Le plaisir enchanté

Une grande pensée pour Clayton Cubitt et son projet « hysterical litterature » et aussi à https://charlie-liveshow.com/charlie-tantra/histoires-erotiques-charlie-podcast-lecture-sensuelle/

Lignes de force

Elles sont trois, elles sont hollandaises et elles sont belles. Comme, en plus, elles ont de l’esprit, elles ont baptisé leur trio ADAM.

La «performance» – physique et artistique – à laquelle elles se livrent dans la vidéo ci-dessous consiste à chanter tout en usant d’un vibromasseur (que vous ne verrez pas).

Manière radicale et élégante à la fois de partager leur plaisir (et leurs rires) avec nous…

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Chroniques matrimoniales – Épilogue

Dessin de Milo Manara

Je voulais répondre à tes questions, mais il me fallait aussi te préciser certains points, mes cahiers se sont remplis à toute vitesse et je m’aperçois que je ne t’ai raconté que mes trois premiers mois de femme mariée ! Tu arrives demain, nous aurons tout le temps d’en parler ensemble. Pour terminer ce récit, je voudrais te raconter comment j’ai réussi le défi lancé par mes amis.

J’ai failli me fâcher avec Marie-Claire, ta grand-mère, qui aurait voulu que je sois la marraine de sa fille, Céline, ta mère. Elle avait moqué le côté conven­tionnel de mon mariage quelques mois auparavant, mais n’admettait pas les raisons qui me poussaient à refuser sa proposition. Elle restait sourde à mes arguments. J’étais athée, quelle valeur aurait mon engagement devant un dieu auquel je ne croyais pas ? Ce qui importait à ses yeux c’était que le frère de ton grand-père soit le parrain et que je sois la marraine. Finalement, ce furent nos parents qui nous permirent d’éviter une rupture irrémédiable, ni elle, ni moi n’avions été baptisées, pas plus que notre mère et sa sœur ne l’avaient été. Elle se rangea donc à mon idée, je tiendrai le rôle attribué à la marraine sans passer par la case église. La vie a fait que je n’ai jamais eu vraiment l’occasion de tenir ce rôle, et tant mieux, parce que ça implique que Céline n’a pas connu de gros soucis. Je me demande même si le pre­mier service qu’elle m’ait demandé n’a pas été de te recevoir cet été pendant tes vacances.

Le climat s’étant apaisé entre nous deux, je lui proposai d’organiser une fête familiale au village, prétextant que Bonne-Maman, trop âgée, risquait de ne pas supporter le voyage. Ce qui nous fit tous bien rire puisqu’elle était vraiment en pleine forme. Marie-Claire accepta volon­tiers, quelques jours en Provence, pour cette occasion, ça ne se refusait pas ! La fête eut lieu le 27 mai 1976 et cette année-là, outre la canicule qui s’est abattue sur la France, fut une année “sans pont au mois de mai, alors nous avons décidé d’attendre le jeudi de l’Ascension et d’en profiter pour prolonger cette réunion familiale jusqu’au dimanche suivant, jour de la fête des mères.

Un grand repas fut organisé dans la salle des fêtes, il y avait foule puisque pour faire plaisir à Bonne-Maman, j’avais suggéré d’inviter ses amis encore vivants. La représentation que se faisait Marie-Claire de notre vie au village, de son ennui mortel, de son peu d’anima­tion, m’aida à la convaincre. Elle nous suggéra d’inviter mes amis, histoire qu’ils profitent aussi un peu de cette fête, ce qui me donnait la possibilité de relever mon défi.

Le challenge était de taille puisque ma sœur, son chéri, nos parents et les siens seraient présents. Les membres de la Confrérie, toutes générations confondues, me répétèrent de ne pas hésiter à le tenter une autre fois, si je risquais de me faire démasquer.

Ainsi que c’est encore le cas, les tables de la salle des fêtes étaient réunies pour former un U, ce qui permet­tait de danser entre les différents plats et après le repas. Pour une personne non-conventionnelle, Marie-Claire avait néanmoins établi un plan de table qui respectait le protocole. En installant Neuneuille à sa place, je lui fis remarquer, non sans une pointe d’iro­nie, que ma sœur avait une qualité qui ne pouvait que plaire à l’homme à cheval sur l’étiquette qu’il était. Il me fit la réponse que j’attendais “Mais il lui manque la principale. Je siégeais donc à la droite de mon beau-frère et Jimmy était assis trop loin de moi pour que je puisse relever ce défi. Je n’avais pas pensé à ce détail en annonçant fièrement que ce serait à cette occasion et je comprenais enfin le conseil des uns et des autres de ne pas me montrer téméraire.

Après les toasts portés à Céline, à ses parents, à sa marraine, à son parrain, à ses grands-parents et à son arrière grand-mère, “les Parisiens étaient passable­ment éméchés. Pour la première fois de ma vie, je ne m’incluais pas parmi eux !

Les plats se succédèrent, jusqu’à la première pause musicale. Pour faire plaisir aux anciens, nous avions décidé de leur mettre des valses et des tangos. Bonne-Maman dansait avec Valentino, Nathalie avec Barjaco, ma mère avec sa sœur, Marie-Claire et moi avec nos conjoints respectifs. Après la première valse, je m’assis aux côtés de Neuneuille qui sourit en me disant “Rosalie est une sacrée comédienne, regarde comme elle a l’air heu­reuse de valser sur cette chanson qu’elle a toujours détestée !

Je n’avais jamais songé à cette éventualité ! Ainsi les vieux avaient aussi des goûts musicaux ? Ainsi toutes les vieilles chansons ne leur plaisaient pas ? Et ce tan­go, l’appréciait-elle, au moins ? Neuneuille, un peu plus amusé, me rassura “Oui, elle l’aime ! avant de pré­ciser que c’était un paso-doble !

– Vai ! Rends-moi un petit service, j’aimerais faire un brin de conversation avec Catherine, pourrais-tu lui demander si elle en a également envie ?

Cathy à peine levée, le Balafré se précipita pour s’asseoir sur sa chaise, ne me laissant d’autre choix que m’asseoir sur les genoux de Jimmy. Les entremets furent servis, mais personne n’avait envie de se lever pour regagner sa place, alors nous sommes restés tels que nous étions installés et les danseurs se plaçaient là où ils pouvaient.

Je répondis en riant à Marie-Claire que non, je ne rega­gnerai pas ma place et que oui, je voulais bien qu’elle me fasse passer mon assiette. Avant de me relever, je chuchotai à Jimmy de se tenir prêt. Je décollai mes fesses de ses cuisses, me penchai un peu trop en avant pour récupérer l’assiette que Marie-Claire tendait au Bavard qui paraissait ne pas comprendre ce qu’elle attendait de lui. M’étant trop penchée, il était normal que je fisse attention en me rasseyant. Marie-Claire fut même étonnée que j’y aie pensé après avoir tant bu.

Je me rassis donc, en prenant tout mon temps, quand je sentis le gland de Jimmy appuyer sur mes petites lèvres, j’acceptai son offre « Ne va pas tomber, attends, laisse-moi t’aider, Monique ! » et les mains sur ma taille, il m’empala sur lui. Taquin, il venait de remarquer que j’étais chatouilleuse, alors il en profitait et je devais me lever, me pencher, me reculer, me rabaisser, me rele­ver, me pencher encore, pour échapper à ses guilis !

Je pris comme la plus belle des Légions d’Honneur le hochement de tête admiratif des fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, le pouce levé de Catherine assise entre Neuneuille et Nathalie. J’étais en train de relever mon défi et personne ne s’en doutait hormis mes confrères et consœurs, Martial et Sylvie qui l’ac­compagnait, Jean-Pierre le cousin de Christian. Même le photographe engagé pour immortaliser la fête l’ignorait et nous avoua n’avoir rien remarqué sur le moment.

Je prenais un plaisir physique, mais essen­tiellement psychologique, j’ignorais alors le terme, mais mon plaisir était décuplé par cette trans­gression absolue. La violence de la sensation expulsa mon ecto­plasme de mon corps, il décolla et vérifia en passant auprès de chaque invité qu’aucun ne se doutait de ce que Jimmy et moi étions en train de faire.

À son arrivée, quand Marie-Claire me tendit Céline pour que je la prenne dans mes bras, ma première pensée fut « Mince, elle n’est pas blonde et ses yeux sont bien foncés », elle était la première arrière-petite-fille de Rosalie et n’avait hérité ni de ses che­veux, ni de la couleur de ses yeux. Ça m’avait bien plus perturbée que Bonne-Maman, qui avait haussé les épaules et les sourcils « Quelle importance ?! », elle avait évidemment raison, mais voilà la première pensée que j’avais eue en voyant Céline pour la première fois.

Cependant, quand mon ectoplasme passa au-dessus du berceau où elle était couchée, Céline tendit les mains vers lui et babilla. Mon ectoplasme regarda le Bavard et réintégra mon corps à l’instant précis où Jimmy jouit en moi et moi de lui. Je ne saurais en expliquer la raison, mais à chaque fois où j’ai fait l’amour dans des conditions périlleuses, dans des situations où je pouvais me faire démasquer, inter­peller à tout instant, j’ai toujours réussi à jouir et à faire jouir mes par­tenaires très vite et réciproquement.

Il est temps de terminer ce récit, avant de te le remettre, j’ai demandé à mes amies, à mes amis de le relire pour qu’ils me signalent mes éventuelles omissions.

Je suis ravie de t’offrir ces cahiers comme notre cadeau de bienvenue, pour que même dans ce moment si désespérant de ta vie, tu n’oublies pas que le bonheur n’attend qu’une chose, que tu l’inventes, que tu lui donnes vie pour exploser enfin.

Monique

Fin des « Chroniques matrimoniales »

Participez à la grande aventure de l’édition papier de ce roman avant le 18 novembre 2018. Vous trouverez toutes les informations relatives à ce projet en cliquant sur cette phrase.

Chroniques matrimoniales – La Confrérie du Bouton d’Or à la rescousse

Confrérie du Bouton d'OrCatherine perdit un peu de sa joie de vivre quand elle eut ses règles après le pre­mier mois sans pilule. Elle se demandait si son infécondité n’était pas une sorte de châtiment consécutif à sa conduite. J’avais haussé les épaules tant cette idée m’était doublement étrangère. Je ne croyais pas en Dieu, mais quand bien même y aurais-je cru, je ne voyais pas en quoi la conduite de mon amie aurait justifié le moindre châtiment ! Quand je le lui dis, elle éclata de rire et des larmes jaillirent de ses yeux en même temps, comme si son éclat de rire les avait expulsées.

Tu es plus Rosalie que moi et je suis plus Nathalie que toi !

Non ! Tu es Cathy et je suis Monique ! Mais puisque tu y tiens, réfléchissons comme elles l’auraient fait…

C’est ainsi que nous décidâmes de convoquer en urgence la deuxième généra­tion de la Confrérie du Bouton d’Or pour aborder ce problème lors de notre pre­mière séance. Tous répondirent présent, malgré son caractère inopiné, malgré notre inexpérience, malgré leurs obligations fami­liales ou professionnelles, et dans le cas de Jimmy malgré la distance. Il y eut bien quelques plaintes, mais elles étaient signe de notre complicité, de notre amitié, à propos d’un détail vestimentaire auquel ni Catherine, ni moi n’avions songé…

Pour que les hommes puissent porter leurs boutons de manchette, il fallait qu’ils aient des chemises dépourvues de toute attache, ce qui n’était le cas pour aucun d’entre eux. Même Le Notaire, même Joseph, n’en possédaient pas. À notre insu, Alain était allé voir Valentino pour lui exposer leur problème vestimentaire. Aucune de leurs chemises n’auraient convenu pour cette première réunion, et pour lui, il était important de rester eux-mêmes, de ne pas devenir les clones des membres fondateurs, ils réso­lurent le problème en se servant des fameuses man­chettes visibles sur certains vieux clichés.

Je regarde la photo officielle de notre première réunion et je ne peux m’empêcher de sourire. À l’époque, je trouvais qu’Alain était le plus classieux, avec sa belle chemise cha­marrée, en satin, dont le fameux col “pelle à tarte” dépas­sait du jabot ! Aujourd’hui, il paraît ridicule, tout comme Christian et le Balafré ; Jimmy, le Notaire et Joseph, un peu moins, mais le plus surprenant c’est que le Bavard est de loin, le moins risible, alors qu’à l’époque, je jugeais sa che­mise blanche, récupé­rée je ne savais où, totalement rin­garde ! Sur cette photo, Catherine et moi avions posé nues, nos broches sur nos pubis, puisque nous étions allongées, moi au sol et elle sur le sofa.

Après les “formalités d’usage”, après avoir trinqué “les yeux dans les yeux”, Cathy et moi exposâmes nos diver­gences, mais surtout sa crainte d’être stérile à cause de sa conduite passée. Avant même de confronter nos points de vue sur l’exis­tence ou non d’une entité suprême qui dirige­rait nos destinées, la réaction de ces hommes me conforta dans mes convictions. Mais qu’est-ce que tu aurais donc fait qui mériterait une telle sanction ?”.

Et qui te dit que ça ne vient pas de moi ? Que mes sper­matos ne sont pas dilués… noyés dans tout ce flot ?

La voix d’Alain se brisa dans les aigus quand il répondit au “N’im­porte quoi !” agacé de Cathy.

Et qu’est-ce que tu en sais ? T’en a déjà vu beaucoup d’autres mecs qui jutent comme moi ? Autant que moi ? D’autres mecs qui auraient eu des enfants ?

J’étais sidérée parce que, comme beaucoup, je reliais la fé­condité masculine aux attributs masculins. Alain était doté d’une bite énorme, il éjaculait comme on ouvre un robinet, je ne l’aurais jamais imaginé empli de doutes à ce propos. Je regardai Joseph. Son petit sexe n’avait pas été un frein à sa paternité. Chacun argumentait, pour rassurer Catherine, mais ce fut le Bavard qui trouva les mots pour lui rendre le sourire.

Tu as arrêté ta pilule le mois dernier ! Faut pas t’inquié­ter ! Regarde, si je prends mon exemple, ma femme ne prenait pas la pilule et le petit dernier… entre le moment où on l’a voulu et le moment où il a été mis en route… boudiou ! Ça a bien pris… presque un an ! Et t’as vu le résultat ? T’as vu comme il est beau, le pitchoun ?

Cathy en aurait pleuré de bonheur !

Et si nous unissions nos bonnes ondes pour voir si notre Confrérie pourrait aider Turan et Priape ?

Tu sais où tu en es dans ton cycle ?

Au milieu

Donc, la bonne période ?

Oui… à peu près… normalement… oui…

Nous nous concertâmes longuement et nous en conclûmes que la meilleure façon convoquer les bonnes ondes était de faire jouir Catherine à tout de rôle, mais qu’elle aussi nous fasse jouir avant de faire l’amour avec Alain. J’ai souri et lui ai été très reconnaissante quand elle a affirmé que me voir faire l’amour aux autres membres de la Confrérie l’aiderait à coup sûr !

Et puis, c’est la seule façon de faire venir la petite fée… Elle nous aidera sûre­ment, ta petite fée… !

Mon ectoplasme !

Non ! Ta petite fée !

Va pour la petite fée, alors…

Il nous fallut ensuite déterminer dans quel ordre nous la ferions jouir. Nous laissâmes le sort en décider pour nous. Chacun écrivit son surnom sur un bout de papier, le replia soigneusement en quatre avant de le déposer dans l’urne que nous avions apportée, un peu comme un gri-gri, à l’occasion de notre pre­mière séance. À l’écrire, je trouve tout ceci bien formel, en réalité, toutes ces contraintes n’avaient pour unique but que d’attiser notre désir, nous faire frisson­ner davantage. Nous dési­gnâmes Alain comme main innocente, ce qui me fit écla­ter de rire.

Qu’y a-t-il de si drôle ?

Tu oublies que tu te paluchais en me matant quand on s’est rencontrés… alors… pour la main innocente, tu repasseras !

T’entends comment tu parles ? “Tu te paluchais en me matant” ? ! Qu’est-ce qui t’arrive, fille de mère-nature ? Cet été encore, tu n’aurais jamais dit ça !

Je dus reconnaître qu’il avait raison.

Ça, je suis sûr que c’est la mauvaise influence de Martial !

Il est vrai que j’avais appris de nouvelles expressions, de nouveaux mots, de nou­velles tournures lors de ces quelques jours passés à ses côtés. Maintenant que je les connaissais, ces mots me venaient naturellement, sans doute parce que leur sonorité, leur rythme correspon­daient mieux à mon accent, à mon souffle…

Pourquoi “mauvaise” ?

Ah… parce qu’en plus, il faut être de bonne foi ?!

Le sort désigna l’Héritier en premier. Je lus dans les yeux de chacun que nous y avions tous vu là un bon présage, mais qu’aucun d’entre nous ne le dirait jamais. Nous nous revendiquions, pour la plupart, anti-su­perstitieux, pour autant, nous ne voulions pas contrarier le sort en le clamant haut et fort à cet ins­tant précis. Ce qui fait la beauté de la vie, c’est qu’elle nous apprend à assu­mer nos contradictions. Quand nous acceptons de les assumer, bien sûr !

Christian demanda à Alain de s’occuper de la musique. Je sus immédiatement que leur échange de regards comportait une part de secrets en plus de l’amitié, de la reconnaissance, des souvenirs. Alain se leva, sourit, prit un album, posa délicate­ment le bras de la platine sur la galette de vinyle. Les premières notes reten­tirent… un à un mes poils se hérissèrent le long de ma colonne vertébrale… en même temps que je sentais une pression incroyable au niveau de mes reins… cette chanson me mettait à chaque fois dans tous mes états… Alain avait donc choisi un album de Led Zeppelin pour son ami ! Précisément celui qu’ils écou­taient l’année où Catherine avait dépucelé Christian, l’an­née où il avait rejoint “la bande à Paulo”…

Je regardais Cathy déshabiller Christian et je brûlais du désir d’être à la place de mon époux, que ce soient mes mains et non les siennes qui caressent ses magni­fiques seins, que ce soient mes doigts et non les siens qui remontent le long de son bras, effleurent son épaule dans ce mouvement gracieux et ondulant jusqu’à son cou avant de se perdre dans sa chevelure épaisse.

Alain me rejoignit, dansa dans mon dos et se colla à moi en chantonnant les paroles. De nous tous, il était le seul par­faitement bilingue et surtout le seul à être allé à Londres… et à plusieurs reprises. Il était mon professeur d’anglais depuis que j’avais décidé de reprendre mes études. Quand je sentis ses mains courir le long de mon corps, j’essayai de me dégager.

Tu ne veux plus de moi ?

C’est pas ça, mais…

Une question de loyauté vis-à-vis de Catherine, c’est ça ?

Mais non ! Mais si je couche avec toi et que tu jouis en moi, j’ai peur de gâcher tes chances avec Catherine… que tu en aies moins pour elle… et si on couche ensemble et que tu ne jouis pas… non ! Si tu savais comme c’est bon de te sentir jouir… comme c’est… bon !

Alain me fit pivoter, son sourire était aussi éclatant que son regard. “À ce point ? C’est vrai ?” il fit un signe par-dessus mon épaule. Le Balafré et le Bavard arri­vèrent en même temps, il leur fit part de mes réticences et de leur raison. Je savais qu’ils n’en profiteraient pas pour me faire une mau­vaise blague, que je leur accor­dai toute ma confiance et qu’une plaisanterie eût été une trahison. L’un comme l’autre m’affirmèrent que les spermatozoïdes se formaient au fur et à mesure et que même si Alain éjaculait avec moi, il n’en serait pas moins fécond quand il éja­culerait dans Catherine.

Mais avant tout, toi, en as-tu envie ?

Je trépignai presque sur place en leur répondant “Oh oui !”. De l’index, Alain sou­leva mon menton “Un petit baiser?”. Il nous était déjà arrivé de nous opposer à d’autres libertins croisés ici ou là, au gré d’une partouze dont nous avions eu connaissance. Nous ne comprenions pas ce besoin de sacraliser le baiser. En quoi étaient-ils plus “engageants” qu’une fellation, qu’un cuni, qu’une sodomie ou toute autre position ? Nous n’avons jamais été convaincus par les arguments déployés comme des éten­dards. Alors, nous nous embrassions, sans retenue quand l’envie nous en prenait. Nous ne nous sommes jamais rien interdit.

Après un long baiser, Alain se dévêtit entièrement, au rythme des cris du plaisir que Catherine prenait sous les caresses de Christian. Déjà nue, je m’étais assise dans le gros fauteuil, mes mollets reposant sur ses gros accoudoirs, je me caressais ostensiblement en le regardant caresser lentement son énorme sexe.

Tu peux me répéter comment tu appelles ça ?

Tu te paluches en me matant…

Je me paluche en te matant… et comment dirais-tu pour ce que tu fais ?

Prise de court, je répondis “J’attise ton désir” ce qui le fit éclater de rire. Le Bavard avait rejoint l’autre petit groupe, je restai donc en compagnie d’Alain et du Balafré qui se caressait également.

– Et… tu comptes m’attiser longtemps comme ça ?

J’adorais l’entendre me parler ainsi ! Quand son excitation faisait dérailler sa voix, sa voix grave qui s’égarait dans les aigus l’obligeait à déglutir bruyamment entre deux syllabes pour retrouver sa tessiture naturelle.

Pas toi, Priape ! Ton désir ! C’est ton désir que je cherche à attiser !

Et combien de temps comptes-tu l’attiser, mon désir ?

Jusqu’à… (je fis une mine coquine) ce que tu n’y tiennes plus et que tu me prennes la…

Bouche ?

Non ! La chatte… mais tu viens de réveiller ma bouche avec ta proposition… (je léchais mes lèvres comme si une pépie soudaine les avait desséchées) quel dom­mage que tu n’aies pas deux queues…

Alain et le Balafré éclatèrent de rire, se firent un clin d’œil complice “S’il n’y a que ça pour te faire plaisir J’avais atteint mon but, ils avancèrent d’un même pas, ma bouche s’ouvrit pour accueillir la queue du Balafré au même rythme que celle d’Alain prenait possession de mon vagin. Catherine se plaignit à haute voix que de là où elle était, elle ne pouvait nous voir. Son mari lui dit de ne pas s’en faire, il me souleva, toujours fiché au plus profond de moi et fit les quelques pas nécessaires pour qu’elle puisse “se régaler les yeux”.

Je couinai quand le Balafré se retira de ma bouche, mais on n’avait pas d’autre choix. En riant, Alain mit deux doigts dans ma bouche “Chuuuuttt… chhh… c’est l’affaire de quelques secondes, quand nous fûmes installés, quand il retira ses doigts et avant que le sexe du Balafré ne prenne leur place, je regardai Alain droit dans les yeux et, le plus sérieusement du monde, lui affirmai “Tu feras un papa génial !”. Personne n’eut l’idée d’en sourire.

J’ondulais au rythme des va-et-vient d’Alain, qui regardait alternativement Cathy, puis moi. Elle était assise sur les cuisses de Christian qui caressait son ventre, son sexe, tout en observant le Notaire, aux anges, aller et venir entre ses seins. Une fois encore, j’enviai mon amie. Comme j’aurais aimé pouvoir accueillir entre les miens, le sexe d’un homme, m’amuser à le voir disparaître, réapparaître, sentir sa caresse soyeuse sur la peau si sensible de mes nichons ! J’entendais le Bavard s’impatienter.

Arrête de finasser… t’auras tout le temps d’en profiter quand elle sera prise… Boudiou, rien que d’y penser… comme c’est bon entre les nichons d’une femme enceinte… Tu le sais pourtant !

Parce que tu crois que Madame pratiquait la chose ?

Boudiou oui ! Je le croyais, mais depuis tout ce temps… vous êtes mariés depuis… ?

Bientôt 15 ans

Ouh ! Fatché, mais… jamais… avant ? Pourtant, permets-moi de te dire… (le Bavard posa sa main sur le cœur pour indiquer au Notaire qu’il ne devait pas y voir offense)… ta femme, elle aime la bite !

Je le découvre seulement ! Je ne voulais pas la choquer et elle avait peur que je la méprise si elle me confiait ses fantasmes, ses envies… depuis qu’elle participe aux… je crois que nous n’avons jamais été aussi soudés, aussi amoureux et confiants l’un en l’autre…

Cathy se pâmait, elle retenait la main de Christian à chaque fois qu’elle était sur le point de jouir et le suppliait “Un peu… encore un peu… encore… un peu…” et ses mots se confondaient avec la conversation entre les deux confrères.

Moi, si je l’avais mariée, Madame, j’aurais pas attendu quinze ans, boudiou !

Le Notaire lui demanda ce qu’il aurait dû proposer à son épouse et tandis que le Bavard décrivait avec force détails comment il aurait commencé par lui caresser les seins avant de les lécher, comment ses mains auraient précédé sa bouche le long de son ventre, comment il lui aurait sucé l’abricot pour en récolter le nectar, Cathy, Christian et moi pouvions constater l’effet de ses mots sur le sexe du Notaire.

Vé… rien que d’y penser… vé, vé !

Le gland du Bavard perlait d’excitation. N’y tenant plus, il fourra sa bite trapue dans la bouche de Cathy. Le Notaire explosa entre les seins de mon amie, nous éclaboussant les joues au passage.

C’est alors que tout s’accéléra. Cathy jouit sous les doigts de Christian, qui, n’en pouvant plus, délogea Alain C’est pour une urgence !”. Il me pénétra en s’en excusant presque. J’aimais le sentir ainsi, venir en moi après s’être échauffé avec une autre, j’aimais l’entendre parler de mon bouton d’or, du plaisir qu’il nous offrait déjà et de ceux qu’il nous réservait encore, et ce soir-là, j’ai aimé par-dessus tout qu’il jouisse en moi quand les doigts de Cathy me firent jouir et que les miens la firent jouir en retour. Il nous cria des mots d’amour qui se gravèrent à tout jamais dans nos mémoires.

Le Bavard proposa au Notaire de prendre sa place pendant qu’il ferait minette à Catherine. Christian céda sa place à Alain. Jimmy et Joseph s’étaient, quant à eux, lancé le défi de nous regarder sans se branler en attendant leur tour. En outre, Jimmy était chargé de mettre les disques qu’Alain lui indiquait.

Je ne sais plus combien de fois nous avions joui, quand le Bavard décida qu’il était temps “d’inviter la petite fée”.

Ah ah ! La bonne excuse ! Dis plutôt que tu veux me baiser, ce sera plus franc !

J’aurais presque pu sentir pétiller mes yeux ! Nous adorions nous houspiller, nous chamailler, pour le plus grand plaisir de nos partenaires. Prenant ses païs à témoin, il affirma 

Voilà… c’est ça l’amitié à la mode de Paris… même pour son amie… un petit geste, pas même un effort… juste appeler… inviter la petite fée… mais non… elle s’en moque, la Parisienne de la peine de son amie !

Il éclata de rire en me désignant.

Vé ! Vé, les yeux en boule de loto ! Et en bleu, c’est encore plus rigolo !

C’est pas moi qui l’invite, j’te f’rais dire ! C’est toi qui la fais apparaître, alors si tu étais aussi l’ami parfait que tu le prétends être… t’aurais pas perdu tout ce temps en blabla !

Le Bavard en resta muet de surprise. Jimmy proposa une variante de la figure Monique. C’était donc ça, tous ces conciliabules entre lui et Joseph… !

Puisque nous avons ici les descendants… et qu’ils ont la tchatche aisée, si vous nous lisiez un chapitre en duo ? Le Bavard lirait par-dessus ton épaule, pendant que je te prendrais et…

Que je ferais une branlette espagnole à Joseph ?

L’éclat de rire général permit à mon ectoplasme de se libérer, mais pas dans l’immédiat. Cathy venait de me demander comment j’envisageais la figure Monique. Alain la tenait dans ses bras, il avait jeté l’éponge avec un grand sourire, personne ne se souvenait combien de fois, il s’était exclamé « Ô, pute vierge, je viens… je viens… je viens ! ». Catherine rayonnait encore plus qu’à l’ordinaire. La soirée avait été organisée pour elle et aurait dû s’achever dès qu’Alain n’aurait pu plus y participer. Cependant, elle insista parce qu’elle était curieuse d’entendre les mots de Rosalie lus par sa petite-fille, mais surtout de voir le descendant de Barjaco les découvrir. Comme les autres, il connaissait l’existence du cahier, mais il n’avait pas eu l’occasion de le lire. Le Bavard bougonna pour le principe, mais sans savoir pourquoi au juste.

J’avais choisi Christian pour m’empaler, il me ferait aller et venir en me prenant par la taille, et Joseph pour me caresser. Cathy protesta « Ah non, alors ! Joseph, il est pour moi ! » Les joues de Joseph se teintèrent de rouge, mais il était ravi de nous voir nous disputer ses faveurs.

– Mesdames, mesdames, allons voyons ! Vous me flattez, mais de grâce, de grâce, ne vous chamaillez pas !

Catherine choisit les doigts de Jimmy pour me caresser et, se ravisant, annonça « Et pourquoi pas les deux aux caresses ? » se tournant vers le Notaire, ajouta « Tu voudrais bien refaire l’amour à mes seins ? »

– C’est demander à un aveugle s’il veut voir, ma chère !

Le Balafré me tendit le cahier en me demandant quel chapitre j’avais choisi de lire, sans hésiter, je répondis « Étant données les circonstances, celui où Rosalie raconte la grossesse de Nathalie. »

– Tu ne pouvais pas faire de meilleur choix, j’étais certain que tu le choisirais !

Il me fallut enfiler une chemise. Pour rendre la figure plus… réjouissante, il importe que la chemise comporte le plus de boutons possible, par chance, cette nuit-là, c’était celle d’Alain qui en avait le plus ! J’avais fini de tout boutonner quand il eut cette idée de génie d’y ajouter ses deux manchettes munies de leur bouton et de demander aux autres confrères d’en faire autant.

Le Bavard voulut lire par avance, mais Cathy s’y opposa fermement. Je m’apprêtais à lire le texte, le Bavard dans mon dos me caressant sous la chemise, Christian me faisant coulisser le long de son membre en me souriant, quand le Balafré et Jimmy posèrent leurs mains sur mes cuisses, qu’ils les caressèrent comme deux pianistes l’auraient fait, mon ectoplasme s’arracha de mon corps, il me sembla y distinguer deux petites ailes, mais je n’ai jamais su si cette « vision » était réelle ou si elle était influencée par le souhait de Catherine que je la nommasse Petite fée.

– Té ! On attendait plus que toi ! T’en as mis du temps ! T’étais coincée dans le corps de Neuneuille ou quoi ?

Pour la première fois, je remarquai que tous regardaient dans la même direction que le Bavard, plissant les yeux, scrutant le vide. J’avais autant envie d’en rire que d’en pleurer d’émotion et de tendresse.

– Tu me feras pas venir trop vite, hein ? Promis ?

Ma petite fée hocha vigoureusement la tête. Je débutai la lecture, le Bavard jeta un coup d’œil par-dessus mon épaule, rassuré de l’écriture soignée de Rosalie, Christian me soulevait, m’empalait au rythme du récit qu’il connaissait par cœur. J’étais décontenancée par ce que voyait ma petite fée. Joseph appréciait le style du récit, il frisait entre ses doigts une moustache imaginaire. Le Notaire semblait absent, noyé dans le plaisir qu’il prenait entre les seins de Catherine. Mais ce qui me déconcentrait le plus, c’était le regard du Bavard quand je lisais certains passages, il est vrai qu’il les avait presque tous connus et côtoyés pendant des années sans se douter des liens qui les unissaient. Il laissait parfois échapper un « Fatché ! » ou un « Ô, pute borgne ! », mais jamais mon corps n’avait été aussi sensible à ses caresses qu’il le fut à partir de cette nuit-là.

Christian avait déjà joui de moi et se faisait dorloter par Cathy, le Balafré avait pris sa place et me faisait aller et venir en me criant silencieusement son amour quand le Bavard lut sa première réplique. Je pris soudain conscience de la situation, que chaque mot de Rosalie était la transcription exacte de ce qu’elle avait vécu, en entendant le Bavard lire les mots de son grand-père, je réalisai qu’il n’avait pu en prononcer d’autres. Ma petite fée fonça sur lui et l’embrassa sur la joue. Il me serra davantage dans ses bras.

Le Balafré jouit à la dernière réplique de Barjaco. Je voulus arrêter la lecture quelques lignes plus bas, puisque la fin du chapitre ne concernait plus vraiment la grossesse de Nathalie, mais tous insistèrent pour que je lise la suite, Cathy me fit son regard de chien battu auquel je n’ai jamais pu résister… Je posai néanmoins mes conditions : que le Bavard me prenne, en précisant que je l’avais bien mérité, il me fit un clin d’œil complice, je demandai à Christian de prendre sa place afin qu’il lise les dialogues de Toine et de son père et puisque Cathy était à mes côtés, qu’elle fasse de même avec les mots de Nathalie.

– Dis-moi, fille de Mère-Nature, elle est où ta petite fée ? Elle serait pas sur mes couilles, par hasard ?

Le Bavard maugréa « Et on dit de moi… ! », de l’index, Alain nous montra la raison de son interrogation. Ce qui nous stupéfia autant que lui. Nous reprîmes la lecture dans ce que nous nommâmes dès lors « la figure pour Cathy ».

Catherine et Alain avaient fait l’amour les jours précédents, ils le firent aussi les jours suivants, pourtant il nous parut évident, quand la grossesse fut confirmée, que Bastien, le père de ton Enzo, avait été conçu cette nuit-là.

Pour conclure ces chroniques matrimoniales, Monique nous raconte comment elle a relevé son premier défi.