Chroniques matrimoniales – La Confrérie du Bouton d’Or à la rescousse

Confrérie du Bouton d'OrCatherine perdit un peu de sa joie de vivre quand elle eut ses règles après le pre­mier mois sans pilule. Elle se demandait si son infécondité n’était pas une sorte de châtiment consécutif à sa conduite. J’avais haussé les épaules tant cette idée m’était doublement étrangère. Je ne croyais pas en Dieu, mais quand bien même y aurais-je cru, je ne voyais pas en quoi la conduite de mon amie aurait justifié le moindre châtiment ! Quand je le lui dis, elle éclata de rire et des larmes jaillirent de ses yeux en même temps, comme si son éclat de rire les avait expulsées.

Tu es plus Rosalie que moi et je suis plus Nathalie que toi !

Non ! Tu es Cathy et je suis Monique ! Mais puisque tu y tiens, réfléchissons comme elles l’auraient fait…

C’est ainsi que nous décidâmes de convoquer en urgence la deuxième généra­tion de la Confrérie du Bouton d’Or pour aborder ce problème lors de notre pre­mière séance. Tous répondirent présent, malgré son caractère inopiné, malgré notre inexpérience, malgré leurs obligations fami­liales ou professionnelles, et dans le cas de Jimmy malgré la distance. Il y eut bien quelques plaintes, mais elles étaient signe de notre complicité, de notre amitié, à propos d’un détail vestimentaire auquel ni Catherine, ni moi n’avions songé…

Pour que les hommes puissent porter leurs boutons de manchette, il fallait qu’ils aient des chemises dépourvues de toute attache, ce qui n’était le cas pour aucun d’entre eux. Même Le Notaire, même Joseph, n’en possédaient pas. À notre insu, Alain était allé voir Valentino pour lui exposer leur problème vestimentaire. Aucune de leurs chemises n’auraient convenu pour cette première réunion, et pour lui, il était important de rester eux-mêmes, de ne pas devenir les clones des membres fondateurs, ils réso­lurent le problème en se servant des fameuses man­chettes visibles sur certains vieux clichés.

Je regarde la photo officielle de notre première réunion et je ne peux m’empêcher de sourire. À l’époque, je trouvais qu’Alain était le plus classieux, avec sa belle chemise cha­marrée, en satin, dont le fameux col “pelle à tarte” dépas­sait du jabot ! Aujourd’hui, il paraît ridicule, tout comme Christian et le Balafré ; Jimmy, le Notaire et Joseph, un peu moins, mais le plus surprenant c’est que le Bavard est de loin, le moins risible, alors qu’à l’époque, je jugeais sa che­mise blanche, récupé­rée je ne savais où, totalement rin­garde ! Sur cette photo, Catherine et moi avions posé nues, nos broches sur nos pubis, puisque nous étions allongées, moi au sol et elle sur le sofa.

Après les “formalités d’usage”, après avoir trinqué “les yeux dans les yeux”, Cathy et moi exposâmes nos diver­gences, mais surtout sa crainte d’être stérile à cause de sa conduite passée. Avant même de confronter nos points de vue sur l’exis­tence ou non d’une entité suprême qui dirige­rait nos destinées, la réaction de ces hommes me conforta dans mes convictions. Mais qu’est-ce que tu aurais donc fait qui mériterait une telle sanction ?”.

Et qui te dit que ça ne vient pas de moi ? Que mes sper­matos ne sont pas dilués… noyés dans tout ce flot ?

La voix d’Alain se brisa dans les aigus quand il répondit au “N’im­porte quoi !” agacé de Cathy.

Et qu’est-ce que tu en sais ? T’en a déjà vu beaucoup d’autres mecs qui jutent comme moi ? Autant que moi ? D’autres mecs qui auraient eu des enfants ?

J’étais sidérée parce que, comme beaucoup, je reliais la fé­condité masculine aux attributs masculins. Alain était doté d’une bite énorme, il éjaculait comme on ouvre un robinet, je ne l’aurais jamais imaginé empli de doutes à ce propos. Je regardai Joseph. Son petit sexe n’avait pas été un frein à sa paternité. Chacun argumentait, pour rassurer Catherine, mais ce fut le Bavard qui trouva les mots pour lui rendre le sourire.

Tu as arrêté ta pilule le mois dernier ! Faut pas t’inquié­ter ! Regarde, si je prends mon exemple, ma femme ne prenait pas la pilule et le petit dernier… entre le moment où on l’a voulu et le moment où il a été mis en route… boudiou ! Ça a bien pris… presque un an ! Et t’as vu le résultat ? T’as vu comme il est beau, le pitchoun ?

Cathy en aurait pleuré de bonheur !

Et si nous unissions nos bonnes ondes pour voir si notre Confrérie pourrait aider Turan et Priape ?

Tu sais où tu en es dans ton cycle ?

Au milieu

Donc, la bonne période ?

Oui… à peu près… normalement… oui…

Nous nous concertâmes longuement et nous en conclûmes que la meilleure façon convoquer les bonnes ondes était de faire jouir Catherine à tout de rôle, mais qu’elle aussi nous fasse jouir avant de faire l’amour avec Alain. J’ai souri et lui ai été très reconnaissante quand elle a affirmé que me voir faire l’amour aux autres membres de la Confrérie l’aiderait à coup sûr !

Et puis, c’est la seule façon de faire venir la petite fée… Elle nous aidera sûre­ment, ta petite fée… !

Mon ectoplasme !

Non ! Ta petite fée !

Va pour la petite fée, alors…

Il nous fallut ensuite déterminer dans quel ordre nous la ferions jouir. Nous laissâmes le sort en décider pour nous. Chacun écrivit son surnom sur un bout de papier, le replia soigneusement en quatre avant de le déposer dans l’urne que nous avions apportée, un peu comme un gri-gri, à l’occasion de notre pre­mière séance. À l’écrire, je trouve tout ceci bien formel, en réalité, toutes ces contraintes n’avaient pour unique but que d’attiser notre désir, nous faire frisson­ner davantage. Nous dési­gnâmes Alain comme main innocente, ce qui me fit écla­ter de rire.

Qu’y a-t-il de si drôle ?

Tu oublies que tu te paluchais en me matant quand on s’est rencontrés… alors… pour la main innocente, tu repasseras !

T’entends comment tu parles ? “Tu te paluchais en me matant” ? ! Qu’est-ce qui t’arrive, fille de mère-nature ? Cet été encore, tu n’aurais jamais dit ça !

Je dus reconnaître qu’il avait raison.

Ça, je suis sûr que c’est la mauvaise influence de Martial !

Il est vrai que j’avais appris de nouvelles expressions, de nouveaux mots, de nou­velles tournures lors de ces quelques jours passés à ses côtés. Maintenant que je les connaissais, ces mots me venaient naturellement, sans doute parce que leur sonorité, leur rythme correspon­daient mieux à mon accent, à mon souffle…

Pourquoi “mauvaise” ?

Ah… parce qu’en plus, il faut être de bonne foi ?!

Le sort désigna l’Héritier en premier. Je lus dans les yeux de chacun que nous y avions tous vu là un bon présage, mais qu’aucun d’entre nous ne le dirait jamais. Nous nous revendiquions, pour la plupart, anti-su­perstitieux, pour autant, nous ne voulions pas contrarier le sort en le clamant haut et fort à cet ins­tant précis. Ce qui fait la beauté de la vie, c’est qu’elle nous apprend à assu­mer nos contradictions. Quand nous acceptons de les assumer, bien sûr !

Christian demanda à Alain de s’occuper de la musique. Je sus immédiatement que leur échange de regards comportait une part de secrets en plus de l’amitié, de la reconnaissance, des souvenirs. Alain se leva, sourit, prit un album, posa délicate­ment le bras de la platine sur la galette de vinyle. Les premières notes reten­tirent… un à un mes poils se hérissèrent le long de ma colonne vertébrale… en même temps que je sentais une pression incroyable au niveau de mes reins… cette chanson me mettait à chaque fois dans tous mes états… Alain avait donc choisi un album de Led Zeppelin pour son ami ! Précisément celui qu’ils écou­taient l’année où Catherine avait dépucelé Christian, l’an­née où il avait rejoint “la bande à Paulo”…

Je regardais Cathy déshabiller Christian et je brûlais du désir d’être à la place de mon époux, que ce soient mes mains et non les siennes qui caressent ses magni­fiques seins, que ce soient mes doigts et non les siens qui remontent le long de son bras, effleurent son épaule dans ce mouvement gracieux et ondulant jusqu’à son cou avant de se perdre dans sa chevelure épaisse.

Alain me rejoignit, dansa dans mon dos et se colla à moi en chantonnant les paroles. De nous tous, il était le seul par­faitement bilingue et surtout le seul à être allé à Londres… et à plusieurs reprises. Il était mon professeur d’anglais depuis que j’avais décidé de reprendre mes études. Quand je sentis ses mains courir le long de mon corps, j’essayai de me dégager.

Tu ne veux plus de moi ?

C’est pas ça, mais…

Une question de loyauté vis-à-vis de Catherine, c’est ça ?

Mais non ! Mais si je couche avec toi et que tu jouis en moi, j’ai peur de gâcher tes chances avec Catherine… que tu en aies moins pour elle… et si on couche ensemble et que tu ne jouis pas… non ! Si tu savais comme c’est bon de te sentir jouir… comme c’est… bon !

Alain me fit pivoter, son sourire était aussi éclatant que son regard. “À ce point ? C’est vrai ?” il fit un signe par-dessus mon épaule. Le Balafré et le Bavard arri­vèrent en même temps, il leur fit part de mes réticences et de leur raison. Je savais qu’ils n’en profiteraient pas pour me faire une mau­vaise blague, que je leur accor­dai toute ma confiance et qu’une plaisanterie eût été une trahison. L’un comme l’autre m’affirmèrent que les spermatozoïdes se formaient au fur et à mesure et que même si Alain éjaculait avec moi, il n’en serait pas moins fécond quand il éja­culerait dans Catherine.

Mais avant tout, toi, en as-tu envie ?

Je trépignai presque sur place en leur répondant “Oh oui !”. De l’index, Alain sou­leva mon menton “Un petit baiser?”. Il nous était déjà arrivé de nous opposer à d’autres libertins croisés ici ou là, au gré d’une partouze dont nous avions eu connaissance. Nous ne comprenions pas ce besoin de sacraliser le baiser. En quoi étaient-ils plus “engageants” qu’une fellation, qu’un cuni, qu’une sodomie ou toute autre position ? Nous n’avons jamais été convaincus par les arguments déployés comme des éten­dards. Alors, nous nous embrassions, sans retenue quand l’envie nous en prenait. Nous ne nous sommes jamais rien interdit.

Après un long baiser, Alain se dévêtit entièrement, au rythme des cris du plaisir que Catherine prenait sous les caresses de Christian. Déjà nue, je m’étais assise dans le gros fauteuil, mes mollets reposant sur ses gros accoudoirs, je me caressais ostensiblement en le regardant caresser lentement son énorme sexe.

Tu peux me répéter comment tu appelles ça ?

Tu te paluches en me matant…

Je me paluche en te matant… et comment dirais-tu pour ce que tu fais ?

Prise de court, je répondis “J’attise ton désir” ce qui le fit éclater de rire. Le Bavard avait rejoint l’autre petit groupe, je restai donc en compagnie d’Alain et du Balafré qui se caressait également.

– Et… tu comptes m’attiser longtemps comme ça ?

J’adorais l’entendre me parler ainsi ! Quand son excitation faisait dérailler sa voix, sa voix grave qui s’égarait dans les aigus l’obligeait à déglutir bruyamment entre deux syllabes pour retrouver sa tessiture naturelle.

Pas toi, Priape ! Ton désir ! C’est ton désir que je cherche à attiser !

Et combien de temps comptes-tu l’attiser, mon désir ?

Jusqu’à… (je fis une mine coquine) ce que tu n’y tiennes plus et que tu me prennes la…

Bouche ?

Non ! La chatte… mais tu viens de réveiller ma bouche avec ta proposition… (je léchais mes lèvres comme si une pépie soudaine les avait desséchées) quel dom­mage que tu n’aies pas deux queues…

Alain et le Balafré éclatèrent de rire, se firent un clin d’œil complice “S’il n’y a que ça pour te faire plaisir J’avais atteint mon but, ils avancèrent d’un même pas, ma bouche s’ouvrit pour accueillir la queue du Balafré au même rythme que celle d’Alain prenait possession de mon vagin. Catherine se plaignit à haute voix que de là où elle était, elle ne pouvait nous voir. Son mari lui dit de ne pas s’en faire, il me souleva, toujours fiché au plus profond de moi et fit les quelques pas nécessaires pour qu’elle puisse “se régaler les yeux”.

Je couinai quand le Balafré se retira de ma bouche, mais on n’avait pas d’autre choix. En riant, Alain mit deux doigts dans ma bouche “Chuuuuttt… chhh… c’est l’affaire de quelques secondes, quand nous fûmes installés, quand il retira ses doigts et avant que le sexe du Balafré ne prenne leur place, je regardai Alain droit dans les yeux et, le plus sérieusement du monde, lui affirmai “Tu feras un papa génial !”. Personne n’eut l’idée d’en sourire.

J’ondulais au rythme des va-et-vient d’Alain, qui regardait alternativement Cathy, puis moi. Elle était assise sur les cuisses de Christian qui caressait son ventre, son sexe, tout en observant le Notaire, aux anges, aller et venir entre ses seins. Une fois encore, j’enviai mon amie. Comme j’aurais aimé pouvoir accueillir entre les miens, le sexe d’un homme, m’amuser à le voir disparaître, réapparaître, sentir sa caresse soyeuse sur la peau si sensible de mes nichons ! J’entendais le Bavard s’impatienter.

Arrête de finasser… t’auras tout le temps d’en profiter quand elle sera prise… Boudiou, rien que d’y penser… comme c’est bon entre les nichons d’une femme enceinte… Tu le sais pourtant !

Parce que tu crois que Madame pratiquait la chose ?

Boudiou oui ! Je le croyais, mais depuis tout ce temps… vous êtes mariés depuis… ?

Bientôt 15 ans

Ouh ! Fatché, mais… jamais… avant ? Pourtant, permets-moi de te dire… (le Bavard posa sa main sur le cœur pour indiquer au Notaire qu’il ne devait pas y voir offense)… ta femme, elle aime la bite !

Je le découvre seulement ! Je ne voulais pas la choquer et elle avait peur que je la méprise si elle me confiait ses fantasmes, ses envies… depuis qu’elle participe aux… je crois que nous n’avons jamais été aussi soudés, aussi amoureux et confiants l’un en l’autre…

Cathy se pâmait, elle retenait la main de Christian à chaque fois qu’elle était sur le point de jouir et le suppliait “Un peu… encore un peu… encore… un peu…” et ses mots se confondaient avec la conversation entre les deux confrères.

Moi, si je l’avais mariée, Madame, j’aurais pas attendu quinze ans, boudiou !

Le Notaire lui demanda ce qu’il aurait dû proposer à son épouse et tandis que le Bavard décrivait avec force détails comment il aurait commencé par lui caresser les seins avant de les lécher, comment ses mains auraient précédé sa bouche le long de son ventre, comment il lui aurait sucé l’abricot pour en récolter le nectar, Cathy, Christian et moi pouvions constater l’effet de ses mots sur le sexe du Notaire.

Vé… rien que d’y penser… vé, vé !

Le gland du Bavard perlait d’excitation. N’y tenant plus, il fourra sa bite trapue dans la bouche de Cathy. Le Notaire explosa entre les seins de mon amie, nous éclaboussant les joues au passage.

C’est alors que tout s’accéléra. Cathy jouit sous les doigts de Christian, qui, n’en pouvant plus, délogea Alain C’est pour une urgence !”. Il me pénétra en s’en excusant presque. J’aimais le sentir ainsi, venir en moi après s’être échauffé avec une autre, j’aimais l’entendre parler de mon bouton d’or, du plaisir qu’il nous offrait déjà et de ceux qu’il nous réservait encore, et ce soir-là, j’ai aimé par-dessus tout qu’il jouisse en moi quand les doigts de Cathy me firent jouir et que les miens la firent jouir en retour. Il nous cria des mots d’amour qui se gravèrent à tout jamais dans nos mémoires.

Le Bavard proposa au Notaire de prendre sa place pendant qu’il ferait minette à Catherine. Christian céda sa place à Alain. Jimmy et Joseph s’étaient, quant à eux, lancé le défi de nous regarder sans se branler en attendant leur tour. En outre, Jimmy était chargé de mettre les disques qu’Alain lui indiquait.

Je ne sais plus combien de fois nous avions joui, quand le Bavard décida qu’il était temps “d’inviter la petite fée”.

Ah ah ! La bonne excuse ! Dis plutôt que tu veux me baiser, ce sera plus franc !

J’aurais presque pu sentir pétiller mes yeux ! Nous adorions nous houspiller, nous chamailler, pour le plus grand plaisir de nos partenaires. Prenant ses païs à témoin, il affirma 

Voilà… c’est ça l’amitié à la mode de Paris… même pour son amie… un petit geste, pas même un effort… juste appeler… inviter la petite fée… mais non… elle s’en moque, la Parisienne de la peine de son amie !

Il éclata de rire en me désignant.

Vé ! Vé, les yeux en boule de loto ! Et en bleu, c’est encore plus rigolo !

C’est pas moi qui l’invite, j’te f’rais dire ! C’est toi qui la fais apparaître, alors si tu étais aussi l’ami parfait que tu le prétends être… t’aurais pas perdu tout ce temps en blabla !

Le Bavard en resta muet de surprise. Jimmy proposa une variante de la figure Monique. C’était donc ça, tous ces conciliabules entre lui et Joseph… !

Puisque nous avons ici les descendants… et qu’ils ont la tchatche aisée, si vous nous lisiez un chapitre en duo ? Le Bavard lirait par-dessus ton épaule, pendant que je te prendrais et…

Que je ferais une branlette espagnole à Joseph ?

L’éclat de rire général permit à mon ectoplasme de se libérer, mais pas dans l’immédiat. Cathy venait de me demander comment j’envisageais la figure Monique. Alain la tenait dans ses bras, il avait jeté l’éponge avec un grand sourire, personne ne se souvenait combien de fois, il s’était exclamé « Ô, pute vierge, je viens… je viens… je viens ! ». Catherine rayonnait encore plus qu’à l’ordinaire. La soirée avait été organisée pour elle et aurait dû s’achever dès qu’Alain n’aurait pu plus y participer. Cependant, elle insista parce qu’elle était curieuse d’entendre les mots de Rosalie lus par sa petite-fille, mais surtout de voir le descendant de Barjaco les découvrir. Comme les autres, il connaissait l’existence du cahier, mais il n’avait pas eu l’occasion de le lire. Le Bavard bougonna pour le principe, mais sans savoir pourquoi au juste.

J’avais choisi Christian pour m’empaler, il me ferait aller et venir en me prenant par la taille, et Joseph pour me caresser. Cathy protesta « Ah non, alors ! Joseph, il est pour moi ! » Les joues de Joseph se teintèrent de rouge, mais il était ravi de nous voir nous disputer ses faveurs.

– Mesdames, mesdames, allons voyons ! Vous me flattez, mais de grâce, de grâce, ne vous chamaillez pas !

Catherine choisit les doigts de Jimmy pour me caresser et, se ravisant, annonça « Et pourquoi pas les deux aux caresses ? » se tournant vers le Notaire, ajouta « Tu voudrais bien refaire l’amour à mes seins ? »

– C’est demander à un aveugle s’il veut voir, ma chère !

Le Balafré me tendit le cahier en me demandant quel chapitre j’avais choisi de lire, sans hésiter, je répondis « Étant données les circonstances, celui où Rosalie raconte la grossesse de Nathalie. »

– Tu ne pouvais pas faire de meilleur choix, j’étais certain que tu le choisirais !

Il me fallut enfiler une chemise. Pour rendre la figure plus… réjouissante, il importe que la chemise comporte le plus de boutons possible, par chance, cette nuit-là, c’était celle d’Alain qui en avait le plus ! J’avais fini de tout boutonner quand il eut cette idée de génie d’y ajouter ses deux manchettes munies de leur bouton et de demander aux autres confrères d’en faire autant.

Le Bavard voulut lire par avance, mais Cathy s’y opposa fermement. Je m’apprêtais à lire le texte, le Bavard dans mon dos me caressant sous la chemise, Christian me faisant coulisser le long de son membre en me souriant, quand le Balafré et Jimmy posèrent leurs mains sur mes cuisses, qu’ils les caressèrent comme deux pianistes l’auraient fait, mon ectoplasme s’arracha de mon corps, il me sembla y distinguer deux petites ailes, mais je n’ai jamais su si cette « vision » était réelle ou si elle était influencée par le souhait de Catherine que je la nommasse Petite fée.

– Té ! On attendait plus que toi ! T’en as mis du temps ! T’étais coincée dans le corps de Neuneuille ou quoi ?

Pour la première fois, je remarquai que tous regardaient dans la même direction que le Bavard, plissant les yeux, scrutant le vide. J’avais autant envie d’en rire que d’en pleurer d’émotion et de tendresse.

– Tu me feras pas venir trop vite, hein ? Promis ?

Ma petite fée hocha vigoureusement la tête. Je débutai la lecture, le Bavard jeta un coup d’œil par-dessus mon épaule, rassuré de l’écriture soignée de Rosalie, Christian me soulevait, m’empalait au rythme du récit qu’il connaissait par cœur. J’étais décontenancée par ce que voyait ma petite fée. Joseph appréciait le style du récit, il frisait entre ses doigts une moustache imaginaire. Le Notaire semblait absent, noyé dans le plaisir qu’il prenait entre les seins de Catherine. Mais ce qui me déconcentrait le plus, c’était le regard du Bavard quand je lisais certains passages, il est vrai qu’il les avait presque tous connus et côtoyés pendant des années sans se douter des liens qui les unissaient. Il laissait parfois échapper un « Fatché ! » ou un « Ô, pute borgne ! », mais jamais mon corps n’avait été aussi sensible à ses caresses qu’il le fut à partir de cette nuit-là.

Christian avait déjà joui de moi et se faisait dorloter par Cathy, le Balafré avait pris sa place et me faisait aller et venir en me criant silencieusement son amour quand le Bavard lut sa première réplique. Je pris soudain conscience de la situation, que chaque mot de Rosalie était la transcription exacte de ce qu’elle avait vécu, en entendant le Bavard lire les mots de son grand-père, je réalisai qu’il n’avait pu en prononcer d’autres. Ma petite fée fonça sur lui et l’embrassa sur la joue. Il me serra davantage dans ses bras.

Le Balafré jouit à la dernière réplique de Barjaco. Je voulus arrêter la lecture quelques lignes plus bas, puisque la fin du chapitre ne concernait plus vraiment la grossesse de Nathalie, mais tous insistèrent pour que je lise la suite, Cathy me fit son regard de chien battu auquel je n’ai jamais pu résister… Je posai néanmoins mes conditions : que le Bavard me prenne, en précisant que je l’avais bien mérité, il me fit un clin d’œil complice, je demandai à Christian de prendre sa place afin qu’il lise les dialogues de Toine et de son père et puisque Cathy était à mes côtés, qu’elle fasse de même avec les mots de Nathalie.

– Dis-moi, fille de Mère-Nature, elle est où ta petite fée ? Elle serait pas sur mes couilles, par hasard ?

Le Bavard maugréa « Et on dit de moi… ! », de l’index, Alain nous montra la raison de son interrogation. Ce qui nous stupéfia autant que lui. Nous reprîmes la lecture dans ce que nous nommâmes dès lors « la figure pour Cathy ».

Catherine et Alain avaient fait l’amour les jours précédents, ils le firent aussi les jours suivants, pourtant il nous parut évident, quand la grossesse fut confirmée, que Bastien, le père de ton Enzo, avait été conçu cette nuit-là.

Pour conclure ces chroniques matrimoniales, Monique nous raconte comment elle a relevé son premier défi.

Chroniques matrimoniales – Est-ce qu’il y a besoin de se mettre la cervelle à l’envers pour être heureux dans l’amour ?

b9072c4f9d7aec73e7d403841a3ff29dJusqu’à sa mort, je taquinais Neuneuille en m’excusant régulièrement d’avoir chamboulé son programme si bien établi. Il me menaçait alors de sa canne « Méfie-toi ! Si je t’attrape, canaille, gare à tes fesses ! », mais c’était pour le simple plaisir de me faire éclater de rire.

Je dois reconnaître que pour les avoir bouleversés, nous les avions sacrément bouleversés, nos plans ! Tous autant que nous étions !

Dès la première réunion de la Confrérie du Bouton d’Or, nous avions tous noté une nette amélioration de l’état de Neuneuille. À la fin de ce premier dimanche consacré à la Confrérie, les vieux évoquèrent sa vie solitaire, l’ennui durant ces journées et ces soirées qui lui paraissaient interminables. Dans un même élan, nous proposâmes à Neuneuille de venir s’installer rue Basse avec Rosalie, Valentino et Nathalie s’il ne craignait pas les commérages à son propos. Il eut cette réponse qui m’étonna avant de me paraître évidente.

– Parce que tu crois que les gens s’imaginent que nous batifolons encore à nos âges ? Et même toi, petite, quand tu me croisais dans le village, y pensais-tu ?

Je dus reconnaître que non.

– Les vieux, ou ce qu’il en reste, savent tous que Nathalie et moi soulagions les tourments des anciens combattants, leurs enfants, qui ont l’âge d’être vos parents, le savent aussi… plus ou moins… Même quand nous étions des « jeunesses », personne ne s’est jamais douté de quoi que ce soit… alors, tu t’imagines bien que ce n’est pas à nos âges…

Alain se demanda à voix haute pourquoi on n’imaginait jamais que les vieux puissent avoir une sexualité.

– Parce que nous sommes conditionnés à relier la sexualité à la procréation ! Or, les vieilles ne peuvent plus enfanter, quant aux vieux… on s’imagine que la longue mise en route est rédhibitoire. Je pense surtout que personne ne veut admettre que son pépé, sa mémé, son père, sa mère puissent s’envoyer en l’air !

Rosalie poursuivit en me prenant pour exemple. Il est vrai qu’avant de lire son cahier, je ne l’aurais jamais imaginée pratiquant une sexualité identique à la mienne quand elle avait mon âge et qu’après l’avoir lu, après plus d’un an passé à ses côtés, je n’avais pas soupçonné qu’elle rejoignait Valentino quand elle s’absentait plusieurs jours.

Cathy, Alain, Christian et moi partagions souvent nos dîners avec eux, tantôt rue Basse, tantôt « chez Toine », c’est lors de ces repas que je taquinais Neuneuille.

Barjaco finit par s’installer avec ses amis, prétextant vouloir offrir un peu de liberté à son fils et à sa bru. Le Bavard travaillait toujours dans l’exploitation familiale, mais il venait de s’installer dans sa propre maison. Tu te rends compte ? Après dix ans de mariage ! Cette promiscuité a parfois engendré des drames familiaux, mais je n’en avais absolument pas conscience à cette époque.

Je me souviens parfaitement du soir où la décision fut prise. Barjaco venait d’arriver, comme à son habitude, il fit un gros bisou baveux sur la nuque de Bouton d’Or. Il aimait par-dessus tout me taquiner à propos de mon geste agacé pour essuyer la salive qui n’était pourtant pas sur ma peau. De mon côté, j’aimais par-dessus tout qu’il me taquinât ainsi et il savait que j’aurais été déçue qu’il ne le fît pas. Et s’il le savait, c’est parce que je le lui avais dit.

Aucune séance de la Confrérie du Bouton d’Or n’était prévue, mais il avait voulu passer la soirée avec nous parce que la télé lui cassait les oreilles, malgré le volume trop bas pour qu’il puisse suivre les dialogues. Il n’entendait qu’un brouhaha gênant et fatiguant à la longue, il comprenait cependant qu’après une journée d’un dur labeur, son fils ait besoin de se détendre. Il était donc venu passer quelques heures en notre compagnie.

Il n’avait jamais ressenti une affection particulière pour le Bavard, après tout, il avait de nombreux petits-enfants et était même déjà arrière grand-père. Mais depuis ce fameux 13 juillet 1974, il s’était rapproché de lui. « Grâce à toi, Mounico, grâce à toi ! » Maintenant que le Bavard était parti avec femme et enfants, pour emménager dans sa propre maison, Barjaco ne se sentait plus à son aise à la ferme. Il se surprenait à réagir comme réagissaient ses parents quand il voulait moderniser l’exploitation.

Puis, comme s’il nous avouait une faute, il finit par nous dire que la veille au soir, il avait surpris la fin d’une conversation entre son fils et sa bru. Pour être exacte, il n’avait entendu que ces quelques mots « Tant que le père sera parmi nous, ce n’est pas la peine d’y songer » Il nous regarda, ne chercha pas une seconde à masquer sa peine, à contenir ses larmes « Je leur pourris la vie, comme mes parents ont pourri la mienne ». Il y eut un silence embarrassé. Barjaco se reprit aussitôt, se racla la gorge.

– Dis, cousin, puisque tu vas vivre ici, chez Bouton d’Or, tu voudrais bien me la prêter, ta bicoque ? Ou me la louer ?

– Certainement pas ! Non, n’y compte pas !

Avant que mon « Pourquoi ? » ne sorte de ma bouche, Valentino posa sa main sur l’épaule de Barjaco.

– Tu te figures tout de même pas que je vais laisser ma maison, l’héritage de MES ancêtres à un gars comme toi ? Tu crois qu’on va te laisser tout seul, là-bas maintenant que nous sommes réunis ? N’y compte pas ! Tu viens t’installer ici, avec nous ! Non, mais !

C’était vraiment leur truc, ça ! Offrir un cadeau comme on quémande une faveur ou comme on inflige une sanction et celui qui le recevait râlait comme s’il lui en coûtait ! Au début, je m’en étais étonnée, mais en cet automne 1975, je m’y étais déjà accoutumée.

Nathalie, toute guillerette, taquina la moustache de Barjaco avant de lui rouler une pelle. Rosalie nous désigna à son amie d’un mouvement de menton. Nathalie nous regarda, Cathy et moi.

– Hé bé ?

– On voyait ta langue… et la sienne !

– Et alors ? Vous faites comment, vous autres ? ! Vous mettez pas la langue ?

– Oui, mais… on est…

– Jeunes ? C’est ça ?

En réalité, ce qui nous avait troublées, ce n’étaient pas tant leur langue, ni même leur âge, mais Nathalie avait embrassé Barjaco exactement comme Cathy embrassait Christian. Il était plus simple pour nous de le leur expliquer.

– Tu sais donc ce qu’il te reste à faire, mon garçon !

En disant ces mots, Barjaco enroula sa longue moustache autour de son index ce qui m’amusa beaucoup.

Nous décidâmes de fêter dignement cette nouvelle installation. Je vis pétiller les yeux de ma grand-mère, ceux de celle de mon mari. Je me souvins du récit que Bonne-Maman m’avait fait de leurs retrouvailles avec Pierrot et Toine. Rosalie posa sa main sur la mienne.

– Si tu as une bonne idée, ne la garde pas pour toi !

– Si nous nous offrions un séjour à Nice pour fêter ça ?

Plus tard, quand je lui demandai comment elle avait su à quoi je pensais, Bonne-Maman me répondit « le bleu de tes yeux a eu, l’espace d’une seconde, le reflet ambré de l’huile d’olive ».

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Dessin de Marc Dubigeon

J’étais assise aux côtés du Bavard, peu avant, nous avions décidé qu’à la première occasion, nous rendrions la monnaie de leur pièce à Rosalie et Barjaco qui riaient comme des gamins à me voir sursauter quand il l’embrassait ou lui pinçait les fesses. Pour que le phénomène se produise, il fallait que je sois dans la même pièce que Rosalie et nous le savions déjà. Nous le savions sans pour autant nous l’expliquer.

Le Bavard m’avait suggéré d’inverser les rôles et de faire sursauter Rosalie quand elle s’y attendrait le moins. Nous étions assis sur le canapé, tandis que Rosalie et Nathalie parlaient avec Catherine près de la fenêtre. Neuneuille faisait quelques pas dans le jardin en compagnie de Valentino et d’Alain. Barjaco, sur le pas de la porte du salon, discutait avec Christian. Nous attendions tous l’arrivé du Balafré pour mettre au point notre séjour à Nice.

Le Bavard m’embrassa dans le cou, mais Rosalie ne réagit pas. Je ricanai quand il me demanda à l’oreille si son absence de réaction n’était pas due à « sa vieille peau tannée par les ans et le soleil de la douce Provence », il glissa alors sa main sous ma robe, caressa l’intérieur de ma cuisse espérant que la sensibilité n’ait pas disparu, elle aussi. Aucune réaction de Rosalie, mais je remarquai un léger sursaut de Barjaco qui regarda la paume de sa main d’un air surpris.

Dans un sourire, je dis au Bavard « C’est pas elle… c’est lui ! » et caressai son sexe au travers du tissus. L’aïeul et son descendant marmonnèrent simultanément « Boudiou ! »

Je tournai mon visage vers Barjaco et lui souris comme une gamine effrontée. Personne ne remarqua mon manège, jusqu’à ce que Barjaco, pétri de mauvaise foi, demande à Rosalie si la diablerie était le fait des Normandes. Rosalie me regarda, me sourit et haussa les épaules pour toute réponse.

– Que racontes-tu là, Barjaco ?

– Je parle de diablerie et de ces diablesses normandes !

– Tout finit par s’expliquer un jour, aie confiance en la science et dans ses progrès !

Nathalie se prit la tête entre les mains.

Pauvres de nous ! Maintenant que Toinou et Pierrot ne sont plus là, c’est lui qui s’y met !

Serrant ses poings sur ses hanches, elle défia Valentino du regard.

Et si ça nous plaît mieux, à nous, d’y voir de la magie, en quoi ça te dérange ?

Ça me dérange qu’on traite ma Rosalinetta de diablesse, voilà ce qui me dérange !

Boudiou, tu m’as fait peur… j’ai cru un moment que tu me reprochais le mot « normande »… !

Allons, voyons, cousin, je le savais depuis le début… souviens-toi… quand elle m’a déniaisé…

Toute l’assemblée éclata de rire, puis nous nous sommes regardés et l’air de la pièce s’est soudain chargé d’une sérénité absolue.

Le Balafré arriva enfin, s’excusa de son retard, mais la bonne nouvelle dont il était porteur nous récompensa amplement de notre attente. Il avait trouvé où nous loger pendant notre séjour à Nice et, si d’aventure il prenait aux autres membres de la Confrérie l’idée de venir nous rendre visite, nous pourrions les y héberger ! Valentino lui ouvrit grand ses bras et leur accolade m’emplit de bonheur. Nous trinquâmes à la joyeuse perspective de ce séjour.

Avant de passer à table, le Bavard tint à remercier Rosalie d’avoir convié Barjaco à vivre chez elle, lui offrant ainsi une bonne raison de passer quelques soirées au village « rapport à la piété filiale ! Non seulement, je passe pour un brave petit, mais je peux profiter des caresses de Monique, de ses baisers.. »

– Et de mon petit con et de mon joli cul !

– Tu vois, Rosalie, c’est ça, le drame de ma génération… les filles n’ont plus le goût à la poésie, tout ce qui les intéresse c’est de tout salir !

Je m’assis à ses côtés, il me fit un clin d’œil complice et je remarquai qu’il s’était débrouillé pour sortir son sexe de son pantalon sans que personne ne s’en aperçoive.

Durant tout le repas, nous nous amusâmes à taquiner Barjaco. Le Bavard me caressa la cuisse et quand nous eûmes confirmation que Barjaco ressentait la même chose que mon comparse, nous poussâmes le jeu un peu plus en avant.

Je portai ma cuillère à ma bouche quand le Bavard me heurta le coude.

– C’est mariée, mais ça ne sais toujours pas manger proprement !  Regarde, tu t’en es foutu partout !

En disant ces mots, il fit mine d’essuyer ma robe. Personne ne nous prêtait spécialement attention, ce qui nous convenait bien.

Mais… tu ne t’es pas brûlée, au moins ?

En disant ces mots, il échancra l’encolure de ma robe et caressa ma poitrine de sa grosse main rugueuse et délicate à la fois. Barjaco, surpris, lâcha sa cuillère qui tomba avec fracas sur le bord de son assiette. Le silence se fit le temps que chacun comprenne qu’il ne s’agissait pas là d’un malaise. Les conversations reprirent, mais je vis un large sourire s’épanouir sur le visage de Rosalie.

Confortée par cette marque silencieuse de complicité, je glissai ma main le long de la cuisse du Bavard, qui fit tomber ma serviette en me traitant de maladroite. Je me penchai donc pour la ramasser, mais faisant preuve d’une maladresse supplémentaire, je la fis glisser… oh… pas de chance… jusqu’au centre de la table… ce qui me contraignit à me mettre à genoux entre les cuisses du Bavard.

Je souris en repensant à mon relatif dépit ce soir-là. J’aurais donné tout ce que je possédais pour être à la place du Bavard et voir la réaction de Barjaco quand ma langue humide a léché le gland de son petit-fils, quand mes lèvres se sont entrouvertes et que ma bouche a commencé à déguster sa bite raide, dure, appétissante comme le meilleur des sucres d’orge…

La plaisanterie ne dura que quelques dizaines de secondes, mais le Bavard me dit que je venais de lui offrir le plus beau cadeau qu’il aurait pu imaginer. Je repris ma place à table. Barjaco me fit les gros yeux, mais il eut en même temps un hochement flatteur de la tête pour signifier à son petit-fils qu’il avait bien de la chance.

Tout ceci se passa sans que les autres conversations aient cessé. Je n’y prêtais guère attention, toute occupée à imaginer le prochain « agacement ». Barjaco voulu me faire la réponse du berger à la bergère en titillant Rosalie, mais elle fit comme si sa conversation avec Cathy revêtait une telle importance qu’elle ne voulait pas l’interrompre avec ces billevesées. Elle repoussa la main de Barjaco d’un mouvement agacé de l’épaule, tout en m’adressant un discret clin d’œil. Barjaco voulut alors l’embrasser. Valentino intervint.

– Mais fous-lui donc la paix, bordel de dieu !

– C’est la gamine ! Depuis tout à l’heure, ces deux-là… je voulais…

– Et pour toi, Rosalinetta, c’est une poupée ?! Une poupée avec laquelle tu vas faire enrager les gamins ? ! Et c’est quoi la prochaine étape ? Ma… cette mentalité… je comprends pourquoi papa a préféré s’installer à Paris… !

Barjaco ayant expliqué ce qui se passait, toute l’assemblée voulut étudier le phénomène « Ma… c’est à visée scientifique… tu te doutes bien que si c’était pas pour la science… »

Je m’assis sur le canapé, aux côtés du Bavard, tandis que Barjaco s’installait dans le grand fauteuil près de la fenêtre. Alain, Christian, Cathy, Nathalie, Neuneuille, Rosalie, Valentino et le Balafré s’étaient levés, comme si la position debout accentuait le caractère « amoureux de la science » de l’observation.

Je caressai du bout des ongles la queue mi-molle du Bavard. « Escusez… c’est… l’émotion ! » Il a toujours eu un sens de l’humour incroyable ce Bavard… ! Il reprit de son assurance en même temps que sa vigueur. Je le branlai doucement. Un « OOOOHHH ! » ébaubi enfla et emplit la pièce.

Je n’osai pas encore regarder « en vrai » la queue de Barjaco, mais son regard m’informait de son état. Sa voix fut d’une beauté et d’une mélodie incroyables quand il nous dit :

– Petit, tu as compris maintenant ? Tu as compris pourquoi ton corps connaissait le sien ? Pourquoi tu la connaissais si bien dès la première fois? Elle a la douceur de Bouton d’Or, la fille de Mère-Nature ! Et toi, tu as ma peau ! Et vous autres… si vous aviez… sous la table… tout à l’heure… !

Il fit un très joli sourire à Rosalie « Les jolies chattes font de douces minettes… ! », cligna de l’œil et, en plaisantant, me demanda si je voulais « renouveler l’espérience ». Je ne saisis pas la plaisanterie sur l’instant.

Un peu gênée, j’acceptai à condition que les vieux ne me regardent pas faire. Je ne saurais expliquer la raison de cet accès soudain de pudeur, puisqu’ils nous avaient déjà tous matés depuis leurs postes d’observation pendant plusieurs partouzes.

Personne ne me taquina ou ne fit la moindre remarque.

Je m’installai le plus confortablement possible et suçai le Bavard en y mettant tout mon cœur, toute mon âme, tous mes rêves, toute mon ardeur et toute ma science. Pour la première fois, nous les entendîmes commenter en même temps ce que ma bouche leur offrait. C’était surprenant, leurs mots, leurs interjections, leurs cris, leurs souffles qui se répondaient, s’entrechoquaient, comme sur une mauvaise bande stéréo.

Mon ectoplasme s’échappa une nouvelle fois. Valentino caressait la poitrine de Rosalie, il lui fallut un peu de courage pour oser s’approcher un peu d’eux et constater que Rosalie était empalée sur le sexe de Valentino et qu’elle « se faisait minette ».

Neuneuille avait calé son membre entre les seins de Nathalie, que je trouvai étonnamment beaux.

Barjaco, affalé dans le fauteuil souriait aux anges « Continue… oui… comme ça… »

Catherine me regardait attentivement, elle encourageait régulièrement le Balafré et Christian à se branler. Elle savait trouver les mots justes pour expliquer ce que nous ressentions, elle et moi, quand des hommes nous observant, se branlaient ostensiblement, comme les sentir envieux nous excitait, nous donnait envie d’en offrir davantage…

Alain venait en elle dans une levrette claquée.

Le Bavard se laissait faire, ses doigts froissant mes cheveux, parlant comme à son habitude « Ah ! Te voilà, toi ? Dis, pépé, tu la vois, toi aussi ? » Mon ectoplasme se dirigea vers Barjaco, qui ne le vit pas, malgré les indications précises du Bavard.

Té, Alain… fais-lui plaisir ! Montre-lui mieux ta grosse queue brillante de la mouille de ton épouse ! Voui ! Comme ça ! T’es contente, hé capoune ? T’aime bien regarder comme une petite vicieuse… ça te donne des idées… c’est ça ?

Mon ectoplasme fit oui de la tête et sourit au Bavard qui l’invita à s’approcher d’un geste de la main.

Vai… fais-moi venir, petite créature… fais-moi venir… peti…

Le Bavard jouit dans ma bouche, mais il me sembla percevoir un arrière-goût, un goût différent, un goût jusque là inconnu de mes papilles.

Barjaco se plaignit.

Boudiou ! Même puceau… même minot… jouir comme ça… sans rien faire… sans rien contrôler… mais… boudiou de boudiou… quelle pipe !

La Confrérie du Bouton d’Or à la rescousse ! (hommage à Enid Blyton)

Manon à l’école buissonnière – Devoir n° 3 – Le truc dont je suis super fière

Bannière Manon à l'école buissonnière devoirs 1&2&3Jean-Luc m’a conseillé d’écrire tout ce qui me passe par la tête, mes envies, mes peurs, mes craintes, mes joies et mes peines et aussi mes plaisirs quand je serai prête. Parce qu’il sait que j’ai envie, mais que je n’ose pas trop.

Devoir n° 3 police Jasmine and GreenteaCe matin, je voudrais raconter un truc dont je suis super fière : j’ai OSÉ demander à Jean-Luc comment il avait eu la cicatrice qui fait qu’on le surnomme « Le Balafré » ! Je savais que je pouvais la poser, mais entre savoir et oser le faire… c’est pas évident !

On commentait un texte de Rosalie et en même temps, il m’apprenait des trucs sur la Première Guerre Mondiale, des trucs que je n’ai pas appris à l’école. Comme, par exemple, pour la Loterie Nationale. L’argent des billets allait aux « Gueules cassées » et aussi que ceux qui vendaient les billets touchaient une petite somme d’argent sur chaque billet vendu et au départ, c’étaient les « Gueules cassées », les mutilés qui avaient le droit de les vendre.

Jean-Luc a sorti  une pochette de son bureau, dedans, il y avait des vieilles cartes postales où on voyait des vendeurs de billets de la Loterie Nationale. J’avais de la peine pour eux, j’avais envie de pleurer.

Tu comprends mieux leur appétit de vivre, leur soif de plaisir à Rosalie et aux autres ?


Ce que je préfère, chez Rosalie c’est qu’ils ne regrettent jamais rien ! Quand il font un truc, ils le font… à fond ! Quand ils s’embrassent, ils le font comme si c’était le premier et le dernier baiser de leur vie, pour ne pas regretter de ne pas l’avoir fait ! C’est… BEAU !


Jean-Luc m’a regardée. Trop de respect dans ses yeux !

Et ils te prennent pour une cancre… en échec scolaire… Ah, les cons !


C’est là que j’ai osé lui demander pour sa cicatrice. Il a ri. Monique, Alain et lui s’étaient demandé si j’oserais poser la question et si oui, à qui. Ils pensaient que je la poserai à Cathy, mais non, c’est tombé comme ça… Il m’a demandé

À ton avis, d’où me vient-elle ?


Je ne sais pas ! Justement ! Parce que… non… rrra… le sang… eark !

Il a ri plus fort et m’a dit qu’en fait, c’est une marque de naissance qui court le long de sa verge et qui ressemble à une cicatrice. Après, il m’a demandé « Tu veux la voir ? », mais je ne suis pas tombée dans le piège. J’ai vu tout de suite qu’il se moquait de moi !

On a aussi parlé de la fête pour mon anniversaire. Cathy et Alain me prêteront leur maison et comme m’a dit Christian en me faisant un clin d’oeil « Puisque tu en connais déjà tous les secrets ! ». J’ai invité Enzo et Vincent. On se revoit, c’est aussi beau que cet été. On est bien ensemble parce que Cathy a toujours voulu que ses enfants, Vincent et Nathalie connaissent la vérité et que ça ne les a pas choqués, Enzo et Vincent la connaissaient aussi et ça leur plait bien que, en plus, je sois de la famille de Monique parce qu’ils l’aiment bien.

Ils m’ont demandé si je voulais qu’ils invitent des gens, mais j’ai dit non. Pour l’instant, je n’ai envie que d’eux.

On a fait les tests, on est négatifs à tout, mais on a du mal à le faire sans capote… On aime moins. C’est un peu bizarre, non ?

Un autre truc bizarre c’est que j’ai envie qu’ils …… sur mes seins et sur mon ventre, mais à chaque fois… je leur demande et au moment… je dis « NON ! ». J’ai peur de je sais pas quoi, mais au dernier moment, j’ai envie de dire « OUI ! » et je dis « NON ! » Ils n’ont jamais …… sur moi. Quand je dis « NON ! » ils respectent et je trouve ça super beau, romantique.

Ils ont demandé à Cathy la permission de lire les cahiers et elle a répondu oui, alors on les lit ensemble quand on se voit. Ils me font rire quand ils disent « ‘tain ! Elle assurait grave la mémé ! »