La malédiction

– Que t’arrive-t-il donc, jeune fille ?

– Ne voyez-vous donc pas la catastrophe ? Mes cheveux mes magnifiques cheveux de jais, soyeux, ondulés à souhait… Mes cheveux, mon unique trésor, la seule grâce dont les fées m’aient dotée… Mes cheveux…

– Comment est-ce arrivé ?

– Je me suis endormie, j’ai fait ce rêve… cet homme que je séduisais, cet homme que j’échauffais, cet homme que j’enflammais, cet homme à qui je me refusais, cet homme qui s’embrasait et qui, avant de disparaître en fumée, me lançait cette malédiction « Vois ce qui arrive aux allumeuses de ton espèce ! » Dans mon rêve, il empoignait mes cheveux de ses mains de braise, m’arrachait au sol, poursuivait son envol et mes beaux et longs cheveux s’enflammaient, se transformaient en torche « Ceci est mon  butin, ma rançon et ta malédiction ! » Dépourvue de cheveux, je tombais… Je me suis réveillée au matin, heureuse d’être délivrée de ce cauchemar, à l’abri dans mon lit… mais sur mon oreiller, telle une couronne mortuaire, ma chevelure éparse. Et me voici chauve ! Que vais-je devenir ? J’ai couvert mon crâne nu, presque… impudique, je suis venue vous voir, puisqu’on vous prête quelques talents de sorcière…

– Écoute mon conseil, jeune fille. Apprends à aimer ton crâne nu, montre-le avec fierté ! Regarde autour de toi et apprends à aimer ! Apprends à aimer ! Aimer est le secret. Seul l’amour sans condition mettra un terme à ta malédiction.

Je suis rentrée à la maison. J’ai dit adieu à mes cheveux, en ai rempli un de mes bas, enterré le bas au fond de la forêt, au pied du premier arbre dont j’ai entendu l’appel et j’ai appris à aimer. J’ai observé, jugé, critiqué puis accepté.

Les gens se sont habitués à me voir passer, la tête nue, la tête haute… et plus je les aimais, plus il me devenait facile de les aimer.

L’été est passé, je me souviens de ce premier hiver…

Combien d’étés, combien d’hivers avant que je m’accepte, avant de m’aimer pour celle que je suis, pas uniquement pour celle que je me plaisais à vouloir être ? Avant de comprendre que pour pouvoir offrir de l’amour, il faut s’aimer soi-même ?

Ce matin, à mon réveil, mes longs cheveux de jais, mes longs cheveux soyeux, mes longs cheveux ondulés à souhait avaient repoussé, comme s’ils n’avaient jamais brûlé…

Je me regarde sereine et je retrouve les gestes pour les tresser savamment, comme j’aime qu’ils le soient, comme ils aiment l’être…

Je déambule dans la ville, les gens me sourient comme s’ils n’avaient rien remarqué. Peut-être est-ce le cas ? Peut-être que pour eux, rien n’a jamais changé…

Au pied d’un livre abandonné, je te trouve. Tu lèves la tête, tu me regardes, me souris. Nous nous observons, nous nous sourions… Un pas l’un vers l’autre, les bras que nous tendons avant de les ouvrir. Nous nous parlons, nous nous apprenons, nous nous reconnaissons… Le premier baiser comme on retrouve le chemin de la maison. La première caresse, comme une porte qui s’ouvre. Me voici chez toi, te voilà chez moi…  Ta langue qui découvre ma nuque, mon cou, tes doigts qui courent…

– Laisse-toi transporter…

Comme par magie, ma tresse s’anime… Mes cheveux s’enroulent autour de toi, comme un boa sensuel… Tu aimes leurs différentes caresses… tantôt coups de fouet, tantôt bruissements d’ailes… mes cheveux doux par lesquels je jouis des caresses qu’ils t’offrent… Ton corps ondule… tantôt serpent, tantôt branche de saule…

Je regarde mes longs cheveux de jais s’enrouler et repter à leur tour… je vois le plaisir et tu m’interdis de bouger… oubliant que tu es le captif… ! Lis-tu dans mes pensées ? Tu me souris…

– Je ne le suis point… regarde le plaisir que tu m’offres !

À cet instant précis, je sens une chaleur… ce feu qui me consume… et je repense à la malédiction… Combien de temps me reste-t-il avant qu’ils ne s’enflamment ? Je m’accroche à ton regard… Que signifient ce sourire énigmatique et cette lueur sereine qui brille au fond de tes yeux ?

– Quel était le conseil ?

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Dessin d’Apollonia Saintclair

Je repense à cette femme que l’on disait sorcière… « Apprends à aimer ! » … je suis ce conseil, je te souris confiante… enfin rassurée… mes cheveux autour de ton sexe… une petite braise et avant qu’elle ne devienne flamme, tu laisses exploser ton plaisir… ce sont ses petites gouttes qui éteignent cette petite braise avant qu’elle ne devienne flamme…

– Oui ! Ouvre la bouche… prends des forces… il nous reste tant de plaisirs à partager… imaginons-les ensemble… !

Le sort est conjuré. La vie peut commencer.

Quand le mystère se fait mystérieux…

 

Séance d’écriture

Je rédigeais un texte ardu quand il m’a interrompue une première fois.

J’ai envie de vous rencontrer.

Je lui ai fait ma réponse habituelle « Restons-en aux échanges virtuels »

Il s’est fait insistant

Acceptez une rencontre, vous ne le regretterez pas !

Entre agacement et amusement, je lui ai rétorqué « … des mots, toujours des mots, les mêmes mots, rien que des mots… »

C’est alors qu’il m’a envoyé une photo de son sexe dressé, maintenu à sa base d’une main ferme. J’ai été surprise et admirative de l’harmonie entre sa main longue et fine, presque féminine, et la longueur et l’épaisseur de sa verge si masculine.

Jusqu’où serait-il prêt à aller pour obtenir un rendez-vous ? J’ai demandé d’autres photos, en précisant ce que je voulais voir de lui, sous quel angle se photographier… Mieux qu’une série de photos, il m’a envoyé une vidéo, puis une autre…

J’ai cédé à sa supplique, lui ai donné mon adresse, en lui précisant que la personne qui l’accueillera lui expliquera le déroulement de ce rendez-vous, qu’il sera libre d’accepter ou de refuser mes conditions, et dans ce dernier cas, rentrer chez lui et s’en tenir uniquement à une relation virtuelle.

Il est venu. J’écoutais à travers la fine cloison de bois, les mots que mon premier valet lui disait. Les mots étaient les siens, précis et masculins, pour ce marché qui est le mien. J’ai entendu le bruissement de vêtements que l’on ôte, qui tombent à terre avant d’être ramassés, pliés avec soin et déposés sur le fauteuil de mon boudoir privé. J’ai entendu le bruit d’un tiroir qu’on ouvre, la précision de mon premier valet « Non ! Dans le dos ! », le petit cri surpris, teinté d’excitation quand les liens ont entravé ses poignets. J’ai entendu s’ouvrir la porte de mon salon d’écriture.

Mets-toi à genoux sous la table de travail, si tu la fais bien jouir, elle te pardonnera de l’avoir interrompue.

Je ne la verrai pas ? Je ne lui parlerai pas ?

Tu dois d’abord te faire pardonner, te montrer soumis, habile de ta bouche, de ta langue, si tel est le cas… Oh ! Ton érection est impressionnante ! Elle en sera ravie… tentée quand je lui en parlerai !

J’ai attendu que mon visiteur soit installé, mon premier valet est venu me chercher, un échange de sourires, sa main experte me met en condition, en se glissant sous mon chemisier pour caresser mes seins, sa bouche mutine effleure la naissance de ma gorge. Il sait que la force du plaisir que nous prendrons ensemble dépendra de celui que j’aurai pris grâce à cet inconnu agenouillé sous ma table.

622_1000Il prend ma main, me fait entrer dans mon salon d’écriture. Je m’assieds, avance ma chaise pour être idéalement placée, écarte mes cuisses et me laisse aller à la douceur des lèvres, à la langueur de la langue de mon visiteur.

J’écris ces mots, ne relevant mon stylo que pour observer les réactions de mon valet, qui regarde la scène dans un coin de la pièce. Il sait déjà le plaisir que nous prendrons tout à l’heure, quand j’aurai déjà bien joui devant lui.

Je reprends mon stylo, me concentre sur ma calligraphie. Quand les caresses de la langue de mon visiteur ne me conviennent pas, j’enfonce mon talon aiguille sur sa cuisse, excitée par son cri de douleur étonnée. Je ne dis pas un mot, il n’entendra pas le son de ma voix ce soir, mais il s’applique davantage.

Quand je sens mon corps décoller vers l’extase, je retire mes escarpins et le masturbe de mes pieds gainés de soie. Son gémissement de plaisir comble mes sens. Il n’a pas retiré sa bouche de mon sexe et parvient à me faire jouir plusieurs fois d’affilée avant d’inonder mes chevilles de son sperme chaud et épais.

Je me rechausse, d’un mouvement de tête, j’indique à mon valet complice que je suis satisfaite. Il m’aide à me relever et m’accompagne jusque dans ma chambre, il sait depuis tout ce temps, que je titube après avoir bien joui.

Me laissant seule, il retourne dans le salon d’écriture afin de libérer mon visiteur. Il attend d’être dans le boudoir, de lui avoir ôté les liens qui entravaient ses poignets, pour lui tendre ce mot que j’ai écrit quand il était sous la table.

« Ta langue est divine,  jeune homme ! Si tu le souhaites, tu pourras revenir un autre jour, maintenant que j’ai une idée de tes baisers, j’aimerais goûter à tes caresses… Je te propose une relation initiatique où tu me montrerais progressivement l’étendue de ton désir, l’étendue des plaisirs que tu pourrais m’offrir avant que je te laisse succomber aux miens. »

Quelques instants après, mon premier valet me rejoint, un plateau dans les mains. Il prépare le thé à la perfection désormais. Dire qu’il n’y voyait que tisane quand j’ai accepté de le rencontrer !

Un sourire, nous savons ce qu’il signifie. Tandis que je porte la délicate tasse à mes lèvres, il s’agenouille devant moi. J’aime le faire ronronner en glissant mes doigts dans ses cheveux tandis que sa langue humide lèche avec délice mon bas maculé.

– Vous serez heureuse d’apprendre que désormais, votre harem compte un serviteur de plus…

Je lui prends la main, lui demande de s’allonger à mes côtés, de me ravager d’une étreinte sauvage en me susurrant le nombre de lecteurs qui sont tombés dans les rets de mes mots.

– Vous allez être comblée… douze… douze… douze… nous sommes douze, désormais… !

Fin de la balade, en cliquant sur ce lien, vous pourrez en choisir une autre !

Délicate caresse

Dessin de Jineuf

 

Sa verge qui caresse la paume de ma main, la douceur de sa peau… promesses de longues heures de découvertes… apprendre à le connaître au toucher soyeux de la peau de son sexe…aux doux frémissements qui le parcourront, cette nuit peut-être… à moins que ce ne soit demain, que je le sentirai au creux de ma main…

Après cette courte halte toute en douceur, voici comment l’auteure accueille ses visiteurs...