Après la pluie, vient le beau temps, pendant la pluie, prenons du bon temps !

Chaque jour passé ensemble nous unissait davantage à Jim. Bien que mâtiné de provençal, ses progrès en français étaient impressionnants. Une fois*, j’avais osé lui reprocher une formulation, il m’avait alors répliqué « Fas cagua Blann’che Minette ! » avant d’éclater de rire et de me prendre dans ses bras. J’avais tenté de l’amadouer en lui confessant que je ne comprenais pas tout quand il parlait cette langue. Jimmy était présent et je sais mieux que quiconque comment le rallier à mes arguments. Devant mon air de Caliméro, il me fit son joli sourire et de sa voix la plus douce, me dit « Tu n’as qu’à l’apprendre. Tout est question de motivation. Tu veux qu’on te motive ? »

Les provençaux sont des fourbes, mais bon sang, comme j’aime leur fourberie !

Je découvrais une Provence bien éloignée de celle que j’avais imaginée. Je la croyais aride et mollassonne comme une vieille biscotte oubliée derrière un bocal d’olives et ce mois de novembre si pluvieux me la révélait vivante, stimulante et indomptable. J’avais accompagné Jim et Marcel chez Jean-Luc pour constater l’état du verger, nous devions ensuite rejoindre nos amis dans la maison de la rue basse et avions décidé de nous y rendre à pied puisque le temps le permettait.

Un violent orage nous contraignit à trouver refuge chez Marcel. Je m’essuyais les cheveux quand Jim voulut nous montrer ses progrès en français.

– Il pleut comme vache qui pisse !

– Non, non coumpan ! Il pleut comme femme qui jouit !

Je haussai les épaules en faisant non de la tête, me dirigeai vers la fenêtre pour tenter de déchiffrer le ciel à travers la vitre. Cette pluie allait-elle bientôt cesser ? Mes vêtements étaient trempés et je frissonnais. Marcel m’apporta une serviette et m’invita à faire sécher mes affaires avec les leurs au coin du feu. Je me déshabillais entièrement et, en lui tendant mes vêtements, lui reprochai de s’être moqué de moi, ils n’avaient ôté que le haut et s’il y avait bien une cheminée, elle n’avait sans doute pas fonctionné depuis des décennies.

– Vous n’êtes vraiment que deux gamins !

– Parce que toi, t’en es pas une peut-être ?

Marcel me désignait le graffiti que j’avais dessiné du bout des doigts sans m’en apercevoir. Une fois encore, je devais m’avouer vaincue.

– T’aurais pas une chemise ou un truc, histoire que je ne chope pas la crève ?

– On pourrait aussi se réchauffer… à la chaleur animale…

– Tu perds pas le Nord, toi !

Marcel sourit, prenant mes derniers mots pour ce qu’ils étaient, un vrai compliment. Il montra la vitre à Jim.

– Tu sais comment qu’on dit en français, coumpan ? « Brochette »

– Yes « Brochette », La brochette à Dédette !

– Non, non ! « La brochette de Dédette » parce que c’est Dédette au milieu…

Pestant contre son traducteur, qui décidément avait été une dépense inutile, Marcel réussit tout de même à lui expliquer la différence entre une Dédette’s brochette et une Dédette brochette. Jim se grattait la tête, semblant se dire que la langue française était pleine de subtilités bien subtiles. Convaincue de la justesse des arguments de Marcel sur le causer simple, je décidai de m’abstenir de préciser à Jim qu’en français correct, il fallait dire Brochette de Dédette que j’en sois la propriétaire ou l’ingrédient principal.

S’il est une chose que j’apprécie dans les leçons que Marcel donne à Jim, c’est leur évidence, leur naturel. Mon corps, les leurs, ceux de nos consœurs et ceux de nos confrères, ce que nous en faisons, comment nous en jouissons ou n’en jouissons pas sont abordés avec la même aisance que les noms des différents vents, des reliefs, des aliments, des plantes ou des animaux.

Il me fallut déterminer nos places respectives. Pour la mienne, elle allait de soi puisque c’était une brochette de Dédette, mais quand je dus choisir lequel serait devant, lequel serait derrière, l’expression choix cornélien prit tout son sens. Marcel approuva ma configuration par une formule dont il a le secret. Ta bouche pleine de ma queue c’est bien… ça t’évitera de dire des conneries ! Son sens inné du compliment me ravira toujours !

J’étais penchée au-dessus de la table, me tenant à ses bords. Marcel à mes côtés plus que devant, cette position était plus stable pour moi, Jim étant trop grand, je devais me tenir sur une sorte de marchepied et je craignais de perdre l’équilibre. Va pas lui faire une fracture de la bite à notre coumpan ! Nous étions tous les trois bien d’accord sur ce point précis.

J’aimais me sentir la raison de leur complicité autant que j’aimais sentir leurs mains rugueuses parcourir mon corps, se rencontrer sur mon pubis. Blann’che Minette. J’aimais sentir les grosses mains carrées de Marcel sur mes joues.

– Oui… suce-moi comme ça ! Tu vois, coumpan, là… elle me suce… regarde ! Et là… je lui baise la bouche. Répète !

– Baise la bouche…

– Oui ! C’est ça ! Et là ?

Jim se pencha pour être certain de sa réponse.

– Une pipe andante !

– Une pipe quoi ?!

– Andante ! No… sorry… allegro !

– Qu’est-ce tu racontes ?

Je m’efforçais de suivre le tempo et de garder mon sérieux tout à la fois. Jim s’était fiché en moi et me donnait les indications. Adagio. Andante. Moderato. Allegro. Presto ma non troppo.Soudain, il s’exclama, en s’adressant à Marcel baise la bouche ! Je sentis une goutte de salive atterrir sur mes reins tandis qu’il reprenait ses va-et-vient.

Marcel était enchanté de ces pipes musicales et demanda à son coumpan de lui indiquer à nouveau les différents tempos. Pour être sûr d’avoir tout bien saisi les nuances. J’aimais sa façon de caresser mon crâne, mes joues.

Jim avait repris ses va-et-vient, de ses grandes mains puissantes, il écartait mes fesses et s’extasiait de regarder sa grosse et dure queue noire aller et venir dans mon vagin. Une de ses mains glissa sous mon ventre, rejoignit celle de Marcel sur ma poitrine.

En me cambrant, j’avais redressé la tête et la bouche libérée, j’enjoignis Jim.

– Fuck ! Fuck ! Fuck ! Fuck me ! Fuck me hard ! Fuck me strong ! Fuck me deep ! Fuck me… wild !

– On cause pas angliche chez moi, Blanche-Minette !

Et comme si je pouvais considérer son geste comme une punition, remit sa bite dans ma bouche.

– Qu’est-ce qu’elle t’a dit, coumpan ? Ça veut dire quoi exactement tout ce qu’elle t’a dit ?

Jim, ravi de lui rendre ce service, s’appliqua à montrer les différentes variations. J’étais au Paradis ! Marcel pouvait s’en rendre compte à l’ardeur avec laquelle je le suçais.

– Remontre-moi le phoque arde… aahh… oui… hmm… et le phoque dip… ooohh… Et le phoque strongue… Elle va me faire venir à force… Vas-y adagio, Blanche-Minette… Oui… Encore un coup de phoque arde… Ô putain, j’ai déjà oublié… c’est comment déjà le phoque oualde ? Ah…hmm… oui… reste sur le oualde… C’est bien comme… Adagio, j’avais dit ! Ô, pute borgne, elle m’a fait venir !

– Non ! Reste dans ma bouche, Marcel… même si tu débandes… c’est meilleur en…

– En brochette, capoune ?

– Yeah ! La brochette de Dédette !

– T’apprends vite, coumpan, c’est bien ! Vé comme vous êtes beaux ! Oui… comme nous sommes beaux, mais pour moi, c’est une évidence, Blanche-Minette la gourmande des brochettes ! Té… elle va venir ! Titille-lui son bouton, coumpan !

Je jouis si fort que je faillis tomber par terre. Je suppliai Jim. Encore ! Encore ! Marcel s’était retiré de ma bouche. Manquerait plus que tu me la coupes avec tes acrobaties ! Jim était déchaîné et par là même me déchaînait.

– Oui, c’est ça ! Phoque-la oualde ! C’est bon pour toi ?

Et comment que ça l’était ! Je me sentais couler de plaisir, mon dos était couvert de sueur et de salive. Jim criait son bonheur, sa surprise dans un mélange d’anglais et de franco-provençal. Il prenait son Dieu à témoin et lui demandait de regarder comment lui, Jim O’Malley, faisait jouir sa Princess. J’attrapai sa main crispée sur mon épaule, l’approchai de ma bouche et la mordis de toutes mes forces quand je le sentis sur le point de jouir.

Mon sexe dégoulinait de son sperme et de ma propre jouissance mêlés. Jim m’assit sur la table, le temps que je reprenne un peu de force et me téta le sein comme il sait si bien le faire. Comme s’il s’agissait d’un secret honteux, il attendit que Marcel soit parti récupérer mes vêtements secs pour me murmurer à l’oreille I love you, Princess. I’m really in love with you. Je l’embrassai pour que ma langue dansant avec la sienne lui fasse comprendre à quel point je l’aime aussi.

La nuit était sur le point de tomber, la pluie avait cessé quand nous nous remîmes en chemin.

Nous n’avions pas fait cent mètres qu’une voiture nous klaxonna. C’était la familiale de Daniel dans laquelle nous prîmes place à l’arrière, aux côtés de Jimmy. Mireille nous demanda si nous nous étions abrités de la pluie chez Marcel.

– On n’a pas fait que s’abriter, on en a profité pour améliorer mon angliche !

– Et pour te donner une leçon de solfège…

– Et pour me donner une leçon de solfège.

Mireille, incrédule, se retourna pour s’assurer que nous ne nous moquions pas d’elle.

– Une leçon d’anglais et une de solfège ? Vraiment ?

Jimmy traduisit la réponse de Jim. C’est l’exacte vérité ! Et nous nous abstînmes de rire.

Comme l’affirme le dicton « À la Sainte-Catherine »…

*Bon, il semblerait que ce soit arrivé plus d’une fois…

Une expérience scientifique est alors une expérience qui contredit l’expérience commune *

Nos amis irlandais étaient partis depuis quelques jours. Joseph les avait rejoints la veille. Je déjeunais avec Monique, Jimmy, Jim, Jean-Luc et Alain quand Marcel vint nous passer le bonjour. Il déclina notre offre de partager le repas, mais ne se dit pas opposé à l’idée d’un petit digestif. Je le taquinai en lui faisant remarquer que l’absence de Mireille, toujours attentive à son hygiène de vie, l’arrangeait bien. La main sur le cœur, il jura que ça ne lui avait même pas traversé l’esprit.

Semblant soudain se souvenir d’un détail, il me demanda pourquoi j’avais choisi d’être infirmière. Je répondis à chacune de ses questions, de plus en plus précises.

– Si j’ai bien compris, la science te passionnait. Te passionne-t-elle toujours, ou… ?

Marcel, ce satané Marcel, avec son air con et sa vue basse m’avait tendu un piège dans lequel je m’étais précipitée ! Un filet dont il avait resserré les mailles sans que je m’en aperçoive.

– Donc, je ne suis pas dans l’erreur si j’affirme que tu ne refuseras une proposition d’espérience ès scientifique ?

Comment aurais-je pu le contredire ? Jimmy avait traduit notre échange à Jim qui éclata de rire et fit claquer la paume de sa main dans celle de Marcel.

– T’as noté la techenique, gari ? Des années d’espérience… !

De toute la tablée, j’étais la seule à ne pas avoir saisi le sous-entendu. Néanmoins, j’acceptai de bonne grâce de me prêter à cette espérience ès scientifique. En ce début novembre, la météo était trop capricieuse pour nous permettre de la tenter en extérieur, c’est pourquoi nous nous rendîmes chez Jean-Luc où nous ne risquerions pas d’être interrompus par l’arrivée d’autres confrères et consœurs. C’était le prétexte officiel. En réalité, Marcel voulait inspecter le verger de Valentino qu’il entretient avec un soin presque religieux. Il invita Jim à l’admirer et condescendit à ce que Jean-Luc les accompagne.

J’usais de tous mes charmes pour tenter d’en savoir un peu plus sur cette espérience, mais ni Monique, ni Alain, ni même Jimmy n’y succombèrent. Je crus même, l’espace d’un instant, que Marcel et ses acolytes avaient été témoins de ma pitoyable tentative quand j’entendis retentir le formidable éclat de rire de Jim. Mais ils étaient trop loin pour que cela fût possible.

Quand ils nous rejoignirent, Jean-Luc se montra très empressé auprès de Monique, lui chuchotant des mots d’amour dans le creux de l’oreille, la serrant de toute sa tendresse dans ses bras. Trop poli pour être honnête, pensai-je. L’éclat de rire de Jim redoubla quand il entra dans la véranda où nous les avions attendus, Marcel, hilare, semblait ravi.

– J’y ai montré un arbre inconnu dans son pays, un arbre qui ne se trouve qu’ici, dans ce verger. Comment je t’ai dit qu’on l’appelait, coumpan ?

– Lo poumié à Mounico !

Monique se dégagea vivement de l’étreinte de Jean-Luc.

– Ça, tu vas me le payer, Jean-Cule ! Tu vas me le payer !

– Bé, fallait bien qu’on lui esplique pourquoi qu’on t’appelle Fille de Mère-Nature, Mounico ! Et pis, le Balafré lui a raconté que depuis, t’es incollable sur le sujet. Il a même dit que tu n’avais pas ton pareil pour les leçons de botanique quand t’étais maîtresse d’école… Il lui a même dit pour tes beaux herbiers… alors…

Le visage de Monique se radoucit immédiatement. Jean-Luc se leva et revint vers nous avec un de ces fameux herbiers et je dois reconnaître que j’en ai rarement vus d’aussi beaux.

– Bon. Causons peu, mais causons bien. On est bien tous d’accord sur le… Comment qu’on dit déjà ? Le truc qu’on a causé…

– Le protocole, Marcel, le protocole.

– Tu m’ôtes les mots de la bouche, Jimmy ! Donc, on est bien tous d’accord sur le protocole de cette espérience ès scientifique, hein ?

Ils l’étaient tous. Même Jim qui semblait avoir compris la question. Je ne leur fis pas la joie de les interroger à propos de ce fameux protocole, mais avant tout parce que je frissonnais d’excitation à l’idée d’être le cobaye d’une expérience dont j’ignorais tout. Marcel glissa quelques mots à l’oreille de Monique qui lui répondit à mi-voix. Oui, c’est ça « en double-aveugle », ce qui l’amusa beaucoup.

– Alors, on va faire l’espérience en double-aveugle. On va faire deux groupes. Mounico, Alain, Jean-Luc et moi dans la chambre. Vous autres dans la véranda. Maintenant, laisse-moi t’espliquer le but de cette espérience. On va tenter de vérifier si un phénomène se produit.

– Un… phénomène ? Quel genre de phénomène ?

– Bé… un phénomène du genre… phénoménal. Escuse-moi, mais j’ai peur que si je t’en dis plus ça fausse le résultat. Tu comprends ? C’est scientifique. Mais bon, grosso modo chacun de notre côté, on fera la même figure et Jean-Luc vérifiera qu’on fait pareil en allant d’une pièce à l’autre.

– Pour valider le protocole, en quelque sorte…

– Té, ça se voit bien que t’es une scientifique dans l’âme, Blanche-Minette, t’as tout de suite compris ! À toi l’honneur coumpan, qu’est-ce tu choisis comme figure ?

Je ne sais pas quand ils avaient mis leur numéro au point, ni même s’ils en avaient seulement parlé avant, mais un large sourire illumina le visage de Jim qui se frotta les mains en annonçant Sodomie polie ! Déjà émoustillée par l’ambiance, ces deux mots firent naître en moi une bouffée d’excitation qui m’envahit du bout des orteils à la pointe des cheveux.

– Si c’est ça qui te tente, va pour une sodomie polie !

Monique, Marcel, Alain et Jean-Luc rejoignirent la chambre. Tandis que nous nous déshabillions dans la véranda, le Bavard m’informa que pour cette espérience, bien que ce ne soit pas dans ses habitudes, il devrait le faire à la parlante.

– Té, Mounico, t’es toujours aussi bandante ! Vé comme tu me fais de l’effet ! Hou, boudiou, mais t’es déjà trempée, capoune ! Vé… sentez, vous autres, comme son joli minou…

Haussant le ton, il demanda à Jimmy de traduire un petit préambule au protocole.

– Je vais d’abord lui fourrer un peu son joli petit con… Fatché, comme ma bite se sent bien dans son petit con… !

Les mots de Marcel produisaient leur effet jusque dans la véranda. Jimmy les traduisait, mais il me semble, aujourd’hui encore, que Jim les comprenait viscéralement. Je passais des bras de l’un à ceux de l’autre et nos caresses, nos baisers nous excitaient bien plus qu’ils ne le faisaient habituellement.

– Fatché ! C’est toujours pareil avec Mounico, où que j’y mette ma bite, je suis au Paradis ! Mais tu vas te taire, capoune ?! Ho, le Balafré, occupe-lui la bouche ! Et en anglais, en plus ! Qu’elle va nous faire rater l’espérience avé ses bavardages !

J’arrachai ma bouche de celle de Jimmy pour prendre la défense de ma consœur.

– T’énerve pas, Marcel, elle lui expliquait que c’était toi, le magicien, quoi que tu fasses aux femmes, avec ta bite, avec tes doigts, avec ta bouche, c’est toi qui nous envoies au Paradis !

– Té, Blanche-Minette, tu pouvais pas me le dire avant ?! Va faire sortir le Balafré de sa bouche, maintenant ! Ho, coumpan, t’es prêt pour l’espérience ? Rédi ?

– Oh, my God ! Sure, I am !

– Bon, je me retire de son minou pour laisser la place à… Vé comme elle fait reluire mon membre tant elle mouille ! Vé, il brille comme un sou neuf ! Va pas nous l’abîmer avé ta bite de taureau ! Qué c’est pas comme si ça faisait pas quarante-cinq ans que tu te la fourrais, la Monique ?! Si on peut plus causer… Alors, dis-leur… comment tu te sens dans son petit con ?

– Je suis au Paradis ! Ô pute vierge, vé comme elle se cambre !

– Té, c’est qu’elle veut la politesse… Qu’est-ce vous avez tous, vous autres, à vous marrer ?

– Ho, le Bavard, laisse-nous deux minutes de répit ! J’arrive pas à rester concentré avec tes conneries !

– Parce que vous en êtes où de votre côté ?

– Odette est couchée sur le côté, je suis bien au chaud dans sa minette et Jim…

– Oh my God ! Oh my fucking God ! Ça rentre comme dans du beurre !

– T’as pas perdu le vocabulaire, c’est bien mon gars ! De mon côté, je me prépare… Oh, fatché ! Comme dans du beurre aussi !

– Ça doit tenir à leurs origines normandes…

– Très fine analyse, Jean-Luc, très bonne déduc… ô pute vierge, Monique c’est encore meilleur quand le Bavard est dans ton cul !

– Té, pour sûr que c’est meilleur ! Elle l’a dit tout à l’heure ! Et… vé quand je lui titille ses petits œufs sur le plat…

Soudain, au milieu de nos éclats de rire, des mots que nous échangions tous, je perçus cet étrange bruissement d’ailes et, plus forts que nos voix, j’entendis mes râles de plaisir, mais de l’extérieur. J’entendis le son des doigts de Jim caressant mes seins, le frémissement des ailes du nez de Jimmy, les tressautements de sa lèvre. J’entendis le sang qui coulait dans ses veines. J’entendis la surprise de Jim avant qu’il ne s’exclame  ! J’entendis ses cuisses se crisper puis se détendre.

Je croyais être victime d’une hallucination quand je me rendis compte que j’entendais aussi ce qu’il se passait dans la chambre, mais la voix du Bavard me rassura. Qu’est-ce que je vous avais dit ?! Te voilà enfin ! J’entendais le cœur de Monique battre à tout rompre. J’entendais le crissement de ses poils frottant contre ceux d’Alain. Dis donc, t’es bien curieuse ! Vas-y, te gêne pas ! J’entendais la langue de Monique sur la verge de Jean-Luc, j’entendais même le flux de son sang irriguer sa hampe. et de moi, tu t’en fous ?! J’entendis enfin les va-et-vient de Marcel dans le cul de Monique qui se faisaient plus amples, plus démonstratifs. Ah quand même ! Ho, le Balafré, va donc vérifier le protocole ! J’entendis un autre bruissement d’ailes, très bref. Regarde-la, l’autre capoune, feignasse comme pas deux !

Quand Jean-Luc nous rejoignit, Jim s’écria de nouveau  ! J’avais l’impression qu’une partie de moi était dans la chambre et qu’une partie de Monique était entrée dans la véranda en même temps que Jean-Luc.

– Qu’est-ce qu’ils font ? Mounico, raconte-nous ce qu’ils font !

J’entendais cette conversation chuchotée comme si j’étais à leurs côtés.

– Jimmy est aux anges, Jim sourit en regardant l’épaule de Jean-Cule. Qu’y a-t-il de si drôle ?

– C’est pas son épaule qu’il regarde, c’est ta petite fée qui s’est installée dessus pour pas se fatiguer en chemin ! Et il fait quoi, ton homme ?

– À ton avis ? Odette ouvrait la bouche comme une carpe sortie de son bassin, Jean-Cule en a profité pour y mettre sa queue, pardi !

Évidemment que j’étais bouche bée ! Je venais enfin de réaliser le but de cette espérience ès scientifique ! J’ai aussi un ectoplasme et Marcel, Monique… même Jim étaient capables de le voir alors que moi, non. Une caresse de Jean-Luc sur ma nuque me ramena à la réalité tangible. Je levai les yeux vers lui. Son sourire ravageur me troubla, mais moins que sa voix quand, imitant Jimmy à la perfection, il énonça Odette est viscéralement monogame. Son ventre était secoué par un éclat de rire.

– Il n’y a pas que l’amour qui nous unit. Ce qui nous unit avant tout, c’est notre perspicacité, mais bon, tu ne peux pas le comprendre puisque tu es encore puceau ! Hein, mon amour que c’est ça qui nous unit ? Comme tu es belle, ma Princesse ! Comme tu es belle !

Je dégageai ma tête de l’étreinte de Jean-Luc pour embrasser Jimmy. Aucun des membres de la Confrérie ne s’est moqué de moi quand je leur expliquai que notre véritable mariage eut lieu à ce moment précis, que dans ce baiser-là, il y avait les plus belles alliances dont un couple puisse rêver. J’entendis Monique expliquer à Marcel et à Alain que quelque chose de magique venait de se produire, mais qu’elle ne savait pas quoi exactement, son ectoplasme étant fasciné par la vue de la queue de Jim allant et venant entre mes fesses.

Une folle envie de sucer Jean-Luc m’envahit. Il me complimentait, m’encourageait à me laisser complètement aller. Je voulais bien le croire quand il me disait comme c’était bon pour lui, mais j’aurais tellement voulu atteindre la perfection… La perfection que j’avais entendue dans la chambre… Un bruissement d’ailes, rapide comme une étincelle me fit lever les yeux.

– Té, mais qu’est-ce tu fous là ?! Boudiou ! Elle est pas partie chercher sa co…

Je n’entendis pas la fin de la remarque de Marcel, mais j’en compris bien vite la raison. L’ectoplasme de Monique était allé chercher le mien afin qu’il m’aide ! En entendant les bruits de ma langue, le sang dans la verge de Jean-Luc, en les entendant précisément, je serai capable de reproduire les bruits que mon ectoplasme avait entendus dans la chambre. Je ne me trompais pas.

– Oh oui, Odette ! Oh…tu me suces comme… oh oui… à la perfection… comme… oh… comme si ça faisait des… an… nées… ooh… oui… oh… comme ça !

Je me sentais devenir folle, en proie à un plaisir presque parfait, si ce n’était… Pourquoi Jimmy ne le comprenait pas ? La voix de Monique vint à ma rescousse.

– Putain, Jimmy, qu’est-ce que t’attends pour la mordre ? Tu ne vois pas qu’elle…

J’entendis mon cœur gonfler, enfler, se gorger de sang. J’entendis les dents de Jimmy traverser ma peau et mon sang couler dans sa bouche. J’entendis le sexe de Jim jouir dans mes  fesses. J’entendis, avant même de le sentir, le sperme de Jean-Luc emplir sa verge, affluer vers son gland et se déverser dans ma bouche. J’entendis les lèvres de Jimmy aspirer mon sang. J’entendis sa langue caresser mon épaule. Un dernier bruissement d’ailes, comme une caresse sonore sur mon ventre et tout redevint normal. Enfin, je veux dire, je n’entendais pas autre chose que ce que les autres entendaient.

Le soleil était déjà couché, mais pas encore endormi, quand nous fîmes le bilan de cette espérience ès scientifique en grignotant et surtout en trinquant. Le plus amusant c’est que je n’ai rien vu de ces ectoplasmes, mais que j’ai tout entendu, alors que Monique voyait tout, mais n’a jamais rien entendu. C’est ainsi qu’il s’est toujours comporté avec elle. Marcel a vu ma petite fée qui a ta belle figure. Quant à Jim, il nous a assuré avoir vu deux anges aussi différents l’un de l’autre que je peux l’être de Monique.

Jimmy, Alain et Jean-Luc voulaient toujours plus de détails, de précisions. Je demandai à Marcel pourquoi ça l’agaçait autant. Ne voulait-il pas partager tout ça avec ses confrères ?

– Mais c’est pas ça… Regarde-le ! Déjà qu’il a un membre à faire pâlir de jalousie l’autre… là… le Rocco de mes couilles… En plus, quand il ouvre le robinet, il t’en sort des litres… et non content de ça, voilà qu’à peine on est remis de nos émotions, il bande déjà comme un puceau à son premier rendez-vous ! Et je dis pas ça pour toi, le Balafré, c’est une image !

Si après la pluie vient le beau temps, que devons-nous faire pendant qu’elle tombe ?

*Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique (1938)

Jim arrive en Provence

Quand les premières informations concernant les incendies en Australie ont été diffusées en France et bien que Perth en soit très éloigné, nous avons proposé à Jim de nous rejoindre dès que cela lui serait possible. D’autant que le climat social en France ne s’apaisait pas, au contraire, la contestation prenait de l’ampleur. Je craignais qu’une grève n’interdise à l’avion de Jim d’atterrir.

– Tu comprends la supériorité de la Provence sur Paris, Blanche-Minette ?

– Bah non ! Marseille c’est la France, une grève nationale reste une grève nationale !

– Boudiou ! Mais qu’elle est bête ! On est à deux pas de l’Italie et à quatre de la Suisse, parisienne de malheur ! C’est pas comme Paris, cité morose au milieu de nulle part…

– Je te déteste quand…

Jimmy et Mireille venaient d’entrer dans la cuisine où je faisais part de mes craintes à Marcel.

– Qu’a donc fait le Bavard pour que tu le détestes, Princesse ?

– Il a raison, je dois reconnaître qu’il a raison et c’est pour ça que je le déteste ! Et regarde-le qui se marre comme un bossu !

– J’ai cloué le bec à Blanche-Minette en lui ouvrant les yeux ! Faudra noter ça dans les registres de la Confrérie du Bouton d’Or !

– J’y ajouterai même que tu l’as fait de fort belle manière !

Marcel me prit dans ses bras pour une accolade légèrement bourrue.

Marcel tint à nous accompagner jusqu’à l’aéroport quand Jimmy et moi y avons accueilli Jim. Et c’est là que les ennuis ont commencé… Jim me serrait contre lui en répétant Princess, oh my sweet Princess ! Excédé, Marcel lui empoigna le bras.

– Non ! Pas Princesse. Blanche-Minette !

– What ? Bl… ?

– Blanche-Minette. Ou ail te poussi !

Jim ébahi s’exclama que ce surnom sonnait agréablement à ses oreilles. White pussy… Il demanda à Marcel de lui répéter et s’entraîna pendant toute la durée du trajet de retour. Blann’cheu minette. C’est à ce moment que j’ai mesuré l’étendue des dégâts. Jim allait apprendre le français avec l’accent provençal. Je voulus en avertir Jimmy, qui me fit une réponse de jésuite. Mais il est où le problème bann’dann’te prinn’cesse ? À une contre trois, j’ai dû capituler.

Il faut dire qu’ils se sont trouvés ces deux-là ! Leur complicité fut immédiate, à tel point qu’en arrivant à la maison du Toine, Alain nous accueillit par un tonitruant Té, Marcel, tu nous as ramené ton pote de régiment ? Avant de lui traduire ce qu’il venait de dire. Le mas était occupé par la petite classe qui répétait une saynète pour fêter son arrivée.

Alain venait de lui faire découvrir un des nombreux secrets de sa maison quand Jim s’exclama (l’Australien s’exclame beaucoup, c’est dans sa nature) J’aurais pu passer mille fois devant, je n’aurais rien remarqué ! Je te le jure !

– Hé, je te crois. Tiens, puisque t’es là, dis-y, toi !

– Ce ne sont pas mille, mais des millions de fois ! C’était la maison de mes grands-parents, j’y ai grandi et je n’en ai appris les secrets qu’à trente ans ! Et encore, parce que ma mamé les transmettait à sa vraie petite-fille, celle du cœur, à la belle Cathy, la femme d’Alain !

– Comment on dit “et de quelques autres” en anglais ?

Il y a peu, c’était moi à la place de Jim, je ne connaissais que peu de secrets de la maison de la rue basse, parce que je n’avais pas eu souvent l’occasion de m’y rendre et qu’elle en recèle davantage bien qu’étant plus petite. Quand Pierrot et Rosalie l’avaient achetée, elle était presque en ruine. Puisqu’ils la rénovaient et savaient pouvoir compter sur le silence des camarades qui les y aidaient, ils avaient pu en installer jusque dans certaines structures. Valentino avait expliqué à Christian sa technique arithmétique pour disséminer des cachettes sous le plancher à intervalles irréguliers, mais dont la logique lui permettait de pouvoir les retrouver sans avoir besoin d’en dessiner les plans. Et c’est en appliquant cette règle que Christian retrouva une petite cache oubliée de tous. Quand Christian m’a raconté l’histoire de cette découverte, Rosalie, Nathalie, Valentino, Barjaco m’étaient déjà assez familiers, mais je ne les connaissais guère que par ce que j’avais lu d’eux ou sur eux. En écoutant Christian, ils s’animèrent. Ils auraient pu apparaître en chair et en os devant moi, ils n’en auraient pas été plus vivants.

Valentino venait d’expliquer son système et voulut savoir si Christian l’avait compris. Ils entrèrent dans une chambre, Valentino supervisant les recherches de Christian, qui trouva toutes les cachettes. Valentino s’apprêtait à le féliciter avant de rejoindre les autres dans la salle à manger, quand Christian annonça Et la dernière ! Valentino allait lui expliquer pourquoi ce n’était pas possible, quand Christian ouvrit une petite trappe tronquée.

– D’un seul coup, les souvenirs ont assailli Valentino. Mais oui ! Elle avait donné lieu à moult négociations. Il avait fallu l’intervention de Rosalie pour que Valentino acceptât de la réaliser. Et c’était justement cette trappe qu’il avait oubliée. Mais ce n’est pas tout ! En descellant la trappe, j’y ai trouvé une petite boite, je l’ai brandie tel un trophée. Valentino sourit et me dit “pas besoin de clé, c’est un coffret à secrets que j’avais offert à la Confrérie du Bouton d’Or”. Nous l’avons descendu. En bas, il y avait Rosalie, Nathalie, Barjaco et Neuneuille, Monique, Alain, Cathy et leur petit qu’elle allaitait encore. Dans ce petit coffret, quatre compartiments et dans chacun, un petit bout de papier soigneusement plié.

J’avais découvert ce coffret oublié, il me revenait donc l’honneur de découvrir et d’annoncer le message qu’il contenait. Tous de la même main. Celle du Toine. Mon papé. Ce message lui tenait à cœur puisqu’il l’avait recopié sur chaque morceau de papier. Il tenait en trois mots La figure Rosalie. Nous avons failli perdre Neuneuille et Barjaco ce jour-là. À quatre-vingts ans passés, quand t’as été gazé dans les tranchées, un fou-rire peut devenir fatal !

Jim ne lâchait pas Marcel d’une semelle. Celui d’entre nous qui parle le moins bien anglais. Quand il lui présenta Mireille, il glissa à l’oreille de celle-ci Il te tarde, madame la curieuse, il te tarde ! Ce qui eut pour effet de la faire glousser et rougir violemment. Jim sursauta et la désignant s’exclama (qu’est-ce que je vous disais des Australiens…!) Wow ! Just like Princess ! Marcel fronça les sourcils, se racla la gorge. Em… Blann’cheu Minette ! Un sourire vainqueur s’épanouit sur le visage du Bavard. Une voix de plus dans son escarcelle et, qui plus est, une voix à l’accent méridional !

Mireille venait d’arriver de la salle de réception-bibliothèque où elle avait dressé deux ou trois petites choses à grignoter. Ce qui peut se traduire par les nazis peuvent revenir, on a de quoi tenir le siège, environ deux Leningrad. Nous nous retrouvâmes tous là-haut. Jim était le pôle d’attraction ce qui le mettait un peu mal à l’aise. Une fois encore, Marcel décoinça la situation en proposant de lui faire découvrir une de nos saynètes.

– Mais elles sont en français, nos saynètes ! Tu vas…

– Eh bé quoi ? Y en a certaines que même sans comprendre les mots, tu comprends quand même ce qui s’y passe et tu devines ce qui va se passer ! Hein ? Qu’est-ce t’en dis, toi ? Hein ? Mouvie ? Hein ? Yes ! Mouvie ! Vous voyez vous autres… Bon comme on est dimanche…

– On est samedi

– Ouais, sauf que chez lui, en Australie, on est dimanche et que les lois de l’hospitalité, si on les respecte… Té, Jimmy Môssieur « Je fais le tour du monde parce que je représente la France dans les colloques internationaux », t’as des progrès à faire question diplomatie ! Merde, y a des règles de base à connaître ! Donc, puisqu’on est dimanche chez lui, jour du Seigneur. Religion.

Dès qu’un personnage apparaissait à l’écran, Marcel le désignait à Jim.

– Hey ! C’est bon, Marcel, vous n’avez pas si changé que ça, il peut vous reconnaître !

– Ta bouche, Madame l’épouse de l’Ambassadeur de la culture française ! Tiens, regarde, par ta faute, tu nous as fait manquer l’essentiel, il va plus rien comprendre…

Il remit donc la vidéo tout au début avec pour prétexte, la question posée à Jim You understand ? Yes ? Ok ! Puis, alors que personne ne lui disait rien, se justifia Comme ça, je suis sûr ! Jim adora littéralement La novice à confesse. Marcel avait raison, bien qu’ayant des connaissances en français plus que limitées, Jim a su en comprendre et en apprécier le propos.

– Beut’ no mouvie ouisse ouaillete poussie…

À Jim fort surpris, Marcel demanda à Alain de traduire Ils se les gardent pour eux. Pourquoi ? Bé, demande-leur ! S’il n’a pas son pareil pour décoincer les situations, Marcel sait également en tirer profit… Afin de ne pas passer pour les derniers des égoïstes aux yeux de Jim, nous fûmes contraints à accepter de leur laisser visionner l’intégralité de nos petites vidéos quand nous serions au mas, puisqu’elles se trouvaient dans l’ordinateur de Jimmy…

– But… Princess

Sortant une clé USB d’une de ses poches, Jim la proposa à Marcel. Et si en plus, t’aimes le pastaga, je t’adopte ! Il a donc fallu faire goûter du Pastis à Jim qui venait de débarquer de Perth. J’eus beau arguer qu’après de longues heures de vol, deux escales, le décalage horaire, le choc culturel, ça n’était pas raisonnable, rien n’y fit. Aucun des effets délétères que je redoutais ne se produisit. Au contraire, l’ambiance se détendit aussi rapidement que les verges se tendirent. Le visionnage de certaines vidéos tournées en Nouvelle-Zélande permit à mes consœurs et confrères de faire plus ample connaissance avec Jim. En se voyant à l’écran, Jim interpela joyeusement Marcel.

– Me ! It’s me !

– Et là, madame l’épouse de l’Ambassadeur, j’y dis quoi ? Qu’il a pas beaucoup changé depuis ?

Une victoire de plus à son actif. Quand je vous parlais de catastrophe…

Jean-Luc nous rejoignit, Marcel entonna Un Balafré qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop. Son nom, il le signe à la pointe de son zguèg, d’un B qui veut dire Balafré ! Jim ne comprenait rien d’autant que les gestes de Marcel pouvaient prêter à confusion. Comprenant qu’il pouvait se méprendre, Alain traduisit les paroles et en expliqua la raison. Jean-Luc, fidèle à lui-même, donna son sexe à voir. Du coup, chacun montra son engin. Ces messieurs découvrirent donc le membre de Jim avant ces dames. S’ils marquèrent un point question diplomatie, ils en perdirent quatre, question galanterie !

– Fouille di roz’ !

Devant l’air surpris de Marcel, Jim répéta Fouille di roz’. Bouffer lo ku !

Boudiou ! Vous lui avez appris le minimum vital ! Et quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu sais dire d’autre en français ?

Jim se gratta le menton, compta sur ses doigts en énumérant Bonjour. Bonne nuit. Fouille di roz’. Bouffer lo ku. À genoux ! Mais vous êtes nue, madame ! Je t’aime. C’est trop bon. Sodomie polie. Fellation post-prandiale (étrangement fort bien prononcée).

– C’est tout ?

Touché par je ne sais quelle grâce, Jim eut un éclair soudain Jimmy t’es le roi des cons ! Personne ne voulut admettre que j’ignorais où et comment il avait pu entendre cette phrase. Plus tard, alors que Sylvie, Mireille, Alain, Christian, Jimmy et moi parlions avec lui, Jim demanda Où est Marcel ? Christian lui désigna le banc de prière et de contrition où Marcel et Monique se livraient à une levrette de fort belle manière. Jim sursauta et s’exclama La levrette à Dédette ! ce qui nous fit bien rire.

En regardant dans la direction du banc, je vis Jean-Luc dans la bouche de Monique. Il me fit un clin d’œil conquérant, un brin hautain, mais tellement complice… Alain vanta la qualité légendaire des pipes de Monique. Jim pour indiquer à Alain qu’il mémorisait l’info, hocha la tête en répétant Mounico.

– Il nous l’a ensorcelé ! Le Bavard a jeté un sort sur Jim !

Son explication est plus terre-à-terre. C’est parce que vous parlez trop bien, trop compliqué. Moi, je cause facile, je prononce pas tout. Pour le moment, Marcel était trop occupé avec Monique pour remarquer que nous l’observions.

Jim piquait du nez. En parfaite hôtesse, bien qu’étant dans la maison du Toine, je lui proposai de lui montrer sa chambre. Nous rejoignîmes celle qui nous était réservée. Il tombait de sommeil, mais regrettait de rater cette soirée. Je lui indiquai les œilletons dissimulés dans la pièce. Il sourit en louant l’ingéniosité des anciens.

Le petit judas dissimulé au-dessus de la tête du lit permet d’avoir une vue plongeante sur la bibliothèque. Nous ne résistâmes pas à la curiosité. Marcel était avec Monique, Cathy et Daniel. Mireille avec Alain, Sylvie et Martial. Jimmy allait d’un groupe à l’autre. J’en profitai pour lui donner une leçon de français ainsi que les termes propres à notre Confrérie. Je désignai Martial, Sylvie, Alain et Cathy. La figure Rosalie. Jim sourit et répéta. La figure Rosalie.

Nos peaux se retrouvèrent, mais la fatigue du voyage, le décalage horaire et pour finir le pastis et le rosé que c’est presque pas du vin tellement c’est léger eurent raison de Jim qui tomba comme une masse. Je me lovai contre lui et m’endormis à mon tour. À son réveil, nous dormions tous. Comme nous l’en avions prié, il découvrit la maison. En arrivant dans la cuisine, il tomba nez-à-nez avec Marcel qui bougonna.

– Je suppose que c’est du thé pour toi ? Hein ? Tea ?

– Em… coffee, please.

Coffee ?! T’es un bon gars, mon gars !

Marcel avait acheté un traducteur vocal, il râlait parce que la machine est pas foutue de me comprendre, elle me force à prendre l’accent pointu, celui du Nord. Jim lui avait répondu qu’il rencontrait le même problème. Ils étaient en grande discussion quand Mireille fit son entrée.

– Odette dort encore ?

– Pourquoi ?

– Ce qui m’ennuie, c’est que nous sommes dimanche… la tradition…

– La tradition traditionnelle, tu veux dire ?

– Hé oui, mon Marcel… Il reste un peu de café ?

– Assieds-toi à côté de Jim… l’honneur de la France est en jeu, tu tiens son destin entre tes mains, tes jolies lèvres et au bout de ta langue… Courage, belle Mireille, pense à la France. Tout ira bien.

Marcel se leva, servit un bol à Mireille tout en articulant au traducteur La tradition française de l’hospitalité ! Jim pensa que Marcel employait une formule grandiloquente pour évoquer la galanterie dont il faisait preuve en servant un café à Mireille. Elle en but une gorgée avant de plonger vers l’entrejambe de Jim qui fut ravi de sa méprise. Il s’exclama Fellation post-prandiale ! Marcel le détrompa. Non, non, non. Turlutte matinale ! Tel un diable jaillissant de sa boite, Mireille outrée repris sa place. Si c’est pour lui apprendre n’importe quoi, c’est pas la peine ! Pff…“turlutte matinale”…n’importe quoi ! Se passant du traducteur, elle dit Ce n’était pas une turlutte matinale. Non. Not turlutte matinale. Mais but gâterie dominicale. Gâ-te-rie do-mi-ni-cale.

Jim, en élève appliqué, répéta gâ-te-rie do-mi-ni-cale et, toujours avide de connaissances demanda ce qu’était une turlutte matinale. Mireille s’appliquait à montrer la différence à Jim qui voulait être certain de l’avoir bien saisie, quand je les rejoignis suivie de peu par les membres de la Confrérie. Marcel, pour une fois laconique, nous expliqua. Diplomatie. Si le petit-déjeuner n’a pas tourné à l’orgie, c’est parce que nous avions invité nos amis irlandais à découvrir notre univers avec autant de chaleur qu’ils nous avaient fait découvrir le leur. De plus, cela permit de donner un peu d’air à Jim qui ne fut plus l’unique pôle d’attraction.

Je ne sais pas quelle était son intention quand il demanda à Mireille qui scrutait attentivement son membre s’il était si différent que cela de celui de Martial. Elle suffoqua de surprise. Bien sûr ! Comme il l’est de celui de Marcel, d’Alain…t’as déjà vu deux sexes identiques, toi ?! Je traduisis son propos avec tant de véhémence que Marcel en plaisanta. Hou ! Avec ta question, tu nous l’a dédoublée ! Elle a fait rappliquer sa sœur jumelle !

L’éducation du dedans