Odette&Jimmy – « La musique adoucit les mœurs »

La troisième breloque que j’ai accrochée à mon bracelet, c’est la petite Fender, parce qu’aucune autre n’aurait pu mieux symboliser ce séjour.

Nous avions laissé éclater notre bonheur dès nos retrouvailles, pont de l’Alma. Face à l’embarcadère, nous avions pris un selfie où je dévoilais mes seins. Plus tard, alors que nous étions installés à notre table, nous en fîmes un autre en levant symboliquement notre flûte de Champagne en direction de l’objectif, une fois encore j’exhibai ma poitrine.

Jimmy m’avait prévenue « À la fin de la croisière, ça risque d’être la cavalcade ». En effet, nous n’eûmes même pas le temps de faire un petit cliché devant la gare du nord, nous arrivâmes juste à temps pour monter dans le train.

— Mais… et nos bagages ?

Jimmy sourit, blasé et amusé « J’ai anticipé, Princesse ! ». Nous fîmes quelques selfies supplémentaires dans le train. J’avais déjà pris l’Eurostar, mais c’était la première fois que j’y voyageais en première classe. Jimmy, songeur, souriait aux anges.

— À quoi tu penses ?

— Au train en général… à Monique, à sa grand-mère, Rosalie et aux trains qui ont bouleversé leur destinée en particulier.

— Raconte-moi ça !

Jimmy me raconta le dépucelage de Monique dans ce train qui la menait en Provence pour passer un mois interminable avec sa grand-mère, recluse dans ce trou paumé. Elle partageait son compartiment avec un fils à papa et un étudiant lubrique. L’étudiant n’était autre que le cousin de Christian, qui allait devenir son compagnon. C’est en attendant le train qui devait la ramener à Paris, assise sur un banc du quai aux côtés de Christian, qu’elle avait lu le cahier remis par sa grand-mère, Rosalie et qu’elle avait pris la décision de s’installer au village.

C’est en prenant le train que Rosalie avait rejoint son filleul de guerre, Pierrot, à l’arrière, pendant une de ses rarissimes et trop brèves permissions et c’était un autre train qui l’avait conduite en Provence, quand ses parents l’avaient chassée et reniée.

Jimmy souriait toujours, le regard plongé en lui-même, semblant ignorer ma présence, tout à ses pensées.

— L’an dernier, j’avais déjà ressenti ce truc… Je savais que tu serais présente à notre rendez-vous. Je le savais. Je n’avais aucun doute à ce propos, pourtant au plus je m’approchais du pont de l’Alma, au plus une petite voix me susurrait « et si elle ne venait pas ? Si elle avait un empêchement de dernière minute… si elle ne venait pas ? » Dès que cette voix commence à résonner, le temps s’étire comme un félin paresseux vautré au soleil. Les minutes n’en finissent pas de s’écouler, comme alourdies d’impatience. Et quand je t’aperçois, ça me fait comme un grand clac de soulagement. Comme si l’on desserrait une pince accrochée à mon cœur… Une pince dont je n’avais pas perçu la présence avant… Cette année, la sensation fut plus forte encore.

— C’est que tu prends de l’âge, mon ami !

Jimmy rit en silence.

— Bien tenté, mais tu ne me feras pas sortir de ma béatitude avec un de tes bons mots, aussi amusant qu’il puisse être ! Tu as une idée de notre destination ?

— J’hésite entre Lisbonne et Managua…

— J’espère que tu as conscience que je mémorise chacun de tes sarcasmes et qu’une fois redevenu simple mortel, je t’en ferai payer le prix ? Fort, le prix.

— Tu sais, cette pensée « Il ne viendra pas » me traverse aussi l’esprit, alors, je la chasse. Mais elle revient au galop, plus forte, plus logique, plus envahissante. J’en arrive à ne plus savoir que faire de cette journée du 29. Vaut-il mieux m’étourdir de musique au risque de m’endormir brutalement et de rater notre rendez-vous ? Je change au moins cent fois de tenue…

— Cent fois ?!?!

— Au bas mot ! Et tu me connais, l’exagération, c’est pas le genre de la maison ! Ne vaudrait-il pas mieux que je quitte mon petit appartement à Gif-sur-Yvette dès la fin de la matinée et passer la journée sur les quais au risque de choper la crève ? Et quand je te vois, je me traite d’idiote d’avoir pu douter. Et si le clac résonne dans ma poitrine, je ne ressens aucune béatitude m’envahir. Je ressens du soulagement, c’est certain, mais le bonheur doit se frayer un chemin dans tout ce mélange de sentiments. Je ne l’atteins que lorsque nous nous blottissons enfin dans les bras l’un de l’autre, quand mon visage trouve sa place sur ton épaule…

Pour la première fois, ayant prononcé ces mots, je me sentis apaisée, envahie par cette plénitude et poussai un soupir de soulagement. Jimmy posa sa main sur ma cuisse, me la caressa tendrement.

– Ça ne te dispensera pas de la sanction prévue à l’article 12 de… euh du… J’me comprends !

De ce séjour, je me souviens surtout des concerts. Jimmy avait eu la bonne idée de nous acheter des places pour certains qui avaient lieu dans des salles prestigieuses, des groupes à la notoriété bien établie, mais entre ces concerts, nous allions écouter des groupes moins connus, dans des lieux moins réputés.

Nous ne sommes pas restés à Londres, nous avons voyagé dans toute l’Angleterre, nous avons repoussé toutes les limites en osant nous aventurer jusqu’au Pays-de-Galles ! Je m’enivrais de vivre à soixante ans passés, les vacances dont j’avais tant rêvé jeune fille. Jimmy m’offrait des CD comme d’autres offrent des fleurs.

C’est pendant un de ces concerts que Jimmy m’ouvrit à de nouveaux horizons. La salle était blindée, j’avais chanté, crié, sifflé, dansé pendant plus d’une heure. J’étais en sueur, mais je ne le remarquai qu’au changement de groupe, alors que la salle s’était vidée. Le public quittant cette atmosphère suffocante pour se diriger vers le bar, j’avais été saisie par cette fraîcheur subite. Jimmy empoigna mon bras « Viens ! Suis-moi ! » et m’entraîna dans les toilettes des filles.

De son index posé sur sa bouche, il demanda à la nana en train de se remaquiller les lèvres, de garder le silence. Aucun sursaut, aucune surprise n’éclairèrent son regard embrumé.

Nous nous enfermâmes dans les toilettes. Les mains de Jimmy brûlaient d’une impatience fébrile

— Je ne peux plus me retenir ! Tu me rends fou quand tu… rhôôô… !

Il avait passé sa main sous mon tee-shirt et me caressait les seins.

— J’en étais sûr, j’aurais dû le parier, tu ne portes rien dessous, capoune !

— Faudrait savoir, monsieur le râleur, si je mets quelque chose, ça va pas et si j’anticipe en ne portant aucun dessous, ça va pas non plus !

— Qui t’a dit que je m’en plaignais ? Je ne regardais que toi et… c’que t’es bandante quand…

— Redis-le, en me caressant les seins

— Bandante ! Ça te va ? T’es comme Monique et Sylvie… ça vous fait un drôle d’effet…

— C’est parce qu’avec votre accent… le mot… rebondit… banne danne te… je sais pas avec votre accent… on sent bien l’idée… le mouvement… l’érection vers les cieux… oui, quoi… on voit l’idée… le mouvement, quoi !

— Tu sais parler aux hommes, toi !

Il s’excusa par avance de la brièveté de l’étreinte à venir, mais il ne voulait pas rater le début du concert suivant, prendre le risque de ne pas me voir danser, bouger, de ne pas m’entendre m’époumoner.

— On ne sortira qu’à l’entrée en scène du prochain groupe… quel que soit notre état, mais rhabillés !

Jimmy approuva mon idée. J’étais assez sereine puisqu’ils en étaient encore à débrancher les instruments et les pédales d’effets du groupe précédent quand Jimmy m’avait conduite ici.

Mon corps a gardé l’empreinte de mes sensations lors de cet « entracte ». Le jean qui a du mal à glisser le long de mes cuisses en sueur. La caresse d’un érotisme ému sur mes fesses « et pas de culotte non plus ! Non ! Ne t’en excuse pas ! J’en suis ravi ! ». La caresse rugueuse de mon tee-shirt qu’il retire avant de l’accrocher au loquet de la porte. Mes bras tendus vers le ciel. Jimmy dans mon dos qui me caresse les seins. Le selfie. Mes mains contre la porte. La main de Jimmy sur mes reins pour m’indiquer comment et jusqu’où me pencher en avant. Ses doigts entre mes cuisses. Son gland qui les rejoint avant de les évincer. Ses va-et-vient précautionneux. Le bruit de son sexe coulissant dans le mien. Les cris que je tente d’emprisonner derrière la barrière de mes dents. La main de Jimmy sur ma gorge. Ses coups de boutoir qui se font plus intenses. La porte qui vibre, secouée au rythme de ses mouvements. Le brouhaha confus d’une discussion près des lavabos. En ouvrant ma bouche, un cri s’en est échappé. Des rires de l’autre côté de la porte. Une folie érotique s’empare de Jimmy qui m’exhorte à jouir parce qu’il ne tiendra pas bien longtemps. Ma main qui se décolle de la porte, y laissant une trace humide. De mon doigt, je désigne ma nuque. Ne pas parler pour retenir mes cris. Son cri transperce ma peau en même temps que ses dents, il ressort par ma bouche, amplifié par les miens que je contenais.

Je me souviens m’être demandé si c’était la salive ou une goutte de mon sang que je sentais perler. Le tissu du tee-shirt tombé à terre. Je me souviens aussi avoir craint de ne pas pouvoir remonter mon jean, de m’être maudite d’avoir choisi celui-ci, un peu trop juste, un peu trop slim, néanmoins de m’être bien gardé de l’avouer à Jimmy qui aurait alors su qu’en matière d’anticipation, j’avais quelques progrès à faire ! D’avoir souri à cette idée. Avec son aide, je n’eus finalement pas trop de mal à me rhabiller.

On entendait les premières notes, les premiers boum-boum sur la grosse caisse, les premiers coups de baguettes sur les cymbales qui indiquaient la mise en place du groupe. Je me souviens du bruissement de la salle qui se remplissait quand nous sortîmes des cabinets. La fille au regard vide avait disparu. À sa place, quatre nanas qui fumaient leur cigarette près du vasistas à droite des lavabos. En nous voyant, une gamine aux cheveux trop raides pour que ses tresses « africaines » tiennent le temps du concert, cette gamine tatouée et piercée a ouvert des yeux de merlan frit et la bouche en même temps. Elles se sont interrogées du regard puis celle qui avait une fesse posée sur le radiateur a eu un hochement de tête approbateur « Good game ! ».

Je me souviens de tous ces détails, ainsi que de la lumière jaune, un peu faiblarde qui accentuait l’aspect crasseux des lieux, en revanche, je ne me souviens pas de l’odeur aigrelette de vieux pipis, ni d’avoir vu des graffitis sur les murs. Je sais qu’ils étaient forcément présents, mais je les ai occultés.

Un autre « nouvel horizon » que nous nous offrîmes lors de ce séjour anglais, fut celui de faire des photos avec l’intention de les adresser à Jim, que nous avions côtoyé régulièrement lors de notre séjour à Perth. Nous avions passé de très jolies journées et soirées en sa compagnie et il entretenait une correspondance avec Jimmy depuis notre retour. Jimmy avait une imprimante photo et tirait un exemplaire de chaque cliché que nous légendions avant de les envoyer à Jim.

J’étais particulièrement excitée en imaginant la réaction de son corps quand il ouvrirait les enveloppes. Mon excitation était amplifiée par le fait que je n’en saurais pas la teneur avant le prochain réveillon. Je bénis intérieurement les lenteurs de la poste et le fait que Jim n’ait pas accès à internet. J’avais demandé à Jimmy de ne pas me révéler ce qu’ils échangeraient à ce propos d’ici-là. Il m’en avait demandé la raison et m’avait reproché le vice de mon esprit tordu avant d’affirmer que ça justifiait une sanction.

Nous étions au balcon de notre chambre, il avait relevé ma robe, baissé ma culotte, fait claquer une jarretelle sur ma cuisse.

Sa première claque s’est abattue en même temps que débutait le compte à rebours. À la troisième, j’ai écarté mes fesses « Plus fort ! ». La claque suivante fut plus énergique et plus ciblée. Quand la foule a hurlé SIX ! un doigt m’a pénétrée, en plus de la claque. FIVE ! son doigt me fouilla, mais pas de claque. FOUR ! il sortit de mes fesses. « Oh non ! » THREE ! une claque à l’intérieur de mes cuisses. TWO ! son gland à l’entrée de mes fesses. ONE ! Je les écarte davantage et me cambre tout à fait.

— Bonne année et joyeuse sodomie, ma Princesse chérie !

Chroniques matrimoniales – Épilogue

Dessin de Milo Manara

Je voulais répondre à tes questions, mais il me fallait aussi te préciser certains points, mes cahiers se sont remplis à toute vitesse et je m’aperçois que je ne t’ai raconté que mes trois premiers mois de femme mariée ! Tu arrives demain, nous aurons tout le temps d’en parler ensemble. Pour terminer ce récit, je voudrais te raconter comment j’ai réussi le défi lancé par mes amis.

J’ai failli me fâcher avec Marie-Claire, ta grand-mère, qui aurait voulu que je sois la marraine de sa fille, Céline, ta mère. Elle avait moqué le côté conven­tionnel de mon mariage quelques mois auparavant, mais n’admettait pas les raisons qui me poussaient à refuser sa proposition. Elle restait sourde à mes arguments. J’étais athée, quelle valeur aurait mon engagement devant un dieu auquel je ne croyais pas ? Ce qui importait à ses yeux c’était que le frère de ton grand-père soit le parrain et que je sois la marraine. Finalement, ce furent nos parents qui nous permirent d’éviter une rupture irrémédiable, ni elle, ni moi n’avions été baptisées, pas plus que notre mère et sa sœur ne l’avaient été. Elle se rangea donc à mon idée, je tiendrai le rôle attribué à la marraine sans passer par la case église. La vie a fait que je n’ai jamais eu vraiment l’occasion de tenir ce rôle, et tant mieux, parce que ça implique que Céline n’a pas connu de gros soucis. Je me demande même si le pre­mier service qu’elle m’ait demandé n’a pas été de te recevoir cet été pendant tes vacances.

Le climat s’étant apaisé entre nous deux, je lui proposai d’organiser une fête familiale au village, prétextant que Bonne-Maman, trop âgée, risquait de ne pas supporter le voyage. Ce qui nous fit tous bien rire puisqu’elle était vraiment en pleine forme. Marie-Claire accepta volon­tiers, quelques jours en Provence, pour cette occasion, ça ne se refusait pas ! La fête eut lieu le 27 mai 1976 et cette année-là, outre la canicule qui s’est abattue sur la France, fut une année “sans pont au mois de mai, alors nous avons décidé d’attendre le jeudi de l’Ascension et d’en profiter pour prolonger cette réunion familiale jusqu’au dimanche suivant, jour de la fête des mères.

Un grand repas fut organisé dans la salle des fêtes, il y avait foule puisque pour faire plaisir à Bonne-Maman, j’avais suggéré d’inviter ses amis encore vivants. La représentation que se faisait Marie-Claire de notre vie au village, de son ennui mortel, de son peu d’anima­tion, m’aida à la convaincre. Elle nous suggéra d’inviter mes amis, histoire qu’ils profitent aussi un peu de cette fête, ce qui me donnait la possibilité de relever mon défi.

Le challenge était de taille puisque ma sœur, son chéri, nos parents et les siens seraient présents. Les membres de la Confrérie, toutes générations confondues, me répétèrent de ne pas hésiter à le tenter une autre fois, si je risquais de me faire démasquer.

Ainsi que c’est encore le cas, les tables de la salle des fêtes étaient réunies pour former un U, ce qui permet­tait de danser entre les différents plats et après le repas. Pour une personne non-conventionnelle, Marie-Claire avait néanmoins établi un plan de table qui respectait le protocole. En installant Neuneuille à sa place, je lui fis remarquer, non sans une pointe d’iro­nie, que ma sœur avait une qualité qui ne pouvait que plaire à l’homme à cheval sur l’étiquette qu’il était. Il me fit la réponse que j’attendais “Mais il lui manque la principale. Je siégeais donc à la droite de mon beau-frère et Jimmy était assis trop loin de moi pour que je puisse relever ce défi. Je n’avais pas pensé à ce détail en annonçant fièrement que ce serait à cette occasion et je comprenais enfin le conseil des uns et des autres de ne pas me montrer téméraire.

Après les toasts portés à Céline, à ses parents, à sa marraine, à son parrain, à ses grands-parents et à son arrière grand-mère, “les Parisiens étaient passable­ment éméchés. Pour la première fois de ma vie, je ne m’incluais pas parmi eux !

Les plats se succédèrent, jusqu’à la première pause musicale. Pour faire plaisir aux anciens, nous avions décidé de leur mettre des valses et des tangos. Bonne-Maman dansait avec Valentino, Nathalie avec Barjaco, ma mère avec sa sœur, Marie-Claire et moi avec nos conjoints respectifs. Après la première valse, je m’assis aux côtés de Neuneuille qui sourit en me disant “Rosalie est une sacrée comédienne, regarde comme elle a l’air heu­reuse de valser sur cette chanson qu’elle a toujours détestée !

Je n’avais jamais songé à cette éventualité ! Ainsi les vieux avaient aussi des goûts musicaux ? Ainsi toutes les vieilles chansons ne leur plaisaient pas ? Et ce tan­go, l’appréciait-elle, au moins ? Neuneuille, un peu plus amusé, me rassura “Oui, elle l’aime ! avant de pré­ciser que c’était un paso-doble !

– Vai ! Rends-moi un petit service, j’aimerais faire un brin de conversation avec Catherine, pourrais-tu lui demander si elle en a également envie ?

Cathy à peine levée, le Balafré se précipita pour s’asseoir sur sa chaise, ne me laissant d’autre choix que m’asseoir sur les genoux de Jimmy. Les entremets furent servis, mais personne n’avait envie de se lever pour regagner sa place, alors nous sommes restés tels que nous étions installés et les danseurs se plaçaient là où ils pouvaient.

Je répondis en riant à Marie-Claire que non, je ne rega­gnerai pas ma place et que oui, je voulais bien qu’elle me fasse passer mon assiette. Avant de me relever, je chuchotai à Jimmy de se tenir prêt. Je décollai mes fesses de ses cuisses, me penchai un peu trop en avant pour récupérer l’assiette que Marie-Claire tendait au Bavard qui paraissait ne pas comprendre ce qu’elle attendait de lui. M’étant trop penchée, il était normal que je fisse attention en me rasseyant. Marie-Claire fut même étonnée que j’y aie pensé après avoir tant bu.

Je me rassis donc, en prenant tout mon temps, quand je sentis le gland de Jimmy appuyer sur mes petites lèvres, j’acceptai son offre « Ne va pas tomber, attends, laisse-moi t’aider, Monique ! » et les mains sur ma taille, il m’empala sur lui. Taquin, il venait de remarquer que j’étais chatouilleuse, alors il en profitait et je devais me lever, me pencher, me reculer, me rabaisser, me rele­ver, me pencher encore, pour échapper à ses guilis !

Je pris comme la plus belle des Légions d’Honneur le hochement de tête admiratif des fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, le pouce levé de Catherine assise entre Neuneuille et Nathalie. J’étais en train de relever mon défi et personne ne s’en doutait hormis mes confrères et consœurs, Martial et Sylvie qui l’ac­compagnait, Jean-Pierre le cousin de Christian. Même le photographe engagé pour immortaliser la fête l’ignorait et nous avoua n’avoir rien remarqué sur le moment.

Je prenais un plaisir physique, mais essen­tiellement psychologique, j’ignorais alors le terme, mais mon plaisir était décuplé par cette trans­gression absolue. La violence de la sensation expulsa mon ecto­plasme de mon corps, il décolla et vérifia en passant auprès de chaque invité qu’aucun ne se doutait de ce que Jimmy et moi étions en train de faire.

À son arrivée, quand Marie-Claire me tendit Céline pour que je la prenne dans mes bras, ma première pensée fut « Mince, elle n’est pas blonde et ses yeux sont bien foncés », elle était la première arrière-petite-fille de Rosalie et n’avait hérité ni de ses che­veux, ni de la couleur de ses yeux. Ça m’avait bien plus perturbée que Bonne-Maman, qui avait haussé les épaules et les sourcils « Quelle importance ?! », elle avait évidemment raison, mais voilà la première pensée que j’avais eue en voyant Céline pour la première fois.

Cependant, quand mon ectoplasme passa au-dessus du berceau où elle était couchée, Céline tendit les mains vers lui et babilla. Mon ectoplasme regarda le Bavard et réintégra mon corps à l’instant précis où Jimmy jouit en moi et moi de lui. Je ne saurais en expliquer la raison, mais à chaque fois où j’ai fait l’amour dans des conditions périlleuses, dans des situations où je pouvais me faire démasquer, inter­peller à tout instant, j’ai toujours réussi à jouir et à faire jouir mes par­tenaires très vite et réciproquement.

Il est temps de terminer ce récit, avant de te le remettre, j’ai demandé à mes amies, à mes amis de le relire pour qu’ils me signalent mes éventuelles omissions.

Je suis ravie de t’offrir ces cahiers comme notre cadeau de bienvenue, pour que même dans ce moment si désespérant de ta vie, tu n’oublies pas que le bonheur n’attend qu’une chose, que tu l’inventes, que tu lui donnes vie pour exploser enfin.

Monique

Fin des « Chroniques matrimoniales »

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Instantané – Buttes-Chaumont

f1394096ea20d5441692503452fe4b79– J’aime ton goût quand tu as peur…

– Je n’ai pas peur…

Menteuse !

Je rabats ma longue jupe sur son visage en espérant que personne ne remarquera la position de ses pieds, ne remarquera les miens…

La crainte de te faire surprendre t’excite !

Oui ! Plus que de raison… mais ta langue… ta langue… ta langue… !

Oups ! Une rame entre à quai ! Je rabats, une fois encore, ma longue jupe sur sa tête. La foule passe, indifférente. Le plus grand luxe que puisse offrir un physique quelconque est bien l’invisibilité, l’anonymat garanti !

J’aime bien ton goût quand la foule passe près de nous…

Sa langue me fouille, sa langue m’explore. Ses mains accrochées à mes chevilles ne remontent jusqu’à mes genoux que pour les maintenir écartés quand une vague de plaisir me submerge.

Je jouis dans sa bouche et c’est moi qui relève ma longue jupe pour le regarder. Son visage est luisant de sa salive et de mon plaisir mêlés.

JE T’AIME !

Il me sourit.

Je savais que tu allais me dire ces mots ! Tu me les cries toujours quand je t’ai fait jouir…

Alors que je crois qu’il va s’asseoir à mes côtés, il rabat ma longue jupe sur son visage. Cet homme est un bavard impénitent… il continue ses bavardages, agenouillé devant moi, la tête entre mes cuisses, la bouche contre mon sexe.

Une journée passée tous les deux sur ce quai de métro, une journée de blablabla entrecoupés de « je t’aime »

Enfin, le voilà !

 

Plaisir de lire, joie de s’émouvoir

Je me perdais dans les mots, je me perdais dans les phrases. Pourquoi la version livresque, l’originale, celle de Victor Hugo, pourquoi ce « Notre-Dame de Paris » me tombait des mains, alors que j’avais tant aimé le dessin animé, la comédie musicale ?

Assise sur un parapet, en contrebas de la cathédrale, je tournais négligemment les pages d’un doigt las, espérant qu’une phrase accroche mon regard et me donne envie de plonger dans le roman.

La lecture t’ennuie ?

Surprise, je levai les yeux vers cet homme à la voix douce et vibrante.

Je n’y trouve pas la magie à laquelle je m’attendais…

Tu veux de la magie ? Alors ferme les yeux, écoute ma voix et laisse-toi transporter… Sens-tu le vent fouetter ton visage ?

J’avais fermé les yeux, concentrée, je voulais le sentir, je le voulais de toutes mes forces…

Oui… Je sens un souffle chaud caresser mes joues…

Tourne-toi… N’ouvre pas les yeux ! Tourne-toi jusqu’à sentir, non pas un souffle chaud caresser tes joues, mais un vent froid, cinglant comme la bise…

Je me tournai, tendis mon visage vers le ciel et sentis la première gifle de ce vent glacial en cet été caniculaire.

Maintenant… je le sens…

Oui… Je l’ai vu… Respire ! Respire à pleins poumons l’air de Paris ! Imprègne-toi de toutes ses odeurs, y compris de celles de la Seine…

J’avais envie de me laisser guider par la voix de cet homme, par ses mots. J’inspirai de toutes mes forces et attendis, devinant que la magie allait opérer. Qu’il ne tenait qu’à moi qu’elle opérât…

Un picotement agaça mes narines, une odeur aigre, désagréable, puis une autre, plus lourde, mais non moins désagréable….

Des bourdonnements, un brouhaha assourdi, comme si mes oreilles étaient pleines de ouate…

Des fourmillements le long de mes jambes, au bout de mes doigts…

La sensation d’être bousculée par une foule qui ne me percevait pas…

J’éprouvais un certain malaise qu’atténuaient les emballements excités de mon cœur.

Et ce vent ! Cette bise qui faisait voler mes cheveux, qui me cinglait le visage…

Envolons-nous ensemble… ne crains pas le vertige, tu n’en souffriras pas !

Je me sentis arrachée du parapet, un arrachement tout en douceur, un arrachement libérateur.

Comme les pièces d’un puzzle, mes vêtements tombaient en lambeaux, dévoilant ma peau au fur et à mesure de cet envol, de cette ascension vers l’inconnu.

Je n’entendais plus la voix de cet homme, mais il me parlait avec les modulations de son souffle.

Je sentais la chaleur de son corps, son bras enlaçant ma taille, son torse contre mon dos, ses cuisses contre les miennes…

Le choc d’un atterrissage brutal.

La pierre tiède sous mes pieds… cette sensation que rien de néfaste ne pouvait m’arriver.

Que ressens-tu ?

Le vent me gifle… il est froid… Il me semble entendre croasser des corbeaux… les entendre voler… tournoyer autour de nous… La pierre est douce et tiède sous mes pieds… J’ai envie de tes caresses… que tes mains… que ta bouche… que ton corps réchauffe le mien… J’ai envie que tu me fasses l’amour comme dans un rêve… et qu’à mon réveil… je ne sache plus si c’était un rêve ou la réalité…

Sais-tu où nous sommes ?

Sur l’une des tours… Il me semble percevoir les gargouilles tout près…

Percevoir ? !

C’est comme si je les entendais gargouiller… et puis, la rumeur de la foule est moins sonore… moins bruyante… comme des vagues quand on s’éloigne du bord de mer…

Comme si un voile de pudeur s’était déchiré je prononçais des mots qui n’avaient jamais franchi mes lèvres.

Caresse-moi plus fort ! Oh oui ! Frotte-toi contre mes fesses… ! Caresse mes seins… Je sens ton désir… qui attise… mon désir… Caresse-moi plus fort… ! Mais que fais-tu ?

Je te caresse ! Ce n’est pas ce que tu veux ?

Je veux tes doigts, ton sexe… et tes mots ! Dis-moi ce que tu fais… ce… ce que tu ressens…

Je regarde Paris vieillir un peu plus à chacune de mes caresses… J’aime sentir ta peau se réchauffer sous mes mains… J’aime l’odeur de ton corps excité… J’aime sentir la moiteur de ton sexe… tu sens ? Je viens de glisser ma queue entre tes lèvres et je me branle en te donnant du plaisir… J’aime que tu te colles à moi comme une chèvre à un bouc… Et je veux prendre mon temps…

Tes caresses sont magiques… divines… elles n’ont pas d’âge… elles sont éternelles… oui… de toute éternité… mon corps les ignorait jusqu’alors… Parle-moi de ta queue… excite-moi encore avec tes mots… qu’à la fin je ne sache plus si ce sont eux ou ce que tu me fais qui me feront jouir…

Mais encore ?

Baise-moi ! Baise-moi avec tes mots !

Ta voix est envoûtante… Elle vibre et me fait vibrer… Tu sens comme ma queue est dure désormais ? Tu sens comme j’aime me branler comme ça ? La queue entre les lèvres de ton sexe que j’étire pour qu’elles la recouvrent ? J’en fais un fourreau… en attendant l’autre… l’autre fourreau… Je le devine déjà bouillant… humide… palpitant… Je veux que tu chasses toutes tes craintes… que tu ne penses qu’à cet instant… qu’à nous deux… Paris vieillit inéluctablement, je ne peux arrêter davantage le temps… à moins de cesser mes caresses… mais je ne le veux pas… pas plus que toi… J’aime comme tes seins s’offrent à la ville… J’aime ces petits cris que tu pousses… J’aime te sentir vivante contre moi… Sens-tu mes doigts ?

Oh oui ! Je les sens ! J’étouffe… j’étouffe de désir… Prends-moi ! Prends-moi comme personne ne me prendra plus jamais… Prends-moi comme tu n’as jamais pris personne avant !

La ville vieillit de ton impatience… Mais ne t’en veux pas… c’est ta fougue qui l’empêche de mourir… Je ne te prendrai pas… pas aujourd’hui… pas cette fois… Aujourd’hui… cette fois… c’est toi… toi qui viendras à moi… Sens… sens ma main sur ton ventre… je ne t’abandonne pas… Je vais caresser ta fente de mon gland et quand tu le décideras, tu te pénétreras de moi…

Je n’y arrive pas… Tu es trop loin !

Non, c’est toi qui n’ondules pas assez… sois lascive… lascive… las.. ci… ve…

Enfin, enfin je sentais son membre m’envahir ! Enfin, il était en moi ! Enfin, il était à moi ! Je vivais cet instant comme la plus belle des victoires !

Nous criions tous les deux, il me semblait que les corbeaux venaient régulièrement se poser près de nous. J’avais aussi l’impression que le vent me fouettait réellement, mettant tous mes désirs à vif… tous mes désirs dont j’avais jusque là ignoré l’existence… Je me faisais putain, je me faisais amour… Je devenais à la fois courtisane et vestale… J’avais mille ans, j’étais immortelle… Les mots coulaient de ma bouche, comme le plaisir suintait de tous mes pores, de tous mes orifices… Plus ses caresses étaient bouillantes, plus son corps semblait froid…

Il me disait que je me trompais, que son corps était bouillant comme la vie qui coulait dans mes veines, comme le feu que mon plaisir faisait naître en lui… Il me parlait d’amour comme on parle dans les rêves… sans raison… sans logique… dans le chaos de nos cellules…

Je jouis avec la certitude que c’était la première fois. Je jouis cent fois, je jouis mille fois entre ses bras. Mon corps était pris en tenailles entre l’envie qu’il jouisse enfin et la crainte que ce ne soit la fin de cet incroyable voyage .

La ville aura bientôt ton âge… elle sera bientôt de retour dans ton époque… Il va me falloir te redéposer sur le parapet… Reviens… Reviens me voir, ma beauté, mon amour, mon éternelle, ma fugace… !

Dans un même mouvement, dans une même sensation, je le sentis jouir au plus profond de moi et je sentis le vent devenir de plus en plus chaud… Cohérent avec la canicule qui régnait sur Paris… Les corbeaux ne croassaient plus autour de nous, je ne les sentais plus voler… Il me remercia, me redit son amour…

Comme il le souhaitait, je gardai les yeux clos… Je me sentis tomber au ralenti… engoncée dans ma robe devenue désagréable sur ma peau… Je sentis mes fesses se poser doucement sur le parapet.

J’ouvris les yeux. L’inconnu avait disparu… Je cherchai un signe, un souvenir de ce que j’avais vécu. Mais rien… J’aurais aimé qu’une plume de corbeau s’échappât de mon livre, mais rien. Rien de rien.

Avant de le refermer et de rentrer chez moi, une phrase accrocha mon regard « L’Égypte l’eût pris pour le dieu de ce temple, le moyen-âge l’en croyait le démon, il en était l’âme. »

Je fermai le roman, souris et adressai un salut à la cathédrale d’un geste ample de la main, certaine qu’il le remarquerait.

 

 

 

Instantané – Un petit tour à vélo

Que nous avions fière allure tous les deux sur sa bicyclette ! Il pédalait le dos bien droit, il pédalait comme on parade, pour montrer à tous que j’étais désormais sa petite amie. Question fierté, je n’étais pas en reste ! J’avais mis ma plus jolie robe et je m’étais installée sur le cadre. Je toisais tous ceux que nous croisions, comme si j’étais une reine assise dans son carrosse.

Nous étions sortis du village, en direction de la forêt. Je sentais son souffle chaud sur ma nuque. Le soleil brillait, il était haut dans le ciel.

À l’orée de la forêt, il s’arrêta. Je descendis, il me prit la main, de l’autre, il tenait son vélo. Arrivés dans une clairière, piaffant de désir, je lui dis :

– Pose ton vélo tout neuf sur l’herbe épaisse ! J’ai une furieuse envie de te sucer un peu…

Pose ton véloAutour de nous, autour de ma bouche sur son sexe, autour de mon corps et du sien, tout autour de nous, le temps s’est écoulé. Mais certainement ravi du spectacle que nous lui offrions, le temps a choisi de s’écouler tout en nous épargnant. Nous n’avons pas vu passer le temps, nous n’avons pas senti ses morsures, ses griffures… C’est en retrouvant le vélo que nous l’avons réalisé…

D’une forêt à une autre, d’un instantané à l’autre…

Le cahier de Bonne-Maman – À la Sainte-Reine, sème tes graines

Nathalie arriva chez moi dès le samedi soir, elle était si excitée à l’idée de voir toutes ces tenues, ces pièces de tissus que j’avais rapportées qu’elle n’avait pas eu la patience d’attendre jusqu’au dimanche matin. Quand je lui avais raconté ce qui m’était arrivé, ce jeudi, j’avais évoqué en deux mots l’idée « de nouveaux jeux, de nouvelles figures ».

Ouh fan… ! Il y en a combien en tout ? !

Je ne sais pas ! J’ai attendu que tu viennes pour ouvrir la malle et les compter avec toi ! Et puis… regarde… tu as vu ? Il y a même des costumes pour Pierrot et Toine ! Ils ne sont pas tout à fait à leur taille, mais on pourra arranger ça, non ?

Nathalie dansait avec un costume de bergère posé contre son corps. Nous riions comme des fillettes ravies de cette bonne aubaine, quand une idée surgit « et si nous faisions une surprise à nos amoureux ? »

Depuis que j’y demeurais, nous nous retrouvions tous les quatre dans la maison, chaque dimanche à 9 heures. Munies d’un panier de victuailles, notre costume sous nos robes, Nathalie et moi nous mîmes en route avant le lever du jour, pour ne pas prendre le risque d’être vues. Nous improvisant stratèges, nous fîmes même un grand détour, évitant ainsi de passer devant la ferme de Pierrot et celle de Joli Coquelicot.

Avant notre départ, nous avions laissé ce quatrain, bien en évidence sur la grande table

Il se dit que, près d’une certaine source,
À la Sainte-Reine, quelques jeunes fées
Par l’été assoiffées, s’y retrouvent pour se désaltérer
Alors, messieurs, venez les y rejoindre… et au pas de course !

Arrivées dans cette forêt au sol rocailleux, nous ôtâmes nos robes, et les rangeâmes près des paniers, que nous cachâmes dans une sorte de petite grotte où régnait une fraîcheur fort agréable. L’été avait été déroutant, au froid relatif avait succédé une période de forte chaleur, les arbres en semblaient déboussolés, les branches de certains étaient déjà presque nues tandis que d’autres arboraient encore un feuillage tout printanier.

Sur les conseils de Nathalie, j’avais détaché mon chignon et elle avait longtemps brossé mes longs cheveux, les rendant vaporeux, féeriques… Elle portait les siens déjà beaucoup plus courts, mais tandis que je la coiffais, je fus saisie par sa beauté particulièrement éclatante ce matin-là.

Nous riions beaucoup, plaisantant en les attendant, nous taquinant aussi, nos caresses étaient tendres, nos baisers aussi. Nous aimions depuis longtemps faire l’amour ensemble, mais c’est ce jour précis, à l’ombre de ces arbres centenaires, près de ce filet d’eau qui chantait, que l’évidence nous sauta à la figure.

Nous avions longtemps cru que la part sexuelle de notre relation avait été un pis-aller pendant l’absence de Toine et de Pierrot, ensuite, nous savions qu’elle les excitait. Ils aimaient nous voir faire l’amour et nous aimions leur offrir ce spectacle, mais en ce matin, alors qu’ils allaient bientôt nous rejoindre et que nous étions seules, nous dûmes nous rendre à l’évidence. Nous nous aimions pleinement, nous nous aimions tout simplement. Loin de nous troubler, cette révélation nous apporta une force, une sérénité supplémentaire.

J’aimais sentir mon corps vibrer sous ses caresses, j’aimais sentir le sien vibrer sous les miennes. La douceur de sa peau, la plénitude de ses seins, les aréoles plus brunes, plus larges que les miennes, cette petite ligne cuivrée joliment dessinée, qui courait de son nombril vers son pubis à la toison brune, comme pour guider mes baisers… sa bouche, ses yeux, ses mains… Oh oui, j’aimais et je désirais son corps avec autant de fougue que celui d’un homme !

Elle me faisait l’amour d’une façon incroyable, en me disant que c’était tellement facile. Je la comprenais. Nos corps ne se contentaient pas de réagir aux caresses, aux baisers, aux griffures, aux morsures, ils indiquaient ce dont ils avaient soif, comme s’ils nous criaient « Ici ! Comme ça ! Encore ! Plus fort ! Moins fort ! Encore ! Encore ! Oui ! Comme ça ! »

Je n’ai, nous n’avons jamais cherché à savoir ce que je, ce que nous préférions, les plaisirs étaient différents, mais pourquoi vouloir les hiérarchiser ? Comment comparer ce qui est incomparable ? La question est tout aussi ridicule que si l’on me demandait si je préfère l’aïoli à la tarte aux pommes ! Ce qui compte, n’est-ce pas le moment, la puissance de l’abandon au plaisir ?

Il n’était guère plus que dix heures quand nous entendîmes des pas lourds écraser des brindilles, des voix d’hommes se répondre. Un dernier baiser rien que pour nous et nous rejoignîmes notre cachette. Oh ! Le terme « cachette » est bien exagéré puisque nous n’avions qu’un désir, un désir ardent, celui qu’ils nous trouvassent !

Ça y est ! Je les vois !

Nathalie et moi sursautâmes, étonnées d’entendre la voix de Bouche Divine, ainsi, Pierrot et Toine étaient venus avec des comparses… Nous avions prévu de faire semblant d’être effarouchées et de nous égailler en poussant des petits cris suraigus pour qu’ils nous courent après. Mais, paralysées par la surprise, nous ne pûmes que tourner nos visages vers eux.

Quand mon regard croisa celui de Bouche Divine, je pris conscience qu’il était le plus jeune des villageois partis combattre. Il ressemblait à un enfant émerveillé. Je me levai, fis semblant de me réfugier derrière un arbre, mais de l’index, l’invitai à s’approcher de moi.

De son côté, Toine invita Barjaco à succomber aux charmes de Nathalie et recula d’un pas. Aux côtés de Pierrot, les bras croisés, ils observaient la scène, amusés, comme pour nous dire « à malin, malin et demi ».

Offre-moi un de tes divins baisers, jeune homme…

Après une seconde d’hésitation, il entra dans le jeu que je lui proposai. Un baiser sur mon front, un second à la naissance de mon cou. De ses mains artificielles, il dénoua le ruban qui retenait les pans de ma robe. Je lus dans ses yeux qu’il avait peur de me blesser en faisant jaillir mes seins dont il ne pouvait sentir la fragilité, j’accompagnai donc son geste et lui volai le baiser suspendu à ses lèvres.

Une fois de plus, la douceur, la fougue de ses lèvres, la tendresse et l’habileté de sa langue me transportèrent loin de la réalité. Sa bouche se promena le long de mon cou, fit un détour par mes épaules. J’aurais voulu avoir la force de la diriger sur mes seins, mais je n’en étais déjà plus capable…

Quand enfin sa langue les caressa, qu’il me dit, rougissant « on dirait deux petits boutons de roses prêts à éclore », une vague de bonheur me submergea et mon désir enfla comme un torrent à la fonte des neiges. Je lui arrachai ses vêtements plus que je ne le dévêtis, sans prendre garde aux lanières de cuir qui ceinturaient son buste. Plus tard, bien plus tard, il m’avoua que mes gestes ce matin-là lui avaient rendu sa « normalité ».

Je m’agenouillai devant lui, comme j’aurais aimé avoir son don, rien qu’une fois, son merveilleux don… ! Adossé à cet arbre, il criait pour la première fois son plaisir, m’encourageant, me guidant, me remerciant, m’encourageant encore, émerveillé de sentir ma langue, ma salive inonder son sexe…

À sa demande, je le laissai s’allonger et m’allongeai sur lui. Sexes contre bouches, nous étions seuls au monde. Je me sentais comme un bateau en papier que je ne pouvais diriger au milieu d’un océan de plaisir, à la merci de ses vagues. Quand il arracha sa bouche à mon sexe, je fus propulsée dans la réalité, dans cette clairière ensoleillée, entourée des personnes que j’aimais le plus au monde.

Je voudrais regarder tes jolis seins danser au rythme de mes coups de reins…

Dans la précipitation du départ pour cette escapade imprévue, il avait oublié de prendre sa « capote réglementaire » comme nous nous amusions à les nommer. Barjaco était en train de se servir de la sienne avec Nathalie. Les rouages de mon cerveau tournèrent à toute vitesse. Il ne souffrait d’aucune maladie vénérienne, les anglais débarqueraient le mardi suivant… Le désir prit le pas sur la raison, je m’accroupis au-dessus de son sexe dressé comme s’il voulait défier les cieux…

Et moi, je voudrais que tu n’oublies jamais cette sensation…

Le plus lentement que je pus, je me pénétrai de lui, m’émerveillant de son émerveillement, m’enivrant de l’ivresse de ses sens… Oubliant un instant ses mutilations, il tendit ses prothèses vers mes seins. Une ombre de désespoir assombrit son regard, comme un nuage masquant le soleil. Je la chassai en frottant mes petits globes doucement sur elles. Écartant ses bras, il me demanda de le caresser « encore une fois… comme l’autre fois ». Je me penchai, en profitai pour lui quémander un long baiser.

Le premier fut bref, interrompu par « Ta langue à le goût de m… »

Moi, je l’aime ce goût ! Pas toi ?

Un long baiser et il explosa au fond de moi, mais je restais maîtresse de mes mouvements, je l’empêchais de sortir de tout le poids de mon corps sur le sien. Lors de « l’amicale des anciens combattants », j’avais constaté à quelle vitesse son membre reprenait de sa vigueur. « Regarde la Nathalie ! Aimes-tu la regarder prendre du plaisir autant que j’aime la regarder ? Sens-tu comme ça me chauffe les sangs ? Et quand je vois mon Pierrot et le Toine… regarde comme ils bandent ! » L’effet fut immédiat, je sentis son sexe durcir, malgré l’éclat de rire que lui arrachèrent les commentaires de Barjaco

Boudie ! Baiser ton petit con en pleine nature… espinchouner l’autre coquine… et ton cul qui danse… Ô fatché, sens… ça me fait venir ! »

Je regardais Bouche Divine, le reflet de ses yeux, son sourire, sa poitrine qui se soulevait comme pour s’emplir de tout ce bonheur, de tout ce plaisir… J’allais me pencher pour l’embrasser encore quand Nathalie, d’une bourrade, m’en empêcha.

À mon tour de profiter de tes baisers !

Me faisant face, elle s’assit presque sur sa bouche, poussant un cri de plaisir à son contact. Le sexe de Bouche Divine sembla doubler de volume et de dureté. Nathalie appela Toine et Pierrot qui firent mine de ne pas vouloir approcher davantage. Elle minaudait, faisant pigeonner sa magnifique poitrine, relevant puis agitant sa superbe chevelure brune, fit la moue, mais rien n’y faisait, ils ne bougeaient pas d’un centimètre. Que j’aimais leurs sourires complices, taquins, amusés !

Je me penchai vers elle, lui murmurai à l’oreille « Ils ne résisteront pas à ça… » et je l’embrassai, lui caressai le corps. Ses mains glissèrent de la même façon le long du mien, elle savait me faire frémir quand sa main glissait de mon ventre au bas de mon dos. Une décharge de plaisir me foudroya quand du dos de sa main, elle effleura le creux de ma taille.

Bouche Divine semblait aux anges, masqué par le corps de Nathalie, je ne pouvais le voir, mais j’entendais ses grognements de plaisir et je sentais son sexe toujours plus dur, toujours plus puissant.

Toine et Pierrot nous accusèrent de ne point être des fées, mais de diaboliques sorcières et vinrent enfin à nos côtés. Pour être exacte, Toine derrière mon dos, agenouillé, me caressait les seins, le ventre, ses doigts rejoignant ceux de sa fiancée. Pierrot, sur le côté gauche de Nathalie, lui aussi à genoux, faisait de même avec les miens.

Barjaco, resté quelques instants muet de surprise, s’exclama « Oh, mais vous me faites rebander, sacrées coquines ! Oh malheur ! Il faut me calmer le feu ! » Il approcha son sexe épais de ma bouche, je léchai un peu son gland, mais j’avais encore envie des baisers de Nathalie, je le délaissai le temps de l’embrasser. Elle me fit un clin d’œil

Hé Barjaco, tu préfères ma bouche ?

Elle le suça un peu…

Ou celle de ma Rosalie ?

Et me laissa faire. Barjaco en bégaya de surprise. Une pichenette sur mon épaule, Nathalie regarda son Toine, comprit, lui sourit, avant de poursuivre

Ho Barjaco, ne me dis pas…

Et nous entreprîmes de le sucer en même temps, excitées par ses exclamations de plaisir.

Je sentis les doigts de Toine glisser dans ma toison « Tu veux jouir de mes doigts, Bouton d’Or ? » À sa question susurrée à mon oreille, je répondis en rejetant ma tête en arrière, comme si j’avais voulu offrir mon visage aux caresses du soleil et lui caressai le corps de mes longs cheveux, il me mordit un peu l’épaule avant de m’offrir un orgasme radieux comme un sourire complice.

Ho, petite… !

Sans laisser à Barjaco la possibilité de se plaindre, je léchai, d’une langue gourmande, la hampe de son sexe, avant de retrouver celle de Nathalie sur le bout de son gland.

Boudie ! Regardez ce que vous m’avez fait faire !

Nos joues éclaboussées de son sperme, nous riions quand Nathalie fut secouée d’un spasme violent. En s’affaissant sur le côté, elle libéra le visage de Bouche Divine, qui hurla son plaisir à en déraciner les arbres alentour.

Pierrot me prit dans ses bras « On leur montre la figure Rosalie ? ». Nous l’exécutâmes avec une grâce folle, comme un ballet dans le plus beau des opéras.

Barjaco et Bouche Divine nous dirent au revoir, ils ne pouvaient manquer le déjeuner dominical et il était déjà presque une heure de l’après-midi. Déjà repus de plaisir, nous déjeunâmes tous les quatre, les pieds barbotant dans l’eau fraîche de cette source.

Nous étions sur le chemin du retour quand je leur parlai de la malle pleine de vêtements, de tissus que m’avait offerte Marie-Louise. Taquin, Toine me demanda si parmi eux, il y avait un costume du Petit Chaperon-Rouge « avec son petit pot de beurre ». J’éclatai de rire en faisant mine de vouloir le boxer.

De retour dans sa maison, Rosalie décide de montrer à Pierrot et à Toine les trésors contenus dans la malle que lui a offerte Marie-Louise

Le cahier de Bonne-Maman – « S’il n’y avait pas d’hiver, le printemps ne serait pas si agréable »

Le lendemain, nous nous retrouvâmes à la crique. Pierrot arriva le dernier, nous désignant sa musette qui nous parut bien remplie. Je courus vers lui, il me chuchota « Tu leur as dit ? »

Non ! Je voulais qu’on leur annonce ensemble !

Il m’embrassa, me répétant son amour. Tout comme moi, il s’était réveillé ce matin-là en se demandant s’il n’avait pas rêvé tout ceci. Je lui dis que pour être certaine du contraire, il m’avait fallu tenir à nouveau dans ma main les papiers remis par le notaire. Il allait me répondre quand nous fûmes interrompus par Toine « Qu’est-ce que vous manigancez, tous les deux ? » En nous retournant, nous éclatâmes de rire.

Toine se tenait debout, les poings serrés sur les hanches pour marquer sa désapprobation. De nous quatre, il était toujours le premier à se dévêtir, il aimait la nudité par-dessus tout, mais à cet instant le contraste entre sa mine sévère, son allure réprobatrice et son érection était franchement comique.

Oh gari, quand tu nous engueules, essaie de ne pas bander comme un âne !

Toine regarda son sexe dressé avant d’éclater de rire.

On pourrait croire que tu veux décrocher le soleil !

J’en serais bien capable, Bouton d’Or !

Sortant une « bonne bouteille » de sa musette, Pierrot annonça qu’on aurait quelque chose à fêter, mais avant, il nous fallait découvrir ce que « le sort » nous avait réservé. Nous nous déshabillâmes, nous assîmes, Pierrot déplia le bout de papier qu’il avait pêché dans « la boîte à désirs », je reconnus l’écriture de Nathalie.

Colin-Maillard

Pierrot crut avoir mal lu, mais Nathalie expliqua

Rosalie et moi on aurait les yeux bandés et vous nous feriez… et nous, on devrait deviner qui fait quoi, mais interdiction de parler… Colin-Maillard, quoi !

Té, Pitchoune, vous avez une drôle de façon de jouer à Colin-Maillard dans ta famille !

Nathalie voulut s’expliquer, plus elle parlait, plus Toine et Pierrot la moquaient. Je pris sa défense, l’assurant que de toute façon, les garçons comprenaient toujours tout de travers. Pierrot sauta sur l’occasion.

Mais oui ! Bien sûr ! Les garçons comprennent toujours tout de travers… ! Voyons, c’est bien connu ! Dis-moi, Nathalie, toi qui es une fille, que répondrais-tu, si après avoir fait les premières démarches en vue de te marier, le Toine te disait « Demande-moi ce que tu veux » ? Dis, que répondrais-tu ?

Nathalie ouvrit des yeux comme des soucoupes.

Il t’a fait sa demande ?

Oui ! Hier !

Pierrot insista

Que répondrais-tu ?

Tu as déjà offert la bague ?

Non !

Alors, la bague ou… pourquoi tu ris Pierrot ? Et Rosalie, pourquoi tu lèves les yeux au ciel ?

Parce qu’il raconte n’importe comment !

Pierrot me prit dans ses bras en riant.

Non ! Non ! Non !

Toine observait la scène, amusé, des éclats de tendresse, d’amitié dans les yeux. Exagérant mon accent, le rendant ridicule, Pierrot me singea « Fais jaillir mes seins de mon corsage et caresse-les comme toi seul sais les caresser »

Toine rejoignit Pierrot dans un formidable fou-rire, tandis que Nathalie bégayait « mais… mais… mais… »

La Normande est moins vénale que la Provençale, si je comprends bien ! Quand même, Bouton d’Or, tu aurais pu pousser l’avantage…

L’interrompant, je m’exclamai « Nous étions en train de… de batifoler… je le chevauchais et… par pitié, Pierrot, raconte mieux ! Tu n’as pas dit… »

Pierrot, un air de contentement sur son visage, sortit quatre timbales, déboucha la « bonne bouteille », nous servit les uns après les autres, leva son verre et nous invita à trinquer « à l’amour, à l’amitié, à la vie ». Je le suppliai encore, le menaçai et, n’y tenant plus

Il aurait trouvé les mots mieux que moi… il m’avait déjà offert la maison de la boîte aux lettres !

Toine faillit s’étrangler en avalant sa gorgée de vin, à cause d’un éclat de rire.

Ho fatché, Pierrot, tu émerveilles, tu combles Bouton d’Or avec une ruine !

Ces deux-là étaient en train de transformer ce magnifique moment en une pantalonnade… Toine s’approcha de moi, tendit sa main et de son pouce essuya la larme sur ma joue avant qu’elle n’ait eu le temps de jaillir de mes yeux.

On te taquine, Bouton d’Or ! Et puis, tu sais, on va te la retaper, ta maison ! Tu verras tout le canton voudra y passer du temps, la visiter !

Notre maison, Toine, ce sera la maison de Pierrot et de moi !

Toine me tendit son gobelet vide, prit la main de Nathalie l’enjoignant à se lever, posa un genou à terre.

Nathalie, voudrais-tu devenir ma femme ?

Je… oh ! Mais cesse donc ! Arrête ! Je…

Toine la caressait entre les cuisses, la léchait du bout de sa langue. N’y tenant plus, elle plaqua le visage de son prétendant contre son minou, se laissa aller au plaisir de ce baiser.

Vautrée sur Pierrot, je les regardais en me délectant de ses caresses. Alors que ses doigts puissants glissaient de ma toison jusque mon bouton, il s’exclama d’une voix tonitruante « Ho, la Nathalie, on l’a pas entendue ta réponse ! Tu le veux, qu’il te marie, le Toine ou tu le veux pas ? »

Je remarquai les soubresauts des épaules de Toine, qui devait réprimer un éclat de rire, mais ne voulait certainement pas interrompre ce qu’il était en train de faire.

Oh, fan de Diou ! Oh que oui, je le veux !

Pierrot poussa un long « Aaahhh » de soulagement, comme s’il y avait eu le moindre suspens.

Ne lui offrant pas la possibilité de la faire jouir, Nathalie s’arracha à l’étreinte de son Toine, le fit se mettre debout. Bon sang ! Son sexe semblait encore plus long, plus gros qu’à l’ordinaire ! Je n’étais pas la seule à l’avoir remarqué, Pierrot avait marmonné un « C’est pas humain… Pour sûr, il a été croisé avec un taureau ! »

Nathalie s’agenouilla « Et toi, mon Toinou, veux-tu me marier ? » Avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, elle le lécha sur toute la longueur, des gonades jusqu’au gland avant de l’avaler. Toine grognait de plaisir. Qu’ils étaient beaux, ces deux-là !

Je n’eus pas le loisir de taquiner Toine sur son absence de réponse, parce que voir Nathalie se régaler ainsi me donna une impérieuse envie de me régaler de mon Pierrot. Je tremblais déjà de plaisir quand j’entendis la voix vibrante de Toine « Oh, Pitchoune, ô, ma Nathalie ! Je le veux ! Tu le sens comme… han… je le veux ? » et il cria à en effrayer tous les oiseaux de la création.

La « bonne bouteille » et sa petite sœur étaient vidées depuis longtemps quand nous ouvrîmes le panier pour déjeuner. C’est à la fin de ce pique-nique que nous vint l’idée du double-mariage. J’étais allongée, la tête sur le ventre de Pierrot qui caressait le corps de Nathalie, Toine regardait ma toison, ses doigts glissaient entre mes poils, le soleil nous léchait la peau d’une façon fort agréable. Nos corps enchevêtrés, nous plaisantions « si quelqu’un nous voyait, il se demanderait qui est avec qui ! », quelques rires plus tard, quelques caresses et un peu plus de baisers, quelques mots d’amour et d’amitié encore et la décision fut prise, nous nous marierons le même jour, une double cérémonie, coûte que coûte.

Nathalie tint sa promesse malgré tout, me houspilla quand je lui proposai d’avancer la date de son propre mariage puisque je n’avais toujours aucune nouvelle de mes parents presque un an après ce pique-nique. Têtue comme une bourrique, elle tapa du pied « On a décidé d’une double-cérémonie, on s’y tient ! Un point c’est tout ! » Quelle amie formidable… !

Échauffés par le vin, par le soleil, enivrés par la promesse de cette double-cérémonie, nous nous laissions envahir par une certaine langueur quand Pierrot étendit son bras, à la recherche d’une pièce de tissu pour bander les yeux de Nathalie. Pour finir, il utilisa son pantalon, alors que les grands torchons qui nous avaient servi à emballer nos provision auraient tout à fait convenu. « C’est plus amusant ainsi ! »

Quand elle était excitée, Nathalie riait d’une façon qui nous troublait tous, elle en avait conscience, elle aurait pu en jouer si elle avait su maîtriser ce rire si particulier, mais elle n’a jamais cherché à le faire. Elle riait, déjà aveugle, je sentais le désir me posséder, m’envahir, je regardais les sexes de nos compagnons se gonfler, se dresser avant de ne plus rien y voir. Les yeux recouverts par le pantalon de Toine, je sentais son odeur, ce qui m’excitait davantage, moqueur, il s’adressa à Nathalie

Dis, Pitchoune, maintenant que vous n’y voyez plus, que fait-on ? Quelles sont les règles de ton Colin-Maillard familial ?

Mais… ce n’est pas…

Nathalie pouffait, excitée, excitante

— … vous nous faites tourner et nous, on doit vous attraper, celui qu’on touche fait ce qu’il veut de nous…

Colin-Maillard, quoi !

Attendez qu’on vous attrape, vous ne perdez rien pour attendre !

Ils nous firent virevolter à nous en faire perdre l’équilibre, le soleil était haut dans le ciel, nous étions un peu grises du vin que nous avions bu, je chancelai, les mains en avant à la recherche d’un corps. Le premier qu’elles trouvèrent fut celui de Nathalie, que j’aimais sentir ses jolis seins dans le creux de mes mains !

Ah ah ! Te voilà bien puni, Toinou !

Nathalie avait collé son corps contre le mien et se livrait, impudique, à mes caresses, ses lèvres embrassaient mes épaules, descendaient vers mes seins…

Tu dis vrai, Pitchoune, nous voilà bien punis !

Elle riait, merveilleuse, reprochant l’ironie de son Toinou, reprochant à Pierrot de rire aussi. Je sentis des mains d’homme empoigner ma taille, sans pouvoir déterminer lesquelles, ces mains m’arrachèrent à Nathalie qui poussa un soupir de dépit.

À nouveau, je tournoyais, à nouveau, je chancelais, trébuchant, manquant de perdre l’équilibre, de tomber, je ne dus mon salut qu’à une branche d’arbuste à laquelle je m’agrippai « Heula ! L’est bien moelleuse c’te branche… ! » J’entendis, non loin de là, le rire de Nathalie qui avait attrapé Pierrot.

Je sentis la main de Toine prendre la mienne, lui faire effleurer mes seins. Il aimait par-dessus tout que je me caresse pour lui, devant lui… Je devinai l’éclat de son regard, son sourire, le bruit de sa langue humectant ses lèvres, j’entendis son souffle déjà court de désir, aveugle je me livrais avec impudeur, ma voix était un peu rauque quand je lui demandai « Comme ça ? » pour toute réponse, je l’entendis souffler plus fort par le nez, comme un taureau avant la saillie, me guidant à ce son, je m’approchai de lui, ondulante, une main sur mes seins, l’autre sur mon pubis.

Quand je fus assez près pour sentir son souffle sur ma peau, j’écartai mes cuisses, basculai mon bassin vers l’avant, ouvris les lèvres de mon sexe de mes doigts, me caressai. Je sentais mon bouton durcir, se gonfler de plaisir, saillir comme un pénis miniature, j’étais envoûtée par ma propre voix quand je lui redemandai « Comme ça ? », son souffle plus puissant, plus saccadé pour toute réponse. « Comme ça ? »

Enfin, je sentis ses doigts, j’allais retirer les miens, quand il m’en empêcha « N’arrête pas, Bouton d’Or ! N’arrête pas… » il me sembla entendre couler sa salive pleine de désir « … n’arrête pas ». Comme une supplique, il me demanda « Dis-le… dis-le, Bouton d’Or… dis-le moi ici, en plein jour… dis-le », alors je lui dis les mots que je lui répétais pendant ces nuits d’hiver, pour l’aider à chasser ses cauchemars « Regarde comme j’aime me faire jouir, rien que pour toi… regarde comme j’aime ça ! Regarde le plaisir que tu m’offres avec tes yeux ! Regarde et n’oublie pas ! »

Il agrippa mes hanches pour mieux profiter du spectacle, pour m’empêcher de tomber et aussi pour sentir mon corps chavirer, je jouis en poussant un long cri, la pression de ses mains s’accentua, je compris qu’il guidait mon corps pour que je puisse m’empaler sur lui, quand il me pénétra, mon sexe palpitait toujours, nous psalmodions à mi-voix « Comme c’est bon ! Que c’est bon ! »

J’essayais de le contraindre à me pénétrer de tout son long.

Je vais te faire mal, Bouton d’Or et je ne le veux pas…

Je te veux tout entier, tout au fond de moi, Toine !

Je me penchais tantôt en avant, tantôt en arrière, me soulevais un peu, pour mieux m’enfoncer, étrangement guidée par mes sensations tout autant que par les cris de plaisir de Nathalie et de Pierrot, il me semblait qu’ils s’étaient rapprochés de nous, en entendant Nathalie crier « Oh, fan de Diou ! Oh, fan de Diou ! », mon corps s’ouvrit tout à fait et le sexe de Toine put entrer de toute sa longueur, de toute son épaisseur, sans me faire le moindre mal.

Je continuais à me pencher, tantôt en avant, tantôt en arrière, à me soulever, à m’enfoncer pour jouir de ces différentes sensations, mon plaisir n’étant pas distrait par la vue. « Tu aimes, Toine ? Tu aimes ça autant que moi ?», pour toute réponse, je n’avais que ses cris étouffés.

J’entendis Pierrot crier son plaisir, le bruissement du tissu qu’on dénoue, un chuchotement de Pierrot, le rire étouffé de Nathalie, mais je n’en pris conscience que plus tard. Pour le moment, je n’étais attentive qu’au seul plaisir que je prenais avec Toine.

Ses mains se crispaient sur mes hanches, accompagnant mes mouvements « Oh, fatché ! Comme c’est bon ! Comme c’est bon ! » Enfin, il retrouvait l’usage de la parole ! Enfin, je savais qu’il y prenait plaisir ! Mes mains devenues folles couraient sur mon corps, sur le sien au gré de mes ondulations, de mes mouvements « Un baiser, Bouton d’Or, offre-moi un de tes baisers ! »

En me penchant pour exaucer ce souhait, mon bouton tout bandé, tout excité, frotta le sexe, le pubis de Toine, libérant mon plaisir. Je criai la bouche grande ouverte collée à celle de Toine qui enfonça ses ongles dans mes fesses, donna un ultime coup de rein et déversa son plaisir tout au fond de moi.

Avant de me rendre la vue, ayant retrouvé tous ses esprits, il me demanda

Alors, Bouton d’Or, as-tu deviné qui tu as attrapé ?

Quelle question ! La Nathalie !

Dessin de Paul-Émile Bécat

Nous aimions nous ébattre nus dans la mer après avoir pris du plaisir, sentir l’eau tiède sur notre peau. Si Pierrot et Toine nageaient comme des poissons, Nathalie ne le savait pas, quant à moi, je ne savais nager « que là où j’ai pied », ce qui irritait l’esprit logique de Toine « Si tu sais nager, tu sais nager !  Au plus tu as d’eau sous ton corps, au mieux tu flottes ! », mais je n’en démordais pas, hors de question de m’aventurer au loin !

Je crois que j’étais déjà l’épouse de Pierrot quand j’ai osé leur avouer que cette mer étrange, sans marée, presque sans vagues m’effrayait un peu, je ne savais pas la déchiffrer et je craignais de ne pas savoir y déceler les signaux d’alerte d’un danger imminent.

Nous étions sur le sentier qui mène à la crique, main dans la main, quand Nathalie se retourna en riant

Pierrot m’a dit « si elle portait un corsage, elle lui demanderait de faire jaillir ses seins et de les lui caresser ! »

J’entendis le rire de Toine, Pierrot sourit comme le ravi de la crèche, fier de lui, je haussai les épaules, levai les yeux au ciel « Tu parles de travers, Pierrot ! Toine ne venait pas de me demander en mariage, juste avant ! » et je m’échappai en riant pour éviter la claque sur mes fesses que Pierrot s’apprêtait à m’asséner.

Quand nous retournâmes au village, que Toine et moi entrâmes chez ses parents, nous avions les yeux brillants d’avoir trop joué dans la mer, d’avoir trop regardé le soleil, d’avoir trop bu, d’avoir trop ri. Toine s’en excusa auprès de son père

Nous avons fêté deux bonnes nouvelles, nous allons nous marier le même jour et Pierrot va acheter la vieille maison, rue Basse, pour lui et pour Rosalie…

Il va acheter la maison de toutes les débauches ?

Devant notre air ahuri, il expliqua

C’est ainsi que les anciens l’appelaient, n’y vois aucune offense, Rosalie !

Rosalie découvre pourquoi on appelait ainsi sa future maison

Le cahier de Bonne-Maman – « Le printemps est venu. Comment ? Nul ne l’a su »

Avec le retour des beaux jours revint le temps de la légèreté. J’aimais ces petits messages secrets que nous nous adressions les uns aux autres. Comme ceux que Toine glissait dans mes poches, ceux que je déposais au fond de ses chaussures. Quand je me rendais à mon travail, je soulevais la pierre, notre pierre pour y découvrir un mot d’amour, une proposition de rendez-vous de mon Pierrot et y glisser ma réponse. Nathalie communiquait de la même façon avec nous. Il y avait aussi cette maison abandonnée, dans laquelle nous ne pouvions pas entrer, mais dont la boîte aux lettres nous servait de « boîte à pensées coquines », nous y déposions nos idées et puisque nous ne pouvions pas l’ouvrir sans prendre le risque de l’endommager, l’un d’entre nous, plus ou moins à tour de rôle, partait à la « pêche au courrier ».

Le dimanche matin, puisque aucun de nous n’allait à la messe, nous nous retrouvions dans cette petite crique où tu retrouves ton Christian, dans ma jeunesse, elle abritait déjà les ébats en plein-air… et je suis presque certaine qu’aux temps jadis, c’était aussi le cas. Idéalement située, un peu éloignée de la route, abritée du vent, mais ouverte aux regards des curieux, la mer n’y est pas très accueillante, trop de petits rochers sur le bord, trop peu de plage, les nageurs n’y sont pas attirés et puis, quand on remonte le petit sentier qui va de la crique à la route, si on tourne sur la gauche, cette petite enclave, ce nid fait de roches et de buissons…

C’est donc là que nous nous retrouvions, que nous pique-niquions, que nous dépliions le petit papier pêché… je n’oublierai jamais la voix de mon Pierrot, celle de Toine quand ils faisaient semblant de râler « ENCORE la figure Rosalie ! », Nathalie et moi feignions d’être dupes, de ne pas remarquer que la plupart du temps, c’était l’écriture de l’un ou l’autre, alors nous proposions d’aller faire une promenade, à la place. Et quand ils répondaient « Non, la figure Rosalie a été désignée par le sort, on est obligés de l’effectuer », nous leur répondions « On voit bien que ça vous pèse, que vous n’y prenez aucun plaisir, allons plutôt tremper nos petits petons dans la mer » et faisions mine de descendre vers la crique, alors, ils nous rattrapaient, nous serraient dans leurs bras en nous traitant de bougresses, de diablesses, Nathalie et moi piaillons et, tout en faisant semblant de vouloir nous échapper de leur étreinte, nous arrangions pour que leurs mains touchent nos seins, nos fesses, avec la même maladresse, nous leur effleurions le pantalon « Oh, pardon ! Je t’ai fait mal ? Tu as comme une bosse, là… Laisse-moi regarder… » et nous comparions l’étendue des dégâts. Dans le panier que nous prenions avec nous, il y avait toujours un flacon d’huile d’olive…

Le jeudi 1er mai 1919, je trouvai sous la pierre ce petit mot « Je viendrai te chercher samedi matin, mets ta jolie robe et ton joli chapeau, nous irons en ville ». Pierrot arriva avec sa carriole, je m’assis à ses côtés et nous attendîmes d’être sortis du village pour nous embrasser enfin.

Avec tous ces événements, le retour au village, Toine, Nathalie, je n’ai pas eu le temps d’en parler avec toi, je ne sais pas si tu en as toujours envie, mais de mon côté, j’aimerais bien tenir ma parole…

Tenir ta parole ?

Il arrêta la carriole, prit mes mains dans les siennes, me regarda droit dans les yeux, comme s’il voulait sonder mon âme

Rosalie, veux-tu devenir ma femme ?

Comment avait-il pu croire une seconde que ce n’était plus mon souhait le plus cher ? Je couvris ses mains, ses joues, sa bouche de baisers et à chaque baiser déposé, je répétais « Oh oui ! Je le veux ! Je le veux ! Ô mon amour, si tu savais comme je le veux ! ». Nous étions là, comme deux benêts, à rire et à pleurer en même temps, à regarder au loin, vers l’avenir et d’un même mouvement de la tête nous regarder l’un l’autre. Enfin, il prit une grande inspiration et me dit « Il est temps d’aller en ville, nous avons un achat à faire ! ». Je savais qu’il faisait allusion à la bague de fiançailles, mais je me trompais. Je me trompais lourdement !

Arrivés à la ville, Pierrot me fit descendre de la carriole et nous marchâmes bras dessus bras dessous, faisant plusieurs fois le tour de la place principale. Je me demandai bien pourquoi, mais il m’en donna l’explication avant que j’aie pu lui poser la question.

Si tu savais comme je suis fier de me pavaner avec toi à mon bras !

Il souriait, l’éclat de son regard… j’avais l’impression d’être une princesse de conte de fées ! L’émotion me fit perdre toute retenue, je l’embrassai à pleine bouche. Avant qu’il n’ait eu l’idée de me le reprocher, j’assénai

C’est pour que les jeunes filles de la région sachent que le plus bel homme de Provence, de France, le plus bel homme du monde est mon promis et gare à celle qui cherchera à se faire épouser par lui !

Oh, ma Rosalie…

Sans crainte du qu’en dira-t-on, nous nous enlaçâmes et nous embrassâmes longuement. Il sortit sa montre de sa poche, l’ouvrit, regarda l’heure et me dit « Ma Rosalie, il est temps… » avant de pousser la porte de l’étude notariale. Je pensai « Il veut régler les termes du contrat de mariage », je me trompais en partie. Quand le notaire nous reçut, Pierrot lui fit part de notre futur mariage, mais surtout de sa volonté d’acquérir la maison abandonnée qui nous servait de boîte aux lettres et que cette maison soit autant ma propriété que la sienne, que ce soit stipulé en toutes lettres dans « les papiers officiels », ce point ne posait aucun problème, en revanche, le notaire me dévisagea d’un regard expert et me demanda mon âge.

J’aurai bientôt dix-huit ans.

Vous êtes donc mineure, pour pouvoir vous marier, il vous faudra avant tout l’accord de vos parents.

Je lui expliquai que ça risquerait de ne pas être possible et lui racontai comment j’avais été chassée de la ferme familiale, comment j’avais été reniée pour avoir rendu visite à Pierrot en 1917. Mon cas n’était pas si exceptionnel que ça, il y avait des démarches à effectuer, des courriers, mais il me rassura sur ce point, mon mariage avec Pierrot était tout à fait envisageable. Il me tendit plusieurs lettres-type que je n’aurais qu’à recopier en remplissant les blancs et à qui les envoyer.

Nous achetâmes la maison pour une bouchée de pain. Elle avait perdu sa valeur quand les héritiers avaient divisé le bien en plusieurs lots et que celui à qui elle était revenue avait cédé les terres qui lui étaient rattachées. À sa mort, personne n’avait voulu la racheter. Une maison au cœur d’un petit village, avec un jardin d’à peine deux ares, ne présentait aucun intérêt pour des paysans. Année après année, elle s’était dégradée et menaçait de tomber en ruine.

La première fois où j’y entrai, il me fallut la regarder dans les yeux de Pierrot pour imaginer ce qu’elle allait devenir, un petit temple dédié à l’amour. J’espère que tu as ressenti tout ceci quand ton Christian venait t’y retrouver en cachette.

Quand nous sortîmes de l’étude notariale, nous étions à la fois fous de bonheur et un peu intimidés. Dans quelques mois, nous serions jeunes mariés et les heureux propriétaire d’une bicoque à retaper. Nous ignorions encore que quinze longs mois devraient s’écouler entre la remise de notre acte de propriété et la date de notre mariage.

Ma Rosalie, allons fêter ça dignement !

Pierrot me prit le bras et m’indiqua le meilleur restaurant de la ville, celui où se retrouvaient les notables du canton. Je ne le trouvai pas raisonnable d’engager une telle dépense, il me taquina, me reprochant de vouloir garder les pieds sur terre, quand il voulait s’envoler vers la félicité « surtout, rien n’est trop beau pour toi, ma Rosalie ! »

Je souris, baissant le visage, me demandant ce que j’avais fait pour mériter tant de bonheur.

Oh, ma Rosalie, si tu teintes ainsi tes joues de rose, nous allons faire des envieux, les femmes te jalouseront ta beauté, les hommes m’envieront la chance de t’avoir à mon bras !

Émue, je l’embrassai. Taquin, il ajouta « Et tu m’embrasses devant eux ! »

Nous déjeunâmes, les yeux brillants de tous les projets que nous faisions, quand nous riions un peu trop fort, nous sentions les regards désapprobateurs des autres clients, mais ça faisait déjà belle lurette que j’avais appris à ne plus m’en sentir gênée.

Le soleil était bien haut dans le ciel quand nous remontâmes dans la carriole et que nous reprîmes le chemin du retour. À mi-chemin, Pierrot se plaignit du soleil et du vin qui lui donnaient le tournis et envie de somnoler, il me tendit les rênes avant de me reprocher ma façon de diriger la carriole « à la mode normande, assurément ! ». Je m’apprêtai à répliquer quand il me sourit et m’embrassa. Le cheval, soudain libre d’aller où bon lui semblait, s’engagea sur un sentier qui débouchait sur les terres du père de Pierrot, avant de s’arrêter devant une grange. « Oh, mais comment cette bête a-t-elle pu deviner que c’était l’heure de la sieste ? » Qu’il était beau quand il rayonnait ainsi de bonheur, ravi de ce tendre piège qu’il m’avait tendu et dans lequel je m’étais précipitée !

Viens, ma Rosalie ! Suis-moi et allons batifoler dans les foins !

Je voulus ôter mes belles chaussures pour monter à l’échelle, mais il me demanda de ne rien en faire. « Garde aussi ton beau chapeau, ma Rosalie ! » Arrivés là-haut, nous nous embrassâmes, nous caressâmes, sa main glissa sous mes jupes

Mais tu as oublié de mettre tes dessous, coquine !

Je me demandais quand tu allais t’en apercevoir, coquin !

Tu permets ?

Pierrot souleva ma robe, dévoilant ma toison, prit une poignée de paille et me souriant comme un enfant

Fatché, ma Rosalie ! Tu es encore plus blonde que les blés !

Que la paille, mon Pierrot, que la paille !

Si tu veux… quand je dirai ça au Toine…

Vous vous moquerez encore de moi !

Mais on ne se moque pas, ma Rosalie ! Loin de là !

Il s’allongea au milieu du tas de foin « Dévorons-nous un peu avant la sieste » Je dégustai sa verge en me disant que c’était la meilleure gourmandise de l’univers, même en l’absence d’huile d’olive. Ses doigts écartaient mes lèvres, sa bouche me goûtait comme si mon sexe était un fruit mûr à souhait. Il ne s’interrompait que pour le contempler, tout comme je contemplais le sien, avec ravissement.

Arrête Pierrot… arrête ! Je vais… arrête ! Je vais… si tu… conti… nues… arrê… NON ! N’arrête pas ! N’arrête pas !

Je criai à m’en décoller les poumons. J’entendis un « CRAC ! », mais le temps de m’en inquiéter, je compris qu’il s’agissait de l’échelle qui avait brisé un branchage en tombant.

J’ai eu peur de t’avoir brisé le cou !

Essaie donc, ma Rosalie !

Il reprit les caresses de sa langue, tandis que ma bouche allait et venait, coulissait le long de son membre de plus en plus vigoureux « Ô, Pierrot ! Ô mon… oohh… ooohhh… ! »

Il se dégagea de l’étreinte de mes cuisses et me demanda de le chevaucher, son sexe dur s’enfonçant dans mon puits d’amour raviva mon plaisir… « Tu ne sais pas bien mener un attelage, mais montre-moi comment tu montes à cheval, belle Normande ! »

Je crus mourir de plaisir à maintes reprises ce samedi après-midi. Je voulais aussi le voir défaillir, j’étais attentive à la montée de sa jouissance, tous les sens en alerte pour ne pas manquer un souffle annonciateur, un frémissement des ailes de son nez, un tressautement de ses lèvres si joliment ourlées, une palpitation des veines de son cou, un plissement de ses paupières, une crispation de ses mains, sa langue qui appelait la mienne, je voyais son cœur battre sous sa chemise ouverte et bien sûr, mon sexe était attentif aux emballements du sien.

Sa voix dérailla quand il me demanda de poser la main sur le dessus de mon chapeau, comme si je voulais l’empêcher de s’envoler pendant une cavalcade au grand galop.

Ma Rosalie, tu es la plus belle chose qui me soit arrivée ! Demande-moi ce que tu veux !

Fais jaillir mes seins de mon corsage et caresse-les comme toi seul sais le faire !

En les caressant, son plaisir explosa, j’aimais son cri animal quand il jouissait comme ça. Je poursuivis mes va-et-vient au rythme de ses caresses sur mon bouton et j’explosai une fois de plus, inondant sa main et son bas-ventre, avant de m’écrouler sur lui, rompue de plaisir, comblée.

Nous nous assoupîmes un peu et il nous fallut nous résoudre à descendre de la grange pour retourner au village. Pierrot le fit tel un gymnaste, d’un saut léger comme une pirouette et remit l’échelle en place pour que je puisse descendre à mon tour.

Nous ôtâmes les brins de paille dont nous étions recouverts, je constatai, soulagée, que je n’avais pas filé mes bas du dimanche, montai à ses côté dans la carriole, et attrapai les rênes pour lui montrer comment une Normande s’y prenait pour diriger un attelage.

Où Nathalie propose la version adulte d’un célèbre jeu enfantin

 

Le cahier de Bonne-Maman – « Je ne saurais vous plaindre de n’avoir point de beurre en Provence, puisque vous avez de l’huile admirable »

Nous nous étions enfin résolus à sortir de la petite maison et nous admirions la mer en contrebas, depuis le promontoire où nous avait emmenés Toine.

—  Il aura fallu que je vienne ici, avec vous, pour réaliser à quel point tout ceci m’avait manqué… la mer faussement calme, caressée par le vent chargé de parfums… les pierres, la garrigue… la lumière… et ce vent… ce vent piquant comme la vie, apaisant comme la confiance…

Se tournant vers moi, il me demanda

—  Et toi, blonde Rosalie ? Ta Normandie ne te manque pas ? Si tu fermes les yeux et que tu penses à ton pays, qu’est-ce qui te manque le plus ?

Debout, face à ce paysage sauvage, rugueux, à cette mer docile et calme, dans les bras de Pierrot qui regardait au loin, par-dessus ma tête, je fermai les yeux et répondis

—  L’odeur des pommes qui sont tombées des arbres et qu’on ramasse sur l’herbe épaisse, humide… l’odeur des pommes qu’on épluche… les vaches grasses, leur odeur, le bruit des troupeaux… la mer vivante qui s’enfuit au loin, mais qui revient toujours… nos poissons… l’odeur, la texture de la crème fraîche, de nos bons fromages… la lumière du petit matin inondant l’orée de la forêt près de notre pâture… le trèfle en fleurs… les romulées… ces autres fleurs dont le nom m’échappe… le vent iodé qui cingle, qui fait couler les yeux, qui pique les mains…

J’inspirai de toutes mes forces et j’eus l’impression d’y être

—  … et le beurre !

Nathalie avait interrompu mon évocation en éclatant de rire. Elle ne comprenait pas que je puisse me régaler de la viande cuite dans du beurre fondu… elle tordait encore le nez en évoquant ce qu’elle qualifiait de vice.

—  Dire qu’elle ne connaissait pas les olives avant que je lui en fasse goûter et que l’huile lui donnait des hauts de cœur !

Toine eut un hoquet de surprise.

—  Pourtant… tu avais l’air d’apprécier la cuisine niçoise… Je me trompe ?

Gênée, je fixais le ciel à la recherche d’un nuage auquel accrocher mon regard, Nathalie s’intéressait plus que de raison à un petit caillou à ses pieds.

—  Ho ! Que signifient ces regards fuyants, ces sourires coupables et ces joues rougies ?

Pierrot et Toine nous pressaient de questions dont ils connaissaient la réponse, mais étaient excités à l’idée de l’entendre de nos bouches.

—  Vas-y, toi… dis leur !

—  Non ! C’est à toi de leur dire !

—  Non ! C’était ton idée… alors…

—  C’était TON idée, ma chère !

—  Non, c’était la tienne !

En réalité, c’était la nôtre, pour le moins, nous ne savions plus très bien qui l’avait eue en premier.

Pierrot et Toine usèrent de toute une gamme de stratagèmes pour nous convaincre de raconter. Ils nous cajolaient, nous suppliaient, exigeaient, larmoyaient, nous cajolaient encore. Nathalie et moi jouissions de ce pouvoir que nous détenions, mais quand lassées de nous faire supplier, nous voulûmes leur expliquer, les mots nous manquèrent, ceux qui nous venaient à l’esprit ne rendaient pas grâce à ces moments sensuels et intimes.

—  Si vous aviez pu voir…

—  Il aurait fallu vous montrer…

Toine nous répondit de ne pas nous en faire, il achèterait de l’huile en chemin et nous leur montrerions dans la chambre.

—  Ah, mais non ! Dans la chambre, ce ne sera pas possible… non !

—  Nous le faisions sur la table… non !

—  Ça risquerait de gâter le plancher ou les draps !

Maintenant que nous mourrions d’envie de leur faire partager ce jeu, que l’idée nous excitait autant qu’elle les excitait, voilà qu’un obstacle se dressait devant nous ! Nous étions dépitées et il était hors de question de demander, comme nous l’avait suggéré Toine, à notre logeuse de nous laisser l’usage de sa cuisine.

Philosophe et déterminé, Toine nous affirma péremptoire

—  Quand un obstacle se dresse devant nous, il suffit de le contourner pour le surmonter ! Attendez-nous ici, nous revenons au plus vite !

Georges Marie Julien Girardot

Nous les regardâmes partir au pas de course et le temps de réaliser notre effronterie, avant même que nos joues, nos fronts aient perdu leur rougeur, nous les vîmes arriver, toujours au pas de course, tenant chacun une bonbonne d’huile. Nous les houspillâmes, leur reprochant d’en avoir apporté bien plus que nécessaire. « Vaut mieux ça que l’inverse ! ». Je ne pouvais qu’approuver mon Pierrot.

—  Maintenant, mon Toinou, il faut que tu nous trouves un lieu à l’abri des regards indiscrets…

La voix mutine de Nathalie, son sourire plein de sous-entendus, son regard enjôleur, attisèrent le désir de Toine, qui ne cherchait pas à dissimuler la bosse dans son pantalon… bien au contraire !

Les rochers, les buissons faisaient un petit nid, comme un écrin naturel. Nous nous dévêtîmes comme si être nues en pleine nature était la chose la plus normale du monde, comme si l’on ne nous avait jamais inculqué la détestation de nos corps, du plaisir.

Nous dansions, lascives, au rythme d’une musique imaginaire. Sous prétexte de ne pas prendre le risque de tacher leurs habits, nous exigeâmes que Pierrot et Toine se missent nus également. Un peu rétifs à l’idée, il nous fallut user de mille ruses et arguments pour les convaincre.

Quand ils furent dévêtus, Nathalie s’adossa à un rocher, versa de l’huile dans sa main en coupe et, dans un geste d’une grâce absolue, fit couler l’huile de sa main sur sa poitrine.

La nature avait fait silence, pour ne pas troubler cet instant. Nous retenions notre souffle devant tant de beauté.

Enfin, comme je l’avais fait tant de fois, je m’approchai d’elle, mes mains caressèrent ses jolis seins et je la tétai. Nous entendions le désir proche de la folie dans la respiration saccadée de Pierrot et de Toine, dans leurs exclamations qui s’évanouissaient après la première syllabe. J’exagérai un rictus de dégoût, qui ne demandait qu’à se muer en sourire de plaisir. Je versai dans la main de Nathalie bien plus d’huile qu’elle ne pouvait en contenir, quand sa main déborda, que l’huile se répandit sur son ventre, je la léchai.

Pierrot et Toine étaient muets d’excitation, sidérés du spectacle du corps de Nathalie luisant de toute cette huile, ondulant sous les caresses de ma langue. Elle fit couler un peu d’huile sur sa toison, entre ses cuisses. Je dégustai mon amie sous le soleil, dans les parfums de la Provence, oubliant un instant la présence de nos comparses.

J’écartai les lèvres de son sexe et versai un long filet d’huile, je reculai mon visage pour mieux apprécier le spectacle et, enfin conquise, la dévorai tendrement, jusqu’à ce que ses cuisses se contractent autour de mon visage à m’en broyer les os du crâne.

Quand elle jouit, son cri dut s’entendre jusqu’en Italie.

Redescendue sur Terre, je regardai Pierrot et Toine.

—  Et c’est ainsi que j’ai appris à aimer l’huile d’olive !

Ils semblaient vouloir retenir leurs viscères, tant ils tenaient leurs bras croisés serrés contre leur ventre. En leur souriant, nous leur demandâmes s’ils souhaitaient nous goûter ainsi l’une après l’autre « pour savoir si nos goûts intimes sont différents »

Ils ne se firent pas prier « Laisse-moi admirer ta peau laiteuse étinceler au soleil… » Pierrot étalait l’huile que je faisais couler sur mon corps, de la même façon que Nathalie l’avait fait plus tôt. Je regardais ses mains viriles, à la peau brune, aux veines saillantes, aller et venir sur mon corps. Le contraste était saisissant, mais nos peaux se rejoignaient dans le scintillement.

Je regardais ses mains et ma respiration devenait irrégulière, tantôt légère, puis, dans un crescendo, de plus en plus ample, profonde.

Je regardais ses mains avec la folle envie qu’elles me possèdent.

Il fallut que j’entende une remarque de Nathalie pour réaliser que je criais, Toine précisa « comme le chant d’un oiseau lors d’une parade amoureuse ».

La bouche de Pierrot faillit me faire mourir de plaisir lorsqu’il dégusta mon sexe offert . Quand je le libérai de l’étau de mes cuisses, comme nous le leur avions demandé, il goûta Nathalie qui avait joui de son Toine.

Le regard de Toine avait ces reflets, comme des éclairs de folie, quand il s’approcha de moi. Il fit couler de l’huile sur mes seins, se dit fasciné de la trouver si ambrée tant ma peau était laiteuse. Il guidait cet onguent vers ma toison, lissant mes poils entre ses doigts, plus longs, plus nerveux, moins trapus que ceux de Pierrot.

J’entendais Nathalie le supplier de la prendre enfin, de ne pas la faire languir plus longtemps de désir, il se plaignait « mais… je t’ai à peine goûtée… »

Toine avait oint mon corps et je bougeais devant lui comme il me le demandait. Il voulait voir « chaque parcelle de ta peau briller, étinceler comme une pierre précieuse sous le soleil niçois »

Après s’être « régalé les yeux », il s’assit et me fit venir contre lui, le nez fiché dans mes poils, il écarta les lèvres de mon sexe, sortit sa langue et me demanda de me frotter, de danser sur elle. Mon bassin bougeait comme il n’avait jamais bougé jusqu’à présent. Dans un éclair de lucidité, je pris conscience de la situation : moi, la brave petite, la timide Rosalie, j’ondulais totalement nue, en pleine nature, au milieu de la journée, le sexe sur la bouche d’un homme qui n’était ni mon mari, ni mon promis, mais celui de ma meilleure amie dont le corps luisant chevauchait celui de mon futur. Mon cri transperça les montagnes pour aller se perdre au-delà de la frontière.

Après tant de caresses, tant d’étreintes, le corps de Toine était luisant, appétissant. Je le goûtais, réalisant à quel point j’aimerai pour toujours le goût de l’huile d’olive, comme sa saveur resterait à tout jamais liée au souvenir de cette après-midi.

Nos yeux se dévoraient de plaisir, de désir. Sans avoir à nous le dire, nous nous étions compris. Il s’allongea sur le sol, je lui versai une rasade d’huile sur les doigts, manquant de laisser choir la bonbonne, tant mes mains étaient glissantes. Il me caressa longuement les fesses et quand son index et son majeur purent aller et venir aisément en moi, je m’accroupis lentement sur lui et nous fîmes l’amour ainsi, sereinement, sans craindre qu’il me mette enceinte.

À nos côtés, Pierrot et Nathalie, repus de plaisir, ne songeaient même pas à épousseter la terre, les brindilles collées à leur peau. J’aimais leur sourire auquel je m’accrochai quand je sentis jaillir la jouissance de Toine dans mon derrière.

Nous essuyâmes tant bien que mal l’huile sur nos corps, il ne fallait pas prendre le risque de salir nos vêtements. Le temps de récupérer nos affaires, de dire au revoir à notre logeuse, nous reprenions le train et rentrions, joyeux et triomphants, au village où notre nouvelle vie nous attendait.

Comme l’écrivait Baudelaire, « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux »

Les souvenirs de Tatie Monique – Le mariage – La cérémonie

Bonne-Maman et Nathalie avaient organisé un déjeuner en famille, auquel n’assisteraient ni Alain, ni Catherine, prétextant qu’avec ce double mariage, nous serions trop accaparés par les invités lors du vin d’honneur et de l’apéritif dînatoire qui suivraient la cérémonie.

Nous devisions joyeusement comme on peut le faire quand on est heureux de se voir, mais qu’on ignore combien d’années nous sépareront de la prochaine rencontre. Après le dessert,  pendant que le café passait, je me levai et annonçai que je devais rejoindre Catherine pour nous préparer et mettre au point certaines détails de la cérémonie.

Dans la rue, je fermai les yeux, soulagée de constater qu’il restait assez de sperme d’Alain dans mon sexe pour que je le sente couler et mouiller ma culotte. Je retrouvai Catherine devant la petite mairie. Joseph avait accepté d’être le complice de la surprise que nous réservions au notaire, il riait sous cape, comme un gamin farceur. 

Catherine lui avait confié le soin de nous apporter nos tenues, parce que nous voulions respecter la tradition et ne pas les dévoiler à nos fiancés avant la cérémonie. Nous voulions lire l’émerveillement dans leurs yeux quand nous les rejoindrions sur le parvis de la mairie.

Nous pénétrâmes dans le petit hôtel de ville, nous enfermâmes dans la pièce qui tenait à la fois d’archives municipales et de débarras pour y revêtir nos beaux atours. Nous entendîmes le notaire discuter avec Joseph, il savait que nous nous changions et expliquait à notre complice qu’il voulait répéter son discours et vérifier que les registres ne comportaient aucune erreur. Il chargeait Joseph de faire le guet pour empêcher quiconque d’entrer inopinément dans l’une des deux pièces.

Avant de boutonner ma robe, Catherine glissa sa main entre mes cuisses et, constatant l’humidité de ma culotte, me susurra « Ça va, il en reste ! », je devinai son sourire, l’éclat de ses yeux. Elle me caressa les seins en m’affirmant aimer peloter une future mariée le jour de ses noces.

Je me retournai, l’embrassai, la caressai à mon tour. Elle n’avait pas encore enfilé sa robe. Bon sang, qu’elle était belle avec ses dessous de dentelle blanche ! Je glissai à mon tour ma main entre ses cuisses. « Ne t’inquiète pas, j’ai fait le plein avant de venir ! ». Nous ne parvenions pas à calmer notre fou-rire. Comment une telle horreur avait pu sortir d’une aussi jolie bouche ?

J’eus du mal à boutonner sa robe, prenant soudain conscience de l’importance de cette cérémonie. Catherine me maquilla, je maquillai Catherine, nous posâmes les diadèmes sur le dessus de nos têtes, rabattîmes le voile qui devait masquer notre visage et vérifiâmes que la traîne de chacune « tombait bien ». Satisfaites, nous sortîmes du petit local et nous dirigeâmes vers la grande salle qui tenait lieu de salle des mariages et des délibérations du conseil municipal.

Joseph siffla d’admiration quand il nous vit « Toute la beauté du monde incarnée en deux femmes ! », je me sentis rougir de ce compliment. Nous toquâmes à la porte et entrâmes, avant d’y avoir été invitées.

Le notaire, surpris, releva la tête. Ses yeux pétillaient quand il nous sourit. « Je répétais mon laïus » Qui d’autre que lui employait ce terme ? ! Catherine s’approcha de la grande table où se trouvaient deux gros registres, divers papiers et le discours, prit le tout dans ses bras et les posa sur un des bancs du deuxième rang. Quant à moi, je m’emparai de l’écharpe tricolore, en ceignis le notaire, puis nous nous allongeâmes, les jambes pendantes, nos robes relevées sur nos cuisses écartées, en travers de la table derrière laquelle il officierait dans moins d’une heure.

– Justement… on avait pensé que…

– … pour ne pas bafouiller, il te faudrait…

– … donner un peu d’exercice…

– … comme un échauffement

Et, d’une même voix

– … à ta langue !

– Mais vous êtes… diaboliques !

Néanmoins, il s’exécuta avec toute sa science. J’aimais comme ses doigts écartaient le tissu de ma culotte, sa langue gourmande… J’aimais l’hésitation dans son regard. Devait-il faire jouir l’une et ensuite, l’autre ou butiner de ci, de là ? Catherine ne lui laissa pas le choix. Elle maintint sa bouche collée sur mon minou, pendant qu’elle et moi nous embrassions, n’ayant dégagé que nos bouches de nos voiles pudiques. 

Le notaire se montra plus habile encore que d’ordinaire. Je jouis rapidement. Il semblait vouloir aspirer tout mon plaisir au travers du tissu de ma culotte. Mon pied frôla son pantalon et je sentis sur ma cheville la puissance de son érection.

Nos doigts avaient froissé ses cheveux, reprenant son souffle, la bouche luisante, il s’apprêtait à faire de même à Catherine. Elle tint à s’excuser par avance du sperme d’Alain qui inondait sa culotte.

– Tu sais bien que j’aime ça ! Ne fais pas l’innocente !

– Qu’est-ce qui t’excite tant ?

Catherine venait de poser la question que je n’avais jamais réussi à formuler. Le notaire, soudain sérieux, chercha les mots précis avant de nous répondre.

– Quand vous êtes pleines de son sperme, quand je le vois vous faire l’amour, quelque soit l’orifice qu’il honore, je pense au regard, au corps de ma femme si elle était à votre place et ça m’excite incroyablement.

Baissant la voix, il ajouta « Voilà, vous connaissez mon lourd secret. »

– Fais-moi jouir avec ta langue, que je réfléchisse mieux !

Catherine appuya la tête du notaire entre ses cuisses. Elle retenait ses cris, comme j’avais dû contenir les miens quelques minutes auparavant. Elle ondulait. La voyant faire, j’attrapai les doigts du notaire, agrippés au rebord de la table et m’en servis pour me faire jouir dans une caresse rapide avant de rabattre mon voile sur mon visage. Catherine jouit à son tour. À son sourire, je sus qu’elle avait trouvé la solution.

Nous venions de poser pied à terre quand nous entendîmes Joseph saluer bruyamment la secrétaire de mairie venue assister le notaire, qui tentait de masquer son érection derrière l’écharpe tricolore, nous lui affirmâmes que si elle la remarquait, ce serait à cause d’un regard mal placé. Ses lèvres luisaient encore, je les lui essuyai d’une caresse de mon pouce.

Avant que la secrétaire n’entre, tandis que nous remettions tout en place, je m’adressai au notaire, au travers de mon voile et lui demandai « En quoi aimer offrir et recevoir du plaisir est diabolique ? » Vaincu, il haussa les épaules, ce fut ma première victoire de ce qu’il nomma, par la suite, nos joutes philosophiques.

Quand nous sortîmes de la mairie, encadrant Joseph « Notre ami a-t-il goûté votre douce surprise ? » « Il me semble bien ! », je fus saisie en voyant nos époux si beaux. Ils nous regardaient comme si nous étions une apparition miraculeuse. Nos invités, les villageois se tournèrent vers nous quand le bavard s’exclama « Fatché ! Qu’elles sont belles ! » puis, se retournant vers Christian et Alain « Autant qu’ils sont beaux ! »

Le soleil rebondissait sur les murs des maisons, sur le dallage de la place, même le monument aux morts semblait nous sourire. Je ne sais pas qui a commencé à applaudir, mais bientôt, tout le monde battait des mains. 

Je regardai mon père, fier et heureux, ma mère essuya une larme, mais bientôt je n’eus d’yeux que pour Bonne-Maman et Nathalie qui se tenaient par la main. Qui dans l’assistance, à part nous six, aurait pu deviner ce que ce geste signifiait ?

Christian et Alain nous reprochèrent notre beauté, nous accusant d’avoir voulu les faire mourir d’admiration avant la cérémonie. Nous leur retournâmes le compliment.

J’avais promis aux fillettes de la petite classe le rôle de demoiselles d’honneur. Je souris, émue de les voir prendre place pour tenir nos traînes, quatre gamines sur chaque voile… pourvu qu’aucune ne tombe, sinon… Dans cette école, il y avait un garçon, toujours prompt à la bagarre, rétif à l’ordre, craint plus qu’apprécié des autres écoliers. Il se tenait à l’écart, pour une fois bien habillé, à peu près bien coiffé, étrangement gracieux. Quand je vis Alain s’approcher de lui, se pencher et lui murmurer quelque chose à l’oreille, il se gonfla d’orgueil, hocha la tête en guise d’approbation et fendit la masse des autres bambins, un sourire éclatant d’une oreille à l’autre. « Ce sera notre garçon d’honneur » je l’avais compris avant même que Christian me le précise.

La cérémonie fut splendide. Quand le notaire nous demanda de soulever nos voiles pour qu’il puisse constater de visu que nous étions bien celles que nous prétendions être, ses pommettes se teintèrent de rose. Je lui souris avant de me tourner vers Christian. « Tu étais si belle… et ton regard clair et pur… et le notaire… j’ai tout de suite compris ce que vous veniez de faire. Je t’aurais volontiers culbutée, là… devant tout le monde ! Mais il y a des choses qui ne se font pas… surtout devant ma maman ! »

Je me souviens aussi très bien de ce petit coussin, où reposaient nos alliances, tenu à bout de bras par ce gamin, gonflé d’orgueil qu’on le remarque pour autre chose qu’un méfait. Je me souviens de Christian ayant du mal à me passer l’anneau « Boudiou ! C’est qu’elle est encore vierge ! Tu verras, ça rentrera tout seul cette nuit ! » Les éclats de rire dans la salle, le regard en biais que je lançai au bavard, son air jovial et innocent. 

– Vous pouvez embrasser la mariée

– Oh fatché ! Il va nous la dévorer toute crue !

L’hilarité générale, les gros yeux et le coup de coude dans les côtes que sa femme lui décocha.

Et puis, ce fut un tourbillon. La sortie de la mairie, les photos de groupe, en couple.

– Les deux couples ensemble !

– Avec les parents.

– Et les mamies !

– Et les témoins !

– Et la famille, maintenant !

L’entrée dans la salle des fêtes. Le parfum enivrant de nos fleurs préférées. Les toasts que l’on s’apprêtait à porter. Une silhouette familière, mais que je ne reconnaissais pas. Un jeune homme aux cheveux ras. « VIVE LES MARIÉS ! », la silhouette qui se retourne. L’étudiant, le cousin de mon Christian ! Son sourire. « Je peux ? » « Et comment ! » Ses bras m’enlaçaient, je le remerciai et lui demandai ce qu’il devenait. Il avait repoussé, de sursis en sursis, son incorporation, et avait finalement opté pour un service outre-mer, et prononça le mot magique « coopération », qui était à l’époque l’aristocratie des troufions. Christian et Nathalie, leur grand-mère, l’avaient invité, lui demandant le secret afin de me faire la surprise. Sous le coup de l’émotion, je criai « JE T’AIME, MON CHRISTIAN ! » à l’instant précis où les conversations se calmaient, laissant place à un silence soudain.

La musique retentit, Catherine, Alain, Christian et moi ouvrant le bal. Petit à petit, les invités nous rejoignirent. Une danse en entraînant une autre. L’alcool coulait à flots, les fumées de tabacs blonds et bruns se mélangeaient, envahissant la salle. 

Je remarquai Alain dansant avec la femme du notaire, le clin d’œil de Catherine m’indiqua que son plan fonctionnait.

Un peu plus tard dans la soirée, je parlais avec ma mère, quand le notaire s’excusa auprès d’elle. « M’autorisez-vous à vous emprunter votre fille ? J’aurais un détail amusant à lui faire découvrir », d’un mouvement de tête, il invita également Catherine et Christian à le suivre.

À l’étage, entrouvrant une poste, nous vîmes « Madame le Notaire », la tenue en désordre, se faire culbuter par Alain, qui avait laissé tomber la veste, mais avait gardé son beau costume, son sexe qui sortait par la braguette, paraissait encore plus énorme que d’habitude.

Comme une mauvaise bande stéréo, j’entendais les « Alain… Alain… nous sommes fous… ooohhoohh… Alain… mais… Alain… mais que faites… ooooOOOOooohhh… Alain… Alain ! Osez tout ! » de la femme du notaire, tandis que dans mon dos, je l’entendais chuchoter « OUI ! Oh oui, Alain ! Baise-la bien ! Oui ! Encore ! Comme ça ! Oh oui ! Baise-la fort, ma femme ! Comme tu sais si bien le faire ! », tout en le sentant se branler.

Je croisai le regard de Christian, celui de Catherine. Sans un mot, elle et moi nous agenouillâmes, prenant soin de relever nos robes pour ne pas les salir. Nos langues dansaient sur son sexe pendant qu’il regardait sa femme se faire baiser, comme il n’aurait jamais osé en rêver. 

Christian dit à mi-voix « Une telle cérémonie mérite bien une cravate, monsieur le notaire ! », je dégrafai le haut de la robe de Catherine, juste assez pour qu’il puisse glisser son sexe entre ses seins généreux. 

Je nous vis, une fois encore comme échappée de mon corps. Le notaire, la queue entre les seins de Catherine, observant son épouse se faire baiser par Alain dans la pièce d’à côté, moi à quatre pattes aux côtés de Catherine, léchant le gland, la hampe de ce membre qui disparaissait et réapparaissant à allure régulière dans le fourreau soyeux, chaud et cuivré de la poitrine généreuse de mon amie. Christian qui tantôt faisait le guet, tantôt regardait Alain, tantôt le trio que nous formions avec le notaire et qui se branlait, le sexe enveloppé de mon voile blanc. 

– Ô, pute vierge ! Mets-toi à genoux, que je te vienne dans la bouche !

Le notaire attrapa le visage de Catherine entre ses mains et jouit du regard surpris de sa femme quand Alain « ouvrit le robinet ». Christian répandit sa semence sur mon voile et sur mes cheveux.

Nous nous hâtâmes de redescendre avant que la femme du notaire ne s’aperçoive qu’elle avait été observée, prenant du bon temps avec l’un des deux mariés. 

Quand nous arrivâmes dans la salle, les invités au vin d’honneur commençaient à rentrer chez eux. Bonne-Maman parlait avec ses filles et leur époux, Marie-Claire vint à ma rencontre. M’embrassant, elle s’excusa de devoir nous abandonner, elle se sentait fatiguée. Je la crus volontiers, les crispations de son visage, les cernes apparues brusquement ne laissaient place à aucun doute. J’embrassai Jean-Pierre et leur dis « À demain ! »

Nathalie parlait avec un papy que je crus être un parent éloigné, mais Christian ne le connaissait pas non plus. Il me faisait cette réflexion, quand nous remarquâmes l’éclat dans leurs yeux, leur sourire et leurs mains qui s’interdisaient les caresses dont elles avaient envie.

Un peu plus tard dans la soirée, la voix du notaire retentit, couvrant le brouhaha.

– Votre attention s’il vous plait ! On m’informe que les mariés sont priés de rejoindre les véhicules qui les mèneront à l’hôtel réservé spécialement pour eux !

Cette longue et merveilleuse journée se termine en apothéose par la nuit de noces

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