Le cahier de Bonne-Maman — « La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour »

L’hiver n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez quand mon chemin croisa de nouveau celui de Marie-Louise et de Charles. La veille au soir, le père de Toine m’avait prévenue, il irait voir son gros client pour affaires et m’avait demandé de l’accompagner. « Mais ce sera pour toi une journée de détente, Marie-Louise et son époux voudraient te recevoir comme on reçoit une amie ». J’avais donc mis ma plus belle robe, et nous fîmes le trajet en auto.

Je retrouvai Marie-Louise avec grand bonheur, elle me fit les gros yeux en constatant que j’avais rapporté la malle, elle en avait tant… ! Et me demanda si je m’amusais bien avec les costumes et les éléments de décor. Par chance, nous étions seules à ce moment précis. J’aurais aimé savoir mentir, faire semblant, mais quand bien même aurais-je pu y parvenir par mes mots, mon regard, mon sourire m’avaient trahie.

Comme une grande sœur, elle voulut en savoir plus long. Devais-je me jeter à l’eau, lui dévoiler mes secrets ? Devais-je prendre le risque qu’elle me dénonce, qu’elle s’offusque de ma conduite ? Devais-je tout simplement assumer cette part de ma vie, pourquoi aurais-je dû en avoir honte ?

J’évoquai à demi-mots des saynètes un peu… lestes que nous inspiraient les fragments de textes que nous trouvions dans les poches de certains costumes. Je pensais qu’elle se sentirait bafouée d’un tel usage, au contraire, elle sourit.

Ces représentations, nous préférons les garder secrètes, Charles et moi… mes parents ne sont pas au courant, je ne pense pas qu’ils les approuveraient.

Ainsi donc, leur amour était de même nature que celui qui nous unissait ! Une fois de plus, je méprisai ce réflexe qui m’interdisait de penser que nous pouvions êtres mues par les mêmes envies, par les mêmes sentiments, par les mêmes sensations. Marie-Louise et Charles appartenaient à un monde qui ne serait jamais le mien, mais je n’étais pas plus envieuse de leur richesse qu’ils n’enviaient la simplicité de ma vie.

Je n’ai jamais su si elle avait pris conscience de la nature exacte de notre relation multiple. Dans son monde, il est des mots qu’on ne prononce pas, en tout cas pas avec les gens du mien.

Malgré tout, notre complicité éclata encore. Elle me demanda d’accepter « ces deux petits livrets un peu lestes » comme si je lui rendais service. Quand nous les lûmes, le dimanche suivant, Toine ne put s’empêcher de ricaner « Ah bravo ! Quand je pense que ça va à l’église tous les dimanches ! », mais il y avait plus de surprise amusée que de critique dans cette remarque.

Elle me parla aussi des progrès de son mari, de ces cauchemars qui ne le hantaient presque plus. Elle me remercia trop chaleureusement pour que je ne puisse en éprouver un certain malaise. Je n’avais rien fait de si exceptionnel, pourquoi se sentait-elle tellement redevable ? Pourquoi ces trémolos dans la voix ? Pourquoi me serrait-elle si fort contre son cœur ?

Tu es la première à qui je le dis, même ma mère l’ignore encore… Pendant le déjeuner, nous allons annoncer que…

Elle s’interrompit et mima un ventre rebondi. Cette grossesse était pour elle le signe que la vie reprenait son cours normal, que l’espoir pourrait renaître. Elle aurait souhaité que je sois la marraine de cet enfant à venir, mais je ne pus accepter de mentir. J’avais cessé de croire en dieu et je refusai de me commettre dans ce que je voyais comme une mascarade.

Nous eûmes à ce propos, une discussion franche et animée, ne redoutais-je pas la colère de Dieu ? Je lui répondis que si dieu existait, il serait bien plus mécontent que je me rende à l’église sans y croire plutôt que de rester fidèle à mes convictions. Charles nous rejoignit à cet instant, il entendit mes mots, me dit « Finalement, vous faites le pari de Pascal, mais vous en arrivez à la conclusion inverse ! » Je faillis lui demander qui était ce Pascal, mais la cloche annonçant que nous devions passer à table venait de retentir.

La règle était de ne pas faire attendre le patriarche à l’heure des repas. Nous descendîmes une fois encore, tous les trois ce grand escalier si impressionnant.

La nouvelle de la future naissance enchanta tout le monde, comme Marie-Louise l’avait souhaité, je fis semblant d’être aussi surprise que les autres convives. Le vin coula à flots, de nouveaux projets se faisaient jour.

Je repris la route, aux côtés du père de Toine, qui fut ravi de ne pas avoir à arrimer une autre malle au coffre de son automobile.

Nous plaisantions, joyeux comme des pinsons, le froid commençait à s’abattre sur la Provence, mais nous le sentions pas encore.

Le père de Toine me confia que le geste que j’avais eu pour Charles avait eu des répercussions sur son affaire et il s’en sentait redevable envers moi. Je haussai les épaules en lui rappelant tout ce qu’il avait fait pour moi, comment l’emploi qu’il m’avait offert, la chambre qu’il m’avait prêtée m’avaient permis de rester au pays. Il sourit « Au pays, dis-tu ? » Je pris alors conscience que je me sentais chez moi dans ce village à l’autre bout de la France, bien plus que je ne me l’étais jamais sentie dans ma Normandie natale.

Nous arrivâmes au village au milieu de l’après-midi et le père de Toine me donna congé. « Tu mérites bien cette journée de vacances, Rosalie ! Repose-toi, il sera bien temps pour toi de te remettre au travail dès demain ! »

Quand je rentrai chez moi, encore un peu grise de cette matinée, de ce déjeuner si joyeux, ayant congé pour l’après-midi, je trouvai Valentino attablé, en train de fumer, une tasse de café à demi vide devant lui. Il se tourna vers moi, me sourit. Il était déjà venu à plusieurs reprises à la maison, mais n’aurait jamais pu deviner que je ne travaillerai pas cet après-midi là.

Comme tous les ouvriers qui venaient nous aider, il possédait un double de la clé. Toine tenait une sorte planning des travaux, chacun savait ce qu’il restait à faire et s’inscrivait pour une tâche à la date qui lui convenait le mieux.

Valentino était menuisier-charpentier, il s’était engagé à réparer l’escalier devenu dangereux après des décennies sans entretien. Non, je n’étais pas venue pour surveiller son travail ! Nous riions ensemble parce qu’il n’avait pas cherché à me faire croire que sa question était autre chose qu’une plaisanterie.

Il m’offrit de me faire un café, j’avais appris à l’aimer bien plus fort, moins amer que celui de mon enfance. C’était la deuxième fois de la journée que je repensais à la Normandie et la deuxième fois où je réalisais que je ne m’y étais jamais vraiment sentie chez moi. L’odeur du café maintenu au chaud toute la journée sur le fourneau me revint en mémoire avec déplaisir.

Tu as de la peine ? Tu es… fâchée de ma présence ?

Non ! Je… je repensais à mon village, à mon enfance… L’Italie te manque ? Parce que mon pays ne me manque pas, je viens de comprendre que je suis chez moi ici…

Ton… « pays » ? Mais… tu n’es pas française ?

Si ! Mais…

Je me levai, pris une poignée de farine, la déversai sur la table, traçai une carte de France et lui montrai d’où je venais… je savais qu’il comprendrait parce que j’avais entendu des discussions entre italiens. Il sourit en me voyant récupérer la farine et la verser dans une assiette.

Tu es plus soigneuse avec la nourriture qu’avec tes vêtements !

Pourquoi me disait-il ça ? Avait-il fouillé dans mon armoire ? Et puis, mon linge y était proprement rangé ! Il regarda en direction de la salle à manger et je compris.

Je ris en lui expliquant qu’il s’agissait de costumes de théâtre et pourquoi dans ma hâte de rendre la malle à Marie-Louise, j’en avais vidé le contenu sur la grande table et le sofa. Je réalisai que je n’avais aucun meuble où les ranger.

Si tu le veux, je pourrais revenir pour t’en fabriquer un, mais réparer ton escalier est plus urgent…

Il avait parfaitement raison. Nous parlâmes des travaux à venir, de politique, d’exil. Les cafés et les heures avaient défilé sans que nous en ayons vraiment pris conscience. Il était trop tard pour qu’il se remette à l’ouvrage.

Il se lava, se rhabilla de propre pendant que je rangeais les costumes et les accessoires, du mieux que je pouvais, dans la petite chambre que vous connaissez bien. En sortant de la cuisine, il rit de me voir les bras chargés de robes incongrues.

Tu portes vraiment toutes ces robes quand tu fais du théâtre ?

Nous aimons bien nous costumer et nous inventer des histoires.

Des histoires ?

Attends, je vais te montrer…

Je dois encore trouver un endroit où manger, où dormir… il est trop tard pour que je rentre chez moi… Une autre fois, peut-être…

Où travailles-tu demain ?

Pour l’instant, nulle part ! Tu sais bien… un chantier par-ci, un chantier par-là… tu connais notre condition…

Alors, reste ici ! Demain, tu finiras ce que je t’ai empêché de faire aujourd’hui, je te ferai à manger, et tu pourras dormir ici !

Dormir ici ? ! Et toi ? Où dormiras-tu ?

Dans ma chambre ! Tu peux dormir dans le canapé et il y a deux matelas… on peut les installer si tu trouves que le canapé n’est pas assez confortable…

Mais… toi et moi seuls chez toi ? Tu sais ce qu’on dit des italiens avec les femmes… et avec les femmes françaises ! Tu connais la réputation que nous avons… tu…

Je connais aussi la réputation des anarchistes, Valentino ! Pourtant aucun n’a déposé la moindre bombe dans cette propriété privée, aucun ne nous a jamais molestés ! Fais-moi plaisir, installe-toi confortablement sur le canapé comme si tu étais au spectacle et ouvre grand tes yeux quand je ferai mon entrée !

J’allai dans la chambre et enfilai à la hâte une robe de princesse. Je ne saurais dire pourquoi je choisis cette robe, peut-être parce qu’elle était si éloignée de moi, du monde d’où je venais, de celui dans lequel je vivais… Peut-être parce que le haut de la robe, ce corset qui faisait pigeonner ma poitrine se laçait sur le devant et que je n’avais pas besoin d’aide pour l’attacher…

Je l’ajustai, pris le chapeau qui complétait le costume, le posai sur ma tête et fis une entrée théâtrale. J’ai gardé longtemps cette manie du petit pas sauté, des bras ouverts et de cette révérence maladroite.

Il rit, je ris. Je lus dans ses yeux qu’il me trouvait aussi séduisante que je le trouvais séduisant et qu’il en était tout autant surpris que moi. Nous venions de passer plusieurs heures ensemble, je le connaissais depuis des mois, mais c’est à ce moment précis que le désir s’est emparé de nous.

Un silence gêné s’était abattu sur la maison, comme si nos regards suffisaient pour poser la question que nous n’osions pas formuler à haute voix. « Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Valentino se leva d’un bond, comme si un ressort l’avait éjecté du canapé.

Rosalie… je ne vais pas rester…

Je comprenais sa gêne, je la partageais, mais quand nos mains se tendirent pour cet « au revoir » amical, nos corps réagirent comme s’ils avaient été aimantés.

Rosalie… Rosalie… il ne faut pas… Rosalie… il ne faut pas…

Dis-le… dis-le moi encore…

Il ne faut pas…

Dans un sourire, je posai mon index sur ses lèvres.

Non ! Redis-moi « Rosalie »

Je sentis un sourire naître sous mon doigt.

Rosalie

Encore

Rosalie

Encore

Rosalie

Je ne me lassais pas de l’entendre prononcer mon prénom, les « r » étaient tantôt rocailleux, presque gutturaux, tantôt roulés, chantants et quelque soit leur prononciation, ils me charmaient pareillement.

Encore…

Son sourire était aussi doux que sa voix.

Rosalie

Je levai enfin les yeux et osai le regarder. Quelle douceur, quelle tendresse teintée de crainte dans son regard d’habitude si assuré ! Je m’y lovai, j’aurais voulu qu’elle m’enveloppât, qu’elle ne cessât de m’envelopper.

Je fus foudroyée par le contraste entre la peau rugueuse de sa main et la douceur de son geste quand il attrapa la mienne pour la porter à sa bouche et y déposer son premier baiser.

Rosalie

Nous n’avions pas encore osé nous embrasser, je déposai quelques baisers, légers, timides sur sa poitrine. Je fermai les yeux pour trouver le courage de déboutonner sa chemise qui se dressait comme un rempart entre ma bouche et sa peau. À chaque bouton dégrafé, à chaque baiser sur sa peau mate, répondait un « Rosalie ».

Que ma peau me parut douce quand il prit mon visage entre ses mains pour m’embrasser, délicatement, passionnément ! Combien j’ai aimé la lenteur de ses gestes quand il délaça le corset…

Quand ma main effleura son pantalon, que mes doigts s’apprêtèrent à le déboutonner, Valentino poussa un soupir de désir et un petit cri entre crainte et excitation, le tout dans un même souffle.

Sa main se posa sur la mienne comme pour arrêter mon geste, mais quand je le caressai par-dessus le tissu de son pantalon, son « Oh… Rosalie ! » avait la sonorité des encouragements impatients.

Il m’embrassa encore, puis me demanda si je voulais aller plus loin. Dans un grand sourire, je lui dis « Tu mériterais que je te réponde « Non » et que je te laisse ainsi ! »

Il rit, tout en rougissant. Nous n’étions pas très à l’aise, Valentino ne savait rien de ma vie intime, je ne savais pas ce qu’il connaissait de moi. Mais le désir domina nos craintes. Seule notre envie d’être heureux, de nous offrir une parenthèse de plaisir avait de l’importance.

Quand je m’agenouillai, il voulut m’en empêcher, j’appris plus tard, qu’il croyait que je n’avais pas conscience des conséquences et fut soulagé de constater que je ne semblais pas étonnée, choquée par la vision de son membre.

Plus mon désir était ardent, plus je prenais mon temps. Quel étrange paradoxe ! Mais que j’aimais regarder son sexe dressé, gonflé, vibrant, que j’aimais en éprouver le relief du bout de mes doigts !

Tu regardes comme si c’était un chef-d’œuvre !

Je le regarde pour ce qu’il est ! Et aussi pour ne pas me précipiter… Je veux profiter de cet instant… Je veux imaginer le plaisir que je prendrai et savoir que mon imagination sera bien en-deçà de la réalité…

Il se méprit, car il voulut que je m’allonge. Je lui fis signe d’attendre, le regardai, fermai les yeux, approchai mon visage, entrouvris mes lèvres, les humectai du bout de ma langue, je l’entendis respirer plus fort, un peu plus fort, un peu plus fort encore…

Oh !

Dans un réflexe, ses doigts s’étaient crispés sur mes cheveux. Je goûtai son sexe comme on découvre une nouvelle gourmandise. Je goûtai aussi le plaisir infini de l’entendre gémir en italien, ne comprenant pas les mots mais en ressentant viscéralement la signification…

Ma langue s’humidifiait à l’aune de son plaisir, j’en prenais tout autant que lui et nous en étions également conscients. Je sus quand ne plus l’empêcher de s’arracher de ma bouche, je ne résistai pas quand il me souleva par les aisselles.

Il me déposa délicatement sur le canapé, dénudant mon corps avec lenteur, lui aussi voulait prendre le temps de le découvrir. Il avait remis de l’ordre dans ma tenue, recouvert mes seins du corset délacé, mais régulièrement, il tirait sur le ruban de telle façon que le tissu se décollât de ma peau, il jetait alors un regard en biais terriblement excitant sur ma poitrine à-demi dénudée.

Il remontait le bas de ma robe, centimètre par centimètre, s’étonnant de la douceur de ma peau sous mon bas. Soudain, telle une couleuvre coulant vivement dans un sous-bois, sa main gauche glissa sous ma robe, remonta le long de ma jambe et se faufila entre la peau de ma cuisse et mon bas, comme pour vérifier l’exactitude de cette impression.

Je me hérissai de désir, de plaisir, mes jambes s’écartèrent sans que je puisse les en empêcher. Son visage simula l’indifférence, mais son sexe le trahit. Nous nous sourîmes, complices, mais faisant mine de rien, il poursuivit son monologue et je fis semblant d’en comprendre chaque mot.

Quand le bas de ma robe dévoila mes cuisses, j’arrêtai son geste, en le suppliant de ne faire aucune remarque sur ce qu’il allait voir pour la première fois. Je vis passer dans ses yeux une vague de surprise et de crainte mêlées, il glissa sa main sur mon pubis, entre mes cuisses, sourit, mi-soulagé, mi-amusé et continua à remonter ma robe. Il m’avoua, par la suite, avoir cru que je le prévenais de mon hermaphrodisme ou quelque chose de la sorte.

Quand ma blondeur resplendit à la lueur des lampes à pétrole, il eut un sourire charmant. Il pencha la tête sur le côté, pour mieux m’observer, comme un lapidaire, face à un diamant brut, pourrait se demander comment le tailler pour le mettre en valeur, sans nuire à sa perfection.

Mes jambes s’ouvrirent sous ce regard, au rythme de sa respiration. Ses doigts écartaient mes lèvres, entraient dans mon vagin. Comme je l’avais fait plus tôt, il voulait en ressentir chaque relief, il se murmura à lui-même cette exclamation ravie « Oh che bella fighetta! ». Je lui en demandai la signification, il ferma les yeux, rougit un peu, fit non de la tête.

Tu serais offensée, alors que c’est tout le contraire

Ses doigts me transformaient en marionnette, j’ondulais, je m’ouvrais comme mue par leur propre volonté et ces mots que je ne comprenais pas, tout en les ressentant balayaient toute crainte, toute pudeur. Ses yeux étincelaient de désir, de folie.

Tu aimes mes caresses, Rosalina ?

Je tombai immédiatement amoureuse de ce doux diminutif, il me fallut quelques instants avant de reprendre mes esprits.

Ne le sens-tu pas sous tes doigts ?

Comme ça ?

Ses doigts allaient et venaient en moi, me paralysant de plaisir.

Ou comme ça ?

Tout en continuant ses va-et-vient, de son autre main, il caressa, non pas mon petit bouton bandé, mais les petites lèvres autour, accompagnant ses caresses d’une pression croissante. J’étais muette de plaisir.

Muette et paralysée, mais quel plaisir doux et violent ! Il répondit pour moi.

Comme ça, alora !

Je me sentais jouir sous ses doigts, nos sourires se répondaient et nos regards… ! Nos regards ! Ce fut la première fois où j’eus cette impression étrange d’une telle communion entre nous que mes yeux devenaient d’un noir ardent et les siens d’un bleu étincelant.

Enfin, tel un enfant, qui après avoir attendu patiemment, se décide à déguster cette pâtisserie dont il avait tellement envie, Valentino se pencha vers mon sexe offert, avec une avidité non dissimulée.

Sa bouche, sa langue, la précision de ses baisers… un orgasme me transperça les reins comme un coup de poignard. Mes gémissements de plaisir s’échappèrent de sa bouche. Il lui fallut user de toute sa force pour m’empêcher de l’étrangler avec mes cuisses.

Ayant dégusté mon plaisir, Valentino releva la tête. Ses lèvres, sa moustache, sa barbe, son nez, même ses pommettes luisaient. Il le vit dans mes yeux et rit de notre bonheur simple, inattendu…

Je voudrais aller dans mon lit, mais je n’en ai pas la force…

Tu as sommeil ?

NON ! Mais mon lit est… ooohh Valentino… plus confortable…

Je vais te porter, alora, Rosalina…

Il me souleva du canapé, m’embrassa « Tu es plus légère qu’une plume, Rosalinetta ! » et sans que nous l’ayons décidé, nos sexes s’unirent. Nous en fûmes autant surpris l’un que l’autre. Valentino s’arrêta. Je sentais mon sexe palpiter autour de son gland. La position était assez inconfortable, mais pour rien au monde, nous aurions voulu en changer.

Il avança lentement, précautionneusement, par chance, mon entrée théâtrale m’avait empêchée de fermer la porte de ma chambre.

Quand il voulut me déposer sur mon lit, son sexe entra de tout son long dans le mien, son gland cogna le fond de mon vagin.

Oh !

Il me reprit dans ses bras, me fit coulisser le long de son membre et « HAN ! » m’empala. Une fois. Deux fois. Dix fois. Prenant un peu plus d’assurance à chaque fois.

Je me pâmais, comme en équilibre à l’exacte limite de l’orgasme. Je le suppliai

Encore !

Il ne m’écouta pas et m’allongea sur le lit. Son regard, son sourire avaient retrouvé toute leur assurance. Avec la certitude que nos corps, nos esprits parlaient la même langue, la sérénité pouvait enfin s’inviter dans la fougue de cette première étreinte. Je puisais dans son regard, la force et l’assurance, je me sentais rayonner.

J’attendis que son sexe soit presque hors du mien, de sentir le bourrelet à la base de son gland à l’entrée de mon vagin pour, d’un geste de la main, lui demander de cesser tout mouvement.

Regarde ! Regarde !

J’écartai mes lèvres du majeur et de l’index d’une main, tandis que de l’autre, je me caressai, impudique, livrée à sa curiosité. L’orgasme me souleva à demi, je lui criai mon plaisir, mes sentiments dans un mélange de patois, de français. Il me répondit en italien et en français, qu’il aimait ce que nous faisions et d’autres choses que je ne compris pas.

Tu aimes quand je jouis, Valentino ?

Il hocha la tête et, comme à regret, m’avoua

Mais j’ai peur de…

Tu as peur de ?

Jouir trop vite… tu comprends ?

La surprise me fit dire, sur le ton péremptoire d’un sermon

Mais, Valentino, un cazzo non è un fucile a un solo colpo !

Il éclata de rire et surpris me demanda si je parlais italien, je lui dis la vérité, je ne connaissais que cette phrase, mais elle me semblait correspondre à ce que je voulais exprimer.

Qui te l’a apprise ?

Toine la dit souvent dans ce genre de situation…

Je me demandai soudain, si j’en avais bien perçu la signification…

Toine ? Tu… avec Toine ?

Redoutant son jugement, mais n’ayant pas envie de lui mentir, je regardai Valentino droit dans les yeux.

Oui ! Nous sommes un couple à quatre… Nathalie et Toine, Nathalie et Pierrot, Pierrot et moi, moi et Toine, moi et Nathalie…

De plus en plus surpris, il me demanda

Et Toine et Pierrot ?

Ah non ! Enfin… je ne crois pas…

Il ne me jugea pas, au contraire, cette précision sembla le soulager tout à fait.

Alors, la phrase de Toine veut bien dire ce que je croyais ?

Il opina en souriant. Son sexe avait perdu de sa dureté, mais dès que je me redressai pour voler un baiser à Valentino, sa vigueur revint comme par magie.

Écarte tes lèvres, Rosalina…

Non ! Tes doigts sont plus…

Plus ?

Plus plaisants que les miens… ils m’excitent plus…

Oh Rosalina… !

Ses doigts écartèrent mes lèvres, d’une main je me caressai et de l’autre, je m’agrippai à ses reins…

Embrasse mes seins, Valentino… s’il te plaît… ils ont besoin de tes baisers…

Une longue plainte s’échappa de sa bouche, comme si ma supplique le libérait d’un désir inavoué. Ma voix me surprit quand je lui demandai s’il sentait qu’une vague de plaisir allait bientôt me submerger. Je jouis violemment, haletant comme une bête sauvage, sans pudeur, j’avais perdu tout contrôle, j’avais envie de le mordre, de l’embrasser, de le lécher, de le dévorer tout à la fois.

Rosalina… Rosalina…

Je sentais les soubresauts de son corps tandis que son plaisir explosait enfin. Je l’empêchai de sortir de mon sexe « Profite et laisse-moi profiter de ce moment, mon beau Valentino ». Il y consentit en m’inondant de mots tendres en italien.

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Nous ne dormîmes pas de la nuit, et je ne pus me résoudre à aller travailler le lendemain matin, j’avais l’impression que cette nuit de folie amoureuse et sexuelle était tatouée sur mon corps, sur mon visage.

Je n’avais pas tout à fait tort, parce que lorsque Toine « venu aux renseignements » nous trouva assis dans la cuisine devant un bol de café, il eut un sourire amusé, prit mon poignet entre ses mains, fit semblant d’y chercher un pouls, et d’un ton très sérieux annonça « Bon, le bon docteur Toine a trouvé la Rosalie bien fatiguée, un peu fiévreuse, sans doute un coup de froid, je lui conseille de garder la chambre pour la journée ». Il déposa un baiser amical sur mon front « Profite, Bouton d’Or », avant qu’il ne s’en aille, Valentino lui dit quelque chose en italien, ils éclatèrent de rire, et Toine, tout en ébouriffant mes cheveux fit semblant de me sermonner « Il ne faut pas toujours répéter ce que je dis, Bouton d’Or ! »

Valentino demanda pourquoi il m’appelait ainsi, et Toine lui répondit en italien quelque chose que je compris tout à fait. J’aimais leur façon de parler de se regarder, ils faisaient de moi leur égale, ce qui n’était pas fréquent en 1919. J’étais une femme, je couchais régulièrement avec l’un, je venais de le faire avec l’autre, ils le savaient, mais respectaient tout autant mon désir que la femme que j’étais.

Ce fut donc, notre volonté commune, à Valentino et à moi, de n’être que tous les deux quand nous faisions l’amour. Il n’a jamais revendiqué une quelconque exclusivité et réciproquement. En revanche, il n’avait aucune envie de me voir coucher avec un autre, une fois encore ce souhait était réciproque.

Nous avons vécu une belle et longue histoire d’amour, en parallèle avec celle que je vivais avec Pierrot, mais je n’ai jamais cherché ni à la cacher, ni à en minimiser l’importance. Pierrot l’a acceptée, comme j’ai pu accepter les belles histoires d’amour qu’il a vécues sans moi.

Après l’automne, après l’hiver, le printemps est arrivé…

 

 

 

Le cahier de Bonne-Maman – À la Sainte-Reine, sème tes graines

Nathalie arriva chez moi dès le samedi soir, elle était si excitée à l’idée de voir toutes ces tenues, ces pièces de tissus que j’avais rapportées qu’elle n’avait pas eu la patience d’attendre jusqu’au dimanche matin. Quand je lui avais raconté ce qui m’était arrivé, ce jeudi, j’avais évoqué en deux mots l’idée « de nouveaux jeux, de nouvelles figures ».

Ouh fan… ! Il y en a combien en tout ? !

Je ne sais pas ! J’ai attendu que tu viennes pour ouvrir la malle et les compter avec toi ! Et puis… regarde… tu as vu ? Il y a même des costumes pour Pierrot et Toine ! Ils ne sont pas tout à fait à leur taille, mais on pourra arranger ça, non ?

Nathalie dansait avec un costume de bergère posé contre son corps. Nous riions comme des fillettes ravies de cette bonne aubaine, quand une idée surgit « et si nous faisions une surprise à nos amoureux ? »

Depuis que j’y demeurais, nous nous retrouvions tous les quatre dans la maison, chaque dimanche à 9 heures. Munies d’un panier de victuailles, notre costume sous nos robes, Nathalie et moi nous mîmes en route avant le lever du jour, pour ne pas prendre le risque d’être vues. Nous improvisant stratèges, nous fîmes même un grand détour, évitant ainsi de passer devant la ferme de Pierrot et celle de Joli Coquelicot.

Avant notre départ, nous avions laissé ce quatrain, bien en évidence sur la grande table

Il se dit que, près d’une certaine source,
À la Sainte-Reine, quelques jeunes fées
Par l’été assoiffées, s’y retrouvent pour se désaltérer
Alors, messieurs, venez les y rejoindre… et au pas de course !

Arrivées dans cette forêt au sol rocailleux, nous ôtâmes nos robes, et les rangeâmes près des paniers, que nous cachâmes dans une sorte de petite grotte où régnait une fraîcheur fort agréable. L’été avait été déroutant, au froid relatif avait succédé une période de forte chaleur, les arbres en semblaient déboussolés, les branches de certains étaient déjà presque nues tandis que d’autres arboraient encore un feuillage tout printanier.

Sur les conseils de Nathalie, j’avais détaché mon chignon et elle avait longtemps brossé mes longs cheveux, les rendant vaporeux, féeriques… Elle portait les siens déjà beaucoup plus courts, mais tandis que je la coiffais, je fus saisie par sa beauté particulièrement éclatante ce matin-là.

Nous riions beaucoup, plaisantant en les attendant, nous taquinant aussi, nos caresses étaient tendres, nos baisers aussi. Nous aimions depuis longtemps faire l’amour ensemble, mais c’est ce jour précis, à l’ombre de ces arbres centenaires, près de ce filet d’eau qui chantait, que l’évidence nous sauta à la figure.

Nous avions longtemps cru que la part sexuelle de notre relation avait été un pis-aller pendant l’absence de Toine et de Pierrot, ensuite, nous savions qu’elle les excitait. Ils aimaient nous voir faire l’amour et nous aimions leur offrir ce spectacle, mais en ce matin, alors qu’ils allaient bientôt nous rejoindre et que nous étions seules, nous dûmes nous rendre à l’évidence. Nous nous aimions pleinement, nous nous aimions tout simplement. Loin de nous troubler, cette révélation nous apporta une force, une sérénité supplémentaire.

J’aimais sentir mon corps vibrer sous ses caresses, j’aimais sentir le sien vibrer sous les miennes. La douceur de sa peau, la plénitude de ses seins, les aréoles plus brunes, plus larges que les miennes, cette petite ligne cuivrée joliment dessinée, qui courait de son nombril vers son pubis à la toison brune, comme pour guider mes baisers… sa bouche, ses yeux, ses mains… Oh oui, j’aimais et je désirais son corps avec autant de fougue que celui d’un homme !

Elle me faisait l’amour d’une façon incroyable, en me disant que c’était tellement facile. Je la comprenais. Nos corps ne se contentaient pas de réagir aux caresses, aux baisers, aux griffures, aux morsures, ils indiquaient ce dont ils avaient soif, comme s’ils nous criaient « Ici ! Comme ça ! Encore ! Plus fort ! Moins fort ! Encore ! Encore ! Oui ! Comme ça ! »

Je n’ai, nous n’avons jamais cherché à savoir ce que je, ce que nous préférions, les plaisirs étaient différents, mais pourquoi vouloir les hiérarchiser ? Comment comparer ce qui est incomparable ? La question est tout aussi ridicule que si l’on me demandait si je préfère l’aïoli à la tarte aux pommes ! Ce qui compte, n’est-ce pas le moment, la puissance de l’abandon au plaisir ?

Il n’était guère plus que dix heures quand nous entendîmes des pas lourds écraser des brindilles, des voix d’hommes se répondre. Un dernier baiser rien que pour nous et nous rejoignîmes notre cachette. Oh ! Le terme « cachette » est bien exagéré puisque nous n’avions qu’un désir, un désir ardent, celui qu’ils nous trouvassent !

Ça y est ! Je les vois !

Nathalie et moi sursautâmes, étonnées d’entendre la voix de Bouche Divine, ainsi, Pierrot et Toine étaient venus avec des comparses… Nous avions prévu de faire semblant d’être effarouchées et de nous égailler en poussant des petits cris suraigus pour qu’ils nous courent après. Mais, paralysées par la surprise, nous ne pûmes que tourner nos visages vers eux.

Quand mon regard croisa celui de Bouche Divine, je pris conscience qu’il était le plus jeune des villageois partis combattre. Il ressemblait à un enfant émerveillé. Je me levai, fis semblant de me réfugier derrière un arbre, mais de l’index, l’invitai à s’approcher de moi.

De son côté, Toine invita Barjaco à succomber aux charmes de Nathalie et recula d’un pas. Aux côtés de Pierrot, les bras croisés, ils observaient la scène, amusés, comme pour nous dire « à malin, malin et demi ».

Offre-moi un de tes divins baisers, jeune homme…

Après une seconde d’hésitation, il entra dans le jeu que je lui proposai. Un baiser sur mon front, un second à la naissance de mon cou. De ses mains artificielles, il dénoua le ruban qui retenait les pans de ma robe. Je lus dans ses yeux qu’il avait peur de me blesser en faisant jaillir mes seins dont il ne pouvait sentir la fragilité, j’accompagnai donc son geste et lui volai le baiser suspendu à ses lèvres.

Une fois de plus, la douceur, la fougue de ses lèvres, la tendresse et l’habileté de sa langue me transportèrent loin de la réalité. Sa bouche se promena le long de mon cou, fit un détour par mes épaules. J’aurais voulu avoir la force de la diriger sur mes seins, mais je n’en étais déjà plus capable…

Quand enfin sa langue les caressa, qu’il me dit, rougissant « on dirait deux petits boutons de roses prêts à éclore », une vague de bonheur me submergea et mon désir enfla comme un torrent à la fonte des neiges. Je lui arrachai ses vêtements plus que je ne le dévêtis, sans prendre garde aux lanières de cuir qui ceinturaient son buste. Plus tard, bien plus tard, il m’avoua que mes gestes ce matin-là lui avaient rendu sa « normalité ».

Je m’agenouillai devant lui, comme j’aurais aimé avoir son don, rien qu’une fois, son merveilleux don… ! Adossé à cet arbre, il criait pour la première fois son plaisir, m’encourageant, me guidant, me remerciant, m’encourageant encore, émerveillé de sentir ma langue, ma salive inonder son sexe…

À sa demande, je le laissai s’allonger et m’allongeai sur lui. Sexes contre bouches, nous étions seuls au monde. Je me sentais comme un bateau en papier que je ne pouvais diriger au milieu d’un océan de plaisir, à la merci de ses vagues. Quand il arracha sa bouche à mon sexe, je fus propulsée dans la réalité, dans cette clairière ensoleillée, entourée des personnes que j’aimais le plus au monde.

Je voudrais regarder tes jolis seins danser au rythme de mes coups de reins…

Dans la précipitation du départ pour cette escapade imprévue, il avait oublié de prendre sa « capote réglementaire » comme nous nous amusions à les nommer. Barjaco était en train de se servir de la sienne avec Nathalie. Les rouages de mon cerveau tournèrent à toute vitesse. Il ne souffrait d’aucune maladie vénérienne, les anglais débarqueraient le mardi suivant… Le désir prit le pas sur la raison, je m’accroupis au-dessus de son sexe dressé comme s’il voulait défier les cieux…

Et moi, je voudrais que tu n’oublies jamais cette sensation…

Le plus lentement que je pus, je me pénétrai de lui, m’émerveillant de son émerveillement, m’enivrant de l’ivresse de ses sens… Oubliant un instant ses mutilations, il tendit ses prothèses vers mes seins. Une ombre de désespoir assombrit son regard, comme un nuage masquant le soleil. Je la chassai en frottant mes petits globes doucement sur elles. Écartant ses bras, il me demanda de le caresser « encore une fois… comme l’autre fois ». Je me penchai, en profitai pour lui quémander un long baiser.

Le premier fut bref, interrompu par « Ta langue à le goût de m… »

Moi, je l’aime ce goût ! Pas toi ?

Un long baiser et il explosa au fond de moi, mais je restais maîtresse de mes mouvements, je l’empêchais de sortir de tout le poids de mon corps sur le sien. Lors de « l’amicale des anciens combattants », j’avais constaté à quelle vitesse son membre reprenait de sa vigueur. « Regarde la Nathalie ! Aimes-tu la regarder prendre du plaisir autant que j’aime la regarder ? Sens-tu comme ça me chauffe les sangs ? Et quand je vois mon Pierrot et le Toine… regarde comme ils bandent ! » L’effet fut immédiat, je sentis son sexe durcir, malgré l’éclat de rire que lui arrachèrent les commentaires de Barjaco

Boudie ! Baiser ton petit con en pleine nature… espinchouner l’autre coquine… et ton cul qui danse… Ô fatché, sens… ça me fait venir ! »

Je regardais Bouche Divine, le reflet de ses yeux, son sourire, sa poitrine qui se soulevait comme pour s’emplir de tout ce bonheur, de tout ce plaisir… J’allais me pencher pour l’embrasser encore quand Nathalie, d’une bourrade, m’en empêcha.

À mon tour de profiter de tes baisers !

Me faisant face, elle s’assit presque sur sa bouche, poussant un cri de plaisir à son contact. Le sexe de Bouche Divine sembla doubler de volume et de dureté. Nathalie appela Toine et Pierrot qui firent mine de ne pas vouloir approcher davantage. Elle minaudait, faisant pigeonner sa magnifique poitrine, relevant puis agitant sa superbe chevelure brune, fit la moue, mais rien n’y faisait, ils ne bougeaient pas d’un centimètre. Que j’aimais leurs sourires complices, taquins, amusés !

Je me penchai vers elle, lui murmurai à l’oreille « Ils ne résisteront pas à ça… » et je l’embrassai, lui caressai le corps. Ses mains glissèrent de la même façon le long du mien, elle savait me faire frémir quand sa main glissait de mon ventre au bas de mon dos. Une décharge de plaisir me foudroya quand du dos de sa main, elle effleura le creux de ma taille.

Bouche Divine semblait aux anges, masqué par le corps de Nathalie, je ne pouvais le voir, mais j’entendais ses grognements de plaisir et je sentais son sexe toujours plus dur, toujours plus puissant.

Toine et Pierrot nous accusèrent de ne point être des fées, mais de diaboliques sorcières et vinrent enfin à nos côtés. Pour être exacte, Toine derrière mon dos, agenouillé, me caressait les seins, le ventre, ses doigts rejoignant ceux de sa fiancée. Pierrot, sur le côté gauche de Nathalie, lui aussi à genoux, faisait de même avec les miens.

Barjaco, resté quelques instants muet de surprise, s’exclama « Oh, mais vous me faites rebander, sacrées coquines ! Oh malheur ! Il faut me calmer le feu ! » Il approcha son sexe épais de ma bouche, je léchai un peu son gland, mais j’avais encore envie des baisers de Nathalie, je le délaissai le temps de l’embrasser. Elle me fit un clin d’œil

Hé Barjaco, tu préfères ma bouche ?

Elle le suça un peu…

Ou celle de ma Rosalie ?

Et me laissa faire. Barjaco en bégaya de surprise. Une pichenette sur mon épaule, Nathalie regarda son Toine, comprit, lui sourit, avant de poursuivre

Ho Barjaco, ne me dis pas…

Et nous entreprîmes de le sucer en même temps, excitées par ses exclamations de plaisir.

Je sentis les doigts de Toine glisser dans ma toison « Tu veux jouir de mes doigts, Bouton d’Or ? » À sa question susurrée à mon oreille, je répondis en rejetant ma tête en arrière, comme si j’avais voulu offrir mon visage aux caresses du soleil et lui caressai le corps de mes longs cheveux, il me mordit un peu l’épaule avant de m’offrir un orgasme radieux comme un sourire complice.

Ho, petite… !

Sans laisser à Barjaco la possibilité de se plaindre, je léchai, d’une langue gourmande, la hampe de son sexe, avant de retrouver celle de Nathalie sur le bout de son gland.

Boudie ! Regardez ce que vous m’avez fait faire !

Nos joues éclaboussées de son sperme, nous riions quand Nathalie fut secouée d’un spasme violent. En s’affaissant sur le côté, elle libéra le visage de Bouche Divine, qui hurla son plaisir à en déraciner les arbres alentour.

Pierrot me prit dans ses bras « On leur montre la figure Rosalie ? ». Nous l’exécutâmes avec une grâce folle, comme un ballet dans le plus beau des opéras.

Barjaco et Bouche Divine nous dirent au revoir, ils ne pouvaient manquer le déjeuner dominical et il était déjà presque une heure de l’après-midi. Déjà repus de plaisir, nous déjeunâmes tous les quatre, les pieds barbotant dans l’eau fraîche de cette source.

Nous étions sur le chemin du retour quand je leur parlai de la malle pleine de vêtements, de tissus que m’avait offerte Marie-Louise. Taquin, Toine me demanda si parmi eux, il y avait un costume du Petit Chaperon-Rouge « avec son petit pot de beurre ». J’éclatai de rire en faisant mine de vouloir le boxer.

De retour dans sa maison, Rosalie décide de montrer à Pierrot et à Toine les trésors contenus dans la malle que lui a offerte Marie-Louise

Le cahier de Bonne-Maman – « Jouis, il n’est pas d’autre sagesse ; fais jouir ton semblable, il n’est pas d’autre vertu »

Pendant cette année 1919, nous fîmes, Nathalie et moi, la connaissance de presque tous nos partenaires. Certains ont cessé de nous rencontrer après leur mariage, après la naissance d’un enfant ou après un deuil, mais tous ont gardé secrets nos ébats et aucun ne nous a jamais manqué de respect.

Pour autant, n’allez pas vous imaginer que notre vie sexuelle se limitait à ces orgies ou à une accumulation d’amants. Certes, nous aimions nous étourdir dans ces soirées, mais ce que nous aimions par-dessus tout, c’était de jouir de nos corps en toute liberté, de ne pas rougir de nos envies. Quand on est intimement convaincu que la vie s’achève avec la mort, qu’il n’y a rien après, ni paradis, ni enfer, on profite de chaque instant, malgré les contingences, malgré les souffrances et on est plus attentif aux autres, plus ouvert. En tout cas, c’est ainsi que nous étions, que nous sommes toujours.

Un matin de septembre, alors que je reportais des écritures comptables sur le grand registre du père de Toine, je sentis son regard lourd d’embarras se poser sur moi. Je travaillais sur une table installée dans son bureau, je levai la tête, il m’expliqua ce qui le tracassait.

Un de ses plus anciens clients, un riche propriétaire terrien, avait une fille qui avait fait un « mariage d’amour » quelques années avant la guerre. Jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, la plupart des mariages étaient dits « de raison », quelle que fût l’origine sociale des époux. Par la suite, surtout dans les familles avec du bien, cette tradition a perduré, perdure encore. Le berger qui épouse la princesse, ou inversement, est un mythe que la littérature a contribué à distiller dans nos esprits, s’il est très plaisant à imaginer, il est cependant fort éloigné de la réalité.

Quoi qu’il en soit, cette jeune fille avait épousé un jeune homme, de son milieu, mais qu’elle avait choisi. Ce qui me permit de comprendre immédiatement l’amour que lui portaient ses parents. La veille, le père de Toine avait eu un rendez-vous chez ce client, dont le gendre devait reprendre laffaire. S’étonnant qu’il ne participât point au rendez-vous, l’homme lui expliqua

Il est en crise, je ne sais pas combien de temps elle durera… Je crains qu’il ne me faille revendre mon affaire… Les mois passent, rien ne change. Les drogues n’ont plus d’effet sur lui et quand il les prend, on dirait un fantôme… Il effraie ses enfants à crier comme un possédé… Il leur fait honte à sangloter comme une fillette… Et puis, tout semble rentrer dans l’ordre… Jusqu’à la crise suivante. On ne peut jamais savoir quand elle va débuter, ni combien de temps elle durera…

Je regardai le père de Toine et lui demandai

Vous voudriez savoir si je pourrais lui apporter mon aide ?

Non ! Enfin… si… mais… ce que tu fais avec Antoine, ce que Nathalie fait avec Pierre, ce que vous faites avec les autres, ceux du village, tu ne pourrais le faire avec lui… Comprends-tu, il demeure à plus de cinquante kilomètres… comment pourrais-tu t’y rendre si une crise se déclenchait au milieu de la nuit ?

Avant qu’il n’ait fini d’exposer le fond de sa pensée, je lui proposai de rencontrer cet homme et son épouse pour tenter de leur expliquer comment nous procédions. Il me sourit, soulagé, me remercia chaleureusement et termina par cette boutade

Je louerais bien notre Seigneur de t’avoir mise sur notre route, mais puisque tu ne fréquentes pas plus l’église que mon fils, je craindrais de heurter tes convictions !

Au village, seules trois personnes possédaient le téléphone. Le père de Toine était l’une d’elles. Il appela son client, lui parla de moi et lui fit part de ma proposition. La crise avait été plus violente que d’ordinaire, il avait fallu appeler le médecin en pleine nuit, qui lui avait fait une piqûre, avait évoqué la nécessité de le mettre chez les fous, ce que sa fille avait fermement refusé, pour le moment, son gendre dormait encore, mais je serais la bienvenue quand je souhaiterai venir parler à sa fille.

Le père de Toine n’était pas homme à tergiverser. C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, nous nous mettions en route. J’aimais beaucoup me déplacer en automobile à ses côtés. Je découvrais des villages, des villes que je ne connaissais que de nom et il avait toujours une histoire à me raconter à leur propos, quand il ne me parlait pas d’un client. Nous arrivâmes au milieu de la matinée et nous fûmes accueillis par ce patriarche à l’air sévère, je ne me l’étais pas du tout imaginé ainsi. Il fit appeler sa fille qui nous rejoignit immédiatement. Je demandai à lui parler en tête à tête et la suivis dans ses appartements, à l’étage.

Cette femme était mon aînée de quinze ans, pourtant avant même d’avoir parlé avec elle, je sus le respect que je lui inspirais et la confiance qu’elle me faisait. Elle entrouvrit la porte de sa chambre et je pus observer son mari s’agiter dans son sommeil.

Quand il est ainsi, je sais que la crise n’est pas finie…

Sa voix était étranglée de sanglots. Je me demandais si elle serait assez forte pour supporter l’horreur des souvenirs de son époux. Nous étions dans l’antichambre, elle s’apprêtait à refermer la porte quand je lui demandai « Avez-vous un mot, un geste secret qui le rend particulièrement… amoureux ? »

Quelle sorcière étais-je donc, moi, la gamine pas même mariée, pour connaître l’existence de tels gestes, de tels mots entre un mari et sa femme ? Sa détresse était plus grande que la bienséance, elle eut un sourire contrit, le rouge lui monta aux joues, je l’encourageai du regard, s’en excusant presque, elle me souffla

Un baiser sur ses doigts… un certain… baiser… sur ses doigts

Il s’agita davantage.

Allez à ses côtés, rassurez-le en lui disant que vous êtes près de lui, qu’il est à l’abri, dans sa maison et… embrassez-lui les doigts !

Elle fit comme je venais de le lui conseiller, je souris en la regardant embrasser les doigts de son époux. Pourquoi m’étais-je imaginé un doux baiser pudique ? Parce que son univers était pétri de convenances bourgeoises ou parce que je n’avais jamais pensé que nous étions mus par les mêmes émotions ?

Elle embrassait l’index et le majeur de son mari comme on taille une pipe, n’interrompant son baiser que pour lui dire « Je suis là… tu es revenu ». Il paraissait s’apaiser, d’un geste de la main, d’un hochement de tête, j’encourageai cette femme à continuer. Oubliant ma présence, ou feignant de l’oublier, ses baisers se firent plus précis, je regardais, fascinée, sa bouche s’ouvrir, aller et venir, le bout de sa langue titiller la petite peau entre l’index et le majeur, avant de s’enrouler autour des doigts. Soudain, la magie opéra tout à fait. Les doigts de l’endormi se mirent à jouer avec les lèvres de son épouse, il sourit enfin dans son sommeil « Tu es revenu et je suis là ! »

Comme si on avait arraché un masque tragique, je vis le visage de cet homme changer du tout au tout. Quand il glissa hors du sommeil, quand il prit conscience de ma présence, ce fut comme s’il me connaissait déjà. En quelques mots, il comprit la raison de ma venue et m’en remercia, mais demeurait incrédule. Comment une gamine pourrait supporter l’évocation de ses souvenirs ? Avec douceur, mais avec fermeté, avec patience, je lui parlai d’autres anciens combattants qui venaient me livrer les leurs au village, je le rassurai en lui affirmant que les mots crus ne m’effaroucheraient pas et puis, ce n’était que pour cette fois « pour amorcer la pompe » ensuite, s’il le souhaitait, il pourrait se livrer à son épouse.

Je m’isolai avec lui, dans ce qui devait être son bureau, pendant que sa femme patientait dans son boudoir. Je n’avais jamais vu une telle propriété, plusieurs appartements dont chacun devait être plus vaste que ma maison toute entière ! Je n’étais pas envieuse, mais très surprise de constater, de visu, cette différence.

Charles, puisque c’est ainsi qu’il se prénommait, évoqua les cris, la boue, l’odeur de la mort, celle de la merde, l’odeur de la peur, le froid, l’humidité, le bruit, le silence angoissant qui précède l’assaut. Enfin, après presque une heure de confidences, cette vision qui venait le hanter, surgissant à l’improviste, parfois dans son sommeil, parfois alors qu’il était éveillé. Ce traumatisme qu’il ne parvenait pas à surmonter. Il suffoquait, son corps entier toujours bouleversé par ce qu’il avait vécu.

Monté à l’assaut avec plusieurs hommes, un obus les avait ensevelis, il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi, couvert de terre, sans pouvoir bouger, sans savoir s’il était debout ou couché, la tête vers le ciel ou enfoncée dans le sol, mais avec la certitude qu’il allait mourir asphyxié, personne ne viendrait les sauver, personne ne saurait où ils étaient, ils allaient mourir là, oubliés de tous, sans avoir dit adieu aux êtres chers. Un autre obus souleva la terre et le projeta dans les airs, quand il réalisa qu’il s’en était sorti vivant, plus contusionné que blessé, il éclata de rire, soulagé, avant de s’apercevoir qu’il était entouré de cadavres et que plusieurs de ses compagnons demeuraient ensevelis. Il a creusé longtemps, priant de tout son cœur pour un miracle qui ne s‘est jamais produit.

Les larmes inondaient son visage, je lui demandai s’il voulait répéter à sa femme ce qu’il venait de me raconter ou s’il préférait que je le fasse. J’estimais qu’il était important qu’elle connût la raison des cris de son époux. Pour achever de le convaincre, je lui affirmai que l’ignorance était bien plus douloureuse que la réalité. Il l’appela, je la fis asseoir aux côtés de son époux et je débutai le récit, une respiration plus ample et saccadée m’indiqua qu’il ressentait dans sa chair ce que j’expliquais. Je demandai à Marie-Louise, puisque c’était son prénom, de se tenir prête. Elle lui suça les doigts quand Charles s’enfonça dans l’horreur et Charles revint à lui.

Comment vous remercier ? Vous le sauvez de l’asile, savez-vous ? Nous vous serons éternellement reconnaissants !

Je vous ai donné la méthode que j’applique, rien de plus ! Mais je sais que vous n’en avez pas fini avec les cauchemars, avec les cris, les crises de votre époux… Si vous le souhaitez, si vous en avez besoin, n’hésitez pas à me faire signe, j’essaierais de vous aider avec mes faibles moyens…

Une cloche retentit. Il était temps de passer à table. Ne vous moquez pas, mais en redescendant vers la salle à manger, aux côtés Charles et Marie-Louise rayonnants, le sourire et le regard plein de fierté du père de Toine fut ma plus belle récompense.

Le repas fut joyeux comme l’étaient ceux de la bourgeoisie de l’époque, point d’éclats de rire, point de plaisanteries, mais des sourires polis, des « je vous en prie » prononcés avec légèreté, des considérations sur les mets, sur les vins, sur la douceur de cette fin d’été, sur l’odeur des fleurs. Je n’en fus pas surprise, le père de Toine avait souvent évoqué cette particularité quand je demeurais chez lui et que nos conversations s’animaient ou que nous riions un peu trop fort lors des repas.

Après le déjeuner, pendant que les hommes buvaient une eau-de-vie digestive, Marie-Louise et sa mère me proposèrent de profiter de l’ombre de la tonnelle pour me détendre un peu avant de reprendre la route. De nouveau, elles me remercièrent, me demandèrent comment me rendre la pareille. Je n’en savais fichtre rien ! Pour couper court à la discussion, je leur désignai les superbes rideaux qui ornaient les vitres du « salon d’hiver », leur demandant si elles pouvaient m’indiquer où acheter un tissu semblable qui me permettrait d’en confectionner pour habiller les fenêtres de ma future maison.

Sans le savoir, j’avais tapé dans le mille ! Elles étaient toutes deux passionnées de spectacle, d’opéra, de théâtre et leur marotte était de recréer les décors et les costumes pour rejouer des extraits de leurs œuvres favorites. Au fil des ans, tout ceci s’était accumulé dans une réserve. Marie-Louise était certaine qu’il restait des coupons de ce tissu, ou d’un autre similaire.

Souhaitez-vous m’y accompagner ? Vous pourriez faire votre choix et je serais si heureuse de savoir qu’il y a un peu de mon univers chez vous !

Quand je découvris la réserve, je devais ressembler à Ali-Baba voyant pour la première fois les trésors de la caverne ! Je ne savais où poser mon regard ! Tant de jolis objets, de costumes chatoyants ! Marie-Louise m’invita à essayer une robe, puis une autre, ravie comme une fillette qui joue avec sa poupée. Nous étions, à peu de choses près, bâties sur le même gabarit, « Il y aurait si peu de retouches à faire… je vous en prie, prenez celles-ci ! »

Sur le trajet du retour, le père de Toine plaisanta à propos de la malle remplie de tissus et de costumes qu’il avait dû arrimer à l’arrière de l’auto.

Mais que vas-tu faire de tout ce fatras ?

J’ai ma petite idée, mais promettez-moi de n’en parler à personne. Je voudrais faire une surprise à mon Pierrot et à votre fils…

Il rit de plus belle, mais tint sa promesse. En chemin, il fit un détour pour me permettre de parler à Nathalie, à qui je demandai d’arriver une bonne heure avant Pierrot et Toine lors de notre prochain rendez-vous dominical. Une fois encore, nous étions amusées, excitées et complices sans avoir eu besoin de mots supplémentaires.

Ce soir-là, comme ça ne m’était pas arrivé depuis plusieurs semaines, je dînai chez les parents de Toine, qui me raccompagna chez moi après le repas. Voulant me taquiner, il me dit

Alors, Bouton d’Or, comme ça, tu es passée à l’ennemi ? Tu réconfortes ces salauds de bourgeois ?

Piquée au vif, je lui répondis

J’ai soulagé un être humain, son épouse. Si pour toi, c’est « passer à l’ennemi », alors oui, je suis passée à l’ennemi et j’en suis fière !

Avant de me dire au revoir, il remarqua mon front plissé.

Ho ! Que t’arrive-t-il, Bouton d’Or ? Je t’aurais blessée en voulant te taquiner ?

Je balayai ses craintes d’un revers de la main.

Parfois, tous ces souvenirs que je n’ai pas vécus semblent m’envahir et prendre possession de mon cerveau… Ce n’est rien… un mauvais moment à passer…

Il entra avec moi, me demandant comment il pourrait m’aider.

Je ne sais pas… ou alors… peut-être que…

Angelo Asti femme blonde assise
Angelo Asti

Je me dévêtis, m’assis sur le sofa et lui demandai de poser sa tête sur mes cuisses. Sans un mot, nous passâmes une partie de la soirée ainsi, son regard perdu dans ma toison et ses doigts qui en lissaient les poils. Mes mains caressant ses cheveux, je laissais couler des torrents de larmes sur mes joues.

Fais-moi… tu aurais envie de jouir… là… maintenant ? Rien que toi et moi ? Tu aurais envie qu’on jouisse ensemble ?

Ho, Bouton d’Or ! Tu me poses la question ? Si je retire mon pantalon, je vais me crever un œil tellement je bande !

Des sanglots dans mon éclat de rire, je l’aidai à se déshabiller « en prenant garde à tes yeux ! » Il me prit dans ses bras et m’invita à danser avec lui, mon corps nu collé au sien, nous valsions dans le silence de la pièce.

J’aime quand tu me fais danser, Toine !

J’aime te faire danser, Bouton d’Or ! Et tu sais pourquoi ?

Non ! Pourquoi ?

Parce que tu connais le secret de cette danse, jolie Normande

Le secret ? Mais quel secret ?

Il me fit tourner dans un sens, puis dans un même mouvement dans l’autre.

Ma belle, tu valses aussi bien à l’envers qu’à l’endroit !

Comme tout le monde, non ?

Mais non ! Justement pas ! Oh… quand tu souris comme ça… laisse-moi faire…

Continuant à me serrer contre lui, d’une main, il retira les épingles, les peignes qui maintenaient mon chignon en place. Je sentis mes cheveux couler sur mon dos, comme si c’était de l’eau.

À ton tour de te laisser faire…

Je m’agenouillai devant lui, enroulai une mèche de mes cheveux blonds autour de son sexe, Toine était émerveillé. D’autant plus que la faible lumière de la lampe à pétrole conférait à la scène une ambiance féerique, presque irréelle.

Ho, Bouton d’Or ! Mais que fais-tu ?

Je léchais son sexe au travers de mes cheveux

Si tu savais comme j’aime le goût de ta verge…

Fais-moi plaisir, Bouton d’Or, pour une fois dis-moi « ta grosse queue » au lieu de « ta verge » !

Je préfère le mot « verge » quand je parle de la tienne

Et pourquoi… donc… ooh… oui… comme ça… avec tes cheveux… dorés… Et pourquoi donc ?

Parce que par chez moi… hummm… comme j’aime son goût… chez moi… quand on… hmm… fesse un gamin… hmm… on dit… hmm… qu’on lui… assène… des coups… de verges… et…

Ho, Bouton d’Or… tu me… mets à la tor… oohh… à la… torture… et ?

Sentir le… contact de ta… verge sur mes… fesses… oohh… si tu savais…

Voulant être certain de bien comprendre ma raison, il me releva, d’un mouvement de l’index sous mon menton, il m’obligea à le regarder dans les yeux.

Sur tes fesses ou dans tes fesses ?

Sur mes fesses…

Je voulus détourner le regard, il m’en empêcha, la lumière de son regard, son sourire…

… mais surtout dans mes fesses… quand je pense à toi…

Quand tu penses à moi ?

Je me caresse souvent en imaginant ta verge dans mes fesses… Je pense à Nice… à quand on vous a expliqué pour l’huile d’olive… à la fois où tu les as honorées… comme tu ne le fais plus… je rêve et je me caresse…

Mais c’est parce que j’ai peur de te faire mal ! Tu as vu la taille de mon engin ? ! Si tu savais comme j’en ai envie… mais je ne veux pas te faire mal !

Si c’est ainsi que tu définis « me faire du mal », ne t’en prives pas ! Fais-moi du mal et dès que tu le voudras !

Comme s’il était possédé, il sortit de la pièce, le temps de réaliser qu’il était toujours nu et qu’il ne voulait pas me fuir, je l’entendis pester dans la cuisine

Putoù que… dis-moi, Bouton d’Or où tu la caches ton huile d’olive ?

Je le rejoignis en riant et lui expliquai que j’avais oublié d’en racheter. Il fit la grimace. Je lui pris la main et l’entraînai dans le petit cellier, où je pouvais entreposer les denrées qui avaient besoin de fraîcheur pour ne pas se gâter. Puisqu’il était toujours prompt à me taquiner sur mes origines, je lui proposai de le faire « à la mode de chez moi ». Il plongea ses doigts dans la petite motte de beurre. « Une chance que la Normande soit de nature prévoyante ! » et entreprit de m’enduire le derrière. Je sentais mon corps se détendre sous ses caresses. Il ne les stoppa que pour allumer une lampe à pétrole et quelques chandelles. « Je veux voir ton regard, ton sourire, Bouton d’Or ». J’aurais voulu garder les yeux ouverts, comme il le souhaitait, mais quand je sentis son gland me pénétrer, ils se fermèrent malgré moi.

Que marmonnes-tu, Bouton d’Or ? Dis… que marmonnes-tu ?

C’est encore meilleur que l’autre fois… encore… meilleur… encore… encore… encore !

Je ne te fais pas mal ?

Oh non ! C’est comme…

Je sentais le moindre des reliefs de sa verge et c’était comme autant de caresses différentes. J’ouvris les yeux.

… comme si… elle avait été… oh oui ! Comme si… pour que tu… ooh… pour que tu la mettes là…

Ô, Bouton d’Or…

Je caressais son cou, ses épaules, ses bras, son dos. Je griffais doucement ses reins du bout de mes ongles. Je voulais le sentir davantage en moi, mais il se retirait déjà. Doucement.

Non ! Pas tout de suite ! Pas déjà !

Il me pénétra à nouveau. Cette fois-ci, je parvins à garder mes yeux grand ouverts. Nous nous criions en silence de jolis mots, pleins de tendresse crue. Le temps semblait suspendu à nos souffles coupés. Je sentais mes chairs s’ouvrir pour mieux l’accueillir au plus profond de moi. Je sentais aussi les contractions de mon plaisir croissant. Quand j’allais y succomber, il se retira encore.

Oooh… tu me…

Je te ? Je te quoi, joli Bouton d’Or ?

Tu me tourneboules… oh non ! Ne ris pas !

Quel drôle de mot ! Et pourquoi donc ?

Je ne sais pas ce… oooh… ce que… je préfère…

Quand il allait et venait en moi, je pensais que c’était ça que je préférais. Puis, quand il s’enfonçait d’un coup de rein, de tout son long, que mon corps était empli de sa verge, je me disais « ah non… non… c’est ça que je préfère ». Alors, il se retirait, qu’il le fasse rapidement ou au ralenti, je préférais subitement cette sensation. Jusqu’au moment où son gland, à chaque fois un peu plus bouillant, à chaque fois un peu plus dur, me pénétrait, écartant mon orifice étroit… J’avais à peine le temps de réaliser que c’était ça que je préférais qu’il recommençait ses va-et-vient… Alors, pour ne pas « tourner fada » comme il disait, je décidai de ne pas chercher à savoir ce que je préférais, mais de m’abandonner au plaisir.

Allongée sur le dos, le poids de son corps ajouté au mien, mes longs cheveux dénoués me tiraient un peu, avant que ça ne devienne désagréable, je me soulevai légèrement et d’un geste vif, les projetai sur le côté. Sans l’avoir cherché, j’avais fouetté Toine. Il sursauta, surpris. Me sourit. Alors, je pris mes longs cheveux dans ma main et recommençai. Pour lire dans ses yeux, dans son sourire, le plaisir de cette sensation… Plus il me disait qu’il aimait ça, plus j’y prenais plaisir.

J’étais comme possédée, comme prise dans une vague de sensations plus agréables les unes que les autres. Je me demandai s’il pouvait percevoir la violence de l’orgasme qu’il m’offrait, quand il me chuchota, d’une voix qu’il avait du mal à dompter « Que c’est bon de te sentir jouir… » Il ferma les yeux et jouit au plus profond de moi.

Il nous fallut attendre un long moment avant de trouver le courage, d’avoir la force de nous relever pour aller nous coucher, mais nous ne pûmes nous résoudre à ne pas dormir ensemble.

Allongés dans les bras l’un de l’autre, encore étourdis de tout ce plaisir, nous ne parvenions pas à trouver le sommeil, alors, nous nous chuchotions des secrets qui n’auraient pas accepté d’être révélés à voix haute. Je n’oublierai jamais combien il fut bouleversé quand je lui fis cet aveu

Parfois, je me déteste. Quand j’entends les récits de vos années dans les tranchées, quand je pense aux souffrances que vous avez endurées, je souffre pour vous… Mais, en même temps, une petite voix au fond de moi me rappelle que s’il n’y avait pas eu la guerre, je n’aurais jamais correspondu avec Pierrot. Je serais restée la petite Rosalie, dure à la tâche, dans sa ferme normande… Je n’aurais connu ni l’amour, ni l’amitié, ni même le plaisir… Je mène une vie dont je n’aurais jamais osé rêver et cette vie, mon bonheur, je les ai construits sur les cadavres de la plus horrible des boucheries… Si tu savais comme je me déteste de me dire que la chance de ma vie aura été cette putain de guerre 14-18…

Il déposa de doux baisers sur mon front, entrecoupés de mots bien plus doux encore, sécha mes larmes par des caresses d’une tendresse incroyable. Apaisée d’avoir pu enfin confier ce secret qui commençait à me ronger, je m’endormis sereinement.

Le dimanche suivant, jour de la Sainte-Reine, voici ce qu’il advint