de notre code. Il est important pour nous que vous découvriez notre legs tous les deux ensemble. Martial, nous comptons sur toi pour épauler ta petite sœur, Odette que nous rêvions libre et rebelle, mais qui semble s’est trop assagie pour prendre le sexe avec toute la légèreté nécessaire. Quant à toi, nous craignions, fut un temps, que tu ne restasses vieux garçon, comme Jimmy et le petit Jean-Luc. Heureusement, la vie a permis que ton chemin croise celui de Sylvie. Elle nous a pris notre enfant pour en faire un homme épanoui, nous ne lui en saurons jamais assez gré.

Mais toi, Dédette, nous aimerions que tu lèves les yeux sur la vie, que tu te respectes aussi pour la belle femme que tu es, pas seulement la mère de famille attentive et la bonne ménagère. Comment peux-tu accepter que ton mari t’appelle « maman » ? Tu veux être reconnue pour tes qualités intellectuelles, mais tu refuses de voir de ton corps autre chose que le moyen de locomotion de ton cerveau. Pourquoi t’entêtes-tu à renoncer à la sensualité qui coule dans tes veines ? N’as-tu jamais remarqué les regards gourmands que te lançait Jimmy, ses sourires carnassiers quand, au cours d’un repas, fusait une blague un peu leste, spécialement quand c’était toi qui la racontais ? As-tu oublié les « envies pressantes » du petit Jean-Luc qui le contraignaient à s’absenter « quelques instants » ? Ne cherche pas à faire croire que tu gobais cette excuse ! Il masquait son érection de façon si malhabile qu’il était aisé de s’imaginer qu’a contrario, il cherchait à nous la faire remarquer !

Regardez ces films ensemble, ou entourés de personnes qui ne jugeront pas un couple qui s’aime. D’où que nous soyons, si nous sommes quelque part quand vous lirez ces mots, nous vous envoyons tout notre amour et offrez-en une bonne part à Sylvie, notre bru bien aimée.

Papa, Maman ~ Jean-Baptiste, Louise

En ouvrant la valise, en découvrant son contenu, Sylvie ne put cacher son enthousiasme. « Une caméra et un projecteur Pathé-Baby ! » Et expliqua à Émilie et à Lucas ce qu’était le cinéma amateur avant l’ère de la vidéo. Les gamins ouvraient des yeux comme des soucoupes. Jean-Luc leur conseilla de refermer leur bouche avant qu’un fantôme lubrique n’y glisse son sexe.

La valise contenait aussi des tas de bobines et un disque. Certains souvenirs me revinrent en mémoire, ces moments sereins en famille, quand nous reprenions tous en chœur cette mélodie envoûtante. Je regardai Martial et constatai que lui aussi voyageait dans notre passé. Je tournais et retournais la pochette dans tous les sens, la regardant sans pour autant la voir vraiment. Je la tendis à Martial qui entonna les premières mesures, reprenant le rôle de notre père. J’allais demander « Vous vous souvenez ? » quand je constatai que chacun était concentré sur sa partie. L’odeur des dimanches me revint aux narines.

– Ça me rappelle le jour où vos parents m’ont dit « puisque tu fais partie de la famille, il n’y a pas de raison que tu coupes aux corvées dominicales ! Et tu viens depuis assez longtemps pour savoir que nous les effectuons en musique »

– Je m’en souviens aussi, ô put… le sable ! Le sable, ce putain de sable !

– Plaignez-vous ! Tu me fais marrer Jean-Luc avec ton sable ! Vous n’étiez de corvée qu’à Avranches. Nous, on l’était aussi à Paris et permets-moi de te dire que la poussière c’est autrement plus coriace que le sable… qui plus est, le sable ne me relevait pas de la corvée de poussières !

– Mais je ne m’en plains pas ! Si j’avais fondé une famille, j’aurais aimé les reproduire, ces corvées dominicales ! Pas toi, Jean-Luc ?

– Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment songé… tout occupé que j’étais à me tirer sur l’élastique. Ô put… la famille Touré dans son ensemble me prenait pour un puceau…!

– Non ! Mes parents te prenaient pour un branleur, nuance ! Ce en quoi, ils ne se trompaient guère et pis, Martial savait lui…

Sylvie avait très peu connu ces dimanches. Quand elle venait chez mes parents avec Martial, j’y étais rarement et quand je me plaignais qu’ils délaissassent notre maison familiale pour passer leurs vacances d’été chez eux, en Provence, il y avait toujours papa ou maman, voire les deux, pour l’en excuser. « La pauvre, elle vient de Bretagne, elle a besoin de rester au soleil pour sécher toute cette pluie qu’elle a subie avant de s’installer là-bas ! » J’avais redouté ce moment, en fin de compte, nos souvenirs mêlés ramenaient nos parents à la vie.

S’il est un point sur lequel ils s’entendaient bien, c’était la manie des petites notes explicatives, celles qu’ils nommaient affectueusement « les consignes de vote ». Scotchée sur le projecteur, à l’intérieur d’une enveloppe rose saumon, un mode d’emploi concis et cette brève recommandation « Pour bien profiter de ces films, il faut les regarder en écoutant ce disque. Les bobines sont numérotées, mais vous remarquerez aussi de petits repères de couleur sur le disque qui correspondent à ceux des bobines. Pas besoin de vous faire un schéma, nous savons que vous avez déjà compris leur utilité. »

Il nous fallut un peu de temps avant de pouvoir regarder les films. Jimmy dut faire un bref aller-retour au mas pour récupérer un vieux tourne-disques capable de lire un 78 tours.

– J’étais pas si folle que ça ! Il y avait deux disques !

– Toi aussi, tu l’entendais ? Je croyais que c’était dans mes rêves…

– Moi aussi !

Nous racontâmes ces nuits où il nous semblait entendre une autre version du Boléro de Ravel, au son moins net que celui du disque qui rythmait nos dimanches.

– Je l’avais aussi entendu à Avranches, mais je n’ai jamais cru que je rêvais, la musique venait de leur chambre et…

J’avais mimé une branlette frénétique, Martial me bouscula d’un coup d’épaule.

– Ne te moque pas du petit puceau, Dédette !

– Du p’tit branleur, tu veux dire

– Pourquoi « petit » ? I am the Great Wanker !

– Ah ah ! Écoutez-le, ce vantard !

– Si les gamins n’étaient pas là…

Je lançai un regard en direction desdits gamins. Émilie plongea ses yeux dans les miens, ensemble nous mimâmes un violoniste de restaurant russe, tel qu’on se les imagine. Mais quand nous entonnâmes un « Ramona » sirupeux et ironique à l’unisson, Jean-Luc s’écria « Mais tu l’as aussi dressée à ça ? » Il est à noter que si l’Australien s’exclame souvent, le Great Wanker a tendance à s’écrier. Jimmy, qui venait d’arriver, demanda à quoi j’avais dressé Émilie. Jean-Luc ne me laissa pas le loisir de répondre.

– À l’insolence ! Voilà comment ta princesse a éduqué sa petite-fille, et c’est pas joli-joli

– C’est pas de l’insolence ! On remarquait juste qu’il est comme la grenouille à la grande bouche, il parle haut et fort, mais y a pas grand monde derrière !

– Té ! Qu’est-ce que je disais ?! Qui évoquerait la grenouille à la grande bouche si ce n’est une créature dressée par ta princesse ?

Nous étions trop avides de découvrir la première bobine pour prendre davantage de plaisir à cette joute oratoire. J’étais pressée de découvrir ces petits films tout en le redoutant. Nous suivîmes les consignes précises et nous réussîmes dès le premier essai à caler la musique sur les images. La femme que je vis s’animer sur le mur blanc était si éloignée de ma maman, que je la nommerai désormais Louise tout comme j’appellerai ce bel homme Jean-Baptiste et non papa.

Sur la première bobine, Louise, uniquement vêtue de son voile nuptial, danse en le faisant voleter, virevolter au rythme de ses pas, de ses petits sauts. De temps en temps, le tissu découvre tant son corps qu’on y voit le ventre arrondi et les seins gonflés de Louise.

Le premier film venait de s’arrêter. J’allais faire remarquer à Martial qu’il devait avoir été tourné peu après leur mariage, quand je vis Jean-Luc. Je me levai d’un bond et lui assénai une baffe à l’arrière du crâne. « T’es pas gêné, toi !! Hey, ton copain se branle sur maman, j’te f’rais dire ! » Jean-Luc n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche, la voix de Martial tonna, interdisant toute réplique à son ami. « Pas le physique, ni la religion ! »

Jean-Baptiste arrive dès le début de la deuxième bobine. Il s’approche de Louise à pas glissés. Maman avait raison, qu’il était raide ! Louise, tout en faisant onduler son voile, fronce légèrement les sourcils, mais presque aussitôt cet air de reproche s’estompe, s’efface pour laisser place à un océan d’amour. Je ne pense pas que c’était prémédité. Jean-Baptiste se colle au corps de Louise. Ses mains posées sur le ventre de sa déesse font de ce bébé lové à l’intérieur, le fruit d’une danse charnelle.

Je chassai les doigts de Jean-Luc d’une tape sèche et commençai à le branler. Je regardais fixement le mur où se projetaient les images animées, ce qui ne m’empêcha pas de sentir le sourire du Great Wanker.

J’aime beaucoup le branler à l’improviste, quand il s’y attend le moins. Il apprécie les loves attaques surprises, comme nous les nommons. Cet été, alors qu’il venait de jouir, son sperme n’avait même pas commencé à sécher, il me dit « J’adore quand tu me branles comme ça, sans raison ! » « Que veux-tu, ta bite m’inspire… » Je ne mentais pas. Rien que de penser au contact de sa peau dans le creux de ma main, sur le bout de mes doigts, des frissons de désir me parcourent le corps. Pour l’avoir si souvent observée, je peux visualiser la chair de poule parant ma peau mieux que le feraient des colliers de pierres précieuses. Une ceinture sensuelle qui se déploie comme une toile d’araignée. Quand je le branle ainsi, je ne cherche même pas à le faire jouir, seules m’importent mes sensations. Il le sait et en est d’autant plus excité.

La bobine était terminée. En se levant, Jimmy me fit réaliser que de son côté, il caressait ma cuisse.

– Ben ça va ! Vous gênez pas !

– C’est bien c’qu’on fait, Émilie ! C’est bien c’qu’on fait !

– C’est la retraite qui te rend fainéant, Jean-Luc ? Même pour la branlette, tu délègues !

Jean-Luc pesta.

– Pourquoi c’était pas moi dans le bus ?

– Regrette rien, t’aurais regardé tes pompes en marmonnant un « Salut. Ça va ? » Je ne t’aurais jamais demandé de me rendre ce service, Jean-Luc, jamais. Je voulais un homme d’expérience, pas un petit puceau !

– Mais je ne l’étais pas !

– Je l’ignorais. Tout le monde l’ignorait ! Enfin, mes parents et moi l’ignorions.

– Parle pour toi ! Les parents étaient au courant et Sylvie n’en a jamais douté !

– Elle t’a connu dix ans plus tard !

– N’empêche, y avait que toi pour ne rien remarquer ! C’était même un sujet de plaisanteries. Dédette qui voit jamais rien, qui monte sur la table, soulève sa jupe pour vérifier que les motifs de son collant sont bien ajustés et qui ne s’imagine pas qu’on puisse la mater !

– N’importe quoi ! J’attendais qu’il n’y ait personne dans la salle à manger pour le faire !

– Euh, ma chérie, sur ce point précis, l’ami Jean-Luc n’a pas tout à fait tort… Je pourrais même dire qu’il a carrément raison. Qu’y avait-il face au miroir ?

– La table

– Mais encore ?

– Ben, la porte qui donnait sur le couloir

– Couloir qui donnait sur…

– Sur la chambre de Martial, mais je vous aurais vus !

– Non, Dédette ! Ils s’asseyaient sur mon lit et orientaient la porte de l’armoire de telle sorte que la glace leur renvoie le reflet du miroir de la salle à manger. Je tiens à préciser que je n’assistais pas au spectacle, tout penché sur mes cours que j’étais. J’écoutais à peine leurs commentaires, fort élogieux au demeurant.

– Et ça ne t’ennuyait pas que tes potes se branlent, fantasment sur ta petite sœur ?

– Mieux vaut ça que l’inverse, Lucas ! Non, pour tout te dire, ça m’amusait plutôt.

La troisième bobine avait un repère jaune. Jimmy et Sylvie suivirent la consigne à la lettre et une fois encore, la synchronisation fut parfaite. Le film était plus récent. Louise n’était plus enceinte et Jean-Baptiste avait perdu sa raideur et dansait, lascif. Je sentis Jimmy sursauter. Je le regardai, surprise de le voir décontenancé, puis intéressé et enfin, amusé. À la fin de la bobine, il nous annonça « Je crois avoir compris un truc. Hou, comme j’ai eu le nez creux de rapporter les carnets qui étaient dans mon bureau ! » Il en ouvrit plusieurs, certains de Jean-Baptiste, d’autres de Louise, et parut à demi-satisfait.

– Je crois que j’ai trouvé une des clés de leur code, mais il doit y en avoir un autre, imbriqué. Ce n’est pas cohérent. Regardez dans la marge, le petit soleil jaune, je pensais qu’il représentait une promenade bucolique, surtout que dans les carnets de Jean-Baptiste, ce même soleil correspond à un ou deux vers plutôt romantiques. Je viens de comprendre que le nombre de rayons correspond au numéro de la bobine, mais je suis sûr que ce n’est qu’une partie de l’énigme.

– T’as pas un spécialiste du décryptage dans ton carnet mondain ?

– Si, mais je ne me vois pas confier ces carnets à celui auquel je pense !

– Pourquoi ne pas demander à Enzo ?

– Enzo ?!

– Oui, Enzo ! Il est balèze en matière d’énigmes. Il nous a sortis de galères pas possibles grâce à son don !

Je ne saurais dire qui d’Émilie ou de Lucas était le plus admiratif pour évoquer la façon dont Enzo résout les énigmes lors de certains jeux de rôles.

– C’est un expert parce que petit, il voulait être agent secret et s’entraînait à inventer des codes, des alphabets, à essayer de trouver des messages secrets dans les titres des journaux…

– Pauvre petit, quelle enfance il a dû avoir pour en arriver à de telles extrémités !