Déconner, c’est se vider de la connerie osmosement acquise. *

J’étais avec Jimmy, chez Sylvie et Martial. Nous essayions d’organiser les fêtes de fin d’année en conciliant la présence de nos amis irlandais avec la venue de nos enfants accompagnés des leurs. Pour arranger le tout, les parents d’Émilie m’en voulaient toujours de l’avoir soutenue dans son désir de changer d’orientation pour finalement décider de prendre une année sabbatique. Comment faire pour que ces retrouvailles se passent au mieux ? Comment nous arranger pour consacrer du temps à la galipette sans nous faire griller ?

Sylvie avait fait preuve de diplomatie et avait un peu rassuré Sébastien et son épouse. Lucas étudiait désormais à Paris et partageait mon studio avec Émilie. En cousin sérieux, il saurait sans aucun doute la ramener à la raison et sur le droit chemin.

Jimmy avait ri de leur aveuglement. Je lui avais fait remarquer que mon fils et son épouse étaient au moins aussi perspicaces qu’il l’avait été à propos de Jacques et Jacqueline. Il se demandait comment aborder le sujet sans passer pour le dernier des pervers si jamais je m’étais trompée quand il avait reçu un appel de son frère qui voulait nous inviter à fêter l’anniversaire de Jacqueline avec eux.

– Mais seulement à notre retour d’Italie. Tu sais, nous nous offrons un petit voyage chaque année. Comme toi et Odette vous vous en offrez un…

– Comme moi et Odette ? Tu es bien sûr ? Parce qu’Odette et moi… on pourrait parler de voyages de noces, si tu vois ce que je veux dire…

– Oui. Comme toi et Odette.

– Jacques, qui dit voyage de noces, dit aussi nuit de noces !

– C’est bien ce que je te disais, comme toi et Odette !

– Odette avait donc raison ! Mais ça dure depuis combien de temps ?

– Depuis mon retour de l’armée, mais… tant qu’on vivait au Paradou, avec le père et la mère, on faisait attention… Tu sais… ils n’auraient pas aimé… Pour eux, on aurait été des pervers… Tu vois ? Et puis, je me suis installé à Arles… Tu sais bien, les parents m’ont demandé de lui trouver un travail parce qu’ils savaient qu’aucun des enfants qu’ils avaient élevés ne reprendrait la ferme. Et j’ai obéi au père. Pour surveiller Jacqueline, je l’ai gardée chez moi… Tu sais bien pourquoi… l’hérédité, quoi !

– Ah ah ! C’est vrai ! J’avais oublié cette histoire d’hérédité !

Contrairement à Jacques et à Jimmy, tous deux des enfants nés sous X, on connaissait la mère de Jacqueline. Prostituée notoire, la Justice avait estimé que pour préserver la salubrité morale de sa fille, elle devait être déchue de son autorité parentale et Jacqueline avait été placée dans cette famille, mais leurs parents adoptifs pensaient que le vice était héréditaire et que si l’on n’y prenait pas garde, la petite Jacqueline belle comme un cœur risquait de finir sur le trottoir voire dans le caniveau.

– Mais à moi… pourquoi ne m’avoir jamais rien dit ?

– On pensait que tu avais compris depuis le temps et que si t’en parlais pas, c’est que tu nous jugeais mal, parce que t’étais coincé du cul… T’étais professeur des universités tout de même ! Et vieux garçon… Et pis si t’avais pas compris, on voulait pas te choquer !

– Alors, si Odette n’avait pas vu clair dans votre jeu…

– On t’en aurait pas parlé, mais je suis bien content que les choses soient claires, maintenant ! Alors, on pourra compter sur vous ?

– Et comment, mon frère ! Et comment !

Nous étions tous réunis à table quand Jimmy nous avait raconté cet échange. Je m’étais demandé à voix haute si un éventuel micro-climat à Paradou n’obscurcissait pas l’esprit, parce que si Jimmy n’avait rien remarqué, de leur côté Jacques et Jacqueline se gouraient dans les grandes largeurs quant à lui. Jean-Luc m’avait souri d’un air moqueur.

– Oui, mais moi… c’est pas pareil !

– Et pourquoi ça ne serait pas pareil ?

– Parce qu’elle te le dit et pis c’est tout !

J’avais envoyé un bisou de reconnaissance à Cathy, assise à l’autre bout de la table pour la remercier d’avoir ainsi clos la conversation avant qu’elle ne tourne à mon désavantage.

Nous étions donc chez Martial et Sylvie. En se penchant en avant pour remplir une case de son grand planning, elle avait laissé entrevoir l’échancrure de son chemisier. Jimmy avait voulu y glisser la main avant de se raviser.

– Pff… pourquoi t’as mis un soutif ?

Je levai les yeux au ciel.

– De toute façon, t’es jamais content ! Si on n’en met pas, tu nous reproches notre manque de goût pour la lingerie fine et si on en met un, ça ne te va pas non plus !

– Sauf que Sylvie me connaît bien, depuis le temps… elle sait que le fantasme de la secrétaire lubrique m’émoustille…

– Quel fantasme ? Quelle secrétaire lubrique ? C’est quoi cette histoire ?!

– Complique pas tout, Sylvie ! J’me comprends…

Martial et moi étions morts de rire.

Nous avions presque fini d’organiser le logement de chacun de nos invités ainsi que le programme des réjouissances des premiers jours quand le téléphone de Sylvie se mit à vibrer. C’est Marcel. Elle décrocha.

– Allô ? Oui, ils sont avec nous… Quoi ? Ben oui, ils ont dû le mettre en mode avion… on ne voulait pas être… Bien sûr, on vous attend ! Quoi ? Mais bien sûr que oui ! Depuis quand y a rien à boire chez nous ?!

Marcel, Mireille, Alain et Daniel firent une entrée tonitruante. Jim les accompagnait, il resplendissait d’un bonheur incrédule.

– On a trouvé une escuse valable pour son visa de longue durée ! Rapport à l’esploitation agricole…

– Mais… On y avait déjà pensé… Toi-même tu avais reconnu que ça ne tiendrait pas… Finalement, vous avez trouvé un biais juridique pour qu’il puisse la reprendre ? C’est ça ?

– Mieux que ça ! Mieux que ça !

Tout en répétant ces mots, Marcel se dirigea vers la porte du salon qu’il ouvrit en grand et annonça fièrement

– Le héros du jour ! Notre sauveur !

– Si ça marche, papé Marcel… si ça marche…

– Brave petit, va pas nous porter la scoumoune avé tes doutes ! Bien sûr que ça va marcher ! Bien sûr que oui !

Se tournant vers nous, il nous expliqua l’idée soumise par Vincent. Depuis que Marcel avait cessé son activité, une bonne partie de ses terres étaient restées en friche. Il ne cultivait que la surface nécessaire pour subvenir à ses besoins alimentaires, mais ne s’était jamais résolu à vendre le reste. L’idée de Vincent était de reprendre l’exploitation, il avait les compétences et la formation nécessaires, mais le temps qu’il obtienne son diplôme, il aurait besoin de l’expérience de Jim. Daniel avait passé quelques coups de fil à ses relations préfectorales et la solution semblait plus qu’envisageable.

Martial demanda à Vincent ce qui le motivait. Allait-il se lancer dans l’horticulture comme il en avait toujours rêvé ou allait-il simplement reprendre l’activité maraîchère de son grand-père ? N’avait-il pas prévu, à l’issue de ses études, de tenter de s’installer dans l’arrière-pays niçois ?

– Si mais… en m’installant ici, je serais plus près de Manon… Et de vous aussi. Et puis, je pense tenter la conversion vers la permaculture. Les terres en friche seraient idéales.

Vincent se retourna vers Marcel l’air blasé. Celui-ci mit la main sur sa poitrine, outragé. J’ai rien dit ! Alain nous expliqua que le Bavard n’avait cessé de parler de sperme à culture depuis que Vincent avait fait cette proposition.

– Reconnaissez au moins que pour la sperme à culture, Jim aurait de quoi ensemencer mes terres, ah ah ! Et Alain pourrait l’aider en cas de panne sèche !

Nous avions pas mal trinqué quand la sperme à culture revint sur le tapis.

– C’est vrai que t’es comme Alain et Enzo ? Que tu… des litres ?

Jim avoua ne pas le savoir. C’était ce qu’il se disait, mais ils n’avaient jamais comparé. Quant à Enzo, il ignorait jusque-là qu’il éjaculait autant…

– Vous n’avez jamais comparé ?!

– Et pourquoi on l’aurait fait, petit ?

– Je sais pas moi… pour le fun ! Vous aimez pas vous branler, comme ça ? Juste… je sais pas moi… juste parce que c’est bon… Pour le fun, quoi !

– Si, bien sûr que si !

– Ben alors ? Vous n’avez jamais eu la curiosité de comparer ?

Vincent semblait bien déçu de notre manque de curiosité. Mireille voyant venir le truc, demanda à Marcel d’arrêter de remplir le verre du petit. Sinon, il allait finir par demander à Alain et à Jim de comparer tout de suite et que ce serait gênant.

– Parce qu’on devrait être gênés quand on joue des saynètes devant vous ? Tu crois que je ferme les yeux quand tu apparais dans une vidéo ? Ou quand c’est papy Christian ou mamé Cathy ou papé Marcel ?

– Mais ça n’a rien à voir ! C’est… c’est du spectacle ! C’est de l’art !

– Aah… j’avais pas remarqué que vous faisiez semblant…

– Mais non ! La question ne se pose pas quand c’est une saynète !

– Ben, tu sais quoi ? Tu en écris une. Je suis sûr que tu nous surprendras encore ! Et pense à mettre Enzo au casting !

Nous nous accordâmes pour trouver l’idée acceptable et c’est ainsi qu’eut lieu, douze jours plus tard, cette représentation exceptionnelle, qui mit le bazar dans l’établissement du planning prévisionnel de Sylvie.

Life on Mars Project

Le rideau s’ouvre sur une salle de réunion. Sur le mur du fond, un diaporama est projeté en boucle. On entend « Life on Mars ? » de David Bowie. Alain entre en scène, une brochure promotionnelle à la main. Il est accompagné d’Enzo. Ils s’asseyent.

– Tu vois ? Je te l’avais bien dit, personne d’autre que nous n’aurait les couilles de passer le test !

– Oui. Les couilles… tu as raison. C’est vraiment l’expression adéquate, petit !

Ils ricanent. Jim entre, la même brochure à la main, les salue et s’assoit à son tour. Personne ne sait quelle contenance prendre. Seront-ils rivaux ? Seront-ils collègues ? Doivent-ils prendre un air dégagé ? Vont-ils assurer ou se ridiculiser ? Comme souvent dans ce genre de situation, pour masquer la gêne, chacun regarde dans le vide et puis ses pieds avant de se replonger dans la lecture de cette brochure qu’ils connaissent pourtant par cœur. Le diaporama ne semble pas les intéresser.

À la fin de la chanson, Sylvie arrive, une liasse de papiers à la main. À l’aide d’une télécommande, elle arrête le diaporama.

– Messieurs, bonjour. Je pense qu’il n’y aura aucun autre participant à cette réunion d’information. Je suppose que chacun d’entre vous a lu la brochure présentant notre projet international, le « Life on Mars Project »…

Les trois hommes confirment en hochant la tête.

– De nombreuses études scientifiques incontestées ont démontré qu’afin de rendre possible la vie sur Mars, il convient d’en ensemencer la surface avec du sperme humain. Pour ce faire, nous organisons des sélections à travers le monde en vue du recrutement d’un bataillon de 162 ensemenceurs chargés de préparer le terrain avant l’arrivée des premiers terriens.

Si vous décidiez de participer à cette première sélection, je vous demanderais de vous dévêtir afin que je puisse vérifier que nous ne cachez aucun artifice, aucun récipient contenant un ou plusieurs éjaculats. Je vous remettrai une éprouvette graduée dans laquelle vous déposerez votre semence. À la fin de cette session, une assistante viendra les récupérer, en mesurer la quantité et la qualité.

À l’issue de cette première campagne, les candidats retenus seront avisés par courrier. Si ce mode de sélection devait vous poser problème, libre à vous de ressortir de cette pièce, votre anonymat serait garanti puisque j’ignore votre identité.

Les trois candidats se déshabillent. Ils tournent le dos au public. Sylvie les inspecte avec grande minutie. Elle commence par Enzo.

– Avez-vous subi un traitement médical ? Il est évident que vous êtes pubère, néanmoins ce pubis, ces testicules absolument glabres m’inquiètent quelque peu, serait-ce le signe d’une pathologie ?

– Oh non, madame, c’est juste que je me suis épilé…

– Épilé ?! Et pourquoi donc ?

– Parce que c’est plus… hygiénique… plus net… Tous les jeunes de mon âge s’épilent. Les filles comme les garçons…

– Eh bien, vous me voyez ravie de ne pas être de votre génération !

Elle lui tend une éprouvette géante avant de se tourner vers Alain.

– Ah ! Voilà qui est plus agréable à regarder, à… hmm… palper… Je me sens soudain… Quelle chaleur !

Elle détache deux boutons de son chemisier et s’évente d’un mouvement de la main. Les candidats sifflent d’admiration en découvrant son magnifique décolleté. Alain ayant prouvé qu’il ne cachait aucun artifice, elle lui tend une éprouvette similaire à celle d’Enzo en le gratifiant d’un clin d’œil coquin.

– Et notre dernier candidat… Oh ! Mais quel membre magnifique ! Et quelle… vigueur ! Laissez-moi… ooohh… laissez-moi le caresser encore un peu… Hmm… seriez-vous partant pour m’accorder quelques heures en tête à tête à l’issue de cette… hmm… épreuve de sélection ? Je loge pour quelques jours encore dans un hôtel très confortable…

Jim fait un grand oui de la tête. Elle lui tend son éprouvette.

– Vous n’avez pas froid aux yeux, si je peux me permettre…

– Jeune homme, je ne suis pas que la responsable des recrutements pour la France du Life on Mars Project. Sachez que je suis avant tout une secrétaire hautement qualifiée et si vous aviez un peu plus d’expérience de la vie, vous n’ignoreriez pas ce que tous les anciens savent : une secrétaire ne peut être que lubrique ! Sinon, à quoi bon exercer ce métier ?

Sylvie les invite ensuite à prendre place sur des sièges plus confortables et leur propose de visionner des vidéos pendant qu’ils se masturberont. La lumière se tamise, à l’écran débute un petit film d’effeuillage datant de la fin des seventies. Quand le strip-tease de Monique débute, Enzo s’exclame « Ouah !Qu’elle est bonne ! » ce qu’Alain et Jim approuvent. On peut deviner qu’ils se branlent vaillamment. Le strip-tease est relativement bref, quand il s’achève, ils en sont dépités. Commence alors celui de Cathy.

– Ouah ! Celle-là… ouah ! Elle est plus que bonne ! T’en penses quoi ?

– Ô, pute vierge ! Si j’avais eu la chance de rencontrer une telle beauté… ô, pute… j’ai jamais vu une femme… Ô, pute vierge ! Elle me met les sangs en ébullition !

– Té, à moi c’est pas que les sangs !

Se penchant vers Jim, Enzo lui demande

– Parce que vous la connaissez ?

– Ô misère… té petit, si je la connaissais… j’irais pas sur Mars !

– Bien dit, l’ami ! Ô, pute vierge, elle me fait languir à prendre tout son temps… C’est pas comme la première… elle, en plus d’être belle… hmm… elle sait s’y prendre ! Ouh fan de Diou, quelle belle paire de nichons !

Jim et Enzo approuvent bruyamment. La vidéo se poursuit.

– Vé ! Elle se retourne… oh que je me la niquerais bien ! Oh comme j’ai envie d’y mettre ma queue !

– Je croyais que dans ta génération, on n’aimait pas les poils… Ô… Ô, put… quand elle se penche… Ô…

À l’image, on voit Cathy ramasser ses vêtements jetés à terre et s’en aller prestement. Les trois candidats poussent un oh non de déception.

– Mais c’est quoi ça maintenant ?! Une bourgeoise coincée… Je suis sûr qu’elle sort de l’église… Je vais pas pouvoir me branler sur elle !

– Petit… mon petit… c’est les plus pires ! C’est comme si elles prenaient une dose de vice à chaque fois qu’elles communient ! Vé !

En effet, quand elle débute son effeuillage, les craintes d’Enzo fondent comme neige au soleil…

– Je sais pas si c’est pareil pour vous, mais moi… j’aimerais mettre ma grosse queue noire à la place de sa médaille de baptême ! Oh… oh…

– Oh, elle rougit en nous regardant… c’qu’elle est bonne ! T’avais raison, c’est la pire ! Hmm… tu crois qu’elle… suce aussi ?

Poussant un juron flatteur, Jim attrape son éprouvette et jouit alors que Mireille se lèche les lèvres en faisant pigeonner sa poitrine, le regard en dessous. Elle fait un signe de croix et se sauve comme les deux précédentes créatures.

– Comme elle a l’air sérieuse, celle-là avec ses lunettes… tu sais ce qu’on dit des femmes à lunettes, petit ?

– 

– Petit ? Ça va ?

Enzo a tout juste eu le temps d’attraper son éprouvette et comme s’il devait en avoir honte, confesse « Je me suis imaginé juter sur sa chatte poilue ».

– Et ça t’a fait quoi ?

– Putain ! C’était trop bon !

Les quatre effeuilleuses se retrouvent devant la caméra, nues, elles se caressent, s’embrassent, font des mines, provoquent le spectateur, l’invitant avec des clins d’yeux, des sourires coquins.

– Ô, pute vierge ! Ô, pute vierge, je viens… je viens !

Après qu’Alain a rempli son éprouvette, Sylvie les rejoint. Elle tend à chacun une étiquette qu’ils devront signer afin d’éviter toute contestation ultérieure. Elle appelle son assistante, qui arrive toute rougissante, vérifie que les éprouvettes sont bien étiquetées, les dépose sur un plateau et s’en va procéder aux divers tests et mesures.

Depuis les coulisses, on entend un énorme fracas, un bruit de verre brisé. Seigneur, Marie, Joseph ! Il est à craindre qu’il faille tout recommencer !

Le rideau se baisse sous les applaudissements, les éclats de rire de certains et les cris de déception des plus jeunes.

Jim se livre sans fard aux membres de la Confrérie du Bouton d’Or

*Frédéric Dard, Les Cons (1973)

À la Sainte-Catherine

Nous étions tous réunis dans la maison de la rue basse, chacun avait apporté un petit présent pour Cathy qui faisait semblant de s’en plaindre. Le petit rituel de la Confrérie du Bouton d’Or veut que ces fêtes se déroulent suivant un protocole immuable, établi dans les années 1940, mais comme nos mémoires sont vacillantes, nous en avons oublié la moitié. C’est ainsi que Jim, bien que n’en faisant pas partie, assista à l’une de nos séances.

Il nous regardait, interloqué, trinquer joyeusement, nous parer de nos attributs respectifs, regretter l’absence de Joseph le Sage toujours en terre d’Irlande, trinquer à nouveau à sa santé et à son retour prochain parmi nous. Profitant de la remise des petits cadeaux à Cathy, il demanda à Jimmy la raison de tout ce cérémonial. C’est à ce moment précis que nous avons réalisé qu’il n’était pas membre de notre Confrérie. Nous sautâmes sur l’occasion d’en rire à gorges déployées.

Jim était désolé de ne pas avoir de présent pour Cathy. Marcel lui fit un clin d’œil complice.

– Je t’ai pas appris le dicton de la Sainte-Catherine, peut-être ? Peuchère, ils vont me traiter de moins que rien !

– Le dicton ?

– Et vouai, le dicton ! Té, môssieur le professeur des universités, tu devrais savoir que ça fait partie de nos us et coutumes ! À la Sainte-Catherine…

– … tout bois prend racine ?

– Qué « tout bois prend racine ? » Qu’est-ce t’as à m’escagasser avé ton bois et tes racines ?! Vaï, l’écoute pas à lui… il complique tout ! Alors qu’est-ce qu’on dit ? À la Sainte-Catherine…

– À la Sainte-Catherine, on lui offre un coup de pine !

Cathy affirma qu’elle préférait la version de Marcel à celle plus académique de Jimmy et en profita pour se plaindre que ce ne soient que de douces paroles.

– C’est quand même un comble, je suis la seule à ne pas y avoir eu droit !

Sylvie leva un index timide et d’une petite voix précisa « Moi non plus ! »

– Toi, ce sera pour la Sainte Sylvie !

– Mais… c’était le 5 !

– Ben, fallait y penser avant !

J’étais la spectatrice de notre complicité absolue, nous riions, la taquinions parce qu’elle se plaignait du fait que Jim serait reparti depuis longtemps et qu’elle cherchait à négocier un cadeau anticipé. Daniel, soudain très sérieux, se racla la gorge.

– Jim, ton séjour parmi nous prendra fin dans deux mois. Comme tu as pu le constater, tu es tellement des nôtres qu’on avait oublié que tu es australien et que tu n’es même pas membre de notre Confrérie. Si j’en crois Marcel, et je n’ai aucune raison de douter de sa parole, tu te sens plus chez toi ici que tu ne te l’es jamais senti en Australie. Je sais aussi que tu comptes les jours qu’il te reste à passer en notre compagnie et que tu regrettes qu’ils soient si peu nombreux. Est-ce exact ?

L’ambiance était devenue très lourde, pourtant un éclat particulier illuminait le regard de Daniel, celui de Jimmy et celui de Marcel. Il me semble que le silence a duré de longues minutes. Nous nous interrogions tous du regard. Pourquoi Daniel plombait-il l’ambiance en titillant cette plaie qui ne demandait qu’à s’ouvrir ? Et pourquoi Jimmy traduisait-il ses propos avec cette précision toute chirurgicale sans l’émailler de formules plus légères ? Jim confirma les dires de son ami Marcel.

Posant ses mains bien à plat sur la table, Daniel nous regarda un à un et demanda à Jimmy de poursuivre la traduction.

– Y aurait-il une personne de cette assemblée pour s’opposer à ce que nous fassions jouer nos relations diverses et variées pour tenter de lui obtenir un visa de longue durée ? Y aurait-il une quelconque objection à l’accueillir au sein de notre Confrérie ? Et toi, Jim que penses-tu de ces propositions ?

Jim porta la main à son cœur comme s’il allait être victime d’un malaise. Il fixa Daniel, tourna la tête vers Jimmy, chercha ses mots et, comme il le fait toujours sous le coup d’une vive émotion, pria son Dieu de ne pas le réveiller si tout ceci n’était qu’un rêve.

– Notre proposition te convient-elle ?

Jim, muet de surprise, approuva en hochant vigoureusement la tête.

– Tu ne nous avais pas prévenus, le Notaire, alors avant de donner mon accord, je trouve que la moindre des choses serait de vérifier que Jim est un homme de parole et qu’il est capable de l’honorer. Vous êtes d’accord avec moi, mesdames ?

Jim sursauta en nous entendant pousser notre cri de guerre POMPONNETTES POWER ! Mais il comprit bien vite ce qu’il signifiait.

Bien que spectateur assidu et avide, il préféra s’isoler avec Cathy, comme il le fait en règle générale. Quand une orgie se déroule dans la vaste salle des spectacles ou dans le salon de réception de la maison du Toine, il s’arrange toujours pour rester dans la partie la plus sombre, la moins exposée aux regards. Il n’avait pas pris au sérieux les propos de Catherine et savait bien que nous mettrions de toute façon tout en œuvre pour qu’il puisse rester avec nous, néanmoins, la réputation de Turan, déesse étrusque de l’amour, le tétanisait un peu. Cathy nous le reproche encore. Quand elle le fait, il y a toujours quelqu’un pour lui rappeler avec quel talent elle a su déjouer cet écueil.

Christian m’avait invitée à le suivre dans le cabinet de la curiosité d’où nous observions Daniel, Marcel et Mireille.

– Tiens, ça lui reprend… Ça faisait longtemps…

– Qu’est-ce qui lui reprend ?

– Écoute !

J’avais beau tendre l’oreille, je n’entendais rien de particulier si ce n’étaient les respirations haletantes, tantôt légères, tantôt profondes, les baisers sonores. Ce n’est que lorsque Mireille se mit à supplier « S’il te plaîts’il te plaît » et que je vis les sourires complices entre Daniel et Marcel que je compris.

– Le Bavard ne dit pas un mot !

– C’est ça ! C’est pour la faire enrager… et… ça marche à tous les coups !

Mireille suppliait, minaudait cherchant le soutien auprès de son mari, qui se montrait aussi inflexible que son comparse.

– Que désirez-vous entendre, Madame Fabre, quels mots précis souhaitez-vous qu’il prononce ?

Mes tripes vibrèrent en entendant la question de Daniel et je fus projetée quelques semaines plus tôt.

J’avais eu envie de répondre à l’invitation de Mireille de découvrir sa belle maison. La veille, Jimmy et moi étions allés chez son frère et sa sœur, il avait autant le trac que moi à cette idée, mais la journée et la soirée passées ensemble avaient été des plus agréables. Tout comme lui, Jacques et Jacqueline sont restés célibataires, sans doute pour les mêmes raisons. Ils vivent ensemble dans leur petit appartement d’Arles comme frère et sœur a cru bon de me préciser Jimmy, très surpris de ma remarque sur le chemin du retour « quelque peu incestueux tout de même ce frère et cette sœur ».

Mais comme le dit le politicien avisé la veille d’une élection, revenons à nos moutons.

J’étais donc allée chez Mireille et Daniel, mais à cause de notre journée à Arles, j’ignorais que Madame avait organisé une journée confiture et coulis de tomates chez Marcel avec Cathy, Monique, Sylvie et Martial. Daniel m’accueillit chaleureusement et me proposa une visite guidée. Je le taquinai « Sauras-tu trouver les mots pour vanter les attraits de ta demeure ? » Il me donna une petite tape sur les fesses pour me punir de mon insolence et la visite débuta.

J’aurais pu décrire la décoration de chacune des pièces sans même les avoir vues tant elle leur correspond. Je souriais en regardant ce petit triptyque un peu désuet sur le buffet, leur photo de mariage entourée de deux cadres plus petits, dans celui de droite une photo de Daniel, sourire crispé, droit comme la justice dans son beau costume de marié, dans celui de gauche, Mireille resplendissante dans sa belle robe blanche, le voile relevé sur son visage et son sourire radieux qu’elle ne voulait surtout pas cacher. Madame Fabre.

La voix de Daniel était troublante et troublée. Il lut mon questionnement dans mon regard.

– Après cinquante-sept ans de mariage, je suis encore ému en prononçant ces mots. Madame Fabre. Mon cœur bat la chamade et mon membre se dresse telle la baguette du chef d’orchestre pour battre la mesure… Madame Fabre. Tu te rends compte ?! C’est comme si dès le premier regard, dès le premier rendez-vous de présentation chez ses parents, nous avions deviné que le feu qui nous consumait était fait du même bois. Madame Fabre. Regarde ! Je peux, sans me vanter, affirmer que j’ai connu bien des femmes, mais une seule est capable de me faire bander aussi fort rien qu’à l’évocation de son nom et c’est la douce et roucoulante Mireille. Madame Fabre.

Je ne pus m’empêcher de lorgner en direction de la braguette de Daniel quand il posa sa question à son épouse qui avait déjà les seins à l’air tandis que lui et Marcel étaient encore habillés.

– Marcel, je t’en supplie, dis-moi les mots… que tu veux me fourrer de partout… que tu veux me limer mon joli con… que tu veux voir mes mamelles bringuebaler dans tous les sens comme les ballons à la fête foraine… que tu veux te vider les couilles et m’inonder de ton foutre…

– Votre épouse, mon cher ami, est certes des plus charmantes, mais quel dommage qu’elle soit aussi grossière…

Tout en disant ces mots et comme à regret, Marcel rabattit ses bretelles, ouvrit son pantalon en sortit son sexe sans toutefois se dévêtir davantage. Je pouffai quand Christian m’expliqua que si Madame se taisait, le Bavard se rhabillerait. Mireille devait donc se montrer précise. Je voyais bien à quel point cette situation l’excitait, elle était rouge du nombril jusqu’aux cheveux. Daniel se tenait aux côtés de Marcel.

– Mon cher ami, qu’entend votre épouse quand elle emploie cette expression… laquelle avez-vous employée, Madame ?

– Fourrer mon petit con…

Daniel avait retiré son pantalon que d’instinct il avait soigneusement plié, posé sur le dessus d’une chaise avant d’y ajouter son slip.

– Je crois qu’elle souhaite que vous lui fassiez…

Bon sang, Daniel s’en donnait à cœur joie et je regrettai un instant de ne pas être à la place de Mireille ! Elle gémissait sous les coups de boutoirs de son mari, était au bord de l’extase quand il céda sa place à Marcel.

– Oh oui ! Comme ça ! Fourre-moi mon petit con… oui… comme ça ! Mais fous-toi à poil, que je sente tes grosses couilles battre sur ma chatte !

Je devinai la douce torture à laquelle Mireille était soumise, il était pourtant indéniable qu’elle y prenait un plaisir sans nom. Je sentais l’excitation de Christian à sa respiration sifflante. J’entendis à peine la porte s’ouvrir sur notre gauche.

– Qu’est-ce que je t’avais dit ? J’en étais sûre ! Ah, ils se sont bien trouvés, mon Christian et ta Princesse ! On pourrait baiser à côté d’eux qu’ils ne le remarqueraient pas, les yeux rivés aux œilletons !

– C’est une espérience à tenter, tu crois pas ?

Un frisson d’excitation remonta le long de ma colonne vertébrale, je pris la main de Christian que je serrai très fort. Je ne voulais pas me retourner trop vite et surtout, je tenais à le faire en même temps que lui. Il a été, en quelque sorte, mon guide dans l’acceptation de ce plaisir que je me refusais à reconnaître. Il me semblait plus acceptable d’aimer regarder des hommes en érection, des couples en pleine action qu’admettre le plaisir plus puissant que je prenais à regarder Jimmy faire jouir et jouir d’autres femmes.

Je ne sais pas d’où me venait cette honte qui m’interdisait de regarder la réalité en face. Pouvoir en parler avec Christian, écouter ses confidences, sursauter à chaque fois qu’une lumière s’allumait dans mon cerveau « Moi aussi ! » m’a permis de me libérer de ce carcan dont je n’avais pas conscience. Je suis comme ce papillon qui volette au-dessus de son cocon déchiré et qui se demande comment il a pu se croire en vie quand il n’était que chrysalide.

C’est à Christian que j’ai demandé de m’accompagner la première fois auprès de Jimmy qui s’était isolé avec Cathy, de m’aider à ne plus être qu’une spectatrice silencieuse, mais de commenter ce qu’ils faisaient, d’expliquer ce que je ressentais. C’est lui qui m’a offert les mots pour décrire ce plaisir et je pense qu’il est le seul de la Confrérie à ressentir viscéralement chacune de mes sensations.

À l’instar de Monique et Martial, nous avons aussi nommé notre petite perversion ce bonheur presque enfantin à converser ensemble de sujets anodins, comme le temps qu’il fait et de nous imaginer comment Jimmy et Monique pourraient en profiter, comment ils feraient l’amour, les images que leurs corps nous renverraient, leurs souffles, les vibrations, les ondulations de leur corps, les petits cris si charmants de Monique, la salive de Jimmy déglutie bruyamment, leurs mains sur leur corps, leur sexe luisant, étincelant de leur plaisir et cette évocation nous excite à un tel point que nous faisons l’amour en devenant quatre.

Christian se pencha vers moi, comme s’il me disait un secret. Ils ne méritent pas qu’on leur prête la moindre attention, attendons de les savoir en pleine action. Je ne sais pas comment il se débrouille pour donner l’impression de chuchoter tout en étant parfaitement audible. Jimmy et Monique, aiguillonnés par la raison de notre indifférence, s’en donnèrent à cœur joie. Ce jeu grisant me faisait bouillir le sang.

D’une pression de la main, Christian me fit comprendre qu’il était temps de les honorer de notre regard.

– Tu la trouves si nervurée que ça, la queue de ton Jimmy ? Elle l’est plus que la mienne ?

Le fourbe ! Il me mettait dans une position intenable avec cette question, qui me donnait envie d’arracher Jimmy au corps de Monique, de lui ordonner de me prendre là, tout de suite, maintenant et ainsi de casser le jeu avant même d’avoir débuté la partie. On aurait pu entendre le cliquetis de mes pensées s’ordonnant à toute vitesse dans mon cerveau.

– Je ne sais pas… est-ce que ma chatte est aussi serrée, te gaine-t-elle ta grosse verge autant que celle de ta Monique ?

J’aimais nos sourires et nos clins d’yeux complices, le pouce que Monique leva pour me dire « Bien joué ! » Christian me proposa de m’allonger sur le bureau aux côtés de Monique et de me prendre ainsi, pour comparer.

– Merci bien, Christian ! Du coup, je ne verrai plus rien !

– Tête-bêche alors…

Monique fronça les sourcils. Christian ! Et comme il semblait ne pas comprendre, elle les fronça davantage, leva la main qu’elle ouvrit comme agacée qu’il ait oublié cette évidence. Christian… ! Son éclat de rire m’électrisa. Où avais-je la tête ? La levrette à Dédette, bien sûr ! Il souleva ma jupe, glissa ses doigts sous ma culotte, grogna de désir en la sentant si humide. Penchée en avant, le visage au niveau du ventre de Monique, je tournai un peu la tête et il comprit que je lui accorderai ce présent.

– As-tu remarqué comme ma tendre Monique a su me remettre sur le droit chemin grâce à son expérience professionnelle ? Alors, sers-toi de la tienne pour me décrire le sexe de ton homme.

Sa requête était entrecoupée de silences, ponctuée de han-han involontaires. Sa respiration se faisait de plus en plus sifflante, je pouvais deviner la salive affluer dans sa bouche, ses pupilles se dilater et se rétracter.

– Les reliefs de sa bite me font ressentir ceux de ta verge

Jimmy feignant d’ignorer ma provocation ne put s’empêcher de sourire et de murmurer Capoune ! ce qui était le but recherché.

–  mais pour les décrire plus précis…ooh… précisément… ooh… je dois y regarder… ooh… de plus… près…

Je me penchai vers le pubis de Monique quand un va-et-vient plus vigoureux de Christian me projeta en avant. Le bassin de Monique se souleva. J’entendis le crissement des dents de Jimmy. Je le regardai. Il resplendissait. Son regard, son sourire, les frémissements des ailes de son nez lui donnaient un air un peu fou, mais terriblement sensuel.

J’écartai les lèvres de Monique pour regarder plus attentivement le sexe de Jimmy.

– Tu vois comme il la fait reluire, ta Monique ? Est-ce que ta queue brille autant, Christian ?

J’étais ivre de cette sensation particulière, sentir le sexe de Jimmy frotter entre mon index et mon majeur tandis qu’il allait et venait dans celui de Monique. En écartant davantage ses lèvres, je vis poindre son clitoris, comme une fleur sur le point d’éclore. Je ne pus résister à l’envie de le goûter, de le lécher, de m’en régaler.

Réalisant qu’ainsi j’interdisais à Christian de profiter du spectacle, je relevai la tête et m’en excusai. La main ferme de Monique la plaqua aussitôt. Y a pas d’mal !

Son éclat de rire déclencha le bruissement d’ailes dont j’avais appris à connaître la signification. Je négligeai donc la vue pour me focaliser sur l’audition et faire confiance à l’ectoplasme de Monique qui me soufflait ses conseils. Écoute, écoute les vibrations de mon corps quand ta langue le lèche comme ça, quand tes lèvres du haut jouent avec les miennes du bas. Tu entends la chair de poule qui se répand un peu partout sur ton corps, un collier de perles qui fait le tour de tes chevilles puis s’enroule comme un boa sensuel jusqu’à tes cheveux ? Écoute, écoute Christian ! Tu entends* comme les va-et-vient de sa queue aux reliefs profonds sont chantants ?

J’écoutais les vibrations de Jimmy, bon sang, sa langue affûtant ses dents m’excitait au-delà de l’entendement ! Et ses doigts crispés sur les hanches de Monique, ses doigts qui glissaient, dérapaient pour se crisper davantage, comme c’était jouissif à écouter !

En toute impudeur, je m’étourdissais surtout des vibrations de mon propre plaisir. Je suis certaine de leur mélodie que je suis incapable de reproduire hors-contexte. Je m’amusais à différencier les zwuuiit zouït des va-et-vient de Christian des zouït zwuuiit de ceux de Jimmy.

Je jouis violemment en frissonnant. J’entendis autant que je sentis la main de Christian glisser de mes fesses à l’intérieur de ma cuisse, caresser mon clitoris, l’autre main soulever mon sein, courir autour du mamelon, s’assurer de la chair de poule, avant de le pincer idéalement. J’entendis sa respiration sifflante, d’un sifflement presque acide, son cœur battre plus vite, plus fort, le sperme affluer comme les chevaux sauvages d’un Far-West fantasmé. J’entendis ses poumons s’emplir d’air puis se vider d’un coup et le sperme refluer. J’entendis son sourire satisfait.

J’entendis Monique au bord de l’extase, y succomber sereinement. J’entendis Jimmy se pencher vers mon épaule et ses dents déchirer ma peau tandis que son sperme se déversait, je pourrais dire « en chantant » dans le vagin de Monique, dont l’ectoplasme m’attirait je ne sais où. Je jouis à nouveau.

Enfin, j’entendis la voix tonitruante de Marcel. Té, v’là les deux capounes ! Mon ectoplasme dans un dernier bruissement d’ailes réintégra mon corps.

Je relevai la tête. Regardai Monique dans les yeux. Dégagée de l’étreinte de Jimmy, elle se pencha vers moi. M’embrassa. Je ne pus m’empêcher de penser aux baisers voyous et savants de Jean-Luc. Christian s’excusa. Je ne peux pas me retenir davantage. Son excuse était feinte, c’est pourquoi je lui répondis « C’est pas grave, ça arrive… »

Déconner, c’est… (à votre avis ?)

* Ce qui prouve que l’ectoplasme de Monique ne suit pas les règles grammaticales qu’elle a pourtant enseignées pendant des années !

Une expérience scientifique est alors une expérience qui contredit l’expérience commune *

Nos amis irlandais étaient partis depuis quelques jours. Joseph les avait rejoints la veille. Je déjeunais avec Monique, Jimmy, Jim, Jean-Luc et Alain quand Marcel vint nous passer le bonjour. Il déclina notre offre de partager le repas, mais ne se dit pas opposé à l’idée d’un petit digestif. Je le taquinai en lui faisant remarquer que l’absence de Mireille, toujours attentive à son hygiène de vie, l’arrangeait bien. La main sur le cœur, il jura que ça ne lui avait même pas traversé l’esprit.

Semblant soudain se souvenir d’un détail, il me demanda pourquoi j’avais choisi d’être infirmière. Je répondis à chacune de ses questions, de plus en plus précises.

– Si j’ai bien compris, la science te passionnait. Te passionne-t-elle toujours, ou… ?

Marcel, ce satané Marcel, avec son air con et sa vue basse m’avait tendu un piège dans lequel je m’étais précipitée ! Un filet dont il avait resserré les mailles sans que je m’en aperçoive.

– Donc, je ne suis pas dans l’erreur si j’affirme que tu ne refuseras une proposition d’espérience ès scientifique ?

Comment aurais-je pu le contredire ? Jimmy avait traduit notre échange à Jim qui éclata de rire et fit claquer la paume de sa main dans celle de Marcel.

– T’as noté la techenique, gari ? Des années d’espérience… !

De toute la tablée, j’étais la seule à ne pas avoir saisi le sous-entendu. Néanmoins, j’acceptai de bonne grâce de me prêter à cette espérience ès scientifique. En ce début novembre, la météo était trop capricieuse pour nous permettre de la tenter en extérieur, c’est pourquoi nous nous rendîmes chez Jean-Luc où nous ne risquerions pas d’être interrompus par l’arrivée d’autres confrères et consœurs. C’était le prétexte officiel. En réalité, Marcel voulait inspecter le verger de Valentino qu’il entretient avec un soin presque religieux. Il invita Jim à l’admirer et condescendit à ce que Jean-Luc les accompagne.

J’usais de tous mes charmes pour tenter d’en savoir un peu plus sur cette espérience, mais ni Monique, ni Alain, ni même Jimmy n’y succombèrent. Je crus même, l’espace d’un instant, que Marcel et ses acolytes avaient été témoins de ma pitoyable tentative quand j’entendis retentir le formidable éclat de rire de Jim. Mais ils étaient trop loin pour que cela fût possible.

Quand ils nous rejoignirent, Jean-Luc se montra très empressé auprès de Monique, lui chuchotant des mots d’amour dans le creux de l’oreille, la serrant de toute sa tendresse dans ses bras. Trop poli pour être honnête, pensai-je. L’éclat de rire de Jim redoubla quand il entra dans la véranda où nous les avions attendus, Marcel, hilare, semblait ravi.

– J’y ai montré un arbre inconnu dans son pays, un arbre qui ne se trouve qu’ici, dans ce verger. Comment je t’ai dit qu’on l’appelait, coumpan ?

– Lo poumié à Mounico !

Monique se dégagea vivement de l’étreinte de Jean-Luc.

– Ça, tu vas me le payer, Jean-Cule ! Tu vas me le payer !

– Bé, fallait bien qu’on lui esplique pourquoi qu’on t’appelle Fille de Mère-Nature, Mounico ! Et pis, le Balafré lui a raconté que depuis, t’es incollable sur le sujet. Il a même dit que tu n’avais pas ton pareil pour les leçons de botanique quand t’étais maîtresse d’école… Il lui a même dit pour tes beaux herbiers… alors…

Le visage de Monique se radoucit immédiatement. Jean-Luc se leva et revint vers nous avec un de ces fameux herbiers et je dois reconnaître que j’en ai rarement vus d’aussi beaux.

– Bon. Causons peu, mais causons bien. On est bien tous d’accord sur le… Comment qu’on dit déjà ? Le truc qu’on a causé…

– Le protocole, Marcel, le protocole.

– Tu m’ôtes les mots de la bouche, Jimmy ! Donc, on est bien tous d’accord sur le protocole de cette espérience ès scientifique, hein ?

Ils l’étaient tous. Même Jim qui semblait avoir compris la question. Je ne leur fis pas la joie de les interroger à propos de ce fameux protocole, mais avant tout parce que je frissonnais d’excitation à l’idée d’être le cobaye d’une expérience dont j’ignorais tout. Marcel glissa quelques mots à l’oreille de Monique qui lui répondit à mi-voix. Oui, c’est ça « en double-aveugle », ce qui l’amusa beaucoup.

– Alors, on va faire l’espérience en double-aveugle. On va faire deux groupes. Mounico, Alain, Jean-Luc et moi dans la chambre. Vous autres dans la véranda. Maintenant, laisse-moi t’espliquer le but de cette espérience. On va tenter de vérifier si un phénomène se produit.

– Un… phénomène ? Quel genre de phénomène ?

– Bé… un phénomène du genre… phénoménal. Escuse-moi, mais j’ai peur que si je t’en dis plus ça fausse le résultat. Tu comprends ? C’est scientifique. Mais bon, grosso modo chacun de notre côté, on fera la même figure et Jean-Luc vérifiera qu’on fait pareil en allant d’une pièce à l’autre.

– Pour valider le protocole, en quelque sorte…

– Té, ça se voit bien que t’es une scientifique dans l’âme, Blanche-Minette, t’as tout de suite compris ! À toi l’honneur coumpan, qu’est-ce tu choisis comme figure ?

Je ne sais pas quand ils avaient mis leur numéro au point, ni même s’ils en avaient seulement parlé avant, mais un large sourire illumina le visage de Jim qui se frotta les mains en annonçant Sodomie polie ! Déjà émoustillée par l’ambiance, ces deux mots firent naître en moi une bouffée d’excitation qui m’envahit du bout des orteils à la pointe des cheveux.

– Si c’est ça qui te tente, va pour une sodomie polie !

Monique, Marcel, Alain et Jean-Luc rejoignirent la chambre. Tandis que nous nous déshabillions dans la véranda, le Bavard m’informa que pour cette espérience, bien que ce ne soit pas dans ses habitudes, il devrait le faire à la parlante.

– Té, Mounico, t’es toujours aussi bandante ! Vé comme tu me fais de l’effet ! Hou, boudiou, mais t’es déjà trempée, capoune ! Vé… sentez, vous autres, comme son joli minou…

Haussant le ton, il demanda à Jimmy de traduire un petit préambule au protocole.

– Je vais d’abord lui fourrer un peu son joli petit con… Fatché, comme ma bite se sent bien dans son petit con… !

Les mots de Marcel produisaient leur effet jusque dans la véranda. Jimmy les traduisait, mais il me semble, aujourd’hui encore, que Jim les comprenait viscéralement. Je passais des bras de l’un à ceux de l’autre et nos caresses, nos baisers nous excitaient bien plus qu’ils ne le faisaient habituellement.

– Fatché ! C’est toujours pareil avec Mounico, où que j’y mette ma bite, je suis au Paradis ! Mais tu vas te taire, capoune ?! Ho, le Balafré, occupe-lui la bouche ! Et en anglais, en plus ! Qu’elle va nous faire rater l’espérience avé ses bavardages !

J’arrachai ma bouche de celle de Jimmy pour prendre la défense de ma consœur.

– T’énerve pas, Marcel, elle lui expliquait que c’était toi, le magicien, quoi que tu fasses aux femmes, avec ta bite, avec tes doigts, avec ta bouche, c’est toi qui nous envoies au Paradis !

– Té, Blanche-Minette, tu pouvais pas me le dire avant ?! Va faire sortir le Balafré de sa bouche, maintenant ! Ho, coumpan, t’es prêt pour l’espérience ? Rédi ?

– Oh, my God ! Sure, I am !

– Bon, je me retire de son minou pour laisser la place à… Vé comme elle fait reluire mon membre tant elle mouille ! Vé, il brille comme un sou neuf ! Va pas nous l’abîmer avé ta bite de taureau ! Qué c’est pas comme si ça faisait pas quarante-cinq ans que tu te la fourrais, la Monique ?! Si on peut plus causer… Alors, dis-leur… comment tu te sens dans son petit con ?

– Je suis au Paradis ! Ô pute vierge, vé comme elle se cambre !

– Té, c’est qu’elle veut la politesse… Qu’est-ce vous avez tous, vous autres, à vous marrer ?

– Ho, le Bavard, laisse-nous deux minutes de répit ! J’arrive pas à rester concentré avec tes conneries !

– Parce que vous en êtes où de votre côté ?

– Odette est couchée sur le côté, je suis bien au chaud dans sa minette et Jim…

– Oh my God ! Oh my fucking God ! Ça rentre comme dans du beurre !

– T’as pas perdu le vocabulaire, c’est bien mon gars ! De mon côté, je me prépare… Oh, fatché ! Comme dans du beurre aussi !

– Ça doit tenir à leurs origines normandes…

– Très fine analyse, Jean-Luc, très bonne déduc… ô pute vierge, Monique c’est encore meilleur quand le Bavard est dans ton cul !

– Té, pour sûr que c’est meilleur ! Elle l’a dit tout à l’heure ! Et… vé quand je lui titille ses petits œufs sur le plat…

Soudain, au milieu de nos éclats de rire, des mots que nous échangions tous, je perçus cet étrange bruissement d’ailes et, plus forts que nos voix, j’entendis mes râles de plaisir, mais de l’extérieur. J’entendis le son des doigts de Jim caressant mes seins, le frémissement des ailes du nez de Jimmy, les tressautements de sa lèvre. J’entendis le sang qui coulait dans ses veines. J’entendis la surprise de Jim avant qu’il ne s’exclame  ! J’entendis ses cuisses se crisper puis se détendre.

Je croyais être victime d’une hallucination quand je me rendis compte que j’entendais aussi ce qu’il se passait dans la chambre, mais la voix du Bavard me rassura. Qu’est-ce que je vous avais dit ?! Te voilà enfin ! J’entendais le cœur de Monique battre à tout rompre. J’entendais le crissement de ses poils frottant contre ceux d’Alain. Dis donc, t’es bien curieuse ! Vas-y, te gêne pas ! J’entendais la langue de Monique sur la verge de Jean-Luc, j’entendais même le flux de son sang irriguer sa hampe. et de moi, tu t’en fous ?! J’entendis enfin les va-et-vient de Marcel dans le cul de Monique qui se faisaient plus amples, plus démonstratifs. Ah quand même ! Ho, le Balafré, va donc vérifier le protocole ! J’entendis un autre bruissement d’ailes, très bref. Regarde-la, l’autre capoune, feignasse comme pas deux !

Quand Jean-Luc nous rejoignit, Jim s’écria de nouveau  ! J’avais l’impression qu’une partie de moi était dans la chambre et qu’une partie de Monique était entrée dans la véranda en même temps que Jean-Luc.

– Qu’est-ce qu’ils font ? Mounico, raconte-nous ce qu’ils font !

J’entendais cette conversation chuchotée comme si j’étais à leurs côtés.

– Jimmy est aux anges, Jim sourit en regardant l’épaule de Jean-Cule. Qu’y a-t-il de si drôle ?

– C’est pas son épaule qu’il regarde, c’est ta petite fée qui s’est installée dessus pour pas se fatiguer en chemin ! Et il fait quoi, ton homme ?

– À ton avis ? Odette ouvrait la bouche comme une carpe sortie de son bassin, Jean-Cule en a profité pour y mettre sa queue, pardi !

Évidemment que j’étais bouche bée ! Je venais enfin de réaliser le but de cette espérience ès scientifique ! J’ai aussi un ectoplasme et Marcel, Monique… même Jim étaient capables de le voir alors que moi, non. Une caresse de Jean-Luc sur ma nuque me ramena à la réalité tangible. Je levai les yeux vers lui. Son sourire ravageur me troubla, mais moins que sa voix quand, imitant Jimmy à la perfection, il énonça Odette est viscéralement monogame. Son ventre était secoué par un éclat de rire.

– Il n’y a pas que l’amour qui nous unit. Ce qui nous unit avant tout, c’est notre perspicacité, mais bon, tu ne peux pas le comprendre puisque tu es encore puceau ! Hein, mon amour que c’est ça qui nous unit ? Comme tu es belle, ma Princesse ! Comme tu es belle !

Je dégageai ma tête de l’étreinte de Jean-Luc pour embrasser Jimmy. Aucun des membres de la Confrérie ne s’est moqué de moi quand je leur expliquai que notre véritable mariage eut lieu à ce moment précis, que dans ce baiser-là, il y avait les plus belles alliances dont un couple puisse rêver. J’entendis Monique expliquer à Marcel et à Alain que quelque chose de magique venait de se produire, mais qu’elle ne savait pas quoi exactement, son ectoplasme étant fasciné par la vue de la queue de Jim allant et venant entre mes fesses.

Une folle envie de sucer Jean-Luc m’envahit. Il me complimentait, m’encourageait à me laisser complètement aller. Je voulais bien le croire quand il me disait comme c’était bon pour lui, mais j’aurais tellement voulu atteindre la perfection… La perfection que j’avais entendue dans la chambre… Un bruissement d’ailes, rapide comme une étincelle me fit lever les yeux.

– Té, mais qu’est-ce tu fous là ?! Boudiou ! Elle est pas partie chercher sa co…

Je n’entendis pas la fin de la remarque de Marcel, mais j’en compris bien vite la raison. L’ectoplasme de Monique était allé chercher le mien afin qu’il m’aide ! En entendant les bruits de ma langue, le sang dans la verge de Jean-Luc, en les entendant précisément, je serai capable de reproduire les bruits que mon ectoplasme avait entendus dans la chambre. Je ne me trompais pas.

– Oh oui, Odette ! Oh…tu me suces comme… oh oui… à la perfection… comme… oh… comme si ça faisait des… an… nées… ooh… oui… oh… comme ça !

Je me sentais devenir folle, en proie à un plaisir presque parfait, si ce n’était… Pourquoi Jimmy ne le comprenait pas ? La voix de Monique vint à ma rescousse.

– Putain, Jimmy, qu’est-ce que t’attends pour la mordre ? Tu ne vois pas qu’elle…

J’entendis mon cœur gonfler, enfler, se gorger de sang. J’entendis les dents de Jimmy traverser ma peau et mon sang couler dans sa bouche. J’entendis le sexe de Jim jouir dans mes  fesses. J’entendis, avant même de le sentir, le sperme de Jean-Luc emplir sa verge, affluer vers son gland et se déverser dans ma bouche. J’entendis les lèvres de Jimmy aspirer mon sang. J’entendis sa langue caresser mon épaule. Un dernier bruissement d’ailes, comme une caresse sonore sur mon ventre et tout redevint normal. Enfin, je veux dire, je n’entendais pas autre chose que ce que les autres entendaient.

Le soleil était déjà couché, mais pas encore endormi, quand nous fîmes le bilan de cette espérience ès scientifique en grignotant et surtout en trinquant. Le plus amusant c’est que je n’ai rien vu de ces ectoplasmes, mais que j’ai tout entendu, alors que Monique voyait tout, mais n’a jamais rien entendu. C’est ainsi qu’il s’est toujours comporté avec elle. Marcel a vu ma petite fée qui a ta belle figure. Quant à Jim, il nous a assuré avoir vu deux anges aussi différents l’un de l’autre que je peux l’être de Monique.

Jimmy, Alain et Jean-Luc voulaient toujours plus de détails, de précisions. Je demandai à Marcel pourquoi ça l’agaçait autant. Ne voulait-il pas partager tout ça avec ses confrères ?

– Mais c’est pas ça… Regarde-le ! Déjà qu’il a un membre à faire pâlir de jalousie l’autre… là… le Rocco de mes couilles… En plus, quand il ouvre le robinet, il t’en sort des litres… et non content de ça, voilà qu’à peine on est remis de nos émotions, il bande déjà comme un puceau à son premier rendez-vous ! Et je dis pas ça pour toi, le Balafré, c’est une image !

Si après la pluie vient le beau temps, que devons-nous faire pendant qu’elle tombe ?

*Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique (1938)