Comme dans n’importe quel pince-fesses, nous déambulions d’un buffet à l’autre, un verre, une cigarette à la main. À ceci près que les fesses y étaient plus caressées que pincées, tel un apéritif pré-orgiaque plein de promesses. Dès la fin de leur spectacle, les gamins nous avaient entourés, Émilie surtout voulait savoir si ça nous l’avait refait. Vincent souriait en coin, déjà certain de notre réponse. Une fois encore, quand, sur scène, Émilie avait caressé Vincent, j’avais senti la peau de Marcel sous mes doigts et il avait ressenti mes mains sur son corps et quand Vincent l’avait pénétrée, Christian avait pris la place de Marcel dans nos sensations. Marcel avait d’ailleurs demandé à son petit-fils si, une prochaine fois, il n’y aurait pas moyen de changer l’ordre des choses.
Je cherchai Betsy du regard avant de l’apercevoir en grande discussion avec Joseph, Alain servant d’interprète, je voulais justement les présenter l’une à l’autre. Un peu plus tard, Roweena me fit part de sa surprise en apprenant que Mireille ne parle pas ou si peu anglais. Vincent venait de lui expliquer C’est Émilie qui a traduit les dialogues. J’entendis l’éclat de rire d’Alain et de Jimmy, je les regardai. Monique riait également. Jim avait l’air innocent de l’agneau qui vient de naître. Il argumentait, prenant Jimmy à partie. Il me chercha du regard, je m’approchai escortée de Mireille et Roweena.
– Ils ne me croient pas quand… Jimmy me répète tout le temps que je dois apprendre le français, n’est-ce pas ? Et maintenant que je veux être sûr de comprendre les subtilités de votre langue, il se moque de moi !
– Comment ça ?
– Je voudrais être sûr d’avoir bien saisi la différence entre “fellation post-prandiale”, “turlutte matinale” et “gâterie dominicale”, j’ai demandé à Mounico parce que…
– Parce qu’elle était institutrice ?
– Ah bon ? Elle aussi ? Mais vous étiez tous enseignants ?!
– Non, non ! Seulement Monique, Jimmy, Martial et Jean-Luc ! Mais pourquoi Monique alors ?
– Alan m’a appris que pour les pipes, Mounico…
– Aloune ! Si tu m’appelles Mounico, tu l’appelles Aloune, s’il te plaît !
– Aloune m’a dit que Mounico… c’était juste pour apprendre…
– Et comme professeur de mauvaise foi, t’as eu Odette ?
– Non ! Odette c’est la levrette à Dédette !
– Rigole pas en mangeant, je ne suis pas certaine de te ranimer, cette fois !
– De toute façon Christian est infirmier et pompier bénévole, tu ne risques rien parmi nous !
Jimmy traduisit les propos de Mireille. Jim s’exclama
– Vous avez aussi des incendies, ici ?
– Mais boudiou, t’as donc pas vu la végétation ?!
– Et quand je l’aurais vue ? Après l’aéroport, on est allés dans la belle maison et ensuite ici !
– Je te montrerai ça, mon gars, tu verras et tu comprendras.
En revanche, ce que nous ne comprenions pas, c’est que parlant chacun dans sa langue maternelle, ces deux-là se comprenaient parfaitement. Socrates et Linus invitèrent Jimmy, Marcel et Roweena à les rejoindre. Je vis Marcel tendre son traducteur à Linus qui le retourna dans tous les sens avant de le passer à Gideon. Les Irlandais, satisfaits, opinèrent en souriant.
– Hé, Blanche-Minette, quand tu auras fini de rêvasser, tu penseras à remplir tes obligations ! Ne me regarde pas avec tes yeux de merlan frit ! Tu sais bien pourquoi, on ne parle pas toutes le français avec le même accent ! Élève Jim, si vous voulez bien vous donner la peine…
Mireille nous fit signe de la suivre jusque dans le bureau de Jimmy. Alain se joignit à nous afin de superviser la leçon, qui débuta par ses mots.
– Bon, Princesse à Jimmy, montre à tes collègues ce que tu entends par “fellation post-prandiale”, que vous soyez bien d’accord sur les termes.
Je m’agenouillai devant Jim, assis sur le canapé, le débraguettai, constatai qu’il portait son jean à même la peau, ce qui, d’après Mireille “dénote une réelle envie de progresser dans l’apprentissage de la langue de Molière”. Jim était aux anges et souriait béatement.
Je léchai son membre d’une langue gourmande, agaçai le bout de son gland avec mes lèvres. Quand il posa ses mains puissantes sur mon crâne, je l’avalai lentement. Quelques va-et-vient, d’autres coups de langue, d’autres agacements, je relevai la tête. “Fellation post-prandiale”. Mireille sursauta.
– Ah bon ? Pour ma part, j’aurais ajouté… Oh, mais tu n’avais pas menti, Blanche-Minette ! Votre membre est une œuvre d’art, mon cher, une véritable œuvre d’art ! À une fellation post-prandiale, j’ajouterais… attends, je te montre…
Mireille demanda à Jim d’ôter son jean, ce qu’il fit volontiers, elle comprima alors ses seins pour en faire un petit nid au creux duquel elle blottit les deux œufs de Jim. Elle dégusta son membre d’une langue gourmande, embrassa son gland du bout des lèvres, avant d’avaler son sexe jusqu’à la moitié de la hampe. Quelques va-et-vient, d’autres agacements, ses mains comprimant toujours ses seins.
Jim marmonnait, entre gémissements et grognements. Le contraste entre le ton de sa voix et celle d’Alain, qui traduisait ses propos, était saisissant. “Oh, mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Quel bonheur ! Quel chanceux je suis… oh mon Dieu ! Je me suis vu mourir seul dans… oh mon Dieu ! Seul dans mon bateau… Princess m’a sauvé… oh mon… oh oui… conte de fées… par quel miracle ?” Mireille stoppa net, le regarda dans les yeux, fronça les sourcils.
– Tu as déjà oublié le philtre d’amour ? Tu as été bien attentif pendant la représentation, j’espère !
– Oh oui, Madame !
Elle reprit sa démonstration, offrant les mêmes caresses, les mêmes baisers, les mêmes agacements, les bourses et la base du membre de Jim nichées entre ses seins. Elle cessa dès qu’elle le sentit sur le point de jouir. “Fellation post-prandiale”. Jim répéta “Fellation post-prandiale”.
– Et pour toi, Monique, c’est comment une fellation post-prandiale ?
– On verra plus tard, montre-nous plutôt la différence entre turlutte matinale et gâterie dominicale !
Mireille se releva, défroissa sa jupe. Jim tendit les mains pour la dégrafer. “Tss, tss… ce sera après la leçon. Le bon point récompensant l’élève attentif !” Elle s’assit à la droite de Jim. “Une turlutte matinale, c’est comme ça”. Elle ouvrit sa bouche en cœur, fit d’amples va-et-vient, tout en tapotant du bout de ses doigts la hampe du membre de Jim quand sa bouche arrivait au niveau du gland.
– Turlutte matinale
Jim rouvrit les yeux et répéta. “Turlutte matinale”. Satisfaite, Mireille se redressa, sagement assise à la droite de Jim. “Et maintenant, la gâterie dominicale.” Elle se pencha à nouveau, d’une langue humide, lécha Jim des gonades jusqu’au gland, ses lèvres, désormais vierges de toute trace de maquillage, se posèrent dessus et s’ouvrirent pour avaler tout en douceur le membre de notre élève studieux. Avec la même douceur, elle fit marche arrière, asséna une délicate pichenette sur le scrotum.
– Oh, my God !
– Et oui, oh my God ! C’est pour cela qu’on parle de gâterie dominicale, à cause du jour du Seigneur ! À vous de jouer, mesdames !
Je donnai libre cours à mon imagination ou, pour reprendre l’analyse de Mireille “le turlutai à la parisienne et le gâtai comme une impie”. Mes confrères et consœurs louent souvent ma mauvaise foi, il me faut admettre que je partage cette qualité avec Madame. Quand Monique s’agenouilla devant Jim, sans nous être concertées, Mireille et moi avons entonné l’air joyeux d’une fanfare de cirque annonçant le clou du spectacle.
– Vous me filez le trac avec vos conneries !
Les yeux et le visage de Jim, muet de surprise, confirmèrent la réputation de notre consœur. Après la leçon, il dut se soumettre à une interrogation orale, c’est le cas de le dire. Les yeux fermés, les mains dans le dos pour ne pas être tenté de les poser sur nos crânes, il lui fallut distinguer les fellations post-prandiales des turluttes matinales et des gâteries dominicales ainsi que l’enseignante qui les lui prodiguait. Une chose est acquise, Jim est un élève studieux, attentif et appliqué puisqu’il ne commit aucune erreur.
Après cette première leçon, Alain, Mireille et Monique se dirigèrent vers la porte du bureau, quand Jim, à l’érection impressionnante, se plaignit. “Vous ne pouvez pas me laisser dans cet état !” Mireille surjoua la surprise.
– Blanche-Minette ne t’a donc pas prévenu qu’elle a changé d’avis ?
Interloqué, il interrogeait Alain du regard quand ses yeux s’écarquillèrent et qu’un sourire incrédule s’épanouit sur son visage. “Oh, oh, oh my… oh my fucking God !”
Quand je suis arrivée au mas, au printemps, après l’appel de Jimmy, Martial, Sylvie et moi avons eu une discussion avec Émilie et Lucas à propos de la maison d’Avranches. Il est hors de question de nous en séparer, pourtant dix ans après leur mort, je suis incapable de remettre les pieds dans la maison de mes parents. Martial et Sylvie ressentent la même chose. Nos enfants respectifs l’envisagent plus comme une roue de secours que comme un lieu de villégiature. Comme une évidence, nous proposâmes à Émilie et à Lucas de se l’approprier, d’en faire leur lieu à eux, comme Cathy et Alain l’ont fait de la maison du Toine, Monique et Christian de cette de Rosalie, Jean-Luc de celle de Valentino. Qui sait, peut-être qu’une fois réaménagée par leurs soins, pourrions-nous y séjourner sans trop de gorges serrées, d’estomacs crampés, de tripes nouées ? C’est pour cette raison que la petite classe a décidé de consacrer ses congés d’été à la redécorer. Manon en profiterait pour découvrir Montchaton et s’en réjouissait.
Émilie m’avait fait part de son souhait de faire un break dans ses études. Plus aucune motivation, aucun espoir. Nous en avions longuement parlé, d’abord toutes les deux, ensuite tous ensemble. Elle eut cette remarque touchante « C’est auprès de vous que je me sens la mieux comprise. Vous avez tous bossé à l’Éducation Nationale, mais me comprenez mieux que mes parents qui ne veulent pas en entendre parler ».
– On comprend surtout que si tu n’en as plus l’envie, ça ne sert à rien, tu cours à l’échec !
– Ce qui me plairait, ce qui m’attire en ce moment, c’est la littérature anglaise du XVIIIe siècle, si je dis aux parents que je laisse tomber le droit des affaires pour une filière sans aucun débouché… j’imagine déjà leurs réflexions… non merci !
– Comme tu l’as certainement entendu, je vais m’installer ici, tu peux habiter chez moi, le temps de prendre ta décision.
Je ne l’ai pas revue avant la fin octobre. Quelques jours avant l’arrivée de Jim, Émilie nous demanda comme une faveur de nous retrouver en comité restreint. Je décidai de ne pas chercher à deviner quel secret cachait ce ton mystérieux et acceptai volontiers cette proposition. Nous nous retrouvâmes donc Émilie, Sylvie, Lucas, Martial, Jimmy et moi chez Jean-Luc qui était également convié.
– En fait, bien dépoussiérée et débarrassée des toiles d’araignées, la maison est vraiment pas mal… sauf les papiers-peints… pas possibles ! Alors, on a décidé de commencer par le salon. L’armoire-bibliothèque prenait trop de place, on a voulu la déplacer…
– Surtout pas, elle est scellée dans le mur !
– Bah oui, on a remarqué !
Jimmy, Martial et Jean-Luc sifflotèrent « Tout va très bien, Madame la Marquise » et il est vrai que je me demandais quelle serait la prochaine catastrophe annoncée.
– Non, non ! Rassurez-vous ! Quand on a compris, on a fait super attention et on a tout remonté. Aucun dégât, par contre…
– En revanche !
– Ah ah ! En revanche, en décollant le papier peint au fond de la partie bibliothèque… en bas, derrière les tiroirs, il y avait une autre porte et en l’ouvrant, on a trouvé ça…
– Le syndrome de la valise !
– Moque-toi, Jean-Luc, mais mon père craignait toujours devoir faire sa valise, ça nous est resté.
– Tu as raison, Valentino en avait aussi une déjà prête à portée de la main, au cas où…
– Qu’y avait-il à l’intérieur ?
– On s’est dit qu’on n’avait pas le droit de l’ouvrir, que c’était à toi et à Martial de le faire… c’était vos parents et pis surtout, il y avait cette enveloppe scotchée dessus « Pour Martial et Odette »
Martial chéri, Odette adorée,
Si vous lisez cette lettre, c’est que nous sommes morts et que vous avez déjoué les ruses de notre code. Il est important pour nous que vous découvriez notre legs tous les deux ensemble. Martial, nous comptons sur toi pour épauler ta petite sœur, Odette que nous rêvions libre et rebelle, mais qui semble s’est trop assagie pour prendre le sexe avec toute la légèreté nécessaire. Quant à toi, nous craignions, fut un temps, que tu ne restasses vieux garçon, comme Jimmy et le petit Jean-Luc. Heureusement, la vie a permis que ton chemin croise celui de Sylvie. Elle nous a pris notre enfant pour en faire un homme épanoui, nous ne lui en saurons jamais assez gré.
Mais toi, Dédette, nous aimerions que tu lèves les yeux sur la vie, que tu te respectes aussi pour la belle femme que tu es, pas seulement la mère de famille attentive et la bonne ménagère. Comment peux-tu accepter que ton mari t’appelle « maman » ? Tu veux être reconnue pour tes qualités intellectuelles, mais tu refuses de voir de ton corps autre chose que le moyen de locomotion de ton cerveau. Pourquoi t’entêtes-tu à renoncer à la sensualité qui coule dans tes veines ?N’as-tu jamais remarqué les regards gourmands que te lançait Jimmy, ses sourires carnassiers quand, au cours d’un repas, fusait une blague un peu leste, spécialement quand c’était toi qui la racontais ? As-tu oublié les « envies pressantes » du petit Jean-Luc qui le contraignaient à s’absenter « quelques instants » ? Ne cherche pas à faire croire que tu gobais cette excuse ! Il masquait son érection de façon si malhabile qu’il était aisé de s’imaginerqu’a contrario, il cherchait à nous la faire remarquer !
Regardez ces films ensemble, ou entourés de personnes qui ne jugeront pas un couple qui s’aime. D’où que nous soyons, si nous sommes quelque part quand vous lirez ces mots, nous vous envoyons tout notre amour et offrez-en une bonne part à Sylvie, notre bru bien aimée.
Papa, Maman ~ Jean-Baptiste, Louise
En ouvrant la valise, en découvrant son contenu, Sylvie ne put cacher son enthousiasme. « Une caméra et un projecteur Pathé-Baby ! » Et expliqua à Émilie et à Lucas ce qu’était le cinéma amateur avant l’ère de la vidéo. Les gamins ouvraient des yeux comme des soucoupes. Jean-Luc leur conseilla de refermer leur bouche avant qu’un fantôme lubrique n’y glisse son sexe.
La valise contenait aussi des tas de bobines et un disque. Certains souvenirs me revinrent en mémoire, ces moments sereins en famille, quand nous reprenions tous en chœur cette mélodie envoûtante. Je regardai Martial et constatai que lui aussi voyageait dans notre passé. Je tournais et retournais la pochette dans tous les sens, la regardant sans pour autant la voir vraiment. Je la tendis à Martial qui entonna les premières mesures, reprenant le rôle de notre père. J’allais demander « Vous vous souvenez ? » quand je constatai que chacun était concentré sur sa partie. L’odeur des dimanches me revint aux narines.
– Ça me rappelle le jour où vos parents m’ont dit « puisque tu fais partie de la famille, il n’y a pas de raison que tu coupes aux corvées dominicales ! Et tu viens depuis assez longtemps pour savoir que nous les effectuons en musique »
– Je m’en souviens aussi, ô put… le sable ! Le sable, ce putain de sable !
– Plaignez-vous ! Tu me fais marrer Jean-Luc avec ton sable ! Vous n’étiez de corvée qu’à Avranches. Nous, on l’était aussi à Paris et permets-moi de te dire que la poussière c’est autrement plus coriace que le sable… qui plus est, le sable ne me relevait pas de la corvée de poussières !
– Mais je ne m’en plains pas ! Si j’avais fondé une famille, j’aurais aimé les reproduire, ces corvées dominicales ! Pas toi, Jean-Luc ?
– Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment songé… tout occupé que j’étais à me tirer sur l’élastique. Ô put… la famille Touré dans son ensemble me prenait pour un puceau…!
– Non ! Mes parents te prenaient pour un branleur, nuance ! Ce en quoi, ils ne se trompaient guère et pis, Martial savait lui…
Sylvie avait très peu connu ces dimanches. Quand elle venait chez mes parents avec Martial, j’y étais rarement et quand je me plaignais qu’ils délaissassent notre maison familiale pour passer leurs vacances d’été chez eux, en Provence, il y avait toujours papa ou maman, voire les deux, pour l’en excuser. « La pauvre, elle vient de Bretagne, elle a besoin de rester au soleil pour sécher toute cette pluie qu’elle a subie avant de s’installer là-bas ! » J’avais redouté ce moment, en fin de compte, nos souvenirs mêlés ramenaient nos parents à la vie.
S’il est un point sur lequel ils s’entendaient bien, c’était la manie des petites notes explicatives, celles qu’ils nommaient affectueusement « les consignes de vote ». Scotchée sur le projecteur, à l’intérieur d’une enveloppe rose saumon, un mode d’emploi concis et cette brève recommandation « Pour bien profiter de ces films, il faut les regarder en écoutant ce disque. Les bobines sont numérotées, mais vous remarquerez aussi de petits repères de couleur sur le disque qui correspondent à ceux des bobines. Pas besoin de vous faire un schéma, nous savons que vous avez déjà compris leur utilité. »
Il nous fallut un peu de temps avant de pouvoir regarder les films. Jimmy dut faire un bref aller-retour au mas pour récupérer un vieux tourne-disques capable de lire un 78 tours.
– J’étais pas si folle que ça ! Il y avait deux disques !
– Toi aussi, tu l’entendais ? Je croyais que c’était dans mes rêves…
– Je l’avais aussi entendu à Avranches, mais je n’ai jamais cru que je rêvais, la musique venait de leur chambre et…
J’avais mimé une branlette frénétique, Martial me bouscula d’un coup d’épaule.
– Ne te moque pas du petit puceau, Dédette !
– Du p’tit branleur, tu veux dire
– Pourquoi « petit » ? I am the Great Wanker !
– Ah ah ! Écoutez-le, ce vantard !
– Si les gamins n’étaient pas là…
Je lançai un regard en direction desdits gamins. Émilie plongea ses yeux dans les miens, ensemble nous mimâmes un violoniste de restaurant russe, tel qu’on se les imagine. Mais quand nous entonnâmes un « Ramona » sirupeux et ironique à l’unisson, Jean-Luc s’écria « Mais tu l’as aussi dressée à ça ? » Il est à noter que si l’Australien s’exclame souvent, le Great Wanker a tendance à s’écrier. Jimmy, qui venait d’arriver, demanda à quoi j’avais dressé Émilie. Jean-Luc ne me laissa pas le loisir de répondre.
– À l’insolence ! Voilà comment ta princesse a éduqué sa petite-fille, et c’est pas joli-joli
– C’est pas de l’insolence ! On remarquait juste qu’il est comme la grenouille à la grande bouche, il parle haut et fort, mais y a pas grand monde derrière !
– Té ! Qu’est-ce que je disais ?! Qui évoquerait la grenouille à la grande bouche si ce n’est une créature dressée par ta princesse ?
Nous étions trop avides de découvrir la première bobine pour prendre davantage de plaisir à cette joute oratoire. J’étais pressée de découvrir ces petits films tout en le redoutant. Nous suivîmes les consignes précises et nous réussîmes dès le premier essai à caler la musique sur les images. La femme que je vis s’animer sur le mur blanc était si éloignée de ma maman, que je la nommerai désormais Louise tout comme j’appellerai ce bel homme Jean-Baptiste et non papa.
Sur la première bobine, Louise, uniquement vêtue de son voile nuptial, danse en le faisant voleter, virevolter au rythme de ses pas, de ses petits sauts. De temps en temps, le tissu découvre tant son corps qu’on y voit le ventre arrondi et les seins gonflés de Louise.
Le premier film venait de s’arrêter. J’allais faire remarquer à Martial qu’il devait avoir été tourné peu après leur mariage, quand je vis Jean-Luc. Je me levai d’un bond et lui assénai une baffe à l’arrière du crâne. « T’es pas gêné, toi !! Hey, ton copain se branle sur maman, j’te f’rais dire ! » Jean-Luc n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche, la voix de Martial tonna, interdisant toute réplique à son ami. « Pas le physique, ni la religion ! »
Jean-Baptiste arrive dès le début de la deuxième bobine. Il s’approche de Louise à pas glissés. Maman avait raison, qu’il était raide ! Louise, tout en faisant onduler son voile, fronce légèrement les sourcils, mais presque aussitôt cet air de reproche s’estompe, s’efface pour laisser place à un océan d’amour. Je ne pense pas que c’était prémédité. Jean-Baptiste se colle au corps de Louise. Ses mains posées sur le ventre de sa déesse font de ce bébé lové à l’intérieur, le fruit d’une danse charnelle.
Je chassai les doigts de Jean-Luc d’une tape sèche et commençai à le branler. Je regardais fixement le mur où se projetaient les images animées, ce qui ne m’empêcha pas de sentir le sourire du Great Wanker.
J’aime beaucoup le branler à l’improviste, quand il s’y attend le moins. Il apprécie les loves attaques surprises, comme nous les nommons. Cet été, alors qu’il venait de jouir, son sperme n’avait même pas commencé à sécher, il me dit « J’adore quand tu me branles comme ça, sans raison ! » « Que veux-tu, ta bite m’inspire… » Je ne mentais pas. Rien que de penser au contact de sa peau dans le creux de ma main, sur le bout de mes doigts, des frissons de désir me parcourent le corps. Pour l’avoir si souvent observée, je peux visualiser la chair de poule parant ma peau mieux que le feraient des colliers de pierres précieuses. Une ceinture sensuelle qui se déploie comme une toile d’araignée. Quand je le branle ainsi, je ne cherche même pas à le faire jouir, seules m’importent mes sensations. Il le sait et en est d’autant plus excité.
La bobine était terminée. En se levant, Jimmy me fit réaliser que de son côté, il caressait ma cuisse.
– Ben ça va ! Vous gênez pas !
– C’est bien c’qu’on fait, Émilie ! C’est bien c’qu’on fait !
– C’est la retraite qui te rend fainéant, Jean-Luc ? Même pour la branlette, tu délègues !
Jean-Luc pesta.
– Pourquoi c’était pas moi dans le bus ?
– Regrette rien, t’aurais regardé tes pompes en marmonnant un « Salut. Ça va ? » Je ne t’aurais jamais demandé de me rendre ce service, Jean-Luc, jamais. Je voulais un homme d’expérience, pas un petit puceau !
– Mais je ne l’étais pas !
– Je l’ignorais. Tout le monde l’ignorait ! Enfin, mes parents et moi l’ignorions.
– Parle pour toi ! Les parents étaient au courant et Sylvie n’en a jamais douté !
– Elle t’a connu dix ans plus tard !
– N’empêche, y avait que toi pour ne rien remarquer ! C’était même un sujet de plaisanteries. Dédette qui voit jamais rien, qui monte sur la table, soulève sa jupe pour vérifier que les motifs de son collant sont bien ajustés et qui ne s’imagine pas qu’on puisse la mater !
– N’importe quoi ! J’attendais qu’il n’y ait personne dans la salle à manger pour le faire !
– Euh, ma chérie, sur ce point précis, l’ami Jean-Luc n’a pas tout à fait tort… Je pourrais même dire qu’il a carrément raison. Qu’y avait-il face au miroir ?
– La table
– Mais encore ?
– Ben, la porte qui donnait sur le couloir
– Couloir qui donnait sur…
– Sur la chambre de Martial, mais je vous aurais vus !
– Non, Dédette ! Ils s’asseyaient sur mon lit et orientaient la porte de l’armoire de telle sorte que la glace leur renvoie le reflet du miroir de la salle à manger. Je tiens à préciser que je n’assistais pas au spectacle, tout penché sur mes cours que j’étais. J’écoutais à peine leurs commentaires, fort élogieux au demeurant.
– Et ça ne t’ennuyait pas que tes potes se branlent, fantasment sur ta petite sœur ?
– Mieux vaut ça que l’inverse, Lucas ! Non, pour tout te dire, ça m’amusait plutôt.
La troisième bobine avait un repère jaune. Jimmy et Sylvie suivirent la consigne à la lettre et une fois encore, la synchronisation fut parfaite. Le film était plus récent. Louise n’était plus enceinte et Jean-Baptiste avait perdu sa raideur et dansait, lascif. Je sentis Jimmy sursauter. Je le regardai, surprise de le voir décontenancé, puis intéressé et enfin, amusé. À la fin de la bobine, il nous annonça « Je crois avoir compris un truc. Hou, comme j’ai eu le nez creux de rapporter les carnets qui étaient dans mon bureau ! » Il en ouvrit plusieurs, certains de Jean-Baptiste, d’autres de Louise, et parut à demi-satisfait.
– Je crois que j’ai trouvé une des clés de leur code, mais il doit y en avoir un autre, imbriqué. Ce n’est pas cohérent. Regardez dans la marge, le petit soleil jaune, je pensais qu’il représentait une promenade bucolique, surtout que dans les carnets de Jean-Baptiste, ce même soleil correspond à un ou deux vers plutôt romantiques. Je viens de comprendre que le nombre de rayons correspond au numéro de la bobine, mais je suis sûr que ce n’est qu’une partie de l’énigme.
– T’as pas un spécialiste du décryptage dans ton carnet mondain ?
– Si, mais je ne me vois pas confier ces carnets à celui auquel je pense !
– Pourquoi ne pas demander à Enzo ?
– Enzo ?!
– Oui, Enzo ! Il est balèze en matière d’énigmes. Il nous a sortis de galères pas possibles grâce à son don !
Je ne saurais dire qui d’Émilie ou de Lucas était le plus admiratif pour évoquer la façon dont Enzo résout les énigmes lors de certains jeux de rôles.
– C’est un expert parce que petit, il voulait être agent secret et s’entraînait à inventer des codes, des alphabets, à essayer de trouver des messages secrets dans les titres des journaux…
– Pauvre petit, quelle enfance il a dû avoir pour en arriver à de telles extrémités !
Betsy, Alister, Gideon, Linus et Socrates sont arrivés au mas par leurs propres moyens. Socrates avait insisté sur ce point. Ils étaient ravis à l’idée de découvrir la Provence tout en s’appliquant à conduire à droite. Red ne serait pas de la partie, retenue par ses obligations familiales en période d’Halloween. L’arrivée de deux voitures dans la cour me surprit. Je pensais qu’ils n’en prendraient qu’une. Quand les portières s’ouvrirent, j’en compris la raison.
– Red ?! Mais qu’est-ce…
– Oublie Red, c’est Roweena l’affranchie qui est venue vous rendre visite !
– Tu as… comment as-tu… quel alibi, quelle raison t’a permis de venir ? Une autre loterie toute aussi improbable ?
– Mieux que ça ! Un détective privé ! Mon mari couchait avec une femme mariée que l’époux faisait suivre. Constat d’adultère. L’avocat du mari m’a avertie de mon infortune. J’ai fait un scandale et j’ai exigé quelques semaines pour faire le point loin de ma famille. Comme l’avocat m’a appelée le lendemain de notre réponse, on a décidé de vous faire la surprise.
– Mais tu as une chance de crapule !
– Ou est-ce un signe du destin ?
La question de Betsy resta en suspens. Les gamins s’impatientaient. Nous fûmes fermement conviés à prendre place dans la salle des fêtes du mas. Nos invités eurent à peine le temps de s’extasier que la lumière se tamisa pour nous plonger petit à petit dans le noir.
La voix de Pauline retentit des coulisses. Le sceau du destin. Saynète en deux époques et quatre tableaux, écrite par ma grand-mère dont je suis si fière. Aussitôt suivie par la voix de Vincent traduisant cette annonce en anglais.
Les personnages :
Jimmy jeune homme, joué par Vincent.
Odette jeune fille, jouée par Émilie
Un chérubin à la mode sixties, Enzo
Une chérubine à la mode sixties, Manon.
Le décor : Un petit boudoir décoré très XVIIIe siècle. Un sofa, des gravures au mur, un petit guéridon. Devant le sofa, un jeune homme en jeans et en tee-shirt tient dans ses bras, une jeune fille en robe blanche. À l’avant-scène se tiennent Enzo côté cour et côté jardin, Manon. À chaque réplique, ils tendront un petit panneau sur lequel est inscrite la traduction de ce que diront Vincent et Émilie, afin que les anglophones puissent profiter des subtilités de cette saynète.
Émilie tout contre le corps de Vincent, respire son odeur. Il lui dit à quel point il la désire, et comme il se sent fier qu’elle l’ait choisi pour la dépuceler. Ils s’embrassent langoureusement. Inquiète, elle lui demande.
– C’était bien ? T’as aimé ?
– Et toi qu’as-tu pensé de ton premier baiser ?
Elle parait réfléchir, hésiter, l’embrasse de nouveau.
– J’adore ça ! Mais tout cette salive dans ma bouche, ça ne t’ennuie pas ?
– Au contraire, Princesse !
– Pourtant, j’aurais cru… la bave… que tu trouverais ça écœurant
– Détrompe-toi, c’est tout l’inverse !
Ils s’effondrent sur le sofa. L’ardeur de leurs baisers s’intensifie.
– Mes nichons sont si lourds et tous ces picotements autour de mes mamelons, attends, je vais te montrer.
Le temps qu’elle dégrafe sa robe, il se déshabille. Alors qu’il retire son slip, elle s’arrête net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules.
– Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai !
Tendant un index timide, elle demande
– Je peux ?
– Mais bien sûr, Princesse que tu le peux, mais ne voulais-tu pas que je te caresse les nichons ?
Émilie a un geste agacé, comme pour lui dire « plus tard ». Vincent la laisse découvrir son sexe, l’approcher, le toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, le manipuler comme un enfant découvre un jouet.
– Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas !
Du bout de son index, Émilie agace le sexe de Vincent.
– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !
L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.
– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !
De nouveau l’index.
– Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !
Elle fait alors courir ses longs doigts graciles le long du corps de Vincent.
– Bite ? Verge ?
Les deux mains d’Émilie à plat sur les cuisses de Vincent convergent vers son membre.
– Pénis !
– Mais qu’est-ce que tu as à déglutir si fort ?
– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…
Les mains de Vincent se crispent autour de la tête d’Émilie.
– Ô, put… fatché !
– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?
– Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…
Vincent cherche à glisser sa main entre les cuisses d’Émilie, mais elle se dérobe à ses caresses.
– Tu préfères te caresser toute seule ?
– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… je suis pleine de faux sperme…
– De faux sperme ?! De quoi parles-tu ?
– C’est un fluide qu’il faut essuyer au plus vite dehors comme dedans, discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon ne s’en aperçoive. Parce qu’ils n’aiment ni son odeur, ni sa texture et que ça nuit à la fécondité en tuant les spermatozoïdes, c’est pour ça qu’on l’appelle faux sperme.
Vincent éclate de rire.
– J’ignore où est née cette légende, mais je t’assure du contraire et que c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !
– Si je suis sûre d’une chose, c’est que j’ai bien fait de te choisir pour me rendre ce service. Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !
– Plus une fille mouille, plus c’est bandant.
– Ah bon ? Et pourquoi ?
– Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.
– Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?
– Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…
Le doigt de Jimmy s’enfonce lentement en elle.
– Si tu savais comme c’est bon de sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ?
Les cuisses d’Émilie se serrent autour de la main de Vincent, emprisonnant son doigt. Quand il peut sortir son doigt humide, il prend sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent.
– À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.
– Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?
– Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt de son maître “la première jouissance d’une pucelle” avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…
– C’est vrai ?!
– Non. Mais ça devrait !
Ils éclatent de rire. Elle prend sa main, la remet entre ses cuisses.
– Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…
– Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !
– Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?
– Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…
– Comment tu sais que je vais jouir ?
– Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?
– Et ça te fait quoi ?
– Regarde ! Regarde ce que ça me fait !
– Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Oh, regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou t’es en train de juter ?
– Non, il s’agit d’un lubrifiant naturel…
– Ta bite est encore plus douce, comme ça…
– Qui t’a parlé de bite ?! Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge !… C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça, Odette !
Manon et Enzo tiennent chacun un pan du rideau, qu’ils referment en se rejoignant au centre de la scène. Sur un panneau « La soirée se poursuit », sur l’autre sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, une série de slows. Enzo prend le pan de rideau que tenait Manon, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Manon se retrouve côté cour et Enzo côté jardin.
Le rideau s’ouvre sur une chambre du même palais. Un lit à baldaquin, une coiffeuse, quelques tableaux aux murs. Allongée sur le lit Émilie se laisse caresser par Vincent. Comme lors du tableau précédent, les chérubins lèvent à tour de rôle les panneaux traduisant les dialogues.
Le jeune Jimmy écarte les lèvres de la vierge Odette, lui décrit la beauté de ses replis, les différentes couleurs, s’extasie que l’entrée de son vagin soit de ce rose précis. Elle ferme les yeux pour s’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononce.
– Ouvre les yeux Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai
Elle les ouvre.
– Non ! N’arrête pas ! Continue !
– Continuer quoi ?
– Tu le sais bien…
– Je veux te l’entendre dire, Princesse !
– Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…
– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…
– Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…
– Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !
– J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.
– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre. Garde tes yeux ouverts…
– Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?
– Exactement, Princesse, exactement !
– Oohh… C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?
– Oui, ma Princesse ! Oh que oui !
– Tu pourrais sortir de ma…
– De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !
– Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…
– La p’tite bosse ? Ça ?
– Oh oui ! Tu me la montreras ?
– Je n’y manquerais pas, ma Princesse ! Guide-moi, indique-moi jusqu’où te pénétrer.
– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! Oh comme j’aime ta p’tite bosse… ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?
– Parce que je suis heureux !
– Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?
– Tu m’as dit « stop »
– S’il te plaît, Jimmy… s’il te plaît…
– Je ne reprendrai mes va-et-vient que si tu acceptes de me guider avec tes mots. Dis-moi quand tu voudras que j’aille vite ou au contraire, lentement. Dis-moi si tu veux me sentir tout au fond ou bien si tu préfères sentir mon gland à l’entrée de ton vagin.
Comme le demande le jeune Jimmy, la jeune Odette le guide pendant cette première étreinte.
– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…
Il prend sa main et la guide vers son clitoris.
– Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !
– Odette, je vais jouir…
– Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?
– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?
– N’arrête pas ! N’arrête… pas ! Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… On bougera pas si tu préfères… Reste… S’te plaît !
– Non, je ne veux pas prendre le risque d’irriter ta petite chatte fraîchement déflorée !
– Tu vois, par ta faute, je me sens toute vide maintenant !
– Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?… C’est quoi ce regard ?
– S’il te plaît…
– S’il te plaît quoi ?
– Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…
Dans un sourire, il lui fait découvrir le bourrelet à la base de son gland. Elle l’embrasse avec tendresse.
– Merci, Jimmy !
– Serviteur, Odette !
D’une langue gourmande, elle humecte ses lèvres.
– C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue !
Manon et Enzo referment le rideau comme précédemment. Pauline, habillée comme le sont les conférencières qui se veulent un peu conteuses, arpente la scène avant de se tourner vers le public et de le prendre à témoin.
– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, ce qu’il aurait su s’il avait pris la peine de partir à la recherche du tiroir le plus secret du secrétaire…
S’interrompant, elle traduit ce préambule exagérant l’effet du suspens qu’elle laisse planer.
– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, c’est que soixante-treize mille quarante-sept jours s’étaient écoulés depuis cette nuit où, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute…
Pauline s’interrompt, traduit et sort de scène. Le rideau s’ouvre sur le décor du premier tableau.
Les personnages :
Le prince, joué par Enzo
La princesse, jouée par Manon
Le serviteur, joué par Lucas
Cupidon, joué par Vincent.
Cupidone, jouée par Émilie
Le décor : Sur le sofa, Manon costumée comme une princesse tout droit sortie d’une toile de Fragonard, cherche à échapper aux baisers d’Enzo lui-même vêtu à la mode de cette époque.
– Me tenez-vous pour un coq à glousser de la sorte ?
– Que nenni ! Que nenni ! Vous m’avez priée, ce tantôt, de vous ouvrir mon cœur, sans crainte de vos moqueries. Vous m’avez assurée de toute votre bienveillance à mon égard. Je vous livre donc mon tourment. Monsieur, sachez que j’ai une folle envie de répondre à votre baiser, las ! À cette idée, ma bouche s’emplit de fluides et je crains que cela ne vous incommode. Aussi, je tente de les avaler en déglutissant de la sorte.
– Votre candeur me charme, jolie Princesse… tant de fraîcheur ! Apprenez, gente demoiselle, que loin de me déplaire, cet afflux m’émoustille grandement !
– Puisqu’il en est ainsi…
Manon embrasse passionnément Enzo. Les caresses de celui-ci sont entravées par les nombreux dessous de Manon. Ils se dévêtent. Alors qu’elle ne porte plus qu’un bustier, Manon tombe en pâmoison devant le sexe dressé d’Enzo, digne descendant d’Alain.
– Si mes confidences devaient vous heurter, si vous les estimiez indignes d’une femme de mon rang, ne craigniez point de m’offenser en me demandant de cesser mon récit. Je fais souvent un songe qui me trouve troublée à mon éveil. Je suis la captive d’une geôle végétale, le centre exact d’un labyrinthe. L’espace est clos, rien ne distingue une haie d’une autre si ce n’est une statue d’Apollon. Je m’en approche, observe ce qui distingue les hommes des femmes et soudainement prise d’un transport charnel, commence à m’en régaler comme d’une friandise. Un passage s’ouvre alors. Passage au bout duquel une autre statue attend mon regard, espère mes caresses, aspire à mes baisers. À chaque statue ainsi honorée s’ouvre un nouveau passage vers la liberté.
– Ne vous interrompez point, Princesse, et narrez-moi ce qu’ensuite il advient !
– Hélas, mon Prince, je ne puis vous le dire puisque je me réveille dans le même état où je me trouve à présent. Une brûlure humide au plus profond de mon intimité et ces maudits fluides… Comment m’en débarrasser et m’assurer de les avoir chassés à tout jamais ? Comment apaiser cette brûlure ? Cela est-il seulement possible ?
– Mais ce sont justement ces fluides que nous recherchons, Princesse ! Laissez-moi vous démontrer leur utilité ! Mais avant toute chose, fermez les yeux et imaginez-vous dans ce labyrinthe, je serais une statue…
– Oh non, mon Prince ! Je serais bien marrie de devoir fermer les yeux devant tant de beauté !
Manon suce Enzo avec délectation, jouant à merveille la candeur gourmande d’une première fellation. De nouveau réunis sur le sofa, le Prince fait découvrir à la jeune Princesse les charmes de l’amour digital. L’ayant faite jouir, il tire un cordon. Lucas entre en scène, vêtu comme un valet de comédie portant perruque, entre ses mains un plateau d’argent.
Le Prince embrasse la jeune Princesse, sort son index et son majeur du sexe de la jeune fille, se tourne vers son valet « La première jouissance d’une pucelle… » Il tend ses doigts à son serviteur qui, à l’aide d’une spatule en or, recueille les sucs dont ils sont recouverts. Troublé par le regard extatique de la jeune fille, sa main tremble pendant qu’il en remplit la fiole, une goutte tombe sur son doigt, qu’il suce à l’abri des regards.
Après que son valet a recueilli la première jouissance, le Prince plonge deux doigts dans le puits d’amour de sa toujours pucelle, il les ressort, les offre à la bouche de la demoiselle tout en l’embrassant fougueusement.
Émilie et Vincent referment le rideau comme l’avaient fait avant eux Manon et Enzo. Les deux mêmes panneaux « La soirée se poursuit » et sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, un semblant de menuet fripon où les caresses sur les parties intimes semblent avoir été chorégraphiés par Éros en personne. Vincent prend le pan de rideau que tenait Émilie, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Émilie se retrouve côté cour et Vincent côté jardin.
Le rideau s’ouvre sur la même chambre. Sur le lit est allongée Manon et s’apprêtant à la déflorer, Enzo. Se tenant debout au pied du lit, Lucas pose un plateau sur la coiffeuse et, un miroir dans chaque main, semble chercher l’angle idéal. Sur le plateau une fiole dotée d’une sorte d’entonnoir réfléchissant.
– Ne vous offusquez pas, ma mie, sa présence n’a aucune importance. Il n’est là que pour capturer, à l’aide de ces miroirs, votre regard quand je vous déflorerai. Il l’emprisonnera dans cette fiole ainsi je pourrai vous remettre le philtre d’amour que vous me suppliâtes, tantôt, de vous confectionner.
– Ce n’est pas tant sa présence qui m’importune, mais vous et moi, prince et princesse de sang royal, nus comme au premier jour devant ce valet habillé de pied en cap…
– S’il n’y a que cela pour défroisser votre joli minois et chasser cet air chagrin… Allons, mon brave, ne nous fais pas languir !
Lucas se dévêt.
– Oh ! Mais il est noir des pieds à la tête ? Je serais bien curieuse…
– Approche, approche, mon brave, montre à Madame ce qu’elle cherche à voir ! Qu’en pensez-vous, ma mie ? Ressemble-t-il à l’une de vos statues oniriques ?
– Point de statue de dieux maures ou nègres, mais si cela devait advenir lors d’un prochain rêve… Approche, approche… Ô, mon Prince, m’autorisez-vous tant que je suis encore pucelle, à me régaler de ce membre massif comme sculpté d’ébène ?
– Que pourrais-je refuser à celle qui m’offre de son philtre d’amour plus que la moitié ?
– Que ce membre est superbe et ces bourses réactives ! Regardez comme elles recherchent mes caresses et comme ensuite son membre se dresse ! Penche-toi, mon brave et montre-moi ton habileté à honorer ma bouche de Princesse.
Lucas s’approche de Manon, il lui baise la bouche. Grâce à un savant jeu de miroirs, le Prince et la Princesse peuvent profiter du spectacle. D’un geste de la main, Manon le congédie.
– Laisse-moi découvrir tous tes reliefs du bout de ma langue agile
Manon le suce avec passion puis, s’estimant prête, demande à Lucas de reprendre sa place auprès du guéridon. Le Prince la déflore, mais l’éclair dure plus longtemps qu’une étincelle. Lucas pensant avoir capturé l’intégralité du regard, a légèrement bougé et les trois ont été brièvement éclaboussés du reflet de cet instant. Manon en pleine extase psalmodie « Je me meurs, je me meurs ! » Le Prince rabroue son valet. « Elle se meurt, offre-lui les sucs de ton vit afin de la ramener à la vie ! »
Lucas s’exécute et comme plus tôt, offre la scène aux regards attentifs du Prince et de la Princesse. La vue du sexe de son serviteur baisant la bouche de la Princesse, transforme en fougue animale ce qu’il pensait être un dépucelage accort.
Enzo mord Manon avant de jouir, Manon jouit une fois encore, mais son cri est étouffé par le sexe de Lucas, qui jouit au fond de sa gorge peu après.
Le rideau se referme. Pauline, la conférencière, revient au milieu de la scène pour nous conter la morale de l’histoire.
– Ce que ce coquin de Jimmy ignorait, ce dont lui et sa princesse se moquent si souvent…
Pauline traduit et laisse encore planer le souffle du suspens.
– Ce que ce coquin de Jimmy et sa Princesse n’ont toujours pas compris, c’est que les signes du destin existent et qu’il faut savoir les reconnaître quand ils croisent notre chemin.
Jim et quelques autres, dont Cathy, approuvent bruyamment.
– Laquelle, lequel d’entre vous oserait prétendre que ce ne sont que les fruits du hasard quand tant de coïncidences coïncident ? Odette qui change de tenue au dernier moment et rate son bus. Le fait que personne ne puisse remarquer qu’elle ne sera pas là où elle est censée être. Jimmy qui s’entête à chercher l’appoint chez le kiosquier alors qu’il ne le fait jamais. Cet entêtement qui lui fait, lui aussi, rater son bus. Sa montre-gousset qu’il a dû, le jour-même, laisser chez l’horloger qui, le temps de la réparation, lui a prêté une montre bracelet. Cette même montre sur laquelle se reflète le soleil, indiquant à Odette que c’est l’homme idéal au bon moment. Et ces clients qui se décommandent au dernier moment, permettant à Jimmy d’offrir à Odette leur premier dîner-croisière sur la Seine.
Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’il s’agit de signes du destin ! Et si ce coquin de Jimmy, au lieu de s’amuser avec ses poilus, s’était donné la peine d’explorer toutes les cachettes du secrétaire, il y aurait trouvé cette anecdote consignée au cœur d’un carnet. Il aurait alors reconnu la scène alors qu’il la reproduisait avec Odette, soixante-treize mille quarante-huit jours plus tard, heure pour heure, minute pour minute.
Pauline traduit son propos, d’un geste invite Vincent à la rejoindre. Elle en français, lui en anglais expliquent alors que c’est ainsi que leur avait expliqué Mireille, leur grand-mère dont ils viennent, avec fierté, d’interpréter cette nouvelle saynète. Remue-ménage en coulisses, protestations bruyantes, Lucas, Émilie, Manon et Enzo envahissent le plateau. Lucas prend la parole, Émilie traduit. Elle a omis de vous raconter la fin de l’histoire ! Semblant prendre conscience de sa bévue, Pauline s’en excuse et poursuit, traduisant phrase après phrase.
– Si ce coquin de Jimmy avait lu le carnet, il aurait eu le fin mot de l’histoire. En léchant son doigt, le serviteur a bu une partie du philtre. En donnant ses doigts à sucer tout en embrassant la Princesse avec fougue, le Prince leur en avait aussi fait ingérer. Quant à l’autre composant, l’éclat du regard d’une pucelle se faisant déflorer, souvenez-vous, le serviteur les en avait brièvement aspergés. Ce qui eut pour conséquence de les unir à tout jamais, à travers le temps, à travers l’espace.
Est-ce par hasard que deux cents ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute, ce coquin de Jimmy pense faire une blague à Odette en croyant inventer cette histoire rocambolesque de philtre d’amour ? Est-ce par hasard qu’il reproduit les gestes de son illustre prédécesseur, dans les mêmes lieux, sur ce sofa précis, en usant des mêmes mots ? Est-ce encore qu’une simple coïncidence l’idée d’Odette qui pour se faire taquine évoque le regard d’une pucelle se faisant déflorer comme le second ingrédient dudit philtre ? N’y voyez-vous que le fruit du hasard, quand le premier surnom qui nous vienne à l’esprit en songeant à Odette soit Princesse ?
Mais, me direz-vous, où se trouvait le serviteur en 1967 ? Les temps ont heureusement bien changé. Cependant, tels des cailloux blancs, les signes du destin ont indiqué le chemin à nos deux pragmatiques, ils les ont menés aux antipodes où le troisième larron s’était caché. Et c’est tous en chœur que nous lui affirmons : Welcome home, Jim O’Malley !