– Tu permets ?
Marcelle sort un paquet de cigarettes et une grosse boîte d’allumettes de sa poche. Elle sourit de mon air surpris.
– Les briquets, c’est comme les bonshommes, ça tombe toujours en panne quand t’en as le plus besoin et pis, comme eux, en cas d’urgence tu sais jamais où ils sont fourrés !
Nous rions toutes les deux, une fois encore, j’ai l’impression que Louisette est à nos côtés. Mon regard se perd dans la fumée de la cigarette, les mots viennent tout seuls.
– Après la mort de mémé et pépé Touré, Louisette et Jean-Baptiste, si tu préfères, je suis allée chez ma correspondante anglaise. Je suis arrivée à Bath le 28 décembre précisément. Noël était passé, mais il régnait encore une ambiance de fête… c’est con, mais à Bath, ce 28 décembre 2009, j’ai compris ce que signifie réellement l’expression « l’esprit de Noël ». Au fait, tu crois plutôt au hasard ou plutôt à la destinée ?
– Ça dépend de mon humeur, Lili… Comme ça m’arrange, selon les circonstances. Des fois, c’est le hasard, des fois… mektoub…
– Normalement, cette histoire n’aurait jamais dû exister…
– Hélas, cet arbre qui tombe sur la bagnole de devant, celle de Jean-Batiss’ qui peut pas l’éviter et qui vient s’emplafonner dedans… putain de malchance…
– Je parle d’avant… bien avant. On avait des correspondants anglais au collège. La mienne s’appelait Emily, comme moi, mais sans accent sur le “e” et un “y” à la fin… On a échangé quelques lettres, moi en anglais, elle en français… mais après deux ou trois lettres, plus rien… comme les trois quarts des autres élèves de la classe… En tout cas, bien avant la fin de l’année plus personne ne s’écrivait. Sauf que, entre-temps, j’ai reçu une lettre, ou plutôt un mot, en anglais « J’ai trouvé ta lettre et ta photo. Tu voudrais bien correspondre avec moi même si je te dis que je n’apprends pas le français ? » J’ai répondu à cette Darlene et c’est comme ça qu’on s’est connues, elle et moi. Darlene… Un mélange tout à fait britannique, la franchise engoncée dans les bonnes manières… Darlene, quoi !
– Ça veut dire quoi ton drôle d’air ?
– Il m’a fallu du temps avant de connaître la vérité. Ma lettre et ma photo, elle les avait récupérées dans une poubelle. La si sympathique Emily les avait jetées devant elle, parce qu’elle ne voulait pas d’une sale négresse pour correspondante. Une sale négresse qui s’appelait comme elle, qui plus est !
– La connerie s’étend au-delà des frontières, c’est sûrement pour cela que les hommes sont frères…
– Oh, c’est joliment dit !
– Ouais, mais c’est pas de moi. Alors, cette Darlene…
– On se racontait nos vies, nos petits secrets… Enfin, Darlene me racontait les siens, parce que moi… J’étais une ado très sage, focalisée sur mes études. Je n’avais pas d’autres amis qu’elle en fin de compte, mais ça ne me manquait pas. Alors que Darlene… elle faisait la fête, allait chez ses copines pour des soirées pyjama et les invitait aussi. Oui, elle était bien plus délurée que moi. On était si différentes… pourtant, elle était mon amie et j’étais la sienne. On ne s’était jamais rencontrées, mais on le savait. D’instinct. Je ne sais pas comment te l’expliquer…
– Y a des choses qui s’expliquent pas… Les évidences, ça s’explique pas, c’est comme les coups de foudre. Tu sais ce qu’il aurait dit, Jean-Batiss’ ?
– Il aurait cité Montaigne « Parce que c’était lui, parce que c’était moi »
– Exact ! Il était balèze pour ça, il avait toujours une citation qui tombait pile-poil pour te sortir de la mouise ou pour expliquer l’inexplicable. Tiens, regarde.
Marcelle sort un carnet de la sacoche qu’elle a apportée.
– Avec Louisette, ils m’ont fait un carnet avec les citations, classées par thème… Ils en ont aussi fait un pour Rirette. Allez, continue ton histoire… t’es bien digne d’eux, tu sais… tu annonces que tu vas raconter un truc, pis tu pars dans tous les sens et moi… j’voudrais bien connaître la suite avant d’avoir oublié le début !
– Après les obsèques, je l’ai appelée et c’est comme ça qu’on s’est vues pour la première fois. Pour le passage à la nouvelle année, ses parents étaient partis à Bristol, on était que toutes les deux et j’étais bien décidée à en profiter. Darlene m’a entraînée dans une fête. J’y ai pris ma première cuite…
– Belle connerie. Tu me déçois, ma petite Émilie, tu me déçois, aurait dit la mère Mougin.
– Pourquoi ?
– Picoler pour se donner du courage avant d’offrir sa petite fleur, c’est une belle connerie, si tu veux mon avis. Parce que, me dis pas que c’était pour avoir la bonne excuse « j’étais ivre, je savais pas c’ que je faisais », ça serait pire que tout, indigne de Louisette !
– Ah… je vois ce que tu veux dire. Mais non… J’avais rien prévu. C’est arrivé comme ça… Déjà, c’était une soirée entre filles, on a fait un jeu, genre « action ou vérité »… tu vois de quoi je parle ?
– Parfaitement. Tu sais, Lili, la Terre, elle a pas commencé à tourner le jour de ta naissance !
– C’était surtout un bon prétexte pour picoler. Je n’avais jamais bu une goutte d’alcool avant. Je te passe les détails, mais à la fin de la soirée, j’étais tellement bourrée que je ne tenais plus sur mon vélo. Après deux chutes, Darlene a téléphoné à son cousin Matt qui est venu nous chercher en voiture avec Nick, un ami. Ils avaient prévu de finir l’année au pub, mais puisque l’amie de Darlene était hors d’état de rentrer…
– Un vrai gentleman, si j’comprends bien !
– Oui. Enfin… en quelque sorte.
– Ah, il avait une idée derrière la tête ?
– Non. Plutôt de la curiosité, une frenchie qui tient pas l’alcool, il voulait voir ça, un peu comme…
– Si on te parlait d’un Anglais cordon bleu ?
Nous éclatons de rire.
– En chemin, on a croisé Andy, qui avait sur lui de quoi fumer, mais pas des cigarettes, si tu vois ce que je veux dire.
– Le fameux encens tropical.
– Le quoi ?!?!?!
– Tu connais pas l’encens tropical ? Demande à Martial de t’en causer. C’était son pote de l’armée… un beau gosse au sourire ravageur… Je crois même qu’il était un peu anglais sur les bords, d’ailleurs.
– Jimmy ?!?!
– Oui, c’est ça, Jimmy ! Tu le connais ? Et si je te dis Jean-Luc, ça te dit quelque chose ?
– Bien sûr, d’ailleurs, c’est lui qui a trouvé le lot de cassettes.
– C’était le troisième membre du binôme. Euh… de l’équipe, on va dire. Jean-Luc… Lui… Avec lui, je savais pas trop sur quel pied danser… Il se donnait des airs d’affranchi, mais (Marcelle éclate de rire) dès que la môme Dédette était dans les parages (elle rit plus fort), il devenait bègue et filait se cacher dans la chambre de Martial, un peu comme une souris qui aurait croisé un matou affamé !
– Donc, l’encens tropical ?
– Louisette avait remarqué que parfois y avait une odeur pas très catholique dans la chambre de Martial. Quand elle a demandé ce que c’était, le fameux Jimmy leur a boni que c’était de l’encens tropical… Pff… t’imagines bien qu’ils sont pas tombés dans le panneau. Et Jean-Batiss’… Il était bien brave, bien gentil le Jean-Batiss’, mais il savait se montrer fourbe quand il le fallait. Il a joué au con. « Mais oui, ma Louison chérie, je connais ça, l’encens tropical, en Côte d’Ivoire… » Il parait que la mine des gamins valait son pesant d’or, alors, il les a terminés. « En revanche, chez nous, on le faisait brûler à l’extérieur pour éviter les irritations oculaires… Il est manifeste que vous ignorez cette précaution, ce qui explique vos yeux rougis ».
– Oh, le chien ! Mais j’avoue que j’aurais adoré voir la scène… Digression pour digression, sache que depuis Odette vit avec Jimmy.
– Et le petit Jean-Luc ?
– Il butine, d’une femme à l’autre… même s’il a sa préférence…
– C’est marrant c’ que tu m’ dis là, j’aurais parié qu’il mourrait puceau !
– Toi aussi ?! Dédette le croyait aussi, alors qu’en fait… c’est un sacré baiseur, si tu me permets l’expression.
– La p’tite Dédette avec le beau Jimmy… pour une nouvelle, c’est une nouvelle ! Mais revenons à nos moutons… Donc, les angliches et toi…
– On s’est retrouvés chez Darlene, j’ai fumé pour la première fois. Darlene a fumé un peu et puis, elle s’est excusée, elle est allée se coucher et moi, je suis restée avec ces trois Anglais, super sympas, qui me parlaient comme si je n’avais pas que quinze ans. J’adorais cette discussion, j’étais une grande personne, à égalité avec eux. Quand j’ai réalisé tout ce que j’avais fait pour la première fois durant ces quelques heures, j’ai été prise d’un fou-rire. Il a fallu que je m’explique, en gros, je leur ai dit qu’en France, il faut avoir 18 ans pour boire de l’alcool, que bientôt même pour acheter des clopes il faudrait aussi être majeur, et que moi, je faisais tout ça à quinze ans. Et… pourquoi j’ai pris cet exemple, alors que j’aurais pu parler du droit de vote ou du permis de conduire ? J’ai fini en leur disant qu’il ne manquait plus que je regarde un film porno pour que la boucle soit bouclée… J’ai pris le verre de jus d’orange des mains d’Andy, bon… c’était du gin orange… ça m’a arraché la bouche… et je leur ai demandé de me montrer un film porno. Alors là, ils étaient pas d’accord, pas d’accord du tout, mais j’ai insisté. Alors, ils m’ont demandé de choisir quel genre de film… et je me suis mal exprimée… Je voulais dire « un film à regarder quand on est quatre, une fille et trois garçons » et j’ai dit « un film avec une fille et trois garçons »… Pas besoin de te faire un dessin, je suppose.
Je ferme les yeux comme pour chercher un vieux souvenir, en fait, je crains le regard de Marcelle.
– J’ai compris mon erreur dès les premières images, mais justement… ces images ont fait exploser une bombe de désir dans mon ventre. Je fixais les images, je n’en pouvais plus. Ce qui m’avait semblé être une bombe était plutôt un feu d’artifice et… peut-être à cause de l’alcool, ou peut-être à cause de… l’encens tropical… ou peut-être à cause des deux, une image s’est imposée à moi. Je voulais plus que tout au monde que mon dépucelage soit le bouquet final de ce feu d’artifice. Un long, un très long bouquet final. Cette image s’est transformée en obsession. J’ai eu du mal à les convaincre.
– Belle comme tu l’es ça a pas dû être si difficile que ça…
– Au contraire ! Ils ont vraiment hésité, ils ne voulaient pas abuser de la situation, tu vois ? J’ai fini par les convaincre et j’ai précisé que je voulais une première fois exceptionnelle. Je voulais le meilleur des trois pour me dépuceler.
– Et ils ont réussi à choisir sans se foutre sur la gueule ?!
– Rigole pas, mais en fait, Andy était aussi puceau que moi, Nick s’était déjà fait « un peu » sucer, et le seul qui avait vraiment baisé, c’était Matt, le cousin de Darlene. Je leur ai demandé de me déshabiller, j’ai adoré qu’ils le fassent tous les trois… ça me faisait des frissons dans tout le corps… et dans la tête aussi. Matt s’est désapé, quand j’ai vu son sexe en érection, je n’en avais jamais vu un en vrai avant… je n’avais jamais rien vu d’aussi désirable, le désir me brûlait vraiment… Un désir si puissant qu’il en était presque douloureux. Je n’osais même pas le toucher, de peur d’abîmer cette beauté absolue, je répétais « c’ que c’est beau, c’ que c’est beau ! », en anglais bien sûr ! Ses doigts sur mon corps, sur mes seins, sur ma vulve, ses doigts qui me caressaient… et ses baisers ! Quand j’y pense, je réalise que c’est lui qui m’a roulé ma première pelle !
Il m’a pénétrée. Je n’ai ressenti que du plaisir. Je lui ai dit « Quand tu me fais ça, je me sens belle ». C’est pas que je me trouvais laide, mais je ne m’étais jamais trouvée belle non plus. Je crois que je ne me trouvais pas du tout, en fait ! Mais quand il m’a pénétrée, que ses yeux guettaient la moindre de mes réactions, putain… je ne me suis pas trouvée belle, j’étais belle. Et ces sensations qui naissaient dans mon corps… des sensations inconnues, des sensations que je n’aurais jamais imaginées… ! Une seule ombre au tableau, Andy et Nick nous regardaient attentivement, mais restaient habillés. Nick avait même une main dans sa poche, comme une conne, je croyais qu’il cherchait ses clés pour rentrer chez lui ! Arrête de rigoler, s’il te plaît ! Andy m’excitait sans le savoir, sans le vouloir, il serrait ses bourses par-dessus son jean… comme s’il voulait me punir « tu ne verras pas ma queue »…
Plus Matt allait et venait en moi, au mieux mon corps ondulait. J’adorais le voir ainsi, comme s’il naissait à la vie… comme une poupée de chiffon devenue femme… Nick s’est approché de moi, il a retiré la main de sa poche et a caressé mes seins, mon ventre. Je gémissais de plaisir. Je lui ai demandé de se déshabiller, mais j’étais incapable de prononcer le moindre mot en anglais… m’entendre parler en français, les excitait de ouf… Il a très vite compris, Andy s’est aussi enfin foutu à poil… et à cet instant précis, j’ai vu sur l’écran une image bien… alléchante. Toujours incapable de le demander en anglais, j’ai fait comprendre à Matt, que je voulais lui faire ça… Ma première pipe. Pour faire comme la nana du film, je m’étais mise à genoux.
– Pourquoi que tu lèves les yeux au ciel, comme ça ?
– Parce que, je n’avais pas vu toute la scène… Si j’avais su… Je crois que j’aurais commencé par ça ! Je suçais avec gourmandise la belle queue de Matt quand j’ai senti une autre me pénétrer… Oh ! Quel pied ! On a dû faire trop de bruit parce qu’on a fini par réveiller Darlene. Elle est descendue de sa chambre, et elle nous a engueulés parce qu’on ne l’avait pas invitée…
– Pour son dépucelage ?
– Non. Elle avait déjà couché, elle. Mais elle fantasmait sur les partouzes, sauf que quand t’as quinze ans, t’as pas envie que ça se sache… Avec eux, le secret de cette nuit serait bien gardé. Je lui ai laissé ma place et j’ai rejoint Andy… On a baisé jusqu’au petit matin, changeant de partenaire, de position au gré de nos envies, regarder le film ne m’intéressait plus du tout, mais regarder Darlene… savoir qu’elle me regardait… et tous ces mots plein de tendresse et de crudité dont ces mecs nous abreuvaient… J’ai su que c’était ça, pour moi, le vrai romantisme, baiser jusqu’à n’en plus pouvoir, baiser comme si on devait mourir demain.
Je reprends enfin mon souffle, très fière de moi. Marcelle me regarde avec admiration, me semble-t-il.
– Je crois que c’est à ton tour de me raconter un souvenir. Donnant-donnant, t’avais dit.
– Mais tu vois nos deux lascars qui s’amènent ? Attends que je leur cause un peu.
Lucas et Xav’ sont sur le point de s’asseoir quand Marcelle les apostrophe « Dites donc, les garçons, ça vous ennuierait que Lili et moi on finisse de causer chez moi et que Xav’ fasse visiter son logement au p’tit Lucas ? »

j’ai fait un très grand sourire matinal
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Merci ! C’est un peu mon objectif, faire sourire avec des textes érotiques.
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a quand la suite
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Si je le savais…! Je suis en train de l’écrire.
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ok
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Ça y est ! Je viens de poster la suite.
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Je te retrouve…. et qu’est-ce que ça fait du bien ! Moi aussi, j’ai souri en te lisant. Je vais d’ailleurs t’envoyer quelque chose à te mettre sous les yeux : tu me diras si tu aimes. Des bises et à bientôt pour la suite.
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