Instantané – Buttes-Chaumont

f1394096ea20d5441692503452fe4b79– J’aime ton goût quand tu as peur…

– Je n’ai pas peur…

Menteuse !

Je rabats ma longue jupe sur son visage en espérant que personne ne remarquera la position de ses pieds, ne remarquera les miens…

La crainte de te faire surprendre t’excite !

Oui ! Plus que de raison… mais ta langue… ta langue… ta langue… !

Oups ! Une rame entre à quai ! Je rabats, une fois encore, ma longue jupe sur sa tête. La foule passe, indifférente. Le plus grand luxe que puisse offrir un physique quelconque est bien l’invisibilité, l’anonymat garanti !

J’aime bien ton goût quand la foule passe près de nous…

Sa langue me fouille, sa langue m’explore. Ses mains accrochées à mes chevilles ne remontent jusqu’à mes genoux que pour les maintenir écartés quand une vague de plaisir me submerge.

Je jouis dans sa bouche et c’est moi qui relève ma longue jupe pour le regarder. Son visage est luisant de sa salive et de mon plaisir mêlés.

JE T’AIME !

Il me sourit.

Je savais que tu allais me dire ces mots ! Tu me les cries toujours quand je t’ai fait jouir…

Alors que je crois qu’il va s’asseoir à mes côtés, il rabat ma longue jupe sur son visage. Cet homme est un bavard impénitent… il continue ses bavardages, agenouillé devant moi, la tête entre mes cuisses, la bouche contre mon sexe.

Une journée passée tous les deux sur ce quai de métro, une journée de blablabla entrecoupés de « je t’aime »

Enfin, le voilà !

 

Instantané – Lecture dominicale

Tu lis mes mots, allongé dans ton lit. Tu tiens entre tes mains l’exemplaire de mon roman. Tu fermes les yeux, pensant à ma bouche sur ton sexe, pensant à mon cul offert, pensant à toutes ces galipettes que nous ferions ensemble, ici et là, partout et nulle part. À toutes ces galipettes, à deux, à trois, à beaucoup.

Ton œil a glissé vers ton sexe dressé, alors tu as rabattu le drap pour le masquer à ta vue. Tu imagines mieux, si tu peux croire, ne serait-ce que le temps de cette lecture, que je suis près de toi.

Tu pourrais presque entendre ma respiration saccadée, excitée. Tu pourrais presque sentir ma salive humidifier ton gland, ma langue tourner comme une guirlande qu’on déroule, qu’on enroule autour des branches du sapin.

Tu souris en pensant à la réflexion coquine que je ferais à l’évocation des décorations de Noël. « Il ne faut pas que j’oublie de m’occuper des boules ! ». Tu imagines mon rire, tu repenses à mes mains… à la gauche…

Tu reprends ta lecture. Monique a-t-elle existé ? N’est-ce que la projection de mes fantasmes ou y ai-je glissé quelques souvenirs authentiques ? Et Christian ? Tu envies son détachement, son goût du partage. Alain te donnerait des complexes si Monique n’appréciait pas autant Joseph.

Ta main a glissé le long de ton ventre. Tu sursautes. Soulèves le drap…

Comment as-tu fait ça, coquine ? 

– Tu avais tellement envie d’y croire, alors… me voilà !

Ton rire enchanté est la plus belle des récompenses, il a plus de valeur que tous les prix littéraires, que tous les records de vente ! C’est pour toi que j’écris, pour que tu me sentes là… au creux de ton lit quand tu tournes les pages.

Où finit la réalité ? Où commencent les rêves ? La solution se cache-t-elle au milieu de ces instantanés ?

Instantané – Office boring

 

– Elle a un gros cul, mais putain, quel sourire… !

Si vous saviez, chers collègues, ce qui me fait sourire quand je vous vois ! Si vous saviez comme cette phrase que vous murmurez dans mon dos m’amuse ! Parce que je vous imagine, enchaînés, les uns aux autres, assis, assoiffés, affamés et moi, passant au-dessus de vous, ne vous autorisant qu’un bref coup de langue sur mon sexe !

Je vous imagine, implorant ma venue quémandant, un arrêt de quelques secondes au-dessus de votre visage. Inverser l’ordre établi, abolir la hiérarchie… Non ! Pas l’abolir ! Me laisser, le temps d’un rêve, être celle qui dirige, celle qui commande, celle qui ordonne… et vous, misérables vermisseaux anonymes, indistincts, ne méritant pas le dédain, le mépris que j’affiche en vous regardant.

Où croyez-vous que je trouve la force de me lever le matin ? Où croyez-vous que je puise le courage d’affronter vos réprimandes, vos colères à longueur de journées ? À longueur de semaines ?

Il me faut bien ce rêve pour continuer de sourire en vous apportant ce que vous réclamez, un dossier, un café, un thé, votre déjeuner que je dois aller chercher.

Alors, oui, j’ai un gros cul, mais mon sourire restera accroché à mes lèvres et vous n’en connaîtrez jamais la raison !

Un autre instantané s’est échappé de cet album, le retournerez-vous pour en découvrir son histoire ?