L’éducation du dedans

Betsy, Alister, Gideon, Linus et Socrates sont arrivés au mas par leurs propres moyens. Socrates avait insisté sur ce point. Ils étaient ravis à l’idée de découvrir la Provence tout en s’appliquant à conduire à droite. Red ne serait pas de la partie, retenue par ses obligations familiales en période d’Halloween. L’arrivée de deux voitures dans la cour me surprit. Je pensais qu’ils n’en prendraient qu’une. Quand les portières s’ouvrirent, j’en compris la raison.

– Red ?! Mais qu’est-ce…

– Oublie Red, c’est Roweena l’affranchie qui est venue vous rendre visite !

– Tu as… comment as-tu… quel alibi, quelle raison t’a permis de venir ? Une autre loterie toute aussi improbable ?

– Mieux que ça ! Un détective privé ! Mon mari couchait avec une femme mariée que l’époux faisait suivre. Constat d’adultère. L’avocat du mari m’a avertie de mon infortune. J’ai fait un scandale et j’ai exigé quelques semaines pour faire le point loin de ma famille. Comme l’avocat m’a appelée le lendemain de notre réponse, on a décidé de vous faire la surprise.

– Mais tu as une chance de crapule !

– Ou est-ce un signe du destin ?

La question de Betsy resta en suspens. Les gamins s’impatientaient. Nous fûmes fermement conviés à prendre place dans la salle des fêtes du mas. Nos invités eurent à peine le temps de s’extasier que la lumière se tamisa pour nous plonger petit à petit dans le noir.

La voix de Pauline retentit des coulisses. Le sceau du destin. Saynète en deux époques et quatre tableaux, écrite par ma grand-mère dont je suis si fière. Aussitôt suivie par la voix de Vincent traduisant cette annonce en anglais.

  • Les personnages :
    • Jimmy jeune homme, joué par Vincent.
    • Odette jeune fille, jouée par Émilie
    • Un chérubin à la mode sixties, Enzo
    • Une chérubine à la mode sixties, Manon.
  • Le décor : Un petit boudoir décoré très XVIIIe siècle. Un sofa, des gravures au mur, un petit guéridon. Devant le sofa, un jeune homme en jeans et en tee-shirt tient dans ses bras, une jeune fille en robe blanche. À l’avant-scène se tiennent Enzo côté cour et côté jardin, Manon. À chaque réplique, ils tendront un petit panneau sur lequel est inscrite la traduction de ce que diront Vincent et Émilie, afin que les anglophones puissent profiter des subtilités de cette saynète.

Émilie tout contre le corps de Vincent, respire son odeur. Il lui dit à quel point il la désire, et comme il se sent fier qu’elle l’ait choisi pour la dépuceler. Ils s’embrassent langoureusement. Inquiète, elle lui demande.

– C’était bien ? T’as aimé ?

– Et toi qu’as-tu pensé de ton premier baiser ?

Elle parait réfléchir, hésiter, l’embrasse de nouveau.

– J’adore ça ! Mais tout cette salive dans ma bouche, ça ne t’ennuie pas ?

– Au contraire, Princesse !

– Pourtant, j’aurais cru… la bave… que tu trouverais ça écœurant

– Détrompe-toi, c’est tout l’inverse !

Ils s’effondrent sur le sofa. L’ardeur de leurs baisers s’intensifie.

– Mes nichons sont si lourds et tous ces picotements autour de mes mamelons, attends, je vais te montrer.

Le temps qu’elle dégrafe sa robe, il se déshabille. Alors qu’il retire son slip, elle s’arrête net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules.

– Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai !

Tendant un index timide, elle demande

– Je peux ?

– Mais bien sûr, Princesse que tu le peux, mais ne voulais-tu pas que je te caresse les nichons ?

Émilie a un geste agacé, comme pour lui dire « plus tard ». Vincent la laisse découvrir son sexe, l’approcher, le toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, le manipuler comme un enfant découvre un jouet.

– Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas !

Du bout de son index, Émilie agace le sexe de Vincent.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

– Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Elle fait alors courir ses longs doigts graciles le long du corps de Vincent.

– Bite ? Verge ?

Les deux mains d’Émilie à plat sur les cuisses de Vincent convergent vers son membre. 

– Pénis !

– Mais qu’est-ce que tu as à déglutir si fort ?

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Les mains de Vincent se crispent autour de la tête d’Émilie.

– Ô, put… fatché !

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

– Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Vincent cherche à glisser sa main entre les cuisses d’Émilie, mais elle se dérobe à ses caresses.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… je suis pleine de faux sperme…

– De faux sperme ?! De quoi parles-tu ?

– C’est un fluide qu’il faut essuyer au plus vite dehors comme dedans, discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon ne s’en aperçoive. Parce qu’ils n’aiment ni son odeur, ni sa texture et que ça nuit à la fécondité en tuant les spermatozoïdes, c’est pour ça qu’on l’appelle faux sperme.

Vincent éclate de rire.

– J’ignore où est née cette légende, mais je t’assure du contraire et que c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Si je suis sûre d’une chose, c’est que j’ai bien fait de te choisir pour me rendre ce service. Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

Ah bon ? Et pourquoi ?

Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Le doigt de Jimmy s’enfonce lentement en elle.

Si tu savais comme c’est bon de sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ?

Les cuisses d’Émilie se serrent autour de la main de Vincent, emprisonnant son doigt. Quand il peut sortir son doigt humide, il prend sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent.

À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt de son maître “la première jouissance d’une pucelle” avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

C’est vrai ?!

Non. Mais ça devrait !

Ils éclatent de rire. Elle prend sa main, la remet entre ses cuisses.

Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Oh, regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou t’es en train de juter ?

Non, il s’agit d’un lubrifiant naturel…

Ta bite est encore plus douce, comme ça…

– Qui t’a parlé de bite ?! Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge !… C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça, Odette !

Manon et Enzo tiennent chacun un pan du rideau, qu’ils referment en se rejoignant au centre de la scène. Sur un panneau « La soirée se poursuit », sur l’autre sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, une série de slows. Enzo prend le pan de rideau que tenait Manon, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Manon se retrouve côté cour et Enzo côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur une chambre du même palais. Un lit à baldaquin, une coiffeuse, quelques tableaux aux murs. Allongée sur le lit Émilie se laisse caresser par Vincent. Comme lors du tableau précédent, les chérubins lèvent à tour de rôle les panneaux traduisant les dialogues.

Le jeune Jimmy écarte les lèvres de la vierge Odette, lui décrit la beauté de ses replis, les différentes couleurs, s’extasie que l’entrée de son vagin soit de ce rose précis. Elle ferme les yeux pour s’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononce.

Ouvre les yeux Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai

Elle les ouvre.

Non ! N’arrête pas ! Continue !

Continuer quoi ?

Tu le sais bien…

Je veux te l’entendre dire, Princesse !

Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

Exactement, Princesse, exactement !

Oohh… C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

Tu pourrais sortir de ma…

De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

La p’tite bosse ? Ça ?

Oh oui ! Tu me la montreras ?

Je n’y manquerais pas, ma Princesse ! Guide-moi, indique-moi jusqu’où te pénétrer.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! Oh comme j’aime ta p’tite bosse… ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

– Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

– Tu m’as dit « stop »

– S’il te plaît, Jimmy… s’il te plaît…

– Je ne reprendrai mes va-et-vient que si tu acceptes de me guider avec tes mots. Dis-moi quand tu voudras que j’aille vite ou au contraire, lentement. Dis-moi si tu veux me sentir tout au fond ou bien si tu préfères sentir mon gland à l’entrée de ton vagin.

Comme le demande le jeune Jimmy, la jeune Odette le guide pendant cette première étreinte.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Il prend sa main et la guide vers son clitoris.

– Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

– Odette, je vais jouir…

– Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

– N’arrête pas ! N’arrête… pas ! Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… On bougera pas si tu préfères… Reste… S’te plaît !

– Non, je ne veux pas prendre le risque d’irriter ta petite chatte fraîchement déflorée !

– Tu vois, par ta faute, je me sens toute vide maintenant !

Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?… C’est quoi ce regard ?

S’il te plaît…

S’il te plaît quoi ?

Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Dans un sourire, il lui fait découvrir le bourrelet à la base de son gland. Elle l’embrasse avec tendresse.

Merci, Jimmy !

Serviteur, Odette !

D’une langue gourmande, elle humecte ses lèvres.

– C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue !

Manon et Enzo referment le rideau comme précédemment. Pauline, habillée comme le sont les conférencières qui se veulent un peu conteuses, arpente la scène avant de se tourner vers le public et de le prendre à témoin.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, ce qu’il aurait su s’il avait pris la peine de partir à la recherche du tiroir le plus secret du secrétaire…

S’interrompant, elle traduit ce préambule exagérant l’effet du suspens qu’elle laisse planer.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, c’est que soixante-treize mille quarante-sept jours s’étaient écoulés depuis cette nuit où, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute…

Pauline s’interrompt, traduit et sort de scène. Le rideau s’ouvre sur le décor du premier tableau.

  • Les personnages :
    • Le prince, joué par Enzo
    • La princesse, jouée par Manon
    • Le serviteur, joué par Lucas
    • Cupidon, joué par Vincent.
    • Cupidone, jouée par Émilie
  • Le décor : Sur le sofa, Manon costumée comme une princesse tout droit sortie d’une toile de Fragonard, cherche à échapper aux baisers d’Enzo lui-même vêtu à la mode de cette époque.

– Me tenez-vous pour un coq à glousser de la sorte ?

– Que nenni ! Que nenni ! Vous m’avez priée, ce tantôt, de vous ouvrir mon cœur, sans crainte de vos moqueries. Vous m’avez assurée de toute votre bienveillance à mon égard. Je vous livre donc mon tourment. Monsieur, sachez que j’ai une folle envie de répondre à votre baiser, las ! À cette idée, ma bouche s’emplit de fluides et je crains que cela ne vous incommode. Aussi, je tente de les avaler en déglutissant de la sorte.

– Votre candeur me charme, jolie Princesse… tant de fraîcheur ! Apprenez, gente demoiselle, que loin de me déplaire, cet afflux m’émoustille grandement !

– Puisqu’il en est ainsi…

Manon embrasse passionnément Enzo. Les caresses de celui-ci sont entravées par les nombreux dessous de Manon. Ils se dévêtent. Alors qu’elle ne porte plus qu’un bustier, Manon tombe en pâmoison devant le sexe dressé d’Enzo, digne descendant d’Alain.

– Si mes confidences devaient vous heurter, si vous les estimiez indignes d’une femme de mon rang, ne craigniez point de m’offenser en me demandant de cesser mon récit. Je fais souvent un songe qui me trouve troublée à mon éveil. Je suis la captive d’une geôle végétale, le centre exact d’un labyrinthe. L’espace est clos, rien ne distingue une haie d’une autre si ce n’est une statue d’Apollon. Je m’en approche, observe ce qui distingue les hommes des femmes et soudainement prise d’un transport charnel, commence à m’en régaler comme d’une friandise. Un passage s’ouvre alors. Passage au bout duquel une autre statue attend mon regard, espère mes caresses, aspire à mes baisers. À chaque statue ainsi honorée s’ouvre un nouveau passage vers la liberté.

– Ne vous interrompez point, Princesse, et narrez-moi ce qu’ensuite il advient !

– Hélas, mon Prince, je ne puis vous le dire puisque je me réveille dans le même état où je me trouve à présent. Une brûlure humide au plus profond de mon intimité et ces maudits fluides… Comment m’en débarrasser et m’assurer de les avoir chassés à tout jamais ? Comment apaiser cette brûlure ? Cela est-il seulement possible ?

– Mais ce sont justement ces fluides que nous recherchons, Princesse ! Laissez-moi vous démontrer leur utilité ! Mais avant toute chose, fermez les yeux et imaginez-vous dans ce labyrinthe, je serais une statue…

– Oh non, mon Prince ! Je serais bien marrie de devoir fermer les yeux devant tant de beauté !

Manon suce Enzo avec délectation, jouant à merveille la candeur gourmande d’une première fellation. De nouveau réunis sur le sofa, le Prince fait découvrir à la jeune Princesse les charmes de l’amour digital. L’ayant faite jouir, il tire un cordon. Lucas entre en scène, vêtu comme un valet de comédie portant perruque, entre ses mains un plateau d’argent.

Le Prince embrasse la jeune Princesse, sort son index et son majeur du sexe de la jeune fille, se tourne vers son valet « La première jouissance d’une pucelle… » Il tend ses doigts à son serviteur qui, à l’aide d’une spatule en or, recueille les sucs dont ils sont recouverts. Troublé par le regard extatique de la jeune fille, sa main tremble pendant qu’il en remplit la fiole, une goutte tombe sur son doigt, qu’il suce à l’abri des regards.

Après que son valet a recueilli la première jouissance, le Prince plonge deux doigts dans le puits d’amour de sa toujours pucelle, il les ressort, les offre à la bouche de la demoiselle tout en l’embrassant fougueusement.

Émilie et Vincent referment le rideau comme l’avaient fait avant eux Manon et Enzo. Les deux mêmes panneaux « La soirée se poursuit » et sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, un semblant de menuet fripon où les caresses sur les parties intimes semblent avoir été chorégraphiés par Éros en personne. Vincent prend le pan de rideau que tenait Émilie, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Émilie se retrouve côté cour et Vincent côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur la même chambre. Sur le lit est allongée Manon et s’apprêtant à la déflorer, Enzo. Se tenant debout au pied du lit, Lucas pose un plateau sur la coiffeuse et, un miroir dans chaque main, semble chercher l’angle idéal. Sur le plateau une fiole dotée d’une sorte d’entonnoir réfléchissant.

– Ne vous offusquez pas, ma mie, sa présence n’a aucune importance. Il n’est là que pour capturer, à l’aide de ces miroirs, votre regard quand je vous déflorerai. Il l’emprisonnera dans cette fiole ainsi je pourrai vous remettre le philtre d’amour que vous me suppliâtes, tantôt, de vous confectionner.

– Ce n’est pas tant sa présence qui m’importune, mais vous et moi, prince et princesse de sang royal, nus comme au premier jour devant ce valet habillé de pied en cap…

– S’il n’y a que cela pour défroisser votre joli minois et chasser cet air chagrin… Allons, mon brave, ne nous fais pas languir !

Lucas se dévêt.

– Oh ! Mais il est noir des pieds à la tête ? Je serais bien curieuse…

– Approche, approche, mon brave, montre à Madame ce qu’elle cherche à voir ! Qu’en pensez-vous, ma mie ? Ressemble-t-il à l’une de vos statues oniriques ?

– Point de statue de dieux maures ou nègres, mais si cela devait advenir lors d’un prochain rêve… Approche, approche… Ô, mon Prince, m’autorisez-vous tant que je suis encore pucelle, à me régaler de ce membre massif comme sculpté d’ébène ?

– Que pourrais-je refuser à celle qui m’offre de son philtre d’amour plus que la moitié ?

– Que ce membre est superbe et ces bourses réactives ! Regardez comme elles recherchent mes caresses et comme ensuite son membre se dresse ! Penche-toi, mon brave et montre-moi ton habileté à honorer ma bouche de Princesse.

Lucas s’approche de Manon, il lui baise la bouche. Grâce à un savant jeu de miroirs, le Prince et la Princesse peuvent profiter du spectacle. D’un geste de la main, Manon le congédie.

– Laisse-moi découvrir tous tes reliefs du bout de ma langue agile

Manon le suce avec passion puis, s’estimant prête, demande à Lucas de reprendre sa place auprès du guéridon. Le Prince la déflore, mais l’éclair dure plus longtemps qu’une étincelle. Lucas pensant avoir capturé l’intégralité du regard, a légèrement bougé et les trois ont été brièvement éclaboussés du reflet de cet instant. Manon en pleine extase psalmodie « Je me meurs, je me meurs ! » Le Prince rabroue son valet. « Elle se meurt, offre-lui les sucs de ton vit afin de la ramener à la vie ! »

Lucas s’exécute et comme plus tôt, offre la scène aux regards attentifs du Prince et de la Princesse. La vue du sexe de son serviteur baisant la bouche de la Princesse, transforme en fougue animale ce qu’il pensait être un dépucelage accort.

Enzo mord Manon avant de jouir, Manon jouit une fois encore, mais son cri est étouffé par le sexe de Lucas, qui jouit au fond de sa gorge peu après.

Le rideau se referme. Pauline, la conférencière, revient au milieu de la scène pour nous conter la morale de l’histoire.

– Ce que ce coquin de Jimmy ignorait, ce dont lui et sa princesse se moquent si souvent…

Pauline traduit et laisse encore planer le souffle du suspens.

– Ce que ce coquin de Jimmy et sa Princesse n’ont toujours pas compris, c’est que les signes du destin existent et qu’il faut savoir les reconnaître quand ils croisent notre chemin.

Jim et quelques autres, dont Cathy, approuvent bruyamment.

– Laquelle, lequel d’entre vous oserait prétendre que ce ne sont que les fruits du hasard quand tant de coïncidences coïncident ? Odette qui change de tenue au dernier moment et rate son bus. Le fait que personne ne puisse remarquer qu’elle ne sera pas là où elle est censée être. Jimmy qui s’entête à chercher l’appoint chez le kiosquier alors qu’il ne le fait jamais. Cet entêtement qui lui fait, lui aussi, rater son bus. Sa montre-gousset qu’il a dû, le jour-même, laisser chez l’horloger qui, le temps de la réparation, lui a prêté une montre bracelet. Cette même montre sur laquelle se reflète le soleil, indiquant à Odette que c’est l’homme idéal au bon moment. Et ces clients qui se décommandent au dernier moment, permettant à Jimmy d’offrir à Odette leur premier dîner-croisière sur la Seine.

Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’il s’agit de signes du destin ! Et si ce coquin de Jimmy, au lieu de s’amuser avec ses poilus, s’était donné la peine d’explorer toutes les cachettes du secrétaire, il y aurait trouvé cette anecdote consignée au cœur d’un carnet. Il aurait alors reconnu la scène alors qu’il la reproduisait avec Odette, soixante-treize mille quarante-huit jours plus tard, heure pour heure, minute pour minute.

Pauline traduit son propos, d’un geste invite Vincent à la rejoindre. Elle en français, lui en anglais expliquent alors que c’est ainsi que leur avait expliqué Mireille, leur grand-mère dont ils viennent, avec fierté, d’interpréter cette nouvelle saynète. Remue-ménage en coulisses, protestations bruyantes, Lucas, Émilie, Manon et Enzo envahissent le plateau. Lucas prend la parole, Émilie traduit. Elle a omis de vous raconter la fin de l’histoire ! Semblant prendre conscience de sa bévue, Pauline s’en excuse et poursuit, traduisant phrase après phrase.

– Si ce coquin de Jimmy avait lu le carnet, il aurait eu le fin mot de l’histoire. En léchant son doigt, le serviteur a bu une partie du philtre. En donnant ses doigts à sucer tout en embrassant la Princesse avec fougue, le Prince leur en avait aussi fait ingérer. Quant à l’autre composant, l’éclat du regard d’une pucelle se faisant déflorer, souvenez-vous, le serviteur les en avait brièvement aspergés. Ce qui eut pour conséquence de les unir à tout jamais, à travers le temps, à travers l’espace.

Est-ce par hasard que deux cents ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute, ce coquin de Jimmy pense faire une blague à Odette en croyant inventer cette histoire rocambolesque de philtre d’amour ? Est-ce par hasard qu’il reproduit les gestes de son illustre prédécesseur, dans les mêmes lieux, sur ce sofa précis, en usant des mêmes mots ? Est-ce encore qu’une simple coïncidence l’idée d’Odette qui pour se faire taquine évoque le regard d’une pucelle se faisant déflorer comme le second ingrédient dudit philtre ? N’y voyez-vous que le fruit du hasard, quand le premier surnom qui nous vienne à l’esprit en songeant à Odette soit Princesse ?

Mais, me direz-vous, où se trouvait le serviteur en 1967 ? Les temps ont heureusement bien changé. Cependant, tels des cailloux blancs, les signes du destin ont indiqué le chemin à nos deux pragmatiques, ils les ont menés aux antipodes où le troisième larron s’était caché. Et c’est tous en chœur que nous lui affirmons : Welcome home, Jim O’Malley !

Alliance française

Jim arrive en Provence

Quand les premières informations concernant les incendies en Australie ont été diffusées en France et bien que Perth en soit très éloigné, nous avons proposé à Jim de nous rejoindre dès que cela lui serait possible. D’autant que le climat social en France ne s’apaisait pas, au contraire, la contestation prenait de l’ampleur. Je craignais qu’une grève n’interdise à l’avion de Jim d’atterrir.

– Tu comprends la supériorité de la Provence sur Paris, Blanche-Minette ?

– Bah non ! Marseille c’est la France, une grève nationale reste une grève nationale !

– Boudiou ! Mais qu’elle est bête ! On est à deux pas de l’Italie et à quatre de la Suisse, parisienne de malheur ! C’est pas comme Paris, cité morose au milieu de nulle part…

– Je te déteste quand…

Jimmy et Mireille venaient d’entrer dans la cuisine où je faisais part de mes craintes à Marcel.

– Qu’a donc fait le Bavard pour que tu le détestes, Princesse ?

– Il a raison, je dois reconnaître qu’il a raison et c’est pour ça que je le déteste ! Et regarde-le qui se marre comme un bossu !

– J’ai cloué le bec à Blanche-Minette en lui ouvrant les yeux ! Faudra noter ça dans les registres de la Confrérie du Bouton d’Or !

– J’y ajouterai même que tu l’as fait de fort belle manière !

Marcel me prit dans ses bras pour une accolade légèrement bourrue.

Marcel tint à nous accompagner jusqu’à l’aéroport quand Jimmy et moi y avons accueilli Jim. Et c’est là que les ennuis ont commencé… Jim me serrait contre lui en répétant Princess, oh my sweet Princess ! Excédé, Marcel lui empoigna le bras.

– Non ! Pas Princesse. Blanche-Minette !

– What ? Bl… ?

– Blanche-Minette. Ou ail te poussi !

Jim ébahi s’exclama que ce surnom sonnait agréablement à ses oreilles. White pussy… Il demanda à Marcel de lui répéter et s’entraîna pendant toute la durée du trajet de retour. Blann’cheu minette. C’est à ce moment que j’ai mesuré l’étendue des dégâts. Jim allait apprendre le français avec l’accent provençal. Je voulus en avertir Jimmy, qui me fit une réponse de jésuite. Mais il est où le problème bann’dann’te prinn’cesse ? À une contre trois, j’ai dû capituler.

Il faut dire qu’ils se sont trouvés ces deux-là ! Leur complicité fut immédiate, à tel point qu’en arrivant à la maison du Toine, Alain nous accueillit par un tonitruant Té, Marcel, tu nous as ramené ton pote de régiment ? Avant de lui traduire ce qu’il venait de dire. Le mas était occupé par la petite classe qui répétait une saynète pour fêter son arrivée.

Alain venait de lui faire découvrir un des nombreux secrets de sa maison quand Jim s’exclama (l’Australien s’exclame beaucoup, c’est dans sa nature) J’aurais pu passer mille fois devant, je n’aurais rien remarqué ! Je te le jure !

– Hé, je te crois. Tiens, puisque t’es là, dis-y, toi !

– Ce ne sont pas mille, mais des millions de fois ! C’était la maison de mes grands-parents, j’y ai grandi et je n’en ai appris les secrets qu’à trente ans ! Et encore, parce que ma mamé les transmettait à sa vraie petite-fille, celle du cœur, à la belle Cathy, la femme d’Alain !

– Comment on dit “et de quelques autres” en anglais ?

Il y a peu, c’était moi à la place de Jim, je ne connaissais que peu de secrets de la maison de la rue basse, parce que je n’avais pas eu souvent l’occasion de m’y rendre et qu’elle en recèle davantage bien qu’étant plus petite. Quand Pierrot et Rosalie l’avaient achetée, elle était presque en ruine. Puisqu’ils la rénovaient et savaient pouvoir compter sur le silence des camarades qui les y aidaient, ils avaient pu en installer jusque dans certaines structures. Valentino avait expliqué à Christian sa technique arithmétique pour disséminer des cachettes sous le plancher à intervalles irréguliers, mais dont la logique lui permettait de pouvoir les retrouver sans avoir besoin d’en dessiner les plans. Et c’est en appliquant cette règle que Christian retrouva une petite cache oubliée de tous. Quand Christian m’a raconté l’histoire de cette découverte, Rosalie, Nathalie, Valentino, Barjaco m’étaient déjà assez familiers, mais je ne les connaissais guère que par ce que j’avais lu d’eux ou sur eux. En écoutant Christian, ils s’animèrent. Ils auraient pu apparaître en chair et en os devant moi, ils n’en auraient pas été plus vivants.

Valentino venait d’expliquer son système et voulut savoir si Christian l’avait compris. Ils entrèrent dans une chambre, Valentino supervisant les recherches de Christian, qui trouva toutes les cachettes. Valentino s’apprêtait à le féliciter avant de rejoindre les autres dans la salle à manger, quand Christian annonça Et la dernière ! Valentino allait lui expliquer pourquoi ce n’était pas possible, quand Christian ouvrit une petite trappe tronquée.

– D’un seul coup, les souvenirs ont assailli Valentino. Mais oui ! Elle avait donné lieu à moult négociations. Il avait fallu l’intervention de Rosalie pour que Valentino acceptât de la réaliser. Et c’était justement cette trappe qu’il avait oubliée. Mais ce n’est pas tout ! En descellant la trappe, j’y ai trouvé une petite boite, je l’ai brandie tel un trophée. Valentino sourit et me dit “pas besoin de clé, c’est un coffret à secrets que j’avais offert à la Confrérie du Bouton d’Or”. Nous l’avons descendu. En bas, il y avait Rosalie, Nathalie, Barjaco et Neuneuille, Monique, Alain, Cathy et leur petit qu’elle allaitait encore. Dans ce petit coffret, quatre compartiments et dans chacun, un petit bout de papier soigneusement plié.

J’avais découvert ce coffret oublié, il me revenait donc l’honneur de découvrir et d’annoncer le message qu’il contenait. Tous de la même main. Celle du Toine. Mon papé. Ce message lui tenait à cœur puisqu’il l’avait recopié sur chaque morceau de papier. Il tenait en trois mots La figure Rosalie. Nous avons failli perdre Neuneuille et Barjaco ce jour-là. À quatre-vingts ans passés, quand t’as été gazé dans les tranchées, un fou-rire peut devenir fatal !

Jim ne lâchait pas Marcel d’une semelle. Celui d’entre nous qui parle le moins bien anglais. Quand il lui présenta Mireille, il glissa à l’oreille de celle-ci Il te tarde, madame la curieuse, il te tarde ! Ce qui eut pour effet de la faire glousser et rougir violemment. Jim sursauta et la désignant s’exclama (qu’est-ce que je vous disais des Australiens…!) Wow ! Just like Princess ! Marcel fronça les sourcils, se racla la gorge. Em… Blann’cheu Minette ! Un sourire vainqueur s’épanouit sur le visage du Bavard. Une voix de plus dans son escarcelle et, qui plus est, une voix à l’accent méridional !

Mireille venait d’arriver de la salle de réception-bibliothèque où elle avait dressé deux ou trois petites choses à grignoter. Ce qui peut se traduire par les nazis peuvent revenir, on a de quoi tenir le siège, environ deux Leningrad. Nous nous retrouvâmes tous là-haut. Jim était le pôle d’attraction ce qui le mettait un peu mal à l’aise. Une fois encore, Marcel décoinça la situation en proposant de lui faire découvrir une de nos saynètes.

– Mais elles sont en français, nos saynètes ! Tu vas…

– Eh bé quoi ? Y en a certaines que même sans comprendre les mots, tu comprends quand même ce qui s’y passe et tu devines ce qui va se passer ! Hein ? Qu’est-ce t’en dis, toi ? Hein ? Mouvie ? Hein ? Yes ! Mouvie ! Vous voyez vous autres… Bon comme on est dimanche…

– On est samedi

– Ouais, sauf que chez lui, en Australie, on est dimanche et que les lois de l’hospitalité, si on les respecte… Té, Jimmy Môssieur « Je fais le tour du monde parce que je représente la France dans les colloques internationaux », t’as des progrès à faire question diplomatie ! Merde, y a des règles de base à connaître ! Donc, puisqu’on est dimanche chez lui, jour du Seigneur. Religion.

Dès qu’un personnage apparaissait à l’écran, Marcel le désignait à Jim.

– Hey ! C’est bon, Marcel, vous n’avez pas si changé que ça, il peut vous reconnaître !

– Ta bouche, Madame l’épouse de l’Ambassadeur de la culture française ! Tiens, regarde, par ta faute, tu nous as fait manquer l’essentiel, il va plus rien comprendre…

Il remit donc la vidéo tout au début avec pour prétexte, la question posée à Jim You understand ? Yes ? Ok ! Puis, alors que personne ne lui disait rien, se justifia Comme ça, je suis sûr ! Jim adora littéralement La novice à confesse. Marcel avait raison, bien qu’ayant des connaissances en français plus que limitées, Jim a su en comprendre et en apprécier le propos.

– Beut’ no mouvie ouisse ouaillete poussie…

À Jim fort surpris, Marcel demanda à Alain de traduire Ils se les gardent pour eux. Pourquoi ? Bé, demande-leur ! S’il n’a pas son pareil pour décoincer les situations, Marcel sait également en tirer profit… Afin de ne pas passer pour les derniers des égoïstes aux yeux de Jim, nous fûmes contraints à accepter de leur laisser visionner l’intégralité de nos petites vidéos quand nous serions au mas, puisqu’elles se trouvaient dans l’ordinateur de Jimmy…

– But… Princess

Sortant une clé USB d’une de ses poches, Jim la proposa à Marcel. Et si en plus, t’aimes le pastaga, je t’adopte ! Il a donc fallu faire goûter du Pastis à Jim qui venait de débarquer de Perth. J’eus beau arguer qu’après de longues heures de vol, deux escales, le décalage horaire, le choc culturel, ça n’était pas raisonnable, rien n’y fit. Aucun des effets délétères que je redoutais ne se produisit. Au contraire, l’ambiance se détendit aussi rapidement que les verges se tendirent. Le visionnage de certaines vidéos tournées en Nouvelle-Zélande permit à mes consœurs et confrères de faire plus ample connaissance avec Jim. En se voyant à l’écran, Jim interpela joyeusement Marcel.

– Me ! It’s me !

– Et là, madame l’épouse de l’Ambassadeur, j’y dis quoi ? Qu’il a pas beaucoup changé depuis ?

Une victoire de plus à son actif. Quand je vous parlais de catastrophe…

Jean-Luc nous rejoignit, Marcel entonna Un Balafré qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop. Son nom, il le signe à la pointe de son zguèg, d’un B qui veut dire Balafré ! Jim ne comprenait rien d’autant que les gestes de Marcel pouvaient prêter à confusion. Comprenant qu’il pouvait se méprendre, Alain traduisit les paroles et en expliqua la raison. Jean-Luc, fidèle à lui-même, donna son sexe à voir. Du coup, chacun montra son engin. Ces messieurs découvrirent donc le membre de Jim avant ces dames. S’ils marquèrent un point question diplomatie, ils en perdirent quatre, question galanterie !

– Fouille di roz’ !

Devant l’air surpris de Marcel, Jim répéta Fouille di roz’. Bouffer lo ku !

Boudiou ! Vous lui avez appris le minimum vital ! Et quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu sais dire d’autre en français ?

Jim se gratta le menton, compta sur ses doigts en énumérant Bonjour. Bonne nuit. Fouille di roz’. Bouffer lo ku. À genoux ! Mais vous êtes nue, madame ! Je t’aime. C’est trop bon. Sodomie polie. Fellation post-prandiale (étrangement fort bien prononcée).

– C’est tout ?

Touché par je ne sais quelle grâce, Jim eut un éclair soudain Jimmy t’es le roi des cons ! Personne ne voulut admettre que j’ignorais où et comment il avait pu entendre cette phrase. Plus tard, alors que Sylvie, Mireille, Alain, Christian, Jimmy et moi parlions avec lui, Jim demanda Où est Marcel ? Christian lui désigna le banc de prière et de contrition où Marcel et Monique se livraient à une levrette de fort belle manière. Jim sursauta et s’exclama La levrette à Dédette ! ce qui nous fit bien rire.

En regardant dans la direction du banc, je vis Jean-Luc dans la bouche de Monique. Il me fit un clin d’œil conquérant, un brin hautain, mais tellement complice… Alain vanta la qualité légendaire des pipes de Monique. Jim pour indiquer à Alain qu’il mémorisait l’info, hocha la tête en répétant Mounico.

– Il nous l’a ensorcelé ! Le Bavard a jeté un sort sur Jim !

Son explication est plus terre-à-terre. C’est parce que vous parlez trop bien, trop compliqué. Moi, je cause facile, je prononce pas tout. Pour le moment, Marcel était trop occupé avec Monique pour remarquer que nous l’observions.

Jim piquait du nez. En parfaite hôtesse, bien qu’étant dans la maison du Toine, je lui proposai de lui montrer sa chambre. Nous rejoignîmes celle qui nous était réservée. Il tombait de sommeil, mais regrettait de rater cette soirée. Je lui indiquai les œilletons dissimulés dans la pièce. Il sourit en louant l’ingéniosité des anciens.

Le petit judas dissimulé au-dessus de la tête du lit permet d’avoir une vue plongeante sur la bibliothèque. Nous ne résistâmes pas à la curiosité. Marcel était avec Monique, Cathy et Daniel. Mireille avec Alain, Sylvie et Martial. Jimmy allait d’un groupe à l’autre. J’en profitai pour lui donner une leçon de français ainsi que les termes propres à notre Confrérie. Je désignai Martial, Sylvie, Alain et Cathy. La figure Rosalie. Jim sourit et répéta. La figure Rosalie.

Nos peaux se retrouvèrent, mais la fatigue du voyage, le décalage horaire et pour finir le pastis et le rosé que c’est presque pas du vin tellement c’est léger eurent raison de Jim qui tomba comme une masse. Je me lovai contre lui et m’endormis à mon tour. À son réveil, nous dormions tous. Comme nous l’en avions prié, il découvrit la maison. En arrivant dans la cuisine, il tomba nez-à-nez avec Marcel qui bougonna.

– Je suppose que c’est du thé pour toi ? Hein ? Tea ?

– Em… coffee, please.

Coffee ?! T’es un bon gars, mon gars !

Marcel avait acheté un traducteur vocal, il râlait parce que la machine est pas foutue de me comprendre, elle me force à prendre l’accent pointu, celui du Nord. Jim lui avait répondu qu’il rencontrait le même problème. Ils étaient en grande discussion quand Mireille fit son entrée.

– Odette dort encore ?

– Pourquoi ?

– Ce qui m’ennuie, c’est que nous sommes dimanche… la tradition…

– La tradition traditionnelle, tu veux dire ?

– Hé oui, mon Marcel… Il reste un peu de café ?

– Assieds-toi à côté de Jim… l’honneur de la France est en jeu, tu tiens son destin entre tes mains, tes jolies lèvres et au bout de ta langue… Courage, belle Mireille, pense à la France. Tout ira bien.

Marcel se leva, servit un bol à Mireille tout en articulant au traducteur La tradition française de l’hospitalité ! Jim pensa que Marcel employait une formule grandiloquente pour évoquer la galanterie dont il faisait preuve en servant un café à Mireille. Elle en but une gorgée avant de plonger vers l’entrejambe de Jim qui fut ravi de sa méprise. Il s’exclama Fellation post-prandiale ! Marcel le détrompa. Non, non, non. Turlutte matinale ! Tel un diable jaillissant de sa boite, Mireille outrée repris sa place. Si c’est pour lui apprendre n’importe quoi, c’est pas la peine ! Pff…“turlutte matinale”…n’importe quoi ! Se passant du traducteur, elle dit Ce n’était pas une turlutte matinale. Non. Not turlutte matinale. Mais but gâterie dominicale. Gâ-te-rie do-mi-ni-cale.

Jim, en élève appliqué, répéta gâ-te-rie do-mi-ni-cale et, toujours avide de connaissances demanda ce qu’était une turlutte matinale. Mireille s’appliquait à montrer la différence à Jim qui voulait être certain de l’avoir bien saisie, quand je les rejoignis suivie de peu par les membres de la Confrérie. Marcel, pour une fois laconique, nous expliqua. Diplomatie. Si le petit-déjeuner n’a pas tourné à l’orgie, c’est parce que nous avions invité nos amis irlandais à découvrir notre univers avec autant de chaleur qu’ils nous avaient fait découvrir le leur. De plus, cela permit de donner un peu d’air à Jim qui ne fut plus l’unique pôle d’attraction.

Je ne sais pas quelle était son intention quand il demanda à Mireille qui scrutait attentivement son membre s’il était si différent que cela de celui de Martial. Elle suffoqua de surprise. Bien sûr ! Comme il l’est de celui de Marcel, d’Alain…t’as déjà vu deux sexes identiques, toi ?! Je traduisis son propos avec tant de véhémence que Marcel en plaisanta. Hou ! Avec ta question, tu nous l’a dédoublée ! Elle a fait rappliquer sa sœur jumelle !

L’éducation du dedans