Odette&Jimmy – La première fois d’Odette

Même si papa et maman étaient bien plus tolérants que la plupart des parents de cette époque, même s’ils nous ont offert une éducation moderne, par exemple, s’ils nous criaient dessus ou nous menaçaient de terribles sanctions, je ne me souviens pas les avoir vus lever la main sur leurs enfants, j’étais une fille, ne sortais pas le soir et découchais encore moins. Je n’en aurais certainement pas eu le temps, parce que même si ça n’apparaît pas dans le récit de Jimmy, j’étais surtout concentrée sur mes études. Je voulais être au minimum à la hauteur de Martial, voire le surpasser et pour y parvenir je devais fournir un travail énorme.

Cette semaine-là, exceptionnellement, nous n’avions pas cours le samedi. Le vendredi matin, une de mes amies arriva le feu aux joues. Ses parents l’autorisaient à organiser une soirée pyjama le soir-même. J’étais la seule à ne pas pouvoir donner ma réponse. La seule dont les deux parents travaillaient par conséquent, la seule à ne pas déjeuner chez elle. Aucune d’entre nous n’avait le téléphone. Je me résignais à ne pas participer à cette soirée, mais mon amie me rassura. Il y en aurait d’autres et savait-on jamais, peut-être obtiendrais-je l’autorisation ? Dans ce cas, je n’aurais qu’à venir « comme ça, sans chichis ».

De retour à la maison, j’attendais maman en écoutant le tic-tac de mon réveil « Tic, elle dira oui – Tac, elle dira non ». Tic-tac tic-tac. Je pris conscience de son arrivée quand elle toqua à la porte de ma chambre « Tu es rentrée, ma Dédette ? ». Je bondis du lit pour lui poser la question elle eut un grand sourire « Mais bien sûr ! Tu as bien le droit de t’amuser un peu ! »

Ma petite valisette à la main, j’allais sortir quand elle me conseilla de porter la jolie robe qu’elle m’avait confectionnée peu avant. C’est parce que j’ai suivi son conseil que j’ai perdu du temps, que j’ai raté mon bus et que j’ai dû monter dans le suivant. Mais je n’avais rien prémédité du tout et fus tout aussi surprise que lui de le croiser dans le bus !

Jimmy devait descendre deux arrêts avant moi. J’étais sûre qu’il me baratinait en m’affirmant qu’il passerait la soirée tout seul dans sa petite chambre. J’aurais mis ma main au feu qu’une créature de rêve l’attendait déjà dans sa garçonnière ou l’y rejoindrait plus tard. Il s’est levé, un rayon de soleil s’est reflété sur le bracelet de sa montre.

La seule question que j’avais osé poser à maman à propos du sexe avait été « Comment savoir si c’est le bon garçon ? Si c’est le bon moment ? », elle m’avait répondu en m’empoignant le ventre « Pour ça, fais confiance à tes tripes ! »

Le bus s’est arrêté. Les portes se sont ouvertes. Jimmy est descendu. J’ai fait confiance à mes tripes. Et j’ai bien fait !

Quand je lis le récit de Jimmy, j’ai l’impression que j’étais à l’aise, mais ce n’était pas du tout le cas. On a eu le temps de boire un verre avant que j’ose me lâcher. Je m’en souviens parce que j’avais peur de me pisser dessus et que j’avais honte à l’idée de me lever pour aller aux toilettes. Je me répétais sans cesse « Te pisse pas dessus ! Te pisse pas dessus ! ». La trouille était l’unique raison de cette envie pressante puisqu’elle a disparu dès mes premiers mots, dès que j’ai su qu’il n’allait pas me gifler en m’insultant.

Je n’ai pas menti à Jimmy. Si l’on excepte nos questionnements, nos certitudes, nos craintes et nos espoirs quant aux sujets qui allaient tomber fin juin, les conversations avec mes amies ne tournaient qu’autour du dépucelage et de ses désagréments. Je savais au fond de moi que la méconnaissance, l’ignorance des mecs qui les avaient dépucelées en étaient la cause. Je n’aurais jamais posé la question à ma mère, du haut de mes dix-sept ans, j’estimais qu’elle ignorait tout du plaisir, mais surtout, je ne l’imaginais pas faisant l’amour.

Arrivés dans la chambre de Jimmy, je fus un peu déçue, je m’étais imaginé des murs recouverts de photos de pin-up. Sur un des murs, il y avait une grande carte d’État-Major où étaient punaisés plein de petits drapeaux, la photo d’un village en ruines, au-dessus du bureau un cadre avec une photo de sa famille à Paradou et sur le bureau la photo, prise pendant leur service, où il encadre Martial avec Jean-Luc. Son lit était loin d’être celui d’un serial-lover, étroit, tout en ferraille, sorti tout droit d’un surplus de l’armée ! Mais il est vrai qu’un lit plus large lui aurait interdit d’installer son bureau.

Jimmy se tenait là, planté comme un benêt, j’avais peur qu’il réfléchisse et renonce. Je savais qu’il ne me cafterait pas, mais je sentais le désir s’emparer de moi et je ne savais qu’en faire. Je connaissais la photo sur le bureau, Martial avait la même, mais je me surpris à la regarder attentivement, à l’observer, cherchant à deviner le corps de Jimmy sous cette chemisette militaire qui semblait si cool portée ainsi, légèrement débraillée. Soudain, un flash « Si ça se trouve, c’est à moi de commencer… je dois me déshabiller ou le laisser faire ? À quoi on sait que ça a commencé ? ». Je lui ai posé la question, il m’a demandé de remettre ma gabardine et de prendre ma petite valise.

Je ne sais pas pourquoi, dans son récit, Jimmy me présente comme une ingénue allumeuse, la vérité c’est que c’était lui l’allumeur ! Par exemple, quand dans le métro, il m’a parlé d’ordre de bataille, de solution de repli, je lui ai certes demandé d’oublier ses études pour la soirée, mais l’éclat de notre regard était dû à sa caresse sous ma robe, sur ma cuisse « À vos ordres, Princesse ! ».

Sur le bateau mouche, quand je me suis penchée, j’ai bien remarqué son regard plongeant, mais quand il m’a dit « Tes seins damneraient tous les Saints », si j’ai tiqué et lui ai répondu « Tu ne les as pas vus » c’est parce que je pensais que le mot « seins » s’appliquait à une femme adulte et que pour les nanas de mon âge, il était plus correct d’employer le mot « nichons ».

Pendant tout le repas, on s’est amusés à se chauffer l’un l’autre. Il est vrai que j’avais remarqué un supplément de lumière dans l’éclat de ses yeux quand je prenais un ton candide, que j’aimais tout particulièrement ça, ainsi que le trouble du serveur que je faisais semblant de ne pas remarquer.

Jimmy m’a demandé de lui raconter mes rêves, mes lectures. J’avais été très déçue par celle de « J’irai cracher sur vos tombes ». À peine quelques lignes très allégoriques qui ne répondaient à aucune de mes interrogations. De ce roman, j’avais préféré tout ce qui avait trait aux problèmes raciaux des États-Unis, à la violence de cette société issue de l’esclavage et de l’oppression. Jimmy me conseilla de lire « Les morts ont tous la même peau » du même Boris Vian alias Vernon Sullivan et me précisa même que je pourrai l’emprunter à Martial. L’éclat particulier illumina de nouveau son regard.

– Et tu n’as jamais lu d’autres textes ? Ho ho ! Si ma question te fait rougir, ce n’est pas la peine de te cacher sous la table !

Je ne me cachais pas, j’attrapais ma valise que je posai sur mes genoux avant de l’ouvrir et d’en sortir un polycopié dont j’avais prévu de faire une lecture pendant la soirée-pyjama. Je ne sais plus comment il était en ma possession, je ne savais pas qui l’avait écrit, ni à quelle époque, tout ce que je savais c’est que sa lecture m’excitait particulièrement et que j’étais fière à l’idée d’en remontrer à mes amies qui certes n’étaient plus vierges, mais n’avaient jamais rien lu d’aussi cochon. Mes mains tremblaient un peu quand je le lui tendis « Voilà. J’espère ne pas trop te choquer. » Je crus bon d’ajouter « Mais ce texte n’est pas de moi ! » Jimmy a lu les premiers mots, a souri « Tant mieux, je préfère Odette à Anaïs ! » avant de me donner ma première leçon de littérature érotique et de m’apprendre que le vrai spécialiste en la matière était… mon propre père !

Pour en revenir au serveur du bateau-mouche, Jimmy a oublié de raconter comment il avait fait déborder mon verre quand il m’expliquait la différence entre un cunni décrit par Anaïs Nin et la façon dont ils sont décrits dans « les mémoires de Fanny Hill ». J’avais ouvert de grands yeux en demandant d’une petite voix « C’est quoi un cunni ? » et devant son silence « Si c’est trop compliqué à expliquer avec des mots, tu voudras bien me montrer ? »

Quand j’ai vu que je n’avais que 50 centimes à lui laisser en pourboire, je lui ai dit « J’aurais aimé avoir plus d’argent. Je n’oublierai jamais cette soirée, je ne vous oublierai jamais, mais nous nous effacerons de votre mémoire en quelques jours… et c’est pas avec 50 centimes… » Il m’a répondu « Rassurez-vous, je n’oublierai pas cette soirée de sitôt, je ne vous oublierai pas non plus ! » et il a serré chaleureusement les mains de Jimmy.

Avant le passage du photographe, quand j’ai senti le sexe de Jimmy à travers le tissu, j’ai été traversée par une multitude de piqûres de désir, de la paume de ma main jusqu’aux aréoles de mes seins et quand il a bandé plus fort, la sensation a envahi tout mon ventre.

Nous avons fait le chemin à pied jusqu’à cet hôtel particulier. J’aimais sentir l’excitation bouillir en moi. Quand Jimmy m’a pris la main et qu’il ne l’a plus lâchée, je me suis sentie devenir femme. Il était le premier à me tenir par la main dans la rue et pis quoi… c’était plus un gamin ! Libéré des obligations militaires après un sursis et un service en tant que coopérant ! Un homme quoi ! Et quand il a ouvert les grilles… ! Il aurait pu faire ce qu’il aurait voulu, même renoncer, j’aurais été comblée quand même !

Dans son récit Jimmy décrit la fin de la soirée comme si tout s’était déroulé avec naturel, aisance. Les ans ont embelli ses souvenirs. La réalité c’est que j’étais vibrionnante et surtout inquiète. Trois heures plus tôt, Jimmy n’était qu’un ami de mon frère aîné, à cet instant, je bouillais de désir pour lui alors que ça n’avait jamais été le cas auparavant. J’avais besoin qu’il prenne tout son temps avec moi, mais je redoutais de voir disparaître cet état dans lequel je me trouvais si bien.

J’aimais sentir la chaleur de son corps sous sa chemise, j’aimais respirer son odeur et je m’imaginais avec délice le premier contact de ma bouche sur son torse. Avec le recul, je constate, étonnée, que je n’imaginais pas le contact de sa bouche sur ma poitrine, mais alors pas du tout. J’avais un homme dans mes bras, un homme que je sentais bander, ce qui me mettait dans un état d’excitation incroyable.

Je me sentais extraordinairement forte, puissante. Il était là, tout contre moi, plein de désir, parce que je le lui avais demandé. Je n’avais que 17 ans, aucun garçon ne m’avait jamais draguée, aucun ne m’avait jamais invitée à danser un slow, ni même invitée dans une boum et un homme de 23 ans, presque 24, me tenait serrée contre lui, me disait à quel point il me désirait, allait me dépuceler et m’en remerciait ! Je sentais une force inouïe m’envahir à cette idée.

Ce subtil mélange d’ardeur et de relative lenteur ne faisait qu’accroître mon désir pour lui. Notre premier baiser m’a surprise parce que je ne pensais pas avoir autant de salive dans ma bouche et j’ai craint que ça ne lui déplaise.

Tous ces fluides me perturbaient. La bave, c’est sale, ma bouche en était pleine, mais ça plaisait à Jimmy qui me le faisait savoir. Les picotements au niveau de mes aréoles s’intensifiaient, devenant presque désagréables. Je ne portais pas de soutien-gorge sous cette robe que maman m’avait cousue. Elle l’avait conçue de façon que je n’en aie pas besoin pour soutenir ma jeune poitrine. De fait, je ne comprenais pas cette sensation de lourdeur qui s’ajoutait aux picotements, mais je savais avec certitude que les caresses de Jimmy les apaiseraient.

Quand il se dévêtit, que je vis pour la première fois un sexe d’homme dressé, je suis restée bouche bée devant tant de beauté. J’en voulais à mort à mes amies qui décrivaient une espèce de trompe immonde alors que j’étais face à une œuvre d’art. Jimmy me laissa l’approcher, la toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, jouer avec. D’instinct, nous avions compris la nécessité de cette phase ludique pour dédramatiser la situation et ne garder que la légèreté d’une nuit de plaisir total, sans honte ni tabou.

Néanmoins, je luttais contre cet afflux de salive en déglutissant. Jimmy le remarqua et me conseilla d’arrêter de le faire au moment où je lui parlai de mon rêve de statue.

Quand il voulut caresser mon sexe, je maudis une nouvelle fois ces fluides, que les filles de mon entourage nommaient « faux sperme » ou « mauvais sperme ». Il fallait l’essuyer au plus vite « dehors comme dedans », discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon s’en aperçoive. Les garçons n’aimaient ni son odeur, ni sa texture et il se disait que ça nuisait à la fécondité en tuant les spermatos, d’où son nom de « faux sperme ». Je n’en rajoute pas, c’était le genre de légendes urbaines qui couraient dans mon lycée, à l’époque des blouses et de la non-mixité.

Jimmy riait, mais je ne m’en vexai pas, parce qu’il me confortait dans mon idée de l’avoir choisi lui pour ma première fois.

– Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

– Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

– Ah bon ? Et pourquoi ?

– Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

– Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Comme il venait de me le conseiller, je restai attentive à mes sensations tandis que son doigt me pénétrait. Sur le bateau-mouche, je lui avais demandé de tout m’expliquer au fur et à mesure, à répondre à la moindre de mes questions avec franchise, à en rire tout en les prenant au sérieux. Je savais déjà que peu de jeunes filles connaîtraient le luxe d’un tel dépucelage. Je lui en étais reconnaissante, mais quand je le lui dis, plus tard dans la nuit, il me répondit « Mesures-tu la chance que c’est pour un mec de dépuceler une nana comme toi ? Mesures-tu l’honneur que tu m’as fait, Princesse ? »

Le doigt de Jimmy s’enfonçait doucement en moi. « Sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ? » Tous mes picotements ont fusionné, convergé jusqu’au plus profond de moi. Mes cuisses se sont serrées autour de sa main, emprisonnant son doigt au creux de mon vagin.

J’avais franchi une première frontière, je le devais à Jimmy. Jimmy qui m’appelait Princesse et se comportait en parfait chevalier, en seigneur. Quand il put sortir son doigt humide, il prit sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent. Sa voix de conteur cévenol, comme je dis. Ce qui le fait râler. Pourquoi « cévenol » ? Parce que ça le fait râler, pardi !

– À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

– Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

– Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt du vicomte « la première jouissance d’une pucelle » avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

Je n’en revenais pas !

– C’est vrai ?!

– Non, mais ça devrait !

Nous éclatâmes de rire. Jimmy était ravi de m’avoir fait marcher aussi facilement et je l’étais qu’il ait eu l’idée d’improviser cette blague à cet instant précis.

Je pris sa main, la remis entre mes cuisses, son doigt et un ami retrouvèrent leur place dans mon vagin. Le fou-rire qui nous secouait augmentait mon excitation.

– Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

– Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

– Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

J’ouvris les paupières à grand peine.

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

– Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

– Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou tu es en train de juter ?

De la pulpe de mon pouce, je caressai son gland et y étalai ce lubrifiant naturel, comme le nommait Jimmy.

– Ta bite est encore plus douce, comme ça…

Jimmy me prit dans ses bras, tout en s’excusant, se dirigea vers la chambre, m’allongea au travers du lit.

– Qui t’a parlé de bite ? Tu vas voir comme ma grosse verge va te faire jouir, Princesse !

Il écarta mes lèvres, me décrivit la beauté de mes replis, les différentes couleurs, s’extasia que l’entrée de mon vagin soit de ce rose précis. Je fermai les yeux pour m’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononçait.

– Ouvre tes yeux, Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai.

Je les ouvris.

– Non ! N’arrête pas ! Continue !

– Continuer quoi ?

– Tu le sais bien…

– Je veux te l’entendre dire, Princesse !

– Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

– Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

– Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

Ne trouvant pas les mots, j’écartai outrageusement mes cuisses, projetai mon bassin en avant, vers le plafond, écartai à la limite de la douleur mes petites lèvres.

– J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre plus longtemps. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

– Exactement, Princesse, exactement !

Il me pénétra avec une prévenance incroyable, ses yeux plongés dans les miens qui observaient sa bouche. Je m’étonnais de constater à quel point ses lèvres étaient gonflées, d’un rose plus profond qu’à l’ordinaire. L’espace et le temps semblaient s’être figés autour de nous, seuls nos corps bougeaient en rythme.

– Tout va bien, Princesse ? Je n’entends pas ce que tu dis…

Je n’ai pas osé lui dire que les seuls mots que j’avais en tête, ceux que je psalmodiais étaient « Je t’aime », parce qu’il se serait mépris. Ce « Je t’aime » répétitif, lui était autant destiné qu’il me l’était, qu’il l’était à ces heures merveilleuses et inattendues, au plaisir que je prenais à sentir le sexe de Jimmy coulisser en moi.

– C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

– Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

– Tu pourrais sortir de ma…

– De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

– Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

– La p’tite bosse ? Ça ?

– Oh oui ! Tu me la montreras ?

– Je n’y manquerais pas, ma Princesse !

J’aimais le guider, le savoir à l’écoute de mon désir, savoir qu’en exprimant mon désir, j’augmentais le sien… J’aimais quand il allait plus fort, plus vite, plus profond, j’aimais guetter le froncement de ses sourcils, ses rictus qui m’indiquaient la réciprocité de notre plaisir. Et plus j’en prenais conscience, plus les mots me venaient aisément, plus mon plaisir augmentait. J’aimais ce frisson qui me parcourait quand j’employais des termes grossiers, quand Jimmy faisait de même.

Juste avant que je jouisse, alors que je sentais son sexe grossir et durcir en moi, alors qu’il venait de m’embrasser une nouvelle fois, j’agrippai ses lèvres avec mes dents. Il m’interrogea du regard. Je penchai ma tête vers mon épaule. Les yeux de Jimmy s’écarquillèrent, je sentis la chair de poule se répandre sur tout son corps. Sa bouche plongea vers mon épaule, ses dents déchirèrent ma peau et je me sentis femme. En me mordant, il avait retrouvé toute sa vigueur. Je ne pouvais que lui dire, merci, merci, merci. Je l’embrassai avec une passion jusque-là inconnue.

Ainsi qu’il le raconte après ce premier orgasme décuplé par sa morsure, il se retira de moi, malgré mes plaintes, mes supplications « Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… on bougera pas si tu préfères… reste… s’te plaît ! ». Jimmy refusa de m’écouter, quand il fut sorti, je me plaignis « Tu vois… par ta faute… je me sens toute vide maintenant ! » Je n’obtins pas l’effet escompté, au lieu de céder à ma supplique, il se contenta d’en rire.

Je cessai de me plaindre quand mon regard tomba sur son sexe luisant ce qui rendait ses reliefs encore plus saillants. J’aurais égorgé Martial si Jimmy l’avait exigé pour me permettre d’observer, de toucher, de taquiner, de lécher ce trésor qui se dressait contre son ventre d’homme. Une chance pour mon frère, je n’eus pas à en arriver à de telles extrémités.

– Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?

– Que tu me montres comment se branlent les garçons, que tu me dises encore des trucs cochons, mais des trucs cochons que tu penserais vraiment.

– Princesse, les garçons ne se branlent pas tous de la même façon ! Je ne peux te montrer que comment je me branle… regarde, regarde bien, Princesse, comme un gueux se branle quand il te regarde, quand il remarque la trace de ses dents sur ta peau, qu’il voit tes magnifiques seins aux tétons durcis, tendus appelant mes baisers…

– Tes morsures… continue…

– Penche-toi en avant, regarde, ta chatte dégoulinante de mon foutre est en elle-même bandante, mais en regardant ta toison maculée de mon sperme, je me souviens de ce que nous avons fait pour en… Ne te penche pas autant… C’est quoi ce regard ?

– S’il te plaît…

– S’il te plaît quoi ?

– Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Jimmy me sourit, écarta ses doigts et me désigna le renflement à la base de son gland. Même si ça peut sembler mensonger, je voulais réellement comprendre pourquoi et comment le passage de ce bourrelet à l’entrée de mon vagin pouvait me procurer autant de plaisir. Jimmy avait été formel, il ne me pénétrerait plus avant quelques heures, afin que ma petite chatte fraîchement déflorée ne soit pas irritée. Jimmy tenait vraiment à ce qu’aucun nuage ne vienne ternir ma première fois.

Comment aurais-je pu faire autrement que le lui dire ? Et en lui posant la question, la solution m’est apparue. Quel bonheur que l’entendre gémir, me guider de ses mots crus teintés de mots d’amour, d’encouragements… Quand, j’ai changé de position, que sans cesser de chercher comprendre la magie de sa p’tite bosse avec ma bouche, j’offris mon corps à ses caresses, mais que d’une main ferme, j’ai attrapé la sienne pour qu’il se branle encore, Jimmy a soupiré « T’es une reine, Princesse ! »

Nous étions recroquevillés tête-bêche, je ne me lassai pas de sucer, de lécher, de téter le sexe de Jimmy qui arrêtait par moment de se branler et m’enjoignait à l’avaler un peu plus « Continue ce que tu fais avec ta langue… oui… oh, mais tu suces comme si tu aimais ça, Princesse ! Descessa de rire, tu vas finir par me la mordre ! »

Si mon initiation au cunni eut lieu plus tard dans la nuit, c’est parce que j’avais exigé qu’il me guidât de ses mots pendant ma première pipe. Sa main gauche courait sur mon corps, jouait avec les poils de ma toison, caressait mon ventre, glissait vers mes fesses, mes cuisses, mes fesses, mes seins, mon ventre, mon pubis, un peu plus bas encore « Non, je ne rentrerai pas ! », un éclair de plaisir fulgurant et presque douloureux. « Tu vois, comme ton clitoris est sensible ? ». Mon corps cherchait à se frotter contre son avant-bras. Tout en commentant, Jimmy m’encourageait, se félicitait d’avoir cherché l’appoint chez le kiosquier, d’avoir pris le bus suivant, de m’y avoir trouvée. Ses doigts lissaient ma toison pubienne, ils jouaient avec mes poils, je sentais mon clitoris tout gonflé… cette vague que je commençais à connaître semblait vouloir me submerger à nouveau… La bouche pleine de la queue de Jimmy, je criai « Mords-moi ! » tout en plaquant mon corps contre sa bouche. Ses dents lacérèrent ma cuisse, j’étais au Paradis.

Je ne sais pas combien de fois je jouis cette nuit-là, mais mon corps était parsemé de morsures plus ou moins profondes. En les comptant, je ne pus m’empêcher d’en remercier Jimmy.

– À chaque fois que tes dents ont transpercé ma peau, je me suis senti devenir femme.

– À chaque fois que tu t’offrais à ma morsure, tu faisais de moi un homme. Un vrai. Fier et invincible. Encore une « première fois » à ajouter à notre liste, Princesse ! Tu as fait de moi un homme bien plus puissant que tous les dieux réunis… et si j’exagère, je n’en ai pas l’impression !

Aussi étrange que cela puisse paraître, je n’ai jamais douté du sérieux et de la sincérité de son propos.

Il était convenu que je rentrerai le samedi dans la matinée. Jimmy me raccompagna peu après quinze heures. Je pensais subir le courroux parental, il n’en fut rien. Je me précipitai dans ma chambre afin de me changer. Quand Jimmy vint déjeuner, le dimanche suivant, que je le complimentai sur sa bonne mine, que maman lui apprit que depuis mon retour, j’étais d’une grande insolence, il eut un sursaut de surprise.

– Odette n’est pas folle, enfin pas plus que la semaine dernière, seulement voilà… lors de sa soirée-pyjama, elle et ses copines ont eu l’idée d’un concours de suçons, qu’elle refuse de montrer, même à moi, sa mère… C’est la raison de ce pull à col roulé et de ce pantalon alors qu’il fait une chaleur à crever !

Martial et mon père se moquèrent de moi, j’encourageai Jimmy à les imiter puisque tel était mon sort depuis mon retour.

– Je m’en voudrais de gâcher le souvenir d’une soirée qui me semble t’avoir bien plu, en le salissant avec des plaisanteries de mauvais aloi !

– Merci, Jimmy ! Toi, tu comprends les filles, au moins !

Après cette nuit, Jimmy et moi avons tenu parole, notre relation est redevenue telle qu’avant. Il était l’ami de mon grand frère, j’étais la petite sœur de son ami. Nous nous entendions tous très bien, mais il m’a fallu plusieurs années avant oser lui demander s’il en avait parlé à Martial ou à Jean-Luc. J’ai été agréablement surprise d’apprendre qu’il leur avait tout raconté dès les jours suivants. Aucun d’entre eux n’y avait jamais fait allusion, ni en paroles, ni en clins d’yeux grivois ou en sourires convenus.

En revanche, quelques semaines plus tard, papa et maman avaient décidé de poser un nouveau papier peint dans leur chambre et avaient demandé « aux gamins » de les aider en vidant la pièce de ses meubles, de ses rideaux et autres ornements, puisque nous étions en vacances et qu’eux prenaient les leurs au mois d’août et par conséquent, travaillaient.

Martial, perché sur le lit, décrochait avec grand soin l’énorme cadre qui le surplombait. Le cadre pesait des tonnes, la vitre en verre épais protégeait un portrait très daté, les représentant de 3/4, le regard au loin. Pour éviter tout risque d’accident, nous avions formé une chaîne, Martial sur le lit décrocherait le portrait, le tendrait à Jean-Luc au pied du lit, qui le passerait à Jimmy, lequel poserait le cadre sur la table où je serai chargée de le dépoussiérer.

En le décrochant et avant de le tendre à Jean-Luc, Martial ne put s’empêcher de lire à voix haute, la citation de Saint-Exupéry que papa avait calligraphiée sur la Marie-Louise « L’amour ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Je pouffai discrètement. Surpris, Jimmy m’interrogea du regard. Je lui répondis malicieusement et à mi-voix « La levrette aussi ! » Il sourit. Un éclair illumina son regard. Le mien comprit et glissa le long de son corps. Quand je constatai qu’il bandait, je me précipitai dans ma chambre, en tirai le verrou, m’adossai à la porte, baissai mon short et ma culotte, me masturbai frénétiquement en repensant à son corps contre le mien, à son corps sous mes baisers, à mon corps sous ses caresses, à son corps sous les miennes, à mon corps sous ses baisers, à nos corps imbriqués, à nos bouches siamoises, à nos langues emmêlées et enfin, enfin à ses dents déchirant ma peau, au bruit de ma peau cédant sous ses dents, au goût métallique de son prochain baiser, cette divine morsure dont le souvenir déclencha un orgasme puissant.

Quand Odette entretenait des rapports de bon voisinage

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Merci pour le chocolat ! (Compte-rendu de la 2ème séance pré-intronisation)

Le 25 avril 2019

1 – La convocation

Manon est venue nous chercher, pour que nous servions de juges dans un litige sur un point capital, litige qui opposait Lucas et Émilie. Nous cherchions du regard de quoi nous vêtir quand elle a chantonné « Come as U are » à la façon de la pub McDo, ce que Jimmy et le Balafré lui ont reproché. Manon a éclaté de rire, les a regardés « Ah… j’avais oublié… toi, t’es plus branché “L’été s’ra chaud” ! » en effectuant une chorégraphie que d’aucuns qualifieraient de ridicule, mais que je défendrais avec toute la mauvaise foi requise par de longues années d’amitié. Certains ont ri avec Manon, mais d’autres se sont montrés solidaires envers Jimmy.

Madame gloussa comme un dindon en traversant la cour. Elle avait enfilé à la hâte un déshabillé soyeux et les regards concupiscents du Notaire et du Bavard l’avaient poussée à laisser échapper ce cri ridicule. Nous étions légèrement vêtus, mais aucun d’entre nous n’était nu.

En effet, l’heure était grave, le motif du litige d’importance. Qui d’Émilie ou de Lucas préparait le vrai, l’unique chocolat ? Tous les regards se portaient sur nous, les anciens, nous qui savions, nous qui avions dégusté à maintes reprises celui que préparait Louise, nous qui en connaissions la recette, nous qui serions en capacité de trancher et pouvoir ainsi clore définitivement le débat.

Nous prenions notre rôle de jury très à cœur, nous penchant en avant pour mieux confronter nos impressions. Jimmy rendit sa sentence.

– Pour ce qui est du goût, le chocolat préparé par Lucas est incontestablement le plus proche de la recette originale de Louise. Mais le meilleur est celui préparé par Émilie, qui a suivi la recette d’Odette, la version gourmande de celle de Louise.

– Tu… tu connais le goût… d’Odette ?

– On peut dire ça comme ça, en effet !

– Mais non ! Tu vois ce que je veux dire… tu connais le goût du chocolat de mémé Dédette ?

– Oui. Aussi. Mais, pitié, appelle-la plutôt Odette !

– Quoi ? Quoi ? Quoi ? Que cache ce “Aussi” ?

Émilie a sursauté, Jimmy a ri en reprochant au Balafré et à Monique d’avoir trop affûté l’esprit de la petite Manon.

2 – Le récit de Jimmy

Après mon service, j’ai vécu quelques années à Paris. Martial m’invitait souvent à partager leur repas avant de passer la soirée dans sa chambre, à refaire le monde, à boire et à fumer, à écouter de la musique, à nous raconter nos exploits, nos conquêtes réelles ou fantasmées, à nous préparer à sortir en boîte…

Un soir, alors que je revenais de la bibliothèque universitaire, je croisai Odette dans le bus, une surprenante valisette à la main. Je lui demandai où elle allait. Toute excitée, elle m’expliqua qu’une de ses copines organisait une boum et qu’elle avait obtenu à la dernière minute, l’autorisation d’y rester dormir. Ni ses parents ni ceux de sa copine ne possédaient le téléphone, la surprise que sa venue allait lui faire était pour beaucoup dans l’excitation d’Odette. Nous devisions joyeusement, elle trouvait amusant que ce soit à mon tour de passer une soirée studieuse et solitaire.

Je descendis à mon arrêt, me retournai pour lui faire un signe de la main, quand je constatai qu’elle était descendue à ma suite. « Est-ce que je pourrais te demander de me rendre un service ? » À son regard inquiet, je compris que ce n’était pas le genre de service qu’on pouvait demander incidemment au coin d’une rue, fut-elle animée. Supposant qu’elle allait m’avouer qu’elle passerait la soirée et la nuit, non pas chez une copine, mais avec son petit ami, n’osant pas lui proposer de monter dans ma garçonnière, je lui offrais d’en parler autour d’un verre.

– Jure-moi de garder le silence sur ce que je vais te demander. J’ai des copines qui ont déjà couché… elles disent que la première fois, c’est toujours nul, qu’il faut en passer par là, ça ne fait pas toujours mal, mais ça n’est jamais agréable la première fois. Mais moi, je suis sûre que c’est parce que les mecs étaient puceaux eux aussi. Alors, je me demandais… est-ce que tu voudrais me dépuceler, en t’appliquant pour que j’en garde un bon souvenir ?

Abasourdi, je regardai tout autour de moi, effrayé à l’idée que quelqu’un ait pu entendre ses mots. Presque aussitôt, je réalisai que personne ne nous connaissait, que personne ne savait qu’elle était la petite sœur de mon meilleur ami. Pour tous ces gens, nous étions un couple d’amoureux et c’est ainsi que j’acceptai sa proposition, à condition toutefois, de pouvoir en parler librement à Martial si j’en éprouvais le besoin. J’insistai sur ma volonté que les heures qui allaient suivre ne changent en rien les rapports que j’entretenais avec elle. Odette me tendit son petit doigt recourbé afin que j’y accroche le mien, sa façon toute adolescente de « toper là ».

Arrivés chez moi, Odette se tint debout au beau milieu de la pièce, semblant chercher quelque chose du regard, elle respirait à pleins poumons comme pour s’imprégner de l’air ambiant.

Je ne veux rien oublier de cette soirée ! Euh… je me déshabille ou tu me déshabilles ?

Son sourire coquin et son regard mi-effronté, mi-craintif me firent l’effet d’une gifle. Je m’ébrouai comme on cherche sa lucidité et lui annonçai un changement de programme.

– Non, Odette. Non. Pas ici. Pas comme ça. Pas maintenant. Remets ta gabardine, prends ta petite valise et suis-moi !

– Tu… tu me ramènes chez moi ?

– Sauf si tu y tiens, mais… quant à moi… À nana exceptionnelle, il faut une ambiance et un cadre exceptionnels ! Vérifions tout d’abord si nous avons de la chance…

En chemin, je lui expliquai mon plan de bataille et les solutions de repli. J’avais fait exprès d’employer ces termes, un peu par jeu, beaucoup par défi. « Et si pour ce soir, tu oubliais un peu tes études ? » Je ne connais aucun mot pour exprimer l’intensité de notre regard à cet instant précis.

À la sortie du métro, une bouffée d’air chaud nous surprit. Odette retira sa gabardine qu’elle posa sur son avant-bras. Elle courait en direction des quais, se retournant tous les deux pas « Viens ! Mais viens ! Plus vite ! » Je me régalais du spectacle de sa robe qui, en virevoltant, dévoilait ses magnifiques jambes.

Nous avions de la chance, dit l’employé des bateaux-mouche, une table venait de se décommander, nous pouvions donc embarquer pour ce dîner-croisière. Je vous jure que j’ignorais tout de l’histoire de la photo de Jean-Baptiste avant que Martial ne m’en parle, sept ans plus tard !

Une fois installés, Odette me demanda ce qu’elle devait choisir et si sur ma carte aussi les prix étaient absents. Tout en me posant la question, elle se leva et se pencha pour vérifier.

– Ouah ! C’est vachement cher !

– Rien n’est plus beau que tes seins… euh… rien n’est trop beau pour toi !

J’avais du mal à déglutir.

– Bah ! Tu les as même pas vus !

Je lui expliquai qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à sentir le désir de son partenaire s’accroître tout au long de la soirée, qu’elle devrait guetter ces petites flammèches qui le ravivent, l’entretiennent, et lui rappelai encore qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à se sentir ainsi désirée. Elle rétorqua

– C’est facile pour toi, tu le sais tout de suite si tu bandes ou pas, tandis que pour moi…

– Ça ne t’arrive jamais de ressentir comme une brûlure entre les cuisses ?

Odette baissa les yeux et marmonna « Si »

– Et que fais-tu dans ce cas-là ?

Le serveur prit notre commande et revint presque aussitôt avec nos coupes de Champagne. De vraies coupes, puisqu’à l’époque, on ne le servait pas dans des flûtes. Nous trinquâmes et la réponse d’Odette s’évanouit au milieu du tintement des verres qui s’entrechoquaient autour de nous.

– Tu disais ?

– Je mets mon oreiller entre mes cuisses que je serre très fort jusqu’à ce que ça passe…

Je fermai les yeux pour tout à la fois chasser cette image et la graver à tout jamais dans ma mémoire. Odette se méprit.

– Mais je suis encore vierge, tu sais… tu veux touj… ? Pourquoi tu fermes les yeux ?

– Je me représentais la scène et…

– Et ?

– J’ai eu besoin de quelques secondes de… méditation pour m’empêcher de te culbuter. Là. Tout de suite. Sur la table !

– Tu… tu bandes ?

– Oui

Elle me fit craquer quand elle posa ses mains sur ses joues. « Oh… la chance ! » Le serveur venait de nous apporter les entrées quand elle me demanda, si ça ne faisait pas un peu mal. J’éclatai de rire en répondant non, à nouveau, elle soupira « La chance… ! »

– Pourquoi ? Ça te fait mal ? Avec l’oreiller ?

Prenant des airs de conspiratrice, elle me dit.

– Des fois, c’est pire avec l’oreiller ! Tellement pire que je suis obligée de m’asseoir sur du froid pour tout arrêter !

– Et tu n’as jamais eu l’idée de te… soulager ? De t’offrir du plaisir ?

– Tu… tu crois que je peux ?

– Mais bien sûr ! Qui aurait le droit de t’en empêcher ?

– Mais je te demandais pas si je peux, genre « Je peux ? J’ai le droit ? », je te demandais « Je peux ? », genre « Tu crois que c’est possible ? » !

Je remarquai le sourire en coin du serveur qui ne perdait pas une miette de notre conversation. J’éclatai de rire.

– Ça c’est sûr ! Je sais que tu le peux !

Le serveur desservait notre couvert quand elle me demanda « Tu pourras me montrer comment faire ? Tu veux bien ? » Je la rassurai sur ce point. Elle me regarda avec fierté et gratitude.

– J’étais sûre que… avec toi… Après, tu pourras me demander tout ce que tu veux, tu sais ! Tout. Tout. Tout !

Le serveur trébucha, ce qui créa un peu de diversion. Tout au long du repas, elle me posa des tas de questions, me fit des confidences. Nous étions assis côte à côte en attendant le photographe, quand elle me demanda si je bandais. Je répondis oui. « Je peux toucher ? » La peur que l’on remarque son geste malgré la table derrière laquelle nous étions assis, l’excitation que cette crainte engendrait me fit bander puis débander puis rebander mollement. Je sentis sa main sur mon pantalon. Je la dirigeai discrètement.

– C’est normal que quand je te touche ça me fasse des trucs dans les nichons ? Pas sur le bout du téton, mais… tout autour des mamelons… comme plein de petites piqûres d’aiguille, mais en vachement agréable… Oh ! Mais t’en as un autre ou c’est le même ?

Je ne pus calmer mon fou-rire qu’à l’arrivée du photographe. À la fin de cette croisière, avant de descendre sur le quai, Odette ouvrit son porte-monnaie et s’excusa de ne pas pouvoir donner plus au serveur, qui la rassura en lui disant que c’était le geste qui comptait.

Pendant ma vie d’étudiant, j’ai exercé plusieurs petits boulots ; en 1967, j’étais tout à la fois le guide et le conservateur d’un hôtel particulier du 18ᵉ siècle. Quand j’en ouvris les grilles à Odette, elle s’écria « Je suis une princesse ! Je suis une princesse ! » Je la pris dans mes bras « Chaque homme qui te désirera devra te traiter comme telle, Princesse ! »

Je voulus lui faire visiter les lieux, mais dans un des boudoirs, n’y tenant plus, je l’embrassai. Elle me demanda

– C’était bien ? T’as aimé ?

Je lui retournai la question. Elle parut réfléchir, hésiter, m’embrassa de nouveau. « J’adore ça ! » Nous nous effondrâmes sur le sofa, inscrit au Mobilier National, nos baisers étaient de plus en plus fougueux quand elle me supplia de lui “peloter les nichons”. Le temps qu’elle dégrafe sa robe, je me déshabillai. J’étais en train de retirer mon slip quand elle s’arrêta net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules. « Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! » et comme si elle me le reprochait « Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai ! ». Tendant un index timide, elle me demanda « Je peux ? » Comment le lui refuser ? Je lui rappelai toutefois son souhait de se faire peloter les nichons. Elle eut un geste agacé, comme pour me dire « plus tard ».

Nous étions dans ce boudoir parce qu’il n’était percé d’aucune fenêtre, que la lumière pour les visiteurs y était volontairement tamisée. Odette regardait mon sexe de tout près, le touchant, le manipulant comme un enfant découvre un jouet. J’avais eu le tort de lui dire « Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas ». Alors, elle le taquinait du bout de l’index.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Appelons nos amis pour nous départager !

Elle fit alors courir ses longs doigts graciles le long de mon corps.

Bite ? Verge ?

Ses deux mains à plat sur mes cuisses convergèrent vers mon membre. « Pénis ! », puis me regardant.

On dit « pénisse » ou « péni » ?

– Pénisse, sauf si tu veux plaisanter

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Je ne pus m’empêcher de crisper mes mains autour de sa tête, ni de réprimer un juron quand sa langue lécha mon sexe sur toute sa longueur.

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Je finis de la dévêtir, en prenant tout mon temps. Je voulais qu’elle grave à tout jamais cette nuit dans sa mémoire, mais je tenais également à ne jamais oublier mes propres sensations, à ne jamais oublier l’éclat de sa peau brune magnifiée par cette lumière oblique, sa douceur, sa chaleur, ses seins ronds et déjà lourds. Pour éviter de jouir trop vite, je déplaçai ses mains de mon corps vers le sien, nous nous embrassions comme pour prolonger ces préliminaires. Nos doigts se rejoignirent sur son pubis. J’allais lui expliquer comment soulager la brûlure dont elle m’avait parlé plus tôt quand elle me demanda si j’avais déjà couché avec une noire. Devais-je mentir ? Elle lut la réponse dans mon regard hésitant et manifesta son dépit.

J’aurais dû m’en douter…

– Ça t’ennuie ?

– Non, mais comme tu vas être mon premier… j’aurais aimé être ta première quelque chose…

Comment lui dire qu’elle resterait à jamais la première de beaucoup de choses ? Comment lui expliquer qu’elle resterait pour toujours la première pour laquelle j’avais dépensé en un repas la somme avec laquelle j’aurais pu manger pendant quinze jours et que je ne le regrettais pas… la première avec laquelle je passais un moment aussi joyeux que sensuel, aussi léger qu’émouvant avec une telle évidence… la première que j’emmenais sur mon lieu de travail… la première à m’avoir sucé sur le sofa sur lequel d’anciens propriétaires prestigieux avaient certainement connu les mêmes plaisirs ?

– Je n’ai jamais couché avec la petite sœur d’un de mes amis, tu es donc la première !

– T’es sûr ? Jure-moi que c’est vrai !

– Est-ce que Martial a une autre sœur ? Non.

T’as même pas un peu couché avec une sœur de Jean-Luc ?

– Mais… Jean-Luc n’a pas de sœur !

– C’était pour être sûre… Tant mieux alors !

Soudain, elle retint ma main.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… c’est… comme tout mouillé…

– Mais c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Je glissai mon majeur entre ses lèvres. Bon sang, elle était trempée ! Je la pénétrai de mon doigt avec l’intention de le faire aller et venir, mais elle croisa violemment ses cuisses, bloquant ma main et m’interdisant le moindre mouvement. Je sentais son corps onduler et une longue plainte venue du plus profond de ses tripes s’échappa de sa bouche.

J’aurais voulu qu’elle ne fermât point les yeux. Quand elle les rouvrit, elle voulut s’en excuser.

– C’était tellement bon ! Il n’y a rien de meilleur, n’est-ce pas ?

Regardant mon sexe et remarquant mon sourire, Odette ajouta

– C’est encore meilleur avec une bite ?

Je m’étais promis de lui faire découvrir d’autres plaisirs avant de la pénétrer, mais cette remarque anéantit toutes mes bonnes résolutions. Je me levai, la pris dans mes bras, la déposai sur le lit de la chambre nuptiale. Prenant une voix de baryton, je lui dis enfin.

– Qui t’a parlé de bite ? Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge ! … C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça ! Non ! Garde tes yeux ouverts !

Je la pénétrai lentement, à l’affût du moindre sursaut, du plus léger frémissement indiquant une quelconque douleur ou un éventuel déplaisir. Sa bouche semblait psalmodier une prière, je lui demandai si elle avait mal, pour toute réponse, elle me sourit et, comme anéantie, fit non de la tête, je regardais sa boule afro danser sur l’édredon. Qu’elle était belle ! Quand elle put enfin parler, elle me demanda si c’était aussi agréable pour moi. Voyant mon sourire, elle me demanda d’une toute petite voix si je pouvais me retirer pour la prendre à nouveau. Je m’exécutai avec un étonnement non feint. Elle venait d’ajouter, sans le savoir, un nouvel item “première fois”, parce qu’elle reste la première à avoir exprimé tout naturellement son désir. Je me retirai prestement et la pénétrai de nouveau au ralenti.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! j’aime bien la p’tite bosse…

La p’tite bosse ? Ça ?

– Oui ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

Tu m’as dit « stop »

J’acceptai de reprendre mes va-et-vient à la condition qu’elle me guide avec ses mots, tantôt elle voulait que j’aille vite, tantôt lentement, elle demandait que j’aille « tout au fond » ou, a contrario, de maintenir mon gland à l’entrée de son vagin. Elle donnait parfois l’impression de suffoquer jusqu’à ce qu’une grande inspiration soulève sa magnifique poitrine. Elle me réclamait des baisers, je les lui offrais.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Je pris sa main et la guidai vers son clitoris.

Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

Je posai ma main sur la sienne, mes doigts exerçant une pression sur les siens.

– Odette, je vais jouir…

Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

Ému, je me penchai pour l’embrasser quand je remarquai un cercle saillant autour de ses aréoles. Je décidai de les caresser du bout de la langue, pensant naïvement parvenir à retarder mon éjaculation. Odette poussa un charmant petit cri aigu et délicat.

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

N’arrête pas ! N’arrête… pas !

Je me figeai en elle, espérant ne pas débander trop vite, elle arrêta de se caresser, me demanda de le faire à sa place tandis qu’elle se caressait les seins. Nous nous sentions tellement bien que j’acceptai sa proposition, retarder au maximum l’explosion de son plaisir. Je bougeai à peine tant je redoutais sortir de son vagin et, alors que j’avais craint la débandaison, je sentis ma queue redevenir vaillante. Odette s’en aperçut également.

– Merci, Jimmy !

– Y a pas de quoi, Odette !

Quand elle jouit, ma bite était à nouveau dans une forme olympique, mais je craignais d’irriter le sexe fraîchement dépucelé d’Odette, aussi, je me retirai assez vite.

– Tu me montres la p’tite bosse ?

Dans un sourire, je lui fis découvrir le bourrelet à la base de mon gland. Elle l’embrassa avec tendresse.

C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue… !

Durant toute la nuit, je fus secrètement jaloux de l’homme qui aurait la chance de partager sa vie. Odette était avide de plaisirs, curieuse, belle, libre de son corps, de ses pensées, inventive…

J’étais invité au déjeuner dominical chez Martial et ses parents, une journée s’était passée depuis notre nuit, je me demandais quelle contenance je devrais prendre. J’étais tellement troublé par ces heures passées avec Odette que si elle me l’avait demandé, j’aurais fait ma vie avec elle, mais elle s’en tint à notre accord initial. Elle me fit la bise « Oh, t’as l’air en pleine forme dis-moi ! », Louise m’apprit que depuis la boum à laquelle elle avait assisté, Odette se montrait particulièrement insolente sous ses airs angéliques. J’aurais dû être embarrassé de ce mensonge, mais j’étais heureux de le faire.

Peu après, Odette rencontra Bertrand, avec lequel elle eut très vite un premier enfant, puis un autre et enfin un troisième. Quand je m’installai à Lyon, nos liens se distendirent, nous nous envoyions nos vœux de bonne année, un petit mot pour chaque anniversaire, mais j’avais surtout de ses nouvelles par Martial.

Je ne l’ai vraiment revue qu’aux obsèques de ses parents. Leur mort avait été si brutale qu’elle nous a tous anesthésiés. En revenant du cimetière, avant d’entrer dans leur petite maison, je la vis tirant nerveusement sur une cigarette. Avec l’espoir de faire naître un sourire sur ses lèvres, je lui demandai « Comment va ma Princesse ? ».

Odette s’effondra dans mes bras. Je pensais avoir ravivé ses plaies et m’en voulais quand elle m’avoua ce que toute sa famille ignorait encore.

– Tu parles d’une princesse ! Elle a quarante ans et autant de kilos en plus, ta princesse ! Son mari la fait cocue et va emménager à la fin du mois avec une plus jeune et bien plus belle qu’elle ! Monsieur a besoin de découvrir de nouveaux horizons ! Si seulement, j’en avais la possibilité, moi aussi j’aimerais en découvrir, de nouveaux horizons !

– Serviteur !

Je m’étais incliné vers elle, dans la posture requise par tous les manuels de savoir-vivre.

– Te fous pas de moi, chuis pas d’humeur…

J’attrapai ses poings au vol, l’obligeai à me regarder dans les yeux.

Je suis sérieux, Odette ! Tu peux poser des congés rapidement ?

Ça fait six mois que je suis à la retraite !

– Déjà ? Mais…

Enfin, je la revis sourire ! Elle m’embrassa sur la joue.

Flatteur, va !

– Et ton connard de mari, il compte partir quand au juste ?

Le 30… ils emménagent à Cannes.

– À Cannes ? Pff… quel ringard !

Note de Sylvie : Jimmy a interrompu son récit pour s’adresser à Émilie « Avec tout le respect que je dois à ton grand-père ! »

Tu crois que j’ai l’air plus fine, moi, avec mon pavillon devenu trop grand en Seine-et-Marne ?

– D’où l’urgence de te faire découvrir de nouveaux horizons !

– C’est quoi ce regard lubrique ?

– De nouveaux horizons, Princesse !

Mais t’as vu c’qu’elle est d’venue ta Princesse ? C’est facile pour toi, t’as pas changé, t’as gardé ton corps de jeune homme ! Pas un pèt’ de graisse…

J’objectai mollement, sincèrement flatté qu’elle me vît ainsi. Tel un maquignon estimant la valeur d’un bestiau, elle palpa mon abdomen.

– Oui, mais ça c’est pas du gras ! C’est du rembourrage, ça compte pas ! Alors que moi… regarde-moi ça !

Elle me désigna Martial qui se dirigeait vers nous.

– C’est marrant, tout de même… Papa et maman n’étaient pas gros, alors que nous…

– Ça va ? Pourquoi vous n’entrez pas ?

– J’essaie de convaincre ta sœur d’accepter l’idée de découvrir de nouveaux horizons…

– Avec Bertrand ? Ça s’arrange, finalement ? Sylvie craignait que…

– Oui !

– Pas vraiment…

– Oui ou pas vraiment ? Mettez-vous d’accord !

Bertrand me quitte, il déménage à Cannes avec sa pouffiasse.

Odette !

Quoi « Odette ! » ? Laisse-moi le temps de digérer le truc avant de me demander d’être peace&love !

– D’où les nouveaux horizons

– Ah ouais… genre… « Serviteur ! » ?

– Exactement !

– Dédette, tu peux pas refuser !

– Si je te dis « nouveaux horizons », tu me réponds… ?

– Canada

Alors… va pour le Canada ! On embarque à la fin du mois !

– Mais t’es taré ! Complètement taré !

En s’éloignant, Martial nous dit « Je vais leur dire de vous laisser en paix, que vous avez besoin de vous isoler pour parler un peu. Mais savoir que vous arrangez en douce une escapade amoureuse… c’est comme si papa et maman n’étaient pas morts, que Sylvie n’était pas dans le coma… Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir… la vie continue et vous en êtes la preuve ! »

Note de Sylvie : Émilie s’est exclamée « Mais j’y étais ! » et d’une pichenette sur l’épaule de Lucas « Et tu y étais aussi, non ? »

– Oui, vous y étiez, quant à Sylvie, elle a préféré se faire renverser par une voiture et dormir ensuite pendant vingt-sept longs jours plutôt qu’assister aux obsèques de ses beaux-parents !

« La relève » voulut connaître la suite de l’histoire.

– Et alors ? Bah… je l’ai emmenée au Canada pour lui faire découvrir de nouveaux horizons… et voici ce qu’Odette qualifie de « regard lubrique » !

– Euh… oui, mais en même temps, elle a pas tort ! C’est carrément un regard lubrique ! Vas-y, Jimmy, raconte comment vous avez tout mis au point !

Avec les années, le quotidien, Odette avait oublié qu’elle est belle, qu’elle est née belle, qu’elle a grandi belle, qu’elle sera belle jusqu’à son dernier souffle. La femme qu’elle me décrivait n’était pas celle qui se tenait devant moi. Je crus qu’elle l’avait compris quand je la vis esquisser un sourire. Par jeu, je lui en demandai la raison.

– Je voulais savoir… j’avais droit à combien de vœux ?

– ??

Pour les nouveaux horizons… j’ai privilégié la destination, mais…

– Odette ! Je n’aurai jamais la patience d’attendre tout un mois !

Il le faudra bien, Jimmy. Laisse-moi me faire à l’idée que je peux encore être une princesse !

Mais tu l’es ! Tu es une princesse, Princesse !

– C’est peut-être évident pour toi, mais ça ne l’est plus pour moi et depuis belle-lurette ! Laisse-moi me faire à l’idée… j’ai besoin de faire la paix avec moi-même !

Alors, laisse-moi tout organiser, l’attente sera moins pénible…

Elle se hissa sur la pointe des pieds, pour m’embrasser sur la joue, puis, après avoir jeté un bref coup d’œil en direction de la maison, se ravisa « Après tout… » et me roula une pelle. « À tous les coups, je vais passer un mois entier à rêver de statues… ! » Je lui mis une claque sur les fesses.

Note de Sylvie : Jimmy s’en est excusé, mais a interrompu son récit pour passer un coup de fil. Il est revenu, le sourire aux lèvres.

Odette prend le premier vol, j’ai enfin réussi à la convaincre venir ici, parce que la petite Émilie voulait en apprendre plus sur sa grand-mère.

– Mais… pourquoi vous n’avez pas fait votre vie ensemble ?

– Mais parce que mon désir de ne pas avoir d’enfant était aussi fort que le sien d’en avoir ! Quelles aspirations aurions-nous dû réprimer ? Son désir de fonder une famille nombreuse était-il plus ou moins légitime que le mien ?

– Mais, quand vous vous êtes retrouvés, en 2009, ses enfants étaient partis…

– Quarante années avaient passé ! J’ai ma vie, une vie que j’aime par-dessus tout et… si ta grand-mère a de nombreuses et indéniables qualités, la perfection n’étant pas de ce monde, je dois t’avouer qu’Odette est malheureusement atteinte du syndrome de la monogamie ! Je n’ai aucune envie de cacher que je me tripote si je suis excité par le cul de Monique ou par les seins de Cathy… tu vois ce que je veux dire ? Quant à Odette, elle préfère m’avoir sept semaines une fois par an pour elle toute seule qu’avoir à me partager avec d’autres le reste de l’année…

– Attends ! Il n’y a pas eu qu’un voyage ? Sept semaines par an ? ! Mais on l’aurait remarqué ! Dédette ne quitte son appart’ que pour partir en cure !

– Cure qui dure… ?

– Oh putain ! C’est toi la fameuse cure miraculeuse ? Elle en revient toujours en pleine forme et de super bonne humeur !

– Je suis ravi de voir que vous en profitez aussi !

– Oh putain ! Mémé Dédette… une bombe au pieu… oh putain !

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – La playlist du slideshow

En cliquant sur chacune des images, vous pourrez écouter les chansons ou morceaux auxquels pensait Manon pour sa présentation. En cliquant sur cette phrase, vous atteindrez la playlist complète.