Aux plaisirs discrets ~ Sixième épisode – Titi 7-7, le retour

– C’est quoi ce sourire ?

– Bonjour, madame Duval !

– Oui, bon d’accord, bonjour monsieur Dumont ! Alors, pourquoi ai-je l’impression que tu m’as attendue juste pour afficher ce sourire ironique ?

– Parce que j’étais impatient.

– Impatient ?

– J’ai failli renvoyer ma douce et belle tant j’avais hâte de te voir.

– Quoi ?!

– Quand nous sommes entrés dans l’ascenseur, il y avait un… comment dire ? Un gentleman en pantalon un poil trop petit, une veste en jean couverte de badges à l’image de son idole, santiags aux pieds. Gentleman qui, face au miroir, se curait les dents de l’ongle de son auriculaire. Il est sorti de l’ascenseur en sifflotant. Il ne manquait plus que le coup de peigne et j’aurais pu jurer qu’il s’agissait du fameux Titi 7-7, prince du Balto…

– Pas du Balto, du Cristal Bar, c’est fou comme tu es peu attentif aux détails, quand même !

– Je vous ai imaginés, toi, ne te sentant plus chatte, devenant chienne, à l’appel du loup brisant enfin tes chaînes, son corps sur ton corps, lourd comme un cheval mort…

– C’est malin ! Vraiment ! Mais arrête de rire ! T’es rien qu’un gros jaloux, en fait !

– Bon, maintenant que je sais à quoi il ressemble, raconte ! C’était aussi bien que la première fois ?

– Pfft… non. Putain, ça m’énerve… c’était encore mieux… ! Et pour lui aussi, si j’en crois les confidences que lui a faites sa bite ! À chaque fois, ça marche à tous les coups !

– Comment ça « à chaque fois » ? Tu as pris pension à l’hôtel ?

– Non, mais il n’y a pas que les hôtels… Tu sais comme j’avais été déçue par l’adjoint à la culture de la dernière fois… Bêtement, j’ai voulu me venger de cet homme dont les promesses de jouissance infinie étaient si…

– Prometteuses ?

– Exactement ! Bref, sans même vraiment le vouloir, j’ai appelé le fameux Titi 7-7. Il m’a donné rendez-vous porte de Bercy. Je suis montée dans sa bagnole, il m’a dit « Tiens, prends ça, bande tes yeux et en voiture Simone ! »

– « En voiture Simone » ? Ça se dit encore ça ?!

– Faut croire…

– Et quel modèle, la voiture ?

– J’en sais rien, blanche avec un auto-collant en haut du pare-brise, genre pare-soleil.

– Titi 7-7 en gros caractères ?

– Hey, c’est moi qui raconte ou c’est toi ?! Pff tu fais chier… ! Arrête de rire ou je ne t’en dis pas plus ! Tiens, le plus simple est que tu lises mon compte-rendu, je l’ai écrit avant de descendre pour le petit-déjeuner, d’où mon léger retard.

– Promis, j’imagine la scène avec Johnny en fond sonore…

– Même pas ! Mais lis, plutôt.

Mon cher monsieur Dumont,

Tu sais comme j’avais été déçue par la prestation de Sébastien, rencontré à la « soirée coquine » où je t’accompagnais. Insatisfaite, j’ai ruminé ma déception pendant un temps infini et, mue par un réflexe puéril, j’ai voulu oublier cet homme dont les promesses de jouissance si alléchantes avaient été déçues et prendre enfin le pied auquel j’estime avoir droit.

Après quelques heures (enfin, au moins dix minutes) d’hésitation, j’ai appelé Titi 7-7. Il m’a donné rendez-vous porte de Bercy. Je suis montée dans sa voiture.

– Tiens, prends ça, bande tes yeux et en voiture Simone !

Comme à son habitude, il sifflotait, et je me demandais pourquoi l’avoir rappelé parce qu’il était évident que ça n’allait pas être possible. Certes, j’étais excitée quand il posait sa main sur ma cuisse, mais à un moment, j’ai cru que mon désir allait s’évaporer aussi brusquement qu’il m’avait saisie.

Titi a glissé sa main sous ma jupe, j’étais dans tous mes états, peut-être parce que je ne le voyais pas, que j’ignorais où il me conduisait, mais quand il a dit « Oh, mais c’est qui, qui va faire miauler cette petite chatte ? Hein, c’est qui ? C’est la quéquette à Titi ! », j’étais sûre que je n’avais plus envie… sa main a poursuivi son chemin… mon corps s’est enflammé aussitôt.

Il me caressait tout en conduisant, il a retiré sa main le temps de passer une vitesse, si je me souviens bien. Sa main avait à peine quitté ma peau que la mienne a cherché son entrejambe, de façon instinctive. Titi 7-7, rigolard m’a demandé ce qui me prenait. J’ai répondu sur le même ton.

– Je voulais vérifier que la quéquette à Titi était assez en forme pour faire miauler ma petite chatte !

– J’aime bien quand tu causes comme ça, romantique ! Hey, mais tu te frottes à ton siège comme si t’avais le feu au cul, ma parole !

– La faute à qui ? Elle est où ta main ? Tu me chauffes et…

– Et on est bientôt arrivés ! Tu gardes ton bandeau d’accord ?

Avant même de l’avoir ôté, je savais que j’étais dans une caravane. « Mon home sweet baisodrome ! » et, comme s’il ne connaissait pas déjà la réponse, il me demande pourquoi je l’ai appelé.

– Tu sais bien pourquoi, Titi, fais pas semblant ! Je t’ai appelé parce que je voulais être sûre de prendre mon pied en baisant et qu’avec toi, c’est succès garanti.

– Ça fait toujours plaisir à entendre ! Et quelle formule conviendrait à madame ? Entrée, plat, dessert, café plus vin en carafe ?

– Une fellation pour commencer, pour le reste, je te laisse maître, mais je me réserve les droits pour le café.

– C’est parti !

– Mon kiki !

Sur ces bonnes paroles, j’entreprends de le sucer. Je veux le sucer pour l’exciter davantage qui ne l’est. Je pense qu’en jouant à la dame stricte qui est en fait une vraie salope, je lui donnerai l’envie de me baiser sauvagement.

Je le lèche en le regardant par en dessous, un regard vicieux, la langue exagérément sortie, puis, je me prends au jeu, à mon propre jeu. Titi le remarque, ému, il me caresse la joue, la commissure de mes lèvres.

– Bon, allez ma bonne suceuse, passons au plat principal… Allez, zou ! C’est parti pour la levrette !

Je n’osais en rêver ! Une levrette ! Je me mets à quatre pattes sur le lit. Titi me demande de me mettre dans la largeur du lit. Juste avant de me pénétrer, il me couche sur le côté.

– Comme ça tu pourras voir ce que j’aime voir, tu vois ? Dans le miroir. Tu pourras voir tes yeux, ta bouche quand tu prends tellement ton pied que ça fait tomber le masque des bonnes manières et tout le tralala snobinard, quand tu laisses apparaître la chienne en rut, la salope qui aime la bite et qui aime prendre son pied, alors là… Pfui… t’es presque belle !

Ensuite, il me baise, comme toujours en silence, si ce n’est le son de ses râles, de ses interjections de plaisir. Je me regarde dans le miroir de cette armoire minable, mon regard croise le sien, je sais ce qu’il attend de voir. Après quelques minutes, il détache son regard du mien, pose ses yeux sur sa queue, je sens au fond de moi (si tu me permets l’expression !) que le spectacle lui plaît, du coup, ça me plaît, même si je ne vois rien. Il relève son visage, regarde le mien dans le miroir et, sans un mot, soulève ma cuisse pour que je puisse en profiter aussi.

Je n’ai pas vu mon visage, ni même mon regard changer parce que,fascinée, excitée par la vision de son membre allant et venant en moi, quand je lève enfin le regard vers mon visage, il est trop tard. Le masque est tombé.

Titi me baise donc avec tout son art, en prenant son temps, jouant avec mon orgasme comme d’un accordéon. Il sort de son silence pour complimenter ma poitrine.

– Je sais ce que je prendrai au dessert. Oh, tes nibards c’est… c’est une œuvre d’art ! (Il descend son regard et, l’air de rien écarte mes lèvres.) Ah ! Te voilà, toi ?! T’étais passé où ?! Oui… voui voui voui voui voui, les petits guillis !

Ce salaud, tout en allant et venant en moi, chatouille mon clitoris et me fait jouir. Satisfait, il se retire, enlève son préservatif, cale sa bite entre mes seins. Il sait qu’en me caressant les cheveux, en me caressant le visage comme il le fait, il accroît mon plaisir.

– Jette un coup d’œil dans le miroir !

Je me vois emportée par le plaisir et je réalise alors que je me masturbe en serrant mes cuisses très fort, en les frottant par mes ondulations et que j’ondule au rythme de ses va-et-vient.

– Oh ! C’est encore meilleur !

Il accélère un peu le rythme, se retire brusquement.

– Le café de madame est servi !

Le salaud, il me connaît déjà si bien !

– Au diplôme des salopes, je te mets 20/20 à l’oral, ma gourmande !

Au lieu de regimber, Geneviève et moi en redemandons, parce que dans la bouche de Titi, ces mots sont un compliment et nous les prenons pour tels.

– Lèche-moi les boules, ma suceuse gourmande !

Pour que le souvenir de cette première me soit à jamais agréable, Titi caresse mes seins d’une main, mes cuisses, ma chatte de l’autre. Je pense que c’est ainsi qu’il parvient à garder une relative érection après son éjaculation. En tout cas, c’est ce que je veux croire.

En me regardant dans le miroir, je réalise que mon visage, tout mon être est transformé. Je jouis en comprenant qu’ainsi, je ressemble à l’univers de Titi. C’est pour cette raison qu’il me trouve « presque belle » quand il me fait jouir comme ça !

Je le savais, il m’a prévenue dès mon coup de fil, il n’a pas beaucoup de temps à m’accorder. De toute façon, j’ai obtenu ce que j’étais venue chercher et bien plus encore.

Nous nous rhabillons tout en nous roulant des pelles, en nous offrant de vicieuses papouilles. On s’excite pour hâter l’envie de nous revoir. Il me tend le bandeau.

– Je veux garder l’endroit secret. C’est pas contre toi, même ma femme l’ignore !

– Parce que tu l’as déjà amenée ici ?!

– Bien sûr ! Mais elle a toujours les yeux bandés quand elle vient. Pourquoi ? Ben, parce que son truc à elle, c’est de jouer au kidnapping… même pendant… la chose, elle garde les yeux bandés.

Je prends la nouvelle d’une étrange façon, je suis à la fois meurtrie d’entendre ses mots, tout en étant touchée de l’évidence avec laquelle il les a prononcés. J’y vois une marque de confiance et je ne pense pas me tromper.

Sur le chemin du retour, je lui demande s’il aurait quelques heures de libre dans l’après-midi de vendredi, parce que je récupère la clé à 15 heures, je préviendrai la réception de sa venue.

– Ben, dis donc, ma cochonne, je vais finir par croire que t’aimes ça !

– On est déjà arrivés ?

– Non, non. Je me suis garé sur une aire de repos. J’aimerais pas que mon nom se retrouve dans un rapport de gendarmerie avec, à la rubrique « Circonstances de l’accident » la mention « a été déconcentré par la fellation prodiguée par la dénommée Geneviève Duval, plus connue sous le surnom “l’impératrice de la pipe”. »

J’éclate de rire.

– Je n’avais même pas remarqué que je te suçais !

– On n’a pas le temps, ma belle. Où veux-tu que je te dépose ?

– N’importe quelle Porte fera l’affaire. Alors, pour vendredi ?

– T’as de sacrés arguments… Je vais faire mon possible.

Il a tenu parole et est venu me rejoindre dans ma chambre, hier vers 16 heures. Parmi les choses que je préfère avec Titi, c’est notre quasi-silence pendant nos ébats, mais on se la joue « séance du ciné-club », tu sais « Présentation du programme, film et pour finir débat et commentaires ». Parce qu’après la chair, nous sommes trop épuisés pour jouer un rôle, si mon masque est tombé, le sien l’est aussi. Vendredi, après l’amour, nous avons eu cette discussion.

– T’as remarqué, t’es pas mon type de meuf, je suis pas ton type de mec, pourtant dès qu’on est au pieu, c’est magique !

– Comment t’expliques ça ?

– Quoi que je fasse, je serai jamais ton type et quoi que tu fasses, tu ne seras jamais le mien, alors on n’a pas besoin de se jouer la comédie. Tu sais pourquoi tu veux me voir et moi je sais qu’avec toi, ce sera magique. Prendre un super pied, pour être franc, comme j’en ai rarement pris et savoir que je te donne autant de plaisir que tu m’en donnes… c’est inestimable.

– Pour toi, puisqu’on ne se fait aucune illusion, ça nous permettrait de nous laisser aller ?

– Exactement. Accepter que nos corps, que nos désirs se comprennent mieux que nous et les laisser faire… T’as cinq minutes ? Attends.

Titi sort son téléphone de la poche de sa veste, l’allume. « Allô, chérie ? Oui. Je rentrerai plus tard. Je sais pas. Non, m’attendez pas pour passer à table. Je sais pas. Dès que je peux. Oui. À ce soir ! » Tout en conversant avec sa femme, il fait aller et venir le tranchant de sa main entre mes seins. Il bande désormais assez dur pour me « taquiner la chatte » du bout de son sexe sans se servir de ses mains. Il raccroche, éteint son téléphone, le range.

– Une p’tite levrette pour ma salope préférée ? Pour ma salope préférée du monde entier !

Je me mets à quatre pattes. Une fois encore, il me couche sur le flanc. Je lui en demande la raison.

– C’est parce qu’à quatre pattes, j’aurais les yeux fixés sur ton petit cul. Je sais que ça te branche pas, mais je sais aussi que j’aurais les moyens de te faire changer d’avis et je ne suis pas sûr de résister à la tentation…

Il se tait, m’embrasse, caresse mes seins.

– Si on devait le faire, je veux que ça vienne de toi.

On fait l’amour comme ça, moi sur le flanc, lui derrière moi. J’y prends tellement de plaisir que je m’endors presque aussitôt après son départ.

Je me suis réveillée ce matin avec cette idée qui prend forme en moi. Si Titi tient tant à ce que ce soit moi qui lui propose, c’est qu’il est certain que je vais aimer ça, mais que je dois d’abord être psychologiquement prête à accepter l’idée que la sodomie peut être source de plaisir sans être source de douleur.

Voici ce qui s’est passé les deux fois où nous nous sommes vus et voilà l’état de mes pensées le concernant.

Geneviève Duval

Aux plaisirs discrets ~ Cinquième épisode – Sébastien

Cher monsieur Dumont,

C’était la première fois et ce sera la dernière que je suivrai un de tes conseils avisés en la matière ! Avec tout le respect que je te dois.

Je me suis rendue à tes arguments, tu as certainement raison, ma conduite, mes rencontres fortuites ne m’ont jamais apporté d’autres désagréments que la déception, mais je ne suis pas à l’abri de tomber sur un vrai taré qui pourrait m’en occasionner d’autres bien pires.

Alors, quand tu m’as proposé de t’accompagner à « une soirée coquine », j’ai remisé les propos sarcastiques qui me venaient à l’esprit au placard et j’ai laissé Geneviève s’en réjouir à l’avance.

Nous arrivons dans cette « soirée coquine », que je qualifierais plutôt de « foire à la bidoche », ce qui n’est pas le cas de Geneviève. Il y a une quarantaine de convives, à première vue, autant d’hommes que de femmes. Nous nous situons dans la moyenne d’âge supérieure.

Les deux salles sont aménagées pour la circonstance, dans celle où nous dînerons, plusieurs tables réservées aux tête-à-tête, d’autres autour desquelles quatre à six personnes pourront s’asseoir. Dans l’autre salle, un buffet est dressé sur une longue table, ainsi que des verres contenant divers cocktails servis par du personnel en tenue. Je m’en approche et constate la présence d’énormes saladiers remplis de capotes. La prudence est de mise, ce qui a un effet rassurant.

La musique en sourdine n’est pas à mon goût, mais Geneviève s’en accommode fort bien. Il semble y avoir une majorité d’habitués, qui se saluent joyeusement, des couples enlacés dansent lascivement sans tenir compte du rythme des chansons, juste pour le plaisir de se chauffer.

Je t’observe, non sans admiration, évoluer avec aisance dans cet univers, papillonner d’une femme à l’autre, jouer de tes charmes, mais je te soupçonne d’user de cette tactique pour aiguillonner celle que tu convoites réellement, tout en feignant de ne pas l’avoir remarquée, quand un homme s’approche de moi.

– Sébastien, adjoint à la culture d’une ville moyenne dont je préfère taire le nom.

Dans ce cas, pourquoi le précises-tu, ducon ? Je ravale mon compliment assorti du nom d’oiseau qui me brûle les lèvres et laisse les commandes au personnage que je jouerai ce soir.

– Geneviève, votre homologue dans une autre commune, qui restera tout aussi anonyme.

– On pourrait se tutoyer, non ? Tu viens souvent à des soirées coquines ou est-ce l’occasion qui…

– Parce que c’est une soirée coquine ? Je croyais qu’on venait ici à la chasse au partenaire pour une nuit de sexe sans serment, ni promesse, ni conséquences…

Geneviève me met un taquet virtuel, m’ordonne de fermer ma bouche et de la laisser sourire.

 Tu es plutôt directe, toi !

– J’aime que les choses soient claires, ce qui me joue parfois des tours… Pour répondre à ta question, oui, c’est la première soirée du genre à laquelle je participe… subséquemment, je n’en possède pas les codes. Et toi ?

– Je participe parfois à des soirées coquines, mais c’est la première fois à Paris.

– Les charmes de la capitale, pour nous… braves provinciaux…

La soirée se poursuit, comme tu le sais, par le dîner. Tu es attablé tel le pacha dans son harem, Sébastien me propose de partager sa table. Nous entamons la conversation. Ainsi que j’ai décidé de le faire désormais, je raconte mon histoire, subtil mélange entre ma vie réelle et celle de Geneviève, il apprend que je suis séparée de fraîche date, après vingt ans de mariage.

Sébastien sort le grand jeu pour me charmer avec ses mots. Il me flatte et se présente comme un amant soucieux du plaisir de sa partenaire. Geneviève ne relève pas que dans ce genre de situation, il serait stupide de se présenter comme un piètre amant, focalisé sur son unique plaisir. Je ne l’aurais probablement pas relevé non plus.

Et blablabli et blablabla ! Sébastien est certainement un super amant, mais il est en train de me farcir le crâne à me raconter en long, en large et en travers ses exploits sexuels, passés, présents et à venir. Je repense avec un semblant de nostalgie aux mots abrupts de cet homme au Cristal Bar, cet homme qui ne m’inspirait que du mépris et qui, contre toute attente, m’a fait jouir comme aucun autre auparavant. Je décide de laisser la même chance à Sébastien, dont la conversation est intéressante pour peu qu’elle ne verse pas dans le récit de ses prouesses sexuelles.

Peu après le repas, je quitte cette soirée au bras de Sébastien, je t’adresse un petit signe de la main que tu ne remarques pas, tout occupé à ferrer ta proie, la femme que tu feignais d’ignorer jusque lors. Ma perspicacité en la matière me redonne le sourire. C’est donc avec entrain (et en métro) que Sébastien et moi rejoignons l’hôtel.

Sébastien regrette que l’on n’ait pas fait le détour par le sien, il aurait pu y récupérer « quelques jouets susceptibles de pimenter notre nuit de plaisir ». Néanmoins, il se console en m’expliquant que c’eût, peut-être, été trop tôt pour que je puisse en jouir pleinement. Même Geneviève est agacée par cette remarque pleine de condescendance.

En revanche, les baisers de Sébastien ont deux vertus, quand il m’embrasse, il se tait ; de surcroît, il embrasse plutôt bien. Je me dis que j’ai bien fait de lui laisser sa chance. J’aime beaucoup sa façon de me déshabiller, il y met toute la sensualité d’un strip-tease. L’ennui, c’est qu’il se remet à parler.

– Tu vas voir, on va bien s’amuser !

Et patati, et patata… ! Je décide de l’embrasser. Je repense à la soirée, quand il me racontait ses nombreuses conquêtes passées. C’est pour ça qu’il embrasse si bien ! Il jacassait sans cesse et puisqu’il y en a eu autant… À cette pensée, un fou-rire s’empare de moi, j’accuse (une fois encore) la nervosité.

Sébastien me dit de ne pas m’en faire, puis, galant homme, me demande ce dont j’ai envie. Geneviève, menaces à l’appui, me suggère de la boucler s’il me venait l’idée de lui répondre « Que tu te taises, enfin ! » Je me soumets à ses arguments, je la boucle. Elle m’en sait gré. Le sourire que Geneviève affiche se situe exactement entre la lubricité timide et le « plonge, mon chéri, l’eau est bonne ! » Il est parfait en la circonstance. Je ne saurais faire mieux.

Je pense que les choses s’arrêteront là, je veux dire qu’il se contentera de me baiser « à la parlante », mais je me trompe. Non content de jacasser, Sébastien émaille son bavardage de mots d’auteurs, de citations. J’ai l’impression d’assister à un oral de français ou à l’épreuve finale d’un jeu de culture générale sur l’érotisme ! J’imagine ton éclat de rire en lisant ces mots, mais sache que le plaisir que j’aurais pu prendre en a été irrémédiablement gâché.

« Ainsi que le disait Maupassant… » « Comme l’écrivait Apollinaire dans ses merveilleuses Lettres à Lou… » « À ton avis qui a écrit ces mots… ? » Je n’ai qu’une envie, lui répondre « Ta gueule ! Allez, abrège, qu’on en finisse ! » À force, une migraine menace, je fais semblant d’atteindre l’extase, chose que je me suis toujours refusée à faire, juste pour qu’il en finisse.

Après un dernier baiser, je feins de m’endormir repue de plaisir. Satisfait, il s’allonge à mes côtés. Je m’endors pour de bon, mes rêves sont agités. Je me réveille avec la bouche sèche et un mal de crâne pas possible. Je n’ose ouvrir les yeux de peur de le réveiller à son tour et que ses bavardages reprennent avant que le paracétamol ait produit son effet.

De toute façon, il va bien falloir te lever pour prendre ton cachet, ma chère Geneviève ! Geneviève se dit qu’il aurait peut-être mieux valu me laisser faire, hier. Nous ouvrons les yeux, elle et moi, et constatons que Sébastien n’est plus dans la chambre, ni dans la salle d’eau. Soupir de soulagement.

Posé sur son oreiller, un petit mot. « Tu dors encore, épuisée par tout le plaisir que je t’ai offert cette nuit. Si tu veux revivre d’autres nuits d’amour, ce dont je ne doute pas, tu peux me contacter à cette adresse mail. Bisous coquins. Sébastien »

Voilà. Tu sais tout. Tu as l’air bien content de partager ton petit-déjeuner avec ta conquête d’hier soir, elle semble heureuse aussi, ça met un peu de soleil en cette matinée. Je vais glisser le compte-rendu de cette nuit dans une enveloppe que je laisserai à ton attention à la réception. Nous aurons tout le temps d’en reparler plus tard, mais sache, sache, Monsieur Dumont, sache que plus jamais, plus jamais je ne suivrai un de tes conseils et que jamais, plus jamais je ne t’accompagnerai à une de tes « soirées coquines » !

Geneviève Duval

Aux plaisirs discrets ~ Quatrième épisode – Monsieur Dumont

J’attendais l’ascenseur, ce petit-déjeuner allait être le quatrième que je prendrais dans cet hôtel. L’ascenseur s’est arrêté, la porte s’est ouverte, un couple était déjà à l’intérieur. J’ai reconnu l’homme, nous nous étions déjà salués d’un hochement de tête à deux reprises dans le petit salon.

Sa compagne semblait pressée de s’en aller. Je les ai laissés à leurs adieux et me suis dirigée vers le petit salon où il n’a pas tardé à me rejoindre. D’un geste, je l’ai invité à partager ma table. Il m’a tendu la main, je me suis présentée.

– Madame Duval

Il a souri.

– Monsieur Dumont

Quand on nous a apporté nos petits-déjeuners, nous discutions déjà à bâtons rompus, comme de vieux amis se retrouvant après s’être perdus de vue durant de longues années. Quand le réceptionniste est venu nous rappeler qu’il était temps de libérer nos chambres, monsieur Dumont connaissait déjà mon infortune et mon désir de croquer la vie à pleines dents « avant qu’elles ne soient toutes tombées », de mon côté, je savais déjà qu’il était empêtré dans une liaison adultère guère satisfaisante.

Nous nous sommes retrouvés dans le hall, nos petits sacs de voyage à la main et nous avons décidé de passer quelques heures ensemble à déambuler tout en papotant gaiement. Il nous a fallu plusieurs petits-déjeuners, que nous nommons malicieusement nos « débriefings post-coïtaux », pris ensemble pour oser nous avouer que la nature de notre relation, une sincère amitié, était née dès cette première rencontre.

J’aime la nature de notre amitié, qui nous permet de dévoiler toutes les facettes qui nous composent, y compris (et surtout) les moins glorieuses. Je pourrais dire qu’il est comme un frère pour moi, cependant je ne confierais jamais à un frère ce qu’il m’arrive de confier à monsieur Dumont et de son côté, monsieur Dumont ne révélerait jamais à sa sœur ce qu’il lui arrive de me révéler !

Il peut me poser certaines questions, sans que je n’y décèle un jugement réprobateur, je peux lui répondre sans qu’il n’y voie une fanfaronnade. Et réciproquement. Notre parole est libre, comme nous nous nous sentons libres de garder le silence dans certaines circonstances, le temps de digérer un bonheur trop intense ou une profonde déception.

Nous ne nous imposons qu’une seule règle, nos salutations. « Bonjour, madame Duval ! » « Bonjour, monsieur Dumont ! », ce protocole respecté, le débriefing peut débuter.

Ce matin, monsieur Dumont semble en retard, à moins qu’il n’ait pas pu venir à son rendez-vous hebdomadaire, à moins que, bouillant d’impatience, je ne sois descendue plus tôt que d’habitude. J’ai déjà presque fini de dévorer mon petit-déjeuner, quand il me rejoint enfin.

– Bonjour, madame Duval !

– Bonjour, monsieur Dumont ! Je me demandais si tu serais là ce matin…

– Tu as l’air toute chose, encore une rencontre qui n’a pas tenu ses promesses, encore un soi-disant Casanova façon lapin précoce ?

– Un peu de romantisme, ça t’arracherait la bouche ? Est-ce que je te demande où tu en es de ta relation avec ton étoile de mer ?

– Veuillez accepter toutes mes excuses, madame Duval, je m’interrogeais sur la raison de cet air dubitatif.

– Le mec m’avait donné rendez-vous au Cristal Bar, tu connais ? Non ? À côté de la Gare de l’Est. Je rentre, je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai reconnu tout de suite. Le gars buvait un Picon-bière, tu vois le truc ? Un Picon-bière, quoi ! On se salue, je vais pour commander, il me sort « On va pʼtète y aller, non ? Ou tu veux qu’on se la joue comédie romantique ? »

– Ah oui, quand même… !

– Rigole pas ! On arrive dans la chambre, on n’a pas échangé deux phrases. Il se dessape, en sifflotant. Je me déshabille, sans siffloter.

– Ah ah ! La distinction, ça s’apprend pas !

– Il me roule une pelle, purée, j’aime vraiment pas le goût du Picon-bière et puis avec tout ça, j’ai toujours rien mangé. J’ai presque envie de vomir… J’ai dû avoir un haut-le-cœur, parce qu’il me demande ce qui ne va pas. Je lui réponds que j’ai faim et là…

– Il te propose sa bite en apéritif ?

– T’étais là ou quoi ?!

– Ah ah ! Et après, que s’est-il passé ensuite ?

– Ben… comment te dire ? Je crois que je n’ai jamais autant pris mon pied…

– Non ?! Tu déconnes !

– J’aimerais bien, mais non… C’est comme s’il savait mieux que moi ce que j’aime… putain ! Le panard total !

– Et… ?

– Ben, et… il s’est ressapé, toujours en sifflotant. Et, galant homme il m’a dit « T’es pas du tout mon genre de greluche, mais tu baises comme une belle salope et c’est rare ! Ah ça oui, c’était un vrai plaisir ce rencard. Je te laisse un numéro de téléphone, si tu veux on remet ça quand tu veux. Ça faisait longtemps que j’avais pas pris un panard pareil ! T’es pas mon genre, mais je remettrais bien le couvert ! » Il a jeté un coup d’œil dans son pantalon, a demandé à sa bite ce qu’elle en pensait et, comme si j’avais pu entendre sa réponse, a conclu « Tu vois, même ma bite est partante pour une autre partie de jambes en l’air ! Bon, ben, c’est pas que je m’ennuie, mais je suis attendu chez moi ! Bonne nuit, ma p’tite salope qui porte pas de culotte ! »

– Ah oui, quand même… et il s’appelle comment, ce gentleman ?

– Si je te dis « Titi sept-sept » je perds ton estime ?