Le plaisir enchanté

Une grande pensée pour Clayton Cubitt et son projet « hysterical litterature » et aussi à https://charlie-liveshow.com/charlie-tantra/histoires-erotiques-charlie-podcast-lecture-sensuelle/

Lignes de force

Elles sont trois, elles sont hollandaises et elles sont belles. Comme, en plus, elles ont de l’esprit, elles ont baptisé leur trio ADAM.

La «performance» – physique et artistique – à laquelle elles se livrent dans la vidéo ci-dessous consiste à chanter tout en usant d’un vibromasseur (que vous ne verrez pas).

Manière radicale et élégante à la fois de partager leur plaisir (et leurs rires) avec nous…

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Chroniques matrimoniales – Épilogue

Dessin de Milo Manara

Je voulais répondre à tes questions, mais il me fallait aussi te préciser certains points, mes cahiers se sont remplis à toute vitesse et je m’aperçois que je ne t’ai raconté que mes trois premiers mois de femme mariée ! Tu arrives demain, nous aurons tout le temps d’en parler ensemble. Pour terminer ce récit, je voudrais te raconter comment j’ai réussi le défi lancé par mes amis.

J’ai failli me fâcher avec Marie-Claire, ta grand-mère, qui aurait voulu que je sois la marraine de sa fille, Céline, ta mère. Elle avait moqué le côté conven­tionnel de mon mariage quelques mois auparavant, mais n’admettait pas les raisons qui me poussaient à refuser sa proposition. Elle restait sourde à mes arguments. J’étais athée, quelle valeur aurait mon engagement devant un dieu auquel je ne croyais pas ? Ce qui importait à ses yeux c’était que le frère de ton grand-père soit le parrain et que je sois la marraine. Finalement, ce furent nos parents qui nous permirent d’éviter une rupture irrémédiable, ni elle, ni moi n’avions été baptisées, pas plus que notre mère et sa sœur ne l’avaient été. Elle se rangea donc à mon idée, je tiendrai le rôle attribué à la marraine sans passer par la case église. La vie a fait que je n’ai jamais eu vraiment l’occasion de tenir ce rôle, et tant mieux, parce que ça implique que Céline n’a pas connu de gros soucis. Je me demande même si le pre­mier service qu’elle m’ait demandé n’a pas été de te recevoir cet été pendant tes vacances.

Le climat s’étant apaisé entre nous deux, je lui proposai d’organiser une fête familiale au village, prétextant que Bonne-Maman, trop âgée, risquait de ne pas supporter le voyage. Ce qui nous fit tous bien rire puisqu’elle était vraiment en pleine forme. Marie-Claire accepta volon­tiers, quelques jours en Provence, pour cette occasion, ça ne se refusait pas ! La fête eut lieu le 27 mai 1976 et cette année-là, outre la canicule qui s’est abattue sur la France, fut une année “sans pont au mois de mai, alors nous avons décidé d’attendre le jeudi de l’Ascension et d’en profiter pour prolonger cette réunion familiale jusqu’au dimanche suivant, jour de la fête des mères.

Un grand repas fut organisé dans la salle des fêtes, il y avait foule puisque pour faire plaisir à Bonne-Maman, j’avais suggéré d’inviter ses amis encore vivants. La représentation que se faisait Marie-Claire de notre vie au village, de son ennui mortel, de son peu d’anima­tion, m’aida à la convaincre. Elle nous suggéra d’inviter mes amis, histoire qu’ils profitent aussi un peu de cette fête, ce qui me donnait la possibilité de relever mon défi.

Le challenge était de taille puisque ma sœur, son chéri, nos parents et les siens seraient présents. Les membres de la Confrérie, toutes générations confondues, me répétèrent de ne pas hésiter à le tenter une autre fois, si je risquais de me faire démasquer.

Ainsi que c’est encore le cas, les tables de la salle des fêtes étaient réunies pour former un U, ce qui permet­tait de danser entre les différents plats et après le repas. Pour une personne non-conventionnelle, Marie-Claire avait néanmoins établi un plan de table qui respectait le protocole. En installant Neuneuille à sa place, je lui fis remarquer, non sans une pointe d’iro­nie, que ma sœur avait une qualité qui ne pouvait que plaire à l’homme à cheval sur l’étiquette qu’il était. Il me fit la réponse que j’attendais “Mais il lui manque la principale. Je siégeais donc à la droite de mon beau-frère et Jimmy était assis trop loin de moi pour que je puisse relever ce défi. Je n’avais pas pensé à ce détail en annonçant fièrement que ce serait à cette occasion et je comprenais enfin le conseil des uns et des autres de ne pas me montrer téméraire.

Après les toasts portés à Céline, à ses parents, à sa marraine, à son parrain, à ses grands-parents et à son arrière grand-mère, “les Parisiens étaient passable­ment éméchés. Pour la première fois de ma vie, je ne m’incluais pas parmi eux !

Les plats se succédèrent, jusqu’à la première pause musicale. Pour faire plaisir aux anciens, nous avions décidé de leur mettre des valses et des tangos. Bonne-Maman dansait avec Valentino, Nathalie avec Barjaco, ma mère avec sa sœur, Marie-Claire et moi avec nos conjoints respectifs. Après la première valse, je m’assis aux côtés de Neuneuille qui sourit en me disant “Rosalie est une sacrée comédienne, regarde comme elle a l’air heu­reuse de valser sur cette chanson qu’elle a toujours détestée !

Je n’avais jamais songé à cette éventualité ! Ainsi les vieux avaient aussi des goûts musicaux ? Ainsi toutes les vieilles chansons ne leur plaisaient pas ? Et ce tan­go, l’appréciait-elle, au moins ? Neuneuille, un peu plus amusé, me rassura “Oui, elle l’aime ! avant de pré­ciser que c’était un paso-doble !

– Vai ! Rends-moi un petit service, j’aimerais faire un brin de conversation avec Catherine, pourrais-tu lui demander si elle en a également envie ?

Cathy à peine levée, le Balafré se précipita pour s’asseoir sur sa chaise, ne me laissant d’autre choix que m’asseoir sur les genoux de Jimmy. Les entremets furent servis, mais personne n’avait envie de se lever pour regagner sa place, alors nous sommes restés tels que nous étions installés et les danseurs se plaçaient là où ils pouvaient.

Je répondis en riant à Marie-Claire que non, je ne rega­gnerai pas ma place et que oui, je voulais bien qu’elle me fasse passer mon assiette. Avant de me relever, je chuchotai à Jimmy de se tenir prêt. Je décollai mes fesses de ses cuisses, me penchai un peu trop en avant pour récupérer l’assiette que Marie-Claire tendait au Bavard qui paraissait ne pas comprendre ce qu’elle attendait de lui. M’étant trop penchée, il était normal que je fisse attention en me rasseyant. Marie-Claire fut même étonnée que j’y aie pensé après avoir tant bu.

Je me rassis donc, en prenant tout mon temps, quand je sentis le gland de Jimmy appuyer sur mes petites lèvres, j’acceptai son offre « Ne va pas tomber, attends, laisse-moi t’aider, Monique ! » et les mains sur ma taille, il m’empala sur lui. Taquin, il venait de remarquer que j’étais chatouilleuse, alors il en profitait et je devais me lever, me pencher, me reculer, me rabaisser, me rele­ver, me pencher encore, pour échapper à ses guilis !

Je pris comme la plus belle des Légions d’Honneur le hochement de tête admiratif des fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, le pouce levé de Catherine assise entre Neuneuille et Nathalie. J’étais en train de relever mon défi et personne ne s’en doutait hormis mes confrères et consœurs, Martial et Sylvie qui l’ac­compagnait, Jean-Pierre le cousin de Christian. Même le photographe engagé pour immortaliser la fête l’ignorait et nous avoua n’avoir rien remarqué sur le moment.

Je prenais un plaisir physique, mais essen­tiellement psychologique, j’ignorais alors le terme, mais mon plaisir était décuplé par cette trans­gression absolue. La violence de la sensation expulsa mon ecto­plasme de mon corps, il décolla et vérifia en passant auprès de chaque invité qu’aucun ne se doutait de ce que Jimmy et moi étions en train de faire.

À son arrivée, quand Marie-Claire me tendit Céline pour que je la prenne dans mes bras, ma première pensée fut « Mince, elle n’est pas blonde et ses yeux sont bien foncés », elle était la première arrière-petite-fille de Rosalie et n’avait hérité ni de ses che­veux, ni de la couleur de ses yeux. Ça m’avait bien plus perturbée que Bonne-Maman, qui avait haussé les épaules et les sourcils « Quelle importance ?! », elle avait évidemment raison, mais voilà la première pensée que j’avais eue en voyant Céline pour la première fois.

Cependant, quand mon ectoplasme passa au-dessus du berceau où elle était couchée, Céline tendit les mains vers lui et babilla. Mon ectoplasme regarda le Bavard et réintégra mon corps à l’instant précis où Jimmy jouit en moi et moi de lui. Je ne saurais en expliquer la raison, mais à chaque fois où j’ai fait l’amour dans des conditions périlleuses, dans des situations où je pouvais me faire démasquer, inter­peller à tout instant, j’ai toujours réussi à jouir et à faire jouir mes par­tenaires très vite et réciproquement.

Il est temps de terminer ce récit, avant de te le remettre, j’ai demandé à mes amies, à mes amis de le relire pour qu’ils me signalent mes éventuelles omissions.

Je suis ravie de t’offrir ces cahiers comme notre cadeau de bienvenue, pour que même dans ce moment si désespérant de ta vie, tu n’oublies pas que le bonheur n’attend qu’une chose, que tu l’inventes, que tu lui donnes vie pour exploser enfin.

Monique

Fin des « Chroniques matrimoniales »

Participez à la grande aventure de l’édition papier de ce roman avant le 18 novembre 2018. Vous trouverez toutes les informations relatives à ce projet en cliquant sur cette phrase.

Chroniques matrimoniales – La Confrérie du Bouton d’Or à la rescousse

Confrérie du Bouton d'OrCatherine perdit un peu de sa joie de vivre quand elle eut ses règles après le pre­mier mois sans pilule. Elle se demandait si son infécondité n’était pas une sorte de châtiment consécutif à sa conduite. J’avais haussé les épaules tant cette idée m’était doublement étrangère. Je ne croyais pas en Dieu, mais quand bien même y aurais-je cru, je ne voyais pas en quoi la conduite de mon amie aurait justifié le moindre châtiment ! Quand je le lui dis, elle éclata de rire et des larmes jaillirent de ses yeux en même temps, comme si son éclat de rire les avait expulsées.

Tu es plus Rosalie que moi et je suis plus Nathalie que toi !

Non ! Tu es Cathy et je suis Monique ! Mais puisque tu y tiens, réfléchissons comme elles l’auraient fait…

C’est ainsi que nous décidâmes de convoquer en urgence la deuxième généra­tion de la Confrérie du Bouton d’Or pour aborder ce problème lors de notre pre­mière séance. Tous répondirent présent, malgré son caractère inopiné, malgré notre inexpérience, malgré leurs obligations fami­liales ou professionnelles, et dans le cas de Jimmy malgré la distance. Il y eut bien quelques plaintes, mais elles étaient signe de notre complicité, de notre amitié, à propos d’un détail vestimentaire auquel ni Catherine, ni moi n’avions songé…

Pour que les hommes puissent porter leurs boutons de manchette, il fallait qu’ils aient des chemises dépourvues de toute attache, ce qui n’était le cas pour aucun d’entre eux. Même Le Notaire, même Joseph, n’en possédaient pas. À notre insu, Alain était allé voir Valentino pour lui exposer leur problème vestimentaire. Aucune de leurs chemises n’auraient convenu pour cette première réunion, et pour lui, il était important de rester eux-mêmes, de ne pas devenir les clones des membres fondateurs, ils réso­lurent le problème en se servant des fameuses man­chettes visibles sur certains vieux clichés.

Je regarde la photo officielle de notre première réunion et je ne peux m’empêcher de sourire. À l’époque, je trouvais qu’Alain était le plus classieux, avec sa belle chemise cha­marrée, en satin, dont le fameux col “pelle à tarte” dépas­sait du jabot ! Aujourd’hui, il paraît ridicule, tout comme Christian et le Balafré ; Jimmy, le Notaire et Joseph, un peu moins, mais le plus surprenant c’est que le Bavard est de loin, le moins risible, alors qu’à l’époque, je jugeais sa che­mise blanche, récupé­rée je ne savais où, totalement rin­garde ! Sur cette photo, Catherine et moi avions posé nues, nos broches sur nos pubis, puisque nous étions allongées, moi au sol et elle sur le sofa.

Après les “formalités d’usage”, après avoir trinqué “les yeux dans les yeux”, Cathy et moi exposâmes nos diver­gences, mais surtout sa crainte d’être stérile à cause de sa conduite passée. Avant même de confronter nos points de vue sur l’exis­tence ou non d’une entité suprême qui dirige­rait nos destinées, la réaction de ces hommes me conforta dans mes convictions. Mais qu’est-ce que tu aurais donc fait qui mériterait une telle sanction ?”.

Et qui te dit que ça ne vient pas de moi ? Que mes sper­matos ne sont pas dilués… noyés dans tout ce flot ?

La voix d’Alain se brisa dans les aigus quand il répondit au “N’im­porte quoi !” agacé de Cathy.

Et qu’est-ce que tu en sais ? T’en a déjà vu beaucoup d’autres mecs qui jutent comme moi ? Autant que moi ? D’autres mecs qui auraient eu des enfants ?

J’étais sidérée parce que, comme beaucoup, je reliais la fé­condité masculine aux attributs masculins. Alain était doté d’une bite énorme, il éjaculait comme on ouvre un robinet, je ne l’aurais jamais imaginé empli de doutes à ce propos. Je regardai Joseph. Son petit sexe n’avait pas été un frein à sa paternité. Chacun argumentait, pour rassurer Catherine, mais ce fut le Bavard qui trouva les mots pour lui rendre le sourire.

Tu as arrêté ta pilule le mois dernier ! Faut pas t’inquié­ter ! Regarde, si je prends mon exemple, ma femme ne prenait pas la pilule et le petit dernier… entre le moment où on l’a voulu et le moment où il a été mis en route… boudiou ! Ça a bien pris… presque un an ! Et t’as vu le résultat ? T’as vu comme il est beau, le pitchoun ?

Cathy en aurait pleuré de bonheur !

Et si nous unissions nos bonnes ondes pour voir si notre Confrérie pourrait aider Turan et Priape ?

Tu sais où tu en es dans ton cycle ?

Au milieu

Donc, la bonne période ?

Oui… à peu près… normalement… oui…

Nous nous concertâmes longuement et nous en conclûmes que la meilleure façon convoquer les bonnes ondes était de faire jouir Catherine à tout de rôle, mais qu’elle aussi nous fasse jouir avant de faire l’amour avec Alain. J’ai souri et lui ai été très reconnaissante quand elle a affirmé que me voir faire l’amour aux autres membres de la Confrérie l’aiderait à coup sûr !

Et puis, c’est la seule façon de faire venir la petite fée… Elle nous aidera sûre­ment, ta petite fée… !

Mon ectoplasme !

Non ! Ta petite fée !

Va pour la petite fée, alors…

Il nous fallut ensuite déterminer dans quel ordre nous la ferions jouir. Nous laissâmes le sort en décider pour nous. Chacun écrivit son surnom sur un bout de papier, le replia soigneusement en quatre avant de le déposer dans l’urne que nous avions apportée, un peu comme un gri-gri, à l’occasion de notre pre­mière séance. À l’écrire, je trouve tout ceci bien formel, en réalité, toutes ces contraintes n’avaient pour unique but que d’attiser notre désir, nous faire frisson­ner davantage. Nous dési­gnâmes Alain comme main innocente, ce qui me fit écla­ter de rire.

Qu’y a-t-il de si drôle ?

Tu oublies que tu te paluchais en me matant quand on s’est rencontrés… alors… pour la main innocente, tu repasseras !

T’entends comment tu parles ? “Tu te paluchais en me matant” ? ! Qu’est-ce qui t’arrive, fille de mère-nature ? Cet été encore, tu n’aurais jamais dit ça !

Je dus reconnaître qu’il avait raison.

Ça, je suis sûr que c’est la mauvaise influence de Martial !

Il est vrai que j’avais appris de nouvelles expressions, de nouveaux mots, de nou­velles tournures lors de ces quelques jours passés à ses côtés. Maintenant que je les connaissais, ces mots me venaient naturellement, sans doute parce que leur sonorité, leur rythme correspon­daient mieux à mon accent, à mon souffle…

Pourquoi “mauvaise” ?

Ah… parce qu’en plus, il faut être de bonne foi ?!

Le sort désigna l’Héritier en premier. Je lus dans les yeux de chacun que nous y avions tous vu là un bon présage, mais qu’aucun d’entre nous ne le dirait jamais. Nous nous revendiquions, pour la plupart, anti-su­perstitieux, pour autant, nous ne voulions pas contrarier le sort en le clamant haut et fort à cet ins­tant précis. Ce qui fait la beauté de la vie, c’est qu’elle nous apprend à assu­mer nos contradictions. Quand nous acceptons de les assumer, bien sûr !

Christian demanda à Alain de s’occuper de la musique. Je sus immédiatement que leur échange de regards comportait une part de secrets en plus de l’amitié, de la reconnaissance, des souvenirs. Alain se leva, sourit, prit un album, posa délicate­ment le bras de la platine sur la galette de vinyle. Les premières notes reten­tirent… un à un mes poils se hérissèrent le long de ma colonne vertébrale… en même temps que je sentais une pression incroyable au niveau de mes reins… cette chanson me mettait à chaque fois dans tous mes états… Alain avait donc choisi un album de Led Zeppelin pour son ami ! Précisément celui qu’ils écou­taient l’année où Catherine avait dépucelé Christian, l’an­née où il avait rejoint “la bande à Paulo”…

Je regardais Cathy déshabiller Christian et je brûlais du désir d’être à la place de mon époux, que ce soient mes mains et non les siennes qui caressent ses magni­fiques seins, que ce soient mes doigts et non les siens qui remontent le long de son bras, effleurent son épaule dans ce mouvement gracieux et ondulant jusqu’à son cou avant de se perdre dans sa chevelure épaisse.

Alain me rejoignit, dansa dans mon dos et se colla à moi en chantonnant les paroles. De nous tous, il était le seul par­faitement bilingue et surtout le seul à être allé à Londres… et à plusieurs reprises. Il était mon professeur d’anglais depuis que j’avais décidé de reprendre mes études. Quand je sentis ses mains courir le long de mon corps, j’essayai de me dégager.

Tu ne veux plus de moi ?

C’est pas ça, mais…

Une question de loyauté vis-à-vis de Catherine, c’est ça ?

Mais non ! Mais si je couche avec toi et que tu jouis en moi, j’ai peur de gâcher tes chances avec Catherine… que tu en aies moins pour elle… et si on couche ensemble et que tu ne jouis pas… non ! Si tu savais comme c’est bon de te sentir jouir… comme c’est… bon !

Alain me fit pivoter, son sourire était aussi éclatant que son regard. “À ce point ? C’est vrai ?” il fit un signe par-dessus mon épaule. Le Balafré et le Bavard arri­vèrent en même temps, il leur fit part de mes réticences et de leur raison. Je savais qu’ils n’en profiteraient pas pour me faire une mau­vaise blague, que je leur accor­dai toute ma confiance et qu’une plaisanterie eût été une trahison. L’un comme l’autre m’affirmèrent que les spermatozoïdes se formaient au fur et à mesure et que même si Alain éjaculait avec moi, il n’en serait pas moins fécond quand il éja­culerait dans Catherine.

Mais avant tout, toi, en as-tu envie ?

Je trépignai presque sur place en leur répondant “Oh oui !”. De l’index, Alain sou­leva mon menton “Un petit baiser?”. Il nous était déjà arrivé de nous opposer à d’autres libertins croisés ici ou là, au gré d’une partouze dont nous avions eu connaissance. Nous ne comprenions pas ce besoin de sacraliser le baiser. En quoi étaient-ils plus “engageants” qu’une fellation, qu’un cuni, qu’une sodomie ou toute autre position ? Nous n’avons jamais été convaincus par les arguments déployés comme des éten­dards. Alors, nous nous embrassions, sans retenue quand l’envie nous en prenait. Nous ne nous sommes jamais rien interdit.

Après un long baiser, Alain se dévêtit entièrement, au rythme des cris du plaisir que Catherine prenait sous les caresses de Christian. Déjà nue, je m’étais assise dans le gros fauteuil, mes mollets reposant sur ses gros accoudoirs, je me caressais ostensiblement en le regardant caresser lentement son énorme sexe.

Tu peux me répéter comment tu appelles ça ?

Tu te paluches en me matant…

Je me paluche en te matant… et comment dirais-tu pour ce que tu fais ?

Prise de court, je répondis “J’attise ton désir” ce qui le fit éclater de rire. Le Bavard avait rejoint l’autre petit groupe, je restai donc en compagnie d’Alain et du Balafré qui se caressait également.

– Et… tu comptes m’attiser longtemps comme ça ?

J’adorais l’entendre me parler ainsi ! Quand son excitation faisait dérailler sa voix, sa voix grave qui s’égarait dans les aigus l’obligeait à déglutir bruyamment entre deux syllabes pour retrouver sa tessiture naturelle.

Pas toi, Priape ! Ton désir ! C’est ton désir que je cherche à attiser !

Et combien de temps comptes-tu l’attiser, mon désir ?

Jusqu’à… (je fis une mine coquine) ce que tu n’y tiennes plus et que tu me prennes la…

Bouche ?

Non ! La chatte… mais tu viens de réveiller ma bouche avec ta proposition… (je léchais mes lèvres comme si une pépie soudaine les avait desséchées) quel dom­mage que tu n’aies pas deux queues…

Alain et le Balafré éclatèrent de rire, se firent un clin d’œil complice “S’il n’y a que ça pour te faire plaisir J’avais atteint mon but, ils avancèrent d’un même pas, ma bouche s’ouvrit pour accueillir la queue du Balafré au même rythme que celle d’Alain prenait possession de mon vagin. Catherine se plaignit à haute voix que de là où elle était, elle ne pouvait nous voir. Son mari lui dit de ne pas s’en faire, il me souleva, toujours fiché au plus profond de moi et fit les quelques pas nécessaires pour qu’elle puisse “se régaler les yeux”.

Je couinai quand le Balafré se retira de ma bouche, mais on n’avait pas d’autre choix. En riant, Alain mit deux doigts dans ma bouche “Chuuuuttt… chhh… c’est l’affaire de quelques secondes, quand nous fûmes installés, quand il retira ses doigts et avant que le sexe du Balafré ne prenne leur place, je regardai Alain droit dans les yeux et, le plus sérieusement du monde, lui affirmai “Tu feras un papa génial !”. Personne n’eut l’idée d’en sourire.

J’ondulais au rythme des va-et-vient d’Alain, qui regardait alternativement Cathy, puis moi. Elle était assise sur les cuisses de Christian qui caressait son ventre, son sexe, tout en observant le Notaire, aux anges, aller et venir entre ses seins. Une fois encore, j’enviai mon amie. Comme j’aurais aimé pouvoir accueillir entre les miens, le sexe d’un homme, m’amuser à le voir disparaître, réapparaître, sentir sa caresse soyeuse sur la peau si sensible de mes nichons ! J’entendais le Bavard s’impatienter.

Arrête de finasser… t’auras tout le temps d’en profiter quand elle sera prise… Boudiou, rien que d’y penser… comme c’est bon entre les nichons d’une femme enceinte… Tu le sais pourtant !

Parce que tu crois que Madame pratiquait la chose ?

Boudiou oui ! Je le croyais, mais depuis tout ce temps… vous êtes mariés depuis… ?

Bientôt 15 ans

Ouh ! Fatché, mais… jamais… avant ? Pourtant, permets-moi de te dire… (le Bavard posa sa main sur le cœur pour indiquer au Notaire qu’il ne devait pas y voir offense)… ta femme, elle aime la bite !

Je le découvre seulement ! Je ne voulais pas la choquer et elle avait peur que je la méprise si elle me confiait ses fantasmes, ses envies… depuis qu’elle participe aux… je crois que nous n’avons jamais été aussi soudés, aussi amoureux et confiants l’un en l’autre…

Cathy se pâmait, elle retenait la main de Christian à chaque fois qu’elle était sur le point de jouir et le suppliait “Un peu… encore un peu… encore… un peu…” et ses mots se confondaient avec la conversation entre les deux confrères.

Moi, si je l’avais mariée, Madame, j’aurais pas attendu quinze ans, boudiou !

Le Notaire lui demanda ce qu’il aurait dû proposer à son épouse et tandis que le Bavard décrivait avec force détails comment il aurait commencé par lui caresser les seins avant de les lécher, comment ses mains auraient précédé sa bouche le long de son ventre, comment il lui aurait sucé l’abricot pour en récolter le nectar, Cathy, Christian et moi pouvions constater l’effet de ses mots sur le sexe du Notaire.

Vé… rien que d’y penser… vé, vé !

Le gland du Bavard perlait d’excitation. N’y tenant plus, il fourra sa bite trapue dans la bouche de Cathy. Le Notaire explosa entre les seins de mon amie, nous éclaboussant les joues au passage.

C’est alors que tout s’accéléra. Cathy jouit sous les doigts de Christian, qui, n’en pouvant plus, délogea Alain C’est pour une urgence !”. Il me pénétra en s’en excusant presque. J’aimais le sentir ainsi, venir en moi après s’être échauffé avec une autre, j’aimais l’entendre parler de mon bouton d’or, du plaisir qu’il nous offrait déjà et de ceux qu’il nous réservait encore, et ce soir-là, j’ai aimé par-dessus tout qu’il jouisse en moi quand les doigts de Cathy me firent jouir et que les miens la firent jouir en retour. Il nous cria des mots d’amour qui se gravèrent à tout jamais dans nos mémoires.

Le Bavard proposa au Notaire de prendre sa place pendant qu’il ferait minette à Catherine. Christian céda sa place à Alain. Jimmy et Joseph s’étaient, quant à eux, lancé le défi de nous regarder sans se branler en attendant leur tour. En outre, Jimmy était chargé de mettre les disques qu’Alain lui indiquait.

Je ne sais plus combien de fois nous avions joui, quand le Bavard décida qu’il était temps “d’inviter la petite fée”.

Ah ah ! La bonne excuse ! Dis plutôt que tu veux me baiser, ce sera plus franc !

J’aurais presque pu sentir pétiller mes yeux ! Nous adorions nous houspiller, nous chamailler, pour le plus grand plaisir de nos partenaires. Prenant ses païs à témoin, il affirma 

Voilà… c’est ça l’amitié à la mode de Paris… même pour son amie… un petit geste, pas même un effort… juste appeler… inviter la petite fée… mais non… elle s’en moque, la Parisienne de la peine de son amie !

Il éclata de rire en me désignant.

Vé ! Vé, les yeux en boule de loto ! Et en bleu, c’est encore plus rigolo !

C’est pas moi qui l’invite, j’te f’rais dire ! C’est toi qui la fais apparaître, alors si tu étais aussi l’ami parfait que tu le prétends être… t’aurais pas perdu tout ce temps en blabla !

Le Bavard en resta muet de surprise. Jimmy proposa une variante de la figure Monique. C’était donc ça, tous ces conciliabules entre lui et Joseph… !

Puisque nous avons ici les descendants… et qu’ils ont la tchatche aisée, si vous nous lisiez un chapitre en duo ? Le Bavard lirait par-dessus ton épaule, pendant que je te prendrais et…

Que je ferais une branlette espagnole à Joseph ?

L’éclat de rire général permit à mon ectoplasme de se libérer, mais pas dans l’immédiat. Cathy venait de me demander comment j’envisageais la figure Monique. Alain la tenait dans ses bras, il avait jeté l’éponge avec un grand sourire, personne ne se souvenait combien de fois, il s’était exclamé « Ô, pute vierge, je viens… je viens… je viens ! ». Catherine rayonnait encore plus qu’à l’ordinaire. La soirée avait été organisée pour elle et aurait dû s’achever dès qu’Alain n’aurait pu plus y participer. Cependant, elle insista parce qu’elle était curieuse d’entendre les mots de Rosalie lus par sa petite-fille, mais surtout de voir le descendant de Barjaco les découvrir. Comme les autres, il connaissait l’existence du cahier, mais il n’avait pas eu l’occasion de le lire. Le Bavard bougonna pour le principe, mais sans savoir pourquoi au juste.

J’avais choisi Christian pour m’empaler, il me ferait aller et venir en me prenant par la taille, et Joseph pour me caresser. Cathy protesta « Ah non, alors ! Joseph, il est pour moi ! » Les joues de Joseph se teintèrent de rouge, mais il était ravi de nous voir nous disputer ses faveurs.

– Mesdames, mesdames, allons voyons ! Vous me flattez, mais de grâce, de grâce, ne vous chamaillez pas !

Catherine choisit les doigts de Jimmy pour me caresser et, se ravisant, annonça « Et pourquoi pas les deux aux caresses ? » se tournant vers le Notaire, ajouta « Tu voudrais bien refaire l’amour à mes seins ? »

– C’est demander à un aveugle s’il veut voir, ma chère !

Le Balafré me tendit le cahier en me demandant quel chapitre j’avais choisi de lire, sans hésiter, je répondis « Étant données les circonstances, celui où Rosalie raconte la grossesse de Nathalie. »

– Tu ne pouvais pas faire de meilleur choix, j’étais certain que tu le choisirais !

Il me fallut enfiler une chemise. Pour rendre la figure plus… réjouissante, il importe que la chemise comporte le plus de boutons possible, par chance, cette nuit-là, c’était celle d’Alain qui en avait le plus ! J’avais fini de tout boutonner quand il eut cette idée de génie d’y ajouter ses deux manchettes munies de leur bouton et de demander aux autres confrères d’en faire autant.

Le Bavard voulut lire par avance, mais Cathy s’y opposa fermement. Je m’apprêtais à lire le texte, le Bavard dans mon dos me caressant sous la chemise, Christian me faisant coulisser le long de son membre en me souriant, quand le Balafré et Jimmy posèrent leurs mains sur mes cuisses, qu’ils les caressèrent comme deux pianistes l’auraient fait, mon ectoplasme s’arracha de mon corps, il me sembla y distinguer deux petites ailes, mais je n’ai jamais su si cette « vision » était réelle ou si elle était influencée par le souhait de Catherine que je la nommasse Petite fée.

– Té ! On attendait plus que toi ! T’en as mis du temps ! T’étais coincée dans le corps de Neuneuille ou quoi ?

Pour la première fois, je remarquai que tous regardaient dans la même direction que le Bavard, plissant les yeux, scrutant le vide. J’avais autant envie d’en rire que d’en pleurer d’émotion et de tendresse.

– Tu me feras pas venir trop vite, hein ? Promis ?

Ma petite fée hocha vigoureusement la tête. Je débutai la lecture, le Bavard jeta un coup d’œil par-dessus mon épaule, rassuré de l’écriture soignée de Rosalie, Christian me soulevait, m’empalait au rythme du récit qu’il connaissait par cœur. J’étais décontenancée par ce que voyait ma petite fée. Joseph appréciait le style du récit, il frisait entre ses doigts une moustache imaginaire. Le Notaire semblait absent, noyé dans le plaisir qu’il prenait entre les seins de Catherine. Mais ce qui me déconcentrait le plus, c’était le regard du Bavard quand je lisais certains passages, il est vrai qu’il les avait presque tous connus et côtoyés pendant des années sans se douter des liens qui les unissaient. Il laissait parfois échapper un « Fatché ! » ou un « Ô, pute borgne ! », mais jamais mon corps n’avait été aussi sensible à ses caresses qu’il le fut à partir de cette nuit-là.

Christian avait déjà joui de moi et se faisait dorloter par Cathy, le Balafré avait pris sa place et me faisait aller et venir en me criant silencieusement son amour quand le Bavard lut sa première réplique. Je pris soudain conscience de la situation, que chaque mot de Rosalie était la transcription exacte de ce qu’elle avait vécu, en entendant le Bavard lire les mots de son grand-père, je réalisai qu’il n’avait pu en prononcer d’autres. Ma petite fée fonça sur lui et l’embrassa sur la joue. Il me serra davantage dans ses bras.

Le Balafré jouit à la dernière réplique de Barjaco. Je voulus arrêter la lecture quelques lignes plus bas, puisque la fin du chapitre ne concernait plus vraiment la grossesse de Nathalie, mais tous insistèrent pour que je lise la suite, Cathy me fit son regard de chien battu auquel je n’ai jamais pu résister… Je posai néanmoins mes conditions : que le Bavard me prenne, en précisant que je l’avais bien mérité, il me fit un clin d’œil complice, je demandai à Christian de prendre sa place afin qu’il lise les dialogues de Toine et de son père et puisque Cathy était à mes côtés, qu’elle fasse de même avec les mots de Nathalie.

– Dis-moi, fille de Mère-Nature, elle est où ta petite fée ? Elle serait pas sur mes couilles, par hasard ?

Le Bavard maugréa « Et on dit de moi… ! », de l’index, Alain nous montra la raison de son interrogation. Ce qui nous stupéfia autant que lui. Nous reprîmes la lecture dans ce que nous nommâmes dès lors « la figure pour Cathy ».

Catherine et Alain avaient fait l’amour les jours précédents, ils le firent aussi les jours suivants, pourtant il nous parut évident, quand la grossesse fut confirmée, que Bastien, le père de ton Enzo, avait été conçu cette nuit-là.

Pour conclure ces chroniques matrimoniales, Monique nous raconte comment elle a relevé son premier défi.

Chroniques matrimoniales – Est-ce qu’il y a besoin de se mettre la cervelle à l’envers pour être heureux dans l’amour ?

b9072c4f9d7aec73e7d403841a3ff29dJusqu’à sa mort, je taquinais Neuneuille en m’excusant régulièrement d’avoir chamboulé son programme si bien établi. Il me menaçait alors de sa canne « Méfie-toi ! Si je t’attrape, canaille, gare à tes fesses ! », mais c’était pour le simple plaisir de me faire éclater de rire.

Je dois reconnaître que pour les avoir bouleversés, nous les avions sacrément bouleversés, nos plans ! Tous autant que nous étions !

Dès la première réunion de la Confrérie du Bouton d’Or, nous avions tous noté une nette amélioration de l’état de Neuneuille. À la fin de ce premier dimanche consacré à la Confrérie, les vieux évoquèrent sa vie solitaire, l’ennui durant ces journées et ces soirées qui lui paraissaient interminables. Dans un même élan, nous proposâmes à Neuneuille de venir s’installer rue Basse avec Rosalie, Valentino et Nathalie s’il ne craignait pas les commérages à son propos. Il eut cette réponse qui m’étonna avant de me paraître évidente.

– Parce que tu crois que les gens s’imaginent que nous batifolons encore à nos âges ? Et même toi, petite, quand tu me croisais dans le village, y pensais-tu ?

Je dus reconnaître que non.

– Les vieux, ou ce qu’il en reste, savent tous que Nathalie et moi soulagions les tourments des anciens combattants, leurs enfants, qui ont l’âge d’être vos parents, le savent aussi… plus ou moins… Même quand nous étions des « jeunesses », personne ne s’est jamais douté de quoi que ce soit… alors, tu t’imagines bien que ce n’est pas à nos âges…

Alain se demanda à voix haute pourquoi on n’imaginait jamais que les vieux puissent avoir une sexualité.

– Parce que nous sommes conditionnés à relier la sexualité à la procréation ! Or, les vieilles ne peuvent plus enfanter, quant aux vieux… on s’imagine que la longue mise en route est rédhibitoire. Je pense surtout que personne ne veut admettre que son pépé, sa mémé, son père, sa mère puissent s’envoyer en l’air !

Rosalie poursuivit en me prenant pour exemple. Il est vrai qu’avant de lire son cahier, je ne l’aurais jamais imaginée pratiquant une sexualité identique à la mienne quand elle avait mon âge et qu’après l’avoir lu, après plus d’un an passé à ses côtés, je n’avais pas soupçonné qu’elle rejoignait Valentino quand elle s’absentait plusieurs jours.

Cathy, Alain, Christian et moi partagions souvent nos dîners avec eux, tantôt rue Basse, tantôt « chez Toine », c’est lors de ces repas que je taquinais Neuneuille.

Barjaco finit par s’installer avec ses amis, prétextant vouloir offrir un peu de liberté à son fils et à sa bru. Le Bavard travaillait toujours dans l’exploitation familiale, mais il venait de s’installer dans sa propre maison. Tu te rends compte ? Après dix ans de mariage ! Cette promiscuité a parfois engendré des drames familiaux, mais je n’en avais absolument pas conscience à cette époque.

Je me souviens parfaitement du soir où la décision fut prise. Barjaco venait d’arriver, comme à son habitude, il fit un gros bisou baveux sur la nuque de Bouton d’Or. Il aimait par-dessus tout me taquiner à propos de mon geste agacé pour essuyer la salive qui n’était pourtant pas sur ma peau. De mon côté, j’aimais par-dessus tout qu’il me taquinât ainsi et il savait que j’aurais été déçue qu’il ne le fît pas. Et s’il le savait, c’est parce que je le lui avais dit.

Aucune séance de la Confrérie du Bouton d’Or n’était prévue, mais il avait voulu passer la soirée avec nous parce que la télé lui cassait les oreilles, malgré le volume trop bas pour qu’il puisse suivre les dialogues. Il n’entendait qu’un brouhaha gênant et fatiguant à la longue, il comprenait cependant qu’après une journée d’un dur labeur, son fils ait besoin de se détendre. Il était donc venu passer quelques heures en notre compagnie.

Il n’avait jamais ressenti une affection particulière pour le Bavard, après tout, il avait de nombreux petits-enfants et était même déjà arrière grand-père. Mais depuis ce fameux 13 juillet 1974, il s’était rapproché de lui. « Grâce à toi, Mounico, grâce à toi ! » Maintenant que le Bavard était parti avec femme et enfants, pour emménager dans sa propre maison, Barjaco ne se sentait plus à son aise à la ferme. Il se surprenait à réagir comme réagissaient ses parents quand il voulait moderniser l’exploitation.

Puis, comme s’il nous avouait une faute, il finit par nous dire que la veille au soir, il avait surpris la fin d’une conversation entre son fils et sa bru. Pour être exacte, il n’avait entendu que ces quelques mots « Tant que le père sera parmi nous, ce n’est pas la peine d’y songer » Il nous regarda, ne chercha pas une seconde à masquer sa peine, à contenir ses larmes « Je leur pourris la vie, comme mes parents ont pourri la mienne ». Il y eut un silence embarrassé. Barjaco se reprit aussitôt, se racla la gorge.

– Dis, cousin, puisque tu vas vivre ici, chez Bouton d’Or, tu voudrais bien me la prêter, ta bicoque ? Ou me la louer ?

– Certainement pas ! Non, n’y compte pas !

Avant que mon « Pourquoi ? » ne sorte de ma bouche, Valentino posa sa main sur l’épaule de Barjaco.

– Tu te figures tout de même pas que je vais laisser ma maison, l’héritage de MES ancêtres à un gars comme toi ? Tu crois qu’on va te laisser tout seul, là-bas maintenant que nous sommes réunis ? N’y compte pas ! Tu viens t’installer ici, avec nous ! Non, mais !

C’était vraiment leur truc, ça ! Offrir un cadeau comme on quémande une faveur ou comme on inflige une sanction et celui qui le recevait râlait comme s’il lui en coûtait ! Au début, je m’en étais étonnée, mais en cet automne 1975, je m’y étais déjà accoutumée.

Nathalie, toute guillerette, taquina la moustache de Barjaco avant de lui rouler une pelle. Rosalie nous désigna à son amie d’un mouvement de menton. Nathalie nous regarda, Cathy et moi.

– Hé bé ?

– On voyait ta langue… et la sienne !

– Et alors ? Vous faites comment, vous autres ? ! Vous mettez pas la langue ?

– Oui, mais… on est…

– Jeunes ? C’est ça ?

En réalité, ce qui nous avait troublées, ce n’étaient pas tant leur langue, ni même leur âge, mais Nathalie avait embrassé Barjaco exactement comme Cathy embrassait Christian. Il était plus simple pour nous de le leur expliquer.

– Tu sais donc ce qu’il te reste à faire, mon garçon !

En disant ces mots, Barjaco enroula sa longue moustache autour de son index ce qui m’amusa beaucoup.

Nous décidâmes de fêter dignement cette nouvelle installation. Je vis pétiller les yeux de ma grand-mère, ceux de celle de mon mari. Je me souvins du récit que Bonne-Maman m’avait fait de leurs retrouvailles avec Pierrot et Toine. Rosalie posa sa main sur la mienne.

– Si tu as une bonne idée, ne la garde pas pour toi !

– Si nous nous offrions un séjour à Nice pour fêter ça ?

Plus tard, quand je lui demandai comment elle avait su à quoi je pensais, Bonne-Maman me répondit « le bleu de tes yeux a eu, l’espace d’une seconde, le reflet ambré de l’huile d’olive ».

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Dessin de Marc Dubigeon

J’étais assise aux côtés du Bavard, peu avant, nous avions décidé qu’à la première occasion, nous rendrions la monnaie de leur pièce à Rosalie et Barjaco qui riaient comme des gamins à me voir sursauter quand il l’embrassait ou lui pinçait les fesses. Pour que le phénomène se produise, il fallait que je sois dans la même pièce que Rosalie et nous le savions déjà. Nous le savions sans pour autant nous l’expliquer.

Le Bavard m’avait suggéré d’inverser les rôles et de faire sursauter Rosalie quand elle s’y attendrait le moins. Nous étions assis sur le canapé, tandis que Rosalie et Nathalie parlaient avec Catherine près de la fenêtre. Neuneuille faisait quelques pas dans le jardin en compagnie de Valentino et d’Alain. Barjaco, sur le pas de la porte du salon, discutait avec Christian. Nous attendions tous l’arrivé du Balafré pour mettre au point notre séjour à Nice.

Le Bavard m’embrassa dans le cou, mais Rosalie ne réagit pas. Je ricanai quand il me demanda à l’oreille si son absence de réaction n’était pas due à « sa vieille peau tannée par les ans et le soleil de la douce Provence », il glissa alors sa main sous ma robe, caressa l’intérieur de ma cuisse espérant que la sensibilité n’ait pas disparu, elle aussi. Aucune réaction de Rosalie, mais je remarquai un léger sursaut de Barjaco qui regarda la paume de sa main d’un air surpris.

Dans un sourire, je dis au Bavard « C’est pas elle… c’est lui ! » et caressai son sexe au travers du tissus. L’aïeul et son descendant marmonnèrent simultanément « Boudiou ! »

Je tournai mon visage vers Barjaco et lui souris comme une gamine effrontée. Personne ne remarqua mon manège, jusqu’à ce que Barjaco, pétri de mauvaise foi, demande à Rosalie si la diablerie était le fait des Normandes. Rosalie me regarda, me sourit et haussa les épaules pour toute réponse.

– Que racontes-tu là, Barjaco ?

– Je parle de diablerie et de ces diablesses normandes !

– Tout finit par s’expliquer un jour, aie confiance en la science et dans ses progrès !

Nathalie se prit la tête entre les mains.

Pauvres de nous ! Maintenant que Toinou et Pierrot ne sont plus là, c’est lui qui s’y met !

Serrant ses poings sur ses hanches, elle défia Valentino du regard.

Et si ça nous plaît mieux, à nous, d’y voir de la magie, en quoi ça te dérange ?

Ça me dérange qu’on traite ma Rosalinetta de diablesse, voilà ce qui me dérange !

Boudiou, tu m’as fait peur… j’ai cru un moment que tu me reprochais le mot « normande »… !

Allons, voyons, cousin, je le savais depuis le début… souviens-toi… quand elle m’a déniaisé…

Toute l’assemblée éclata de rire, puis nous nous sommes regardés et l’air de la pièce s’est soudain chargé d’une sérénité absolue.

Le Balafré arriva enfin, s’excusa de son retard, mais la bonne nouvelle dont il était porteur nous récompensa amplement de notre attente. Il avait trouvé où nous loger pendant notre séjour à Nice et, si d’aventure il prenait aux autres membres de la Confrérie l’idée de venir nous rendre visite, nous pourrions les y héberger ! Valentino lui ouvrit grand ses bras et leur accolade m’emplit de bonheur. Nous trinquâmes à la joyeuse perspective de ce séjour.

Avant de passer à table, le Bavard tint à remercier Rosalie d’avoir convié Barjaco à vivre chez elle, lui offrant ainsi une bonne raison de passer quelques soirées au village « rapport à la piété filiale ! Non seulement, je passe pour un brave petit, mais je peux profiter des caresses de Monique, de ses baisers.. »

– Et de mon petit con et de mon joli cul !

– Tu vois, Rosalie, c’est ça, le drame de ma génération… les filles n’ont plus le goût à la poésie, tout ce qui les intéresse c’est de tout salir !

Je m’assis à ses côtés, il me fit un clin d’œil complice et je remarquai qu’il s’était débrouillé pour sortir son sexe de son pantalon sans que personne ne s’en aperçoive.

Durant tout le repas, nous nous amusâmes à taquiner Barjaco. Le Bavard me caressa la cuisse et quand nous eûmes confirmation que Barjaco ressentait la même chose que mon comparse, nous poussâmes le jeu un peu plus en avant.

Je portai ma cuillère à ma bouche quand le Bavard me heurta le coude.

– C’est mariée, mais ça ne sais toujours pas manger proprement !  Regarde, tu t’en es foutu partout !

En disant ces mots, il fit mine d’essuyer ma robe. Personne ne nous prêtait spécialement attention, ce qui nous convenait bien.

Mais… tu ne t’es pas brûlée, au moins ?

En disant ces mots, il échancra l’encolure de ma robe et caressa ma poitrine de sa grosse main rugueuse et délicate à la fois. Barjaco, surpris, lâcha sa cuillère qui tomba avec fracas sur le bord de son assiette. Le silence se fit le temps que chacun comprenne qu’il ne s’agissait pas là d’un malaise. Les conversations reprirent, mais je vis un large sourire s’épanouir sur le visage de Rosalie.

Confortée par cette marque silencieuse de complicité, je glissai ma main le long de la cuisse du Bavard, qui fit tomber ma serviette en me traitant de maladroite. Je me penchai donc pour la ramasser, mais faisant preuve d’une maladresse supplémentaire, je la fis glisser… oh… pas de chance… jusqu’au centre de la table… ce qui me contraignit à me mettre à genoux entre les cuisses du Bavard.

Je souris en repensant à mon relatif dépit ce soir-là. J’aurais donné tout ce que je possédais pour être à la place du Bavard et voir la réaction de Barjaco quand ma langue humide a léché le gland de son petit-fils, quand mes lèvres se sont entrouvertes et que ma bouche a commencé à déguster sa bite raide, dure, appétissante comme le meilleur des sucres d’orge…

La plaisanterie ne dura que quelques dizaines de secondes, mais le Bavard me dit que je venais de lui offrir le plus beau cadeau qu’il aurait pu imaginer. Je repris ma place à table. Barjaco me fit les gros yeux, mais il eut en même temps un hochement flatteur de la tête pour signifier à son petit-fils qu’il avait bien de la chance.

Tout ceci se passa sans que les autres conversations aient cessé. Je n’y prêtais guère attention, toute occupée à imaginer le prochain « agacement ». Barjaco voulu me faire la réponse du berger à la bergère en titillant Rosalie, mais elle fit comme si sa conversation avec Cathy revêtait une telle importance qu’elle ne voulait pas l’interrompre avec ces billevesées. Elle repoussa la main de Barjaco d’un mouvement agacé de l’épaule, tout en m’adressant un discret clin d’œil. Barjaco voulut alors l’embrasser. Valentino intervint.

– Mais fous-lui donc la paix, bordel de dieu !

– C’est la gamine ! Depuis tout à l’heure, ces deux-là… je voulais…

– Et pour toi, Rosalinetta, c’est une poupée ?! Une poupée avec laquelle tu vas faire enrager les gamins ? ! Et c’est quoi la prochaine étape ? Ma… cette mentalité… je comprends pourquoi papa a préféré s’installer à Paris… !

Barjaco ayant expliqué ce qui se passait, toute l’assemblée voulut étudier le phénomène « Ma… c’est à visée scientifique… tu te doutes bien que si c’était pas pour la science… »

Je m’assis sur le canapé, aux côtés du Bavard, tandis que Barjaco s’installait dans le grand fauteuil près de la fenêtre. Alain, Christian, Cathy, Nathalie, Neuneuille, Rosalie, Valentino et le Balafré s’étaient levés, comme si la position debout accentuait le caractère « amoureux de la science » de l’observation.

Je caressai du bout des ongles la queue mi-molle du Bavard. « Escusez… c’est… l’émotion ! » Il a toujours eu un sens de l’humour incroyable ce Bavard… ! Il reprit de son assurance en même temps que sa vigueur. Je le branlai doucement. Un « OOOOHHH ! » ébaubi enfla et emplit la pièce.

Je n’osai pas encore regarder « en vrai » la queue de Barjaco, mais son regard m’informait de son état. Sa voix fut d’une beauté et d’une mélodie incroyables quand il nous dit :

– Petit, tu as compris maintenant ? Tu as compris pourquoi ton corps connaissait le sien ? Pourquoi tu la connaissais si bien dès la première fois? Elle a la douceur de Bouton d’Or, la fille de Mère-Nature ! Et toi, tu as ma peau ! Et vous autres… si vous aviez… sous la table… tout à l’heure… !

Il fit un très joli sourire à Rosalie « Les jolies chattes font de douces minettes… ! », cligna de l’œil et, en plaisantant, me demanda si je voulais « renouveler l’espérience ». Je ne saisis pas la plaisanterie sur l’instant.

Un peu gênée, j’acceptai à condition que les vieux ne me regardent pas faire. Je ne saurais expliquer la raison de cet accès soudain de pudeur, puisqu’ils nous avaient déjà tous matés depuis leurs postes d’observation pendant plusieurs partouzes.

Personne ne me taquina ou ne fit la moindre remarque.

Je m’installai le plus confortablement possible et suçai le Bavard en y mettant tout mon cœur, toute mon âme, tous mes rêves, toute mon ardeur et toute ma science. Pour la première fois, nous les entendîmes commenter en même temps ce que ma bouche leur offrait. C’était surprenant, leurs mots, leurs interjections, leurs cris, leurs souffles qui se répondaient, s’entrechoquaient, comme sur une mauvaise bande stéréo.

Mon ectoplasme s’échappa une nouvelle fois. Valentino caressait la poitrine de Rosalie, il lui fallut un peu de courage pour oser s’approcher un peu d’eux et constater que Rosalie était empalée sur le sexe de Valentino et qu’elle « se faisait minette ».

Neuneuille avait calé son membre entre les seins de Nathalie, que je trouvai étonnamment beaux.

Barjaco, affalé dans le fauteuil souriait aux anges « Continue… oui… comme ça… »

Catherine me regardait attentivement, elle encourageait régulièrement le Balafré et Christian à se branler. Elle savait trouver les mots justes pour expliquer ce que nous ressentions, elle et moi, quand des hommes nous observant, se branlaient ostensiblement, comme les sentir envieux nous excitait, nous donnait envie d’en offrir davantage…

Alain venait en elle dans une levrette claquée.

Le Bavard se laissait faire, ses doigts froissant mes cheveux, parlant comme à son habitude « Ah ! Te voilà, toi ? Dis, pépé, tu la vois, toi aussi ? » Mon ectoplasme se dirigea vers Barjaco, qui ne le vit pas, malgré les indications précises du Bavard.

Té, Alain… fais-lui plaisir ! Montre-lui mieux ta grosse queue brillante de la mouille de ton épouse ! Voui ! Comme ça ! T’es contente, hé capoune ? T’aime bien regarder comme une petite vicieuse… ça te donne des idées… c’est ça ?

Mon ectoplasme fit oui de la tête et sourit au Bavard qui l’invita à s’approcher d’un geste de la main.

Vai… fais-moi venir, petite créature… fais-moi venir… peti…

Le Bavard jouit dans ma bouche, mais il me sembla percevoir un arrière-goût, un goût différent, un goût jusque là inconnu de mes papilles.

Barjaco se plaignit.

Boudiou ! Même puceau… même minot… jouir comme ça… sans rien faire… sans rien contrôler… mais… boudiou de boudiou… quelle pipe !

La Confrérie du Bouton d’Or à la rescousse ! (hommage à Enid Blyton)

Chroniques matrimoniales – La Confrérie du Bouton d’Or, l’intronisation

Nous arrivâmes les premiers, Christian, Catherine, Alain et moi. Le Balafré avait rejoint son appartement à la nuit tombée, le Notaire était parti en début de soirée, ainsi que le Bavard qui se chargerait de convier Joseph à notre réunion du lendemain, le Balafré se chargea de Jimmy. Nous avions pris cette décision à l’unanimité. La première en tant que confrérie, vingt-quatre heures avant notre intronisation.

J’avais parlé avec Cathy, lui avais raconté tout ce que je savais sur la Confrérie, les détails que j’avais notés et que Christian avait omis dans son récit. A contrario, il en avait relevés d’autres qui m’étaient passés inaperçus. On regardait les photos des fondateurs de la Confrérie. Cathy regardait le cliché où Nathalie était enceinte.

– Si tu savais comme il me tarde… !

– Tu seras magnifique, regarde-la !

– Tu crois ? Et si ça prend des mois ? Ou que ça ne marche pas ?

– Alain te comblera ! Plains-toi ! Et pis… t’as vu comme il jute ?

Nous riions comme les deux collégiennes que nous n’avions jamais étées !

– Quand je te regardais, tout à l’heure, que j’entendais le Bavard, le Balafré… et.. et Christian… je crois que c’est Christian qui me manquera le plus…

– C’est normal ! Avec Christian c’est pas pareil… tu les as pas dépucelés tous les autres ! Alors que Christian, si ! Tu l’as fait à ton goût !

Cathy sursauta quand je l’embrassai sur la joue.

– Si t’avais pas été là… je ne l’aurais pas connu… j’aurais passé un mois toute seule avec ma grand-mère au village…. elle n’aurait pas entendu grincer le lit et deux voix masculines… elle n’aurait pas écrit son cahier… à la fin juillet, j’aurais repris le train pour Paris, j’aurais repris mon boulot de « vendeuse-démonstratrice » en parfumerie et ne serais revenue au village que pour l’enterrement de ma Bonne-Maman… un baiser, c’est pas cher payé ! Oh non… ! Ne pleure pas… !

– J’avais pas pensé à tout ça… c’est beau comme tu me vois…

– Je te vois comme tu es, jolie Cathy !

Nous avons accroché un mot sur la porte de la chambre de Cathy demandant à nos hommes de nous laisser dormir seules cette nuit et de venir nous réveiller, s’ils acceptaient nos conditions. Nous nous sommes assises sur le bord du grand lit. Cathy avait toujours le cliché à la main.

– Je crois que celle de Toine était encore plus grosse que celle de mon Alain… t’en penses quoi ? Oh ! T’as pas honte ?

– Honte de quoi ? Tu regardes bien, toi aussi et t’as pas honte !

– Oui, mais Toine… il est mort… Valentino, il est vivant !

MAURICE ! Si tu veux pas que Neuneuille nous fasse « la crise cardiaque », faut que tu dises Maurice !

– Maurice, si tu veux, en tout cas il est vivant !

– Je connaissais déjà la bande-son, maintenant j’ai l’image !

Nous rîmes encore une fois comme deux gamines.

– Tu crois qu’ils sont en train de baiser en ce moment ou ils ont bu leur tisane et au dodo ?

– j’espère qu’ils sont en train de baiser ! En tout cas, Nathalie nous a fait comprendre que telle était leur intention.

– Je me demande comment ils peuvent encore faire… à leur âge…

– Cathy, c’est dingue ! Je voulais leur poser la question demain ! Ça fait partie de la « transmission », non ?

Cathy m’embrassa sur la joue.

– Si tu n’étais pas venue me chercher… Tu sais, quand tu es venue à la boulangerie, que tu m’as dit que tu voulais me parler, j’ai cru que c’était pour m’insulter… et puis, j’ai vu la voiture de Christian… alors, j’ai cru que tu allais me dire « Requin, loin des côtes ! »… mais tu avais un sourire si gentil… et quand j’ai su que tu faisais comme moi… Tu te rappelles comme tu m’as crié dessus ? Quand tu m’as dit que PERSONNE ne pourrait prendre ma place ! Et quand tu n’as pas pris le train… que tu es venue me chercher pour fêter ça… Sans toi, je serais restée la vendeuse de la boulangerie… la veuve à son Paulo mort sur la route… Sans toi, je n’aurais pas su qu’Alain était amoureux de moi… et tu veux bien que Christian me fasse un petit !

– Je ne veux pas d’enfant, de toute façon. C’est trop de soucis. Et puis, tu vas faire de mon amour l’homme le plus heureux et le plus fier ! C’est moi qui te dois un bisou !

Nous nous fîmes plus qu’un bisou avant de nous allonger. Cathy me tendit la photo.

– Avec lequel tu aurais eu envie de coucher ?

– J’aurais bien aimé tester Barjaco… pour… pour comparer… aussi Pierrot… et naturellement le Toine… et…

– Tous, quoi !

– Ouais ! Pas toi ?

Cathy me sourit, me fit un clin d’oeil et m’embrassa. J’aimais sentir ses longs doigts caresser mes cuisses, j’aimais la lenteur à laquelle elles s’ouvraient, j’aimais ses soupirs saccadés quand j’effleurai de ma bouche ses magnifiques seins… Je pensai aux mots du Balafré et me demandai s’ils seraient plus plantureux encore… Je ne pus m’empêcher de la téter un peu… Ma bouche descendit sur son ventre… À sa demande, je changeai de position. Tête-bêche, nous prenions tout notre temps avant de succomber aux plaisirs variés des cunis… nous nous taquinions du bout des doigts, du bout des lèvres et de la langue… Quand nous n’y tînmes plus, nous nous léchâmes comme on se désaltère.

Nous avions déjà joui, mais nous ne voulions pas changer de position… j’aimais sentir ses doigts me pénétrer, me fouiller, au beau milieu d’une phrase… elle m’excitait, puis les sortait, les suçait avant de reprendre.

– Tu crois qu’il lèche comment, Barjaco ?

Nous nous imaginâmes comment les uns et les autres nous auraient fait jouir… avec leurs doigts… avec leur bouche… et nous nous endormîmes avant la fin de l’expérience.

Dans un demi-réveil, je sentis la main d’Alain sur ma cheville… ma jambe se soulever… doucement… « Comme elles sont belles… ! ». J’imaginais leurs regards complices, leur sourire, leurs clins d’yeux… deux gamins ayant trouvé un trésor… un trésor auquel ils n’auraient jamais songé à imaginer… un trésor qui leur appartenait désormais… un trésor qu’ils avaient plaisir à partager…

Je sentis les mains de Christian soulever délicatement le visage de Catherine de ma cuisse. J’imaginai la douceur de son sourire. J’entendis le son de la langue de Cathy humidifier ses lèvres, suivi d’une légère déglutition. « Oui, ma Cathy… comme ça… comme ça… » les doigts d’Alain me fouillaient avec toute leur science… je bouillais de désir…

Je sentis son gland entrer au ralenti dans mon vagin qui l’accueillait en palpitant, en essayant de le happer… J’ouvris les yeux… nous gémissions à l’unisson… Christian, respectant nos instructions, me tendit le miroir pour que Cathy puisse profiter du spectacle… Christian s’étourdissait de ses commentaires « Tu vois comme Monique aime la grosse queue d’Alain ? Tu vois comme sa chatte se déchire ? Regarde comme il la fait reluire ! Oh oui… suce-moi comme ça, ma reine ! »

Comme je l’avais fait la veille au soir, je tétai le sein de Cathy… ma main glissa vers mon ventre, attrapa celle d’Alain, l’accompagna sur le pubis de Catherine, invita ses doigts puissants à faire des va-et-vient dans son vagin tandis que les miens écartaient ses lèvres, titillaient son clito.

Alain la sentit jouir une première fois, il s’excusa auprès de moi « J’ai trop envie d’elle ! » Je lui souris, il m’avait fait jouir d’une façon si délicatement violente ! « Vaï, je te donne ma bénédiction, mon frère ! » Christian me mit une tape sur le dessus du crâne pour m’apprendre à être insolente.

Alain invita mon époux à le remplacer auprès de moi, je refusai fermement.

– Non ! Ce matin, c’est tout pour Cathy ! Pour une fois qu’elle peut passer le dimanche avec nous… »

Cathy avait posé deux semaines de congés avant les fêtes de fin d’année où ça serait impossible. La boulangerie croulait sous les commandes tout le mois de décembre.

Christian me sourit, me caressa tendrement les cheveux. Alain me demanda si je voulais mater…. J’aimais exciter les hommes en regardant de très près la chatte de Cathy quand ils la pénétraient, mais j’aimais bien plus le plaisir que je prenais devant ce spectacle ! Christian se chargea du miroir, il voyait ce que Catherine voyait… ils virent, de l’angle opposé au mien et à celui d’Alain, mes doigts tirer la peau sous la toison pubienne de Cathy, de telle façon que son bassin ondula un peu… ils virent mes index et mes majeurs écarter délicatement ses lèvres et dévoiler ses replis entre rouge carmin et pourpre… ils virent le gland d’Alain, perlant de désir, se frayer un passage…

J’entendais Catherine gémir la bouche pleine du sexe de Christian qui soupirait de plaisir… J’aimais sentir ses doigts se crisper dans mes cheveux… Alain allait et venait… il me regarda mi-timide mi-amusé… son sourire excité m’excita… je fis jaillir le clito de Cathy, lui soufflai dessus… le léchai d’une langue humide…

– Ô, pute vierge ! Elle me la fait jouir avec ses gouinages ! Ô, pute vierge ! Elle arrête pas ! Ô, ma chérie, tu aimes ça comme elle te broute le minou ?

– Avec ta grosse queue dans ma chatte et celle de Christian dans ma bouche… ouh fan… oui, j’aime ça !

– Ô, pute vierge ! Tu le sens comme je viens ? Ô, pute vierge ! Je viens, je viens !

Cathy cria sa réponse étouffée par la queue de Christian qui s’enfonçait encore… Pour rien au monde, je n’aurais quitté mon poste d’observation ! Tout en la léchant, en la suçant, je regardais Alain se retirer… Sa queue poisseuse brillait de mille feux, comme une pierre précieuse… je relevai la tête pour lécher d’une langue gourmande ce membre qui s’offrait à ma bouche. Christian cria un « Je t’aime » sans que je sache à qui il s’adressait. Nous embrassâmes tendrement Catherine à tour de rôle, la cajolâmes en lui répétant notre amour.

Pendant le petit-déjeuner, Cathy leur raconta notre soirée et la façon dont j’avais « reluqué la queue de Valentino » Christian lui fit les gros yeux. « Maurice ! Il faut dire « Maurice » ! » Je narguai mon amie d’un sourire prétentieux. Avant de quitter la maison de Toine, ils me proposèrent un défi que j’acceptai de relever.

Quand nous arrivâmes, Barjaco, Rosalie et Valentino étaient en grande conversation. Nathalie et Neuneuille « traînaient un peu au lit ». Valentino chuchota quelque chose à l’oreille de Barjaco qui partit dans un grand éclat de rire. Ces vieillards rajeunissaient à vue d’oeil ! Bonne-Maman mit une tape sur le dos de la main de Valentino. « Si c’est pour vous moquer de Neuneuille… » elle eut un grand sourire « … gardez pas ça pour vous ! »

– Ma… je disais juste à Barjaco qu’on allait taire la vérité, que c’était Neuneuille le premier sorti du lit et qu’il arrive… à son rythme… !

J’étais éberluée de les entendre plaisanter, rire de leur ami, de ce que j’avais remarqué avec gêne la veille. Comme s’il avait lu dans mes pensées, Barjaco me dit :

– Faire comme si de rien n’était, c’est pire que tout ! Le taquiner sur ses tremblements, sa lenteur, c’est aussi lui rappeler qu’on l’a connu jeune et fringant ! Tu sais, il marchait toujours au pas cadencé, droit comme la justice !

En effet, du haut de mes vingt-et-un ans, je n’avais pas vu les choses sous cet angle.  Neuneuille et Nathalie arrivèrent, bras-dessus, bras-dessous, comme deux jeunes tourtereaux. Il me parut que Neuneuille tremblait moins que la veille, mais peut-être n’était-ce que l’impression laissée par son sourire éclatant, le bonheur qui l’auréolait… Les anciens avaient préparé la longue table. Les étuis, les écrins, une multitude de petits bulletins de vote, deux paquets d’égales hauteurs et tout un éventail de crayons.

Une partie de mon défi consistait à accueillir les autres membres. En les attendant, je fis remarquer à Neuneuille comme il semblait rajeuni depuis la veille.

– Une nuit entre elles deux et à leurs petits soins, il n’existe aucune meilleure cure de jouvence !

– Entre… elles deux ? ! Mais je croyais que… (m’adressant à Valentino) ça ne t’a pas dérangé ?

– Je n’en reviens pas moi-même ! Je l’ai remarqué l’autre jour… quand on est allés chez Toine… enfin, chez Nathalie… et même ça me plaisait bien de regarder Barjaco…

Barjaco gonfla exagérément la poitrine, bomba le torse et s’auto-complimenta, justifiant ainsi le revirement total de Valentino. Je regardai Cathy. C’était le bon moment !

– À propos… je me demandais… je voulais savoir… comment on fait… à votre âge ?

– On prend notre temps !

– Barjaco ! Je suis sérieuse !

– Moi aussi, Mounico… moi aussi ! Té, c’est comme pour la vitesse et la bloblotte à Neuneuille ! Faire comme de rien, c’est pas bien… c’est pas une bien bonne solution. Alors, on en rigole tant qu’on le peut, tant qu’on est en vie ! Alors voilà… on prend no…

À cet instant, quelqu’un sonna à la porte. Quand j’ouvris, je ne pus m’empêcher de hocher la tête. Jimmy sembla s’excuser quand il m’expliqua.

– Je ne sais pas pourquoi le Balafré s’est garé devant chez Alain, ni pourquoi il était si important que je vienne te prévenir de son arrivée… mais… bonjour quand même !

Sachant parfaitement pourquoi il avait dû faire ça, je lui présentai Neuneuille dont il ne connaissait que la voix et de nombreux souvenirs de guerre.

– J’ai accepté de relever ce défi : coucher en public, sans que les non-initiés ne s’en doutent, avec la première personne à qui j’ouvrirais la porte aujourd’hui…

Trois petits coups, je reconnus immédiatement le toc-toc-toc caractéristique du Balafré qui répugnait à se servir d’une sonnette quand ce n’était pas absolument nécessaire. J’ouvris la porte en grand, regardai le Balafré, le Bavard, le Notaire et Joseph qui l’accompagnaient.

– Jimmy n’a pas pu venir, finalement ?

Ne leur donnant pas la possibilité de répondre, d’exprimer leur étonnement, je les invitai à entrer, les fis passer devant moi, prétextant la porte à refermer. Leurs exclamations amusées et menaçantes me récompensèrent amplement.

Quand nous fûmes tous installés, Neuneuille leva son verre. Après avoir trinqué, il proposa que Barjaco aborde le sujet dont nous parlions avant l’arrivée de nos invités.

– Mounico m’a demandé comment on faisait, nous les vieux pour honorer ces dames. Je lui ai répondu « en prenant notre temps » et elle a cru à une boutade… Boudiou, fait soif !

Il but un grand verre de « jus de pommes pétillant » avant de reprendre.

– Bien sûr qu’on bande moins vite, moins souvent et moins dur qu’avant, mais… on n’a plus rien à prouver non plus ! C’est bon quand ces deux déesses te caressent, te bizouillent, te taquinent et prennent leur temps… Et si on n’arrive quand même pas à bander assez dur, ou qu’on débande, c’est pas la fin du monde ! On se laisse aller au plaisir de se faire cajoler… On se régale de caresser ces deux belles femmes, de les embrasser, de les regarder… de retrouver les sensations d’avant et les petits endroits magiques… ceux qui déclenchent toujours les mêmes soupirs… vous comprenez ?

– Hé oui, nos corps sont vieux, usés, mais les mains qui les caressent, les yeux qui les regardent le sont aussi ! Cette nuit, je n’étais plus un vieillard, cette nuit, j’étais le plus heureux des hommes, entouré de mes amis, aux bons soins de ces deux pin-up ! J’attendais sereinement la mort, mais depuis hier, j’ai eu droit à du rab de plaisir !

Nathalie baissa les yeux en rougissant. Rosalie souriait, complice, à Barjaco et à Valentino. Je préférai imaginer les sous-entendus de Neuneuille plutôt que de savoir ce qui s’était réellement passé entre eux pendant ces dernières heures.

Rosalie prit la parole pour nous expliquer comment se prenaient certaines décisions à leur époque. Le système du vote, entre autres.

– Avant toute chose, nous avions tous un « nom de guerre », un petit nom secret que nous portions du temps de l’Amicale et que nous avons gardé avec la Confrérie. Moi, c’était Bouton d’Or.

– Moi, Pastourello

– Moi, Neuneuille

– Moi, Barjaco

– Et moi, Maurice

– Le cousin ! L’importun ! Le Parisien ! Il a toujours été comme ça, le Maurice, mon cousin… gourmand et tout !

– Et Papé ? C’était quoi son surnom ?

– On l’appelait Mandou, parce que les autres lui disaient qu’il était le messager, celui grâce à qui j’étais arrivée jusque ici ce qui leur avait permis de…

– Et surtout parce que ça le faisait râler ! Il était encore plus bouffe-curé que mon Toinou, le Pierrot et Mandou, c’est un mot de… la religion, quoi !

– Et Toine ? C’était « gari » ?

Rosalie éclata de rire.

– Non ! Gari c’était le surnom que lui donnait Pierrot ! Lui, on l’appelait Grignoun…

– Rapport à la taille de son engin… c’était plus conforme à la réalité, faut dire !

Le Bavard se pencha vers moi et m’expliqua.

– Ton papé disait « gari » pour dire « copain », mais ça veut aussi dire « rat »… ça dépend du contexte… et « Grignoun » c’est un étalon, le cheval reproducteur.

Chacun d’entre nous dut se présenter aux anciens, si on avait déjà un surnom, il fallait en expliquer la raison, sinon on se présentait et on donnait un premier avis sur les propositions des uns et des autres. À la fin, nous sommes passés au vote.

Je me suis présentée en premier, seul Neuneuille ignorait mon histoire, et encore, je le soupçonnais de faire semblant de ne pas la connaitre. À la fin, je proposai « Mounico » parce que j’aimais bien quand Barjaco m’appelait ainsi. Mais Alain s’écria « NON ! »

– Qué « non » ?

– Non, non et non ! C’est la cérémonie de la transmission ou c’est pas la cérémonie de la transmission ?

Je ne comprenais pas où il voulait en venir, je l’écoutai donc attentivement.

– La petite-fille de Bouton d’Or, il serait logique qu’on l’appelle « la fille de Mère-Nature », non ?

Il s’écroula de rire sur la table, sa main battait la mesure de son hilarité. Ce fou-rire fut communicatif, je n’arrivais même pas à lui en vouloir tant je trouvais ça rigolo, tant j’en avais été surprise. Je pensais m’en tirer à bon compte, quand Neuneuille posa la question fatidique « Pourquoi donc, « fille de Mère-Nature » ? »

Je dus donc raconter ma pitoyable confusion, seulement Rosalie, Valentino et Christian m’interrompaient sans cesse pour ajouter des détails, leur point de vue. Quelle humiliation ! Enfin, ça aurait pu en être une, si une bienveillance et un amour infini ne nous avaient tous unis les uns aux autres.

En réalité, je prenais plaisir à leurs moqueries. Quand je reprochai au Bavard d’ajouter ses propres détails de la scène alors qu’il n’était même pas là, il mit la main sur son coeur, comme si je l’avais offensé « C’est que j’ai l’imagination, moi, madame ! » Barjaco serra si fort Rosalie entre ses bras que je manquai d’étouffer.

Christian se présenta. Au moment de le surnommer, je m’aperçus que je n’avais aucune autre idée que « mon amour » « mon chéri » Alain cria « LE GENDRE ! » avant de s’écrouler une nouvelle fois sur la table, il faillit s’étrangler entre deux éclats de rire « le gendre de Mère-Nature ! » Je fis une boulette d’un bulletin de vote et la lançai au visage d’Alain qui éclata de rire « Botaniste et pétanquiste ! À trois mètres près, tu me touchais ! »

Neuneuille lui demanda de se présenter. Alain se présenta comme « le mari de cette déesse », il parla de sa « particularité particulière » qui intrigua bougrement Neuneuille « Faudra que tu me montres ça un de ces jours ! Ce serait bête que je meure avant d’avoir assisté au spectacle ! »

C’est en écrivant ces mots que je réalise qu’à l’époque, un vieillard au seuil de la mort curieux de voir un jeune homme, qui aurait pu être son petit-fils, éjaculer devant lui et de le lui dire, me paraissait tout à fait naturel. Nathalie s’enflamma.

– Oh oui ! Faut que tu voies ça ! C’est…

– Particulier ?

– Té, tu m’ôtes les mots de la bouche, petit !

Quand Neuneuille demanda pour le surnom, je proposai Aloune. La boulette de papier m’atteignit en plein front. Ce qui ne m’empêcha pas de rire.

– Et toi, petit ?

– On me surnomme le Balafré parce que…

Personne n’aurait imaginé qu’il aurait l’audace de faire ce qu’il fit. Il se leva, retira son pantalon et passa aux côté de chacun des membres fondateurs, la bite à la main, pour leur montrer la raison de son surnom. Rosalie le taquina en le félicitant « On voit bien que tu as l’amour de la transmission du savoir dans le sang ! Que tu es né pour enseigner ! » Le Balafré me regarda et ensemble nous nous écriâmes « Mazette !« 

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Ce que le Balafré venait de faire, à moitié par provocation, à moitié par évidence acheva de détendre l’atmosphère et de nous mettre définitivement à l’aise. Nous suivîmes son exemple et nous nous retrouvâmes nus, sans l’ombre d’une gêne.

Je regardais ces corps vieillis et les trouvais émouvants. Barjaco interpella Joseph et lui demanda s’il restait petit même quand il bandait ou si ça se déployait. Il n’y avait aucune moquerie dans cette question, mais une réelle curiosité. Joseph lui répondit avec franchise que son sexe restait petit, mais que personne ne s’en plaignait. Cathy et moi confirmâmes. Joseph savait y faire, qu’il nous faisait jouir aussi fort que nos autres partenaires réguliers.

Alain interpella Neuneuille sur le ton de la plaisanterie « Rêve pas Neuneuille, ma Cathy, elle est que pour moi ! » et lui en expliqua la raison. Neuneuille sourit et murmura « Elle est… presque aussi belle que la Nathalie ! » Catherine et Nathalie pouffèrent dans leur poing. Le Notaire ajouta son grain de sel.

– Notre amie est une déesse de l’amour, savez-vous ? Et son Paradis, sa belle poitrine. Que dis-je « belle » ? Sa DIVINE poitrine ! Quand elle vous y accueille…

– Je comprends mieux pourquoi on t’appelle « le Notaire » ! Je croyais que c’était à cause de tes attributions d’élu… Tu sais que tu risques gros si on te démasque ? Au moins aussi gros que le Balafré. J’espère que tu en as conscience ?

– Ça fait presque quinze ans que je mène cette vie, le soupçonniez-vous ?

– Aucunement ! Continue à être discret… Mais, et ne va pas t’imaginer que je cherche à te porter la contradiction, mais tu te trompes sur l’essentiel… le Paradis, c’est entre les seins de Nathalie la pastourelle, même si je ne peux faire la comparaison et que je ne doute pas de la douceur des seins de la jolie Catherine… !

– Tu vas voir qu’ils vont finir par nous demander nos faveurs, ces deux-là !

– Bonne idée, pastourelle ! Bonne idée ! Je vous le demande donc !

Mimant l’outrage suprême, Nathalie serra les poings sur ses hanches « Et sans même avoir soumis cette proposition à un vote ? ! » Elle s’interrompit. Se figea. Interrogea Valentino du regard. Puis Rosalie avant de réaliser que pour la première fois, elle venait de prendre Neuneuille à défaut, un manquement au rituel. Elle exultait comme une enfant tout en restant immobile. Sa surprise, sa joie, les perspectives taquines qui en découleraient ont traversé son visage, son regard comme une succession de vagues, d’ondes.

Nous faisions connaissance de la façon la plus informelle qu’il soit, mais rien ne nous paraissait malsain, graveleux. Nous étions à l’aise avec nos corps jeunes et ils l’étaient avec le leur, vieilli. J’appris ainsi certains détails de la vie d’Alain que j’ignorais et qui expliquaient un peu sa personnalité. Il s’approcha de Nathalie, tenant sa queue dans sa main, il lui demanda « … si celle du Toine… »

Christian l’engueula « Ça va ? T’es pas trop gêné de demander à ma mamé de te palper la bite ? » avant d’éclater de rire et de s’écrier, à l’unisson avec Alain « Avoue que c’est pas fréquent ! » Je voulus le repousser, parce qu’ils se moquaient de Cathy et de moi qui nous faisions souvent cette remarque. Mais en me retournant, je le regardai et fus saisie par la beauté de son corps, la délicatesse virile de son visage « C’est pas fréquent de vivre une histoire d’amour avec un homme aussi parfait que toi, j’te f’rais dire ! » Christian, troublé, fit semblant d’en plaisanter « J’avoue, c’est pas fréquent ! »

Il était temps de passer au premier tour du premier vote. Celui des surnoms. J’aimais bien leur façon de procéder, s’il fallait cent tours avant de se mettre d’accord, ils votaient cent fois. Mais dans les faits, le vote le plus long n’avait nécessité que six tours. Désignant l’urne qui trônait au centre de la table, Jimmy demanda s’il fallait prononcer la formule magique. Rosalie éclata de rire et lui expliqua que ce n’était pas la même urne, que l’autre était en réalité un ancien tronc d’église et me demanda de l’apporter puisque j’étais la plus près.

Il était accroché dans l’entrée depuis toujours, à côté des porte-manteaux, mais je n’y avais jamais prêté attention. Je n’y voyais qu’un vide-poche fixé un peu trop haut et qui servait le plus souvent de porte-chapeau de soleil. Je n’avais jamais remarqué la petite porte devant, la petite serrure, ni même la trace d’une croix . Je la décrochai, l’apportai en l’agitant comme un trophée.

– Elle n’est pas vide ?

Rosalie me regarda, surprise, m’expliqua comment l’ouvrir. J’en extirpai deux bouts de papiers. La même écriture sur les deux. Je souris en lisant le premier « La figure Rosalie » et le tendis à Bouton d’Or qui après l’avoir lu le fit passer à Nathalie.

– Tu vois ? Je t’ai toujours dit qu’il trichait, le Toine !

L’écriture était plus serrée, plus nerveuse sur l’autre papier. Je regardai Nathalie.

– Tu aimais les acrobaties ?

– Pas du tout… enfin… mais pourquoi vous riez, vous autres ? Pourquoi tu me demandes ça ?

Je déchiffrai péniblement en ânonnant

– Pastourello e lo sieu escabot

Christian serra sa main sur la mienne et me traduisit « La bergère et son troupeau » . L’évocation de cette figure alluma une lueur dans les yeux de Nathalie, de la nostalgie, mais sans aucune trace de tristesse, le simple souvenir de ce plaisir.

– C’est bien qu’il se soit manifesté aujourd’hui…

Puis, levant le poing vers le ciel, elle continua

– Descends un peu pour voir si t’oserais me contredire, mon Toinou !

Le choix de certains surnoms ne posa pas de problème, ceux qui avaient déjà cours restèrent d’usage. Pour Jimmy, il y eut plusieurs propositions spontanées, mais dès qu’elles furent énoncées, tout le monde s’accorda pour « le Professeur »

Joseph apprécia tout spécialement que les fondateurs aient proposé « le Sage » et l’explication qu’en donna Barjaco. « La sagesse, c’est connaître ses limites, de les accepter et de ne pas se cailler les sangs à se dire « si seulement ». La sagesse arrive avec l’âge, mais chez toi, elle est venue en avance ! ». Nous applaudîmes autant la tirade de Barjaco que la sagesse de Joseph.

Comme tu t’en doutes, il ne fallut qu’un tour pour que je devienne « la fille de Mère-Nature » parce que je votai dès le premier tour pour ce surnom !

Christian fut surnommé « l’Héritier » après trois tours. Il n’aimait pas l’idée, jusqu’à ce que Barjaco prenne encore la parole « Tu es le concentré de nous tous, petit ! Tu as du Toine, mais aussi de Pierrot, un peu de moi, de Neuneuille, aussi de l’autre… là-bas… celui qui… oui… le parisien, mon cousin ! Tu as beaucoup de Nathalie, mais aussi de Rosalie. Tu es notre héritier, que ça te plaise ou non ! »

Pour Alain, je fis ma tête de mule en votant pendant trois tours pour « Aloune », quand les autres s’étaient accordés dès le début. M’étant assez amusée, je votai comme tout le monde et Alain devint « Priape ».

Le plus joli surnom, aussi le plus étrange à nos oreilles, fut celui que nous attribuâmes à Cathy. Nous étions tous d’accord pour lui donner un nom de déesse, mais nous trouvions Aphrodite ou Vénus bien trop communs, trop évidents. Valentino nous parla alors d’un culte ancien, d’une déesse de l’amour… Je n’avais jamais entendu le mot « étrusque », pour moi il y avait les romains d’un côté, les gaulois de l’autre… Catherine devint dès lors notre « Turan« .

De la même façon, nous votâmes pour l’attribution des « symboles extérieurs ». J’aimais bien l’idée que, par exemple, ma voix comptât autant que celle de Neuneuille quand il fallut attribuer ses boutons.

Le Bavard reçut ceux de Barjaco, le Notaire ceux de Neuneuille, le Professeur ceux de Gentil Coquelicot, le Sage ceux de Bouche Divine, Priape ceux du Grignoun, l’Héritier ceux du Mandou, et le Balafré ceux de Maurice. Je reçus la broche de Bouton d’Or et Turan celle de Pastourello.

– Si la Confrérie du Bouton d’Or devait compter de nouveaux membres, n’hésitez pas à refaire fabriquer d’autres attributs. Vous ne devez pas vous accrocher à ce genre de détail.

Nous passâmes ensuite à l’ordre du jour informel de cette première réunion« Comment aider la fille de Mère-Nature à relever ce défi qu’elle a accepté ? »

Est-ce qu’il y a besoin de se mettre la cervelle à l’envers pour être heureux dans l’amour ?

 

 

 

Chroniques matrimoniales – La Confrérie du Bouton d’Or

Barjaco arriva un samedi matin dans la maison rue Basse, qui était la nôtre depuis peu. Il était accompagné du Bavard et avait convié Christian, Rosalie, Valentino et Nathalie à se joindre à nous. Je fus un peu surprise de les voir ainsi endimanchés et il me fallut me mordre les lèvres pour ne pas sourire quand il claironna qu’après toutes ces années, il avait gardé son corps de jeune homme.

La veille, j’avais croisé le Bavard et il m’avait raconté comment Barjaco avait tanné sa belle-fille pour qu’elle « arrange ce vieux costume en prenant garde qu’on ne puisse pas le remarquer ». La mère du Bavard avait proposé de lui en acheter un neuf, mais le bougre était têtu comme une mule, il n’avait rien voulu savoir et avait donné pour toute justification « une lubie de vieux fada ».

Quelle surprise nous réservaient-ils ? Leurs yeux pétillaient pourtant leur mine était solennelle. Nous commencions à piaffer d’impatience devant les sourires de Nathalie et de Rosalie qui papotaient. J’avais imaginé Barjaco très bavard et son silence m’étonnait vraiment. Valentino sifflotait en arrangeant la table à son goût. Il ne s’était pas assis, avait posé un autre verre sur la table et avait ramené « une bonne bouteille, parce que sinon… » Rosalie, Nathalie et Barjaco s’étaient exclamés « Gare à nous ! » avant d’éclater de rire. Nous entendîmes trois coups secs sur la porte, Rosalie me demanda d’accueillir ce visiteur puisque j’étais désormais la maîtresse de maison.

De plus en plus intriguée, j’ouvris la porte et me trouvai face à un vieillard secoué de tremblements. Je le regardai plus attentivement.

Neuneuille !

Lui-même en personne ! Fais-moi entrer, petite… je ne suis pas bien vaillant !

Il aurait eu besoin d’un déambulateur, mais seule une canne ouvragée l’aidait à tenir debout. Je regardai ce vieillard réunir ses dernières forces pour se tenir à peu près droit et marcher sans s’effondrer.

M’offririez-vous votre bras ? Je voudrais faire une entrée de reine…

Je lui proposais mon aide comme on demande un service et il m’en était reconnaissant. Il bougonna que je lui faisais venir les larmes, alors pour me faire pardonner, j’embrassai sa vieille joue. Il secoua un peu la tête pour m’empêcher de remarquer qu’il souriait. Nathalie et Rosalie l’accueillirent chaleureusement. Il s’installa en bout de table, Barjaco le taquina.

Té, Neuneuille, à cette vitesse, t’es parti de chez toi après ma visite de jeudi ?

Neuneuille ne put retenir son éclat de rire.

Non ! Un chauffeur est venu me chercher… un brave petit…

Je me levai d’un bond, ouvris la fenêtre en grand et invitai le Balafré à nous rejoindre. J’aurais pu deviner qu’ils avaient attendu ma réaction, que je venais de réussir mon examen de passage, mais ce n’est pas ce qui a motivé mon geste. Le Balafré était passionné d’histoire, il avait compris qui se cachaient derrière les surnoms, je voulais lui offrir de partager ce moment parce que ça me paraissait couler de source. Rien de plus. Aucun calcul.

Quand il entra, je remarquai que son verre l’attendait déjà. Impatiente, je demandai « Alors ? » Rosalie me regarda, mi-amusée, mi-mécontente. J’avais oublié l’essentiel ! Je rattrapai ma bévue en levant mon verre « Mais d’abord, trinquons ! » Satisfait, Neuneuille opina, se tourna vers moi et ravi, constata que je respectais la coutume « les yeux dans les yeux ».

– Je dois vous dire que j’étais mécontent. Depuis des lustres, j’ai organisé mon départ… celui pour le grand voyage, si vous voyez ce que je veux dire… Vous autres, qui me connaissez, vous savez qu’il me faut du temps pour me faire à la nouveauté, aux changements, vous le savez hein, vous autres ? Et vous savez aussi que du temps, il ne m’en reste plus guère… Alors, quand Barjaco est venu me trouver pour me demander la permission de vous transmettre… et qu’il m’a invité à vous rencontrer, qu’il m’a parlé de vous autres, les petiots… de ce gamin qui viendrait me chercher… Je le connaissais déjà. Hein, petit qu’on se connaissait ? Dis-leur qu’on se connaissait, que j’ai pas tourné fada !

Monique, depuis que je vous ai dit « je crois avoir reconnu certains membres de l’amicale », tu veux savoir qui et comment je l’avais deviné. Alors, laisse-moi t’expliquer. Si je n’avais pas choisi de devenir instituteur, j’aurais fait une thèse sur les poilus provençaux injustement décriés dans les manuels d’histoire. J’ai donc sillonné la Provence, rencontré beaucoup d’anciens combattants pour recueillir leur témoignage, parmi eux, Neuneuille, Barjaco et Gentil Coquelicot dans l’année qui a précédé mon départ en coopération.

J’étais abasourdie !

Ouah ! Je suis… sciée !

Tant que t’es en plusieurs morceaux, je peux aussi te préciser que Jimmy a repris mon sujet de thèse et que je lui ai donné mes notes, mes photos et mes enregistrements !

C’est pour ça…

Je leur expliquai comment l’avidité avec laquelle Jimmy avait lu, relu et relu encore le cahier de Rosalie m’avait frappée. Et la raison semblait évidente maintenant que je la connaissais. Neuneuille reprit la parole.

Quand Barjaco m’a dit tout ça… j’ai dû tout bouleverser mes arrangements funéraires… mais en réalité, je suis bien content de le faire… parce que je me dis qu’avec la transmission, elle ne mourra pas tout de suite… elle ne disparaîtra pas avec nous. Je fais confiance à chacun de ceux qui m’ont demandé, par la bouche de Barjaco, de vous raconter, de vous expliquer, s’ils vous en jugent dignes, c’est que vous l’êtes. J’ai décidé de venir, pour vous parler, pour vous transmettre, pour vous montrer… Vous avez les vôtres, messieurs ? Parce que les dames, j’en suis certain !

Bien sûr !

Pardi !

D’un même geste, ils posèrent devant eux une petite boîte tandis qu’il s’agissait plutôt d’un écrin pour Nathalie et Rosalie. Les hommes ôtèrent leur veste, quelque chose clochait dans leur tenue, mais je ne voyais pas quoi. Rosalie et Nathalie dégrafèrent le camé qui retenait leur châle. Dans un mouvement simultané, Barjaco fit glisser sa boîte vers Valentino, qui fit glisser la sienne vers Neuneuille, qui tendit sa boîte et ses bras à Barjaco. En même temps, Rosalie déboutonna la robe et échancra l’encolure de Nathalie qui fit de même.

La confrérie du Bouton d'Or petit finiSans nous prêter la moindre attention, ils ouvrirent, qui leur boîte, qui leur écrin. Nous étions bouche bée devant ces merveilles ! Quand chaque manche fut parée de son bouton de manchette, quand l’encolure des robes fut ornée de sa broche, Neuneuille s’éclaircit la voix avant de prendre la parole.

La confrérie du Bouton d’Or.

Il prit son verre et but une gorgée, le temps d’aiguillonner notre curiosité. Avant qu’elle ne se transforme en impatience, je regardai Christian, le Bavard, son grand-père, ma grand-mère avec la sensation de rêver. C’était tout bonnement incroyable !

Vous saviez qui nous surnommions « Bouton d’Or » ? Oui… bien sûr que vous le savez ! Sinon, je ne serais pas ici… avec vous ! Barjaco est venu me trouver pour que je vous raconte l’origine…

S’adressant aux autres membres de la confrérie, il leur demanda « Ils savent pour « le Parisien »… pour Maurice ? » Satisfait de leur réponse, il poursuivit.

Quand Barjaco est venu avec son cousin, une guerre menaçait. Nous avions perdu nos amis, nos frères, nos cousins, notre jeunesse et nos espoirs dans ce que nous avions surnommé « la der des der »… et voilà que ça menaçait de recommencer vingt ans après ! Barjaco arriva avec son cousin et nous reconnûmes tous cet ami de Toine et de Pierrot, il était venu faire des travaux dans la maison où nous nous apprêtions à prendre du bon temps. Barjaco, Rosalie, Toine, Pierrot et Nathalie nous faisaient tellement confiance qu’ils remettaient la vie de Valentino entre nos mains ! Valentino qui risquait la mort pour avoir refusé de la faire, cette maudite guerre !

  Bouton d’Or a su m’apprendre à dompter mes cauchemars, comme elle l’a fait avec Toine, comme elle l’a fait avec Barjaco, comme Nathalie l’avait fait avec Pierrot, Gentil Coquelicot et… Bouche Divine… Pendant vingt ans, nous avions su garder le secret de nos turpitudes, personne n’en avait jamais rien su , ni même songé à les imaginer. Tenir notre langue ne serait pas un problème, mais nous ne devions jamais oublier pourquoi nous devions la tenir. Alors, nous avons fondé cette confrérie « La Confrérie du Bouton d’Or » qui nous maintiendrait unis quelle que soit la violence des tempêtes que nous traverserions.

  Nous avons fait confectionner ces boutons de manchette et ces broches. Nous débutions toujours nos séances par ce rituel. Après avoir trinqué, on attache les boutons de manchette à un confrère, nos consoeurs s’arrangent entre elles. Ensuite…

Il s’interrompit brutalement. Barjaco éclata d’un rire enfin tonitruant, comme celui du Bavard.

Et après, on se mettait d’accord sur « l’ordre du jour » si vous voyez ce que je veux dire…

Il nous fit un clin d’oeil appuyé et l’espace d’une seconde, ressembla à son petit-fils.

… faut qu’on vous montre aussi, ou ?

Ils m’ont sauvé la vie, vous savez ! Malgré tout ce qui nous opposait… malgré nos convictions politiques, religieuses… malgré mes origines… Vous avez risqué votre vie pour moi !

Bouton d’Or méritait bien qu’on prenne cette décision ! Et Pierrot ! Et Toine !

Mais… Valenti…

Maurice ! Dans la Confrérie, on l’appelle Maurice ou « le Parisien » ! C’est important, tu comprends ?

Oui, je comprends. Mais… Maurice ne venait pas partouzer avec vous ! Il ne voulait pas partager Rosalie et malgré ça… ?

Malgré ça quoi ? En quoi en étions-nous lésés ? Est-ce que Bouton d’Or en était chagrinée ? Non ! Bien au contraire ! Bouton d’Or n’avait pas plus envie de partager Maurice que Maurice avait envie de partager Bouton d’Or ! Ils se voyaient en dehors de nos rencontres et tout le monde était content ! Quand Maurice est arrivé, je peux te dire que Bouton d’Or a retrouvé toute la légèreté, l’insouciance de ses vingt ans et c’était tout ce qui importait !

Mais Maurice n’assistait pas à vos… réunions ?

Té ! Déjà qu’on l’avait fait membre d’honneur, il n’allait pas s’agripper à nous… mon cousin le parisien ! Mais si je vous ai demandé de venir, si j’ai eu envie de vous dire pour la confrérie, c’est à cause de ce qui se passe avec Monique… On est entre nous, on peut tout se dire, non ? L’année dernière, mon pitchoun fieu est arrivé tout bouleversé… je lui ai demandé s’il avait l’insolation et voilà qu’il me parle de Mounico ! Et d’un drôle de… attendez, vous allez voir ! Tu veux bien fermer les yeux, pitchoune ?

Je lui obéis et il me fit un bisou sur la joue, tellement baveux que j’essuyai la salive du dos de ma main.

Ne les ouvre pas encore…

J’attendis patiemment quelques minutes avant qu’il n’embrasse mes lèvres, une fois, et quelques secondes plus tard, un nouveau baiser sur mes lèvres, mais cette fois, ce fut Valentino… ou plutôt Maurice qui m’embrassa. Quelle sorte de bizutage me faisaient-ils subir ? Barjaco me dit de rouvrir les yeux et me demanda « Alors ? »

Tu m’as embrassée sur la joue, après sur la bouche et pour finir, Valentino m’a aussi embrassée sur la bouche. Pourquoi ?

Vous comprenez pourquoi j’ai convoqué la confrérie, maintenant ?

J’avais l’impression d’avoir été l’atout majeur d’un jeu de cartes dont j’ignorais les règles, toute l’assemblée me regardait, Rosalie souriait, sereine. Christian et le Bavard ne cherchaient pas à cacher leur étonnement. Le Balafré semblait vouloir trouver l’explication logique d’un phénomène qui ne l’était pas.

Pourquoi me regardez-vous ainsi ? Pour trois bisous ? ! ? Merde ! Un bisou sur la joue, deux sur les lèvres…

Tu n’y es pas… tu n’y es pas, ma chérie… pas du tout !

Comment ça ?

Mounico, on va recommencer, mais cette fois, garde tes yeux ouverts…

Quand le deuxième tour des baisers débuta, je compris enfin. Ce n’étaient ni ma joue, ni mes lèvres qu’ils avaient embrassées, mais celles de Rosalie. En revanche, je ne sentis pas les baisers de Neuneuille.

J’ai commencé à m’en douter quand… vous vous donnez aussi des surnoms, vous autres ?

Certains oui, mais moi, je reste Monique, Christian aussi.

Et lui, mon petit, vous l’appelez comment ?

Le Bavard, mais quand je l’ai surnommé, je ne savais pas qu’on t’appelait Barjaco et quand j’ai lu le cahier de Bouton d’Or, je n’ai pas compris… c’est Christian qui me l’a traduit !

Une preuve supplémentaire, alors !  Quand le Bavard… boudiou, comme ça me fait drôle de l’appeler ainsi ! Quand il m’a parlé de cette belle vacancière… et comme je savais que tu étais du sang de Bouton d’Or… et que toi aussi, tu l’avais… J’ai su que tout était lié… il a mon sang, tu as celui de Bouton d’Or… mais la preuve des preuves, je l’ai eue que l’autre jour, quand tu as senti mes mains sur les joues de ta grand-mère. Alors, j’ai décidé de convoquer la confrérie pour qu’on cause tous ensemble. Nous sommes bien vieux et vous êtes la relève… c’était important de vous transmettre ça aussi…

Mais pourquoi ça me fait ça ?

Boudiou, si je le savais… !

Rosalie demanda à Barjaco si c’était là le mystérieux mystère dont il voulait parler, il lui semblait qu’il en avait évoqué au moins un autre.

C’est vrai, mais je préfère que ce soit le Bavard qui nous raconte… tu vois de quoi je parle ?

La petite fée ? Quand je…

Il demanda à Rosalie s’il pouvait parler librement parce que c’était sa petite-fille, tout de même. Les anciens sourirent, amusés autant que reconnaissants qu’il ait évoqué cet aspect « délicat » de la conversation. Rosalie lui répondit qu’il pouvait parler sans gêne.

Dès la première fois, je me suis senti chez moi avec Monique. Pas que dedans Monique, mais avec elle. Comme si je la connaissais de toujours… mes mains savaient quelles caresses elle aimerait… et pour le reste aussi… Fatché ! C’était tellement… facile… comme des retrouvailles… des retrouvailles avec une inconnue… et… elle est si belle… ! J’étais bien décidé à prendre mon temps, à profiter de ce… miracle… je pensais à ça quand une… je sais pas dire autrement… une petite fée à la figure de Monique a volé autour de nous… et elle me regardait… limer… elle fait toujours une mine de coquine, vous savez… gourmande… vicieuse… et quand elle fait ça, je viens… comme un puceau… je peux rien retenir…

Quand elle fait quoi au juste ?

Hé bé… elle monte tout en haut de nous… elle regarde tout ce qui se passe… s’approche des uns, des autres et puis, elle vient vers moi, vers nous… et là, elle regarde de tout près… elle se gêne pas ! Et quand elle a bien regardé, qu’elle veut me faire venir… elle me fait son petit clin d’oeil… son sourire… comme pour me dire « Allez, t’as assez profité ! La partie est finie ! »

Mais pas du tout !

J’étais envahie par toutes sortes d’émotions, la surprise, la colère et la déception qu’il ait pu penser ça de moi. Neuneuille, qui a cet instant me fit penser au Notaire, eut un geste d’apaisement et me demanda de donner ma version.

Déjà, c’est pas une fée, c’est juste mon ectoplasme… Il s’envole de mon corps, je ne sais ni comment, ni pourquoi… il observe la scène… la première fois que ça m’a fait ça, c’était avec le Bavard… souvent c’est avec lui que ça me le fait, mais pas que ! C’est vrai qu’il vole autour de nous et qu’il se rapproche quand je veux voir de plus près… je ne savais pas que le Bavard le voyait aussi… je ne l’ai su que l’autre jour quand il l’a chassé ! Mais… (j’éclatai en sanglots)… mais que tu dises que je le fais contre toi… ! C’est pas vrai ! Bien sûr qu’il fait un clin d’oeil coquin, mais… je savais pas que tu le voyais… c’est un clin d’oeil pour moi, pour me dire « N’oublie pas comme c’est bon ! »… comme un souvenir ! Si j’avais su que c’était ça qui te faisait venir, je l’aurais fait regarder ailleurs ! Merde, on s’offre tant de plaisir tous les deux ! Tu crois que je voudrais tout bâcler ?

Le Bavard posa sa main sur la mienne, la voix étranglée par l’émotion, il me menaça « Si tu me fais encore venir les larmes… »

Tu m’encules ?

J’ouvris les yeux comme des soucoupes, les doigts sur ma bouche ouverte dans un « Oh ! » de surprise. J’avais oublié la présence des vieux, mais Neuneuille parut enchanté.

Comme tu as eu raison de convoquer la Confrérie, Barjaco ! Alors voilà… je voulais porter ces boutons de manchette pour mon dernier voyage, mais je préfère les léguer à l’un d’entre vous, mon héritage…

Une discussion s’engagea entre nous, pour savoir qui hériterait de quoi. Nous décidâmes d’organiser dès le lendemain, une nouvelle réunion de la Confrérie, avec les « représentants de la nouvelle génération » au cours de laquelle, nous voterions à bulletins secrets afin d’attribuer les boutons de manchettes et de valider nos noms de code. Il allait de soi que Catherine hériterait de la broche de Nathalie et que Rosalie me léguerait la sienne. Nous décidâmes de partir en informer Cathy, Alain et le Notaire. Le Balafré proposa de nous rejoindre plus tard, le temps de raccompagner Neuneuille chez lui. Nathalie lui fit les gros yeux.

Il vit tout seul, maintenant, laisse-nous donc attendre la prochaine réunion ensemble ! De profiter un peu les uns des autres, on n’aura plus souvent l’occasion !

Je vis une lueur coquine illuminer le regard de ce vieillard, il me sembla même que ses tremblements avaient cessé. Après une tournée générale de bisous, nous sortîmes de la maison pour nous rendre dans celle « du Toine ». En chemin, je tirai la manche de Christian et lui demandai ce qu’il avait comploté avec Nathalie, il me répondit « Elle m’a révélé une nouvelle cachette… cette maison est décidément pleine de surprises ! »

Quand nous racontâmes à Alain et à Catherine ce que nous venions d’apprendre à propos de la Confrérie, ils furent autant surpris que nous l’avions été. J’attendis que le Bavard parle de « la petite fée », mais comme il ne le fit pas, je me tus également. Le Balafré proposa de passer chez le Notaire pour le convier à la réunion du lendemain. Alain éclata de rire « Sans le savoir, nous étions déjà prêts pour l’aspect « secret » de notre confrérie ! Tu veux prévenir le Notaire ? Regarde bien et attends ! » Il alla à la fenêtre qui donnait sur la rue, noua un des voilages de telle façon que le vase rempli du bouquet de fleurs, que Cathy venait de lui tendre, soit visible de l’extérieur.

Nous venions de finir de déjeuner quand le Notaire fit son apparition, sans son épouse qui s’occupait de leurs enfants. J’observai le Bavard, encore troublée de ce qu’il avait dit.

À quoi tu penses, Monique ?

Je préfère me taire, je m’en voudrais de te faire rougir en dévoilant mes pensées… lubriques !

Me tournant vers le Balafré, je lui demandai « C’est bien comme ça qu’on dit ? ». Tous approuvèrent d’un hochement de tête. Le Bavard éclata de rire en me disant que je ne perdais rien pour attendre. Nous avions raconté au Notaire l’histoire de la Confrérie du Bouton d’Or, il en était resté coi. Christian demanda la permission de fouiller dans la chambre qui fut celle de ses grands-parents et revint avec deux étuis, celui de Toine et celui de Gentil Coquelicot, mais semblait très surpris de ce qu’il tenait à la main, un petit coffret rempli de photos de la confrérie.

J’avais beau connaître la jeunesse de mes grands-parents et de leurs amis, je fus néanmoins surprise de la modernité des situations et de l’humour qui perlaient de la plupart des clichés. Comme celui où les hommes totalement nus, à l’exception de manchettes ornées de leur bouton, posaient l’air faussement sérieux aux côtés de Rosalie et de Nathalie. Elles étaient aussi nues, offertes et portaient leur broche dans les cheveux. Elles aussi essayaient de se donner un air sérieux sans y parvenir le moins du monde. Cette photo était la réplique d’une autre, plus ancienne, sans les boutons de manchette, ni les broches où Rosalie avec ses longs cheveux était plus jeune que je l’étais à l’époque, et Nathalie manifestement enceinte du père de Christian.

Je sentis le souffle du Bavard dans mon cou. « Tu compares les engins ? » Je lui lançai un regard coquin et lorgnai ostensiblement vers « l’engin » de Barjaco. Avant sa question, je n’avais pas remarqué que tous les hommes bandaient.

Christian caressa ma cuisse sous ma robe, j’écartai mes jambes afin que mon autre genou touchât celui du Balafré, leurs doigts se rejoignirent dans ma culotte « Pourquoi t’en as mis une, ma chérie ? ». Le Bavard, quant à lui, déboutonna ma robe de ses doigts impatients. Enivrée par toutes ces sensations, j’en oubliai Catherine, Alain et le Notaire qui prenaient du bon temps de leur côté. Prise dans cette vague d’excitation croissante, je posai mes mains sur celles du Bavard et lui demandai de me caresser comme il savait si bien le faire.

En douceur ou tu préfères…

Ferme les yeux et laisse-les faire ! Tu l’as dit tout à l’heure, tu es chez toi avec moi !

Boudiou ! Si tu savais comme j’ai envie de te prendre ! Là… tout de suite… !

Qu’est-ce que tu attends, alors ?

Messieurs…

Sur ce simple mot, comme s’il s’excusait de m’emprunter à ses amis, le Bavard me prit dans ses bras, me souleva et me déposa sur le sofa qu’Alain et Cathy avaient décidé d’installer à la place du vaisselier que Nathalie avait tenu à emporter dans son petit appartement.

Dis, Monique, comment tu as envie… ?

D’un bond, je sautai dans ses bras, le regardai droit dans les yeux. Avant même que l’idée ne me vienne, il la savait déjà. Il m’empala sur son sexe, me fit coulisser une fois ou deux et me mit à tournoyer, comme on fait valser un enfant dans ses bras, sauf que je n’étais plus une enfant et que mon sexe se gonflait de désir autour du sien. Nous dansâmes ainsi quelques instants, mais bien que je fusse « légère comme une plume » et lui « fort comme un boeuf », il eut peur de tomber et m’allongea de nouveau sur le canapé.

Un petit coup de « mes hommages, Madame » ?

Tu me connais si bien… !

J’avais compris que le Bavard craignait de « venir comme un puceau ». Je reçus les hommages de Christian et du Balafré en plus de ceux du Bavard. J’aimais la façon dont cette figure me laissait à la crête de l’orgasme, juste avant qu’il n’explose. Je me cambrai, caressai mes seins, mouillai mes lèvres d’une langue soumise à mon excitation, j’aurais donné dix ans de ma vie pour sentir une de ces queues dans ma bouche. Christian le comprit et m’offrit la sienne entre chacun de ses « mes hommages, Madame ». Les doigts du Bavard forcèrent ma bouche presque simultanément que le sexe de mon époux.

Il venait de me pénétrer pour le douzième tour, quand mon ectoplasme jaillit brusquement, s’éleva jusqu’au plafond pour regarder Catherine. Assise sur le sexe d’Alain, elle allait et venait ou plutôt, il la faisait aller et venir, le Notaire l’embrassait dans le cou tout en caressant sa belle poitrine couverte de son sperme. Mon ectoplasme s’approcha un peu plus d’eux, mû par la curiosité, il observa la queue d’Alain recouverte de la mouille légèrement rosée de Cathy… ce qui signifiait la fin prochaine de ses règles. Combien de cycles avant qu’elle ne tombe enceinte ?

Mon ectoplasme ne put résister plus longtemps, il fonça sur Cathy et embrassa sa bouche si tentante, un baiser qu’elle ne perçut pas. Il remonta au plafond, semblant hésiter à venir m’observer. Le Balafré venait de prendre la place du Bavard qui, comme à son habitude, commentait ce qu’il se passait. Mes yeux dans ceux du Balafré, je sentais mon vagin se contracter, palpiter, vibrer autour de son sexe. Il cria, comme à regret, « Oh, Monique ! » avant de se ficher tout au fond de moi pour jouir violemment.

Mon ectoplasme remarqua un échange muet entre Christian et le Bavard. La ronde des hommages avait pris fin, et Christian lui cédait sa place. Il me pénétra « Boudiou ! C’est encore plus chaud avec la jute du Balafré ! » Je souris, une fois de plus surprise de prendre cette grossièreté comme le plus doux des compliments.

Mon ectoplasme restait au-dessus de mon visage, observait le sexe de Christian dans ma bouche, ma langue gourmande, le visage du Balafré qui se penchait vers moi, me chuchotant des mots d’amour avant de m’embrasser le front. Mais n’y tenant plus, sa curiosité était trop forte pour résister plus longtemps, mon ectoplasme s’approcha du Bavard, qui me sourit tendrement avant de lui demander « Tu veux espincha, petite fée ? », l’ectoplasme lui sourit et lui fit un clin d’oeil. « Tu en penses quoi, petite fée ? Elle te plaît, ma grosse bite ? Héhé, je m’en doutais un peu ! »

C’est ainsi, en lui parlant, que le Bavard fut apprivoisé tout autant qu’il apprivoisa  ce qu’il a toujours appelé « la petite fée » parce qu’« un ectoplasme, ça fait peur, tandis qu’une petite fée, ça fait rêver ! »

Et vint le jour de la première réunion de la nouvelle confrérie

 

 

Chroniques matrimoniales – Soirée dansante entre amis

Sur le chemin du retour, je chantais à tue-tête les rengaines dont le Balafré sifflait l’introduction. Je crois que ce furent mes premières leçons d’anglais. Le Balafré, patient, corrigeait ma prononciation et me traduisait les paroles.

J’avais hâte de retrouver Christian, de lui raconter ce séjour loin de lui et de l’entendre me raconter ce qu’il avait vécu en mon absence. Le Balafré klaxonna devant « la maison du Toine », ainsi que nous la nommions encore à l’époque.

POUËT ! POUËT !

La fenêtre s’ouvrit à la volée, Christian cria à pleins poumons « Ah ! Te voilà, toi ? Regarde, la voilà la pomponnette… » dans un sourire, le Balafré me conseilla d’entrer avant que Christian ne termine la tirade. Je répondis à la question qu’il ne me posait pas.

Pas besoin d’une leçon de rattrapage pour « la femme du boulanger »… c’est que je connais mes classiques, moi !

Le Balafré gara sa voiture, puisqu’Alain et Catherine venaient de l’inviter à prendre l’apéro. Après avoir salué Cathy et Alain, je me blottis dans les bras de Christian. Bon sang, comme ils m’avaient manqué, ses bras ! Cathy me demanda comment s’était passé mon séjour, j’évoquai brièvement mes leçons particulières, maintenant on dirait « un stage de remise à niveau », parce que j’avais hâte qu’ils me racontent ce qui s’était passé pendant mon absence.

Je parlai aussi des deux amis que le Balafré m’avait présentés, tous trois connaissaient déjà Jimmy, mais seul Alain avait déjà rencontré Martial.

Il faut que je vous dise que désormais, grâce à Martial, Monique a goûté aux étreintes dans les bras d’un…

Noir ?

Métis ?

Faites fonctionner vos petites cellules grises, les amis ! Nous parlons de Monique !

UN PARISIEN !

Goguenard, le Balafré désigna Catherine.

Preuve est faite que le sixième sens féminin est une réalité… Bravo, Cathy ! Tu la connais bien, notre Monique !

La bouche dans mes cheveux, Christian me demanda si c’était si différent que ça entre un provençal et un parisien. Je ne pensai pas une seconde qu’il faisait allusion aux origines africaines de Martial, parce que je n’y ai jamais prêté attention. La peau de Martial était noire, ses cheveux étaient crépus, mais ça n’avait pas plus d’importance à mes yeux que les cheveux bruns et ondulés, que la peau mate d’Alain et puis… si je devais comparer la taille de leur sexe respectif, Alain remporterait la palme haut la main !

C’est bizarre… il y a des mots que je préfère en parisien, mais d’autres que je préfère en provençal…

Lesquels ?

Ô, pute vierge… je viens… je viens !

Tu fais moins la maline, Monique… hein ? Allez ! Redis-nous ça comme si tu pouvais compter sur le soutien de Martial !

Je marmonnai un « je vieng’ ! », le Balafré se moqua de ma couardise. Nous ricanions comme des gamins farceurs, tout en grignotant et en buvant. C’est un luxe que je n’ai compris que bien plus tard, celui de pouvoir parler de tout et de rien, de boire, de manger, de commenter l’actualité, de rire tout en étant nus, de m’interrompre au milieu d’une phrase pour (par exemple) sucer mon voisin et de reprendre ma conversation… S’il m’a fallu autant de temps, c’est aussi parce que je n’avais connu que ce genre de relation et que le seul récit d’une vie amoureuse que j’avais lu jusqu’à présent était celui de ma grand-mère…

Je brûlais de désir pour Christian, j’avais une folle envie de lui, de ses bras, de sa peau, de ses yeux dans les miens, de son souffle sur ma  peau, de le faire saliver d’excitation, de plaisir. N’y tenant plus, je l’embrassai passionnément. Comme s’il n’attendait que ce signal, Alain s’exclama « C’est pas trop tôt ! » et se dirigea vers l’électrophone.

Lisant ma curiosité, mon impatience aussi, dans mon regard, dans mes baisers, dans mes caresses, Christian me raconta leur soirée « partie fine » avec la bande habituelle. Soirée qui avait tout de même duré près de quarante heures !

Heureusement que « Madame » y participait ! Sinon, la pauvre Cathy…

Qué « la pauvre Cathy » ? Quand je me suis plainte ?

Catherine était tombée dans le panneau et nos hommes s’en réjouissaient bruyamment ! Elle fit semblant d’en être vexée et, au lieu du magistral strip-tease que nous attendions tous, elle glissa vers moi d’un pas léger et m’invita à danser. Elle m’embrassa doucement dans le cou et susurra à mon oreille « T’en penses quoi de Jimmy ? Il baise comme un Dieu, tu ne trouves pas ? »

Oh oui !

Et ses coups de rein quand il jouit…

Ah ? Ça non ! J’ai pas remarqué, mais…

Je dénudai mon épaule pour lui montrer les traces de morsure.

Oh fatché ! Il n’y est pas allé de main morte !

Qu’est-ce que vous complotez, mes nines ?

Monique me montrait…

Le Balafré s’approcha, surpris parce qu’il ne lui avait pas semblé que Jimmy m’avait mordu si fort.

C’est parce que c’était pas toi de l’autre côté de ses dents ! Putain, je les ai senti passer ses morsures !

Mais… fallait le dire !

Tss tss, Monique… réponds pas… ils y comprennent rien !

On n’y comprend rien à quoi ?

À rien…

J’avais mal, mais à la fois… c’était si bon… !

Je le note !

Pfff tu vois ! Tu n’y comprends rien ! Jimmy sait mordre ! Ça ne s’apprend pas, je crois… y’a ceux qui savent et ceux qui te font que mal… ou ceux qui ne te mordent pas assez fort… et Jimmy sait mordre… c’est tout !

C’était la première fois que j’entendais Cathy parler sur ce ton, calme, posé, mais ferme… elle avait bien plus d’expérience que nous en ce domaine et nous faisait partager son savoir, il émanait d’elle une autorité naturelle qui me fascina. Elle lut notre admiration sur nos visage et nous lûmes sa fierté sur le sien. Le Balafré se prit à imaginer une chaire à l’université où l’on enseignerait l’art de l’amour, des plaisirs et dont Cathy serait la titulaire. Tout en développant son idée, il l’invita à danser d’un geste très élégant.

Je veux bien, mais je te préviens, j’ai fini ma plaquette hier, alors je ne couche plus qu’avec Alain !

Mais… c’est pas possible que tu tombes enceinte aujourd’hui ! Si ?

Normalement, non, Monique, mais c’est un risque que je ne veux pas courir. Ce bébé, je veux être sûre et certaine qu’il soit de mon Alain chéri… si je couche avec d’autres hommes… comment je pourrais en être sûre ?

Si à la naissance, le bébé s’écrie « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » c’est qu’il sera de ton époux !

Le Balafré arrêta le geste de Cathy qui menaçait de le boxer, il lui prit la main et réitéra sa proposition.

– Mais quelques pas de danse… tu n’aurais pas le coeur de me les refuser ?

– Tant qu’on ne couche pas ensemble…

Le Balafré la plaqua contre lui, il reluquait ostensiblement dans son décolleté, un sourire gourmand aux lèvres.

Il me tarde que tu sois enceinte, Cathy…

Pour pouvoir coucher avec moi ?

Non ! Enfin… si… aussi, mais je pensais à tes seins… je les imagine… tendus… lourds… tentants…

– Et ça te fait bander bien fort…

Et ça me fait bander bien fort !

Je sentis les mains d’Alain sur mes fesses, je gloussai d’excitation. Le Balafré me regarda, un étrange sourire aux lèvres. Dans les bras d’Alain, je l’entendis marmonner tout en dansant avec moi. Je lui demandai ce qu’il disait, il me chuchota « J’ai peur de me réveiller… »

Mais tu ne dors pas !

Si… je dors et je suis en train de rêver… j’ai peur de me réveiller… tout seul… dans mon lit trop grand…

Je me libérai de ses bras, reculai d’un pas et le giflai à plusieurs reprises, de toutes mes forces. Cathy, Christian et le Balafré se figèrent stupéfaits de ce soudain accès de violence. Alain se frotta la joue en me souriant.

Merci, Monique ! Merci !

Il m’enlaça et me fit tourner dans les airs en riant comme j’aimais tant l’entendre rire, d’un rire puissant, retentissant, chantant… un rire qui vient du fond des tripes et qu’on partage avec ses amis.

Aussi soudainement qu’il m’avait fait tournoyer, Alain me reposa sur le sol, se dirigea vers Cathy et la fit danser dans une espèce de chorégraphie quelque peu ridicule, mais tellement touchante ! Christian m’interrogea du regard, j’allai vers lui et lui expliquai.

– Alain avait peur de rêver… Il n’arrive toujours pas à admettre la réalité, qu’il est l’époux de Catherine, qu’elle l’aime si fort qu’elle veut un enfant de lui… Fallait bien que je fasse quelque chose… t’aurais fait quoi, toi ?

Je lui aurais pincé le bras, la main… c’est comme ça qu’on fait… « Pince-moi, je rêve ! » vous connaissez pas ça, à Paris ?

– « Pince-moi, je rêve… » ? Ah ah ! Quelles chochottes ces provençaux !

Notre conversation à mi-voix était couverte par la musique, les autres ne voyaient que mes épaules secouées par mon éclat de rire et la mine mi-affligée, mi-amusée de Christian.

– Ho la parisenca, ta rencontre avec Martial t’a rendue moqueuse !

– Faut croire… Tu savais que sa mère est normande ? De pas loin d’Avranches ?

– Non, je l’ignorais… Tu me raconteras tout ? Il me tarde que tu me racontes… tu étais heureuse ?

– Oh oui ! Mais tu me manquais… tu m’as tellement manqué !

– Qu’est-ce qui t’a manqué ?

– Tout !

– Quoi, plus précisément ?

– Tout ! Toi ! Moi ! Nous ! Tout ! Mais en même temps, j’étais heureuse… vraiment heureuse… J’aurais voulu être deux… une Monique ici… avec vous et une autre Monique… là-bas… avec eux…

– Ou plus simplement, nous tous ensemble !

– Non. Pas tous ensemble. Ça n’aurait pas été pareil… j’aurais eu… honte…

– Honte ? ! Mais honte de quoi ?

– De ne pas… de pas avoir été au collège… de rien connaître… de rien savoir… devant toi, j’aurais eu trop honte… alors j’aurais moins bien aimé… je ne l’aurais pas fait…

– Mais… mais tu sais qu’ils sont bien plus diplômés que moi, pourtant ! Je n’ai que le bac tandis qu’eux…

– Je le sais bien ! Mais avec eux… ça ne me dérangeait pas, mais devant toi…

homme_cocu_trompe demiChristian me regarda en psalmodiant « Monique… Monique… Monique ! » et c’est à cet instant précis, m’a-t-il dit plus tard, qu’il comprit en la lisant dans mes yeux, la profondeur de mon amour pour lui. Le disque était fini, Alain nous demanda d’attendre un peu, il voulait nous faire écouter un album qu’il avait acheté la veille. Le Balafré en profita pour s’approcher de nous et de me proposer « une démonstration de la figure Monique ».

– C’est pas sympa pour Cathy !

Alain, la pochette du disque à la main, nous interpella.

– Tu n’as qu’à la faire avec Christian et le Balafré, parce que moi, j’y ai droit… à la belle Catherine !

Il exultait comme un gamin qui fait enrager ses copains !

– Mais non, Aloune ! Pour « la figure Monique », il faut trois garçons pour une fille… et de la lecture aussi !

– Et si on inventait « la figure Catherine » ?

– Comment tu l’imagines ?

– On regarde Alain prendre Catherine. Le Balafré commence à te prendre comme Cathy le souhaite. Moi, je vous regarde depuis là-bas… comme si vous ne saviez pas que je suis là… après, j’arrive…

Ciel, mon mari !

Oui, c’est exactement ça ! Et là, Cathy m’ordonne de te prendre de la façon qui l’excite le plus !

Catherine battit des mains comme une enfant impatiente d’ouvrir ses cadeaux et nous demanda de venir l’embrasser à tour de rôle. Le baiser de Christian fut passionné, celui du Balafré fougueux, mais je fus la seule à penser à l’embrasser sur son autre bouche ! Elle ondulait sous ma langue, ses doigts se crispaient sur mes cheveux… elle gémissait de plaisir… J’entendais nos hommes se traiter d’idiots de ne pas y avoir pensé. Ils nous reluquaient de si près que j’aurais pu sentir la chaleur de leur gland.

Quand les doigts de Christian s’aventurèrent entre mes cuisses, ils y trouvèrent les miens. Un juron enthousiaste s’échappa de sa bouche et il partit se cacher dans le cagibi attenant au salon, pour nous mater tranquillement. Au bord de l’orgasme, je cédai ma place à Alain. D’un regard, je demandai la permission à Cathy d’écarter les lèvres de son sexe et d’observer attentivement le gland d’Alain la pénétrer. Elle me l’accorda, elle a toujours trouvé mon regard excitant. Le gland tendu, gonflé d’Alain la pénétra au ralenti. Cathy se cambra. Alain me demanda si j’avais bien vu et, sans attendre ma réponse, sortit de son vagin. Couverte de la mouille de son épouse, la queue d’Alain était encore plus impressionnante ! Plus tentante, aussi… Ils me taquinèrent à cause du bout de ma langue que je n’avais pas su retenir.

Té, Monique ! Ne te prive pas !

Je le suçai jusqu’à ce que sa queue ait perdu le goût du sexe de Catherine, écartai de nouveau ses « lèvres du bas » et observai… admirai la lente pénétration d’Alain. Le Balafré demanda à Cathy comment elle voulait qu’il me prenne.

– Viens un peu par ici… que je te suce pendant que… oohh mes chéris !

Le clin d’oeil d’Alain m’avait invitée à titiller le clito de Catherine tandis qu’il la prenait au ralenti… j’admirai ses savants va-et-vient et… bon sang, comme j’aimais le goût de ma Cathy ! Je voulais la faire jouir et j’y parvins. Alain se pâmait presque autant qu’elle de la sentir jouir autour de sa queue. Je relevai la tête. Le Balafré caressait doucement le visage de Cathy qui le suçait tendrement. Puis, comme si elle le congédiait, elle lui dit « Vaï ! J’aimerais bien te regarder la prendre en levrette… » Je remerciai Catherine d’un sourire complice, elle me connaissait si bien !

– Pendant que tu fais rien, mets-nous le disque !

Le Balafré siffla, admiratif. Alain avait acheté la version « import » de l’album de Rod Stewart « Atlantic crossing » c’était son péché mignon, les disques anglophones dans leur version d’origine, dite « import » ! Le disque venait à peine de sortir en France et il en avait déjà un pressage « import » !  Tu es de la génération Amazon, tu ne peux pas t’imaginer ce que cela signifiait ! Les grandes enseignes étaient bien trop éloignées, mais Alain avait son réseau et pouvait nous épater de ses trouvailles. Il contribua grandement à mon éducation musicale.

Les premières notes retentirent. À genoux aux côtés de Cathy, je regardais Alain aller et venir… j’observai le bassin de mon amie, de ma soeur, se tendre vers le plafond, avant de faire le chemin inverse… je sentis une douce caresse sur mes reins… le Balafré faisait glisser lentement le dos de sa main le long de mon dos… Il me pénétra tendrement, comme s’il voulait me prouver de quelle douceur il était capable avant le déchaînement qui allait suivre. Cathy l’exhortait « Plus fort ! Plus vite ! Plus… pro… profond ! Tu sais ce qu’on aime… dans les levrettes… Monique et moi ? »

– Dis-le moi…

– Quand… oohh… quand les… quand les… ooohh… quand les couilles giflent nos… lèvres… nos cuisses… quand… ooohh… quand on les entend… oooh… battre sur notre peau… hein, Monique… c’est ce qu’on… ooohh… ce qu’on aime ?

– Oooh… oui ! Oooh… oui !

Le Balafré me rudoyait idéalement dans cette levrette sauvage à souhait. La pièce semblait nimbée d’un nuage de sensualité, d’amour, d’amitié charnelle et nous en avions tous conscience. Christian fit son entrée sur les premières notes de « Stone cold sober ».

– Mais je vous surprends donc en pleine orgie ! ! Et dans la maison de mes aïeux, en plus ! Quelle honte ! Comment pourrais-je laver un tel affront ?

Mon sourire lui indiqua que j’avais bien ma petite idée à ce sujet. Il vint devant moi, se tint debout, son sexe dur à la main. Cathy se pâmait, blottie dans une bulle de plaisir, un plaisir intime qu’elle partageait avec Alain. Oubliant notre présence, ils se criaient des mots d’amour comme si nous ne pouvions pas les entendre….

Christian était encore dans ma bouche quand retentit le fameux « Ô, pute vierge ! Je viens ! Je viens ! » Ils s’enlacèrent, se dirent d’autres mots d’amour. Alain voulut écouter la face B de l’album, le temps d’aller jusqu’à l’électrophone, de retourner le disque, il rebandait déjà ! Il était au moins aussi étonné que nous ! Pour le taquiner, Christian lui demanda s’il « tirerait à blanc » pour pouvoir jouir plus longtemps de son exclusivité sur Catherine.

Parce que tu crois qu’il ne me tarde pas déjà de le tenir dans mes bras, notre bébé  ? !

Où Monique, Christian, le Bavard et le Balafré découvrent la genèse et les règles d’une société secrète… (hey, c’est intrigant, non ?)

 

Chroniques matrimoniales – Lecture à voix haute

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Dessin de Milo Manara

Nous étions ici depuis trois jours, enfin, depuis trois nuits et nous étions à l’aube de cette troisième journée quand je quittai les bras du Balafré, encore endormi, pour préparer mon petit-déjeuner. Je fis la moue en ouvrant la porte du frigo… plus de lait… je devrais donc patienter encore, le mas était trop éloigné du premier commerce pour que je puisse m’y rendre à pied.

Je sortis dans la cour, je voulais cueillir quelques fleurs en espérant qu’une leçon de botanique serait au programme. Je me retournai en entendant des pas sur le gravier. Martial tenait un bidon de lait à la main et l’agitait au-dessus de sa tête.

Té pitchoune, tu ne veux pas déjeuner avant ?

Nous étions morts de rire, son accent méridional sonnait aussi faux que le mien !

Oh peuchère… j’ai faing, mais il n’y avait plus de lait…

Je revieng d’en acheter !

As-tu pensé au paing ?

Oui ! J’ai pensé au paing ! Et comme on dit au païs « du paing, du ving, du Boursing et tout va bieng ! »

Je reçus sur la joue quelques éclaboussures de l’eau que Jimmy avait jetée au visage de Martial. Ce qui nous fit rire davantage. Jimmy parut nous lancer une malédiction en provençal.

Qu’est-ce qu’il a dit ?

Je ne sais pas. Je ne parle pas le sauvage !

Pourtant, tu t’es installée par ici…

Je suis venue leur apporter la civilisation… une missionnaire en quelque sorte…

Avant que Jimmy ne mette ses menaces à exécution, nous nous réfugiâmes dans le mas. Je mis le lait à chauffer pendant que Martial dressait la table. Le café était en train de passer doucement et je me laissais bercer par la musique de la croûte de pain cédant sous la lame du couteau. Martial taillait des tranches épaisses en sifflotant. Par la fenêtre, je regardais Jimmy traverser la cour, pointant vers moi un index menaçant, mais ce qui me préoccupait était la bosse dans la poche de son jeans, que contenait-elle ?

Le lait était chaud, je m’apprêtais à le verser dans mon bol, quand Martial interrompit mon geste. « Laisse-moi le faire, ce matin ». Il prépara mon chocolat avec une attention que je n’avais jamais apportée jusque là. « Tu me diras ce que tu en penses ». Je m’assis, pris ma serviette et la posai sur mes cuisses. Le Balafré fit son entrée, le visage encore tout froissé de sommeil.

J’ai rêvé ou le mot « missionnaire » a été prononcé ?

Jimmy haussa les épaules d’un air las.

Pas dans le sens où tu l’entends… ils se moquaient de nous, si tu veux tout savoir…

Monique m’expliquait la raison de sa venue ici… une missionnaire venue apporter la civilisation dans une contrée peuplée de sauvages…

Il souriait. Le Balafré dodelina, leva les yeux au ciel.

Monique… Monique… !

Me méprenant, je pris Martial à témoin.

Tu es d’accord avec moi, non ?

Je reprochai au Balafré son air condescendant. Martial posa sa main sur la mienne, m’obligeant ainsi à le regarder dans les yeux.

Les missionnaires sont venus en Afrique pour apporter la civilisation aux sauvages qui la peuplaient… Mon père est arrivé en France avec les tirailleurs sénégalais pendant la seconde guerre mondiale…

Oh merde ! Pardon ! J’y avais pas pensé ! Pour moi, t’es juste un parisien, comme moi… pardon !

Ne t’en excuse pas ! Ça me fait tellement plaisir que tu n’y aies pas pensé !

Et ta mère est aussi sénégalaise ?

Non, pas du tout ! Pas plus que mon père qui est natif de Côte d’Ivoire…

Alors, pourquoi dis-tu qu’il était tirailleur sénégalais ?

Parce que c’est ainsi qu’on appelait les indigènes d’Afrique incorporés dans les troupes françaises…

Mais c’est complètement con !

Martial me sourit. Jimmy regardait le Balafré, eux aussi souriaient.

Je trouve aussi

Et vachement méprisant, non ?

Si ! Aussi !

Fais attention, ma chérie, tu vas faire de la bouillie à force…

Toute à cet échange, j’avais oublié ma tartine qui trempait dans mon bol, elle se délitait dans le chocolat encore chaud. Je la mangeai rapidement, avant de boire une gorgée. Le chocolat était délicieux, je félicitai Martial.

C’est une recette de ma maman !

Tu sais d’où est originaire « maman Martial » ?

De Nice ?

– Non

– Marseille ?

– Non plus !

– Aubagne ?

– Non !

– Toulon ? Cassis ?

– Essaie encore…

– Je brûle ?

Éclat de rire des trois amis.

– Oui et non…

Jimmy reprocha aux deux autres de se moquer de moi, il me donna un indice « P’tète ben qu’oui, p’tète bien qu’non ! » Bon sang ! Son accent pointu était au moins tout aussi pourri que mon accent méridional ! Toutefois, je compris son message.

Ta mère est Normande ?

Oui, elle vient d’un village près d’Avranches…

Hé ! Mais si ça se trouve, on est cousins ! Ma grand-mère vient de Montchaton, à côté de Coutances !

– Sait-on jamais…

Je bus mon bol comme j’aimais à le faire, d’une seule gorgée, le tenant à deux mains. J’ai toujours aimé la sensation humide au-dessus de ma lèvre supérieure, la moustache de lait que j’essuyais avec ma serviette quand elle commençait à sécher. Depuis un an, j’avais appris à aimer le regard que les hommes portaient sur moi quand ils me voyaient faire. « Tu féliciteras ta mère de ma part, Martial, je n’ai jamais bu un aussi bon chocolat ! ».

J’allais plier ma serviette quand Jimmy sortit de sa poche un petit paquet fait à la va vite et me le tendit. Je l’ouvris et découvris un rond de serviette en bois gravé à mon prénom. Je ne savais pas si je devais en rire, alors, je me levai et embrassai la joue de Jimmy en me penchant au-dessus de la table.

Depuis notre arrivée, j’avais eu droit à quelques « leçons de rattrapage » en français. Les séances débutaient toujours de la même façon, je choisissais un costume, le Balafré, Jimmy et Martial se concertaient et décidaient quelle oeuvre ils allaient me raconter.

Mue par je ne sais quelle inspiration, sans doute liée à la mélodie d’une vieille ritournelle que sifflait le Balafré, occupé à faire la vaisselle, j’ouvris la valise et la vidai entièrement. Je reconnus la fameuse robe de bergère qui avait tant plu à Nathalie, je la dépliai avec l’idée de demander au Balafré si, comme moi, il trouvait qu’elle irait mieux à Cathy qu’à moi, mais ce faisant, le premier cahier de Bonne-Maman tomba sur le carrelage. Je le ramassai.

C’est toi qui as demandé à Christian de le mettre dans la valise ? Quelle bonne idée !

Hélas, non ! J’aurais aimé l’avoir eue, mais c’est une initiative de Christian !

Je souris en pensant à lui, mais je me retins de le dire au Balafré la phrase qui me brûlait les lèvres « C’est aussi pour ça que je l’aime ». Je ne voulais pas qu’il perde la face devant ses amis et j’ignorais encore que ça n’aurait pas été le cas. Je tendis le cahier à Jimmy « Tu veux le lire ? ». Il allait me répondre quand je remarquai son regard par-dessus mon épaule. Le Balafré lui avait fait signe de refuser ma proposition.

Si on en profitait pour varier les plaisirs ?

Une leçon de botanique ?

Ton enthousiasme me va droit au coeur, fille de Mère-Nature,  non… je pensais… ce matin, tu nous lirais à voix haute… en soignant ta lecture… le cahier de Rosalie pendant que nous te ferions l’amour…

Ouah ! Tout le cahier ? !

Ah, ah ! Je te reconnais bien là, petite gourmande… ! Essaie déjà d’aller au bout d’un seul chapitre ! Mais je te laisse choisir lequel…

Je préfère que ce soit Jimmy qui choisisse.

Jimmy, touché, entreprit de le feuilleter, il s’extasia de la jolie calligraphie et sourit en découvrant les titres de chacun des chapitres.

Je ne résiste pas à Baudelaire…

Il  me tendit le cahier ouvert à la bonne page. Je fis sans doute la moue, puisqu’il me demanda ce qui me déplaisait. J’aurais préféré un chapitre plus joyeux, toutefois ma mine contrariée me permit de décider où et comment relever ce défi. Dans un des appentis était entassé tout un bric-à-brac, dont un vieux lit qui correspondait à l’image que je me faisais d’un divan profond comme un tombeau. Le mas avait subi quelques modifications au cours des décennies précédentes, l’époque était alors au modernisme et au formica. Combien de meubles anciens avaient fini en bois de chauffe ? Je ne saurais le dire, mais par chance, le lit n’avait été que démonté et ses éléments empilés dans un coin. Nous transportâmes le tout dans la cour pour un dépoussiérage et un remontage. J’avais estimé à une demi-heure le temps nécessaire à ces préparatifs, l’horloge sonna midi quand nous en vînmes enfin à bout ! Comme le fit remarquer le Balafré, si Valentino avait été là, nous aurions gagné un temps certain. J’aimais les regarder s’activer, s’interpeller. J’avais aimé leurs « Non ! Laisse-nous faire, Monique ! », mais par-dessus tout leur désobéir et ainsi leur prouver que je n’étais pas une faible créature.

Cette journée, un peu fraîche était malgré tout très ensoleillée, je ne portais que la chemise d’homme dans laquelle j’avais dormi, je décidai de ne pas la retirer pour le moment, au contraire, je la reboutonnai soigneusement pendant que Jimmy et Martial étaient partis chercher le grand matelas sur lequel nous dormions le Balafré et moi. Comme il le faisait souvent, le Balafré se caressa la commissure des lèvres en souriant, il ne savait pas encore à quel point ce geste m’excitait, mais il commençait à s’en apercevoir. Il me demanda, à brûle-pourpoint, si j’étais heureuse, pour toute réponse, je lui souris.

Approche !

Comprenant où je voulais en venir, il me dit « Tu vas t’écorcher les genoux, ma chérie ! »

Je m’en fous, la douleur sera minime comparée au plaisir que je vais prendre ! Mais avant…

Je me blottis dans ses bras, fermai les yeux et levai mon visage vers le sien. C’était notre petit rituel d’amour, de tendresse avant le déchaînement de nos pulsions, celui qui s’était imposé à nous sans que nous l’ayons choisi. J’aimais sentir le souffle du Balafré sur ma peau, sa main sur mes reins, l’autre qui caressait doucement mon visage, chaque caresse précédait un baiser léger, chaque baiser léger était suivi d’un mot d’amour, d’un compliment. Je me laissais faire, le corps déjà tendu vers le bonheur. Quand une mèche de mes cheveux le dérangeait, il soufflait dessus pour la remettre en place. Pour finir, il posait ses lèvres sur les miennes, ma langue forçait un peu ses dents pour retrouver la sienne et nous nous embrassions longuement. J’appréciai tout particulièrement la saveur de ce baiser matinal, sa salive au goût de café se mêlait à la mienne, chocolatée… Je détachai le bouton de son pantalon, fis glisser la fermeture, constatai qu’il ne portait rien dessous et qu’il bandait déjà très fort.

Mes paupières toujours closes, je m’agenouillai devant lui et tentai de redessiner le tracé de sa cicatrice du bout de ma langue. J’entendis crisser le gravier, puis le bruit mat du matelas jeté sur le sommier. Me sachant observée, je décidai de faire de cette pipe une véritable oeuvre d’art. J’humectai le gland en salivant le plus possible, j’avais déjà en horreur cette manie de cracher sur autrui, je n’y ai toujours vu que mépris, ce qui annihilait tout désir. Quand il fut assez humide à mon goût, j’avalai un peu plus sa queue, les mains du Balafré caressaient mon crâne sous mes cheveux… ma langue s’enroulait autour de son sexe… dans un sens… puis dans l’autre selon que je l’avalais ou au contraire que je le sortais de ma bouche. Nous déglutissions tous les quatre au même rythme et c’était moi qui l’imposais, ce rythme. Cette constatation m’emplit d’une force incroyable qui décupla ma fougue. J’entendis Jimmy s’extasier, me comparer à une prêtresse en adoration devant une divinité priapique. J’interrompis cette fellation pour lui demander ce que ça voulait dire.

Je te le dirai après ta lecture… si tu lis bien !

Je me relevai, malgré les jérémiades du Balafré et ordonnai à Jimmy de s’allonger sur le lit. Il était déjà nu et maintenait la base de sa queue déjà dure, de telle façon qu’une ombre se dessinait sur son ventre. Imitant tant bien que mal la voix du Bavard, je fis un clin d’oeil au Balafré et lui dis « Boudiou ! Mais c’est qu’il me fait pas le cadran solaire, le coquin ! » Le Balafré éclata de rire et fit semblant de me le reprocher.

J’allais m’empaler sur ce sexe dressé quand une petite voix me conseilla de ne rien en faire, de profiter du pouvoir que m’offrait la situation. La veille, ils s’étaient moqués de moi, de ma « candeur toute enfantine », j’avais la possibilité de leur rendre la monnaie de leur pièce, je n’allais pas m’en priver ! 

C’est parce qu’ils se remémoraient d’anciens souvenirs, que j’appris l’origine de leur amitié. Le Balafré et Jimmy s’étaient connus sur les bancs de l’université où tous deux étudiaient l’histoire, de sursis en sursis, ils avaient reporté leur incorporation et, comme Jean-Pierre, le cousin de Christian, le faisait à l’époque, ils avaient opté pour la coopération. C’est pendant leur service qu’ils avaient fait la connaissance de Martial, étudiant lui aussi. Leur amitié ne s’était jamais démentie au fil des ans. C’est au cours de sa coopération, que le Balafré avait décidé de changer son fusil d’épaule, si je puis m’exprimer ainsi, de renoncer à une carrière universitaire pour devenir instituteur. J’avais fait un calcul mental, mais doutant de mon résultat, j’avais fini par leur demander leur âge. J’avais bien calculé et m’étais exclamée « Mais vous êtes super vieux ! Je ne l’aurais pas cru ! » ce qui avait déclenché leurs moqueries. Plus tard, quand nous n’étions que tous les deux, le Balafré m’avait fait remarquer qu’il était plus jeune que Catherine et m’avait demandé si je la qualifierais de « super vieille ». Il avait raison, elle ne l’était pas, mais j’aurais cru qu’il avait l’âge de Christian quand il avait celui d’Alain. « C’est parce que je suis bien conservé ! »

Je les regardais donc, prenant tout mon temps, j’ordonnai à Jimmy de rester allongé, au Balafré d’apporter un coussin très épais, de le poser à terre près du lit, de s’agenouiller dessus, face à moi, qui me tenais à la droite du lit et à Martial de se tenir debout dans mon dos. Je voulais sentir leurs mains me caresser et m’échauffer des baisers savants du Balafré sur mes cuisses, sur mon sexe.

Avant de débuter la lecture, puisque vous ignoriez l’existence de ce cahier, laissez-moi vous en parler un peu. Ma grand-mère, Rosalie y raconte comment elle a quitté sa Normandie natale, chassée par sa famille, reniée pour avoir fait une fugue afin de rencontrer Pierrot, mon papé dont elle était marraine de guerre… Elle y raconte sa vie amoureuse, amicale et sexuelle… C’est à peu près ça, non ?

Le Balafré fit oui de la tête. Jimmy lui reprocha de ne pas avoir entendu la réponse. À regret, il décolla ses lèvres de mon entrecuisse et en profita pour ajouter « Le récit débute en 1917 et s’achève en 1920 ».

Les mains de Martial couraient sur ma peau, sous la chemise. Je me cambrai sous toutes ces différentes caresses. Martial pinçait mes tétons de la manière idéale… Je fermai les yeux, rejetai ma tête en arrière et tendis ma bouche vers la sienne pour quémander un baiser… Que ses baisers étaient délicieux ! Suaves… ! Il aimait tout autant les miens… J’interrompis quelques instants ce long baiser, le temps de m’empaler sur Jimmy car je voulais lui offrir cet orgasme qui menaçait d’exploser… Martial reprit ses caresses sur ma peau, ses pincements aussi… et son long baiser… le Balafré glissa ses doigts entre ma chatte et le ventre de Jimmy.

Tu… tu sens… Jimmy ? Tu me sens… jouir ?

Fatché oh oui ! Putain… c’que c’est bon ! Oh… put…

Martial détacha le premier bouton, celui du col de la chemise que je portais.

À chacun de tes orgasmes, j’en dégraferai un… tu devras avoir fini ta lecture avant de les avoir tous détachés, sinon…

Sinon ? Sinon quoi ?

Sinon, nous…

STOP, Martial ! STOP ! Sa grand-mère m’a prévenu « Aucune sanction, elle y prendrait trop de plaisir !

La sagesse faite femme !

Je débutai ma lecture, mais ils savaient y faire ! Mon troisième orgasme déclencha celui de Jimmy… Nous n’avions pas songé à cette éventualité, mais la solution fut vite trouvée… Le Balafré prit la place de Jimmy qui prit celle de Martial qui remplaça le Balafré… Il ne restait plus qu’un seul bouton quand Martial put enfin prendre la place du Balafré qu’il convoitait depuis pas mal de temps, maintenant. Il ne me restait plus qu’un bouton et je n’en étais pas à la moitié du texte ! Je m’empalai sur son membre, nous nous regardions et nous souriions… complices… du même coin… de Paris… je fis deux va-et-vient.

Ta queue est parfaite pour ma chatte !

Tu trouves aussi ?

Ouais… putain ! C’est… Ah oui… la lecture…

Le Balafré m’avait rappelée à l’ordre d’une petite claque sur la fesse… J’étais en train de chercher où j’en étais avant le changement de partenaires, je venais de trouver quand le Balafré caressa mon petit trou d’un doigt habile… léger… curieux… coquin.

C’est pas du… oooh… jeu… !

Le Balafré détacha le bouton, le dernier, celui du poignet droit, m’ôta la chemise, la lança au loin, en prit une autre qui pendait sur le dossier du lit, celle de Jimmy, justement… il me l’enfila, la reboutonna soigneusement… Il me fallut plusieurs chemises avant d’achever ma lecture. Le Balafré interrogea Jimmy et Martial, satisfait de leurs réponses, il me félicita.

Tu as réussi l’exercice, ma chérie ! Et si tu le souhaites… on pourrait dire que tu as inventé « la figure Monique »… !

Je rougis un peu. J’étais surtout épatée que Martial et Jimmy aient réussi à écouter et à mémoriser le texte ! Je me repris tout de suite. J’étais heureuse et je voulais les faire rire.

J‘ai pas droit à une récompense ?

Un bon-point, par exemple ?

Euh… non… je pensais à une récompense… plus… personnalisée !

Comme quoi ?

Je réfléchis quelques minutes, le temps de sentir mes cuisses commencer à devenir humides.

Vous me léchez à tour de rôle ! Toi d’abord… tu me lèches… me roules une pelle pendant que Martial me lèche… il me roule une pelle pendant que Jimmy me lèche… etc. jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien !

Si un jour, je rencontrais une nana comme toi, Monique, je la demanderais direct en mariage ! Je la laisserais pas passer !

Et tu la partagerais ?

Bien sûr ! Quand tu as la chance de trouver un tel trésor… tu… oh oui, je la partagerais !

En effet, le 31 décembre suivant, lors du réveillon, Martial rencontra Sylvie, ne la laissa pas passer et nous la présenta lors de leurs fiançailles qui ressemblèrent beaucoup aux miennes.

Leurs baisers s’avérèrent un peu trop efficaces à mon goût, mais le soleil déclinait déjà et nous étions morts de faim. Le matelas réintégra sa place. Le Balafré me demanda la raison de ce sourire en coin.

– J’imaginais la figure Monique avec toi, Christian et Aloune…

Surtout le final ?

– Ouais !

La figure Monique devint une de nos favorites, avec quelques variantes quand Cathy se joignait à nous.

Jimmy dévora le cahier de Rosalie. La Première Guerre Mondiale et les années qui suivirent étaient justement son sujet d’étude ! Quand il me parla de sa vie, j’en aurais pleuré. Sa mère avait accouché sous X en 1945, lui avait donné ce prénom, Jimmy, en hommage à son père, un soldat britannique, mais il n’en savait pas plus. Il fut envoyé en nourrice à Paradou, où il grandit sans que jamais personne ne vienne le chercher ou l’adopter. Il considérait ses parents nourriciers comme ses vrais parents, leurs enfants, biologiques ou pas, comme ses frères et soeurs et toute cette petite troupe formait une famille très unie, c’est pour cette raison qu’il me disait de ne pas avoir du chagrin quant à sa naissance. Il pensait que son goût pour l’histoire venait du fait qu’il ne connaîtrait jamais ses véritables origines, ses racines…

Quand le mas fut mis en vente, Jimmy l’acheta et nous nous y retrouvions dès que nous en avions la possibilité. J’y suis venue seule, accompagnée de Cathy, du Balafré, de Christian… en fait, dès que nous avions le temps pour un « week-end partouze » ou un « Woodstock sous la lavande ».

Soirée dansante entre amis

 

 

 

C’est l’été ! (4 juillet 2018)

Pour lire tranquille, sur un transat, sur la plage, dans le train, dans l’avion, pendant les vacances, ou avant, ou au retour… ou à la place 😦 rien de tel que deux courts romans que l’on peut sortir de son sac, ouvrir en public, oublier sur la table de chevet sans attirer l’attention sur l’aspect érotique des histoires, grâce aux couvertures « tout public »…

Certes, objecteront les déjà heureux propriétaires de ces romans, mais quand on lit la 4ème de couverture, plus aucun doute n’est permis.

Je rétorquerai que le fait d’avoir retourné le livre pour en lire le résumé dénote d’une certaine curiosité et tout le monde sait que la curiosité est un charmant défaut !

Mais dis-moi, Palli, comment fait-on pour se procurer ces deux merveilleux ouvrages ?

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Note à moi-même : penser à faire ou à actualiser le formulaire de contact, sinon, ce serait un peu con…

 

Chroniques Matrimoniales – Canto, canto, cigaloun !

Comme je le pressentais, le Balafré vint m’enlever pendant les vacances de la Toussaint. Je pensais qu’il avait organisé un séjour tout en surprises, je ne me trompais pas non plus sur ce point. Il arriva dans la soirée et avait hâte que je monte à ses côtés. Je fis semblant d’être prise au dépourvu, de n’avoir pas eu le temps de préparer ma valise. J’aurais voulu qu’il me réponde que ça n’avait aucune importance, que de toute façon, je passerai ces quelques jours totalement nue ou un truc comme ça. Hélas ! Christian me dit de ne pas m’en faire et tendit une valise, ma valise au Balafré « je crois que tout y est ».

De quoi parlait-il ? Qu’avaient-ils donc manigancé, ces deux-là ? Cette question tournait encore dans ma tête quand Christian m’embrassa avec une fougue inhabituelle et sa boutade « Je t’ai noté l’adresse pour que tu retrouves le chemin de la maison » sonna désagréablement à mes oreilles. J’avais refermé ma portière quand je compris enfin. Je sortis de l’auto et entrai précipitamment dans notre maison.

Tu te rends compte que ce sera la première fois qu’on va être séparés pendant plusieurs jours ?

Ça va te faire des vacances !

Même s’il souriait, je me sentis blessée. Il le lut dans mes yeux.

Tant que tu seras heureuse de me retrouver…

Tu en doutes ? Mais Christian, tu sais bien que tu es l’homme de la vie !

Il me serra fort contre lui, son visage dans mes cheveux, il me dit :

C’était ça que je voulais entendre ! Profite, Monique ! Profite ! Et reviens-moi avec pleins de détails croustillants à me raconter !

Je remontai dans la voiture et expliquai au Balafré la raison de cet aller-retour en concluant sur ces mots :

L’idéal serait qu’il puisse nous voir et qu’on puisse connaître ses réactions en direct…

Big Brother is watching you !

Un picotement désagréable remonta d’entre mes omoplates vers ma nuque. Je connaissais cette sensation, je l’éprouvais depuis mon enfance. J’avais été une élève médiocre, mais appliquée. Je n’avais pas été au collège à cause de ça. J’avais, par réflexe de survie, pris l’habitude de ne pas relever les allusions que je ne comprenais pas et, surtout, de sourire d’un air convenu. J’adoptai cette attitude, me réfugiant dans ce confort factice. Je réalisai soudain mon erreur et, sans oser regarder le Balafré, je lui dis :

Tout le monde dit ça tout le temps… Ça veut dire quoi, au juste ?

Le Balafré me raconta le début de 1984, je l’écoutais, captivée, fascinée. Il stoppa brutalement son récit. Je lui demandai de l’achever.

Pour savoir la suite, il te suffit de la lire ! Je suis prêt à parier que ce roman figurait en bonne place dans la bibliothèque de Rosalie et certainement dans celle de Toine !

Pendant le trajet, nous parlâmes de nous, il me parla de lui et je lui parlai de moi. Ça faisait des mois qu’on couchait ensemble, mais nous en savions si peu l’un de l’autre ! Évoquer ce paradoxe apporta de la légèreté et une bonne dose d’optimisme. Je pensai enfin à la raison de ce séjour… je relevai outrageusement ma robe et m’apprêtai à débraguetter le Balafré quand il stoppa mon geste « encore quelques instants, ma chérie… » en prononçant ces mots, il s’engagea dans un sentier chaotique qui faisait bringuebaler sa voiture.

Au bout de ce sentier, je découvris la maison où nous allions passer les jours à venir. Il venait de me prévenir que des amis à lui arriveraient dans la soirée, qu’ils logeraient dans une ancienne dépendance du mas et qu’il serait heureux de me les présenter. Je devinai qu’il ne tiendrait qu’à moi que ces présentations se fissent plus poussées. Quand nous pénétrâmes dans la cour, il y avait déjà une voiture de location. Je fis la moue, le Balafré m’en demanda la raison.

J’aurais préféré passer la soirée avec toi… rien que nous deux…

Tu… tu n’aurais pas pu me faire plus jolie réponse ! Attends ! Ferme les yeux et ne les ouvre pas avant mon retour !

Je l’entendis marcher à grands pas, puis courir sur le gravier. Le bruit d’une porte ouverte à la volée. À nouveau des pas rapides, ma portière s’est ouverte, le Balafré m’aida à sortir de la voiture, me souleva dans les airs et c’est dans ses bras que je franchis le seuil de la maison.

Ouvre tes yeux ! Quelle est ta première pensée ?

Oh ! C’est comme dans les films américains, mais en mieux ! Parce que c’est… pour de vrai ! Oh !

Ô, ma Monique… !

Nous restâmes un bon moment ainsi, sans bouger, moi dans ses bras, ses yeux dans les miens, nous ne songions même pas à nous embrasser. Nos yeux se faisaient l’amour pour nous, à notre place… Le crissement des pneus de l’autre voiture nous fit revenir à la réalité. Le Balafré me déposa délicatement sur une large banquette.

Je vais chercher nos affaires, ne bouge pas !

Quand il revint, presque aussitôt, il me désigna la valise.

Tu veux savoir ce qu’elle contient ?

Sans attendre ma réponse, il l’ouvrit et en sortit quelques vieux costumes, son regard m’interrogeait « Voudrais-tu te prêter au jeu des petites saynètes ? ». Je les regardais, cherchant à deviner les facéties qu’ils avaient suscitées. J’essayais de me replonger deux générations plus tôt, tout en prenant un air mystérieux.

Pour le savoir, il faudrait que tu me dises qui tu as reconnu dans le cahier de Rosalie…

Un large sourire s’épanouit sur son visage.

Barjaco !

Comprenant que je n’obtiendrai aucune réponse sérieuse dans l’immédiat, je fis mine de boxer le Balafré, qui fit mine de reculer avant de m’attraper par la taille et de me soulever dans une prise de catch. Nous nous menacions « Gare à toi ! », nous nous provoquions « Même pas peur ! », d’autres menaces « Si je t’attrape… », d’autres provocations « Oh, je tremble presque de peur ! » tout en nous poursuivant dans les pièces de la maison.

La nuit était tombée en même temps que moi. Je me relevai, allumai le plafonnier et ouvris les rideaux. Je cherchais comment décrocher les voilages quand le Balafré me demanda.

Que cherches-tu à faire ?

Une essepérience scientifique…

Une quoi ?

Une essepérience scientifique…

Je rêve ou tu oses te moquer de mon accent ?

Un assent ? Qué assent ? Je croyais que c’était ceusses du Nord qui avaient un assent… !

Ça, ma vieille, tu vas me le payer !

Ô peuchère, j’en tremble de peur !

Et je m’enfuis en courant… dans ses bras !

Quel était le but de ton expérience ?

Je me demandais si tes amis sont du genre curieux… alors, je me suis dit…

Tu t’es dit ?

Si je me déshabillais devant la fenêtre, toutes lumières allumées… si j’offrais mon corps à leur vue… tu penses qu’ils nous regarderaient faire l’amour ?

La question se pose, en effet ! Tentons donc l’expérience…

Oui… tentons l’essepérience !

Milo Manara
Milo Manara – KamaSutra

Le Balafré me mit une tape sur la main, autant pour me punir de mon insolence que pour interrompre mon geste. Je m’apprêtais à déboutonner ma robe, il se mit dans mon dos « Laisse-moi faire, alors… », son souffle chaud dans mon cou, sa voix profonde, vibrante… je me sentis devenir poupée de chiffon. Il me dévêtit lentement, savamment, je fermai les yeux et sentis mon excitation croître, inéluctablement, comme l’eau se met à bouillir… Une de ses mains se décolla de ma peau, je n’eus pas à ouvrir les yeux pour comprendre qu’il avait, d’un geste, intimé à ses amis l’ordre de ne pas s’avancer davantage, de rester à la place que nous leur réservions, celle du public.

La situation te plaît bien, on dirait…

Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

Ta voix qui déraille, l’emballement de ton cœur sous mes doigts…

Lesquels ?

Lesquels ???

Tes doigts de la main gauche ou ceux de la droite ?

Mais…

Le Balafré sourit et je le sus malgré mes yeux clos et le fait qu’il se tint dans mon dos. Il fit aller et venir ses doigts le long de ma fente, mais sans me pénétrer.

Monique, as-tu du cœur ?

J’aimais quand il me parlait sur ce ton, en chuchotant dans un éclat de rire contenu, expirant par le nez… Il se souvint soudain de notre discussion dans la voiture.

Une des répliques les plus fameuses du Cid, de Pierre Corneille est « Rodrigue, as-tu du cœur ? »… mais bon, l’histoire n’est pas des plus joyeuses… !

J’aimerais que la nôtre…

Que la nôtre quoi ?

Durât toute la vie… euh… dure toute la vie…

Et c’est pour t’attacher mon amour que tu emploies l’imparfait du subjonctif ?

Je… ça m’est venu comme ça… oooh… n’arrête pas… oooh… oui… à ce rythme-là… ! Tes amis sont-ils curieux ? Je… oui… je préfère garder les yeux… fermés…

Oui ! Ils nous regardent… oui… écarte tes cuisses… oui… bascule ton bassin vers l’avant… offre-leur ton magnifique corps à la vue… pourquoi souris-tu ainsi ?

Parce qu’ils sont à mille lieues de s’ima… giner… oooh… qu’on parle… oooh… conj… conju… ooooh… conj… oooh… conjugaison… rhâââ… !

Monique ! Arrête! Tu ne peux pas !

Je ne peux pas quoi ?

Jouir sous mes doigts en prononçant le mot « conjugaison » ! Merde ! Pense un peu à moi ! À mon boulot !

Je n’y avais pas pensé… c’est vrai que t’es maître d’école…

Ensemble, nous ponctuâmes ma phrase d’un « mazette ! » complice. Le Balafré m’embrassa encore dans le cou, en faisant aller et venir ses lèvres de mon épaule jusqu’au lobe de mon oreille… Il n’avait pas cessé ses caresses, elles étaient à la fois plus légères et plus audacieuses…

Pour la première fois de ma vie, je ne me sentais pas inférieure de mon manque de culture. Je venais de comprendre que le savoir peut se glaner n’importe où, pourvu qu’on en ait l’envie. Cette certitude m’offrit une sérénité incroyable, je décidai d’en faire profiter le Balafré.

Tu pourrais me faire jouir en me racontant « Le Cid » ?

QUOI ?

C’est pas par vice… c’est… pour ma… culture générale… quelle serait la meill… oooh… tu crois qu’une… levrette ? … oooh…

Sacré défi que tu me lances, là !

Si jamais tu faiblissais…

J’aurais un zéro pointé ?

Non ! Tu aurais le droit d’appeler à l’aide !

Je croyais que pour ce soir… oh ! Tu es bouillante !

Il venait de me pénétrer et, en effet, son sexe m’avait semblé frais…

… je croyais que tu voulais qu’on reste seuls, toi et moi… tu as changé d’avis ?

Peut-être… mais peut-être aussi… ooh… je te sais capable d’y parvenir tout seul…

J’entendis le sourire dans le ton de sa voix quand il annonça « Le Cid, tragi-comédie en cinq actes de Pierre Corneille ! » Il allait et venait en moi à un rythme régulier, mais assez lent. Il nomma les différents protagonistes en les présentant. Je me sentais vibrer, bouillir, j’avais toujours les yeux fermés et un « NON ! » de déception s’échappa de ma bouche quand il sortit de moi. Une suite cadencée de petites claques sur mes fesses, précédèrent les trois plus appuyées et plus lentes « Que le spectacle commence ! »

Je ne me souviens pas l’avoir écouté attentivement, je me laissais envahir par toutes ces sensations qui arrivaient par vagues… j’y plongeais, m’en laissais submerger. J’essayais de ne pas crier trop fort parce que je voulais entendre sa voix… Ses mains couraient sur mon corps, me pétrissaient. Il me semblait que ses va-et-vient suivaient le rythme de son récit.

Je me cambrais davantage quand ses mouvements se faisaient plus amples. Parfois, je me redressais presque totalement, alors ses mains passaient de mes hanches à ma poitrine… de ma poitrine à mon ventre… de mon ventre à mon pubis… de mon pubis à mon clitoris… de mon clitoris à mon pubis… de mon pubis à mon ventre… de mon ventre à mon clitoris… de mon clitoris à ma poitrine… Je prenais un tel plaisir que j’en oubliai nos spectateurs. Je m’en aperçus quand, après avoir joui, il sortit de moi à la fin du troisième acte.

ENTRACTE !

Il me prit dans ses bras, m’embrassa. J’avais hâte qu’il reprenne de la vigueur et son récit. Je ne compris pas immédiatement pourquoi cette remarque le fit éclater de rire.

Pendant qu’il préparait de quoi nous sustenter et nous désaltérer « Laisse-moi te montrer ce talent dont je suis tellement fier », un petit éclat lumineux et verdâtre se refléta sur la vitre.

Je crois qu’un de tes amis est en train de se branler…

Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

… ou alors, c’est un insecte phosphorescent qui volette de bas en haut et de haut en bas…

Il éclata de rire et ensemble, sans nous être concertés, nous leur fîmes signe d’approcher et d’entrer. C’est ainsi que je fis la connaissance de Martial et de Jimmy.

Nous rencontrons enfin la fameuse Monique dont tu nous rebats les oreilles depuis des mois !

Je sursautai, surprise, furieusement excitée. Martial poursuivit en demandant à son ami si désormais, il le faisait toujours à la parlante et voulu savoir ce qu’il me disait et qui semblait me captiver autant.

Tu ne devineras jamais ! Mon amour veut parfaire sa culture littéraire…

Des vers de Pierre Louÿs ?

Non !

De Baudelaire ?

Non !

De Verlaine ?

Non plus !

Je regardais Martial, de plus en plus troublée, de plus en plus excitée…

Tu es surprise, n’est-ce pas ?

Oh oui ! Et flattée que tu me présentes à tes amis de fac…

Quelle est donc cette lueur dans ton regard ? À quoi penses-tu ?

Tu laisserais Martial terminer le récit ? Je n’ai jamais couché avec un…

Avec un noir ?

Avec un « païs » !

Quoi ?

En t’écoutant parler, j’ai réalisé que je n’ai couché qu’avec des provençaux… j’aimerais entendre l’accent parisien… pour la première fois… pendant… tu voudrais bien me parler pendant que tu me baiserais ?

N’y vois aucun vice, Monique a décidé de se lancer dans les expériences scientifiques…

ESSEPÉRIENCE, on dit !

Je comprends mieux pourquoi tu nous as dit « Monique est souvent surprenante » !

Il se dévêtit. Je regardai son corps un peu grassouillet, terriblement attachant. J’avais envie de me blottir dans ses bras comme on se love dans un canapé confortable.

Martial m’ouvrit ses bras, je m’y blottis, j’aimai immédiatement le contact de sa peau, son odeur, le goût de ses baisers, ses cheveux sous mes doigts… Je pris sa main pour l’inciter à découvrir mon corps comme je découvrais le sien. Sans savoir pourquoi, je pris une petite voix implorante, presque timide pour lui demander, comme une faveur, s’il m’autorisait à le sucer. Son éclat de rire tordit mes tripes d’un désir violent. J’aurais aimé le taquiner un peu, beaucoup, avant de le sucer, mais j’étais trop impatiente pour y parvenir. Je le suçai goulûment, avidement… Il me tira un peu les cheveux.

Doucement… si je dois te dire de la poésie… il faut… doucement ! Tu vas me faire jouir !

Son accent m’électrisait autant que ses mots, que ses caresses, que sa peau, que sa délicieuse odeur… Surprise que ses poils fussent crépus comme ses cheveux, je me traitais intérieurement d’idiote, pourquoi aurait-il eu une pilosité différente ? J’étais moi-même blonde de la tête aux pieds ! Martial me dit qu’il avait besoin de faire baisser la pression… nous en profitâmes pour dîner. Je passais des bras de l’un à ceux d’un autre. Jimmy riait un peu trop fort pour que je ne devinât point son embarras. Des trois, il avait toujours été le séducteur, le beau gosse, et perdre cette position avait fait naître un doute profond  dans son esprit. Allait-il se montrer à la hauteur de sa réputation ? Mais ça, je ne l’appris que bien plus tard. Le Balafré sonna la fin de l’entracte en tapant dans ses mains. Martial, surpris, lui demanda :

Quel entracte ? Tu ne lui disais pas des poèmes ?

Non ! Je lui racontai un classique du théâtre français… lequel, à votre avis ?

Je trépignais d’impatience, le Balafré le savait et s’amusait de me mettre ainsi à la torture… J’aurais pu  donner à Martial le titre de la pièce, mais le sourire amusé, l’éclat dans les yeux du Balafré me récompensaient amplement de cette attente. Quand Martial n’y tint plus, que Jimmy eut énoncé le titre d’une bonne dizaines d’œuvres, le Balafré annonça d’un ton victorieux.

Bon courage, Martial ! Va garder ta concentration, ton excitation… tente de la faire jouir… quand je vous dis que ma Monique chérie est surprenante… daï ! « Mais le temps est trop cher pour le perdre en paroles : je t’arrête en discours, et je veux que tu voles. Viens, suis-moi, va combattre et montrer à ton roi que ce qu’il perd au comte, il le recouvre en toi. »

LE CID ? !? !

Étonnant, non ?

La remise à niveau se poursuivit ainsi…