Face à face

Éberlué, Jim semblait paralysé. Son visage s’anima, ses mains s’agitèrent ( 😉 !) comme un enfant découvre ses cadeaux au pied du sapin et se demande quel paquet déballer en premier. Souhaitait-il que nous convions Jimmy ? Il fit non de la tête, le regard implorant.

– Je suis morte de trac, en fait…

– Moi aussi, Princess, moi aussi !

Je fis la moue et désignant son membre lui reprochai de bien cacher son jeu. Il éclata de rire et nous convînmes de faire à notre façon, sans nous soucier des conventions, mais de nous fier à notre instinct, à ce lien si particulier qui nous unit. Seuls dans le bureau de Jimmy, nous entendions, comme des bouffées de vie, la musique, les éclats de rire et de voix de nos amis. Nous jouissions du luxe d’avoir tout notre temps, l’assurance de ne pas être interrompus par l’arrivée inopportune de l’un ou l’autre.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je me sentais pucelle. Après Jimmy, Jim allait être le premier à me sodomiser. Allions-nous y prendre autant de plaisir ? Je lui fis part de cette interrogation à laquelle il répondit par un énigmatique « Moi aussi, Princess, moi aussi ».

Nus comme au premier jour, nous dansions, presque immobiles, sans autre musique que celle des battements de nos cœurs, du rythme de nos souffles. J’aimais la façon dont il caressait mes joues, mon cou pendant que nous nous embrassions. Mes mains couraient le long de son dos. Je me délectais de la cambrure de ses reins. Je caressais ses fesses quand je m’aperçus que nos caresses se répondaient, qu’elles étaient jumelles.

– Princess, pour cette première fois, j’aimerais que tu mènes la danse, si ça ne t’ennuie pas.

Son sourire radieux contrastait avec le reflet craintif qui obscurcissait son regard. J’aurais pu rire de l’incongruité de cette crainte, mais n’en avais aucune envie. Au contraire, je le remerciai de me faire cette proposition qui m’honorait et l’acceptai volontiers.

Il fut surpris que je lui demande de s’asseoir sur le canapé. Son membre me parut plus massif qu’à l’ordinaire, étonnamment dur aussi. Tandis que je l’enduisais de lubrifiant, Jim psalmodiait, implorant son Dieu de ne pas le réveiller si tout ceci n’était qu’un rêve. Ses mots, qui ne m’étaient pas destinés, me conféraient une force incroyable. J’étais la princesse qui lui ouvrirait les portes de son Paradis, comment aurais-je pu en douter puisqu’il en était si persuadé ?

– Ta queue est si belle quand elle brille comme ça ! J’ai presque honte de devoir la cacher.

– N’aie pas honte, Princess, tu la reverras bientôt !

Je le chevauchai, face à lui, me cambrant à l’extrême. Je versai un peu de gel sur ses doigts et le priai de préparer le terrain, ce qui me donna l’occasion de lui apprendre une nouvelle expression en français. Nos mains guidaient son membre vibrant entre mes fesses. Je pensais qu’il nous faudrait y aller très lentement pour que ce ne soit désagréable voire douloureux ni pour lui, ni pour moi. À notre grand étonnement, il me pénétra sans effort. Bon sang, comme j’ai aimé cette sensation !

Je ne me lassais pas d’aller et venir le long de sa belle grosse queue noire. J’ouvris les yeux quelques secondes avant qu’il n’ouvre les siens.

– Que regardes-tu, Princess ?

– Ta bouche… je ne me souviens pas de t’avoir vu sourire autant.

– C’est pour ça que tu as choisi cette position ?

– Non. Tu sais très bien pourquoi je l’ai choisie !

Ses yeux glissèrent des miens jusqu’à mes seins. Il comprit enfin, me sourit. Je dirigeai mon mamelon vers sa bouche et ne retins pas mon murmure de plaisir quand il l’embrassa. Je sentais la chair de poule se déployer de mes reins vers chacune des extrémités de mon corps, comme une toile d’araignée sensuelle.

Ses mains palpaient, trituraient mes fesses. Un de ses doigts glissa le long de ma raie comme si Jim cherchait à s’assurer qu’il ne rêvait pas, que sa belle grosse queue noire était bien dans mon cul. Tout en ondulant, en coulissant sur son membre, je lui demandai si c’était aussi bon qu’il l’avait imaginé. Je connaissais par avance sa réponse, mais je voulais l’entendre me la donner. Il m’affirma que c’était encore meilleur, qu’il était au Paradis sans avoir eu à mourir pour l’atteindre. J’aime beaucoup quand il saupoudre ses propos rugueux de mots d’une infinie poésie.

– Je voudrais que tu mènes la danse à ton tour. Montre-moi comment un bel Australien honore le cul d’une princesse !

Il empoigna mes hanches, me pencha afin que mes seins se frottent à son torse puissant. Il accéléra et amplifia progressivement les va-et-vient. Plus je criais mon plaisir, plus il criait le sien. Nous étions seuls au monde, plus rien ne comptait que la fusion de nos corps. Quand il pinça mon mamelon, l’orgasme qui couvait en moi explosa comme transpercé par un éclair. Il jura son plaisir de me faire jouir. Il lui fallut répéter son souhait plusieurs fois avant que je l’entende.

– Tu ne veux pas que je te morde, que ta peau cède sous mes dents, mais accepterais-tu de déchirer la mienne ?

Comme s’il sentait le besoin de me motiver et pour appuyer sa requête, sa main glissa de ma hanche vers mon ventre, juste au-dessus de mon pubis, ses doigts se crispèrent sur ma peau. Il sait y faire, le bougre ! Je retins mon plaisir le temps de plonger vers son épaule et d’y planter mes crocs comme la lionne que j’étais devenue.

Il cria si fort en jouissant que Christian nous affirma plus tard avoir senti la maison vaciller sur ses fondations, mais je le soupçonne d’avoir un tantinet versé dans l’exagération. En revanche, ce qui est véridique, c’est que je fus sourde d’une oreille pendant de longues minutes.

À ma demande, Jim resta en moi aussi longtemps que la raideur de son membre le lui permit. Nous nous embrassions, nous caressions, nous disions des mots doux pour prolonger encore un peu la magie de ce moment. Nous rhabiller fut presque un déchirement. Je vivais comme un sacrilège de le voir revêtir ses vêtements. Je voulus arranger son tee-shirt, mais il retint mon geste. Il tenait à ce que tout un chacun puisse voir la trace de mes dents sur sa peau, cette morsure qu’il arborerait comme une médaille. Je me sentis rougir de fierté à cette idée.

Quand nous rejoignîmes la salle des fêtes, certains étaient partis se coucher, la petite classe avait rejoint la maison du Toine. De petits groupes s’étaient formés et faisaient plus ample connaissance. Marcel sourit à Jim ouvrant la main dans un geste d’évidence. Je n’en comprenais pas la raison. Il vint à notre rencontre, aussitôt rejoint par Mireille et Jimmy.

Je pressentais que le Bavard savait quelque chose que j’ignorais. Je lui posai la question. Il interrogea Jim du regard avant d’y répondre.

– Il avait peur de rater sa première fois…

J’ouvris des yeux comme des soucoupes, mais avant que je puisse le lui reprocher, Jim énonça fièrement les nouvelles expressions qu’il avait apprises, en levant un doigt à chacune d’entre elles. Face à face. Préparer le terrain. Mener la danse. Honorer le cul. Ça rentre comme dans du beurre. Oui, bien au fond. Marcel et Jimmy éclatèrent de rire. Mireille confirma ma théorie sur l’importance de la motivation en matière de pédagogie. Ne sachant l’exprimer en français, Jim nous regarda, elle et moi avant d’affirmer de sa belle voix grave I really love the way you teach me french, ladies ! I really love it !*

*J’adore votre façon de m’enseigner le français, mesdames ! Je l’adore vraiment !

Alliance française

Comme dans n’importe quel pince-fesses, nous déambulions d’un buffet à l’autre, un verre, une cigarette à la main. À ceci près que les fesses y étaient plus caressées que pincées, tel un apéritif pré-orgiaque plein de promesses. Dès la fin de leur spectacle, les gamins nous avaient entourés, Émilie surtout voulait savoir si ça nous l’avait refait. Vincent souriait en coin, déjà certain de notre réponse. Une fois encore, quand, sur scène, Émilie avait caressé Vincent, j’avais senti la peau de Marcel sous mes doigts et il avait ressenti mes mains sur son corps et quand Vincent l’avait pénétrée, Christian avait pris la place de Marcel dans nos sensations. Marcel avait d’ailleurs demandé à son petit-fils si, une prochaine fois, il n’y aurait pas moyen de changer l’ordre des choses.

Je cherchai Betsy du regard avant de l’apercevoir en grande discussion avec Joseph, Alain servant d’interprète, je voulais justement les présenter l’une à l’autre. Un peu plus tard, Roweena me fit part de sa surprise en apprenant que Mireille ne parle pas ou si peu anglais. Vincent venait de lui expliquer C’est Émilie qui a traduit les dialogues. J’entendis l’éclat de rire d’Alain et de Jimmy, je les regardai. Monique riait également. Jim avait l’air innocent de l’agneau qui vient de naître. Il argumentait, prenant Jimmy à partie. Il me chercha du regard, je m’approchai escortée de Mireille et Roweena.

– Ils ne me croient pas quand… Jimmy me répète tout le temps que je dois apprendre le français, n’est-ce pas ? Et maintenant que je veux être sûr de comprendre les subtilités de votre langue, il se moque de moi !

– Comment ça ?

– Je voudrais être sûr d’avoir bien saisi la différence entre “fellation post-prandiale”, “turlutte matinale” et “gâterie dominicale”, j’ai demandé à Mounico parce que…

– Parce qu’elle était institutrice ?

– Ah bon ? Elle aussi ? Mais vous étiez tous enseignants ?!

Non, non ! Seulement Monique, Jimmy, Martial et Jean-Luc ! Mais pourquoi Monique alors ?

– Alan m’a appris que pour les pipes, Mounico…

– Aloune ! Si tu m’appelles Mounico, tu l’appelles Aloune, s’il te plaît !

– Aloune m’a dit que Mounico… c’était juste pour apprendre…

– Et comme professeur de mauvaise foi, t’as eu Odette ?

– Non ! Odette c’est la levrette à Dédette !

– Rigole pas en mangeant, je ne suis pas certaine de te ranimer, cette fois !

– De toute façon Christian est infirmier et pompier bénévole, tu ne risques rien parmi nous !

Jimmy traduisit les propos de Mireille. Jim s’exclama

– Vous avez aussi des incendies, ici ?

– Mais boudiou, t’as donc pas vu la végétation ?!

– Et quand je l’aurais vue ? Après l’aéroport, on est allés dans la belle maison et ensuite ici !

– Je te montrerai ça, mon gars, tu verras et tu comprendras.

En revanche, ce que nous ne comprenions pas, c’est que parlant chacun dans sa langue maternelle, ces deux-là se comprenaient parfaitement. Socrates et Linus invitèrent Jimmy, Marcel et Roweena à les rejoindre. Je vis Marcel tendre son traducteur à Linus qui le retourna dans tous les sens avant de le passer à Gideon. Les Irlandais, satisfaits, opinèrent en souriant.

– Hé, Blanche-Minette, quand tu auras fini de rêvasser, tu penseras à remplir tes obligations ! Ne me regarde pas avec tes yeux de merlan frit ! Tu sais bien pourquoi, on ne parle pas toutes le français avec le même accent ! Élève Jim, si vous voulez bien vous donner la peine…

Mireille nous fit signe de la suivre jusque dans le bureau de Jimmy. Alain se joignit à nous afin de superviser la leçon, qui débuta par ses mots.

– Bon, Princesse à Jimmy, montre à tes collègues ce que tu entends par “fellation post-prandiale”, que vous soyez bien d’accord sur les termes.

Je m’agenouillai devant Jim, assis sur le canapé, le débraguettai, constatai qu’il portait son jean à même la peau, ce qui, d’après Mireille “dénote une réelle envie de progresser dans l’apprentissage de la langue de Molière. Jim était aux anges et souriait béatement.

Je léchai son membre d’une langue gourmande, agaçai le bout de son gland avec mes lèvres. Quand il posa ses mains puissantes sur mon crâne, je l’avalai lentement. Quelques va-et-vient, d’autres coups de langue, d’autres agacements, je relevai la tête. “Fellation post-prandiale. Mireille sursauta.

– Ah bon ? Pour ma part, j’aurais ajouté… Oh, mais tu n’avais pas menti, Blanche-Minette ! Votre membre est une œuvre d’art, mon cher, une véritable œuvre d’art ! À une fellation post-prandiale, j’ajouterais… attends, je te montre…

Mireille demanda à Jim d’ôter son jean, ce qu’il fit volontiers, elle comprima alors ses seins pour en faire un petit nid au creux duquel elle blottit les deux œufs de Jim. Elle dégusta son membre d’une langue gourmande, embrassa son gland du bout des lèvres, avant d’avaler son sexe jusqu’à la moitié de la hampe. Quelques va-et-vient, d’autres agacements, ses mains comprimant toujours ses seins.

Jim marmonnait, entre gémissements et grognements. Le contraste entre le ton de sa voix et celle d’Alain, qui traduisait ses propos, était saisissant. “Oh, mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Quel bonheur ! Quel chanceux je suis oh mon Dieu ! Je me suis vu mourir seul dans oh mon Dieu ! Seul dans mon bateau… Princess m’a sauvé oh mon oh oui conte de fées par quel miracle ?” Mireille stoppa net, le regarda dans les yeux, fronça les sourcils.

– Tu as déjà oublié le philtre d’amour ? Tu as été bien attentif pendant la représentation, j’espère !

– Oh oui, Madame !

Elle reprit sa démonstration, offrant les mêmes caresses, les mêmes baisers, les mêmes agacements, les bourses et la base du membre de Jim nichées entre ses seins. Elle cessa dès qu’elle le sentit sur le point de jouir. “Fellation post-prandiale. Jim répéta “Fellation post-prandiale.

– Et pour toi, Monique, c’est comment une fellation post-prandiale ?

– On verra plus tard, montre-nous plutôt la différence entre turlutte matinale et gâterie dominicale !

Mireille se releva, défroissa sa jupe. Jim tendit les mains pour la dégrafer. “Tss, tss ce sera après la leçon. Le bon point récompensant l’élève attentif !” Elle s’assit à la droite de Jim. “Une turlutte matinale, c’est comme ça. Elle ouvrit sa bouche en cœur, fit d’amples va-et-vient, tout en tapotant du bout de ses doigts la hampe du membre de Jim quand sa bouche arrivait au niveau du gland.

– Turlutte matinale

Jim rouvrit les yeux et répéta. “Turlutte matinale”. Satisfaite, Mireille se redressa, sagement assise à la droite de Jim. “Et maintenant, la gâterie dominicale.” Elle se pencha à nouveau, d’une langue humide, lécha Jim des gonades jusqu’au gland, ses lèvres, désormais vierges de toute trace de maquillage, se posèrent dessus et s’ouvrirent pour avaler tout en douceur le membre de notre élève studieux. Avec la même douceur, elle fit marche arrière, asséna une délicate pichenette sur le scrotum.

– Oh, my God !

– Et oui, oh my God ! C’est pour cela qu’on parle de gâterie dominicale, à cause du jour du Seigneur ! À vous de jouer, mesdames !

Je donnai libre cours à mon imagination ou, pour reprendre l’analyse de Mireille “le turlutai à la parisienne et le gâtai comme une impie. Mes confrères et consœurs louent souvent ma mauvaise foi, il me faut admettre que je partage cette qualité avec Madame. Quand Monique s’agenouilla devant Jim, sans nous être concertées, Mireille et moi avons entonné l’air joyeux d’une fanfare de cirque annonçant le clou du spectacle.

– Vous me filez le trac avec vos conneries !

Les yeux et le visage de Jim, muet de surprise, confirmèrent la réputation de notre consœur. Après la leçon, il dut se soumettre à une interrogation orale, c’est le cas de le dire. Les yeux fermés, les mains dans le dos pour ne pas être tenté de les poser sur nos crânes, il lui fallut distinguer les fellations post-prandiales des turluttes matinales et des gâteries dominicales ainsi que l’enseignante qui les lui prodiguait. Une chose est acquise, Jim est un élève studieux, attentif et appliqué puisqu’il ne commit aucune erreur.

Après cette première leçon, Alain, Mireille et Monique se dirigèrent vers la porte du bureau, quand Jim, à l’érection impressionnante, se plaignit. “Vous ne pouvez pas me laisser dans cet état !” Mireille surjoua la surprise.

– Blanche-Minette ne t’a donc pas prévenu qu’elle a changé d’avis ?

Interloqué, il interrogeait Alain du regard quand ses yeux s’écarquillèrent et qu’un sourire incrédule s’épanouit sur son visage. “Oh, oh, oh my… oh my fucking God !”

L’éducation du dedans

Betsy, Alister, Gideon, Linus et Socrates sont arrivés au mas par leurs propres moyens. Socrates avait insisté sur ce point. Ils étaient ravis à l’idée de découvrir la Provence tout en s’appliquant à conduire à droite. Red ne serait pas de la partie, retenue par ses obligations familiales en période d’Halloween. L’arrivée de deux voitures dans la cour me surprit. Je pensais qu’ils n’en prendraient qu’une. Quand les portières s’ouvrirent, j’en compris la raison.

– Red ?! Mais qu’est-ce…

– Oublie Red, c’est Roweena l’affranchie qui est venue vous rendre visite !

– Tu as… comment as-tu… quel alibi, quelle raison t’a permis de venir ? Une autre loterie toute aussi improbable ?

– Mieux que ça ! Un détective privé ! Mon mari couchait avec une femme mariée que l’époux faisait suivre. Constat d’adultère. L’avocat du mari m’a avertie de mon infortune. J’ai fait un scandale et j’ai exigé quelques semaines pour faire le point loin de ma famille. Comme l’avocat m’a appelée le lendemain de notre réponse, on a décidé de vous faire la surprise.

– Mais tu as une chance de crapule !

– Ou est-ce un signe du destin ?

La question de Betsy resta en suspens. Les gamins s’impatientaient. Nous fûmes fermement conviés à prendre place dans la salle des fêtes du mas. Nos invités eurent à peine le temps de s’extasier que la lumière se tamisa pour nous plonger petit à petit dans le noir.

La voix de Pauline retentit des coulisses. Le sceau du destin. Saynète en deux époques et quatre tableaux, écrite par ma grand-mère dont je suis si fière. Aussitôt suivie par la voix de Vincent traduisant cette annonce en anglais.

  • Les personnages :
    • Jimmy jeune homme, joué par Vincent.
    • Odette jeune fille, jouée par Émilie
    • Un chérubin à la mode sixties, Enzo
    • Une chérubine à la mode sixties, Manon.
  • Le décor : Un petit boudoir décoré très XVIIIe siècle. Un sofa, des gravures au mur, un petit guéridon. Devant le sofa, un jeune homme en jeans et en tee-shirt tient dans ses bras, une jeune fille en robe blanche. À l’avant-scène se tiennent Enzo côté cour et côté jardin, Manon. À chaque réplique, ils tendront un petit panneau sur lequel est inscrite la traduction de ce que diront Vincent et Émilie, afin que les anglophones puissent profiter des subtilités de cette saynète.

Émilie tout contre le corps de Vincent, respire son odeur. Il lui dit à quel point il la désire, et comme il se sent fier qu’elle l’ait choisi pour la dépuceler. Ils s’embrassent langoureusement. Inquiète, elle lui demande.

– C’était bien ? T’as aimé ?

– Et toi qu’as-tu pensé de ton premier baiser ?

Elle parait réfléchir, hésiter, l’embrasse de nouveau.

– J’adore ça ! Mais tout cette salive dans ma bouche, ça ne t’ennuie pas ?

– Au contraire, Princesse !

– Pourtant, j’aurais cru… la bave… que tu trouverais ça écœurant

– Détrompe-toi, c’est tout l’inverse !

Ils s’effondrent sur le sofa. L’ardeur de leurs baisers s’intensifie.

– Mes nichons sont si lourds et tous ces picotements autour de mes mamelons, attends, je vais te montrer.

Le temps qu’elle dégrafe sa robe, il se déshabille. Alors qu’il retire son slip, elle s’arrête net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules.

– Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai !

Tendant un index timide, elle demande

– Je peux ?

– Mais bien sûr, Princesse que tu le peux, mais ne voulais-tu pas que je te caresse les nichons ?

Émilie a un geste agacé, comme pour lui dire « plus tard ». Vincent la laisse découvrir son sexe, l’approcher, le toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, le manipuler comme un enfant découvre un jouet.

– Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas !

Du bout de son index, Émilie agace le sexe de Vincent.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

– Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Elle fait alors courir ses longs doigts graciles le long du corps de Vincent.

– Bite ? Verge ?

Les deux mains d’Émilie à plat sur les cuisses de Vincent convergent vers son membre. 

– Pénis !

– Mais qu’est-ce que tu as à déglutir si fort ?

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Les mains de Vincent se crispent autour de la tête d’Émilie.

– Ô, put… fatché !

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

– Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Vincent cherche à glisser sa main entre les cuisses d’Émilie, mais elle se dérobe à ses caresses.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… je suis pleine de faux sperme…

– De faux sperme ?! De quoi parles-tu ?

– C’est un fluide qu’il faut essuyer au plus vite dehors comme dedans, discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon ne s’en aperçoive. Parce qu’ils n’aiment ni son odeur, ni sa texture et que ça nuit à la fécondité en tuant les spermatozoïdes, c’est pour ça qu’on l’appelle faux sperme.

Vincent éclate de rire.

– J’ignore où est née cette légende, mais je t’assure du contraire et que c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Si je suis sûre d’une chose, c’est que j’ai bien fait de te choisir pour me rendre ce service. Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

Ah bon ? Et pourquoi ?

Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Le doigt de Jimmy s’enfonce lentement en elle.

Si tu savais comme c’est bon de sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ?

Les cuisses d’Émilie se serrent autour de la main de Vincent, emprisonnant son doigt. Quand il peut sortir son doigt humide, il prend sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent.

À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt de son maître “la première jouissance d’une pucelle” avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

C’est vrai ?!

Non. Mais ça devrait !

Ils éclatent de rire. Elle prend sa main, la remet entre ses cuisses.

Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Oh, regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou t’es en train de juter ?

Non, il s’agit d’un lubrifiant naturel…

Ta bite est encore plus douce, comme ça…

– Qui t’a parlé de bite ?! Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge !… C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça, Odette !

Manon et Enzo tiennent chacun un pan du rideau, qu’ils referment en se rejoignant au centre de la scène. Sur un panneau « La soirée se poursuit », sur l’autre sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, une série de slows. Enzo prend le pan de rideau que tenait Manon, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Manon se retrouve côté cour et Enzo côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur une chambre du même palais. Un lit à baldaquin, une coiffeuse, quelques tableaux aux murs. Allongée sur le lit Émilie se laisse caresser par Vincent. Comme lors du tableau précédent, les chérubins lèvent à tour de rôle les panneaux traduisant les dialogues.

Le jeune Jimmy écarte les lèvres de la vierge Odette, lui décrit la beauté de ses replis, les différentes couleurs, s’extasie que l’entrée de son vagin soit de ce rose précis. Elle ferme les yeux pour s’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononce.

Ouvre les yeux Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai

Elle les ouvre.

Non ! N’arrête pas ! Continue !

Continuer quoi ?

Tu le sais bien…

Je veux te l’entendre dire, Princesse !

Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

Exactement, Princesse, exactement !

Oohh… C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

Tu pourrais sortir de ma…

De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

La p’tite bosse ? Ça ?

Oh oui ! Tu me la montreras ?

Je n’y manquerais pas, ma Princesse ! Guide-moi, indique-moi jusqu’où te pénétrer.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! Oh comme j’aime ta p’tite bosse… ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

– Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

– Tu m’as dit « stop »

– S’il te plaît, Jimmy… s’il te plaît…

– Je ne reprendrai mes va-et-vient que si tu acceptes de me guider avec tes mots. Dis-moi quand tu voudras que j’aille vite ou au contraire, lentement. Dis-moi si tu veux me sentir tout au fond ou bien si tu préfères sentir mon gland à l’entrée de ton vagin.

Comme le demande le jeune Jimmy, la jeune Odette le guide pendant cette première étreinte.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Il prend sa main et la guide vers son clitoris.

– Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

– Odette, je vais jouir…

– Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

– N’arrête pas ! N’arrête… pas ! Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… On bougera pas si tu préfères… Reste… S’te plaît !

– Non, je ne veux pas prendre le risque d’irriter ta petite chatte fraîchement déflorée !

– Tu vois, par ta faute, je me sens toute vide maintenant !

Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?… C’est quoi ce regard ?

S’il te plaît…

S’il te plaît quoi ?

Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Dans un sourire, il lui fait découvrir le bourrelet à la base de son gland. Elle l’embrasse avec tendresse.

Merci, Jimmy !

Serviteur, Odette !

D’une langue gourmande, elle humecte ses lèvres.

– C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue !

Manon et Enzo referment le rideau comme précédemment. Pauline, habillée comme le sont les conférencières qui se veulent un peu conteuses, arpente la scène avant de se tourner vers le public et de le prendre à témoin.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, ce qu’il aurait su s’il avait pris la peine de partir à la recherche du tiroir le plus secret du secrétaire…

S’interrompant, elle traduit ce préambule exagérant l’effet du suspens qu’elle laisse planer.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, c’est que soixante-treize mille quarante-sept jours s’étaient écoulés depuis cette nuit où, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute…

Pauline s’interrompt, traduit et sort de scène. Le rideau s’ouvre sur le décor du premier tableau.

  • Les personnages :
    • Le prince, joué par Enzo
    • La princesse, jouée par Manon
    • Le serviteur, joué par Lucas
    • Cupidon, joué par Vincent.
    • Cupidone, jouée par Émilie
  • Le décor : Sur le sofa, Manon costumée comme une princesse tout droit sortie d’une toile de Fragonard, cherche à échapper aux baisers d’Enzo lui-même vêtu à la mode de cette époque.

– Me tenez-vous pour un coq à glousser de la sorte ?

– Que nenni ! Que nenni ! Vous m’avez priée, ce tantôt, de vous ouvrir mon cœur, sans crainte de vos moqueries. Vous m’avez assurée de toute votre bienveillance à mon égard. Je vous livre donc mon tourment. Monsieur, sachez que j’ai une folle envie de répondre à votre baiser, las ! À cette idée, ma bouche s’emplit de fluides et je crains que cela ne vous incommode. Aussi, je tente de les avaler en déglutissant de la sorte.

– Votre candeur me charme, jolie Princesse… tant de fraîcheur ! Apprenez, gente demoiselle, que loin de me déplaire, cet afflux m’émoustille grandement !

– Puisqu’il en est ainsi…

Manon embrasse passionnément Enzo. Les caresses de celui-ci sont entravées par les nombreux dessous de Manon. Ils se dévêtent. Alors qu’elle ne porte plus qu’un bustier, Manon tombe en pâmoison devant le sexe dressé d’Enzo, digne descendant d’Alain.

– Si mes confidences devaient vous heurter, si vous les estimiez indignes d’une femme de mon rang, ne craigniez point de m’offenser en me demandant de cesser mon récit. Je fais souvent un songe qui me trouve troublée à mon éveil. Je suis la captive d’une geôle végétale, le centre exact d’un labyrinthe. L’espace est clos, rien ne distingue une haie d’une autre si ce n’est une statue d’Apollon. Je m’en approche, observe ce qui distingue les hommes des femmes et soudainement prise d’un transport charnel, commence à m’en régaler comme d’une friandise. Un passage s’ouvre alors. Passage au bout duquel une autre statue attend mon regard, espère mes caresses, aspire à mes baisers. À chaque statue ainsi honorée s’ouvre un nouveau passage vers la liberté.

– Ne vous interrompez point, Princesse, et narrez-moi ce qu’ensuite il advient !

– Hélas, mon Prince, je ne puis vous le dire puisque je me réveille dans le même état où je me trouve à présent. Une brûlure humide au plus profond de mon intimité et ces maudits fluides… Comment m’en débarrasser et m’assurer de les avoir chassés à tout jamais ? Comment apaiser cette brûlure ? Cela est-il seulement possible ?

– Mais ce sont justement ces fluides que nous recherchons, Princesse ! Laissez-moi vous démontrer leur utilité ! Mais avant toute chose, fermez les yeux et imaginez-vous dans ce labyrinthe, je serais une statue…

– Oh non, mon Prince ! Je serais bien marrie de devoir fermer les yeux devant tant de beauté !

Manon suce Enzo avec délectation, jouant à merveille la candeur gourmande d’une première fellation. De nouveau réunis sur le sofa, le Prince fait découvrir à la jeune Princesse les charmes de l’amour digital. L’ayant faite jouir, il tire un cordon. Lucas entre en scène, vêtu comme un valet de comédie portant perruque, entre ses mains un plateau d’argent.

Le Prince embrasse la jeune Princesse, sort son index et son majeur du sexe de la jeune fille, se tourne vers son valet « La première jouissance d’une pucelle… » Il tend ses doigts à son serviteur qui, à l’aide d’une spatule en or, recueille les sucs dont ils sont recouverts. Troublé par le regard extatique de la jeune fille, sa main tremble pendant qu’il en remplit la fiole, une goutte tombe sur son doigt, qu’il suce à l’abri des regards.

Après que son valet a recueilli la première jouissance, le Prince plonge deux doigts dans le puits d’amour de sa toujours pucelle, il les ressort, les offre à la bouche de la demoiselle tout en l’embrassant fougueusement.

Émilie et Vincent referment le rideau comme l’avaient fait avant eux Manon et Enzo. Les deux mêmes panneaux « La soirée se poursuit » et sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, un semblant de menuet fripon où les caresses sur les parties intimes semblent avoir été chorégraphiés par Éros en personne. Vincent prend le pan de rideau que tenait Émilie, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Émilie se retrouve côté cour et Vincent côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur la même chambre. Sur le lit est allongée Manon et s’apprêtant à la déflorer, Enzo. Se tenant debout au pied du lit, Lucas pose un plateau sur la coiffeuse et, un miroir dans chaque main, semble chercher l’angle idéal. Sur le plateau une fiole dotée d’une sorte d’entonnoir réfléchissant.

– Ne vous offusquez pas, ma mie, sa présence n’a aucune importance. Il n’est là que pour capturer, à l’aide de ces miroirs, votre regard quand je vous déflorerai. Il l’emprisonnera dans cette fiole ainsi je pourrai vous remettre le philtre d’amour que vous me suppliâtes, tantôt, de vous confectionner.

– Ce n’est pas tant sa présence qui m’importune, mais vous et moi, prince et princesse de sang royal, nus comme au premier jour devant ce valet habillé de pied en cap…

– S’il n’y a que cela pour défroisser votre joli minois et chasser cet air chagrin… Allons, mon brave, ne nous fais pas languir !

Lucas se dévêt.

– Oh ! Mais il est noir des pieds à la tête ? Je serais bien curieuse…

– Approche, approche, mon brave, montre à Madame ce qu’elle cherche à voir ! Qu’en pensez-vous, ma mie ? Ressemble-t-il à l’une de vos statues oniriques ?

– Point de statue de dieux maures ou nègres, mais si cela devait advenir lors d’un prochain rêve… Approche, approche… Ô, mon Prince, m’autorisez-vous tant que je suis encore pucelle, à me régaler de ce membre massif comme sculpté d’ébène ?

– Que pourrais-je refuser à celle qui m’offre de son philtre d’amour plus que la moitié ?

– Que ce membre est superbe et ces bourses réactives ! Regardez comme elles recherchent mes caresses et comme ensuite son membre se dresse ! Penche-toi, mon brave et montre-moi ton habileté à honorer ma bouche de Princesse.

Lucas s’approche de Manon, il lui baise la bouche. Grâce à un savant jeu de miroirs, le Prince et la Princesse peuvent profiter du spectacle. D’un geste de la main, Manon le congédie.

– Laisse-moi découvrir tous tes reliefs du bout de ma langue agile

Manon le suce avec passion puis, s’estimant prête, demande à Lucas de reprendre sa place auprès du guéridon. Le Prince la déflore, mais l’éclair dure plus longtemps qu’une étincelle. Lucas pensant avoir capturé l’intégralité du regard, a légèrement bougé et les trois ont été brièvement éclaboussés du reflet de cet instant. Manon en pleine extase psalmodie « Je me meurs, je me meurs ! » Le Prince rabroue son valet. « Elle se meurt, offre-lui les sucs de ton vit afin de la ramener à la vie ! »

Lucas s’exécute et comme plus tôt, offre la scène aux regards attentifs du Prince et de la Princesse. La vue du sexe de son serviteur baisant la bouche de la Princesse, transforme en fougue animale ce qu’il pensait être un dépucelage accort.

Enzo mord Manon avant de jouir, Manon jouit une fois encore, mais son cri est étouffé par le sexe de Lucas, qui jouit au fond de sa gorge peu après.

Le rideau se referme. Pauline, la conférencière, revient au milieu de la scène pour nous conter la morale de l’histoire.

– Ce que ce coquin de Jimmy ignorait, ce dont lui et sa princesse se moquent si souvent…

Pauline traduit et laisse encore planer le souffle du suspens.

– Ce que ce coquin de Jimmy et sa Princesse n’ont toujours pas compris, c’est que les signes du destin existent et qu’il faut savoir les reconnaître quand ils croisent notre chemin.

Jim et quelques autres, dont Cathy, approuvent bruyamment.

– Laquelle, lequel d’entre vous oserait prétendre que ce ne sont que les fruits du hasard quand tant de coïncidences coïncident ? Odette qui change de tenue au dernier moment et rate son bus. Le fait que personne ne puisse remarquer qu’elle ne sera pas là où elle est censée être. Jimmy qui s’entête à chercher l’appoint chez le kiosquier alors qu’il ne le fait jamais. Cet entêtement qui lui fait, lui aussi, rater son bus. Sa montre-gousset qu’il a dû, le jour-même, laisser chez l’horloger qui, le temps de la réparation, lui a prêté une montre bracelet. Cette même montre sur laquelle se reflète le soleil, indiquant à Odette que c’est l’homme idéal au bon moment. Et ces clients qui se décommandent au dernier moment, permettant à Jimmy d’offrir à Odette leur premier dîner-croisière sur la Seine.

Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’il s’agit de signes du destin ! Et si ce coquin de Jimmy, au lieu de s’amuser avec ses poilus, s’était donné la peine d’explorer toutes les cachettes du secrétaire, il y aurait trouvé cette anecdote consignée au cœur d’un carnet. Il aurait alors reconnu la scène alors qu’il la reproduisait avec Odette, soixante-treize mille quarante-huit jours plus tard, heure pour heure, minute pour minute.

Pauline traduit son propos, d’un geste invite Vincent à la rejoindre. Elle en français, lui en anglais expliquent alors que c’est ainsi que leur avait expliqué Mireille, leur grand-mère dont ils viennent, avec fierté, d’interpréter cette nouvelle saynète. Remue-ménage en coulisses, protestations bruyantes, Lucas, Émilie, Manon et Enzo envahissent le plateau. Lucas prend la parole, Émilie traduit. Elle a omis de vous raconter la fin de l’histoire ! Semblant prendre conscience de sa bévue, Pauline s’en excuse et poursuit, traduisant phrase après phrase.

– Si ce coquin de Jimmy avait lu le carnet, il aurait eu le fin mot de l’histoire. En léchant son doigt, le serviteur a bu une partie du philtre. En donnant ses doigts à sucer tout en embrassant la Princesse avec fougue, le Prince leur en avait aussi fait ingérer. Quant à l’autre composant, l’éclat du regard d’une pucelle se faisant déflorer, souvenez-vous, le serviteur les en avait brièvement aspergés. Ce qui eut pour conséquence de les unir à tout jamais, à travers le temps, à travers l’espace.

Est-ce par hasard que deux cents ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute, ce coquin de Jimmy pense faire une blague à Odette en croyant inventer cette histoire rocambolesque de philtre d’amour ? Est-ce par hasard qu’il reproduit les gestes de son illustre prédécesseur, dans les mêmes lieux, sur ce sofa précis, en usant des mêmes mots ? Est-ce encore qu’une simple coïncidence l’idée d’Odette qui pour se faire taquine évoque le regard d’une pucelle se faisant déflorer comme le second ingrédient dudit philtre ? N’y voyez-vous que le fruit du hasard, quand le premier surnom qui nous vienne à l’esprit en songeant à Odette soit Princesse ?

Mais, me direz-vous, où se trouvait le serviteur en 1967 ? Les temps ont heureusement bien changé. Cependant, tels des cailloux blancs, les signes du destin ont indiqué le chemin à nos deux pragmatiques, ils les ont menés aux antipodes où le troisième larron s’était caché. Et c’est tous en chœur que nous lui affirmons : Welcome home, Jim O’Malley !

Jim arrive en Provence

Quand les premières informations concernant les incendies en Australie ont été diffusées en France et bien que Perth en soit très éloigné, nous avons proposé à Jim de nous rejoindre dès que cela lui serait possible. D’autant que le climat social en France ne s’apaisait pas, au contraire, la contestation prenait de l’ampleur. Je craignais qu’une grève n’interdise à l’avion de Jim d’atterrir.

– Tu comprends la supériorité de la Provence sur Paris, Blanche-Minette ?

– Bah non ! Marseille c’est la France, une grève nationale reste une grève nationale !

– Boudiou ! Mais qu’elle est bête ! On est à deux pas de l’Italie et à quatre de la Suisse, parisienne de malheur ! C’est pas comme Paris, cité morose au milieu de nulle part…

– Je te déteste quand…

Jimmy et Mireille venaient d’entrer dans la cuisine où je faisais part de mes craintes à Marcel.

– Qu’a donc fait le Bavard pour que tu le détestes, Princesse ?

– Il a raison, je dois reconnaître qu’il a raison et c’est pour ça que je le déteste ! Et regarde-le qui se marre comme un bossu !

– J’ai cloué le bec à Blanche-Minette en lui ouvrant les yeux ! Faudra noter ça dans les registres de la Confrérie du Bouton d’Or !

– J’y ajouterai même que tu l’as fait de fort belle manière !

Marcel me prit dans ses bras pour une accolade légèrement bourrue.

Marcel tint à nous accompagner jusqu’à l’aéroport quand Jimmy et moi y avons accueilli Jim. Et c’est là que les ennuis ont commencé… Jim me serrait contre lui en répétant Princess, oh my sweet Princess ! Excédé, Marcel lui empoigna le bras.

– Non ! Pas Princesse. Blanche-Minette !

– What ? Bl… ?

– Blanche-Minette. Ou ail te poussi !

Jim ébahi s’exclama que ce surnom sonnait agréablement à ses oreilles. White pussy… Il demanda à Marcel de lui répéter et s’entraîna pendant toute la durée du trajet de retour. Blann’cheu minette. C’est à ce moment que j’ai mesuré l’étendue des dégâts. Jim allait apprendre le français avec l’accent provençal. Je voulus en avertir Jimmy, qui me fit une réponse de jésuite. Mais il est où le problème bann’dann’te prinn’cesse ? À une contre trois, j’ai dû capituler.

Il faut dire qu’ils se sont trouvés ces deux-là ! Leur complicité fut immédiate, à tel point qu’en arrivant à la maison du Toine, Alain nous accueillit par un tonitruant Té, Marcel, tu nous as ramené ton pote de régiment ? Avant de lui traduire ce qu’il venait de dire. Le mas était occupé par la petite classe qui répétait une saynète pour fêter son arrivée.

Alain venait de lui faire découvrir un des nombreux secrets de sa maison quand Jim s’exclama (l’Australien s’exclame beaucoup, c’est dans sa nature) J’aurais pu passer mille fois devant, je n’aurais rien remarqué ! Je te le jure !

– Hé, je te crois. Tiens, puisque t’es là, dis-y, toi !

– Ce ne sont pas mille, mais des millions de fois ! C’était la maison de mes grands-parents, j’y ai grandi et je n’en ai appris les secrets qu’à trente ans ! Et encore, parce que ma mamé les transmettait à sa vraie petite-fille, celle du cœur, à la belle Cathy, la femme d’Alain !

– Comment on dit “et de quelques autres” en anglais ?

Il y a peu, c’était moi à la place de Jim, je ne connaissais que peu de secrets de la maison de la rue basse, parce que je n’avais pas eu souvent l’occasion de m’y rendre et qu’elle en recèle davantage bien qu’étant plus petite. Quand Pierrot et Rosalie l’avaient achetée, elle était presque en ruine. Puisqu’ils la rénovaient et savaient pouvoir compter sur le silence des camarades qui les y aidaient, ils avaient pu en installer jusque dans certaines structures. Valentino avait expliqué à Christian sa technique arithmétique pour disséminer des cachettes sous le plancher à intervalles irréguliers, mais dont la logique lui permettait de pouvoir les retrouver sans avoir besoin d’en dessiner les plans. Et c’est en appliquant cette règle que Christian retrouva une petite cache oubliée de tous. Quand Christian m’a raconté l’histoire de cette découverte, Rosalie, Nathalie, Valentino, Barjaco m’étaient déjà assez familiers, mais je ne les connaissais guère que par ce que j’avais lu d’eux ou sur eux. En écoutant Christian, ils s’animèrent. Ils auraient pu apparaître en chair et en os devant moi, ils n’en auraient pas été plus vivants.

Valentino venait d’expliquer son système et voulut savoir si Christian l’avait compris. Ils entrèrent dans une chambre, Valentino supervisant les recherches de Christian, qui trouva toutes les cachettes. Valentino s’apprêtait à le féliciter avant de rejoindre les autres dans la salle à manger, quand Christian annonça Et la dernière ! Valentino allait lui expliquer pourquoi ce n’était pas possible, quand Christian ouvrit une petite trappe tronquée.

– D’un seul coup, les souvenirs ont assailli Valentino. Mais oui ! Elle avait donné lieu à moult négociations. Il avait fallu l’intervention de Rosalie pour que Valentino acceptât de la réaliser. Et c’était justement cette trappe qu’il avait oubliée. Mais ce n’est pas tout ! En descellant la trappe, j’y ai trouvé une petite boite, je l’ai brandie tel un trophée. Valentino sourit et me dit “pas besoin de clé, c’est un coffret à secrets que j’avais offert à la Confrérie du Bouton d’Or”. Nous l’avons descendu. En bas, il y avait Rosalie, Nathalie, Barjaco et Neuneuille, Monique, Alain, Cathy et leur petit qu’elle allaitait encore. Dans ce petit coffret, quatre compartiments et dans chacun, un petit bout de papier soigneusement plié.

J’avais découvert ce coffret oublié, il me revenait donc l’honneur de découvrir et d’annoncer le message qu’il contenait. Tous de la même main. Celle du Toine. Mon papé. Ce message lui tenait à cœur puisqu’il l’avait recopié sur chaque morceau de papier. Il tenait en trois mots La figure Rosalie. Nous avons failli perdre Neuneuille et Barjaco ce jour-là. À quatre-vingts ans passés, quand t’as été gazé dans les tranchées, un fou-rire peut devenir fatal !

Jim ne lâchait pas Marcel d’une semelle. Celui d’entre nous qui parle le moins bien anglais. Quand il lui présenta Mireille, il glissa à l’oreille de celle-ci Il te tarde, madame la curieuse, il te tarde ! Ce qui eut pour effet de la faire glousser et rougir violemment. Jim sursauta et la désignant s’exclama (qu’est-ce que je vous disais des Australiens…!) Wow ! Just like Princess ! Marcel fronça les sourcils, se racla la gorge. Em… Blann’cheu Minette ! Un sourire vainqueur s’épanouit sur le visage du Bavard. Une voix de plus dans son escarcelle et, qui plus est, une voix à l’accent méridional !

Mireille venait d’arriver de la salle de réception-bibliothèque où elle avait dressé deux ou trois petites choses à grignoter. Ce qui peut se traduire par les nazis peuvent revenir, on a de quoi tenir le siège, environ deux Stalingrad. Nous nous retrouvâmes tous là-haut. Jim était le pôle d’attraction ce qui le mettait un peu mal à l’aise. Une fois encore, Marcel décoinça la situation en proposant de lui faire découvrir une de nos saynètes.

– Mais elles sont en français, nos saynètes ! Tu vas…

– Eh bé quoi ? Y en a certaines que même sans comprendre les mots, tu comprends quand même ce qui s’y passe et tu devines ce qui va se passer ! Hein ? Qu’est-ce t’en dis, toi ? Hein ? Mouvie ? Hein ? Yes ! Mouvie ! Vous voyez vous autres… Bon comme on est dimanche…

– On est samedi

– Ouais, sauf que chez lui, en Australie, on est dimanche et que les lois de l’hospitalité, si on les respecte… Té, Jimmy Môssieur « Je fais le tour du monde parce que je représente la France dans les colloques internationaux », t’as des progrès à faire question diplomatie ! Merde, y a des règles de base à connaître ! Donc, puisqu’on est dimanche chez lui, jour du Seigneur. Religion.

Dès qu’un personnage apparaissait à l’écran, Marcel le désignait à Jim.

– Hey ! C’est bon, Marcel, vous n’avez pas si changé que ça, il peut vous reconnaître !

– Ta bouche, Madame l’épouse de l’Ambassadeur de la culture française ! Tiens, regarde, par ta faute, tu nous as fait manquer l’essentiel, il va plus rien comprendre…

Il remit donc la vidéo tout au début avec pour prétexte, la question posée à Jim You understand ? Yes ? Ok ! Puis, alors que personne ne lui disait rien, se justifia Comme ça, je suis sûr ! Jim adora littéralement La novice à confesse. Marcel avait raison, bien qu’ayant des connaissances en français plus que limitées, Jim a su en comprendre et en apprécier le propos.

– Beut’ no mouvie ouisse ouaillete poussie…

À Jim fort surpris, Marcel demanda à Alain de traduire Ils se les gardent pour eux. Pourquoi ? Bé, demande-leur ! S’il n’a pas son pareil pour décoincer les situations, Marcel sait également en tirer profit… Afin de ne pas passer pour les derniers des égoïstes aux yeux de Jim, nous fûmes contraints à accepter de leur laisser visionner l’intégralité de nos petites vidéos quand nous serions au mas, puisqu’elles se trouvaient dans l’ordinateur de Jimmy…

– But… Princess

Sortant une clé USB d’une de ses poches, Jim la proposa à Marcel. Et si en plus, t’aimes le pastaga, je t’adopte ! Il a donc fallu faire goûter du Pastis à Jim qui venait de débarquer de Perth. J’eus beau arguer qu’après de longues heures de vol, deux escales, le décalage horaire, le choc culturel, ça n’était pas raisonnable, rien n’y fit. Aucun des effets délétères que je redoutais ne se produisit. Au contraire, l’ambiance se détendit aussi rapidement que les verges se tendirent. Le visionnage de certaines vidéos tournées en Nouvelle-Zélande permit à mes consœurs et confrères de faire plus ample connaissance avec Jim. En se voyant à l’écran, Jim interpela joyeusement Marcel.

– Me ! It’s me !

– Et là, madame l’épouse de l’Ambassadeur, j’y dis quoi ? Qu’il a pas beaucoup changé depuis ?

Une victoire de plus à son actif. Quand je vous parlais de catastrophe…

Jean-Luc nous rejoignit, Marcel entonna Un Balafré qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop. Son nom, il le signe à la pointe de son zguèg, d’un B qui veut dire Balafré ! Jim ne comprenait rien d’autant que les gestes de Marcel pouvaient prêter à confusion. Comprenant qu’il pouvait se méprendre, Alain traduisit les paroles et en expliqua la raison. Jean-Luc, fidèle à lui-même, donna son sexe à voir. Du coup, chacun montra son engin. Ces messieurs découvrirent donc le membre de Jim avant ces dames. S’ils marquèrent un point question diplomatie, ils en perdirent quatre, question galanterie !

– Fouille di roz’ !

Devant l’air surpris de Marcel, Jim répéta Fouille di roz’. Bouffer lo ku !

Boudiou ! Vous lui avez appris le minimum vital ! Et quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu sais dire d’autre en français ?

Jim se gratta le menton, compta sur ses doigts en énumérant Bonjour. Bonne nuit. Fouille di roz’. Bouffer lo ku. À genoux ! Mais vous êtes nue, madame ! Je t’aime. C’est trop bon. Sodomie polie. Fellation post-prandiale (étrangement fort bien prononcée).

– C’est tout ?

Touché par je ne sais quelle grâce, Jim eut un éclair soudain Jimmy t’es le roi des cons ! Personne ne voulut admettre que j’ignorais où et comment il avait pu entendre cette phrase. Plus tard, alors que Sylvie, Mireille, Alain, Christian, Jimmy et moi parlions avec lui, Jim demanda Où est Marcel ? Christian lui désigna le banc de prière et de contrition où Marcel et Monique se livraient à une levrette de fort belle manière. Jim sursauta et s’exclama La levrette à Dédette ! ce qui nous fit bien rire.

En regardant dans la direction du banc, je vis Jean-Luc dans la bouche de Monique. Il me fit un clin d’œil conquérant, un brin hautain, mais tellement complice… Alain vanta la qualité légendaire des pipes de Monique. Jim pour indiquer à Alain qu’il mémorisait l’info, hocha la tête en répétant Mounico.

– Il nous l’a ensorcelé ! Le Bavard a jeté un sort sur Jim !

Son explication est plus terre-à-terre. C’est parce que vous parlez trop bien, trop compliqué. Moi, je cause facile, je prononce pas tout. Pour le moment, Marcel était trop occupé avec Monique pour remarquer que nous l’observions.

Jim piquait du nez. En parfaite hôtesse, bien qu’étant dans la maison du Toine, je lui proposai de lui montrer sa chambre. Nous rejoignîmes celle qui nous était réservée. Il tombait de sommeil, mais regrettait de rater cette soirée. Je lui indiquai les œilletons dissimulés dans la pièce. Il sourit en louant l’ingéniosité des anciens.

Le petit judas dissimulé au-dessus de la tête du lit permet d’avoir une vue plongeante sur la bibliothèque. Nous ne résistâmes pas à la curiosité. Marcel était avec Monique, Cathy et Daniel. Mireille avec Alain, Sylvie et Martial. Jimmy allait d’un groupe à l’autre. J’en profitai pour lui donner une leçon de français ainsi que les termes propres à notre Confrérie. Je désignai Martial, Sylvie, Alain et Cathy. La figure Rosalie. Jim sourit et répéta. La figure Rosalie.

Nos peaux se retrouvèrent, mais la fatigue du voyage, le décalage horaire et pour finir le pastis et le rosé que c’est presque pas du vin tellement c’est léger eurent raison de Jim qui tomba comme une masse. Je me lovai contre lui et m’endormis à mon tour. À son réveil, nous dormions tous. Comme nous l’en avions prié, il découvrit la maison. En arrivant dans la cuisine, il tomba nez-à-nez avec Marcel qui bougonna.

– Je suppose que c’est du thé pour toi ? Hein ? Tea ?

– Em… coffee, please.

– Coffee ?! T’es un bon gars, mon gars !

Marcel avait acheté un traducteur vocal, il râlait parce que la machine est pas foutue de me comprendre, elle me force à prendre l’accent pointu, celui du Nord. Jim lui avait répondu qu’il rencontrait le même problème. Ils étaient en grande discussion quand Mireille fit son entrée.

– Odette dort encore ?

– Pourquoi ?

– Ce qui m’ennuie, c’est que nous sommes dimanche… la tradition…

– La tradition traditionnelle, tu veux dire ?

– Hé oui, mon Marcel… Il reste un peu de café ?

– Assieds-toi à côté de Jim… l’honneur de la France est en jeu, tu tiens son destin entre tes mains, tes jolies lèvres et au bout de ta langue… Courage, belle Mireille, pense à la France. Tout ira bien.

Marcel se leva, servit un bol à Mireille tout en articulant au traducteur La tradition française de l’hospitalité ! Jim pensa que Marcel employait une formule grandiloquente pour évoquer la galanterie dont il faisait preuve en servant un café à Mireille. Elle en but une gorgée avant de plonger vers l’entrejambe de Jim qui fut ravi de sa méprise. Il s’exclama Fellation post-prandiale ! Marcel le détrompa. Non, non, non. Turlutte matinale ! Tel un diable jaillissant de sa boite, Mireille outrée repris sa place. Si c’est pour lui apprendre n’importe quoi, c’est pas la peine ! Pff…“turlutte matinale”…n’importe quoi ! Se passant du traducteur, elle dit Ce n’était pas une turlutte matinale. Non. Not turlutte matinale. Mais but gâterie dominicale. Ga-te-rie do-mi-ni-cale.

Jim, en élève appliqué, répéta ga-te-rie do-mi-ni-cale et, toujours avide de connaissances demanda ce qu’était une turlutte matinale. Mireille s’appliquait à montrer la différence à Jim qui voulait être certain de l’avoir bien saisie, quand je les rejoignis suivie de peu par les membres de la Confrérie. Marcel, pour une fois laconique, nous expliqua. Diplomatie. Si le petit-déjeuner n’a pas tourné à l’orgie, c’est parce que nous avions invité nos amis irlandais à découvrir notre univers avec autant de chaleur qu’ils nous avaient fait découvrir le leur. De plus, cela permit de donner un peu d’air à Jim qui ne fut plus l’unique pôle d’attraction.

Je ne sais pas quelle était son intention quand il demanda à Mireille qui scrutait attentivement son membre s’il était si différent que cela de celui de Martial. Elle suffoqua de surprise. Bien sûr ! Comme il l’est de celui de Marcel, d’Alain…t’as déjà vu deux sexes identiques, toi ?! Je traduisis son propos avec tant de véhémence que Marcel en plaisanta. Hou ! Avec ta question, tu nous l’a dédoublée ! Elle a fait rappliquer sa sœur jumelle !