Le cahier à fermoir – Vendredi 2 mars 1945

Ça n’a pas été sans mal, mais j’ai réussi à convaincre Henriette de sortir de sa chambre pour aller au cinéma. Finalement, l’argument-massue, celui qui a le plus porté a été la perspective de passer quelques heures au chaud ! La tête lui tournait un peu après avoir descendu l’escalier (une chance que le logement de Maurice soit au premier étage) et surtout en respirant l’air du dehors.

Je l’ai rassurée, il y a assez de bancs sur le chemin pour qu’elle puisse s’y asseoir si jamais ses forces la quittaient. On n’avait pas fait cent mètres dehors qu’elle avait retrouvé son pas plein d’allant. Je l’écoutais et la regardais renaître à la vie. C’est un peu comme si le vent froid et piquant avait effacé les cernes qui creusaient son regard et avait coloré ses joues d’un rose de bonne santé. Quel plaisir c’était pour moi de l’entendre rire à propos de tout et de rien !

Tout à trac, elle m’a demandé :

– Où avez-vous passé la nuit de mercredi à jeudi ?

– Rue Dupleix, pourquoi ?

– Et le fou chantant a chanté ?

– Comme tous les soirs, pourquoi ?

Elle m’a serré la main avec tant de compassion que je l’ai regardée, soudain terriblement sérieuse.

– Louise, je dois te dire quelque chose, mais… Asseyons-nous, j’ai peur que cette nouvelle te coupe les jambes.

Nous nous sommes assises. Je sentais l’humidité glaciale sur mes fesses, malgré l’épaisseur de mon manteau, ma robe, mon jupon et ma culotte.

– Louise, retiens tes larmes surtout, ça n’en vaut pas la peine, mais sache que cet homme est un imposteur !

Elle m’a désigné une affiche annonçant le récital de Charles Trenet à la Salle Pleyel avant de partir dans un éclat de rire, qui a failli la tuer en déclenchant une quinte de toux. Je l’ai menacée de la laisser là, à s’étouffer dans sa moquerie avant de rire à mon tour.

Le soir, tandis que Jean-Baptiste et moi poussions la porte de son immeuble, un vieux bonhomme d’au moins presque quarante ans, bedonnant sous son pardessus, a hâté son pas et nous a hélés. Il a tendu la main à Jean-Baptiste pour le saluer. « Voici donc la fameuse Louise si taquine ? » Il a ôté son chapeau et toutes mes illusions se sont envolées. Le « fou chantant » de la rue Dupleix est un Pierre Nue-Tête (ou, pour reprendre l’expression chère à Marcelle « il a une casquette en peau de fesses ») ! J’ai eu du mal à garder mon sérieux en repensant à ce que m’avait dit Henriette et à notre fou-rire sur ce banc.

Je n’ai, hélas, pas trouvé l’affiche de ce récital, qui a pourtant eu lieu, comme l’annonce le journal France-Soir des dimanche 25 et lundi 26 février 1945. (Source gallica.bnf.fr / BnF)

La porte de la chambre refermée, nous avons « procédé à notre petit rituel ». J’enlève mon chapeau, mon manteau, Jean-Baptiste fait de même avec son chapeau, son pardessus, sa veste. Je me plante devant lui, frémissante de désir à la vue de ses doigts qui gigotent d’impatience. « Voyons voir… » Il détache un à un les boutons de mon chemisier avec de la gourmandise dans le regard, dans son sourire. Tu n’as pas idée à quel point cette gourmandise peut m’exciter, mais je dois faire mine de l’ignorer.

Si tu savais comme il m’est difficile de ne pas me pencher en avant pour que mes seins aillent à la rencontre de ses mains, tu me plaindrais sincèrement !

Hier soir, sous sa veste, Jean-Baptiste portait le chandail que maman lui a tricoté. Je ne saurais trouver les mots pour expliquer ce que je ressens quand il le porte… J’ai prétexté avoir froid aux mains pour les glisser sous sa chemise et me les réchauffer contre sa peau. Pendant ce temps, Jean-Baptiste lorgnait toujours sur mes seins, qui ont bien grossi et dont la peau est tendue comme celle d’un tambour.

Quand ses mains se sont posées sur mes seins, ses lèvres sur mon épaule, un désir foudroyant a enflammé mon corps. Jean-Baptiste pouffait dans mon cou tandis que je tentais de le déshabiller en toute hâte. Il se tortillait, se plaignait de mes chatouilles. J’ai déboutonné son pantalon, je l’ai baissé.

– Albert avait trop froid, j’ai bien été obligé de lui mettre son chandail !

Je regardais Albert dressé, emmailloté de laine, j’aurais voulu dire quelque chose, mais, profitant de la stupeur qui me paralysait et me rendait muette, Albertine m’a devancée.

– Mon pauvre Albert, frigorifié dans la rigueur de l’hiver parisien… Ôte vite ton chandail et viens te réchauffer dans mon intérieur douillet !

Comment aurions-nous pu rester sourds au supplice enduré par Albert alors qu’Albertine se proposait de le soulager ?

J’aime me sentir légère comme une plume quand Jean-Baptiste me soulève et son petit baiser sur la bouche quand il m’assied sur la table. Pour me taquiner et parce qu’il me savait impatiente, il prenait tout son temps pour ôter le chandail d’Albert avec des gestes d’effeuilleur (je ne sais pas si on peut dire « effeuilleur » quand un homme se déshabille comme le font les effeuilleuses). Albertine le suppliait.

– Jean-Baptiste, cesse donc de tourmenter ce pauvre Albert, il va attraper froid si tu ne lui permets pas de plonger en moi au plus vite !

– Si la raison est d’ordre sanitaire, force est de m’incliner !

Albert a plongé dans Albertine qui se sentait enfin revivre. Une fois encore, Jean-Baptiste et moi nous sommes étonnés de la souplesse et l’humidité d’Albertine. Je ne sais pas si je suis différente des autres femmes, mais il suffit que Jean-Baptiste lorgne vers mon décolleté pour qu’Albertine se mette à hurler son désir. Si je veux être tout à fait honnête, je dois préciser qu’il me suffit de penser à Jean-Baptiste pour que le désir s’empare de moi.

Et je pense à lui jour et nuit ! Il m’est arrivé de me réveiller au beau milieu de la nuit, en proie à un tel désir que j’ai chevauché Jean-Baptiste endormi rien que pour me soulager. À chaque fois, Albert s’est réveillé avant lui.

Raconté comme ça, c’est amusant, mais en réalité, j’en ressens une certaine honte parce que je me demande si je ne suis pas en train de devenir folle. Hier, j’ai enfin trouvé le courage d’en parler à Jean-Baptiste parce que je ne peux pas demander conseil à Henriette ou à Marcelle. La seule femme qui a déjà été enceinte et dont je suis assez proche pour m’épancher, c’est maman et je sais que je ne pourrai jamais lui poser la question.

Jean-Baptiste m’a dit de ne pas m’en faire, qu’il existe certainement « une explication rationnelle à ce phénomène ».

– Si le désir s’emparait de toi à la vue de chaque homme qui croise ton chemin, peut-être aurait-il lieu de s’inquiéter, mais ce n’est pas ce que tu me décris. Mon analyse c’est que tu ne peux résister à mon charme intrinsèque !

– Arrête de sourire comme ça, Jean-Baptiste !

– Pourquoi en faire un drame, ma Louise, mon amour lumineux ? Ça n’en vaut pas la peine !

– Je n’en fais pas un drame, mais quand tu souris comme ça… et tes yeux… tes mains… Flûte, on va encore manger froid !

Jean-Baptiste a ri quand je l’ai entraîné vers le lit. Malgré le froid, j’ai pris plaisir à me dévêtir, trop impatiente pour me soumettre à la lente et délicate manière de Jean-Baptiste. Il souriait avec gourmandise en me regardant faire.

Le bout de mes seins est si sensible que le moindre mouvement d’air autour d’eux se transforme en caresse. Je chevauchais Jean-Baptiste « telle une Amazone des temps modernes », j’aime bien quand nous le faisons ainsi parce qu’Albertine est libre d’aller à son rythme, de décider à quelle profondeur Albert la pénètre et Jean-Baptiste peut caresser mes seins avec ses yeux, avec ses mains.

Depuis peu, j’ai découvert un nouveau plaisir, celui de me pencher de telle façon que mes seins se frottent à son torse comme un chat gourmand le fait contre une jatte de crème avant de s’en régaler. Quand je me penche ainsi, les baisers que nous échangeons sont divins. Dire qu’avant Jean-Baptiste j’avais horreur d’embrasser et d’être embrassée !

À califourchon sur Jean-Baptiste, Albert au plus profond d’Albertine, les mains de Jean-Baptiste sur mes reins, mes seins contre sa poitrine, sa bouche sur la mienne, nos langues enroulées dans une danse sensuelle, nos yeux ouverts plongeant dans le regard de l’autre est la définition que je pourrais donner de l’extase véritable.

Sans que j’aie besoin de le lui dire, Jean-Baptiste sait quand m’asséner une ou plusieurs claques sur le derrière, il sait aussi quand il doit s’en abstenir. Nos mouvements sont lents et tandis que nous nous coulons dans cette « nonchalante douceur » Albert et Albertine empoignent les rênes et nous entraînent dans une folle cavalcade qui s’achève à l’explosion de leur plaisir.

Je me blottis alors dans les bras de Jean-Baptiste et le froid réapparaît aussi brusquement qu’il avait disparu. Jean-Baptiste me tend le cardigan que j’avais tricoté avant de partir à Paris. Maman avait été de bon conseil en me recommandant de le faire plus large que nécessaire.

Hier soir, le dîner avait figé dans nos assiettes. La faim me tenaillait (alors qu’elle avait disparu subitement une demi-heure plus tôt !), en voulant réchauffer notre dîner à la hâte, je l’ai presque fait brûler. Devant mon air chagrin Jean-Baptiste m’a affirmé que ce goût légèrement fumé agrémentait ma recette. Son beau mensonge d’amour m’a émue au point de me faire venir les larmes aux yeux.

Je n’ai pas remarqué à quel moment de la soirée le récital du « fou chantant » a pris fin. Après le dîner, nous nous sommes couchés et comme tous les soirs, je me suis blottie dans les bras de Jean-Baptiste et nous avons lu ensemble quelques pages (hier soir, c’était « Conte de Noël » de Marcel Aymé) puis nous avons éteint la lumière et le sommeil m’a attrapée au lasso.

Comment va se passer la première journée de travail de Louise chez le docteur ?

Le cahier à fermoir – Mercredi 28 février 1945

Je n’osais pas écrire sur ce beau cahier que m’a offert Jean-Baptiste et puis, je n’ai pas eu trop le temps avec tout ce qui est arrivé depuis ce 23 décembre. Je sais que je ne pourrai jamais oublier, mais j’ai décidé de faire le résumé de cette fin d’année 44 et du début de 45.

Tout le monde a été abasourdi du sursaut de la Wehrmacht dans les Ardennes. On craignait tous que janvier 45 soit une réédition de juin 40. Tout le monde a été abasourdi, mais j’ai pensé aux mots de la mère Mougin « Tant que l’ennemi n’a pas déposé les armes, il reste dangereux ». Quand je les lui ai rappelés, que j’ai loué sa clairvoyance, elle a presque souri et le regard qu’elle a posé sur moi était plein de tendresse. Quelques semaines plus tard, j’allais quitter ma place et la maison, je n’avais donc aucun intérêt à la flatter, c’est sans doute pourquoi elle en a été touchée.

Finalement, il y a eu plus de peur que de mal (en tout cas à Paris), une fois la menace éloignée, l’année 1945 a pu débuter sous les meilleurs auspices. Sauf que le rationnement est presque pire que sous l’Occupation. Je n’aurais jamais imaginé que le marché noir serait aussi florissant une fois les Boches expulsés de chez nous. Il y a pire que les profiteurs de guerre, ce sont les profiteurs de paix ! Et les autorités s’en moquent comme d’une guigne. Je suis révoltée de savoir tant de familles grelotter chez elles alors que d’autres s’enrichissent avec le trafic de charbon. Sans parler de la nourriture !

Je ne voulais pas débuter ce journal avec des mots pleins de tristesse et de mélancolie, mais il faut bien que je te raconte ce qui nous est arrivé. Je ne sais pas trop par où commencer, alors je m’excuse par avance si c’est un peu embrouillé.

J’aimais beaucoup l’infirmière Suzanne, j’avais tellement confiance en elle que j’ai renoncé à ma place et au logement que m’offrait ma situation de domestique. J’aurais dû commencer l’école d’infirmière début de février, mais tout a été de travers. Petit à petit, le vernis s’est craquelé et a dévoilé le vrai visage de l’infirmière Suzanne. Début janvier, j’étais très fatiguée, il me suffisait de m’asseoir, de fermer un instant les paupières et le sommeil s’emparait de moi. Au poste de secours, elle me houspillait, me demandait d’être plus énergique. Je n’étais qu’une bénévole et elle semblait oublier que mon travail dévorait une bonne partie de mon énergie ! Et ce froid, cette faim…! L’infirmière Suzanne était de moins en moins sympathique.

Et puis, un jour Marcelle a tambouriné à la fenêtre, elle semblait affolée. C’était un dimanche matin, j’aidais en cuisine. La mère Mougin a deviné avant moi l’urgence de la situation. Elle connaissait Marcelle de vue, elle savait que nous sommes amies, mais elle a tout de suite compris que ce n’était pas un alibi pour tirer au flanc. « Vas-y, je me débrouillerai toute seule, ton amie a besoin de toi » (elle était dans un bon jour).

J’ai enfilé mon manteau et j’ai rejoint Marcelle sur le trottoir. C’est là que j’ai remarqué son visage en larmes, décomposé par la peur. Elle a hoqueté « Henriette a fait une connerie, elle est à l’hôpital entre la vie et la mort. » J’étais sidérée. Une connerie ? Pourtant, tout semblait aller pour le mieux avec son Maurice ? On s’était vues toutes les trois dans la semaine, Henriette était resplendissante. Ce que nous ignorions c’est qu’elle était enceinte. Pour ne pas perdre son Maurice, elle a voulu faire passer le gamin, la faiseuse d’anges a raté son coup et Henriette a fait une hémorragie. Il s’en est fallu de peu qu’elle y reste, c’est Maurice qui l’a trouvée inconsciente, baignant dans son sang. Il l’a amenée à l’hôpital et s’est débrouillé pour prévenir Marcelle.

– Tu sais ce que je pense des bonshommes, mais là, je dois reconnaître qu’il m’a épatée ! C’est un homme bien, ce Maurice.

Quand nous sommes arrivées à l’hôpital, Henriette avait encore besoin de sang. Marcelle s’est proposée, mais elle n’a pas le même groupe sanguin. Par chance, j’avais déjà donné mon sang et je suis du même groupe qu’Henriette. Une infirmière est venue pour m’installer, elle était accompagnée de l’infirmière Suzanne qui m’a reconnue. Au lieu de me féliciter, elle n’avait que des reproches à la bouche à propos de « ces filles de rien qui sacrifient leur progéniture sur l’autel de la débauche ».

Mon amie était entre la vie et la mort et cette vache était en train de la juger, de l’insulter. J’ai ravalé ma colère, mais j’étais écœurée de découvrir le vrai visage de l’infirmière Suzanne. Bizarrement, c’est Marcelle, si soupe au lait, qui m’a demandé de garder mon calme. Maurice était livide, muet de stupeur et de rage contenue.

Henriette s’en est sortie, mais elle a été tellement charcutée qu’elle ne tombera sans doute plus jamais enceinte. Elle avait gardé secrète cette grossesse, même Maurice n’en savait rien. Il lui répétait « Mais pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ? » Nous, on savait bien pourquoi, il est catholique pratiquant, il a même fait le séminaire. Henriette avait peur qu’il la quitte.

La veille de sa sortie de l’hôpital, elle lui a tout expliqué. Je sais qu’à ce moment, elle aurait préféré être morte plutôt que perdre son Maurice. Elle ne s’attendait pas à sa réaction. Il l’a demandée en mariage. « Même si je ne peux plus avoir d’enfant ? » Il lui a répondu que même sans enfant, il sera un homme comblé s’il passe sa vie aux côtés d’Henriette. Mais ça, elle ne nous l’a raconté que plus tard.

La transfusion a failli mal tourner, parce qu’on était bras-à-bras à cause de l’urgence et que je suis tombée dans les pommes. Une chance, Henriette avait reçu suffisamment de sang. Je ne sais pas combien de temps je suis restée évanouie, mais à mon réveil Jean-Baptiste était à mes côtés. Il était tellement beau avec son magnifique sourire, ses mains enserrant les miennes que j’ai été à nouveau envahie par une bouffée de désir. Mais la salle était pleine de monde, sur le lit à côté du mien, Henriette somnolante semblait sourire, Marcelle rigolait clairement. « Question cachoteries, tu te poses-là, ma vache ! »

Un homme en blouse blanche s’est approché de moi (je ne sais pas s’il est infirmier ou docteur) « Il est irresponsable de donner son sang quand on est enceinte, madame ! » C’était donc ça ! Maintenant, je comprenais cette fringale permanente, ce dégoût pour ces odeurs que j’aime tant habituellement, cette fatigue incessante et (comme le dit Marcelle de façon si poétique) cette « rage du cul » persistante !

Mon bonheur aurait été total si l’infirmière Suzanne ne l’avait pas gâché en me toisant, en jetant un regard plein de mépris à Jean-Baptiste. « Être infirmière à la Croix-Rouge nécessite une rectitude morale dont tu n’es pas dotée. » C’est ainsi que mes rêves se sont fracassés et la réalité m’est apparue dans toute sa noirceur. Je ne serai jamais infirmière, j’ai renoncé à ma place de bonne (de toute façon, enceinte, je n’aurais pas pu la garder), je n’ai plus de logement. Toutes ces images me sautaient au visage. Je suis très sensible et j’ai la larme facile ces derniers temps (à cause de mon état m’a-t-on dit). J’ai éclaté en sanglots.

J’aurais été inconsolable, si je n’avais pas été entourée d’autant d’amour et d’amitié. Je me voyais déjà à la rue, mais Maurice d’une voix très douce et souriante m’a rassurée « Je vais prendre soin d’Henriette, elle habitera chez moi, je sais qu’elle t’offrira sa chambre aussi longtemps que tu en auras besoin ».

Jean-Baptiste avait dû s’absenter pour passer un coup de téléphone urgent. Quand il est revenu, il était radieux. Il agitait un petit morceau de papier (une carte de visite, en fait). Le vieux médecin que nous avons secouru le 22 décembre au soir a tenu sa promesse. Je vais être son assistante médicale !

– Mais tu lui as dit que je suis enceinte ?

— Il le savait déjà ! C’est pour cette raison qu’il était surpris à propos de ta future formation d’infirmière à la Croix-Rouge, mais s’il avait remarqué ton état, il avait aussi compris que nous l’ignorions et il a préféré se taire.

Comme je te le disais, ce début d’année me fait penser à des montagnes russes. Nous sommes partis à Avranches pour annoncer la nouvelle à maman et à papa, qui a pris Jean-Baptiste dans ses bras (malgré sa blessure qui le fait toujours souffrir) « Tu fais de moi le plus heureux des hommes, mon gars ! » Je ne saurais dire combien de bouteilles de sa cuvée spéciale ont été débouchées durant ces quelques jours, mais ma grossesse a été largement arrosée.

Ma « prise de fonctions » aura lieu dans cinq jours, en attendant je passe mes journées à papoter avec Henriette chez son Maurice, quand elle n’est pas trop fatiguée Marcelle nous rejoint dans la soirée, ensuite Jean-Baptiste vient me chercher et nous passons la nuit ou bien dans sa chambre du 15ᵉ ou bien dans la mienne du 14ᵉ !

Vendredi 2 mars 1945

Demandez le programme !

Voici la liste des chansons que le voisin « fou chantant » de Jean-Baptiste a interprétées ce soir-là. Pour les écouter, il vous suffira de cliquer sur le lien, elles sont au format MP3, ce qui signifie que vous n’aurez pas à passer par YouTube, Deezer ou autre pour en profiter.

Comme vous le savez déjà, tout bon récital du fou chantant de l’immeuble, commence par un petit (ou gros, c’est selon) pipi en chanson ! « Il pleut dans ma chambre » de Charles Trenet (1939)

La chanson qu’il interprète pour « Louise, si taquine » date de 1941 il s’agit de « Papa pique et maman coud » de Charles Trenet.

En revanche, celle qui met Albert au garde-à-vous était interprétée par Tino Rossi, toujours en 1941 « Ma ritournelle ».

Les chansons suivantes sont toutes de Charles Trenet.

J’ai connu de vous (1938)

Quand j’étais p’tit (1939)

L’héritage infernal (1942)

La polka du roi (1938)

Le soleil a des rayons de pluie (1942)

Pic pic pic (1940)

Un rien me fait chanter (1941)

Tout ça c’est pour nous (1941)

J’ai ta main (1938)

Mam’zelle Clio (1939)

Tout me sourit (1938)

La romance de Paris (1942)