Alliance française

Comme dans n’importe quel pince-fesses, nous déambulions d’un buffet à l’autre, un verre, une cigarette à la main. À ceci près que les fesses y étaient plus caressées que pincées, tel un apéritif pré-orgiaque plein de promesses. Dès la fin de leur spectacle, les gamins nous avaient entourés, Émilie surtout voulait savoir si ça nous l’avait refait. Vincent souriait en coin, déjà certain de notre réponse. Une fois encore, quand, sur scène, Émilie avait caressé Vincent, j’avais senti la peau de Marcel sous mes doigts et il avait ressenti mes mains sur son corps et quand Vincent l’avait pénétrée, Christian avait pris la place de Marcel dans nos sensations. Marcel avait d’ailleurs demandé à son petit-fils si, une prochaine fois, il n’y aurait pas moyen de changer l’ordre des choses.

Je cherchai Betsy du regard avant de l’apercevoir en grande discussion avec Joseph, Alain servant d’interprète, je voulais justement les présenter l’une à l’autre. Un peu plus tard, Roweena me fit part de sa surprise en apprenant que Mireille ne parle pas ou si peu anglais. Vincent venait de lui expliquer C’est Émilie qui a traduit les dialogues. J’entendis l’éclat de rire d’Alain et de Jimmy, je les regardai. Monique riait également. Jim avait l’air innocent de l’agneau qui vient de naître. Il argumentait, prenant Jimmy à partie. Il me chercha du regard, je m’approchai escortée de Mireille et Roweena.

– Ils ne me croient pas quand… Jimmy me répète tout le temps que je dois apprendre le français, n’est-ce pas ? Et maintenant que je veux être sûr de comprendre les subtilités de votre langue, il se moque de moi !

– Comment ça ?

– Je voudrais être sûr d’avoir bien saisi la différence entre “fellation post-prandiale”, “turlutte matinale” et “gâterie dominicale”, j’ai demandé à Mounico parce que…

– Parce qu’elle était institutrice ?

– Ah bon ? Elle aussi ? Mais vous étiez tous enseignants ?!

Non, non ! Seulement Monique, Jimmy, Martial et Jean-Luc ! Mais pourquoi Monique alors ?

– Alan m’a appris que pour les pipes, Mounico…

– Aloune ! Si tu m’appelles Mounico, tu l’appelles Aloune, s’il te plaît !

– Aloune m’a dit que Mounico… c’était juste pour apprendre…

– Et comme professeur de mauvaise foi, t’as eu Odette ?

– Non ! Odette c’est la levrette à Dédette !

– Rigole pas en mangeant, je ne suis pas certaine de te ranimer, cette fois !

– De toute façon Christian est infirmier et pompier bénévole, tu ne risques rien parmi nous !

Jimmy traduisit les propos de Mireille. Jim s’exclama

– Vous avez aussi des incendies, ici ?

– Mais boudiou, t’as donc pas vu la végétation ?!

– Et quand je l’aurais vue ? Après l’aéroport, on est allés dans la belle maison et ensuite ici !

– Je te montrerai ça, mon gars, tu verras et tu comprendras.

En revanche, ce que nous ne comprenions pas, c’est que parlant chacun dans sa langue maternelle, ces deux-là se comprenaient parfaitement. Socrates et Linus invitèrent Jimmy, Marcel et Roweena à les rejoindre. Je vis Marcel tendre son traducteur à Linus qui le retourna dans tous les sens avant de le passer à Gideon. Les Irlandais, satisfaits, opinèrent en souriant.

– Hé, Blanche-Minette, quand tu auras fini de rêvasser, tu penseras à remplir tes obligations ! Ne me regarde pas avec tes yeux de merlan frit ! Tu sais bien pourquoi, on ne parle pas toutes le français avec le même accent ! Élève Jim, si vous voulez bien vous donner la peine…

Mireille nous fit signe de la suivre jusque dans le bureau de Jimmy. Alain se joignit à nous afin de superviser la leçon, qui débuta par ses mots.

– Bon, Princesse à Jimmy, montre à tes collègues ce que tu entends par “fellation post-prandiale”, que vous soyez bien d’accord sur les termes.

Je m’agenouillai devant Jim, assis sur le canapé, le débraguettai, constatai qu’il portait son jean à même la peau, ce qui, d’après Mireille “dénote une réelle envie de progresser dans l’apprentissage de la langue de Molière. Jim était aux anges et souriait béatement.

Je léchai son membre d’une langue gourmande, agaçai le bout de son gland avec mes lèvres. Quand il posa ses mains puissantes sur mon crâne, je l’avalai lentement. Quelques va-et-vient, d’autres coups de langue, d’autres agacements, je relevai la tête. “Fellation post-prandiale. Mireille sursauta.

– Ah bon ? Pour ma part, j’aurais ajouté… Oh, mais tu n’avais pas menti, Blanche-Minette ! Votre membre est une œuvre d’art, mon cher, une véritable œuvre d’art ! À une fellation post-prandiale, j’ajouterais… attends, je te montre…

Mireille demanda à Jim d’ôter son jean, ce qu’il fit volontiers, elle comprima alors ses seins pour en faire un petit nid au creux duquel elle blottit les deux œufs de Jim. Elle dégusta son membre d’une langue gourmande, embrassa son gland du bout des lèvres, avant d’avaler son sexe jusqu’à la moitié de la hampe. Quelques va-et-vient, d’autres agacements, ses mains comprimant toujours ses seins.

Jim marmonnait, entre gémissements et grognements. Le contraste entre le ton de sa voix et celle d’Alain, qui traduisait ses propos, était saisissant. “Oh, mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Quel bonheur ! Quel chanceux je suis oh mon Dieu ! Je me suis vu mourir seul dans oh mon Dieu ! Seul dans mon bateau… Princess m’a sauvé oh mon oh oui conte de fées par quel miracle ?” Mireille stoppa net, le regarda dans les yeux, fronça les sourcils.

– Tu as déjà oublié le philtre d’amour ? Tu as été bien attentif pendant la représentation, j’espère !

– Oh oui, Madame !

Elle reprit sa démonstration, offrant les mêmes caresses, les mêmes baisers, les mêmes agacements, les bourses et la base du membre de Jim nichées entre ses seins. Elle cessa dès qu’elle le sentit sur le point de jouir. “Fellation post-prandiale. Jim répéta “Fellation post-prandiale.

– Et pour toi, Monique, c’est comment une fellation post-prandiale ?

– On verra plus tard, montre-nous plutôt la différence entre turlutte matinale et gâterie dominicale !

Mireille se releva, défroissa sa jupe. Jim tendit les mains pour la dégrafer. “Tss, tss ce sera après la leçon. Le bon point récompensant l’élève attentif !” Elle s’assit à la droite de Jim. “Une turlutte matinale, c’est comme ça. Elle ouvrit sa bouche en cœur, fit d’amples va-et-vient, tout en tapotant du bout de ses doigts la hampe du membre de Jim quand sa bouche arrivait au niveau du gland.

– Turlutte matinale

Jim rouvrit les yeux et répéta. “Turlutte matinale”. Satisfaite, Mireille se redressa, sagement assise à la droite de Jim. “Et maintenant, la gâterie dominicale.” Elle se pencha à nouveau, d’une langue humide, lécha Jim des gonades jusqu’au gland, ses lèvres, désormais vierges de toute trace de maquillage, se posèrent dessus et s’ouvrirent pour avaler tout en douceur le membre de notre élève studieux. Avec la même douceur, elle fit marche arrière, asséna une délicate pichenette sur le scrotum.

– Oh, my God !

– Et oui, oh my God ! C’est pour cela qu’on parle de gâterie dominicale, à cause du jour du Seigneur ! À vous de jouer, mesdames !

Je donnai libre cours à mon imagination ou, pour reprendre l’analyse de Mireille “le turlutai à la parisienne et le gâtai comme une impie. Mes confrères et consœurs louent souvent ma mauvaise foi, il me faut admettre que je partage cette qualité avec Madame. Quand Monique s’agenouilla devant Jim, sans nous être concertées, Mireille et moi avons entonné l’air joyeux d’une fanfare de cirque annonçant le clou du spectacle.

– Vous me filez le trac avec vos conneries !

Les yeux et le visage de Jim, muet de surprise, confirmèrent la réputation de notre consœur. Après la leçon, il dut se soumettre à une interrogation orale, c’est le cas de le dire. Les yeux fermés, les mains dans le dos pour ne pas être tenté de les poser sur nos crânes, il lui fallut distinguer les fellations post-prandiales des turluttes matinales et des gâteries dominicales ainsi que l’enseignante qui les lui prodiguait. Une chose est acquise, Jim est un élève studieux, attentif et appliqué puisqu’il ne commit aucune erreur.

Après cette première leçon, Alain, Mireille et Monique se dirigèrent vers la porte du bureau, quand Jim, à l’érection impressionnante, se plaignit. “Vous ne pouvez pas me laisser dans cet état !” Mireille surjoua la surprise.

– Blanche-Minette ne t’a donc pas prévenu qu’elle a changé d’avis ?

Interloqué, il interrogeait Alain du regard quand ses yeux s’écarquillèrent et qu’un sourire incrédule s’épanouit sur son visage. “Oh, oh, oh my… oh my fucking God !”

Face à face

L’éducation du dedans

Betsy, Alister, Gideon, Linus et Socrates sont arrivés au mas par leurs propres moyens. Socrates avait insisté sur ce point. Ils étaient ravis à l’idée de découvrir la Provence tout en s’appliquant à conduire à droite. Red ne serait pas de la partie, retenue par ses obligations familiales en période d’Halloween. L’arrivée de deux voitures dans la cour me surprit. Je pensais qu’ils n’en prendraient qu’une. Quand les portières s’ouvrirent, j’en compris la raison.

– Red ?! Mais qu’est-ce…

– Oublie Red, c’est Roweena l’affranchie qui est venue vous rendre visite !

– Tu as… comment as-tu… quel alibi, quelle raison t’a permis de venir ? Une autre loterie toute aussi improbable ?

– Mieux que ça ! Un détective privé ! Mon mari couchait avec une femme mariée que l’époux faisait suivre. Constat d’adultère. L’avocat du mari m’a avertie de mon infortune. J’ai fait un scandale et j’ai exigé quelques semaines pour faire le point loin de ma famille. Comme l’avocat m’a appelée le lendemain de notre réponse, on a décidé de vous faire la surprise.

– Mais tu as une chance de crapule !

– Ou est-ce un signe du destin ?

La question de Betsy resta en suspens. Les gamins s’impatientaient. Nous fûmes fermement conviés à prendre place dans la salle des fêtes du mas. Nos invités eurent à peine le temps de s’extasier que la lumière se tamisa pour nous plonger petit à petit dans le noir.

La voix de Pauline retentit des coulisses. Le sceau du destin. Saynète en deux époques et quatre tableaux, écrite par ma grand-mère dont je suis si fière. Aussitôt suivie par la voix de Vincent traduisant cette annonce en anglais.

  • Les personnages :
    • Jimmy jeune homme, joué par Vincent.
    • Odette jeune fille, jouée par Émilie
    • Un chérubin à la mode sixties, Enzo
    • Une chérubine à la mode sixties, Manon.
  • Le décor : Un petit boudoir décoré très XVIIIe siècle. Un sofa, des gravures au mur, un petit guéridon. Devant le sofa, un jeune homme en jeans et en tee-shirt tient dans ses bras, une jeune fille en robe blanche. À l’avant-scène se tiennent Enzo côté cour et côté jardin, Manon. À chaque réplique, ils tendront un petit panneau sur lequel est inscrite la traduction de ce que diront Vincent et Émilie, afin que les anglophones puissent profiter des subtilités de cette saynète.

Émilie tout contre le corps de Vincent, respire son odeur. Il lui dit à quel point il la désire, et comme il se sent fier qu’elle l’ait choisi pour la dépuceler. Ils s’embrassent langoureusement. Inquiète, elle lui demande.

– C’était bien ? T’as aimé ?

– Et toi qu’as-tu pensé de ton premier baiser ?

Elle parait réfléchir, hésiter, l’embrasse de nouveau.

– J’adore ça ! Mais tout cette salive dans ma bouche, ça ne t’ennuie pas ?

– Au contraire, Princesse !

– Pourtant, j’aurais cru… la bave… que tu trouverais ça écœurant

– Détrompe-toi, c’est tout l’inverse !

Ils s’effondrent sur le sofa. L’ardeur de leurs baisers s’intensifie.

– Mes nichons sont si lourds et tous ces picotements autour de mes mamelons, attends, je vais te montrer.

Le temps qu’elle dégrafe sa robe, il se déshabille. Alors qu’il retire son slip, elle s’arrête net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules.

– Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai !

Tendant un index timide, elle demande

– Je peux ?

– Mais bien sûr, Princesse que tu le peux, mais ne voulais-tu pas que je te caresse les nichons ?

Émilie a un geste agacé, comme pour lui dire « plus tard ». Vincent la laisse découvrir son sexe, l’approcher, le toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, le manipuler comme un enfant découvre un jouet.

– Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas !

Du bout de son index, Émilie agace le sexe de Vincent.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

– Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Elle fait alors courir ses longs doigts graciles le long du corps de Vincent.

– Bite ? Verge ?

Les deux mains d’Émilie à plat sur les cuisses de Vincent convergent vers son membre. 

– Pénis !

– Mais qu’est-ce que tu as à déglutir si fort ?

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Les mains de Vincent se crispent autour de la tête d’Émilie.

– Ô, put… fatché !

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

– Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Vincent cherche à glisser sa main entre les cuisses d’Émilie, mais elle se dérobe à ses caresses.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… je suis pleine de faux sperme…

– De faux sperme ?! De quoi parles-tu ?

– C’est un fluide qu’il faut essuyer au plus vite dehors comme dedans, discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon ne s’en aperçoive. Parce qu’ils n’aiment ni son odeur, ni sa texture et que ça nuit à la fécondité en tuant les spermatozoïdes, c’est pour ça qu’on l’appelle faux sperme.

Vincent éclate de rire.

– J’ignore où est née cette légende, mais je t’assure du contraire et que c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Si je suis sûre d’une chose, c’est que j’ai bien fait de te choisir pour me rendre ce service. Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

Ah bon ? Et pourquoi ?

Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Le doigt de Jimmy s’enfonce lentement en elle.

Si tu savais comme c’est bon de sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ?

Les cuisses d’Émilie se serrent autour de la main de Vincent, emprisonnant son doigt. Quand il peut sortir son doigt humide, il prend sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent.

À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt de son maître “la première jouissance d’une pucelle” avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

C’est vrai ?!

Non. Mais ça devrait !

Ils éclatent de rire. Elle prend sa main, la remet entre ses cuisses.

Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Oh, regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou t’es en train de juter ?

Non, il s’agit d’un lubrifiant naturel…

Ta bite est encore plus douce, comme ça…

– Qui t’a parlé de bite ?! Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge !… C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça, Odette !

Manon et Enzo tiennent chacun un pan du rideau, qu’ils referment en se rejoignant au centre de la scène. Sur un panneau « La soirée se poursuit », sur l’autre sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, une série de slows. Enzo prend le pan de rideau que tenait Manon, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Manon se retrouve côté cour et Enzo côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur une chambre du même palais. Un lit à baldaquin, une coiffeuse, quelques tableaux aux murs. Allongée sur le lit Émilie se laisse caresser par Vincent. Comme lors du tableau précédent, les chérubins lèvent à tour de rôle les panneaux traduisant les dialogues.

Le jeune Jimmy écarte les lèvres de la vierge Odette, lui décrit la beauté de ses replis, les différentes couleurs, s’extasie que l’entrée de son vagin soit de ce rose précis. Elle ferme les yeux pour s’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononce.

Ouvre les yeux Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai

Elle les ouvre.

Non ! N’arrête pas ! Continue !

Continuer quoi ?

Tu le sais bien…

Je veux te l’entendre dire, Princesse !

Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

Exactement, Princesse, exactement !

Oohh… C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

Tu pourrais sortir de ma…

De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

La p’tite bosse ? Ça ?

Oh oui ! Tu me la montreras ?

Je n’y manquerais pas, ma Princesse ! Guide-moi, indique-moi jusqu’où te pénétrer.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! Oh comme j’aime ta p’tite bosse… ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

– Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

– Tu m’as dit « stop »

– S’il te plaît, Jimmy… s’il te plaît…

– Je ne reprendrai mes va-et-vient que si tu acceptes de me guider avec tes mots. Dis-moi quand tu voudras que j’aille vite ou au contraire, lentement. Dis-moi si tu veux me sentir tout au fond ou bien si tu préfères sentir mon gland à l’entrée de ton vagin.

Comme le demande le jeune Jimmy, la jeune Odette le guide pendant cette première étreinte.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Il prend sa main et la guide vers son clitoris.

– Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

– Odette, je vais jouir…

– Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

– N’arrête pas ! N’arrête… pas ! Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… On bougera pas si tu préfères… Reste… S’te plaît !

– Non, je ne veux pas prendre le risque d’irriter ta petite chatte fraîchement déflorée !

– Tu vois, par ta faute, je me sens toute vide maintenant !

Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?… C’est quoi ce regard ?

S’il te plaît…

S’il te plaît quoi ?

Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Dans un sourire, il lui fait découvrir le bourrelet à la base de son gland. Elle l’embrasse avec tendresse.

Merci, Jimmy !

Serviteur, Odette !

D’une langue gourmande, elle humecte ses lèvres.

– C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue !

Manon et Enzo referment le rideau comme précédemment. Pauline, habillée comme le sont les conférencières qui se veulent un peu conteuses, arpente la scène avant de se tourner vers le public et de le prendre à témoin.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, ce qu’il aurait su s’il avait pris la peine de partir à la recherche du tiroir le plus secret du secrétaire…

S’interrompant, elle traduit ce préambule exagérant l’effet du suspens qu’elle laisse planer.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, c’est que soixante-treize mille quarante-sept jours s’étaient écoulés depuis cette nuit où, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute…

Pauline s’interrompt, traduit et sort de scène. Le rideau s’ouvre sur le décor du premier tableau.

  • Les personnages :
    • Le prince, joué par Enzo
    • La princesse, jouée par Manon
    • Le serviteur, joué par Lucas
    • Cupidon, joué par Vincent.
    • Cupidone, jouée par Émilie
  • Le décor : Sur le sofa, Manon costumée comme une princesse tout droit sortie d’une toile de Fragonard, cherche à échapper aux baisers d’Enzo lui-même vêtu à la mode de cette époque.

– Me tenez-vous pour un coq à glousser de la sorte ?

– Que nenni ! Que nenni ! Vous m’avez priée, ce tantôt, de vous ouvrir mon cœur, sans crainte de vos moqueries. Vous m’avez assurée de toute votre bienveillance à mon égard. Je vous livre donc mon tourment. Monsieur, sachez que j’ai une folle envie de répondre à votre baiser, las ! À cette idée, ma bouche s’emplit de fluides et je crains que cela ne vous incommode. Aussi, je tente de les avaler en déglutissant de la sorte.

– Votre candeur me charme, jolie Princesse… tant de fraîcheur ! Apprenez, gente demoiselle, que loin de me déplaire, cet afflux m’émoustille grandement !

– Puisqu’il en est ainsi…

Manon embrasse passionnément Enzo. Les caresses de celui-ci sont entravées par les nombreux dessous de Manon. Ils se dévêtent. Alors qu’elle ne porte plus qu’un bustier, Manon tombe en pâmoison devant le sexe dressé d’Enzo, digne descendant d’Alain.

– Si mes confidences devaient vous heurter, si vous les estimiez indignes d’une femme de mon rang, ne craigniez point de m’offenser en me demandant de cesser mon récit. Je fais souvent un songe qui me trouve troublée à mon éveil. Je suis la captive d’une geôle végétale, le centre exact d’un labyrinthe. L’espace est clos, rien ne distingue une haie d’une autre si ce n’est une statue d’Apollon. Je m’en approche, observe ce qui distingue les hommes des femmes et soudainement prise d’un transport charnel, commence à m’en régaler comme d’une friandise. Un passage s’ouvre alors. Passage au bout duquel une autre statue attend mon regard, espère mes caresses, aspire à mes baisers. À chaque statue ainsi honorée s’ouvre un nouveau passage vers la liberté.

– Ne vous interrompez point, Princesse, et narrez-moi ce qu’ensuite il advient !

– Hélas, mon Prince, je ne puis vous le dire puisque je me réveille dans le même état où je me trouve à présent. Une brûlure humide au plus profond de mon intimité et ces maudits fluides… Comment m’en débarrasser et m’assurer de les avoir chassés à tout jamais ? Comment apaiser cette brûlure ? Cela est-il seulement possible ?

– Mais ce sont justement ces fluides que nous recherchons, Princesse ! Laissez-moi vous démontrer leur utilité ! Mais avant toute chose, fermez les yeux et imaginez-vous dans ce labyrinthe, je serais une statue…

– Oh non, mon Prince ! Je serais bien marrie de devoir fermer les yeux devant tant de beauté !

Manon suce Enzo avec délectation, jouant à merveille la candeur gourmande d’une première fellation. De nouveau réunis sur le sofa, le Prince fait découvrir à la jeune Princesse les charmes de l’amour digital. L’ayant faite jouir, il tire un cordon. Lucas entre en scène, vêtu comme un valet de comédie portant perruque, entre ses mains un plateau d’argent.

Le Prince embrasse la jeune Princesse, sort son index et son majeur du sexe de la jeune fille, se tourne vers son valet « La première jouissance d’une pucelle… » Il tend ses doigts à son serviteur qui, à l’aide d’une spatule en or, recueille les sucs dont ils sont recouverts. Troublé par le regard extatique de la jeune fille, sa main tremble pendant qu’il en remplit la fiole, une goutte tombe sur son doigt, qu’il suce à l’abri des regards.

Après que son valet a recueilli la première jouissance, le Prince plonge deux doigts dans le puits d’amour de sa toujours pucelle, il les ressort, les offre à la bouche de la demoiselle tout en l’embrassant fougueusement.

Émilie et Vincent referment le rideau comme l’avaient fait avant eux Manon et Enzo. Les deux mêmes panneaux « La soirée se poursuit » et sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, un semblant de menuet fripon où les caresses sur les parties intimes semblent avoir été chorégraphiés par Éros en personne. Vincent prend le pan de rideau que tenait Émilie, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Émilie se retrouve côté cour et Vincent côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur la même chambre. Sur le lit est allongée Manon et s’apprêtant à la déflorer, Enzo. Se tenant debout au pied du lit, Lucas pose un plateau sur la coiffeuse et, un miroir dans chaque main, semble chercher l’angle idéal. Sur le plateau une fiole dotée d’une sorte d’entonnoir réfléchissant.

– Ne vous offusquez pas, ma mie, sa présence n’a aucune importance. Il n’est là que pour capturer, à l’aide de ces miroirs, votre regard quand je vous déflorerai. Il l’emprisonnera dans cette fiole ainsi je pourrai vous remettre le philtre d’amour que vous me suppliâtes, tantôt, de vous confectionner.

– Ce n’est pas tant sa présence qui m’importune, mais vous et moi, prince et princesse de sang royal, nus comme au premier jour devant ce valet habillé de pied en cap…

– S’il n’y a que cela pour défroisser votre joli minois et chasser cet air chagrin… Allons, mon brave, ne nous fais pas languir !

Lucas se dévêt.

– Oh ! Mais il est noir des pieds à la tête ? Je serais bien curieuse…

– Approche, approche, mon brave, montre à Madame ce qu’elle cherche à voir ! Qu’en pensez-vous, ma mie ? Ressemble-t-il à l’une de vos statues oniriques ?

– Point de statue de dieux maures ou nègres, mais si cela devait advenir lors d’un prochain rêve… Approche, approche… Ô, mon Prince, m’autorisez-vous tant que je suis encore pucelle, à me régaler de ce membre massif comme sculpté d’ébène ?

– Que pourrais-je refuser à celle qui m’offre de son philtre d’amour plus que la moitié ?

– Que ce membre est superbe et ces bourses réactives ! Regardez comme elles recherchent mes caresses et comme ensuite son membre se dresse ! Penche-toi, mon brave et montre-moi ton habileté à honorer ma bouche de Princesse.

Lucas s’approche de Manon, il lui baise la bouche. Grâce à un savant jeu de miroirs, le Prince et la Princesse peuvent profiter du spectacle. D’un geste de la main, Manon le congédie.

– Laisse-moi découvrir tous tes reliefs du bout de ma langue agile

Manon le suce avec passion puis, s’estimant prête, demande à Lucas de reprendre sa place auprès du guéridon. Le Prince la déflore, mais l’éclair dure plus longtemps qu’une étincelle. Lucas pensant avoir capturé l’intégralité du regard, a légèrement bougé et les trois ont été brièvement éclaboussés du reflet de cet instant. Manon en pleine extase psalmodie « Je me meurs, je me meurs ! » Le Prince rabroue son valet. « Elle se meurt, offre-lui les sucs de ton vit afin de la ramener à la vie ! »

Lucas s’exécute et comme plus tôt, offre la scène aux regards attentifs du Prince et de la Princesse. La vue du sexe de son serviteur baisant la bouche de la Princesse, transforme en fougue animale ce qu’il pensait être un dépucelage accort.

Enzo mord Manon avant de jouir, Manon jouit une fois encore, mais son cri est étouffé par le sexe de Lucas, qui jouit au fond de sa gorge peu après.

Le rideau se referme. Pauline, la conférencière, revient au milieu de la scène pour nous conter la morale de l’histoire.

– Ce que ce coquin de Jimmy ignorait, ce dont lui et sa princesse se moquent si souvent…

Pauline traduit et laisse encore planer le souffle du suspens.

– Ce que ce coquin de Jimmy et sa Princesse n’ont toujours pas compris, c’est que les signes du destin existent et qu’il faut savoir les reconnaître quand ils croisent notre chemin.

Jim et quelques autres, dont Cathy, approuvent bruyamment.

– Laquelle, lequel d’entre vous oserait prétendre que ce ne sont que les fruits du hasard quand tant de coïncidences coïncident ? Odette qui change de tenue au dernier moment et rate son bus. Le fait que personne ne puisse remarquer qu’elle ne sera pas là où elle est censée être. Jimmy qui s’entête à chercher l’appoint chez le kiosquier alors qu’il ne le fait jamais. Cet entêtement qui lui fait, lui aussi, rater son bus. Sa montre-gousset qu’il a dû, le jour-même, laisser chez l’horloger qui, le temps de la réparation, lui a prêté une montre bracelet. Cette même montre sur laquelle se reflète le soleil, indiquant à Odette que c’est l’homme idéal au bon moment. Et ces clients qui se décommandent au dernier moment, permettant à Jimmy d’offrir à Odette leur premier dîner-croisière sur la Seine.

Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’il s’agit de signes du destin ! Et si ce coquin de Jimmy, au lieu de s’amuser avec ses poilus, s’était donné la peine d’explorer toutes les cachettes du secrétaire, il y aurait trouvé cette anecdote consignée au cœur d’un carnet. Il aurait alors reconnu la scène alors qu’il la reproduisait avec Odette, soixante-treize mille quarante-huit jours plus tard, heure pour heure, minute pour minute.

Pauline traduit son propos, d’un geste invite Vincent à la rejoindre. Elle en français, lui en anglais expliquent alors que c’est ainsi que leur avait expliqué Mireille, leur grand-mère dont ils viennent, avec fierté, d’interpréter cette nouvelle saynète. Remue-ménage en coulisses, protestations bruyantes, Lucas, Émilie, Manon et Enzo envahissent le plateau. Lucas prend la parole, Émilie traduit. Elle a omis de vous raconter la fin de l’histoire ! Semblant prendre conscience de sa bévue, Pauline s’en excuse et poursuit, traduisant phrase après phrase.

– Si ce coquin de Jimmy avait lu le carnet, il aurait eu le fin mot de l’histoire. En léchant son doigt, le serviteur a bu une partie du philtre. En donnant ses doigts à sucer tout en embrassant la Princesse avec fougue, le Prince leur en avait aussi fait ingérer. Quant à l’autre composant, l’éclat du regard d’une pucelle se faisant déflorer, souvenez-vous, le serviteur les en avait brièvement aspergés. Ce qui eut pour conséquence de les unir à tout jamais, à travers le temps, à travers l’espace.

Est-ce par hasard que deux cents ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute, ce coquin de Jimmy pense faire une blague à Odette en croyant inventer cette histoire rocambolesque de philtre d’amour ? Est-ce par hasard qu’il reproduit les gestes de son illustre prédécesseur, dans les mêmes lieux, sur ce sofa précis, en usant des mêmes mots ? Est-ce encore qu’une simple coïncidence l’idée d’Odette qui pour se faire taquine évoque le regard d’une pucelle se faisant déflorer comme le second ingrédient dudit philtre ? N’y voyez-vous que le fruit du hasard, quand le premier surnom qui nous vienne à l’esprit en songeant à Odette soit Princesse ?

Mais, me direz-vous, où se trouvait le serviteur en 1967 ? Les temps ont heureusement bien changé. Cependant, tels des cailloux blancs, les signes du destin ont indiqué le chemin à nos deux pragmatiques, ils les ont menés aux antipodes où le troisième larron s’était caché. Et c’est tous en chœur que nous lui affirmons : Welcome home, Jim O’Malley !

Alliance française

Odette&Jimmy – Odette achève son récit

En relisant mes notes, Jimmy m’a dit Je n’avais pas pensé, en t’invitant à venir t’installer au mas, que ça me priverait de l’effet de surprise pour nos prochains voyages…et dans un sourire, avec son plus beau sourire, il ajouta mais le jeu en vaut largement la chandelle !

Le jour qui a précédé mon intronisation à la Confrérie du Bouton d’Or, alors que mes récits circulaient de main en main, Christian et Alain ont froncé les sourcils d’un air suspicieux.

– Tu avais dit qu’à part Bertrand, tu n’avais couché qu’avec Jimmy avant de venir ici… pourtant ce Jim… ces Irlandais… tu as bien couché avec eux, non ?

– Non ! Jamais ! Pas une seule fois !

J’avais tapé du poing sur la table, faisant sursauter l’assemblée, tant l’offense qui m’était faite était de taille.

– Comment ça Non ?

– Ben non, le contraire de oui ! Dis-leur, toi !

Jimmy ricana.

– Laisse-moi profiter de ton art oratoire, je ne m’en priverais pour rien au monde !

Pointant un index réprobateur dans leur direction.

– Si vous aviez pris la peine de lire consciencieusement les récits qui les concernent, vous auriez remarqué que les seules fois où Jim m’a pénétrée de son magnifique membre, que Socrates, Linus ou Gideon ont fait de même, j’avais les yeux fermés voire bandés ! Alors, hein… que répondez-vous à ça, messieurs les suspicieux ?

Christian et Alain se regardaient, consternés.

– Quel est le rapport ?

– Quel est le rapport ? Quel est le rapport ?!?! Mais tout le monde sait bien, tout le monde vous dira… interrogez mes consœurs si vous ne me croyez pas… Quand on voit pas, ça compte pas !

Un yeah ! approbateur et unanime de mes consœurs, les applaudissements de mes confrères m’accordèrent cette victoire. Plus tard, Christian voulut savoir si je connaissais notre prochaine destination.

– Non. Aucune idée.

– Au moins, tu sais dans quelle partie du globe, c’est déjà ça !

– Bah non ! Comment veux-tu que je le sache ?

– Mais bourrique, t’as pas remarqué ?! Regarde Perth-Jim, un, deux, Nouvelle-Zélande-Jim, un, deux, Outback-Jim, un, deux… et là… ? C’est quand même malheureux que ce soit moi, le couillon de la bande qui doive te l’espliquer…!

Marcel s’était joint à la conversation et bougonnait devant mon manque de jugeote.

– Sauf que t’es pas un couillon. Tu joues au con avec les estrangers, mais avec nous… tu es démasqué !

– Boudiou ! Si j’étais pas déjà fou amoureux de Madame et si tu l’étais pas de Jimmy, je crois que je pourrais tomber amoureux de toi ! Ou de Mounico. Ou de Sylvie. Pas de la belle Cathy parce que je pourrais pas rivaliser avec ses deux zigotos… Mais tu me plais bien, la Princesse à Jimmy. Tu me plais bien !

Jimmy maugréa Maintenant que vous lui avez dévoilé mon astuce, je vais être obligé de tout chambouler mes plans Merci bien ! Monique et Jean-Luc se regardèrent et se tapèrent dans les mains Cool ! Un air d’incompréhension flotta dans pièce, rapidement dissipé par les exclamations de joie. C’est ainsi que nous avons décidé d’inviter Jim à passer les sept premières semaines de 2020 avec nous, au mas.

Depuis le début de l’été, nous lui organisons un séjour à la hauteur de l’estime que nous lui portons. Les répétitions s’enchaînent, je sais bien que la soirée d’accueil pour Jim n’est qu’un prétexte, mais je fais semblant d’y croire, comme tout le monde.

L’aisance avec laquelle je me suis fondue dans cette famille ne me surprend même plus. La présence de Martial me pose finalement moins de problème que celle de Jean-Luc qui s’amuse à me faire rougir en me donnant à lire les pages de ses journaux intimes de 1966 à 1969, celles où il parlait de moi, de ce qu’il faisait en pensant à moi, à tous les subterfuges auxquels il avait pensé pour trouver le moyen de m’espionner dans ma chambre ou dans la salle de bain. L’unique fois où le miracle des miracles s’était produit, il en avait été paralysé de surprise et de longues pages étaient consacrées à ses remords.

Je rougis en écrivant ces mots, parce que je me souviens précisément de la scène. Jean-Luc venait de se laver les mains, se les était essuyées et pour ce faire, avait utilisé la serviette posée sur la barre au-dessus de la douche. Douche sous laquelle je me trouvais, en train de me faire égoutter. L’appartement était mal chauffé, attendre quelques instants, à l’abri du rideau, dans une chaleur moite permettait de ne pas trop mouiller la serviette et ainsi éviter d’avoir froid en rejoignant nos chambres.

Jean-Luc sortait de la salle de bain quand je m’aperçus que la serviette avait disparu. J’ouvris le rideau de douche avec toute la rage engendrée par cette mauvaise plaisanterie. Martial, t’es le roi des cons ! Au passage, j’avais empoigné la serviette qui pendait sur le rebord du lavabo et poursuivis celui que je croyais être mon frère.

Jean-Luc se retourna, son regard glissa le long de mon corps. Tentant de garder un semblant de dignité, je me ceignis de la serviette en passant, la tête haute, devant lui, je lui dis d’un ton très détaché Je croyais que c’était Martial qui me faisait une blague. Salut ! Je m’étais ensuite enfermée dans ma chambre, tremblant rétrospectivement à l’idée du pauvre petit Jean-Luc victime une crise cardiaque. Je racontai l’incident à mes parents qui me conseillèrent de faire comme si de rien n’était. Et de prendre l’habitude de siffloter, de chantonner en phase d’égouttage. Habitude que j’ai gardée.

Je ne suis même plus surprise d’être la muse de Joseph. Nous passons de longues heures ensemble. Il esquisse du bout des ongles de somptueux bijoux sur mon corps, bijoux qu’il reproduit ensuite sur papier. Je ferme les yeux sous ses caresses et devine l’histoire qu’il veut me raconter. Je succombe avec aisance d’un homme délicat qui prend tant de plaisir à m’en offrir, en me faisant jouir de ses caresses, qu’il ne ressent pas le besoin d’en prendre davantage.

Daniel est un joyeux drille, mais toujours emprunt d’une certaine raideur en ma présence. Avant-hier, alors que j’assistai à la répétition de La novice à confesse, il s’est approché de moi, a calé son sexe entre mes seins, Pardon, c’était trop tentant !, a éclaté de rire avant de tourner les talons pour rejoindre sa place.

– Hep, hep, hep ! Monsieur le Notaire, reviens par ici, j’aurais deux mots à te dire !

C’est d’un pas guilleret qu’il est revenu vers moi, comme il le fait habituellement avec mes consœurs.

Marcel insiste pour qu’on porte à l’ordre du jour mon changement de surnom arguant que Princesse, c’était son nom d’amour que Jimmy lui avait trouvé rien que pour eux deux c’est presque du vol. Les autres lui ont opposé On t’a toujours appelé le Bavard, Daniel le Notaire et Jean-Luc le Balafré

– N’empêche que je trouve qu’on devrait la mettre au vote, mon idée… Moi, je l’aime bien le surnom que je lui ai trouvé… Blanche-Minette… ça lui va bien…Blanche-Minette.

Nous consentons à porter ce point au prochain ordre du jour, dans les questions diverses. Sachant qu’en règle générale, le premier point est une représentation théâtrale, nous n’avons pas fini de débattre du point 2, à savoir en ce moment, l’organisation du séjour de Jim, qu’une orgie débute. Il semblerait que les questions diverses soient abordées au point numéro 7, mais de mémoire de confrères et sœurs, jamais aucune séance n’y est parvenue !

Mais ce que j’apprécie par-dessus tout, ce sont ces longues journées de farniente avec mes consœurs. Vautrées sur les sofas, les fauteuils ou les chaises longues, nous parlons avec la même insouciance qu’à l’adolescence, la confiance absolue en plus, de sujets sérieux aussi bien que de très légers.

À la question À part Jimmy, lequel choisirais-tu, si tu devais n’en garder qu’un ? j’avouais mon impossibilité à faire un choix.

– En plus, je ne le ferais pas pour les raisons que vous pourriez croire. Alain, par exemple, il a une grande et grosse bite étonnamment dure, il la manie avec art, et je ne parle que de la queue, pas la peine d’évoquer ses autres talents (murmure unanime d’approbation), mais si je devais le choisir, ce serait pour ses goûts musicaux, pour sa façon de me faire danser, pour la façon dont il me parle de Cathy quand je pose pour lui… Jean-Luc me déstabilise avec ses sourires ironiques. Parfois… Je me demande parfois s’il ne me baise pas divinement bien, rien que pour se moquer de toutes ces années où je l’ai cru puceau… et sa manie de me demander Ça va ?… Oh que ça m’agace !

– Et tu sais d’où ça vient ?

Monique prit un air de conspiratrice et poursuivit.

– Étant donné qu’il est le deuxième homme de ma vie, j’ai bien le droit de le trahir un peu… surtout que c’est pour venir en aide à une consœur… Tu te rappelles du dernier été qu’il a passé avec vous, juste avant sa première affectation ?

– Bien sûr, que je m’en souviens, mes parents venaient de quitter Paris pour Avranches… c’est l’année où j’ai connu Bertrand !

– Qui n’avait pas osé te rejoindre et faire la connaissance de ta famille. Vous étiez sur la plage, Martial, Jimmy, Jean-Cule et toi. Tu étais partie nager avec Martial et Jimmy et lui était resté sur la plage. Quand il t’a vue sortir de l’eau, à contre-jour, il s’est mis à bander tellement fort qu’il a commencé à se branler en protégeant ses gestes des regards avec le drap de bain qui était posé à côté de lui. Tu avançais vers lui, tes hanches ondulaient. Il imaginait toutes les façons de te faire crier de plaisir. Tu t’es penchée vers lui, les cheveux dégoulinants. Des gouttes ont mouillé son torse. Tu as récupéré ton drap de bain. T’es essuyé les cheveux. Lui as demandé Ça va ? Il ne pensait qu’à son gland qui dépassait de son maillot de bain. Il ne savait que faire. Le cacher et prendre le risque que tu le remarques ? Ne rien faire et que tu le remarques quand même ? Alors sa gorge s’est nouée et il a couiné un Ça va ridicule. Et depuis, il s’est juré qu’un jour, il te fera tellement jouir qu’à ton tour, tu couineras Ça va !

– J’arrive pas à m’imaginer le Balafré en Pierre Richard du linge de bain, mais j’attends avec impatience une de ses mésaventures avec un gant de toilette !

– Mireille, t’es la pire de toutes !

– La flatterie ne te mènera à rien avec moi, Blanche-Minette !

– Si tu t’y mets aussi…

Nous sirotions nos boissons, quand nos regards sont tombés sur un drap de bain froissé qui traînait sur la terrasse. Nous avons éclaté de rire.

– J’ai une idée ! Si je lui faisais le coup de couiner ça va ? Vous en pensez quoi ?

– À condition qu’on soit toutes présentes quand tu le feras ! Une pour toutes, toutes pour une ! Pomponnettes Power !

– Ça allait de soi, Cathy ! Et toi, Monique, si tu avais à choisir ?

– À choisir en plus de Christian, d’Aloune et de Jean-Cule ? Hou la… la ! Le Bavard oui… parce que… on se comprend… (murmure unanime d’approbation)… Jimmy je dirais pas non… mais bon, mon Titi…

– Martial ?!

– C’est qu’il baise sacrément bien, ton frère !

– Pour sûr, c’est le moins qu’on puisse dire !

– On ne peut pas lui retirer ça !

– Martial ?! Martial, le gros nounours ?!?!

– Si c’est un gros nounours, je veux bien être son pot de miel !

– Monique !

– Quoi Monique ?! T’es mal placée pour le nier, Madame Touré ! Tu le trouves comment au pieu, ton mari ?

Sylvie sourit, son regard plongea en elle-même.

– Hé ho ? Y a quelqu’un ?!

– Et toi, Mireille ?

– Moi ? Je sais pas… je suis tellement comblée avec mes deux hommes… Ils se complètent si bien… Rien qu’à sa façon d’entrer dans notre chambre, je sais si Marcel va me prendre dans ses bras ou s’il préférera me voir dans ceux de Daniel… On l’a toutes fait, alors reconnaissez qu’il n’y a rien de plus agréable que s’endormir entre deux hommes qui viennent de vous faire l’amour. Et de ce côté-là, je suis gâtée !

– Tu te souviens du moment où tu es tombée amoureuse de Marcel ?

– Oui ! Parce que ça a été la première fois !

– Un coup de foudre ?

– Non. Le contraire, même ! Je le regardais faire, il n’arrêtait pas de jacasser… Vulgaire ! « Boudiou ! J’ai envie de me vider les couilles dans ton petit con ! » « Boudiou, je vais tellement bien te le fourrer ton abricot que tu en redemanderas ! » « Boudiou, tu le sens comme je me les vide ? » « Allez, viens nettoyer les outils ! » Il savait y faire, mais ses mots… ses commentaires… Dès qu’il a posé ses mains sur moi, j’ai oublié ma répulsion. Il a commencé à parler alors qu’il « visitait l’intérieur de ma grotte sacrée ». Je l’ai supplié « S’il vous plaît, cessez vos commentaires. Je vous en supplie, arrêtez vos bavardages ! » « Mais tu vas la fermer, Madame la bourgeoise ? Attends, je vais te faire taire, moi ! » Il m’a fourré sa grosse verge dans la bouche. « Ah, voilà qui est mieux ! » ses commentaires restaient orduriers, mais m’indiquaient comment le sucer. Plus tard dans cette soirée, quand nous avions joui l’un de l’autre… Quand il a éjaculé en moi, il m’a dit « Boudiou ! » et alors que j’attendais une insanité, il a plongé son visage contre mon cou « Merci, Mireille. Merci. Vous êtes une reine ! » Je l’ai embrassé. J’étais tombée amoureuse. Mais je ne suis jamais autant heureuse avec Marcel que lorsque Daniel est avec nous. Souvent, quand nous sommes que tous les deux, qu’il lit un roman, je l’observe en mesurant ma chance de l’avoir pour époux. Quand il devine mon regard posé sur lui, il décale un peu le livre « Que me vaut ce joli sourire ? » « Je suis tellement heureuse que tu m’aies choisie parmi toutes tes prétendantes… ! » C’était vraiment un beau parti dans mon milieu. Il était invité dans les familles qui avaient une fille à marier, j’en connaissais au moins quatre, mais c’est moi qu’il a choisie ! « Allez, approche un peu, jolie bécasse que je te fasse rougir des orteils jusques aux cheveux ! » Alors, en choisir un autre… non… sauf Martial bien sûr… alors oui, va pour Martial !

– Non, non ! Là, tu me charries, Mireille ! Là, tu me charries ! Et toi, Cathy ?

– Moi ? En plus d’Alain, de Christian, de… Oh, à ce propos, Monique, j’ai croisé le Siffleur hier à la supérette…

– Et comment va-t-il, ce cher Siffleur ?

– Bah, comme d’habitude… il siffle… il m’a offert le café, je l’ai fait siffler dans sa cuisine et de fil en aiguille, on s’est dit qu’on pourrait aller le retrouver un de ces jours pour le faire siffler, toi et moi…

– Quelle bonne idée ! Mais, ma chérie, c’est pas après toutes ces années que tu vas réussir à m’enfumer aussi facilement… alors ? Lequel ?

– Tant que j’ai mon Alain, ma Monique et mon Christian… bon… on va dire Jimmy…

 Jimmy ?!

– C’est un peu ta faute, quand même, Princesse ! Jimmy a toujours été un bon coup. On est bien d’accord ? (murmure unanime d’approbation) Mais depuis qu’il te fait découvrir de nouveaux horizons… Aïe ! aïe ! aïe ! Quand il revient, il est chaud bouillant pendant six mois, et les suivants, il l’est encore plus à l’idée de te revoir ! Mais ça, par contre, il nous avait jamais parlé de ce Jim ! Mais quand on y pense, les retours après Jim… n’est-ce pas, mesdames ? (nouveau murmure d’approbation unanime) et depuis que tu es avec nous, qu’on a lu tes récits… J’aime bien quand il te regarde, le voir heureux… et quand tu pars avec Alain, que nous parlons lui et moi, j’aime bien ce qu’il me dit de toi… de votre étonnement au réveil… quand tu sembles étonnée de réaliser que tu ne rêves pas, que tu es vraiment avec lui, qu’il le lit dans ton regard alors que lui-même est étonné que tu sois à ses côtés, que tu aies tout abandonné comme ça, pour lui… que tu laisses la jouissance de ton appartement à Émilie… et si nous faisons l’amour, je lui demande de me le faire comme il voudrait te le faire… tu sais, il t’aime vraiment !

– Tu me racontes ce que je vis avec Alain. Quand il me parle de toi… même parfois, au milieu d’un spectacle ou d’une orgie, quand tu ne le vois pas, qu’il te voit et qu’il me dit Regarde, comme elle est belle, ma Cathy ! Et quand il me raconte votre histoire ! Je n’en reviens pas ! Non, mais… réfléchis. Mets-toi à ma place. Alain, le dessinateur industriel à la grosse bite. Rien de plus à offrir. Monique qui doit prendre le train pour Paris, qui décide de rencontrer Cathy. Moi, je suis chez moi, au courant de rien. D’un seul coup, déboule Christian qui me demande un coup de main pour transporter son lit vers la maison de la rue Basse. De là, j’apprends que Monique s’installe chez nous. Qu’on va fêter ça, et que nous voilà partis chercher Catherine chez elle. Et qu’elle veut bien ! Et que depuis cette nuit, on est ensemble ! Tu te rends compte ? La Catherine ! Avec moi ! Et, toi Sylvie ?

– Moi ? Jean-Luc baise vraiment bien… Alain aussi… Marcel bien sûr… non… je ne saurais pas lequel… parce que Joseph…brrr… je frissonne de plaisir rien que d’y penser… !

En femmes avisées, nous avons donc décidé de ne pas faire ce choix à la légère, c’est pourquoi nous nous réservons encore quelques années de réflexion.

– Blanche-Minette, tu pourrais nous raconter une nouvelle fois… le membre de Jim et tout… Non, ne souris pas ! C’est pour qu’on sache la meilleure façon de l’accueillir… l’honneur de la France, son accueil légendaire… tu vois ? C’est presque… patriotique !