L'éducation du dedans

Betsy, Alister, Gideon, Linus et Socrates sont arrivés au mas par leurs propres moyens. Socrates avait insisté sur ce point. Ils étaient ravis à l’idée de découvrir la Provence tout en s’appliquant à conduire à droite. Red ne serait pas de la partie, retenue par ses obligations familiales en période d’Halloween. L’arrivée de deux voitures dans la cour me surprit. Je pensais qu’ils n’en prendraient qu’une. Quand les portières s’ouvrirent, j’en compris la raison.

– Red ?! Mais qu’est-ce…

– Oublie Red, c’est Roweena l’affranchie qui est venue vous rendre visite !

– Tu as… comment as-tu… quel alibi, quelle raison t’a permis de venir ? Une autre loterie toute aussi improbable ?

– Mieux que ça ! Un détective privé ! Mon mari couchait avec une femme mariée que l’époux faisait suivre. Constat d’adultère. L’avocat du mari m’a avertie de mon infortune. J’ai fait un scandale et j’ai exigé quelques semaines pour faire le point loin de ma famille. Comme l’avocat m’a appelée le lendemain de notre réponse, on a décidé de vous faire la surprise.

– Mais tu as une chance de crapule !

– Ou est-ce un signe du destin ?

La question de Betsy resta en suspens. Les gamins s’impatientaient. Nous fûmes fermement conviés à prendre place dans la salle des fêtes du mas. Nos invités eurent à peine le temps de s’extasier que la lumière se tamisa pour nous plonger petit à petit dans le noir.

La voix de Pauline retentit des coulisses. Le sceau du destin. Saynète en deux époques et quatre tableaux, écrite par ma grand-mère dont je suis si fière. Aussitôt suivie par la voix de Vincent traduisant cette annonce en anglais.

  • Les personnages :
    • Jimmy jeune homme, joué par Vincent.
    • Odette jeune fille, jouée par Émilie
    • Un chérubin à la mode sixties, Enzo
    • Une chérubine à la mode sixties, Manon.
  • Le décor : Un petit boudoir décoré très XVIIIe siècle. Un sofa, des gravures au mur, un petit guéridon. Devant le sofa, un jeune homme en jeans et en tee-shirt tient dans ses bras, une jeune fille en robe blanche. À l’avant-scène se tiennent Enzo côté cour et côté jardin, Manon. À chaque réplique, ils tendront un petit panneau sur lequel est inscrite la traduction de ce que diront Vincent et Émilie, afin que les anglophones puissent profiter des subtilités de cette saynète.

Émilie tout contre le corps de Vincent, respire son odeur. Il lui dit à quel point il la désire, et comme il se sent fier qu’elle l’ait choisi pour la dépuceler. Ils s’embrassent langoureusement. Inquiète, elle lui demande.

– C’était bien ? T’as aimé ?

– Et toi qu’as-tu pensé de ton premier baiser ?

Elle parait réfléchir, hésiter, l’embrasse de nouveau.

– J’adore ça ! Mais tout cette salive dans ma bouche, ça ne t’ennuie pas ?

– Au contraire, Princesse !

– Pourtant, j’aurais cru… la bave… que tu trouverais ça écœurant

– Détrompe-toi, c’est tout l’inverse !

Ils s’effondrent sur le sofa. L’ardeur de leurs baisers s’intensifie.

– Mes nichons sont si lourds et tous ces picotements autour de mes mamelons, attends, je vais te montrer.

Le temps qu’elle dégrafe sa robe, il se déshabille. Alors qu’il retire son slip, elle s’arrête net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules.

– Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai !

Tendant un index timide, elle demande

– Je peux ?

– Mais bien sûr, Princesse que tu le peux, mais ne voulais-tu pas que je te caresse les nichons ?

Émilie a un geste agacé, comme pour lui dire « plus tard ». Vincent la laisse découvrir son sexe, l’approcher, le toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, le manipuler comme un enfant découvre un jouet.

– Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas !

Du bout de son index, Émilie agace le sexe de Vincent.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

– Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Elle fait alors courir ses longs doigts graciles le long du corps de Vincent.

– Bite ? Verge ?

Les deux mains d’Émilie à plat sur les cuisses de Vincent convergent vers son membre. 

– Pénis !

– Mais qu’est-ce que tu as à déglutir si fort ?

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Les mains de Vincent se crispent autour de la tête d’Émilie.

– Ô, put… fatché !

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

– Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Vincent cherche à glisser sa main entre les cuisses d’Émilie, mais elle se dérobe à ses caresses.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… je suis pleine de faux sperme…

– De faux sperme ?! De quoi parles-tu ?

– C’est un fluide qu’il faut essuyer au plus vite dehors comme dedans, discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon ne s’en aperçoive. Parce qu’ils n’aiment ni son odeur, ni sa texture et que ça nuit à la fécondité en tuant les spermatozoïdes, c’est pour ça qu’on l’appelle faux sperme.

Vincent éclate de rire.

– J’ignore où est née cette légende, mais je t’assure du contraire et que c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Si je suis sûre d’une chose, c’est que j’ai bien fait de te choisir pour me rendre ce service. Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

Ah bon ? Et pourquoi ?

Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Le doigt de Jimmy s’enfonce lentement en elle.

Si tu savais comme c’est bon de sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ?

Les cuisses d’Émilie se serrent autour de la main de Vincent, emprisonnant son doigt. Quand il peut sortir son doigt humide, il prend sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent.

À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt de son maître “la première jouissance d’une pucelle” avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

C’est vrai ?!

Non. Mais ça devrait !

Ils éclatent de rire. Elle prend sa main, la remet entre ses cuisses.

Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Oh, regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou t’es en train de juter ?

Non, il s’agit d’un lubrifiant naturel…

Ta bite est encore plus douce, comme ça…

– Qui t’a parlé de bite ?! Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge !… C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça, Odette !

Manon et Enzo tiennent chacun un pan du rideau, qu’ils referment en se rejoignant au centre de la scène. Sur un panneau « La soirée se poursuit », sur l’autre sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, une série de slows. Enzo prend le pan de rideau que tenait Manon, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Manon se retrouve côté cour et Enzo côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur une chambre du même palais. Un lit à baldaquin, une coiffeuse, quelques tableaux aux murs. Allongée sur le lit Émilie se laisse caresser par Vincent. Comme lors du tableau précédent, les chérubins lèvent à tour de rôle les panneaux traduisant les dialogues.

Le jeune Jimmy écarte les lèvres de la vierge Odette, lui décrit la beauté de ses replis, les différentes couleurs, s’extasie que l’entrée de son vagin soit de ce rose précis. Elle ferme les yeux pour s’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononce.

Ouvre les yeux Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai

Elle les ouvre.

Non ! N’arrête pas ! Continue !

Continuer quoi ?

Tu le sais bien…

Je veux te l’entendre dire, Princesse !

Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

Exactement, Princesse, exactement !

Oohh… C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

Tu pourrais sortir de ma…

De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

La p’tite bosse ? Ça ?

Oh oui ! Tu me la montreras ?

Je n’y manquerais pas, ma Princesse ! Guide-moi, indique-moi jusqu’où te pénétrer.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! Oh comme j’aime ta p’tite bosse… ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

– Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

– Tu m’as dit « stop »

– S’il te plaît, Jimmy… s’il te plaît…

– Je ne reprendrai mes va-et-vient que si tu acceptes de me guider avec tes mots. Dis-moi quand tu voudras que j’aille vite ou au contraire, lentement. Dis-moi si tu veux me sentir tout au fond ou bien si tu préfères sentir mon gland à l’entrée de ton vagin.

Comme le demande le jeune Jimmy, la jeune Odette le guide pendant cette première étreinte.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Il prend sa main et la guide vers son clitoris.

– Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

– Odette, je vais jouir…

– Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

– N’arrête pas ! N’arrête… pas ! Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… On bougera pas si tu préfères… Reste… S’te plaît !

– Non, je ne veux pas prendre le risque d’irriter ta petite chatte fraîchement déflorée !

– Tu vois, par ta faute, je me sens toute vide maintenant !

Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?… C’est quoi ce regard ?

S’il te plaît…

S’il te plaît quoi ?

Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Dans un sourire, il lui fait découvrir le bourrelet à la base de son gland. Elle l’embrasse avec tendresse.

Merci, Jimmy !

Serviteur, Odette !

D’une langue gourmande, elle humecte ses lèvres.

– C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue !

Manon et Enzo referment le rideau comme précédemment. Pauline, habillée comme le sont les conférencières qui se veulent un peu conteuses, arpente la scène avant de se tourner vers le public et de le prendre à témoin.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, ce qu’il aurait su s’il avait pris la peine de partir à la recherche du tiroir le plus secret du secrétaire…

S’interrompant, elle traduit ce préambule exagérant l’effet du suspens qu’elle laisse planer.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, c’est que soixante-treize mille quarante-sept jours s’étaient écoulés depuis cette nuit où, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute…

Pauline s’interrompt, traduit et sort de scène. Le rideau s’ouvre sur le décor du premier tableau.

  • Les personnages :
    • Le prince, joué par Enzo
    • La princesse, jouée par Manon
    • Le serviteur, joué par Lucas
    • Cupidon, joué par Vincent.
    • Cupidone, jouée par Émilie
  • Le décor : Sur le sofa, Manon costumée comme une princesse tout droit sortie d’une toile de Fragonard, cherche à échapper aux baisers d’Enzo lui-même vêtu à la mode de cette époque.

– Me tenez-vous pour un coq à glousser de la sorte ?

– Que nenni ! Que nenni ! Vous m’avez priée, ce tantôt, de vous ouvrir mon cœur, sans crainte de vos moqueries. Vous m’avez assurée de toute votre bienveillance à mon égard. Je vous livre donc mon tourment. Monsieur, sachez que j’ai une folle envie de répondre à votre baiser, las ! À cette idée, ma bouche s’emplit de fluides et je crains que cela ne vous incommode. Aussi, je tente de les avaler en déglutissant de la sorte.

– Votre candeur me charme, jolie Princesse… tant de fraîcheur ! Apprenez, gente demoiselle, que loin de me déplaire, cet afflux m’émoustille grandement !

– Puisqu’il en est ainsi…

Manon embrasse passionnément Enzo. Les caresses de celui-ci sont entravées par les nombreux dessous de Manon. Ils se dévêtent. Alors qu’elle ne porte plus qu’un bustier, Manon tombe en pâmoison devant le sexe dressé d’Enzo, digne descendant d’Alain.

– Si mes confidences devaient vous heurter, si vous les estimiez indignes d’une femme de mon rang, ne craigniez point de m’offenser en me demandant de cesser mon récit. Je fais souvent un songe qui me trouve troublée à mon éveil. Je suis la captive d’une geôle végétale, le centre exact d’un labyrinthe. L’espace est clos, rien ne distingue une haie d’une autre si ce n’est une statue d’Apollon. Je m’en approche, observe ce qui distingue les hommes des femmes et soudainement prise d’un transport charnel, commence à m’en régaler comme d’une friandise. Un passage s’ouvre alors. Passage au bout duquel une autre statue attend mon regard, espère mes caresses, aspire à mes baisers. À chaque statue ainsi honorée s’ouvre un nouveau passage vers la liberté.

– Ne vous interrompez point, Princesse, et narrez-moi ce qu’ensuite il advient !

– Hélas, mon Prince, je ne puis vous le dire puisque je me réveille dans le même état où je me trouve à présent. Une brûlure humide au plus profond de mon intimité et ces maudits fluides… Comment m’en débarrasser et m’assurer de les avoir chassés à tout jamais ? Comment apaiser cette brûlure ? Cela est-il seulement possible ?

– Mais ce sont justement ces fluides que nous recherchons, Princesse ! Laissez-moi vous démontrer leur utilité ! Mais avant toute chose, fermez les yeux et imaginez-vous dans ce labyrinthe, je serais une statue…

– Oh non, mon Prince ! Je serais bien marrie de devoir fermer les yeux devant tant de beauté !

Manon suce Enzo avec délectation, jouant à merveille la candeur gourmande d’une première fellation. De nouveau réunis sur le sofa, le Prince fait découvrir à la jeune Princesse les charmes de l’amour digital. L’ayant faite jouir, il tire un cordon. Lucas entre en scène, vêtu comme un valet de comédie portant perruque, entre ses mains un plateau d’argent.

Le Prince embrasse la jeune Princesse, sort son index et son majeur du sexe de la jeune fille, se tourne vers son valet « La première jouissance d’une pucelle… » Il tend ses doigts à son serviteur qui, à l’aide d’une spatule en or, recueille les sucs dont ils sont recouverts. Troublé par le regard extatique de la jeune fille, sa main tremble pendant qu’il en remplit la fiole, une goutte tombe sur son doigt, qu’il suce à l’abri des regards.

Après que son valet a recueilli la première jouissance, le Prince plonge deux doigts dans le puits d’amour de sa toujours pucelle, il les ressort, les offre à la bouche de la demoiselle tout en l’embrassant fougueusement.

Émilie et Vincent referment le rideau comme l’avaient fait avant eux Manon et Enzo. Les deux mêmes panneaux « La soirée se poursuit » et sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, un semblant de menuet fripon où les caresses sur les parties intimes semblent avoir été chorégraphiés par Éros en personne. Vincent prend le pan de rideau que tenait Émilie, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Émilie se retrouve côté cour et Vincent côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur la même chambre. Sur le lit est allongée Manon et s’apprêtant à la déflorer, Enzo. Se tenant debout au pied du lit, Lucas pose un plateau sur la coiffeuse et, un miroir dans chaque main, semble chercher l’angle idéal. Sur le plateau une fiole dotée d’une sorte d’entonnoir réfléchissant.

– Ne vous offusquez pas, ma mie, sa présence n’a aucune importance. Il n’est là que pour capturer, à l’aide de ces miroirs, votre regard quand je vous déflorerai. Il l’emprisonnera dans cette fiole ainsi je pourrai vous remettre le philtre d’amour que vous me suppliâtes, tantôt, de vous confectionner.

– Ce n’est pas tant sa présence qui m’importune, mais vous et moi, prince et princesse de sang royal, nus comme au premier jour devant ce valet habillé de pied en cap…

– S’il n’y a que cela pour défroisser votre joli minois et chasser cet air chagrin… Allons, mon brave, ne nous fais pas languir !

Lucas se dévêt.

– Oh ! Mais il est noir des pieds à la tête ? Je serais bien curieuse…

– Approche, approche, mon brave, montre à Madame ce qu’elle cherche à voir ! Qu’en pensez-vous, ma mie ? Ressemble-t-il à l’une de vos statues oniriques ?

– Point de statue de dieux maures ou nègres, mais si cela devait advenir lors d’un prochain rêve… Approche, approche… Ô, mon Prince, m’autorisez-vous tant que je suis encore pucelle, à me régaler de ce membre massif comme sculpté d’ébène ?

– Que pourrais-je refuser à celle qui m’offre de son philtre d’amour plus que la moitié ?

– Que ce membre est superbe et ces bourses réactives ! Regardez comme elles recherchent mes caresses et comme ensuite son membre se dresse ! Penche-toi, mon brave et montre-moi ton habileté à honorer ma bouche de Princesse.

Lucas s’approche de Manon, il lui baise la bouche. Grâce à un savant jeu de miroirs, le Prince et la Princesse peuvent profiter du spectacle. D’un geste de la main, Manon le congédie.

– Laisse-moi découvrir tous tes reliefs du bout de ma langue agile

Manon le suce avec passion puis, s’estimant prête, demande à Lucas de reprendre sa place auprès du guéridon. Le Prince la déflore, mais l’éclair dure plus longtemps qu’une étincelle. Lucas pensant avoir capturé l’intégralité du regard, a légèrement bougé et les trois ont été brièvement éclaboussés du reflet de cet instant. Manon en pleine extase psalmodie « Je me meurs, je me meurs ! » Le Prince rabroue son valet. « Elle se meurt, offre-lui les sucs de ton vit afin de la ramener à la vie ! »

Lucas s’exécute et comme plus tôt, offre la scène aux regards attentifs du Prince et de la Princesse. La vue du sexe de son serviteur baisant la bouche de la Princesse, transforme en fougue animale ce qu’il pensait être un dépucelage accort.

Enzo mord Manon avant de jouir, Manon jouit une fois encore, mais son cri est étouffé par le sexe de Lucas, qui jouit au fond de sa gorge peu après.

Le rideau se referme. Pauline, la conférencière, revient au milieu de la scène pour nous conter la morale de l’histoire.

– Ce que ce coquin de Jimmy ignorait, ce dont lui et sa princesse se moquent si souvent…

Pauline traduit et laisse encore planer le souffle du suspens.

– Ce que ce coquin de Jimmy et sa Princesse n’ont toujours pas compris, c’est que les signes du destin existent et qu’il faut savoir les reconnaître quand ils croisent notre chemin.

Jim et quelques autres, dont Cathy, approuvent bruyamment.

– Laquelle, lequel d’entre vous oserait prétendre que ce ne sont que les fruits du hasard quand tant de coïncidences coïncident ? Odette qui change de tenue au dernier moment et rate son bus. Le fait que personne ne puisse remarquer qu’elle ne sera pas là où elle est censée être. Jimmy qui s’entête à chercher l’appoint chez le kiosquier alors qu’il ne le fait jamais. Cet entêtement qui lui fait, lui aussi, rater son bus. Sa montre-gousset qu’il a dû, le jour-même, laisser chez l’horloger qui, le temps de la réparation, lui a prêté une montre bracelet. Cette même montre sur laquelle se reflète le soleil, indiquant à Odette que c’est l’homme idéal au bon moment. Et ces clients qui se décommandent au dernier moment, permettant à Jimmy d’offrir à Odette leur premier dîner-croisière sur la Seine.

Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’il s’agit de signes du destin ! Et si ce coquin de Jimmy, au lieu de s’amuser avec ses poilus, s’était donné la peine d’explorer toutes les cachettes du secrétaire, il y aurait trouvé cette anecdote consignée au cœur d’un carnet. Il aurait alors reconnu la scène alors qu’il la reproduisait avec Odette, soixante-treize mille quarante-huit jours plus tard, heure pour heure, minute pour minute.

Pauline traduit son propos, d’un geste invite Vincent à la rejoindre. Elle en français, lui en anglais expliquent alors que c’est ainsi que leur avait expliqué Mireille, leur grand-mère dont ils viennent, avec fierté, d’interpréter cette nouvelle saynète. Remue-ménage en coulisses, protestations bruyantes, Lucas, Émilie, Manon et Enzo envahissent le plateau. Lucas prend la parole, Émilie traduit. Elle a omis de vous raconter la fin de l’histoire ! Semblant prendre conscience de sa bévue, Pauline s’en excuse et poursuit, traduisant phrase après phrase.

– Si ce coquin de Jimmy avait lu le carnet, il aurait eu le fin mot de l’histoire. En léchant son doigt, le serviteur a bu une partie du philtre. En donnant ses doigts à sucer tout en embrassant la Princesse avec fougue, le Prince leur en avait aussi fait ingérer. Quant à l’autre composant, l’éclat du regard d’une pucelle se faisant déflorer, souvenez-vous, le serviteur les en avait brièvement aspergés. Ce qui eut pour conséquence de les unir à tout jamais, à travers le temps, à travers l’espace.

Est-ce par hasard que deux cents ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute, ce coquin de Jimmy pense faire une blague à Odette en croyant inventer cette histoire rocambolesque de philtre d’amour ? Est-ce par hasard qu’il reproduit les gestes de son illustre prédécesseur, dans les mêmes lieux, sur ce sofa précis, en usant des mêmes mots ? Est-ce encore qu’une simple coïncidence l’idée d’Odette qui pour se faire taquine évoque le regard d’une pucelle se faisant déflorer comme le second ingrédient dudit philtre ? N’y voyez-vous que le fruit du hasard, quand le premier surnom qui nous vienne à l’esprit en songeant à Odette soit Princesse ?

Mais, me direz-vous, où se trouvait le serviteur en 1967 ? Les temps ont heureusement bien changé. Cependant, tels des cailloux blancs, les signes du destin ont indiqué le chemin à nos deux pragmatiques, ils les ont menés aux antipodes où le troisième larron s’était caché. Et c’est tous en chœur que nous lui affirmons : Welcome home, Jim O’Malley !

Odette&Jimmy – Odette achève son récit

En relisant mes notes, Jimmy m’a dit Je n’avais pas pensé, en t’invitant à venir t’installer au mas, que ça me priverait de l’effet de surprise pour nos prochains voyages…et dans un sourire, avec son plus beau sourire, il ajouta mais le jeu en vaut largement la chandelle !

Le jour qui a précédé mon intronisation à la Confrérie du Bouton d’Or, alors que mes récits circulaient de main en main, Christian et Alain ont froncé les sourcils d’un air suspicieux.

– Tu avais dit qu’à part Bertrand, tu n’avais couché qu’avec Jimmy avant de venir ici… pourtant ce Jim… ces Irlandais… tu as bien couché avec eux, non ?

– Non ! Jamais ! Pas une seule fois !

J’avais tapé du poing sur la table, faisant sursauter l’assemblée, tant l’offense qui m’était faite était de taille.

– Comment ça Non ?

– Ben non, le contraire de oui ! Dis-leur, toi !

Jimmy ricana.

– Laisse-moi profiter de ton art oratoire, je ne m’en priverais pour rien au monde !

Pointant un index réprobateur dans leur direction.

– Si vous aviez pris la peine de lire consciencieusement les récits qui les concernent, vous auriez remarqué que les seules fois où Jim m’a pénétrée de son magnifique membre, que Socrates, Linus ou Gideon ont fait de même, j’avais les yeux fermés voire bandés ! Alors, hein… que répondez-vous à ça, messieurs les suspicieux ?

Christian et Alain se regardaient, consternés.

– Quel est le rapport ?

– Quel est le rapport ? Quel est le rapport ?!?! Mais tout le monde sait bien, tout le monde vous dira… interrogez mes consœurs si vous ne me croyez pas… Quand on voit pas, ça compte pas !

Un yeah ! approbateur et unanime de mes consœurs, les applaudissements de mes confrères m’accordèrent cette victoire. Plus tard, Christian voulut savoir si je connaissais notre prochaine destination.

– Non. Aucune idée.

– Au moins, tu sais dans quelle partie du globe, c’est déjà ça !

– Bah non ! Comment veux-tu que je le sache ?

– Mais bourrique, t’as pas remarqué ?! Regarde Perth-Jim, un, deux, Nouvelle-Zélande-Jim, un, deux, Outback-Jim, un, deux… et là… ? C’est quand même malheureux que ce soit moi, le couillon de la bande qui doive te l’espliquer…!

Marcel s’était joint à la conversation et bougonnait devant mon manque de jugeote.

– Sauf que t’es pas un couillon. Tu joues au con avec les estrangers, mais avec nous… tu es démasqué !

– Boudiou ! Si j’étais pas déjà fou amoureux de Madame et si tu l’étais pas de Jimmy, je crois que je pourrais tomber amoureux de toi ! Ou de Mounico. Ou de Sylvie. Pas de la belle Cathy parce que je pourrais pas rivaliser avec ses deux zigotos… Mais tu me plais bien, la Princesse à Jimmy. Tu me plais bien !

Jimmy maugréa Maintenant que vous lui avez dévoilé mon astuce, je vais être obligé de tout chambouler mes plans Merci bien ! Monique et Jean-Luc se regardèrent et se tapèrent dans les mains Cool ! Un air d’incompréhension flotta dans pièce, rapidement dissipé par les exclamations de joie. C’est ainsi que nous avons décidé d’inviter Jim à passer les sept premières semaines de 2020 avec nous, au mas.

Depuis le début de l’été, nous lui organisons un séjour à la hauteur de l’estime que nous lui portons. Les répétitions s’enchaînent, je sais bien que la soirée d’accueil pour Jim n’est qu’un prétexte, mais je fais semblant d’y croire, comme tout le monde.

L’aisance avec laquelle je me suis fondue dans cette famille ne me surprend même plus. La présence de Martial me pose finalement moins de problème que celle de Jean-Luc qui s’amuse à me faire rougir en me donnant à lire les pages de ses journaux intimes de 1966 à 1969, celles où il parlait de moi, de ce qu’il faisait en pensant à moi, à tous les subterfuges auxquels il avait pensé pour trouver le moyen de m’espionner dans ma chambre ou dans la salle de bain. L’unique fois où le miracle des miracles s’était produit, il en avait été paralysé de surprise et de longues pages étaient consacrées à ses remords.

Je rougis en écrivant ces mots, parce que je me souviens précisément de la scène. Jean-Luc venait de se laver les mains, se les était essuyées et pour ce faire, avait utilisé la serviette posée sur la barre au-dessus de la douche. Douche sous laquelle je me trouvais, en train de me faire égoutter. L’appartement était mal chauffé, attendre quelques instants, à l’abri du rideau, dans une chaleur moite permettait de ne pas trop mouiller la serviette et ainsi éviter d’avoir froid en rejoignant nos chambres.

Jean-Luc sortait de la salle de bain quand je m’aperçus que la serviette avait disparu. J’ouvris le rideau de douche avec toute la rage engendrée par cette mauvaise plaisanterie. Martial, t’es le roi des cons ! Au passage, j’avais empoigné la serviette qui pendait sur le rebord du lavabo et poursuivis celui que je croyais être mon frère.

Jean-Luc se retourna, son regard glissa le long de mon corps. Tentant de garder un semblant de dignité, je me ceignis de la serviette en passant, la tête haute, devant lui, je lui dis d’un ton très détaché Je croyais que c’était Martial qui me faisait une blague. Salut ! Je m’étais ensuite enfermée dans ma chambre, tremblant rétrospectivement à l’idée du pauvre petit Jean-Luc victime une crise cardiaque. Je racontai l’incident à mes parents qui me conseillèrent de faire comme si de rien n’était. Et de prendre l’habitude de siffloter, de chantonner en phase d’égouttage. Habitude que j’ai gardée.

Je ne suis même plus surprise d’être la muse de Joseph. Nous passons de longues heures ensemble. Il esquisse du bout des ongles de somptueux bijoux sur mon corps, bijoux qu’il reproduit ensuite sur papier. Je ferme les yeux sous ses caresses et devine l’histoire qu’il veut me raconter. Je succombe avec aisance d’un homme délicat qui prend tant de plaisir à m’en offrir, en me faisant jouir de ses caresses, qu’il ne ressent pas le besoin d’en prendre davantage.

Daniel est un joyeux drille, mais toujours emprunt d’une certaine raideur en ma présence. Avant-hier, alors que j’assistai à la répétition de La novice à confesse, il s’est approché de moi, a calé son sexe entre mes seins, Pardon, c’était trop tentant !, a éclaté de rire avant de tourner les talons pour rejoindre sa place.

– Hep, hep, hep ! Monsieur le Notaire, reviens par ici, j’aurais deux mots à te dire !

C’est d’un pas guilleret qu’il est revenu vers moi, comme il le fait habituellement avec mes consœurs.

Marcel insiste pour qu’on porte à l’ordre du jour mon changement de surnom arguant que Princesse, c’était son nom d’amour que Jimmy lui avait trouvé rien que pour eux deux c’est presque du vol. Les autres lui ont opposé On t’a toujours appelé le Bavard, Daniel le Notaire et Jean-Luc le Balafré

– N’empêche que je trouve qu’on devrait la mettre au vote, mon idée… Moi, je l’aime bien le surnom que je lui ai trouvé… Blanche-Minette… ça lui va bien…Blanche-Minette.

Nous consentons à porter ce point au prochain ordre du jour, dans les questions diverses. Sachant qu’en règle générale, le premier point est une représentation théâtrale, nous n’avons pas fini de débattre du point 2, à savoir en ce moment, l’organisation du séjour de Jim, qu’une orgie débute. Il semblerait que les questions diverses soient abordées au point numéro 7, mais de mémoire de confrères et sœurs, jamais aucune séance n’y est parvenue !

Mais ce que j’apprécie par-dessus tout, ce sont ces longues journées de farniente avec mes consœurs. Vautrées sur les sofas, les fauteuils ou les chaises longues, nous parlons avec la même insouciance qu’à l’adolescence, la confiance absolue en plus, de sujets sérieux aussi bien que de très légers.

À la question À part Jimmy, lequel choisirais-tu, si tu devais n’en garder qu’un ? j’avouais mon impossibilité à faire un choix.

– En plus, je ne le ferais pas pour les raisons que vous pourriez croire. Alain, par exemple, il a une grande et grosse bite étonnamment dure, il la manie avec art, et je ne parle que de la queue, pas la peine d’évoquer ses autres talents (murmure unanime d’approbation), mais si je devais le choisir, ce serait pour ses goûts musicaux, pour sa façon de me faire danser, pour la façon dont il me parle de Cathy quand je pose pour lui… Jean-Luc me déstabilise avec ses sourires ironiques. Parfois… Je me demande parfois s’il ne me baise pas divinement bien, rien que pour se moquer de toutes ces années où je l’ai cru puceau… et sa manie de me demander Ça va ?… Oh que ça m’agace !

– Et tu sais d’où ça vient ?

Monique prit un air de conspiratrice et poursuivit.

– Étant donné qu’il est le deuxième homme de ma vie, j’ai bien le droit de le trahir un peu… surtout que c’est pour venir en aide à une consœur… Tu te rappelles du dernier été qu’il a passé avec vous, juste avant sa première affectation ?

– Bien sûr, que je m’en souviens, mes parents venaient de quitter Paris pour Avranches… c’est l’année où j’ai connu Bertrand !

– Qui n’avait pas osé te rejoindre et faire la connaissance de ta famille. Vous étiez sur la plage, Martial, Jimmy, Jean-Cule et toi. Tu étais partie nager avec Martial et Jimmy et lui était resté sur la plage. Quand il t’a vue sortir de l’eau, à contre-jour, il s’est mis à bander tellement fort qu’il a commencé à se branler en protégeant ses gestes des regards avec le drap de bain qui était posé à côté de lui. Tu avançais vers lui, tes hanches ondulaient. Il imaginait toutes les façons de te faire crier de plaisir. Tu t’es penchée vers lui, les cheveux dégoulinants. Des gouttes ont mouillé son torse. Tu as récupéré ton drap de bain. T’es essuyé les cheveux. Lui as demandé Ça va ? Il ne pensait qu’à son gland qui dépassait de son maillot de bain. Il ne savait que faire. Le cacher et prendre le risque que tu le remarques ? Ne rien faire et que tu le remarques quand même ? Alors sa gorge s’est nouée et il a couiné un Ça va ridicule. Et depuis, il s’est juré qu’un jour, il te fera tellement jouir qu’à ton tour, tu couineras Ça va !

– J’arrive pas à m’imaginer le Balafré en Pierre Richard du linge de bain, mais j’attends avec impatience une de ses mésaventures avec un gant de toilette !

– Mireille, t’es la pire de toutes !

– La flatterie ne te mènera à rien avec moi, Blanche-Minette !

– Si tu t’y mets aussi…

Nous sirotions nos boissons, quand nos regards sont tombés sur un drap de bain froissé qui traînait sur la terrasse. Nous avons éclaté de rire.

– J’ai une idée ! Si je lui faisais le coup de couiner ça va ? Vous en pensez quoi ?

– À condition qu’on soit toutes présentes quand tu le feras ! Une pour toutes, toutes pour une ! Pomponnettes Power !

– Ça allait de soi, Cathy ! Et toi, Monique, si tu avais à choisir ?

– À choisir en plus de Christian, d’Aloune et de Jean-Cule ? Hou la… la ! Le Bavard oui… parce que… on se comprend… (murmure unanime d’approbation)… Jimmy je dirais pas non… mais bon, mon Titi…

– Martial ?!

– C’est qu’il baise sacrément bien, ton frère !

– Pour sûr, c’est le moins qu’on puisse dire !

– On ne peut pas lui retirer ça !

– Martial ?! Martial, le gros nounours ?!?!

– Si c’est un gros nounours, je veux bien être son pot de miel !

– Monique !

– Quoi Monique ?! T’es mal placée pour le nier, Madame Touré ! Tu le trouves comment au pieu, ton mari ?

Sylvie sourit, son regard plongea en elle-même.

– Hé ho ? Y a quelqu’un ?!

– Et toi, Mireille ?

– Moi ? Je sais pas… je suis tellement comblée avec mes deux hommes… Ils se complètent si bien… Rien qu’à sa façon d’entrer dans notre chambre, je sais si Marcel va me prendre dans ses bras ou s’il préférera me voir dans ceux de Daniel… On l’a toutes fait, alors reconnaissez qu’il n’y a rien de plus agréable que s’endormir entre deux hommes qui viennent de vous faire l’amour. Et de ce côté-là, je suis gâtée !

– Tu te souviens du moment où tu es tombée amoureuse de Marcel ?

– Oui ! Parce que ça a été la première fois !

– Un coup de foudre ?

– Non. Le contraire, même ! Je le regardais faire, il n’arrêtait pas de jacasser… Vulgaire ! « Boudiou ! J’ai envie de me vider les couilles dans ton petit con ! » « Boudiou, je vais tellement bien te le fourrer ton abricot que tu en redemanderas ! » « Boudiou, tu le sens comme je me les vide ? » « Allez, viens nettoyer les outils ! » Il savait y faire, mais ses mots… ses commentaires… Dès qu’il a posé ses mains sur moi, j’ai oublié ma répulsion. Il a commencé à parler alors qu’il « visitait l’intérieur de ma grotte sacrée ». Je l’ai supplié « S’il vous plaît, cessez vos commentaires. Je vous en supplie, arrêtez vos bavardages ! » « Mais tu vas la fermer, Madame la bourgeoise ? Attends, je vais te faire taire, moi ! » Il m’a fourré sa grosse verge dans la bouche. « Ah, voilà qui est mieux ! » ses commentaires restaient orduriers, mais m’indiquaient comment le sucer. Plus tard dans cette soirée, quand nous avions joui l’un de l’autre… Quand il a éjaculé en moi, il m’a dit « Boudiou ! » et alors que j’attendais une insanité, il a plongé son visage contre mon cou « Merci, Mireille. Merci. Vous êtes une reine ! » Je l’ai embrassé. J’étais tombée amoureuse. Mais je ne suis jamais autant heureuse avec Marcel que lorsque Daniel est avec nous. Souvent, quand nous sommes que tous les deux, qu’il lit un roman, je l’observe en mesurant ma chance de l’avoir pour époux. Quand il devine mon regard posé sur lui, il décale un peu le livre « Que me vaut ce joli sourire ? » « Je suis tellement heureuse que tu m’aies choisie parmi toutes tes prétendantes… ! » C’était vraiment un beau parti dans mon milieu. Il était invité dans les familles qui avaient une fille à marier, j’en connaissais au moins quatre, mais c’est moi qu’il a choisie ! « Allez, approche un peu, jolie bécasse que je te fasse rougir des orteils jusques aux cheveux ! » Alors, en choisir un autre… non… sauf Martial bien sûr… alors oui, va pour Martial !

– Non, non ! Là, tu me charries, Mireille ! Là, tu me charries ! Et toi, Cathy ?

– Moi ? En plus d’Alain, de Christian, de… Oh, à ce propos, Monique, j’ai croisé le Siffleur hier à la supérette…

– Et comment va-t-il, ce cher Siffleur ?

– Bah, comme d’habitude… il siffle… il m’a offert le café, je l’ai fait siffler dans sa cuisine et de fil en aiguille, on s’est dit qu’on pourrait aller le retrouver un de ces jours pour le faire siffler, toi et moi…

– Quelle bonne idée ! Mais, ma chérie, c’est pas après toutes ces années que tu vas réussir à m’enfumer aussi facilement… alors ? Lequel ?

– Tant que j’ai mon Alain, ma Monique et mon Christian… bon… on va dire Jimmy…

 Jimmy ?!

– C’est un peu ta faute, quand même, Princesse ! Jimmy a toujours été un bon coup. On est bien d’accord ? (murmure unanime d’approbation) Mais depuis qu’il te fait découvrir de nouveaux horizons… Aïe ! aïe ! aïe ! Quand il revient, il est chaud bouillant pendant six mois, et les suivants, il l’est encore plus à l’idée de te revoir ! Mais ça, par contre, il nous avait jamais parlé de ce Jim ! Mais quand on y pense, les retours après Jim… n’est-ce pas, mesdames ? (nouveau murmure d’approbation unanime) et depuis que tu es avec nous, qu’on a lu tes récits… J’aime bien quand il te regarde, le voir heureux… et quand tu pars avec Alain, que nous parlons lui et moi, j’aime bien ce qu’il me dit de toi… de votre étonnement au réveil… quand tu sembles étonnée de réaliser que tu ne rêves pas, que tu es vraiment avec lui, qu’il le lit dans ton regard alors que lui-même est étonné que tu sois à ses côtés, que tu aies tout abandonné comme ça, pour lui… que tu laisses la jouissance de ton appartement à Émilie… et si nous faisons l’amour, je lui demande de me le faire comme il voudrait te le faire… tu sais, il t’aime vraiment !

– Tu me racontes ce que je vis avec Alain. Quand il me parle de toi… même parfois, au milieu d’un spectacle ou d’une orgie, quand tu ne le vois pas, qu’il te voit et qu’il me dit Regarde, comme elle est belle, ma Cathy ! Et quand il me raconte votre histoire ! Je n’en reviens pas ! Non, mais… réfléchis. Mets-toi à ma place. Alain, le dessinateur industriel à la grosse bite. Rien de plus à offrir. Monique qui doit prendre le train pour Paris, qui décide de rencontrer Cathy. Moi, je suis chez moi, au courant de rien. D’un seul coup, déboule Christian qui me demande un coup de main pour transporter son lit vers la maison de la rue Basse. De là, j’apprends que Monique s’installe chez nous. Qu’on va fêter ça, et que nous voilà partis chercher Catherine chez elle. Et qu’elle veut bien ! Et que depuis cette nuit, on est ensemble ! Tu te rends compte ? La Catherine ! Avec moi ! Et, toi Sylvie ?

– Moi ? Jean-Luc baise vraiment bien… Alain aussi… Marcel bien sûr… non… je ne saurais pas lequel… parce que Joseph…brrr… je frissonne de plaisir rien que d’y penser… !

En femmes avisées, nous avons donc décidé de ne pas faire ce choix à la légère, c’est pourquoi nous nous réservons encore quelques années de réflexion.

– Blanche-Minette, tu pourrais nous raconter une nouvelle fois… le membre de Jim et tout… Non, ne souris pas ! C’est pour qu’on sache la meilleure façon de l’accueillir… l’honneur de la France, son accueil légendaire… tu vois ? C’est presque… patriotique !

Odette&Jimmy – Retour au Canada

– Si je te dis Toronto, tu réponds quoi ?

– Les enquêtes de Murdoch !

– Les enquêtes de quoi ?!

Devant son air ahuri, je traitai Jimmy de sale intello nécrosé par son confort bourgeois, mais me gardai bien de lui fournir l’explication qu’il attendait.

J’aimais le luxe de ces vols transatlantiques en classe affaire. Fidèles à nos habitudes, j’avais joué à l’épouse peureuse en avion et Jimmy au mari attentionné qui couvre le visage de sa moitié avec sa couverture. Ainsi aveuglée, rassurée par la chaleur de ses cuisses, je pouvais calmer ma crise d’angoisse et m’endormir paisiblement. Après avoir expliqué la situation à l’hôtesse de l’air, il avait mis son masque occultant sur les yeux et éteint la veilleuse. L’hôtesse nous ficha la paix pendant les heures qui suivirent.

Juste avant de jouer cette comédie, je lui avais susurré à l’oreille Petite pipe dans l’espace aérien, tout va bien, il semblait avoir tiqué. Quand l’hôtesse se fut éloignée, il marmonna Petite pipe dans l’avion… hmm… c’est trop bon !

Alors que nous découvrions, ébahis comme à chaque fois, notre suite nuptiale, Jimmy me prit dans ses bras, plongea son regard dans le mien et sur un ton plus solennel me reposa la question.

– À ton avis, pourquoi ai-je choisi de t’emmener à Toronto ?

– Parce que c’est notre dixième voyage et que tu veux savoir si désormais, je peux réveiller les ours ?

– Ah ah ! Sache que j’ai un peu plus d’ambition que ça, belle insolente ! Nos cris seront-ils assez puissants pour inverser le cours des chutes du Niagara ?

– Ouah ! Sacré défi ! Et si on rate, on plonge ?

– Ah ah, non ! Il y aurait des épreuves de rattrapage, mais je nous fais confiance !

Jimmy avait prévu un séjour autour des lacs. La première étape nous fit découvrir les chutes du Niagara, que nous admirions emmitouflés dans de gros anoraks et pantalons d’hiver. Jimmy me remercia de lui permettre de vivre enfin ce fantasme qui le tenait depuis l’adolescence. Devant mon air surpris, il précisa À cause du film.

– Celui avec Marilyn ?

– Oui !

– Tu me compares à Marilyn ?!

– Oui !

Je baissai les yeux pour vérifier que j’étais bien vêtue comme je le pensais ou si par le plus grand des hasards, ma tenue spéciale froid polaire ne s’était pas transformée en robe moulante à mon insu.

– Mais même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pu imaginer que la femme avec qui je les découvrirais serait aussi sexy que toi !

La veille, sur la route qui nous menait de l’aéroport aux chutes du Niagara, je m’étais mise à me dandiner ondulant les bras comme une danseuse orientale. Jimmy me regardait, perplexe. Je lui demandai de stopper la voiture devant un panneau indicateur, sortis et fis quelques pas de danse devant lui. Air ahuri de Jimmy. De plus en plus agacée, je lui désignai le panneau, dansai à nouveau. Jimmy était passé du stade ahuri au stade vaguement inquiet. Vexée, un peu furieuse, je repris ma place à ses côtés en bougonnant.

– Si t’étais un peu plus ancré dans le quotidien des gens normaux, tu aurais compris, tu aurais ri et je t’aurais épaté. Alors que là… juste tu me regardes comme si j’étais complètement tarée ! Le panneau, mes pas de danse… Si tu regardais un peu plus la télé au lieu d’avoir le nez plongé dans tes bouquins, t’aurais compris direct et j’aurais eu droit à des étincelles d’émerveillement dans ton regard, mais voilà… Permets-moi de te dire que tout savant que tu es, ben t’as de sacrées lacunes en matière de séries télévisées, toute une éducation à refaire !

– C’était donc ça, les enquêtes de Bullock ?

– De Murdoch ! Les enquêtes de Murdoch ! Mais cette fois, ce n’était pas celle-ci. Tu t’en es arrêté où, question séries ? T’as continué après Zorro ? Columbo, par exemple, ça te dit quelque chose, Columbo ?

Jimmy riait et l’idée nous vint d’un séjour studieux où il comblerait ses lacunes, grâce à mes devoirs de vacances. Arrivés à l’hôtel, je débutai ma première séance. Puisqu’il n’avait pas souri à mon astuce et que le souvenir de ma prestation était encore frais, je décidai de l’initier à Dr House. Pour lui donner un supplément de motivation, je me mis sous l’écran et débutai un strip-tease durant le générique, strip-tease que j’interrompis dès le début de l’épisode. Jimmy tenta de m’apitoyer, je demeurai inflexible. Un élément vestimentaire ôté ou échancré par épisode. Rien de plus. Et la leçon durera jusqu’à ce que tu aies saisi mon astuce.

Son œil frisa et son sourire s’élargit bien plus tôt que je ne l’aurais cru. Mais son côté vieux prof sentencieux a vite refait surface. C’est Huntington, le panneau indiquait Huntingdon ! Mais c’était très bien vu ! Il me raconta ensuite les querelles sans fin entre la petite Nathalie et son père, Christian lequel affirmait se foutre de la véracité, de la crédibilité des cas et des circonstances des diagnostics. Si j’avais envie de réalisme, je regarderais un documentaire, pas une fiction !

– Pour autant, je crois n’avoir jamais regardé un seul épisode.

– Alors, concentre-toi, interro à la fin de l’épisode !

Je m’installai contre son corps, mais anticipant mes desseins en vue de le perturber, il décida de modifier un chouïa les règles. Puisque j’étais d’humeur taquine, il estimait être dans son bon droit. Il couvrit ma tête du plaid posé sur le fauteuil le plus proche et choisit un épisode au hasard. J’attendis la fin du générique pour débuter une pipe d’anthologie, à en croire ce flatteur de Jimmy. Il est vrai que je me sentais l’esprit léger, comme si je n’avais jamais eu le moindre problème, le moindre tourment dans ma vie. J’avais cette certitude que le monde s’offrait à moi, qu’il me suffisait d’avoir ne serait-ce que l’idée d’un rêve pour qu’il se réalise.

Ma bouche prenait un plaisir incroyable à faire l’amour à son sexe. Ma langue, plus qu’humide, allait et venait, s’aventurant jusqu’à son aine, en passant par ses bourses qu’elle se disputait avec ma bouche. Parfois, ma langue remportait la victoire et pouvait les lécher vibrant jusqu’au périnée. Parfois, la victoire revenait à ma bouche qui pouvait les gober à l’envi. Et l’ardent désir de sentir à nouveau les reliefs sinueux de sa hampe, le goût de son gland soumis aux va-et-vient de ma bouche s’emparait de moi. J’en profitais tout en faisant onduler ma langue le long de sa p’tite bosse. Ses doigts se crispaient sur mon occiput arrachant quelques petits cheveux de mon crâne. Quelle divine douleur ! De celles que j’appelle de mes vœux en certaines occasions.

Bien évidemment, je stoppais toute caresse, tout attouchement, tout baiser dès que je le sentais sur le point de jouir. Sinon, quel aurait été mon intérêt ?

À la fin de l’épisode, je lui posai trois questions. Il ne put répondre à l’une d’elles et se trompa pour les deux autres. Son sourire était éclatant. Il avait remporté la partie puisqu’il était évident qu’il avait besoin d’une leçon de rattrapage. Une autre erreur à porter à son passif.

– Puisque tu sembles trop fatigué pour le moindre effort de concentration, je vais te laisser dormir tout seul, pendant ce temps, j’en profiterai pour lire un bon roman.

– Ah non ! C’est pas ça que j’avais…

– Prévu ? C’est qui l’élève et c’est qui la prof ?! Hein, dis-moi, c’est qui ?!

– Et toi, alors ? Serais-tu capable de répondre, hein ? T’étais concentrée, peut-être ? Alors, réponds, quelle pathologie ? Cite au moins une erreur diagnostic sur ce cas et quel a été le déclic pour House ?

– Docteur House, si tu permets… Respect jamais ne nuit !

Abasourdi que j’ai pu répondre aux questions, Jimmy reconnut la réalité de ce qu’il pensait être une légende. Le cerveau d’une femme est capable d’accomplir différentes tâches tout en restant concentré sur chacune d’elles, ce qui est impossible à un cerveau masculin. Il était tellement emballé par cette certitude… Comment aurais-je pu trouver la force de l’ébranler en lui soumettant mon explication plus prosaïque ? Dix ans de soirées en tête à tête avec ma télé et les multi rediffusions sur les chaînes de la TNT m’ont surtout permis de mémoriser le scénario de chaque épisode.

Toute auréolée de cette victoire, je refusai fermement de combler ses lacunes concernant Les enquêtes de Murdoch. Ce sera à Toronto et pas avant ! J’acceptai, toutefois, de retenter l’expérience avec un autre épisode de Dr House. Jimmy voulu équilibrer nos chances et me proposa d’en suivre un épisode en VO.

– Que signifie cet irrésistible sourire énigmatique ?

– Que grâce aux progrès techniques et à mon envie de progresser en anglais…

– Mais tu as donc pensé à tout, diablesse !

Malgré mes protestations, il recouvrit mon visage du plaid avant le début de l’épisode. Non, mais ! Piquée au vif, je relevai le défi pour cette seconde fellation, mais le bougre avait plus d’un tour dans son sac. Au premier tiers de l’épisode, sa main glissa de ma nuque à mon cou, d’un doigt habile, il dégrafa le bouton de ma robe. Sa main se faufila entre le tissu et ma peau, ses ondulations ouvrirent ma fermeture-éclair tout au long de sa progression vers mes reins. Cet homme serait capable de faire fondre la banquise s’il lui en venait l’idée !

Son sexe gouleyant dans ma bouche me grisait déjà, sa main à l’orée de mes fesses m’enivra tout à fait. J’en oubliai même le défi. A-t-il remarqué la particularité de la robe que je porte ? Il me rendait folle de désir à caresser mon dos, mes reins, mes fesses et à faire le chemin à rebours pour se crisper sur ma nuque dès que je me cambrais pour m’offrir tout à fait. Je tentai un T’as pas le droit, peu convainquant. Il se contenta d’en rire. Je me levai d’un bond, en profitai pour jeter un coup d’œil à l’écran. Quelle chance, l’unique épisode réalisé par Hugh Laurie ! Ça me fera une question subsidiaire à lui poser !

Je me dirigeai vers le dressing et sortis de ma valise perso, le cadeau que m’avait envoyé Sylvie. Je revins vers Jimmy en agitant le pochon dans lequel il se trouvait.

– Mon cher Jimmy, puisque tu ne veux pas éteindre l’incendie que tu as allumé, permets-moi de te présenter celui qui partage désormais mes nuits torrides, mon nouvel époux !

Jimmy me prit le pochon des mains regarda à l’intérieur avant d’éclater de rire. De ce rire si particulier qui m’enflamme à chaque fois.

– Vous en êtes encore aux fiançailles ? Le mariage n’a pas été… consommé, me semble-t-il. À moins que ce ne soit plutôt avec l’emballage ?! La princesse est gourmande de rugosité !

– Mais quelle conne ! Quelle conne ! Quelle conne !! En fait, je voulais le découvrir avec toi… mais quelle conne !

Avec six heures d’avance sur l’horaire officiel, nous décidâmes d’en profiter pour ouvrir nos autres cadeaux Après tout, il est minuit passé en France… Dans un réflexe, j’avais refermé ma robe et quand il me vit revenir pour la seconde fois du dressing avec mon cadeau à la main, Jimmy me sourit.

– Le bleu te va aussi bien que le blanc, Princesse ! Par quel miracle as-tu retrouvé la même ?

Mes chères consœurs, reconnaissez qu’il est impossible de ne pas succomber à un homme capable de remarquer ces détails. Et ne vous avisez pas d’ironiser à propos de l’avantage d’être amoureuse d’un historien, parce que j’y ai pensé avant vous !

– J’ai vu une affichette d’une couturière à domicile, j’y suis allée avec un des carnets de maman. Tu sais, j’ai enfin trouvé le courage d’ouvrir les cartons qui m’étaient destinés et dans ce qu’ils m’ont légué, il y avait tous les carnets de maman. D’ailleurs, à ce propos… Elle y tenait ses comptes, mais pas que. Elle y notait des recettes de cuisine, nos appréciations, commentaires et suggestions. Elle y notait aussi les divers rendez-vous, mais surtout ses patrons de couture, ses projets et dans quel autre carnet on pourrait trouver la fiche technique. Toute une organisation qui ne m’étonne pas, mais dont je n’avais jamais soupçonné l’existence.

J’ai retrouvé la fiche de ma robe, je l’ai apportée à la couturière en lui demandant s’il lui serait possible de l’adapter à ma morphologie actuelle. Elle était épatée de la précision, des échantillons de tissus proprement agrafés à la fiche. Elle pensait que maman avait été styliste ou couturière. Je lui ai expliqué qu’elle n’avait pas pu réaliser ce rêve parce qu’il faut bien manger ! Et toujours cette crainte d’avoir à assumer seule la charge de la famille, si papa était contraint à retourner vivre en Côte d’Ivoire. La couture ça gagnait moins qu’agent hospitalier et à l’hôpital, l’emploi était garanti. Je n’ai pas le souvenir d’avoir acheté du prêt-à-porter avant leur départ pour Avranches, mais une chose est certaine, je n’ai jamais eu honte de ce qu’elle me cousait. J’étais toujours à la mode ou si ce n’était à la mode, toujours habillée comme je désirais l’être.

– Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ta robe te va encore mieux aujourd’hui qu’elle ne t’allait à dix-sept ans. Pourtant à dix-sept ans… !

Je me sentis rougir et restai muette de stupéfaction. Jimmy m’ouvrit les bras, me fit le sourire viens, par ici, Princesse, qu’on fasse connaissance avec ton nouvel époux, comment aurais-je pu résister ? Il voulut profiter de cette leçon de rattrapage pour l’étrenner.

– Docteur Quoi ?! Attends, t’as vu l’heure, mon gars ?! La leçon est terminée, depuis quand les profs font des heures sup’ ?!

Je reconnais avoir un peu prêté le flanc à la critique avec cette dernière remarque. Nous faisions les idiots sans nous préoccuper de quoi que ce soit d’autre que notre plaisir à rire ensemble, tout en attisant notre désir dans l’attente du compte à rebours et du traditionnel feu d’artifice. Une enveloppe accompagnait le paquet, enveloppe sur laquelle était écrit À n’ouvrir qu’après avoir découvert le contenu de la boîte.

– Tu n’as même pas eu la curiosité de regarder dans le pochon ?

– Ben non ! Dans sa lettre, Sylvie m’a écrit J’espère que tu feras bon usage du sex-toy que je t’envoie pour fêter dignement 2019 ! Vois-y un signe ! Alors, j’ai voulu en garder la primeur pour le tester avec toi… Mais je ne pouvais pas deviner…

Comme à son habitude, Sylvie avait écrit un chef-d’œuvre de cocasserie, elle m’y donnait les grandes lignes de ce jouet que Manara ne renierait pas. Toutefois, je tiens à te signaler que certains hackers farceurs peuvent détecter les jouets connectés et potentiellement les déclencher à distance. Cela étant dit, quand tu te promènes avec ce plug dans le cul, qu’il est connecté, y a quand même moyen que tu sois assez ouverte à la surprise et à la fantaisie !

Pendant que Jimmy connectait le jouet à mon smartphone et qu’il s’essayait aux différents modes et réglages, l’idée d’une vidéo nous vint à l’esprit. Apprends le français avec Princesse et ce coquin de Jimmy ! Leçon 1 – Seasons greetings ! À force de tripatouiller sa nouvelle caméra dans tous les sens, Jimmy l’avait déréglée et l’image ressemblait à celle des vieilles publicités locales des années 1980, d’où le ton volontairement ringard et notre jeu outrancier.

– Comme elle te le répète souvent, tout est une question de motivation. La leçon du jour portera sur l’art de recevoir un cadeau et le plaisir de l’étrenner. Elle te sera donnée, mon cher Jim, par Princesse…

Jimmy zoomait et dézoomait sur moi. Je fis semblant de tenir un micro Aidée par ce coquin de Jimmy ! Ma voix atteignit alors des sommets de ringardise, aux JO, elle eut mérité la médaille d’or de l’épreuve.

– Jim, mon cher ami, s’il est un adjectif pour qualifier la Française, c’est bien l’élégance. Admire cette créature de rêve qui s’approche ! Et ce sourire, si… Parisien !

En fait, ce sourire était lié à cette pensée : Purée, les talons… ! Je me suis montrée trop audacieuse. Si je tombe, on rigolera tellement qu’on ne pourra plus filmer. Te casse pas la gueule, Dédette, l’honneur de la France est en jeu ! Te casse pas la gueule !

– Vé ! L’élégance, la distinction… vé, pas besoin de rivière de diamants, une robe bien dessinée, bien découpée, bien cousue pour sculpter un corps que l’on devine de rêve !

Dans un sens, tant mieux, parce que des rivières de diamants, on n’en avait pas, ni même la première goutte du moindre ruisseau.

– Comme tu peux le constater, le méridional est plus rustique en matière d’élégance…

J’avais tourné la caméra vers Jimmy, nu dans son éternel déshabillé de soie, comme j’aime à le nommer. Ça le fait tellement râler, que j’aurais bien tort de m’en priver ! Jimmy qui jouait les outragés Qu’est-ce que tu trouves à y redire ?! Elle est parfaitement adéquate, ma tenue ! Après ce préambule en anglais, pour que Jim puisse comprendre de quoi il en retourne, nous filmâmes la leçon proprement dite.

– Chère Princesse, pour vous remercier de vos judicieux conseils en matière de motivation, voici ce petit cadeau, qui, je l’espère, vous comblera d’aise.

Écarquillant exagérément les yeux, ouvrant une bouche en cœur, je sortis le jouet du pochon de tissu.

– Oh ! Quelle bonne surprise, mais qu’est-ce donc ? Une bonde pour ma baignoire ?

– Non, Princesse !

– Une patère à fixer à la porte de ma chambre ?

– Non, Princesse !

– Une lampe de chevet pour mes lectures nocturnes ?

– Non, Princesse !

– Serait-ce un écrin d’un joaillier de la Place Vendôme ?

– Non, Princesse !

– Eurêka ! J’ai trouvé ! Un bouchon pour ma bouche afin que je me taise enfin !

– Non… un bouchon, en quelque sorte, mais…

Jimmy et moi avions parfaitement conscience de venger tous ces parents et grands-parents qui ont dû se coltiner Dora l’exploratrice en jouant nos rôles de cette façon.

– Le plug anal. Répète après moi : le plug anal !

D’un index guilleret, Jimmy désignait mon smartphone.

– Et connecté ! Le plug anal connecté !

– Répète après Jimmy !

– le plug anal connecté !

La scène suivante, nous trouvait enlacés, dansant langoureusement sur un slow sirupeux. Adressant un clin d’œil appuyé à la caméra Jimmy ne se doute pas que son cadeau n’est plus dans sa boîte ! En contrechamp, Jimmy souriait Si elle croit que je ne l’ai pas vue ! Mais Princesse ignore que j’ai eu le temps de le connecter. Amusons-nous un peu !

Même si je m’y attendais, la première vibration me surprit. Je hoquetai ma réplique. Oh, mais quel coquin ce Jimmy ! Ce coquin de Jimmy ! Nous étions convenus qu’il réglerait le déclenchement sur un mode, mais il en avait choisi un autre pour pimenter le jeu.

– Et maintenant, Jim, mon cher ami, je te montre comment un chevalier servant aide sa princesse à se débarrasser de son écrin de tissu. Note bien la technique ! On pourrait même la nommer French Touch !

Tout en me serrant davantage contre son corps, Jimmy dégrafa le bouton, glissa sa main sous ma robe et descendit la fermeture-éclair comme il l’avait fait plus tôt. Son autre main tenait la caméra. Je suivais sa progression sur l’écran de télé, fascinée de découvrir la chair de poule au fur et à mesure que je la sentais se propager le long de ma colonne vertébrale. Une autre série d’impulsions. Je regardais les tressautements de mes fesses, les ondulations de mes hanches quand, reculant d’un pas ce coquin de Jimmy dévoila ma poitrine dans un geste tout hitchcockien.

– Admire cette belle paire de seins ! Et regarde tout autour des mamelons… Tu sais ce que ça signifie, ils réclament leur dose de caresses. Regarde, regarde comme ils se tendent ! Arrête de gigoter, Princesse !

– Co… rhââ…! Coquin de Jim…my… tu… rhâââ… tu as… oooh !

D’une voix pour le moins troublée, je fis la leçon à ce coquin de Jimmy.

– Tu sais très bien ce qu’ils… ooh… réclament, coquin de Jimmy, mais tu fais… ooh… semblant ! À ta place, Jim poserait ses lèvres ici… ou… hmm… là… et se branlerait comme ça…

L’objectif de la caméra glissa de mes seins vers ma main, celle avec laquelle je mimais une branlette savante. Je visualisais Jim découvrant ces images, ses yeux écarquillés, sa bouche frémissante d’excitation, sa paume crispée autour de son gland, ce tissu qu’il aime froisser en se masturbant. Je pouvais même entendre ses Oh my God ! Oh my… God ! Oh Princess ooh ! Si j’y parvenais si bien, c’est grâce au jeu qu’il avait inventé lors de notre séjour en Nouvelle-Zélande. Il s’amusait beaucoup de nos histoires plus ou moins improbables, jouées avec plus ou moins de conviction. Nous lui avions demandé d’en imaginer une, qui a fini par devenir un de nos nombreux petits rituels.

Il s’installe sur la terrasse, une bière à la main, allume l’écran d’une télé en se réjouissant à haute voix de la fin de sa journée de travail. Il lance une vidéo et la commente d’une voix sortie du fond de ses entrailles, en se branlant. Je le rejoins peu après, le salue avant de m’asseoir à ses côtés et de poser un grand saladier rempli de pop-corn entre nous.

– Tu regardes quoi ? Encore cette vidéo ?! Mais tu lui trouves quoi à cette nana ?!

– Regarde, regarde comme elle est belle ! Regarde comme elle s’offre !

– Tu trouves ?

Le plus difficile pour moi étant de faire semblant de ne pas être cette nana à l’écran et de la regarder avec scepticisme. Par intermittence, ma main se trompe et au lieu de plonger dans le saladier, s’aventure sur l’entrejambe de Jim. Je me dénude ostensiblement, Jim obnubilé par la vidéo ne s’en aperçoit pas. Peu avant de jouir, d’un mouvement brusque du coude, il envoie valdinguer le saladier encore à demi-plein. Il s’en excuse tout en s’essuyant la main sur le premier morceau de tissu qu’il trouve, à savoir, comme par hasard, la robe que j’ai ôtée et posée sur la table basse. Il entreprend de m’aider à ramasser le pop-corn quand Jimmy fait son entrée et me demande ce que je fous nue, à quatre pattes devant Jim, le zguèg à l’air.

– Je ramasse le pop-corn qu’il a fait tomber par terre

– Tu ne le suçais pas un peu ?

– Non

– Même pas une petite levrette de courtoisie ?

– Même pas ! Il me calculait pas, de toute façon…

– Jim, petit frère, tu es un idiot. Regarde ce que tu rates !

Jimmy me prend en levrette tout en incitant son frère à le regarder faire. À admirer comme je bouge bien.

– Redresse-toi, Princesse, montre-lui tes seins ! Alors, Jim… toujours pas tenté ?

– Non. Vraiment pas.

– Pas même une petite pipe ?

– Non. Même pas. De toute façon, j’ai tout donné…

– Mais les pipes de Princesse réveilleraient un mort !

Jim consent, du bout des lèvres, à ce que je le suce, mais sort immédiatement de ma bouche. Tu vois, ça ne marche pas. C’est gentil, mais… à moins que… Il remet la vidéo en route et son membre à demi-revigoré dans ma bouche. Cet ingrat de Jim ne quitte pas l’écran des yeux et affirme qu’il rêverait de faire à cette femme ce qu’elle fait avec un autre. Semblant prendre soudain conscience de quelques ressemblances entre elle et ma personne, me supplie à genoux d’exaucer ce rêve. Que voulez-vous ? Je n’ai jamais eu le cœur de rester sourde à certaines prières. J’accepte donc de bon cœur, car mon âme est pure.

Ainsi que le fait l’acteur, qui lui ressemble étrangement, Jim caresse mes seins et ayant retrouvé toute sa vigueur, demande à Jimmy d’y aller plus fort, plus vite, plus amplement afin que mes seins puissent faire l’amour à sa grosse queue noire tandis que ses mains caresseraient mon corps. Jimmy, serviable comme à son habitude, s’exécute. Après avoir joui, il me suce les seins et jouissant à son tour, Jimmy me mord l’épaule ce qui déclenche immanquablement mon orgasme d’une puissance incroyable.

Pour cette vidéo, nous nous sommes montrés plus créatifs qu’à l’ordinaire, au lieu d’une longue et unique scène, nous avions décidé de différents tableaux entre lesquels Jimmy inséra des intercalaires d’un formalisme scolaire à toute épreuve.

Nous étions dans la chambre nuptiale avec un lit si grand qu’il aurait pu accueillir tous les convives de la noce. Jimmy avait ouvert la baie vitrée en grand. Il faisait un froid de canard, mais je le ressentais comme autant d’agréables petites morsures.

– Jimmy, peux-tu vérifier que le plug anal est bien en place ?

Je me mis à quatre pattes sur le lit afin qu’il puisse le faire, mais ce coquin de Jimmy, au lieu de regarder mes fesses, s’allongea sous moi, tête-bêche.

– Un pubis immaculé, comme une étoile au milieu d’un ciel nocturne. Répète après moi : pubis immaculé !

– Coquin de Jimmy ! Je te vois venir, tel un renard autour d’un poulailler ! Tu veux qu’il prononce Plus d’baise, il m’a enculée ! Mais quel coquin ce Jimmy ! Coquin de Jimmy !

Jimmy me fit taire en déclenchant une série de vibrations tout aussi agréables bien qu’assez différentes des précédentes. Il filma mon pubis immaculé, puis la caméra s’aventura entre mes cuisses. Quand son autre main écarta mes lèvres pour filmer mon clitoris, son sexe se dressa d’une façon qui me surprit. J’articulai Mais quel coquin, ce Jimmy ! Coquin de Jimmy ! avant de me régaler à nouveau de ce membre magnifique. Nous avions attendu quelques heures entre cette scène et la précédente parce que nous voulions la filmer au plus près de minuit.

Jimmy avait installé la caméra de secours de telle façon que nos corps se détachaient sur les chutes du Niagara au loin. La langue de Jimmy frôla mon clitoris quand le décompte débutait. Il avait réglé le déclenchement des vibrations sur les bruits ambiants, aussi les cris émerveillés des autres touristes sur leur terrasse me procuraient un plaisir inédit. Jimmy grognait d’aise sous mes caresses et mes baisers.

Je me regardais onduler, aveugle à tout ce qui me déplaît dans mon physique. J’aimais être à la fois actrice et spectatrice, comme si en me regardant, je me permettais d’améliorer mon jeu et j’y prenais un plaisir fou. Il me semblait que les secondes duraient moins longtemps qu’elles n’auraient dû. Les vibrations s’enchaînaient, s’intensifiaient ce qui me faisait crier un peu plus fort à chaque fois et mes cris amplifiaient les effets du jouet. Quand le compte à rebours fut terminé et que le feu d’artifice débuta, je faillis périr. Jimmy eut la présence d’esprit de déconnecter le sex-toy et annonça fièrement à la caméra C’est comme ça qu’on souhaite un bon anniversaire à Princesse !

– La nouvelle année, coquin de Jimmy ! Pas mon anniversaire !

– Et tu vas avoir quel âge, cette année, Princesse ?

– On ne demande jamais son âge à une femme, coquin de Jimmy ! Jim, répète après moi : On ne demande jamais son âge à une dame !

– Jim sait déjà que tu auras soixante-neuf ans cette année ! Jim, mon ami, mon frère, répète après moi : soixante-neuf !

La nouvelle année avait déjà quelques heures et alors que nous tombions de sommeil, Jimmy me demanda de lui parler des carnets de maman. J’essayai de rassembler mes esprits pour être la plus concise possible, trop épuisée pour y parvenir, je lui répondis Si tu connais un spécialiste en déchiffrement, je crois qu’ils sont codés. Et je m’endormis.

J’avais apporté deux carnets, dans lesquels les preuves d’un code m’étaient apparues évidentes. Je les montrai à Jimmy dès mon réveil. J’adore le regarder quand il est tout sérieux et concentré. Étrangement, je le revois jeune homme. Pour ne pas l’influencer, nous décidâmes qu’il les lirait quand je ne serais pas avec lui. Je lui proposai d’attendre dans le salon tandis qu’il les découvrirait dans le bureau.

– Et pourquoi pas, moi dans le salon et toi dans la chambre ?

– Pour mettre ta machine à fantasmes en route ? Ça va pas la tête ?! Cette mission requiert tout ton sérieux, Jimmy !

Jimmy s’inclina. Quand il me rejoignit, son sourire répondit à mes interrogations.

– Princesse, je crois savoir d’où te vient ton goût pour les positions à deux chiffres ! Mais il y a d’autres bizarreries que je n’arrive pas à décrypter. Martial a hérité des carnets de citations de votre père, je me demande si…

C’est pour cette raison qu’à mon retour à Gif, je lui ai envoyé tous ceux en ma possession et qu’il a découvert des pans de leur vie intime.

Nous roulions vers Toronto quand Jimmy me demanda de lui en dire davantage sur les enquêtes de Murdoch, puisqu’il avait comblé son retard en matière de séries médicales.

– J’en avais pas tant que ça ! Je connaissais déjà Urgences !

– Et alors quoi ?! Je devrais te remettre la médaille du Mérite parce que tu as été plus loin que Daktari ?!

Néanmoins, je consentis à lui en dire un peu plus.

– La série se passe à Toronto, tout à la fin du 19ᵉ siècle et au début du 20ᵉ, Murdoch c’est Rahan détective.

– Rahan ?!

– Oui. Rahan. Comme lui, il a tout inventé, tout pressenti. Murdoch, tu lui donnes une lampe Pigeon, une bobine de fil de cuivre, un peu de vinaigre et de citron, un bon morceau de charbon et il t’invente le chromatographe couplé au spectromètre de masse, si tu vois ce que je veux dire. Comme Rahan inventait le télescope avec un bout de bambou et deux morceaux de cristal de roche…

– J’ai hâte de voir ça !

Je n’aurais jamais pensé que cette série l’amuserait autant, mais bon sang, ce que ses commentaires étaient pénibles ! La leçon que j’en ai tiré, c’est d’éviter de lui montrer des reconstitutions de la période dont il est spécialiste. Nous avons passé une dizaine de jours à Toronto et au retour de chaque promenade, le rituel sensuel débutait par quelques épisodes à regarder attentivement durant lesquels je le perturbais un tant soit peu. Apprenez, si vous ne le savez déjà, que Jimmy se déconcentre très facilement pour peu qu’on lui propose une levrette courtoise.

Nous avons bien évidemment découvert les quartiers chinois. Quand nous y mangions, je délaissais les fortune cookies, prétextant attendre un signe significatif du destin avant de lire son message. Un soir, alors que nous dînions et que je m’apprêtais à refuser ce petit biscuit, une pendeloque se détacha de la robe de la serveuse, tomba dans la tasse de thé qu’elle était en train de me servir et m’éclaboussa. La serveuse m’aurait malencontreusement tranché la gorge qu’elle n’aurait pas été plus affligée. Je lui répétais que ce n’était pas grave, que ma robe était à peine mouillée, pas même tachée, elle continuait à se confondre en excuses.

– Comment puis-je me faire pardonner ?

– En nous offrant ceci en souvenir et en proposant un fortune cookie à madame. C’est un signe assez significatif pour toi, Princesse ?

Jimmy amusé avait récupéré la pendeloque et la serveuse accepta le marché. Je levai les yeux au ciel en découvrant le message que m’avait réservé le destin. Your many hidden talents will become obvious to those around you .*

– Évidemment, ça ne veut rien dire… Arrête de sourire, Jimmy, tu m’agaces et ça me fait rire !

Je reconnais que quelques mois après, on peut lui trouver un sens. Sur le chemin du retour, Jimmy taquina mon incapacité à masquer mon dépit. Je lui souris en ouvrant la serviette de papier Au moins, j’ai ma breloque !

Arrivés dans notre suite, Jimmy voulut retenter l’expérience d’un épisode en VO parce que tu feras un peu moins ta maline. Quand j’avais ri de la rigueur avec laquelle il s’était pris au jeu de ces leçons, il m’avait rétorqué que la seule façon correcte de s’amuser était de le faire avec sérieux. Je n’avais jamais entendu cette série autrement qu’en français. Sans les images et à cause des agacements de Jimmy, j’étais incapable de suivre quoi que ce soit. Il choisit, parce que le titre l’inspirait, Republic of Murdoch*, dès les premières images, je le prévins que l’épisode était atypique et surprenant.

– Ce qui implique que nous le regardions de la même façon ?

La question de Jimmy n’en étant pas vraiment une, je me contentai de lui sourire.

– Préviens-moi à la moindre sensation désagréable, Princesse.

S’il est un adjectif qui ne qualifiait pas mes sensations, c’est bien désagréables. J’étais excitée par la perspective de cette double pénétration, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle aurait autant d’effet sur Jimmy. Ses mains semblaient folles de désir, elles caressaient mon corps comme si elles le découvraient. Sa bouche, quand elle n’embrassait pas ma peau, semblait ne connaître que ces mots C’est bon, oh, comme c’est bon !

Je fus emportée dans une vague de plaisir qui me fit perdre toute notion de temps, d’espace. La voix vibrante de Jimmy me parvint enfin. Que dis-tu, Princesse ? Je n’en avais aucune idée ! Tout ce que je savais, c’était ce désir fou de le sentir en moi, de sentir tout le poids de son corps sur le mien, mais j’avais oublié les mots. Je me libérai de l’étreinte de Jimmy, retirai le sex-toy, m’allongeai sur le dos.

– Fais-moi jouir plus fort.

Je guidai son sexe.

– Serais-je à la hauteur ?

– En douterais-tu ?

Quand je jouis, je le mordis si fort que je crus avoir atteint son humérus. Ses dents avaient déchiré mon épaule, mais comme à chaque fois, je ne ressentis aucune douleur.

Jimmy fut incapable de répondre à mon interrogation orale.

– Tu m’as déconcentré au-delà de ce qui est humainement raisonnable, mais je suis époustouflé de ta mémoire !

– C’est parce que c’est un de mes épisodes préférés.

– Alors, regardons-le ensemble, au calme.

Si j’avais cru que l’ardeur de cette partie de jambes en l’air avait fait perdre toute notion d’anglais à Jimmy, la réalité se serait chargée de me détromper. Il ne comprenait presque rien aux dialogues, nous décidâmes donc de visionner l’épisode en français. Une chance, le premier lien ne nous dirigea pas vers la version canadienne francophone, mais vers la version française.

Je me réjouissais de retrouver les voix dont j’avais l’habitude, tandis que Jimmy s’en plaignait. J’ai adoré le voir aussi surpris que Murdoch quand celui-ci découvrit la maison où avait grandi l’agent George Cabtree et j’ai souri quand il s’est émerveillé de la qualité de cette adaptation. Alors, monsieur rien ne vaut la VO, reconnais que la VF est parfois bien utile !

Le séjour se poursuivit entre découverte des lacs et leçons de rattrapage, je pensai avoir un an pour me remettre de ces émotions, mais c’était sans compter sur le destin.

*Vos nombreux talents cachés deviendront évidents pour ceux qui vous entourent.

*Le pirate de Terre-Neuve, pour la version française.

Odette&Jimmy – "Princesse et les pirates"

Pour le séjour suivant, ce ne fut pas le lieu, mais le voyage pour y parvenir qui importa. Après notre dîner sur le bateau-mouche et la nuit dans cet hôtel où nous avons nos habitudes, Jimmy m’embarqua pour une véritable croisière sur la Seine, de Paris jusqu’au Havre. À chaque étape, je cherchais l’indice qui me renseignerait sur notre destination, à chaque fois, il souriait puisqu’elles étaient sans rapport.

Il ne m’offrit pas même la possibilité de visiter Le Havre, nous devions embarquer au plus vite et naviguer sur l’océan. Jimmy m’avait prévenue Hélas, notre capitaine est un catho intégriste, il nous faudra attendre d’être là-bas pour pouvoir donner libre-cours à nos fantaisies érotiques.

Quelques heures plus tard, alors que nous allions rejoindre notre cabine, notre bateau fut accosté, abordé par une étonnante embarcation hors du temps et nous devînmes le butin de ces étranges pirates ! Linus faisait partie de l’équipe chargée de notre enlèvement, il aurait bien eu du mal à faire peur à quiconque ! Derrière lui, la bouille hilare de Gideon promettait une traversée des plus réjouissantes !

Le thème en serait donc Princesse et les pirates. Je sautai au cou de Jimmy, battant des mains comme une enfant. Gideon nous houspilla Hurry up ! et nous aida à rejoindre leur embarcation où sur le pont nous attendaient Socrates, dans une nouvelle tenue très gentleman des océans, mais surtout Red plus pétulante qu’à l’ordinaire. Avant même de me prendre dans ses bras, elle me houspilla.

– Mais si c’est pas malheureux de voir ça ! Petronilla, une femme de ton rang ne voyage pas dans une telle… tenue ! Allons fouiller dans nos malles pour voir si on n’en trouverait pas une correcte, adaptée à la situation !

Je l’aurais dévorée de baisers ! Elle me raconta sa chance extraordinaire d’avoir répondu à l’appel à dons pour les commémorations de la Première Guerre Mondiale en offrant quelques souvenirs de son grand-oncle qui prenaient la poussière au grenier. Une tombola était organisée parmi les donateurs et elle avait eu la chance incroyable de remporter le premier prix, une croisière de luxe aux Antilles britanniques, pour une seule personne, hélas ! Et c’est l’organisateur qui était venu en personne expliquer tout ça chez elle, en lui remettant son prix. Elle me désigna Socrates qui souriait d’un air innocent.

Avant d’aller revêtir une tenue décente, Gideon me prit à part et, tout en se préparant un bon thé, -enfin ce breuvage noir comme les ténèbres, amer comme la déception, que les Irlandais nomment thé !- m’expliqua qu’il était marin de profession dans le civil et qu’il nous mènerait tous à bon port.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je ne m’étais même pas posé la question ! Jamais Jimmy ne prendrait le risque que quelque chose se passe mal.

Dans la malle, je trouvai une nouvelle version de ma robe. Pour des raisons de sécurité évidentes, il n’est plus question de courant électrique d’aussi faible intensité soit-il. Au lieu du jupon à diode, j’avais un jupon aux lambeaux artistiques. Je félicitai Red pour ses talents de couturière.

– Ah non, ça c’est l’œuvre de notre Betsy ! Moi, tu me confies ce jupon à déchirer, je t’en fais une serpillière !

– Qui se ressemble, s’assemble !

– Quoi ?!

Tout comme toi, je suis incapable de déchirer quoi que ce soit de façon artistique !

– Et puis… regarde ce que je me suis offert pour la traversée… et pas à la maison, non ! Chez le coiffeur !

Toute fière, elle me désignait sa chevelure qu’elle avait fait teindre du même roux que sa perruque. Elle se réjouissait d’entrer dans son personnage avec un soupçon de véracité supplémentaire, ce qui aida Petronilla à faire son entrée en scène.

Elle me regardait arranger ma poitrine dans ce corset, la mise en place était précise, il fallait que mes seins soient soutenus, mais les mamelons à l’air.

– Je peux te demander un truc ?

– Bien sûr !

– Tu ne remarques rien de changé ?

– Tes seins, tu veux dire ? Oui, mais je ne vois pas quoi, en fait.

– Justement ! C’est ça ! J’ai l’impression qu’ils sont plus toniques, plus fiers, et j’ai rien fait de spécial, sauf que je me tiens mieux, plus droite, comme si je n’avais plus honte de ma poitrine… Je voulais savoir si ça se remarquait… et tu viens de me le dire !

– Alors, fais-la pigeonner davantage, ta poitrine ! Oui ! Comme ça ! Je veux que Gideon s’assomme avec sa bite quand il te verra !

– Et Linus aussi !

– Et Linus aussi !

– Et Socrates aussi !

– Et Socrates ?! Et Socrates aussi ! Et Jimmy ! Je veux que ces quatre-là se mettent à bander comme des cachalots en te voyant !

– On m’avait bien dit que l’aristocratie c’était pas ce qu’on croyait, mais j’étais loin de m’imaginer… Petronilla, vous devrez me dépraver, si je veux pouvoir vous suivre dans vos manigances !

Quand nous remontâmes sur le pont, Red produisit l’effet escompté sur les hommes de l’équipage. Ils avaient tous revêtu leur tenue, Jimmy avait retrouvé son pantalon à la braguette flatteuse, Gideon ressemblait à une sorte de capitaine Nemo bedonnant, Linus faisait penser au savant des expéditions, celui aux connaissances éclectiques, presque universelles. Mais pour éviter tout risque d’incident lié à l’usage de courant électrique, nous avons dû adapter nos assistants masturbateurs.

Les hommes rejoignirent chacun leur fauteuil, à la droite duquel se tenaient une version mécanique de leur masturbateur. Ils devaient être assis pour pouvoir l’actionner à l’aide d’une pédale comme celle des anciennes machines à coudre Singer. Je regardai Linus droit dans les yeux.

– C’est le moment de ta vie où tu bénis le Ciel pour toutes ces années de guitare, n’est-ce pas ?

L’éclat de rire de Linus me lacéra les tripes. Tout le monde s’en aperçut et je réalisai que ça ne m’ennuyait aucunement. Il inclina la tête, me fit un clin d’œil auquel je ne résistai pas. J’aimais la façon dont il chassa les mains trop curieuses de ses amis, tss… tss… tss ! J’étais assise sur ses genoux et sa main se faufilait entre les morceaux de tissu. Je pensais qu’il allait remonter directement vers mon pubis, mais il ne se lassait pas de caresser mes cuisses, la naissance de mes fesses, mes cuisses encore. C’que t’es sexy, Petronilla ! C’que t’es sexy ! Si tu savais comme j’ai rêvé de tes cuisses…

– De mes… cuisses ?! Raconte-moi !

Linus me demanda de me lever, de m’asseoir à sa place. Il posa un genou à terre, face à moi. Mit du désordre dans les lambeaux de mon jupon. Posa ses mains sur mes genoux. Les écarta en se délectant du spectacle. Ses mains remontèrent le long de mes cuisses. Il les écarta juste assez pour pouvoir caler son visage entre elles.

– Voilà le début de mon rêve…

Il remarqua l’effet que ces quelques mots avaient eu sur moi. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin. Je voulus lui tirer le crâne en arrière par les cheveux, mais déjà les siens étaient trop ras pour que je puisse le faire, mais surtout mon cerveau s’embrouilla. Au lieu d’éloigner son visage, je le plaquai de toutes mes forces contre mon sexe.

– Tu es un démon ! Mes amis, cet homme est un démon !

Linus ne se contentait plus d’imiter le son de la pédale wah-wah, il chantonnait les paroles en riant de ma réaction. J’étais sur le point de jouir quand il releva la tête, apostropha ses amis Si vous saviez comme elle a bon goût en pleine mer !

Gideon vint nous rejoindre, le bateau n’avançait plus, il était ballotté par de rares vagues. Une brève discussion s’engagea entre eux pour savoir s’ils partageraient cette sensation. J’ajoutai que puisqu’il s’agissait d’une espérience ès scientifique, il était nécessaire, voire obligatoire de la mener avec Red, dans les mêmes conditions, en même temps. Ma proposition fut accueillie avec un enthousiasme bruyant.

Red me fit le clin d’œil entendu le moins discret depuis l’invention du clin d’œil entendu !

Elle prit place à ma gauche, dans le fauteuil de Socrates qui l’aida à retirer sa jupe. Ses porte-jarretelles et ses bottes lui donnaient un air de maîtresse-femme, qui ne lui convenait pas vraiment. Elle en fit d’ailleurs la remarque, mais Linus affirma que c’était l’occasion idéale pour tester un nouveau personnage Rowena, reine des pirates. Red maugréa en rosissant d’aise. J’allais ôter mon jupon quand Linus m’enjoignit de ne rien en faire.

– Non ! Le tien est sexy ! Ah, si seulement Red acceptait d’en porter de semblables…

– Tu… tu aimerais ? Mais… t’as vu mes cuisses ?!

– Pas assez souvent à mon goût, si je peux me permettre.

Red était réellement surprise, bien plus que moi qui avais compris depuis belle lurette que Linus préférait les cuisses charnues de Red à celles longilignes de Betsy.

Prévoyante, Betsy m’avait confectionné plusieurs jupons. Nos tailles étant similaires, Red se proposa d’en enfiler un. Linus fut catégorique. Non. Ce soir, tu es Rowena, reine des pirates ! En écho, ses compères approuvèrent Rowena, reine des pirates ! À voix basse, Red me demanda Elle fait comment, Rowena, reine des pirates ? Elle dit quoi ?

– Comme d’habitude, mais Rowena, reine des pirates, on l’écoute !

Red éclata de rire et topa là. Socrates, un genou à terre, ôta la culotte de Red, qui me fit le clin d’œil le plus appuyé depuis la création des clins d’yeux appuyés ! Elle avait poussé le détail jusqu’à teindre sa toison pubienne. Socrates, baba d’admiration, s’extasia Oh, Red… c’est merveilleux !

– Rowena, appelle-moi Rowena !

Clin d’œil méga appuyé.

J’étais morte de rire et Linus, qui avait repris place entre mes cuisses, riait aussi. C’était divin ! Je n’avais même pas remarqué ce léger crachin, comme on dit par chez moi. Je sentis la bouche de Gideon sur mon sein.

Jimmy prit la place de Linus. Gideon s’installa entre les cuisses de Rowena tandis que Socrates s’offrait à ses baisers. Je me laissais emporter par les caresses de la langue experte de Jimmy quand, sans m’en rendre compte, je posai le pied sur la pédale de machine à coudre et actionnai l’assistant de Linus.

Linus qui s’empressa d’y voir un signe et une fois son sexe emprisonné dans ce gant de cuir, me demanda de le branler ainsi. La mise au point fut très rapide. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin.

Pour le taquiner, j’exagérais l’effet que je chantais en même temps. Il me traita de démone. Je lui en sus gré, parce qu’à cet instant précis, c’était le plus beau compliments qu’il pouvait me faire.

Je ne savais plus à quel plaisir succomber. La langue, les mains de Jimmy me faisaient onduler, je les voulais plus intimes encore. Je plaquais son visage contre mon sexe et resserrai les cuisses. Il gémit de plaisir. À ma droite, Linus se laissait masturber par son assistant que j’actionnais au rythme de mon plaisir, de mes envies. Linus caressait mes seins, sa main plongeait parfois jusqu’à mon pubis. Jimmy écartait alors sa tête, Linus me caressait, me pénétrait de ses doigts qu’il suçait avant de m’embrasser à pleine bouche.

J’aimais vraiment le goût de ses baisers. Je le retins quand il voulut se redresser. Kiss me ! Kiss me ! Sa main se crispa sur mon sein et je sentis la chaleur de son sperme éclabousser mon poignet. Je décalai mon pied de la pédale le temps que Linus sorte de l’engin. L’étreinte de mes cuisses se desserra autour de Jimmy, qui écarta mes lèvres de ses doigts, donnant à voir mon clitoris bandé à qui voudrait l’admirer. Un coup de langue légère. Une goutte de pluie ou de salive. Les dents de Jimmy contre ma cuisse. Je jouis dans un cri de force douze sur une échelle allant de zéro à dix.

– Approchez, Cyrus Sawyer, que je vous suce un peu !

Je croisai le regard ébahi de Red qui n’en revenait pas que Rowena ait ordonné ceci avec autant d’aisance. Et d’efficacité ! Notre scénario s’élaborait par petites touches.

Rowena, reine des pirates, avait Cyrus Sawyer pour prince consort, Gid pour marin et amant attitré, le seul auquel elle acceptait parfois de se soumettre et Linus, son âme damnée, pour musicien de cour.

Princess Hope et Sir Osborne étions leurs otages, mais rapidement, il apparut que ce rapt n’en était pas vraiment un, que j’avais tout fomenté avec ma complice afin de mettre à l’épreuve les nerfs et la sensualité de Sir Osborne, qui voulait obtenir ma main.

Nous avons longuement évoqué le rôle de Jimmy durant cette traversée. Je craignais que personne ne me comprenne si j’expliquais que si entendre Jimmy prendre du plaisir avec une autre et lui en offrir ne me posait aucun problème, le voir était une toute autre affaire, que je n’étais pas sûre de le supporter. En fait, tous me comprirent et c’est ainsi qu’il fut convenu de me bander les yeux à certaines occasions ou que Sir Osborne soit invité à boire le thé dans la cabine de Rowena, reine des pirates.

Cyrus en profitait pour tenter de me soudoyer Renoncez à Sir Osborne, madame, et acceptez de devenir mon épouse.

– Et pour quelle raison accepterais-je votre proposition, jeune homme ?

– Regardez le trésor que je vous offre ! Regardez-le, oui, madame, observez-le de plus près ! Notez-vous tous ses reliefs ? Voyez-vous comme il appelle vos caresses ? Oh ! Le voici tout ému… Voulez-vous le… consoler ? Outch ! Vous le consolez… outch ! si bien !

Je me montrais, ou plutôt Princess Hope se montrait odieuse et méprisante envers les hommes d’équipage qu’elle confondait tout le temps et appelait indistinctement Machin. Il arrivait que ses remarques acerbes les fassent sortir de leurs gonds. Spécialement quand ces remarques portaient sur la cuisine.

– Si elle ne se tait pas…

– Si je ne me tais pas ? Hey, Machin, que m’arrivera-t-il si je ne me tais pas ?

– Si ne vous cessez pas vos remarques, je ne répondrai plus de rien ! Je vous mettrai face à la mer, le visage fouetté par les vents et les embruns, j’arracherai votre robe… que vous avez déjà ôtée… et je vous ferai jouir devant votre futur, Sir Osborne.

– Et donc ce truc… cette… que vous avez servie au dîner porte un nom ou même vous… estimez que ça n’en vaut pas la peine ?

Le couple Batchelor nous attendait sur l’île de Tortola que nous rejoignîmes après une traversée de quelques jours. Ils nous avaient réservés d’autres rôles, d’autres aventures, même s’il nous est arrivé de rejouer la suite de Princesse et les pirates.

En débarquant, alors que j’ajustais ma sandale sur le ponton, mon regard fut attiré par un reflet lumineux. En me penchant, je vis cette petite breloque, probablement un pendentif échappé de la chaîne en or d’une gamine. Je la mis dans la paume de ma main pour la montrer à Jimmy, qui me sourit et affirma, péremptoire et laconique C’est un signe, ou je ne m’y connais pas !

Odette&Jimmy – "Ceux qui perdent leur capacité à rêver sont perdus"

J’étais allongée à même le sol que j’avais senti fraîchir au fil des heures. J’avais bien tenté de me plaindre de la « torture » que m’imposait Jim. Ne pas bouger, rester stoïque sous les caresses du pinceau ou de ses doigts enduits de peinture. Il vantait les avantages de sa méconnaissance de la culture aborigène tout en me parant de couleurs vives.

Jim n’a aucun souvenir de ses parents, de sa famille, il ne sait même pas d’où il vient. Enfant, il a été arraché aux siens pour être confié à une institution qui l’a dépossédé de sa mémoire, de son identité. Il ignore même comment ses parents l’avaient nommé. Jim O’Malley est le nom qu’on lui a imposé. Il a longtemps méprisé les « abos » sans réaliser qu’il en était un aussi.

Tout jeune adulte, alors que ses origines lui étaient crachées au visage comme la pire des insultes, il a voulu retrouver sa culture. Malheureusement, il n’y a pas trouvé la sérénité, l’apaisement qu’il escomptait. S’en sont suivies des années d’errance, de drogue et d’alcoolisme, une déchéance qui l’a mené à une quasi clochardisation. Le hasard d’une loterie lui a permis d’acquérir ce petit bateau dans lequel nous l’avons trouvé quelques années plus tard.

Quand il a connu l’histoire de Jimmy, il a eu l’impression de s’être trouvé un frère, un frère qui avait réussi à surmonter tout ça, à grandir sans racines, un frère qui lui a donné de l’espoir et surtout la force de se regarder avec respect.

Jimmy le remerciait de lui permettre d’entrer dans ma tête de bois que je suis une femme superbe, que ce n’est pas la nostalgie de l’adolescente que je fus qui me rend si désirable à ses yeux, mais bien la femme que je suis devenue. Et je l’avoue sans honte, être à leurs côtés, être l’objet de leur désir m’a toujours fait un bien fou. J’aime leur reprocher leur fraternité, nous avons même fini par ne plus en rire, par l’accepter comme une évidence. Comme notre évidence.

– Quest-ce qui te fait sourire, Princesse ?

– Ma bêtise, ma candeur, mon manque de jugeote, ma connerie… appelle ça comme tu veux, mais quand je pense que même dans l’avion, je n’ai pas songé que Jim serait avec nous… Je voulais attendre quelques jours avant de te demander s’il nous serait possible de le revoir ! Et quand je l’ai vu à l’aéroport… « Jimmy O’Malley & Princess »… Un tel niveau de bêtise, je devrais payer patente ! Tu sais à quel point je t’aime, mais ce que je ressens aux côtés de Jim… c’est unique ! Il se pavane à mon bras, comme si j’étais une reine ! « Regardez qui est à mes côtés, m’sieurs, dames ! »

– Bien sûr que je me pavane ! Parce que tu es une reine, Princess !

La peinture avait séché depuis longtemps quand Jim fut satisfait de la lumière. Il nous avait fait attendre tout en refusant de nous en donner la raison. Quand la lumière fut à son goût, il me demanda de revêtir un peignoir et d’avancer jusqu’au feu de camp, où j’écarterai mes bras et danserai en suivant les ondulations des flammes. Pendant ce temps, il serait assis contre cet arbre, aux côtés de Jimmy et tous deux profiteraient du spectacle et pour finir, le plus rapide à la course, remportera une nuit d’amour avec toi, Princess !

– Je ne saurais que trop te conseiller de te méfier et de ne pas sous-estimer ma vigueur quand l’enjeu est de taille !

Quand j’écartai les pans du peignoir, un Ooh ! admiratif s’échappa de la bouche de Jim. Je lui demandai de dire à voix haute tout ce qui lui passerait pas la tête. Je demandai à Jimmy d’en faire autant. Il leur fallut peu de temps avant de réaliser que j’ondulais plus au rythme de leurs mots, de leurs exclamations qu’au rythme des flammes.

J’avançais vers eux en chaloupant, en faisant danser mes doigts sur les peintures qui magnifiaient mon corps. J’entendais la gorge de Jim se nouer quand je m’approchais trop près de lui. Je le taquinais en faisant semblant de m’excuser de susciter tant de trouble en lui et me dirigeais alors vers Jimmy, dont le sourire carnassier m’électrisait.

Après l’avoir bien excité tout en demeurant inaccessible, je m’approchai de Jim pour me blottir dans ses bras et me faire féline sous ses caresses.

Je me délectais du goût de son membre. Je cherchais à en mémoriser le moindre relief par de savants baisers. La nuit, même étoilée, m’interdisait d’en apprécier la vue.

Jim se maudit d’avoir oublié ses capotes dans le bungalow que nous louions. Il demanda à Jimmy s’il pouvait aller les lui chercher, parce qu’il lui était impossible d’interrompre ce moment de grâce.

Jimmy, jésuite à ses heures, demanda à son comparse si par le plus grand des hasards, il n’aurait pas vu la Vierge. Jim ne connaissait pas l’expression, mais en comprit la signification, sans qu’on ait besoin de la lui expliquer. Il lui fallut encore de longues minutes avant de se résoudre à se lever.

Jimmy m’ouvrit les bras. Et ça pensait me battre à la course pour te conquérir ?! Comme c’est amusant ! J’étais à genoux devant lui, les flammes derrière moi projetaient des ombres féeriques. Un éclair de désir me transperça. Je suçais Jimmy quand me revint en mémoire ma première pipe, sur ce sofa de cet hôtel particulier. Mon plaisir était resté intact. Je fermais les yeux pour visualiser la scène et me transporter à Paris fin mai 1967. Existe-t-il quelque chose de meilleur ? À peine cette pensée m’était venue à l’esprit que je sentis un gland à l’entrée de mon vagin.

– Guess who ?

– I don’t care !

Je n’avais même pas pris la peine de libérer ma bouche pour proférer cette réplique. Les yeux fermés, je me laissais aller aux va-et-vient de Jim qui se traitait de chanceux, qui me demandait si j’aimais sentir sa grosse queue noire dans ma chatte, s’il aura un jour la chance, le bonheur de me baiser le cul et de me faire hurler comme le fait Jimmy. Il me demanda si j’aurais un jour envie de sa grosse queue noire dans mon cul, mon cul qui le faisait tant bander. Il me demanda aussi si je sentais comme il bandait plus dur quand il s’imaginait me baiser le cul.

Il appuya son pouce contre mon anus, je me cambrais tout en avalant presque entièrement la verge de Jimmy. Oh Princess, je veux te faire jouir de partout, de la chatte, du cul, du clitoris, des seins, de la bouche, de tes mains… Je veux… Je veux… Jim se retira brusquement arracha sa capote et jouit sur mes reins. J’en pouvais plus, Princess…j’en pouvais plus… mille trente jours… deux ans neuf mois et vingt-quatre jours que j’attendais ce moment ! Mille trente jours sans te voir, sans t’entendre, sans te sentir, sans te toucher, sans t’embrasser… et tu t’offres à moi, comme si je le méritais !

– Parce que tu le mérites, Jim ! Tu es un merveilleux amant, un merveilleux ami !

Jimmy s’allongea sur le matelas posé à même le sol, je m’empalai sur lui avant de m’allonger sur son corps, son sexe fiché au fond du mien. Délicatement, Jim me prit dans ses bras et nous fit pivoter de telle façon que je me retrouvais étendue entre eux deux. Le sexe de Jim ne bandait pas encore. J’ondulais sur Jimmy, le faisant coulisser en moi. Jim dans mon dos, embrassait mon épaule, caressait mes seins. Par moments, j’avais l’impression que nous sombrions dans le sommeil, mais un geste, une caresse, une ondulation de l’un ou de l’autre nous sortait de cette torpeur et nous faisait danser cette chorégraphie sensuelle.

Ce que j’appréciais le plus, dans notre isolement total, c’est que nous pouvions crier tout à notre aise et même si nous avons dû nous contenter de conserves et d’épicerie sèche pendant une grande majorité du temps, cette chance de pouvoir crier à pleins poumons n’avait pas de prix. J’aimais entendre les cris enthousiastes et crescendos de Jim fuck ! fuck ! FUCK ! FUCK ! Mais ils ne retentirent pas durant cette première nuit hors du bungalow.

Cette nuit-là, le cri qui la déchira fut le mien. Quand Jimmy venait de jouir en moi et qu’avec Jim, il me fit jouir, sa bouche tétant mon sein, ses doigts guidant les caresses de Jim sur mon clitoris. Oh Jim… ô Jimmy, you make me… mes mots furent broyés par mon cri.

Si la vie était un bon metteur en scène, à cet instant, on aurait dû voir l’envol d’une nuée d’oiseaux exotiques réveillés en sursaut pas mon rugissement, seulement, la vie n’a pas autant d’imagination que je pourrais le souhaiter… si ça se trouve, je n’ai mème pas troublé le sommeil d’une colonie de fourmis !

Quand je me réveillais, le lendemain, Jim s’était éloigné pour veiller sur le feu. Il me reluquait en se branlant, heureux. Tout simplement heureux. Il vit que je l’observais. Il me fit signe d’approcher et pour la première fois, j’accomplissais ce qui allait devenir notre rituel matinal pour la durée de ce séjour.

Assis par terre, adossé à une pierre ou à la souche d’un arbre, Jim se branle d’une main alors que ma tête repose sur ses cuisses et que de son autre main, il me caresse sans retenue. Il se penche parfois vers moi et nous nous embrassons. Give me a french kiss, Princess ! Je me livre à ses caresses sans pudeur à l’unique condition qu’il me laisse observer les mouvements de sa main sur son membre, qu’il me permette de le caresser aussi. Quand Jimmy nous rejoint, nous sommes souvent au beau milieu d’un 69. Jimmy adore nous regarder jouir ainsi et nous adorons attendre son regard pour jouir enfin.

Dès ce premier matin, je pris la décision de rester nue pour toute la durée du séjour. Je me trouvais si belle, le corps recouvert de peintures. Je demandai à Jim ce qu’il en pensait et s’il serait d’accord que je peigne son corps. Et pour éviter de tacher ta grosse queue noire, je la protégerai comme ça ! Je l’avalai à demi, d’un coup. Sa main se crispa sur ma nuque Oh, Princess ! D’un mouvement dont l’agilité me surprend encore, je fourrai son membre entre mes seins Ou alors, comme ça !

Pour toute réponse, il me fit jouir avec sa bouche. Un cri sourd gronda en moi, mais refusa de sortir, se muant en une vibration basse, grave. Vibration qui agitait mes tripes. Jim la ressentit. Il s’enfonça vigoureusement dans ma bouche et jouit en grognant à son tour.

Jimmy nous souriait. Je lui fis part de mon idée.

– Ça ne me changerait guère de ma vie quotidienne, tu connais mon goût pour la nudité, Princesse !

– Mais comme celui de Jim et le mien, ton corps devra être peint !

– Et comment protégeras-tu ma verge ? Avec ta bouche ? Avec tes seins ?

Rien que de penser à son regard sur moi à cet instant précis, des frissons d’excitation parcourent mon corps. La définition même de la lubricité.

– Mais aussi en le cachant ici !

Je m’accroupis et dans un geste presque obscène, fis entrer deux doigts dans mon vagin. Ou là ! Je me retournai, me penchai en avant et lui désignai mon cul.

– T’aurais dû faire négociatrice pour le FBI, Princesse, parce que tes arguments sont pour le moins… gloups… convaincants ! C’est OK pour moi, pour les peintures, et pour toi, Jim ?

Jim fit semblant d’avoir besoin de réfléchir à la question.

À peine notre petit-déjeuner englouti, nous décidâmes de passer à l’activité peintures corporelles.

– Tu te charges des jambes de Jim, mais pas plus haut que les hanches, je peindrai le haut de son corps.

– Et pourquoi donc ?! Je veux peindre Jim des pieds à la tête !

– Discute pas ! Tu comprendras !

Je peignis les jambes de Jim, les recouvrant de points blancs et de lignes chamarrées. Le temps que la peinture sèche, j’avais tenté de faire fléchir Jim afin qu’il obtienne de Jimmy que je le peigne intégralement. J’avais compté sur mon charme pour parvenir à mes fins, mais Jim montra inflexible et loyal envers son ami.

– Maintenant que la peinture est bien sèche, recouvre tes yeux de ce foulard, Princesse et mets-toi à califourchon sur Jim… hé ouais… va falloir que tu t’empales un peu sur lui… ou alors, tu lui écrabouilles son service trois-pièces… c’est toi qui vois, Princesse… C’est pour que les peintures de son ventre soient dans la continuité de celles de ton dos… C’est de l’art, tu comprends ? Ça te dit quelque chose, le mot « art » ou y a que le sexe qui t’intéresse dans la vie ?

À Jim qui n’avait pas compris cette tirade, Jimmy se contenta d’un laconique Nous confrontions notre point de vue sur l’art.

Je me bandai les yeux et à l’aveugle tentait de prendre place au-dessus de Jim qui d’une main sur ma hanche me guidait précautionneusement. Comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, il posa sa main sur mon pubis. Le bout de ses doigts effleura la naissance de mes lèvres. Oh my God !

Je m’empalai délicatement sur sa grosse queue noire bien dure, comme il aime la nommer dans l’intimité. Jim me guidait d’une main tandis que de l’autre, il plaçait son gland à l’entrée de mon vagin. Je glissais lentement sur son membre, en le guidant d’une pression ferme sur le latex qui le protégeait. Quand je fus pleine de son sexe, Jimmy me demanda de m’enfoncer un peu plus.

– Mais je ne peux pas plus, je t’assure !

– Et voilà ! Dès qu’il est question d’art… Et voilà ! La Princesse ne veut pas consentir à un tout petit effort de rien du tout… Et voilà ! Tout mon beau projet… outragé… tout mon beau projet brisé… tout mon beau projet martyrisé…

– Mais ton beau projet libéré ! Libéré par lui-même, libéré par mon corps avec le concours de tes pinceaux, avec l’appui et le concours de la grosse queue de Jim c’est-à-dire de celle qui vibre en moi. C’est-à-dire de la seule queue, de la vraie queue, de la queue éternelle !

– Moque-toi, capoune ! Tiens, v’là pour tes miches !

Jimmy ne comprenait pas nos mots, mais il riait de bon cœur avec nous. Ses mains sur mes hanches, d’une délicate pression, m’invitèrent à me pencher en avant. Et si on essayait comme ça ? Oh ! Regarde Jimmy ! Oh, mais c’est à moi qu’elle se donne comme ça !

Jim suffoquait littéralement d’émerveillement. Je coulissais autour de son membre, ondulant de la croupe pour le sentir plus profondément en moi. Il bégayait son plaisir.

– Bon, maintenant arrête de gigoter, sinon… les peintures ne seront pas raccords !

Je tentais bien de ne pas bouger, mais Jimmy, du bout de son pinceau, taquinait mon épine dorsale.

– Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans l’expression « Pas bouger », Princesse ?

– C’est pas ma faute si t’as la vue qui tremble, je suis parfaitement immobile ! Pas vrai, Jim ?

La voix de Jim semblait sortie des entrailles de la Terre.

– Jim ne peut pas te répondre, car l’esprit de Jim nage dans un océan de plaisir, Princess !

Je ne bougeais plus, n’ayant que les contractions de mon vagin pour assouvir mon désir. Régulièrement, Jim ahanait Oh ! Oh ! Je sentis soudain la pression d’un gland contre mes lèvres, la caresse-starter sur mon occiput. La voix grave, à la fois douce et puissante de Jimmy.

– Tu peux bouger ton magnifique corps, Princesse ! Ho, mais gourmande, tu me suces comme si tu aimais ça ! Toi aussi elle te suce divinement quand je la fourre ?

– Tu veux bien bouger sur moi, Princess ? Oh, mon Dieu, comme tes cuisses sont musclées et… Ooh ! Tu sens Jimmy ? Tu sens qu’elle est en train de jouir ?

Jimmy ne répondit pas, tout à son propre plaisir. Son sperme inondait ma bouche. J’aurais pu m’évanouir de bonheur quand de la pulpe de son pouce, il a caressé la commissure de mes lèvres, quand sa main s’est déployée sur ma joue et que ses doigts ont effleuré mon oreille.

J’avais la sensation que le monde tournait autour de nous, parfaitement immobiles, figés, unis dans ce moment de parfaite communion. Comme un négatif à effet stroboscopique, l’image inverse s’imposait à moi. Le temps s’est arrêté, l’Univers retient sa respiration, seuls nos trois corps ondulent lentement, à leur propre rythme.

Par une brûlante journée de janvier, nous décidâmes de nous réfugier dans une grotte profonde. Jim ouvrait la marche, je le suivais précédant Jimmy. Nous progressions lentement dans l’obscurité, suivant les pas de Jim qui demandait régulièrement l’aide de ses ancêtres. Pour être parfaitement honnête, nous faisions semblant de croire qu’il plaisantait, mais nous savions que ce n’était pas tout à fait le cas. Nous marchâmes assez longtemps avant que la température ambiante ne devienne agréable. À l’aide de son briquet, Jim tentait de voir à quoi ressemblait cette cavité.

Il devait y avoir de micro-fissures dans les parois épaisses, parce qu’il nous semblait que de la poussière de lumière éclairait ces ténèbres. Je fis remarquer à Jim et à Jimmy que les points blancs qui ornaient nos corps semblaient fluorescents. J’ondulai de mon bras pour savoir s’ils verraient le mouvement.

– Princesse, dans le noir ton pubis étincelle comme une promesse !

J’avais beau me pencher, je ne le distinguais pas, mais la caresse de Jimmy était si assurée que je n’eus aucun doute à ce propos. Jim se plaignit de nous entendre parler français. Je lui reprochai de ne pas prendre la peine d’étudier notre langue.

– J’ai du mal avec les études, Princess, désolé !

– Et tu oses dire ça devant ton frère qui a passé sa vie à enseigner ?! Il te le dira tout est question de mo-ti-va-tion !

Je devinai le sourire charmé de Jimmy rien qu’à sa façon de respirer. Approche que je te donne ta première leçon ! Jim alluma son briquet qui s’éteignit aussitôt. Guide-toi à la lumière de la promesse de mon pubis ! Jim avança à tâtons, quand ses mains frôlèrent mes hanches, je voulus lui apprendre ses premiers mots. À genoux !

Mais il les connaissait déjà. Dans vos petits films tu es souvent à genoux * quand Jimmy te l’ordonne

– Tes élèves étaient aussi insolents ?

– Mes élèves maîtrisaient bien l’usage de la langue, ça aide…

Jimmy expliqua à Jim les deux sens du mot langue et comment on aimait en jouer. De la langue (tonge) ou de la langue (language) ?demanda Jim de plus en plus insolent. Je sentais les soubresauts de ses épaules secouées par un éclat de rire. Soudain, se rappelant où il était et avec qui il était, il effleura les poils de mon pubis de la pulpe de ses pouces. Ooh ! Comment dit-on « Bouffer le cul. Je veux te bouffer le cul », Princess ?

– Feuille de rose. Laisse-moi t’offrir une feuille de rose.

– Tu fais dans la délicatesse, Princesse !

– Mais c’est qu’on a une réputation à entretenir, mon bonhomme ! Ne l’oublie pas, nous sommes les ambassadeurs de la Francophonie et de la French Romantic Way of Life !

Jimmy expliqua que j’avais employé une expression poétique à laquelle il ne s’attendait pas, avant de lui faire répéter alternativement bouffer le cul et feuille de rose. Autant la première ne lui avait posé aucun problème, autant il ne parvenait pas à prononcer la mienne.

– Tu vois, je n’y arrive pas « fouille di roz’ » je n’y arrive pas !

– Tout est question de motivation !

Je lui tournai le dos, m’agenouillai, offris mon derrière à sa bouche.

– Feuille de rose

– Fouille di roz’

Je m’éloignai de sa bouche.

– Essaie encore ! Feuille de rose

Il ne lui fallut pas très longtemps avant de prononcer ces mots d’une manière que je trouvais acceptable. Purée, ses ancêtres lui ont offert tout leur art en la matière ! Tandis que cette pensée traversait mon esprit, Jim expliqua à Jimmy qui ne voyait rien Son cul est un délice ! Je pourrais passer des heures à le bouffer ! Son cul est fait pour ma bouche et pour ma langue. S’il te plaît, Princess, écarte tes fesses pour moi, je vais avoir besoin de mes mains.

J’entendais le souffle court et la respiration saccadée de Jimmy, je savais pertinemment ce qu’il était en train de faire et exactement comment il était en train de le faire.

La langue de Jim se faisait tantôt souple et humide, tantôt râpeuse, mais à chaque fois, elle me léchait idéalement. Je sentais son bras contre ma cuisse, j’imaginais sa main serrée autour de son membre qui m’excitait tant. Et sa langue… et sa voix quand il me demanda Tu n’as pas changé d’avis ? Ton cul c’est toujours que pour Jimmy ?

– Je n’ai pas changé d’avis. Mon cul n’est que pour Jimmy !

– Lucky Jimmy… Mais si tu changes d’avis, tu me le diras ?

– Je n’y manquerai pas !

– Laisse-moi t’offrir une « feuydiroz »

Je tendis mes fesses vers lui, sa langue suave, son souffle sur ma peau, son gland heurtant ma jambe… le temps de me laisser aller à cette douceur, il se ravisa.

– Ou plutôt te bouffer le cul, Princess !

À cet instant précis, il m’aurait reposé la question, je lui répondais qu’il pouvait faire tout ce qu’il voulait avec sa queue et mon cul, tant qu’il le faisait aussi bien que ce qu’il était en train de me faire avec sa bouche.

Je criais comme une chienne obscène, impressionnée que ces cris m’excitent autant. Jim jouit sur mes seins, mon cri résonnait toujours contre les parois de la grotte.

Ayant perdu tous nos repères, nous nous endormîmes sans savoir à quel moment de la journée nous étions, ni à quel moment nous nous sommes réveillés. Jim, prudent, avait prévu de quoi manger puisqu’il savait que l’eau ne serait pas un problème dans cette grotte. Cela fait partie des rares savoirs dont il a hérité de ses ancêtres, la capacité à lire les grottes, les cavités et autres abris naturels.

En voulant attraper un paquet de gâteaux sec dans le sac de Jim, j’entendis le son mat d’un petit objet tombant à terre, avant de l’oublier, parce qu’on n’y voyait toujours rien, je le cherchai du bout des doigts, le trouvai, souris et décidai qu’il était grand temps pour moi de croire aux signes du destin.

Je renonçai aux gâteaux, déchirai l’emballage de la capote, titillai le sexe de Jim dont ma main avait trouvé le chemin. Quand j’estimai qu’il bandait assez, je déroulai lentement la capote. Sa main sur la mienne, sa voix enrouée de sommeil Oh Princess ! Oh my God ! Oh what a sweet awakening !

– Suce mes seins

La bouche de Jim les trouva sans problème. J’étais dans le noir, je ne distinguais rien, pourtant je fermai les yeux quand il me pénétra en psalmodiant Je rêve ! Je rêve ! Quel doux rêve ! Ses mains couraient sur ma peau. J’entendis le pas prudent de Jimmy. Ses mains sur mes seins. Sa bouche sur ma nuque. Sa voix sifflante d’excitation.

– Ça te plairait que je te morde un peu ?

– Mais avant, je pourrais te demander une sodomie polie ?

– Une sodomie polie ?!

– Oui, une sodomie sans avoir à déloger Jim qui est si bien en moi…

Jimmy éclata de rire en vantant à Jim l’art poétique avec lequel je lui avais soumis ma proposition. Jim répétait en s’appliquant vraiment. Sodomie polie.

– Je ne disais pas que des conneries quand je parlais de motivation. Écoute comme il le prononce bien !

– Sodomie polie. Sodomie polie !

– À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

– Oh, écoutez le vieux prof vexé que je lui donne une bonne leçon de pédagogie !

Jimmy ne répondit pas. Je m’étais cambrée, de ses caresses habiles, il détendait mon anus, l’assouplissait. Si Jim s’était montré prévoyant quant à la nourriture, il n’avait absolument pas pensé au lubrifiant. Je m’étonnai de l’aisance avec laquelle Jimmy avait trouvé le chemin.

– À ton avis, pourquoi insistais-je donc tant pour te peindre tous ces points blancs le long de la colonne vertébrale, Princesse ?

– C’était donc de l’Art avec un peu de vice dedans, si je comprends bien. Du vice l’art, en quelque sorte… Outch ! C’que c’est bon ! C’est bon aussi pour vous ?

Jim ne bougeait pas. Jimmy me pénétrait lentement, artistiquement. Quand il fut assez enfoncé en moi, il me caressa les seins.

– À toi de jouer, Princesse ! À toi de jouer ! Je parie que tu as fermé les yeux !

– Gagné ! Dites-moi si ça vous convient à tous deux si je bouge comme ça

– Oh my God !

– Est-ce que tu sens comme mon cul est heureux quand Jimmy est dedans ?

– Ooh… !

– Tu sens les va-et-vient de sa queue dans mon cul ?

– Ooh… !

– Tu imagines le jour où ce sera ta grosse queue noire qui fera jouir mon cul ?

– Ooh… ooh… oh my God !

Je l’embrassai à pleine bouche avant de me redresser et d’appeler les baisers de Jimmy. Je sentis les dents de Jim caresser mes mamelons avant de me téter comme il sait si bien le faire. Je jouis la première. Les dents de Jimmy déchirèrent ma peau. Comme à chaque fois, nous échangeâmes aussitôt un baiser au goût merveilleusement métallique. Ô ma Princesse, ô ma Princesse !

Jimmy hors de mes fesses, Jim prit les commandes. J’aimais la façon dont il me faisait rebondir sous ses coups de bassin. J’ai aimé quand nous avons roulé sur le sol, qu’il s’est retrouvé au-dessus de moi, est sorti de mon corps et a demandé à Jimmy comment on appelait le doggy style en français. La levrette. La levrette à Dédette !

Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés dans cette grotte, tout ce dont je me souviens, c’est qu’il faisait nuit noire quand nous en sortîmes, que l’air était encore tiède et que nos peintures tenaient plus du barbouillage que de l’œuvre d’art.

Nous étions loin de tout, mais à moins de trois cents kilomètres se trouvait un aérodrome où un petit avion faisait des navettes avec la ville la plus proche. En allant nous y ravitailler, nous vîmes ce petit bijou. C’est quand nous redevenons volcans au creux de la Terre ! J’embrassai Jim pour le remercier de cette jolie formule qui nous définissait si bien.

*En français dans le texte.

Odette&Jimmy – "Là où la mer est bleue et les poissons curieux"

Pendant notre dîner-croisière sur la Seine, Jimmy émaillait notre conversation de propos pas vraiment incohérents, mais parfois un peu à côté de la plaque. Je m’étonnais qu’une flûte de Champagne et deux verres de vin l’aient autant enivré. L’âge peut-être ?

Je n’en compris la raison que le lendemain à l’aéroport.

– Tu vois le concept de roi des cons ? Ben, là tu l’as dépassé, Jimmy !

– Et toi, le concept de perspicacité, ça te dit quelque chose ?

– De perspicaci quoi ? Purée, c’que je suis nulle quand je m’y mets !

– J’ai bien distingué une lueur de surprise, de crainte, de gêne et surtout d’incompréhension dans ton regard, mais… c’était trop bon !

Nous accomplissions les formalités douanières avant d’embarquer pour Zanzibar, quand Jimmy, sérieux comme un pape, me promit de m’offrir une banane dans sa cabane. Je le bousculai « C’est pas drôle ! » en éclatant de rire quand nous remarquâmes les sourcils froncés d’une femme un peu plus jeune que moi. Nous n’y prêtâmes pas plus attention que ça.

Quand nous atterrîmes, en attendant nos bagages, Jimmy me passa ses écouteurs, j’éclatai de rire en entendant les premières notes de la chanson d’Au bonheur des Dames.

– Ça y est ? La mémoire te revient ?

La femme croisée à Roissy, qui attendait elle aussi ses bagages, nous demanda ce que nous trouvions de si amusant.

– L’histoire est un peu longue, mais en résumé j’ai fait une blague qui a fonctionné au-delà de mes espérances.

– Vous ne vous moquiez pas de moi, alors ?

– Mais pour quelle raison l’aurions-nous fait ?!

– Désolée. Je suis un peu à cran ces derniers temps. Désolée.

Elle a récupéré ses bagages et s’est éloignée en s’excusant encore.

Jimmy et moi ne sommes pas sortis de notre suite nuptiale durant les premiers jours, ayant ressenti un grand besoin de plaisir. Je n’osais pas lui avouer à quel point tous ces mois entre nos voyages me pesaient, me semblaient interminables. J’avais refusé à deux reprises sa proposition à venir m’installer avec lui en Provence et je craignais son refus poli et embarrassé si je lui demandais de me délier de ce pacte. Il m’avait tellement manqué pendant l’année 2015, chaque année devenait plus insupportable que la précédente, mais je n’en pipais mot à cause d’une fierté mal placée.

Mais quand nous nous retrouvions… bon sang, quel bonheur ! Nous faisions l’amour comme des affamés, nous déchirant la peau à coup de dents pour mieux nous prouver que nous étions vivants. Quand il me traitait de gamine effrontée, ses yeux ne mentaient pas, ni son sourire. C’est ainsi qu’il me voyait vraiment. Nous rajeunissions dans les bras l’un de l’autre, ne gardant de nos âges avancés que la certitude de la brièveté de notre existence.

Nous admirions le coucher de soleil depuis notre terrasse quand nous remarquâmes un couple qui faisait de même sur une terrasse voisine. Ils se réfugièrent précipitamment dans leur chambre, ce qui nous amusa beaucoup. Quelques minutes plus tard, on toqua à notre porte. Jimmy l’ouvrit et nous vîmes cette femme. Le regard affolé, elle nous supplia de ne rien dire. Jimmy l’invita à entrer pour la rassurer et pour qu’elle nous explique la raison de son effroi. Il était évident qu’elle cherchait à lire dans nos yeux, dans nos mots et notre attitude, si elle pouvait nous faire confiance. Rassurée sur ce point, elle nous raconta son histoire.

La cinquantaine passée, son époux l’avait quittée dès l’envol de leur unique enfant hors du nid familial. Elle s’était retrouvée seule, réalisant que leurs amis étaient en fait ceux de son mari, ce dont elle n’avait jamais eu conscience auparavant.

Après de longs mois passés à se morfondre, ne quittant son appartement que pour se rendre au travail, sans l’envie, ni l’énergie d’aller au ciné, au théâtre, ni même au restaurant, elle s’était décidée à suivre les conseils des revues féminines dont elle voyait la couverture aux vitrines des marchands de journaux et de se faire plaisir, de ne penser qu’à elle-même. Conseils dont elle s’était moqué jusque-là d’un haussement d’épaules. Elle avait changé d’avis en voyant une publicité à la vitrine de l’agence de voyage attenante, vantant les plages paradisiaques de Zanzibar et promettant un séjour de rêves.

Le temps était maussade à Paris. Elle avait franchi le seuil de l’agence pour savoir combien coûterait un tel séjour, persuadée qu’elle n’en aurait jamais les moyens. Elle hésitait, pesait le pour et le contre. Ce n’était pas raisonnable, elle devrait dépenser en quelques jours les économies de toute une vie, ou presque. Mais l’envie la taraudait.

La solution lui était apparue le soir même. Pourquoi passer par une agence de voyage ? Peut-être lui était-il possible de l’organiser toute seule, ce séjour ? Elle se plaignait de ses soirées interminables en solitaire, autant les occuper de cette façon. Même si ce rêve s’avérait irréalisable, il aurait au moins eu le mérite de combattre son ennui. C’est ainsi qu’elle découvrit Zanzibar l’année précédente. Dans l’hôtel où elle était descendue, elle avait été séduite par la prévenance d’un des serveurs.

À ce moment de son récit, elle planta son regard dans le mien, ses yeux s’emplirent de larmes, sa voix devint presque inaudible. Ne me jugez pas, par pitié !C’est facile pour vous… Baissant les yeux pour ne plus nous voir, elle dit à toute vitesse Je ne suis pas idiote, j’ai tout de suite compris ce qu’il en était, mais j’avais besoin de me sentir encore désirable, même si je devais payer pour ça. Je posai ma main sur la sienne.

– S’il y a deux personnes au monde qui ne vous jugeront jamais, c’est bien nous !

– Quand je vous ai entendus rire à propos de banane offerte dans une case, j’ai cru que vous vous moquiez de moi. Plus tard, quand vous avez ri à l’aéroport, j’en étais convaincue et ce soir, quand je vous ai reconnus… J’ai pris la précaution de changer d’hôtel, mais mon… ami doit se cacher, si on le découvrait…

– Que dirais-tu, si je puis me permettre le tutoiement moins formel, d’aller chercher ton ami, qu’on puisse trinquer ensemble au bonheur ?

Le fait que Jimmy n’ait marqué aucune pause avant le mot « ami » fut la raison qui lui fit accepter sa proposition. Je guettais leur arrivée comme une pensionnaire s’apprêtant à laisser entrer le loup dans la bergerie. Jimmy était en train de déboucher la bouteille de Champagne, commandée en fin d’après-midi et qui attendait depuis dans un seau de glace, quand je refermai la porte derrière eux. Il tendit la main au jeune homme.

– Mon ami ne parle pas français, hélas…

– Ça tombe bien, mon père était britannique. My name is Jimmy.

Je riais intérieurement et mes yeux pétillaient.

– Odette

– Véronique

– Farouk

– On peut t’appeler Freddie, alors ?

Les flûtes tintaient qu’il riait encore. J’en expliquai la raison à Véronique, qui n’avait pas fait le rapprochement Farrokh, Farouk, Freddie bien qu’appréciant la musique de Queen.

– À propos de musique, voici la chanson qui faisait rire Odette à l’aéroport. Tu comprendras notre surprise quand tu nous en as demandé la raison.

Après l’avoir écoutée, Véronique nous avoua se sentir bête d’avoir réagi comme elle l’avait fait.

– Chut ! Ne dis pas ça, ça lui ferait trop plaisir ! C’est son truc à lui ça, que les jolies femmes se sentent bêtes en sa présence !

Jimmy traduisait mes propos et en expliquait la raison à Farouk, quand Véronique lui demanda de quelle ville était originaire son père.

– De Marseilleu, peuchèreu !

– Ça, Princesse, tu perds rien pour attendre !

– Je ne parle pas assez bien anglais pour pouvoir avoir de vraies discussions avec Farouk. Je le regrette parfois, mais on se débrouille…

Jimmy fit montre de son légendaire talent de négociateur pour convaincre Farouk de se détendre un peu et de ne pas craindre que le personnel de l’hôtel ou quiconque le remarque.

– Ton activité est-elle connue dans cet hôtel ? Tu m’as dit que tu avais rencontré Véronique à l’autre bout de l’île dans l’hôtel où tu étais serveur. Qu’est-ce qui m’empêche d’affirmer que tu es le guide touristique que nous avons tout trois embauché pour la durée de notre séjour et que j’ai posé comme condition que nous mettions au point ensemble les excursions que nous envisageons ? Je suis un universitaire français et il est hors de question que je règle ces détails sur un coin de table dans le hall de l’hôtel ! Je paie assez cher pour avoir droit à quelques privilèges, n’est-ce pas ?

– Mais je ne suis pas guide touristique !

– Et alors ?! En dehors de nous, qui le sait ?!

Farouk partit dans un fou-rire, pendant que Jimmy expliquait à Véronique ce qu’il lui avait dit. Elle était émue aux larmes et nous remerciait chaleureusement. Nous picorions tout en buvant, Jimmy avait commandé quatre repas qui nous avaient été livrés par le room-service, il en avait profité pour présenter notre guide et demander s’il serait possible d’installer un lit d’appoint dans ce qui nous servait de salon afin que nous puissions être certains qu’il serait à l’heure chaque matin. Notre demande fut acceptée sans problème. Ainsi la présence de Farouk ne serait source d’aucune question potentiellement embarrassante.

Nous picorions tout en faisant plus ample connaissance, je traduisais de temps en temps certaines bribes de la conversation entre Jimmy et Farouk à Véronique qui avait du mal à la suivre. Elle me racontait son histoire, ce qu’elle ressentait dans les bras de ce jeune homme, ce frisson qu’elle n’avait jamais connu, prendre du plaisir sans avoir à se demander si une histoire d’amour pourrait en naître, sans à avoir à imaginer un potentiel avenir commun, le plaisir pour le plaisir. Pourtant, me dit-elle, jamais elle ne s’était sentie autant respectée. Elle avait eu de belles histoires d’amour avec des hommes comme il faut, qui ne s’étaient jamais montrés irrespectueux, mais ce respect, un tel respect, elle ne l’avait jamais ressenti.

Jimmy me regardait, un sourire serein aux lèvres. Il avait entendu les derniers mots de Véronique.

– Farouk vient de me raconter quelque chose de troublant, mais j’ignore s’il souhaite que je te le dise en présence de Véronique.

Il lui demanda s’il pouvait le faire ou s’il devait garder tout ceci secret. Farouk haussa les épaules fataliste, genre « c’est toi qui vois ».

– Farouk vit de ses charmes, il est prostitué ou travailleur du sexe, je ne sais pas quel terme tu préfères entendre. Son boulot, c’est de donner du plaisir aux femmes en vendant son corps. Il n’oublie jamais qui il est, ni pourquoi il est là. Pourtant, dès leur première nuit, cet aspect est passé au second plan. Avec Véronique, ce n’est pas un étalon, il est Farouk, un homme qu’on respecte et à qui on offre du bonheur en plus de s’acheter du plaisir. Ce qui m’a troublé, c’est qu’il venait de m’expliquer que Véronique est la seule femme qui l’ait regardé avec autant de respect. La seule femme qui a tenu à faire connaissance, à lui poser des questions le dictionnaire à portée de la main pour être sûre de comprendre ses réponses. La seule femme qui lui ait donné envie de flirter comme un adolescent flirte avec une adolescente. La seule à lui avoir dit « tant pis si ça prend trop de temps, dans ce cas-là je te réserverais un autre rendez-vous ». Pas dans l’espoir d’obtenir la gratuité ou une ristourne, non elle paierait le prix convenu, mais elle voulait prendre son temps. Et quand elle lui a proposé ce séjour loin de chez lui « un mois pour moi toute seule, ça me coûterait dans les combien ? » il avait cru rêver. Et c’est pour cette raison qu’il se sentait respectable, respecté. Tout en étant un prostitué.

– Je n’avais jamais embrassé de noir sur la bouche, pourtant je n’ai pas été surprise quand elle s’est posée sur mes lèvres, la première fois. Mais je suppose que ça t’a fait pareil, la première fois que tu as embrassé la bouche d’un blanc, Odette. Après, avec Jimmy… tu ne devais déjà plus te poser la question, tu savais ce que ça faisait…

Jimmy, mort de rire, traduisit les mots de Véronique à Farouk en ajoutant à mon attention « Fais-moi plaisir, Princesse, je te charge d’expliquer tout ceci ànos amis, mais en anglais afin que nous puissions tous tecomprendre ! »

– En anglais ?! Fais chier, Jimmy ! Bon. À dix-sept ans, j’ai demandé à Jimmy de me rendre un petit service…

– Ça a le mérite de la concision, Princesse !

– Il a été ton premier homme ?!

– Hé ouais !

– Et vous êtes ensemble depuis tout ce temps ?!

– Bé non !

– Elle t’a demandé de lui donner son premier baiser ?!

– Entre autres… elle m’a demandé, puisqu’elle pouvait me faire confiance, j’étais un des meilleurs amis de son frère aîné, elle m’a demandé de la dépuceler parce qu’elle voulait en garder un souvenir impérissable et qu’elle savait que j’en serais capable.

– Hey, mais il avait presque vingt-quatre ans ! C’était un homme, un vrai, un dur, un tatoué, pas un puceau qui aurait tout gâché ! Et pis, à vingt-quatre ans… le Jimmy… laissez-moi vous dire, qu’il était presque aussi beau qu’il l’est maintenant ! J’ai bien eu raison, alors…

– Et après ?

– Mais après, rien ! C’était ça le service… il me dépucelait, me faisait ça bien, mais dès le lendemain, il redeviendrait le meilleur ami de mon frère qui vient déjeuner dans notre famille tous les dimanches, qui part en vacances avec nous, parce qu’il est de l’autre bout de la France et qu’il fait ses études à Paris. Je ne voulais pas d’une histoire d’amour avec lui, je crois que ça aurait été trop compliqué à vivre, en tout cas pour moi. J’avais besoin d’un technicien pas d’un prince charmant. Il me rendait ce service, comme j’aurais pu lui demander de changer la roue de mon vélo, ou un truc comme ça…

– Finalement… un peu comme moi, Jimmy… tu es un peu comme moi…

– Sauf que l’Européen est plus couillon que l’Africain… parce que l’Européen, c’est lui qui paie pour rendre ce service !

Farouk partit dans un nouvel éclat de rire communicatif, nous prenions vraiment plaisir à profiter de la joie de cette soirée impromptue. Véronique n’avait presque rien bu, elle n’était pas ivre, quand elle nous demanda si nous serions choqués à l’idée d’assister à son premier cunni avec Farouk.

Nous lui proposâmes de photographier son regard, pour qu’elle puisse garder cette photo dans son portefeuille sans craindre d’avoir à expliquer la raison de ce regard extatique, puisqu’il pourrait tout aussi bien être le fruit du hasard. Une photo pas compromettante mais qui lui permettrait de se souvenir quand elle serait de retour en France.

L’idée l’enchanta, mais elle voulut d’abord connaître la suite de l’histoire. Comment se faisait-il alors, que nous nous retrouvions, des années plus tard, ensemble dans une suite nuptiale pour un séjour pour le moins sonore ?

Jimmy leur raconta nos retrouvailles lors des funérailles de mes parents en 2009, mon désenchantement, la séparation à venir d’avec mon époux. Sa proposition de me faire découvrir de nouveaux horizons et notre décision de nous retrouver chaque 29 décembre, pont de l’Alma pour un dîner-croisière sur la Seine, puis le séjour-surprise de sept semaines qu’il me propose en me donnant que peu d’indices sur la destination, à chaque fois différente.

Farouk et Véronique l’écoutaient bouche-bée, les yeux grands ouverts. Je constatai alors que sa voix de conteur cévenol fonctionnait à merveille en anglais. Jimmy est un conteur né. Je connaissais l’histoire, et pour cause ! Il ne mentait, ni n’ajoutait le moindre détail, cependant la façon dont il la sublimait par ses mots me faisait douter de sa réalité.

– Mais pour toi, Odette, il n’est plus question d’un simple service ?

– Bien sûr que non ! Plus maintenant, mais en 67 si ! Ce n’était vraiment qu’un simple service. En 2009, quand Jimmy est venu à ma rencontre, dès ses premiers mots, j’ai compris, il a compris que nous étions amoureux l’un de l’autre, même si on n’en a jamais parlé, je sais que nous l’avons compris en même temps, à cet instant précis.

– Je l’ai vue, adossée à ce mur, un pied contre la paroi, une clope au bec, son chapeau enfoncé sur sa tête, sa grande cape noire. Je l’ai vue, elle m’a regardé et nous avons compris.

– Et cette année, pendant le dîner-croisière, j’ai cru qu’il était devenu sénile, parce qu’il me disait tout à fait hors de propos, certaines phrases de la fameuse chanson, mais comme d’habitude, je n’ai pas deviné où il m’emmènerait !

– Vous avez dû me prendre pour une folle…

Pendant que Jimmy et Farouk très excités, installaient la table des opérations, Véronique se laissa aller à d’autres confidences.

– Je n’étais pas une oie blanche, tu sais. Je ne comprends pas comment j’ai pu accepter d’endosser ce costume d’épouse modèle, sans même m’en rendre compte, sans réagir, alors qu’il m’avait toujours gêné aux entournures ! J’ai voulu me conformer au rôle que la société m’imposait alors que j’avais été une jeune fille rebelle. J’aimerais avoir la force de revendiquer mon choix d’amours tarifées, mais la route est encore longue. Votre regard à toi et surtout à Jimmy m’aideront à y parvenir, parce que je sais qu’un jour j’assumerai ce choix, mais je n’y suis pas encore prête. Disons que vous êtes les deux premiers cailloux blancs qui me serviront de point de repère en période de doute.

Répétant par groupe de deux mots, la phrase que lui soufflait Jimmy, Farouk prononça Si Madameveut biense donnerla peine Il rayonnait littéralement de fierté d’y être parvenu. Alors que je pensais qu’elle rejoindrait la table en se dandinant comme une poule, Véronique s’avança d’un pas ferme et décidé. Elle demanda à Jimmy de se retourner le temps qu’elle retire sa culotte. Il se retourna donc, non sans sourire.

– Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? Avec ce que je… Excuse-moi, Jimmy, je ne m’explique pas cet accès de pudeur pour le moins incongru !

Jimmy traduisit à Farouk qui répondit qu’il avait compris. Je ne sais pas pourquoi, mais parfois je comprends ce qu’elle veut dire quand elle parle en français, mais pas très souvent. Et ça lui fait parfois pareil avec moi.

Véronique totalement nue, s’était allongée sur la table, ses pieds reposant sur les deux tabourets de bar. Elle voulait que nous puissions photographier les réactions de son corps, si elle en ressentait l’envie.

Comme si elles avaient été notées à l’encre magique, uniquement visible à mes yeux, toutes les raisons de ses complexes me sautèrent au visage. Simultanément, les raisons pour lesquelles ce même corps suscitait le désir des hommes m’apparurent avec la même violence. Son corps avait vieilli, il avait été longtemps négligé, mais sans doute pour ces raisons, on le sentait avide de prendre et d’offrir du plaisir.

Je n’en ressentais absolument aucun pour son corps, pourtant je ressentais physiquement le désir qu’il faisait naître chez les hommes.

– Merci, Odette. Dans ton regard, je me sens belle. Je voudrais que tu prennes les photos.

Sans pouvoir en garantir le résultat, j’acceptai sans hésiter. Jimmy prendrait les clichés de l’autre côté. Je perçus le sursaut de surprise et je pus le capturer, comme au lasso.

– C’que c’est doux ! C’que c’est doux ! Tu pourrais photographier mes mains ?

Ses mains couraient le long de son corps sublimé par le plaisir. Je savais d’instinct ce qu’elle voulait que je capte. Les frémissements de sa peau, le creux de sa taille, son ventre, son plexus solaire, encore le creux de sa taille, puis ses seins, ses épaules, son cou… Vais-je réussir à capturer la douceur de son sourire ?

L’orgasme l’avait projetée en avant, comme il n’y avait pas beaucoup de lumière et que je me refusais au flash, le cliché est un peu flou. Mais d’un flou involontairement artistique puisque son sourire énigmatique et son regard indéchiffrable sont nets.

Aussi surréaliste que cela puisse paraître, après l’avoir fait jouir de si belle manière, Farouk demanda à Véronique s’il pouvait lui faire l’amour.

– Je devrais la baiser, mais elle me fait l’amour, alors…

Farouk avait le fatalisme souriant et radieux. Même s’il était payé pour sa prestation, je compris ce que Véronique avait trouvé en lui. Je le regardais dérouler le préservatif le long de son membre, j’eus une pensée pour Jim.

Je ne me souviens pas l’avoir vu s’enduire de lubrifiant, mais je me souviens de l’éclat de son préservatif quand ses va-et-vient se faisaient plus amples. Je regardais les mouvements de leur corps comme un pas de deux sur la scène d’un opéra. Ils ne parlaient pas la même langue, mais leur corps se comprenaient et je veux croire que cet état de grâce n’était pas uniquement dû au professionnalisme d’un des deux danseurs.

Véronique me demanda de traduire à Farouk son désir qu’il jouisse dans sa bouche, comme l’autre fois. Farouk lui demanda un peu de patience, il prenait tant de plaisir en elle, pouvait-il en profiter encore un peu ? Je ne sais pas si ça rentrait dans les termes de leur accord commercial, mais je veux aussi croire à la sincérité de ce jeune homme.

J’ai aussi photographié la main de Véronique qui se crispait sur sa hanche, ses ongles entaillant sa peau blanche. De tous mes clichés c’est probablement celui que je préfère.

Nous partageâmes quatre semaines avec ce couple charmant, touchant, sans illusion, mais avec beaucoup de sérénité, leur servant d’alibi, de laissez-passer.

Quand ils durent retourner à leur vie, Jimmy décida de suivre les conseils de Farouk et d’achever notre séjour sur le continent, en Tanzanie.

Peu avant leur départ, ils tinrent à nous offrir ce petit globe, symbole pour eux de nos séjours romantiques à travers le monde, puisque Jimmy leur avait montré mon bracelet et qu’il leur avait expliqué la signification de chacune des breloques, sur le mode du conteur cévenol.

Odette&Jimmy en Irlande

– Depuis qu’on s’est installés à notre table, t’as l’air entre amusé et agacé, comme si tu voulais garder encore un peu un secret, mais qu’en même temps, t’avais pas envie de prendre le risque de dépasser la date limite. Tu vois ce que je veux dire ?

– Et que oui, je vois ce que tu veux dire ! Parce que c’est exactement ça. Je voudrais pouvoir te demander simplement de me faire confiance sans avoir à t’en révéler la raison.

– Un indice, peut– être ?

– Déguisement

– Tu parles d’un indice ! « Déguisement » ! On se déguise à chaque fois !

– Déguisement

Sur le trajet qui nous menait à Belfast, Jimmy me raconta ce « mystère mystérieux » qui lui était tombé dessus durant l’année 2014. Il s’était rendu en Irlande à l’invitation de certains organisateurs des premières commémorations du centenaire de la Grande Guerre et en se promenant dans les rues de la ville, il était tombé sur une toute petite échoppe de costumes steampunks. L’idée de placer le réveillon et les semaines suivantes dans cette thématique lui était alors apparue comme une évidence.

Il était entré dans la boutique et avait eu la surprise d’y croiser un des participants à la réunion qui le regarda droit dans les yeux

– Être sérieux n’interdit pas d’apprécier le plaisir

– Qu’y a-t-il de plus sérieux que le plaisir ?

L’homme lui tendit la main et serra vigoureusement celle de Jimmy qui cherchait quelque chose du regard.

– J’aurais bien aimé acheter un costume pour ma belle, mais… je ne vois rien qui pourrait être à sa taille…

En habitué des lieux, son jeune confrère lui proposa de jeter un coup d’œil dans cette pièce dont l’accès était masqué par un lourd rideau.

– J’espère ne pas vous choquer

Jimmy souriait en regardant les costumes de plus près. De prime abord, il n’avait rien noté de bien choquant si ce n’était… Et en s’approchant, il comprit. Il était en terrain ami. Il s’était retourné vers le jeune universitaire « Je n’aurais pu rêver costume plus idéal ! »

Une conversation s’était engagée entre eux, conversation qu’ils poursuivaient par correspondance. Socrates CyrusSawyer, puisqu’il préfère qu’on le nomme ainsi, fait partie d’un club, une sorte de confrérie d’amoureux et d’amoureuses de steampunk, d’exhibitionnisme, de voyeurisme et d’univers légendaires.

– Avoue, Princesse, je ne pouvais pas mieux tomber !

Quand nous fûmes installés dans notre chambre, je lui demandai combien de temps il comptait me laisser sur les charbons ardents avant de daigner me montrer la tenue qu’il m’avait faite confectionner. Jimmy éclata de rire, téléphona à Socrates. Après un échange où je pus constater leur degré d’intimité, il m’expliqua « Justement, lui et quelques amis sont réunis dans leur club privé. Si tu es partante pour une petite balade en voiture et pour passer quelques heures en leur compagnie… »

L’endroit tenait tant du vieux manoir que du cottage huppé. Le lieu idéal pour abriter ce club de doux-dingues. Avant toute chose, une trentenaire qui écarquillait les yeux pour ajouter un soupçon de candeur à son regard, nous invita à tirer un des petits papiers de chacune des trois urnes qui étaient posées sur un vieux comptoir aux cuivres rutilants.

– Ainsi, le sort vous offrira une nouvelle identité

– Mais si un ou plusieurs noms ne me plaisaient pas ?

– Vous en choisiriez d’autres, mais le sort est toujours favorable pour celles et ceux qui l’accueillent sereinement !

Malgré mon scepticisme vis-à-vis de toutes ces foutaises new-age, je dois reconnaître que ce fut le cas. Petronilla HopeBowles au bras d’Enoch Jonas Osborne firent leur entrée dans cet univers surprenant, fascinant, passionnant.

Deux femmes et trois hommes étaient présents, celle qui nous avait accueillis se surnomme Bathsheba Betsy Batchelor ou 3B, elle est férue de dessin et depuis qu’elle a connu ce club, qu’elle en fait partie, elle se sent revivre. Au lieu de devoir les cacher, elle a trouvé ici non seulement des encouragements, mais aussi le bonheur de voir s’animer certains d’entre eux, de regarder des humains vivre et interpréter ses scénarios. Elle possède en outre un talent indéniable pour la coiffure et le maquillage.

L’autre femme, la petite soixantaine, représente à mes yeux l’irlandaise typique, rousse, potelée plus que dodue, forte en gueule, mais avec un cœur en or. Je fus déçue quand par hasard je la vis sans sa perruque. En fait, ses cheveux sont châtains.

– Je croyais que tu étais rousse…

– Dans la morne vie quotidienne ? Non. Mais ici, je peux me permettre de faire honneur à mon nom !

– À ton nom ?

– Réfléchis un peu, quel est-il ?

– Rowena Ella Darknoll

Suivant son conseil, j’épelai ses initiales… Red ! C’était si évident ! Pourtant, je commençais à comprendre leur mode de fonctionnement quand cette scène s’est produite. Outre Socrates, deux autres hommes entre la quarantaine et la cinquantaine étaient présents. Le premier, encore habillé « en civil » s’apprêtait à enfiler son costume et prendre l’identité que le sort lui a donnée, Marck Gideon Windlass. C’est un fou de technologie et d’histoire, il a toujours une idée pour améliorer ceci ou cela. Le troisième homme, monté sur ressorts, se surnomme Les Alister Batchelor.

– Batchelor ? Comme Betsy ? Vous… vous êtes de la même famille ?

– Quand le sort a décidé de m’attribuer cette nouvelle identité, je l’ai accueillie sereinement. Le sort souhaitait que nous devenions mari et femme, nous le sommes devenus.

– Dans… dans la vraie vie ?

Les deux sourirent, hochèrent la tête.

– Non ! Mon épouse n’aurait pas été très enchantée à cette perspective !

– Mon mari non plus ! Mais quand je suis Betsy et lui Alister, nous nous comportons comme mari et femme… non exclusifs…

– Y a-t-il un Mr Bowles ? Une Mrs Osborne ?

– Aucun Bowles exceptée toi, quelques Osborne, mais ce seraient plutôt les neveux ou cousins d’Enoch !

– Avant de vous faire essayer vos costumes, je dois vous rappeler que ceux-ci ont été confectionnés sur mesure mais à distance, certains ajustements peuvent s’avérer nécessaires. Je ne sais pas si Socrates t’a expliqué notre définition du « sur mesure ». Il ne s’agit pas que de mensurations, de choix de couleurs, mais aussi de ce que nous savons de vous et de comment nous vous imaginons dans cet univers. C’est dans cette idée que nous avons créé les vôtres, mais avant de vous les dévoiler, nous devrons attendre l’arrivée de Linus Enoch.

Ils nous ont donc fait visiter les lieux. J’ai souri en pénétrant dans leur atelier, je me serais cru projetée dans un téléfilm de Noël anglais ! Une longue table au plateau épais, des petits établis un peu partout, il y avait même une mini-forge ! « C’est pour le décor, pour nous aider à nous plonger dans nos univers ! »m’a précisé Red. En revanche, j’ai été très étonnée d’y trouver autant d’électronique. C’est son dada m’a expliqué Socrates en me désignant Alister.

Pour nous rendre dans la salle dédiée aux costumes et au maquillage, nous avons dû suivre un parcours labyrinthique. Un long couloir. Un escalier masqué par un panneau en bois coulissant et invisible pour qui ignore son existence. Quelques marches à monter. Un petit boudoir à traverser. Un autre petit couloir. Quelques marches à descendre. Un premier pallier. Quelques marches à monter. Un autre pallier donnant sur quatre porte, dont la première s’ouvre sur la salle des costumes et du maquillage.

Faire ce parcours nous prit du temps parce que Jimmy et moi nous arrêtions devant chaque vitrine, devant chaque tableau qui décoraient les lieux. J’avais admiré les dessins de Betsy et souri à chaque plaque de cuivre fixée à côté, indiquant « Don de la merveilleuse artiste, Bathsheba Betsy Batchelor ». Elle souriait en rougissant, Alister la tenait par la taille se réjouissant que ses pas l’aient menée jusqu’à lui et que le sort les ait faits mari et femme. Surjouant la contrariété, elle l’avait rabroué « Tu exagères toujours, Les Alister chéri ! » avant de l’embrasser langoureusement.

– C’est beau cette lune de miel qui dure depuis leurs noces à ces deux-là ! Tu verras !

Red avait raison, ils ne cessèrent pas de se taquiner, de s’embrasser, de se peloter ou de se caresser, selon, jusqu’à la salle des costumes. De leur côté, Socrates, Gideon et Jimmy semblaient poursuivre une conversation débutée bien avant.

La salle m’apparut immense, bien plus qu’elle ne l’est en réalité, cette impression était renforcée par les petits box qui permettent de se masquer à la vue des autres le temps d’enfiler son costume « la surprise favorise l’éclosion du plaisir ». Une fois le costume enfilé, un savant jeu de miroirs permet de se regarder sous tous les angles, l’éclairage modulable à souhait offrant mille possibilités de peaufiner son personnage, son scénario.

– Endosser nos costumes prend toujours du temps, surtout quand ils sont nouveaux, surtout quand on ne les a pas imaginés soi-même. En attendant l’arrivée de Linus Enoch, je vous propose de vous bander les yeux, Alister, Gideon et moi-même nous chargerons d’aider Jimmy à enfiler sa tenue, pendant que Betsy et Rowena s’occuperont de Petronilla.

Les yeux bandés, je sentis Red me prendre le bras pour me guider jusqu’à l’un des box. Quelle étrange sensation d’être dénudée puis vêtue par des mains inconnues !

– Tu nous dis, si on serre trop fort.

Je haussai le ton pour demander à Jimmy de traduire ma réponse « Ce n’est jamais trop serré ». Il leur expliqua la honte que j’éprouvais à parler anglais, à cause de mon horrible accent.« Mais c’est tellement chic, l’accent français ! » S’ensuivit une conversation durant laquelle naquit une idée plus précise de mon personnage, une lady excentrique, descendante d’un lord anglais et d’une princesse gour qui se pique de parler anglais exactement comme une Française. Cet obstacle étant levé, j’acceptais enfin de parler cette langue, mes hésitations, mes erreurs, la lenteur de ma diction étant censées accentuer mon excentricité.

– Les corsets à lacets nécessitent l’aide d’une tierce personne, mais nous n’avions pas tes mensurations exactes, alors…

– Alors, je ne vous les dévoilerai pas ! Cette sensation est… divine !

J’avais prononcé ce dernier mot en français, ce qui plut beaucoup à mes deux complices. J’avais l’impression qu’elles ajustaient mon corps aux vêtements plus que l’inverse, mais c’était très excitant de chercher à deviner, ne me fiant qu’à la sensibilité de ma peau, à quoi ressemblait ma tenue. Red avait renoncé à gainer mes jambes, en reprochant le manque de précision des renseignements fournis par Jimmy à ce propos. Ce qui nous donna une bonne occasion de critiquer la gent masculine sans vergogne, ni remords.

Il fallut de longues minutes pour enfiler ma robe, les doigts de ces deux femmes couraient le long de la jupe, comme si elles voulaient être certaines qu’il n’y demeurait aucun faux-pli. Elles me demandaient de faire tel ou tel mouvement, tel ou tel geste, leurs doigts à l’affût du moindre défaut, tout en m’assurant que j’en comprendrai la raison plus tard.

Bien que Jimmy fût prêt depuis longtemps, aucun des hommes ne manifesta la moindre impatience. Nous les entendions discuter avec Linus, arrivé entre temps.

– Sa voix te fait vibrer, toi aussi ?! C’est à n’y rien comprendre, il fait cet effet à toutes les femmes du club, il est pourtant resté vieux garçon !

– Il doit y trouver son compte…

– Tu vois, Betsy, Petronilla pense comme moi ! Exactement comme moi !

Elles m’aidèrent à faire mon entrée sous les exclamations enthousiastes de ces messieurs. Je sentis le bras de Jimmy contre le mien, mes doigts cherchèrent les siens, les trouvèrent et s’y accrochèrent.

– Ressentez-vous cette excitation particulière que l’on ressent avant une toute première fois ? Avant un premier rendez-vous ? Quand on ignore si l’autre nous plaira, si nous lui plairons ?

Je fus étonnée, et pour tout dire un peu déçue, de la relative sagesse de ma robe. Pourquoi avaient-elles pris tant de temps à ajuster jupe et caraco de soie et de dentelles pour que mon corps soit finalement si peu visible ? En revanche, l’arrière de la jupe était une véritable merveille ! Un satin épais, carmin, brodé de symboles, orné de breloques et d’accessoires qui me correspondaient. Jimmy portait un élégant pantalon à la braguette avantageuse, ce que je lui fis remarquer en français et qu’il s’empressa de traduire à ses amis.

– Pour créer ton costume, j’ai demandé à Enoch Jonas de me parler de toi, les vingt premiers mots qui lui venaient à l’esprit en pensant à toi, les mots qui te caractérisent le mieux. Il a tout de suite évoqué ton humour et ton goût pour la distorsion.

– Mon goût pour la… distorsion ?

– Tu n’es jamais celle qu’on pourrait attendre que tu sois… explique-lui, Linus !

– Il semblerait que tu aimes le rock, pourquoi et que préfères-tu dans le rock ?

– J’aime l’énergie, ce que ça fait vibrer en moi… quand débutent certains riffs de guitare…

– Quel genre de riffs ?

– Quand le son est presque… sale… saturé…

– Distordu, en quelque sorte ? Mais une femme noire, de ton âge, qui n’apprécie pas le funk, c’est plutôt incongru, n’est-ce pas ?

– Tu veux dire que mon esprit est aussi distordu ? Et puis, si je préfère le rock, j’apprécie certains morceaux… surtout quand… Ah oui ! La pédale wah-wah ! C’est aussi de la distorsion !

Linus prit alors une guitare que je n’avais pas remarquée, la brancha, se pencha sur une pédale.

– Sur une échelle de 0 à 10, à combien dois-je la régler ?

– Douze !

Il sourit. « On est sur la même longueur d’onde… » et commença à jouer les premières notes de Let’s get it on.

Jimmy et moi étions bouche bée ! À chaque note, le devant de ma jupe s’éclairait de mille petites diodes lumineuses et quand Linus appuyait sur sa pédale wah-wah, un souffle léger, comme une brise, faisait onduler le jupon devenu transparent ! Nos amis irlandais savaient la surprise que réservait ma tenue, mais découvraient mon corps avec un étonnement charmé. Après avoir constaté que le mécanisme de ma robe fonctionnait, nous fûmes conviés à les suivre dans la salle d’exposition. Très surprenante elle aussi.

Nous pouvions décider qui nous verrait, grâce à un habile système de stores et si nous souhaitions les voir, dans ce cas, il nous suffisait d’allumer une lumière ou pas. Jimmy était vraiment très sexy dans son costume. Socrates apporta une sorte de bras articulé, invita Enoch à détacher la coquille qui masquait son sexe, une nouvelle surprise nous attendait. Il y eut quelques réglages à faire.

– Il faudrait que tu nous montres comment tu te branles.

Jimmy/Enoch s’exécuta.

– Et comment tu aimes que Petronilla le fasse.

J’obéis à mon tour. Socrates lui expliqua comment permuter d’un mode à l’autre. Que nous avons ri pendant ces réglages !

– Je mesure à quel point tu leur fais confiance, parce que… Faut être sacrément rassuré pour confier ta bite à une main articulée !

– Mais… c’est que nous sommes experts en la matière, Petronilla !

J’étais interloquée que Linus ait compris ma remarque, faite en français, et le fus davantage de sa réponse.

– Enoch ne t’a donc pas prévenue ? Tu as devant toi le club des amateurs de la masturbation assistée !

L’éclat de rire fut général et chacun apporta son bras articulé. Anticipant ma question, Betsy me précisa qu’elles avaient également le leur, mais qu’à l’instar des hommes, elles ne s’en servaient pas à chaque fois, que ça dépendait de leur humeur, de leur envie du moment. Quand elle me montra son « caresseur », je ne pus me retenir de chantonner la mélodie du générique de La famille Adams.

Linus, amusé, me fit les gros yeux avant de prendre sa guitare, de la relier à la pédale wah-wah. Je frissonnais de plaisir quand il se mit à chanter. Bon sang ! Par quel subterfuge at-il déclenché ces vibrations sensuelles qui convergent vers mon entrejambe ? Je crois que cette réflexion devait se lire dans mon regard. Red affirma sur un ton plein de tendres reproches que Linus avait pactisé avec le diable pour avoir cette voix.

– Ou avec le Dieu de l’Amour !

– Merci, Petronilla, tu me comprends, toi au moins !

– Parle ou chante, à ta convenance, mais par pitié… n’arrête pas !

Les chansons se succédèrent, alternant rock, soul, funk. Toute à mes sensations, j’avais fermé les yeux pour mieux les ressentir. Je réalisai soudain qu’ainsi, je me privais du plaisir d’observer ces hommes se caresser. Je les rouvris et fus fasciné du ballet de ces mains sur leur sexe, Linus souriait, il pivota le temps de me montrer l’utilité de ce bras articulé prolongé d’une main. Je ne pus me retenir de pouffer, en effet, la guitare nécessitait l’usage de ses véritables mains. Jimmy s’était déplacé, il me faisait face et nous regardait, toutes les trois alignées ou presque face aux hommes. J’eus une pensée pour ces danses traditionnelles, les femmes sur une ligne, les hommes sur la leur. D’ailleurs, Red semblait danser en tapant la mesure de ses pieds. Betsy était beaucoup plus lascive et paraissait chalouper pour l’unique plaisir d’Alister.

Gagnée par l’effronterie, je m’approchai de ces hommes pour observer leur sexe de plus près. Socrates eut l’air surpris et son érection s’en ressentit. Il eut une moue désappointée, moue à laquelle je répondis par un grand sourire, avant de m’éloigner et de me diriger vers Linus dont le manège m’intriguait. Il était assis, je dus donc me pencher pour tenter de distinguer son membre de nouveau masqué par la guitare.

Guitare qu’il posa à ses côtés, éteignant ainsi les diodes de mon jupon. Je regardais, amusée les mouvements savamment irréguliers de sa main artificielle quand je sentis ses mains déboutonner le caraco qui recouvrait encore ma poitrine. Son regard m’excitait, autant que les mouvements de sa langue que je devinais derrière ses lèvres. Je sentais mes tétons durcir à vue d’œil, il caressa mes mamelons du bout de son index en fredonnant une chanson où il était question d’une femme au charme diabolique. Il sourit à Jimmy, constatant à voix haute qu’il ne leur avait pas menti avant de me demander l’autorisation de lécher mes seins. J’acceptai à la condition sine qua non de me montrer à quoi ressemblait son sexe. Ce qu’il fit volontiers.

Son sexe portait les marques laissées par son appareillage. Je lui demandai alors s’il ne l’aurait pas mal réglé, puisque j’avais constaté que ceux de ses homologues n’en portaient pas.

– J’aime quand c’est serré, ça ne l’est jamais trop à mon goût.

– Serré comment ? Comme ça ?

J’avais serré ma main autour de sa verge et la branlai lentement, mais fermement.

– Plus encore !

Je serrai davantage ma main.

– Oui. Comme ça, c’est mieux !

– Tu es donc adepte de la pierre d’alun avec ces dames, comme l’était Édouard VIII ?

Jimmy fut surpris que je connaisse le terme en anglais et me le fit remarquer quand nous nous retrouvâmes seuls dans notre suite nuptiale. La raison en est toute simple, c’est un produit hémostatique et dans ma carrière professionnelle, j’avais appris la traduction de certains composants de médicaments.

– Quel rapport avec Édouard VIII ?

– Mais, mon cher Socrates, tout le monde le sait ! C’est ainsi que Wallis Simpson l’a attrapé dans ses filets. Elle en mettait un morceau dans le vagin, ce qui resserrait ses parois et le Prince, qui était monté très fin, avait ainsi la sensation d’être viril comme un homme des bois.

Les exclamations de joie de nos amis me firent prendre conscience du sang irlandais qui coulait dans leurs veines. Ils ignoraient tout de cette anecdote qui ridiculisait à leurs yeux un membre de la famille royale et s’en réjouissaient à coup de claques sur les cuisses.

La langue de Linus titilla mes mamelons ce qui me fit perdre le fil de la discussion. Oubliant tout sens de la retenue aristocratique que j’avais adoptée jusque lors, je m’assis sur ses genoux, glissai sa main sous mon jupon pour me laisser aller à la douce violence de ce premier orgasme en terre d’Irlande. Ma main s’était resserrée sur son sexe et je sentis la chaleur de son sperme dans ma paume et sur mes doigts. Nous ne pûmes réfréner l’envie de nous embrasser, sa langue avait le goût du tabac et de l’alcool.

Quand je rouvris les yeux, Jimmy se tenait à mes côtés, se branlant furieusement tout en me disant son amour. Socrates nous avait rejoints également, Gideon et Red s’envoyaient en l’air sans chercher à retenir leurs cris de plaisirs. Betsy suppliait Alister, qui lui répondait qu’elle devait mieux le lui demander, mais si j’avais une idée de ce qu’elle voulait, je ne connaissais pas le désir précis qu’elle avait formulé. Je ne tarderai pas à le savoir.

Alister prétextait que réaliser le souhait de Betsy nécessitait une trop longue mise en œuvre, elle insistait « Alister chéri… ! » J’avais tout à fait conscience que cela participait à leur jeu. Elle tourna les yeux vers moi avec une moue de dépit. Je la tirai de ce mauvais pas en m’adressant à Jimmy/Enoch « Je crois qu’Alister ne nous juge pas dignes de découvrir tous leurs petits secrets. Peut-être le temps est-il venu pour nous de saluer nos nouveaux amis avant de nous esquiver sur la pointe des pieds. Qu’en penses-tu ? » Toute la petite troupe se récria« Mais non ! »« Pas du tout ! »« En aucune façon ! »

Betsy s’enflamma « Méchant Les Alister, tu as peiné nos nouveaux amis ! » Jimmy/Enoch entra dans la partie en affirmant qu’afin de nous prouver la sincérité de ses dénégations, Alister devait se résoudre à exaucer le souhait de Bathsheba. Il avait prononcé ce prénom comme on se délecte par avance d’une gourmandise. Red et Gideon avaient interrompu leurs galipettes et hochaient la tête d’un air entendu et satisfait. Nous étions bien des leurs et cette joute verbale en était la preuve si tant est qu’elle eut été nécessaire. Ils rejoignirent Betsy et Alister, qui s’excusa par avance du temps que durerait leur absence.

J’étais toujours à demi allongée en travers des cuisses de Linus, qui n’avait pas cessé de caresser ma poitrine. Socrates prit la guitare et plaqua quelques accords maladroits, mais qui suffirent à allumer les diodes parcourant mon jupon. Devant l’air renfrogné de Linus, il s’en expliqua.

– Je voulais voir de plus près cet étrange phénomène.

– Quel étrange phénomène ?

– La luminescence de ton pubis sous cet éclairage.

Je souris à Jimmy qui me sourit en retour.

– Il n’y a rien de bien étrange, ni de mystérieux.

Pour appuyer mon propos, je remontai le plus délicatement possible mon jupon. Je suis certaine que lorsqu’Arthur extirpa Excalibur de son fourreau de pierre, les personnes présentes furent moins étonnées que Socrates et Linus découvrant mon pubis immaculé. Ils eurent un geste pour le toucher, mais attendirent mon consentement pour oser le faire.

– Comment, diantre, as-tu réussi cet exploit ?

– J’ai vieilli, tout simplement !

Les doigts de Socrates semblaient incapables de se séparer de mes poils. Je sentais le sexe de Linus reprendre vigueur contre ma hanche. Jimmy me souriait, très excité de me voir susciter tant de désir. Parvenant à déchiffrer mon sourire, il les enjoignit à poursuivre leurs caresses, leurs baisers, leur faisant remarquer la chair de poule qui avait réapparu autour de mes mamelons. Il la désigna d’une caresse de l’ongle de son index, ce qui me fit gémir de plaisir. Je m’offrais à leurs caresses, à leurs baisers avec une évidence que je n’aurais pas crue possible avant cet instant.

Je préférais le goût des baisers de Linus à celui de ceux de Socrates, qui pourtant embrassait bien mieux. Je ne saurais m’en expliquer la raison, si ce n’est la saveur exquise de ce mélange de tabac froid et de whisky. J’ai gardé secrète cette sensation jusqu’à aujourd’hui.

J’aimais beaucoup regarder la façon dont Socrates se branlait. Une masturbation artistique, raffinée, aristocratique pourrais-je même écrire. Linus prit ma main et la serra si fort autour de sa verge que je craignis de voir ses yeux s’exorbiter. Je le masturbais d’une façon plus rugueuse que je ne l’avais jamais fait auparavant. Sa respiration saccadée était sifflante. Une goutte de salive atterrit sur mon poignet.

Aujourd’hui encore, je demeure incapable de savoir si c’est ce qui déclencha mon orgasme ou si ce fut la somme de tous ces éléments. Je vis remuer les lèvres de Socrates, mais n’entendis pas un seul mot tant la violence de mon orgasme m’assourdissait. Je me sentais onduler, je me voyais onduler alors que mes paupières étaient closes. Quand je recouvrai l’ouïe, les premiers mots que j’entendis furent ceux de Jimmy « Ô, ma princesse chérie, si tu savais comme je t’aime ! » Il les avait prononcés en français parce que ces mots m’étaient destinés et non à Petronilla, qui avait totalement disparu de ses pensées.

Je pris conscience d’un brouhaha et en ouvrant les yeux, vis dans un miroir du plafond, nos autres amis irlandais installer ce qui ressemblait à un carrousel. Quand ce fut fait, Betsy nous annonça qu’elle et Alister devaient s’absenter encore quelques dizaines de minutes, le temps pour eux de revêtir les tenues adéquates.

Linus interpella Gideon qui s’approcha de nous, regarda mon pubis et répondit aux questions de son ami. Oui, il était possible de changer ces huit diodes précises par d’autres et oui, il y en avait de telles dans leur stock. Red s’amusait de l’engouement de ses partenaires pour mon pubis tout en leur reprochant d’avoir mis ma belle tenue dans un tel désordre. Elle remarqua mon sourire amusé.

– Mais je ne suis qu’une femme du peuple, ma chère Petronilla à la différence de toi, aucun sang royal ne coule dans mes veines. Il est bien normal que je me fasse culbuter comme une… oh oui Gid… comme… oh oui… ô mon Dieu ! Comme…

Je devinais plus que ne voyais les mains de Gideon mettre davantage de désordre dans la tenue de Red en la tripotant sous les épaisseurs de tissus. Je sentis des doigts remonter le long de mes jambes, palper mes cuisses, mais au lieu de regarder à qui ils appartenaient, je fermai les yeux et me laissai faire, emportée dans une vague de plaisir incroyable. Jimmy/Enoch donna le signal de départ.

– Petronilla, Princess Petronilla devrais-je dire, laissez-vous aller et tentez de deviner à qui appartiennent ces doigts.

Comment n’ai-je pas succombé à tant de jouissance ? Cela restera à tout jamais un mystère. Je reconnus sans aucun doute possible les doigts de Jimmy écarter mes lèvres pour inviter ceux de nos amis à me pénétrer, l’un après l’autre, puis à plusieurs. Je ne sais pas quelle bouche léchait, suçait mes seins avec tant de talent. À son exclamation de surprise ravie, je compris que Red découvrait ceux de Jimmy/Enoch. J’avais tourné mon visage vers le ventre de Linus, sans m’en rendre tout à fait compte, ma main s’était crispée autour de sa verge. Les yeux clos, je découvris le goût de son gland. J’eus beaucoup de mal à desserrer mes doigts pour le sucer un peu. Une main, qui n’était pas la sienne, appuya sur ma nuque. Je sentis le goût âpre de son sperme au fond de mon palais.

Une force incroyable m’étreignit les reins et je jouis de nouveau emprisonnant plusieurs doigts de plusieurs hommes allant et venant dans mon vagin. Je visualisais les soubresauts de mon corps et cette vision amplifiait mon plaisir. Ces doigts emprisonnés à l’intérieur de mon sexe me faisaient percevoir à quel point il était humide, dégoulinant. La verge de Linus avait du mal à débander tant elle aimait ce que ma bouche et ma langue lui offraient.

Socrates et Gideon se plaignaient sans grande conviction de la chance que j’accordais à Linus. Red traitait Enoch de maudit français doté de toutes les bénédictions divines. Ce à quoi il répondit qu’il était à moitié sujet britannique. « C’est encore meilleur ! » jura Red dans un râle où le plaisir avait une grande part. Je gardais les yeux fermés craignant que la vision de Jimmy prenant du plaisir avec une autre ne gâte le mien.

Alister et Betsy nous rejoignirent peu après. Jimmy et moi fûmes conviés à nous approcher du carrousel. En apercevant mon reflet dans un miroir, je ne pus m’empêcher de sourire en repensant aux reproches que Red avait adressés à Linus et Socrates. Ma tenue ne ressemblait plus à rien, mais je l’en trouvais plus excitante encore.

– Petronilla, note la précision que requiert l’usage de cette monture !

En effet, ce cheval de manège un peu particulier était composé de deux éléments principaux et articulés de façon à coulisser. Betsy, débarrassée de sa magnifique robe, ne portait que des bottes, des bas et un porte-jarretelles très excitant. Elle avait ôté son corset, sa jeune et fière poitrine aurait damné tous les saints, y compris Patrick et ses alter-egos irlandais. Elle s’installa sur le cheval mécanique, mit ses pieds dans les étriers que Red se chargea de régler dès qu’Alister fut installé face à son épouse. Son membre harnaché d’une fine lanière de cuir me parut très impressionnant. Red suivait les indications du couple, relevant, écartant les pieds de Betsy à leur demande. Les étriers d’Alister ne nécessitaient aucun réglage particulier.

– Nous arrivons maintenant à la phase la plus délicate, mes amis. Es-tu prête, ma douce Bathsheba ?

Le sourire réjouit de Betsy pour toute réponse, Gideon procéda aux tous derniers réglages avec une lueur d’excitation dans le regard. Précautionneusement, il actionna une molette, attentif au moindre sursaut des corps et du cheval mécanique. Red l’assistait surélevant le bassin et les reins de Betsy à l’aide de coussins qu’elle plaçait suivant les indications de son amie. Le gland d’Alister était enfoncé aux trois-quarts dans le vagin de Betsy quand retentirent les premières notes d’une ballade irlandaise. À peine la pensée « Quelle bonne idée d’ajouter un peu de musique » avait traversé mon esprit que Red poussa un juron, maudissant sa mauvaise fortune. En réalité, il s’agissait d’une alarme lui rappelant qu’il était temps pour elle de réintégrer ses foyers et sa « morne vie quotidienne ». Elle nous embrassa, en espérant nous revoir bien vite, salua ses amis et sortit de la pièce, non sans nous avoir conseillé de ne pas nous montrer trop sages. Gideon tendit une télécommande à Betsy pendant qu’Alister enduisait généreusement sa verge de lubrifiant.

À la gauche du carrousel, face à la croupe du cheval, se tenait Jimmy/Enoch, à la droite se tenait Linus. Pour ma part, j’étais assise face au carrousel entre Socrates et Gideon qui se tenaient debout. Le fauteuil dans lequel j’étais installée, qui me faisait penser à un trône victorien était assez haut pour me permettre de ne pas perdre une miette du spectacle que le savant jeu de miroirs amplifiait. Gideon me souffla à l’oreille « Le spectacle va commencer ! », Betsy et Alister choisirent un programme. Un standard du rock aux accents celtiques qu’on aurait juré sorti d’un orgue de barbarie retentit soudain. Les premiers va-et-vient les satisfaisant. Betsy déposa sa télécommande dans une sacoche que je n’avais pas remarquée avant. Alister tira sur les étriers et le carrousel se mit à tourner lentement.

J’étais sidérée d’une telle ingéniosité et devinai immédiatement qui en avait eu l’idée. Je ne pouvais pas détacher mon regard de cette exhibition. Cependant, au bout de quelques minutes, je tournai mes yeux vers la droite pour admirer Gideon en train de se masturber, il le remarqua, me sourit, nous nous étions compris. Je taquinai son gland avec mes lèvres, avec ma bouche avant de faire de même avec Socrates puis de revenir à mon observation du couple sur le cheval mécanique. Ce petit jeu entre nous me plaisait de plus en plus, j’aimais alterner toutes ces sensations.

Soudain, je m’aperçus que Linus avait quitté sa place et s’éloignait de nous, en ronchonnant, me semblait-il. Il revint vers nous, une lampe dans une main et un petit banc dans l’autre. Tout en nous reprochant de l’obliger à choisir, il s’assit à mes pieds, installa la lampe entre mes chevilles. La lumière violette rendait mon pubis éclatant de lumière. Un Oohh collectif emplit la salle, mais pas au point de couvrir la musique, ni les gémissements de Betsy et encore moins les grognements de plaisir d’Alister. Linus me demanda s’il pouvait goûter mon sexe, je lui répondis que s’il ne le faisait pas immédiatement je lui en voudrais pour le restant de mes jours. Bon sang, sa langue était rusée comme un renard, et curieuse et avide ! J’en oubliais presque le spectacle, mais la main de Socrates sur ma nuque me rappela à notre douce réalité. « Fais comme si Linus n’était pas là et… »il ne termina pas sa phrase. Je me tournai alors vers Gideon et notre jeu reprit.

J’avais trouvé Betsy plutôt jolie, mais quand elle s’envoyait en l’air comme ça, sur ce cheval dont les mouvements irréguliers avaient été programmés à l’avance, elle devenait plus que belle et sa beauté rejaillissait sur Alister.

Je pris soudain conscience de la présence de Jimmy/Enoch dans mon dos, il avait apporté son nouvel ami, son assistant masturbateur, et me caressa les seins. Je ne saurais dire combien de temps dura ce moment de grâce absolue où je sentais couver en moi un orgasme puissant. Gideon voulut sortir de ma bouche parce qu’il allait jouir, il lut dans mon regard que je ne le souhaitais pas. Son sperme avait un goût presque sucré. À moins que ce ne fussent ses mots d’une douceur et d’une tendresse rares qui me donnèrent cette impression.

Je voulus repousser la tête de Linus pour ne pas lui briser le crâne en resserrant mes cuisses, mais il ne se laissa pas faire. Le sexe de Socrates dans ma bouche, les mains de Jimmy/Enoch semblaient découvrir la géographie de mon corps, ses caresses sur mes seins, sur mon ventre étaient divines. Je lui fis signe de l’index. Ses dents déchirèrent la naissance de mon cou. La bouche pleine, mon cri de jouissance fut assourdi, mais mes succions, ma déglutition firent jouir Socrates peu après.

Quand je repris mes esprits, Alister retirait avec une facilité déconcertante ce que j’avais de prime abord pris pour des lanières de cuir, mais qui était en réalité un préservatif texturé. La poitrine de Betsy se soulevait au rythme de sa respiration profonde. Elle me sourit. Welcome to Ireland !Je sentis les mains de Linus sur mes genoux et pensai enfin à les écarter en m’excusant platement. Son visage était luisant, mais son sourire et son regard l’illuminaient davantage.

De tous les pays où nous avons voyagé, l’Irlande est celui que nous avons le moins visité. Je ne me souviens finalement guère que du trajet entre notre hôtel et le club de nos amis. Nous eûmes l’occasion de rencontrer deux autres membres, mais que je trouvais bien trop jeunes à mon goût quoique très sympathiques.

Quand, vers le milieu du séjour, je demandais à Red si elle pouvait me conseiller un endroit où acheter une breloque steampunk pour mon bracelet, elle me répondit qu’il y avait tout le matériel nécessaire dans leur atelier pour que je me la fabrique moi-même. Je trouvais l’idée excellente. De toutes celles qui ornent mon bracelet, c’est certainement la moins aboutie, mais il faut dire que ces messieurs se sont bien amusés à me taquiner pendant que je la confectionnais !

Odette&Jimmy – Le voyage c’est aller de soi à soi en passant par les autres (proverbe touareg)

Les nouveaux horizons que je te proposerai cette année nécessiteront un voyage éprouvant avec pas moins de trois escales, je ne veux pas prendre le risque d’arriver trop tard ou trop fatigués pour fêter dignement le passage à la nouvelle année. Serais-tu opposée à l’idée d’avancer notre rendez-vous au 26 décembre ?

Quand nous atterrîmes enfin à Wellington, un chauffeur nous attendait agitant un panonceau « Jimmy O’Malley & Princess ». Je me suis précipitée vers lui.

– Oh… Jim! You miss me…

– Sure, I…

– She meant « I miss you »!

Confuse de cette grossière erreur, je baissai la tête et la rentrai dans mes épaules sous le regard faussement désapprobateur de Jimmy.

Il avait mis au point ce séjour avec Jim tout au long de l’année. Tout avait commencé quand Jimmy avait consulté la liste des vols pour la Nouvelle-Zélande et qu’il avait remarqué ceux dont une escale se tenait à Sidney ou à Melbourne. Il avait alors proposé à Jim de prolonger notre escale et de passer un ou deux jours ensemble. Jim était emballé à cette idée, il précisa même qu’il n’avait jamais voyagé au-delà des frontières de l’Australie-Occidentale. Nous connaissions son histoire, sa vie aux confins de la misère, mais qui lui permettait d’étancher sa soif de liberté.

Jimmy lui offrit de passer ces sept semaines avec nous. Jim refusa, il aurait eu l’impression d’avoir mendié et sa fierté en pâtirait. Jimmy eut le dernier mot avec ce marché « Je t’embauche comme agent de voyage. Tu as le sens de l’accueil des touristes, comme Princesse et moi avons pu le constater. Je compte sur toi pour nous préparer un séjour de rêve, pour nous faire découvrir les îles et leurs habitants, tu percevras un salaire avec lequel tu t’offriras sept semaines de vacances. »

Jim avait protesté qu’il n’y connaissait rien, que les Néo-zélandais lui étaient aussi étrangers que les Français, rien n’y fit. « Ça te donnera l’occasion d’apprendre des tas de choses, n’oublie pas que j’ai passé quarante ans de ma vie à enseigner ! »

Dans la voiture, il nous reluquait par le rétroviseur. Il n’avait pas voulu que je monte à ses côtés « Je ne pourrais pas regarder la route, Princess ». Il avait aussi refusé que ce soit Jimmy « Tu ne peux pas laisser cette merveille toute seule à l’arrière ! » Il chantonnait, sifflotait joyeusement en nous conduisant vers le cottage qu’il louait pour nous. Il nous en ouvrit la porte dans un geste grandiloquent.

– Y avait pas plus grand, comme lit ?

Une chance qu’il y ait eu des coussins dessus, sinon je n’aurais pas imaginé que ce meuble imposant était un lit : 2 mètres 50 de long sur trois de large ! J’étais baba ! Jimmy lui demanda de me dire ce qu’il avait pensé de notre petit film écossais. Jim s’anima, s’enflamma, affirmant « Je le regardais chaque jour ! Tous les jours ! » Il appuyait son propos de grands gestes enthousiastes et énergétiques. Je souris en observant d’un regard oblique le sourire serein de Jimmy. Fidèle à ma mauvaise foi, je tançai Jim, lui reprochant d’exagérer, il avait dû le visionner une fois ou deux, guère plus.

Tombant dans le panneau, ou feignant d’y tomber, il se récria, jura ses grands dieux que le moment de la journée qu’il préférait était celui où il s’installait nu dans son fauteuil pour visionner notre film. « Je ne te crois pas ! Prouve-le ! » Jimmy arbitra et proposa à Jim de rejouer la scène, l’invita à sortir le temps que nous nous préparions. Quelques minutes plus tard, il cria « Action ! » et Jim fit son entrée. D’abord décontenancé de se voir filmé, il avança vers moi, un journal à la main, marmonnant un truc incompréhensible en mordillant sa pipe. Nous n’avions pas pensé que Jim ne parlait pas français ! Qu’avait-il compris de l’histoire ? Peu importait, finalement.

Tout comme dans notre film, il s’assit à ma tête, troublant mon sommeil délicat. Ses jambes très écartées faisaient bailler le peignoir qui lui tenait lieu de robe de chambre. Peignoir qu’il portait à même la peau. À demi-réveillée, je posai ma tête sur sa cuisse, me plaignis de la lumière qui m’empêchait de me rendormir, me retournai de telle façon que son corps m’en protège et rabattis la couverture sur mon visage.

À l’idée d’avoir son sexe dans ma bouche avant même d’avoir pu l’observer, savoir que nous avions de longues semaines devant nous pour en profiter, ma bouche s’emplit de salive, mon sexe brûla de désir. Son gland à peine entré dans ma bouche, je sentis la main de Jim sur mon crâne. « Sorry. I’m so sorry » Je levai la tête et dégustai son sperme en le regardant tendrement. Jimmy lui demanda de continuer, de faire comme s’il n’avait pas joui.

Je repris ma place sur ses cuisses, me retournai vers son ventre, rabattis la couverture sur ma tête, suçai son sexe flapi. Il souleva la couverture « What are you doing? » Je le regardai, les yeux écarquillés de candeur, relevai la tête lentement, portai ma main au menton « Oups ! » avant de retourner sous la couverture qu’il souleva et cette fois sur un ton plein de reproches « What are you fucking doing now?! ». Je suçais mon pouce. Il exigea que je me débarrasse de cette couverture.

– Je ne le peux pas, monsieur !

– Et pourquoi ? Que cachez-vous sous cette… que me cachez-vous ?!

J’étais surprise qu’il ait si bien compris le propos de Jimmy. Comme dans notre film, sa main glissa sous la couverture. Jim jouait l’étonnement à la perfection. Ses caresses étaient divines et je voyais son membre reprendre de la vigueur. J’aurais pu rester des heures à me faire tripoter sous cette couverture, à observer ce sexe magnifique qui me tentait tellement…

« Mais vous êtes nue, Madame ! » Jim avait prononcé cette réplique dans un français approximatif, mais compréhensible. Il me regardait onduler sous ses caresses en invoquant son Dieu.

Nous interrompîmes cette scène, car j’avais envie de l’embrasser, de refaire danser ma langue avec la sienne, de sentir son souffle excité sur ma joue. Il m’embrassa avec fougue, les mains encore étonnées de caresser mes reins, mes fesses. Je proposai à Jimmy de venir nous rejoindre avec ou sans sa caméra et de me faire l’amour sous le regard de Jim qui s’allongerait tête-bêche afin que je puisse l’observer de près quand il se branlerait. Je bavais littéralement d’excitation à cette idée, qui les enchanta.

– Regarde ! Tu as vu ?

– Oui… c’est encore plus… beau… terriblement excitant !

Les doigts de Jim se faisaient légers pour caresser mon pubis désormais immaculé. Je frissonnais de plaisir en les écoutant se demander si ma peau était devenue plus sombre ou si ce n’était qu’un effet d’optique. Comme s’ils s’apprêtaient à dévoiler une relique sacrée, les doigts de Jimmy et de Jim écartèrent délicatement mes lèvres et une langue titilla mon clitoris, puis une autre l’imita. Jim avait glissé une main vers ses bourses, qu’il caressait, les compressant parfois. La danse des langues sur mon clitoris ne cessait pas.

Tss tss ! D’un geste de la main, j’interrompis celui de Jim, qui se branlait trop vite à mon goût. Je ne voulais pas qu’il jouisse avant d’avoir observé de tout près les va-et-vient de Jimmy. Cette image provoqua un nouvel afflux de salive dans ma bouche. Je savais ce qu’il adviendrait si je le suçais, alors je pris ses doigts et les suçai en me régalant de le voir onduler de plaisir. J’attendis qu’il s’apaise un peu pour libérer ses doigts et les laisser rejoindre son membre. Désormais libres, ses doigts jouèrent avec mes lèvres, plongèrent dans ma bouche pour y récupérer de la salive dont ils humectaient les bourses, puis la hampe, encore les bourses, le gland, dans un ballet féerique. Jim psalmodiait qu’il rêvait, en appelait une fois encore à son Dieu.

Quant à moi, la vue d’un filet de ma salive accroché à ses poils m’excita plus que de raison. Quand le sexe de Jimmy prit possession du mien, que la main de Jim se crispa si fort sur son gland que je craignis un instant qu’elle ne le fasse exploser, je n’y tins plus. Je léchais, gobais les couilles de Jim comme je ne l’avais jamais fait à personne. Jimmy criait « Regarde ! Regarde comme elle est bonne ! Regarde ! Regarde ! » Jim répétait encore qu’il rêvait, qu’il vivait un rêve. Il demanda « Je peux ? »

Je sentis sa langue se régaler de mon sexe sans que Jimmy n’ait arrêté ses va-et-vient qui s’étaient fait plus amples, plus artistiques. Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous parvînmes à contenir longtemps notre plaisir. J’aimais chasser les doigts de Jim d’un coup de langue, j’aimais quand il me donnait sa hampe à lécher, puis ses bourses, sa main faisant onduler ma tête.

– Regarde-moi, Princesse !

Jimmy jouit en moi en me taquinant à propos de mes joues luisantes de salive. Quand il se retira, Jim en profita pour plonger entre mes cuisses, répondant à la question de Jimmy « Je me fous que tu aies joui avant, ce que je veux c’est lui bouffer sa bonne petite chatte !J’en rêve depuis trois ans ! »

Je me laissais dévorer tout en le suçant avidement. Que j’aimais sentir son long jet âcre couler dans ma gorge, que j’aimais sentir sa main sur ma nuque me forçant à l’avaler davantage, que j’ai aimé la délicate souplesse de sa langue quand il me léchait encore après m’avoir fait jouir !

Il ne se passa pas un jour de ce séjour sans que je ne surprisse l’un ou l’autre, parfois les deux, en train de se branler en regardant cette scène admirablement filmée par Jimmy. Il ne se passa pas un jour sans que l’un ou l’autre ne me surprît en train d’en faire autant.

Notre façon d’encaisser les longs voyages et les décalages horaires consiste à écouter notre corps et de vivre à son rythme. Nous dormions par tranches de quatre heures avec des temps d’éveil équivalents. Nous avions prévenu Jim de ne pas s’efforcer d’adopter notre rythme, nous nous adapterions bien plus vite au sien. Je m’étais réveillée et me demandais combien de temps j’avais dormi.

En sortant de la douche, je remarquai la silhouette de Jim. Installé sur la terrasse, il visionnait la première vidéo que nous avons tournée ensemble. Tout en se caressant, il s’auto-félicitait à mi-voix « Oh, tu l’as fait, mec ! Tu l’as fait ! Oh oui ! ». Je l’observais, le cœur battant, à l’abri de la moustiquaire. Il venait de revenir en arrière pour la troisième fois, quand la caméra frôlait mon pubis et que leurs doigts écartaient délicatement mes lèvres.

Il tourna le visage dans ma direction quand j’ouvris enfin la porte. Un sursaut de surprise. Un large sourire. « Hey, Princess ! C’mon ! » Il m’invita à m’asseoir à ses côtés, mais je restai debout, plantée face à lui, lui désignai mon mamelon tendu, gonflé de désir « Please, Jim ! ». Il me tétait goulûment. J’arrachai sa main à son membre et la glissai entre mes cuisses. « Please, Jim ! ». Il grognait de plaisir en tripotant mon sexe d’une façon impudique. J’étais folle de ses caresses, de ses succions, de ses cris étouffés dans ma poitrine, de sentir son sexe frotter contre mon bras.

Je levai les yeux, croisai le regard de Jimmy, lui fis signe d’approcher. Il refusa, préférant me voir jouir avant d’intervenir. Pour l’exciter davantage, je décidai de me faire un peu plus salope. En me cambrant excessivement, j’eus une vision lubrique qui me fit rougir, ce que je n’avais pas prévu, mais qui m’arrangeait bien. Jim le remarqua, grogna encore et je jouis dans un sourire. Jimmy fit alors son entrée.

– Putain ! Les réveils… c’est avec son mari, pas avec le voisin ! C’est avec moi que tu dois jouir ! Pour le moins, tu dois me faire jouir avant d’aller le retrouver ! Allez, viens recevoir ta juste sanction !

Et s’adressant à Jim « Suis-moi ! » en lui expliquant ce qu’il me reprochait et la façon dont il comptait me punir. Je rougis à cette idée. Jimmy le remarqua.

– Hey ! Mais tes cours du soir semblent avoir porté leurs fruits, Princesse !

– C’est qu’en plus de les suivre, j’ai écouté tes conseils et visionne certains… euh… documentaires en VO

Autant, je comprenais pratiquement tout de leurs discussions, autant mon accent m’empêchait de parler, comme si les mots avaient honte de sortir de ma bouche si mal prononcés.

Arrivés dans la chambre, Jimmy m’ordonna, en anglais, de me mettre à quatre pattes sur le lit. Il sortit de sa valise un tube contenant « de quoi éteindre le feu qu’elle a au cul ». Jim souriait, pouffait, souriait encore. Je sentais le gel couler sur mes reins, être guidé vers mes fesses par les doigts de Jimmy.

– Regarde ! C’est comme ça qu’il faut faire si tu veux la punir ! Essaie !

Les doigts de Jim me faisaient frissonner de plaisir, je sentais ma peau se hérisser le long de ma colonne vertébrale. Ils le remarquèrent également. Je regardai le membre tendu de Jim, à quelques centimètres de mon visage, il me suffit de lever un peu la tête pour le sucer, la bouche inondée de salive. Il cessa ses caresses pour agripper mon crâne « Oh my God ! ».

Des doigts d’une main, Jimmy fouillait mon vagin, des doigts de l’autre, il me préparait pour la sanction. Il me rendait folle de désir, me le faisait crier. J’avais beau le supplier, il exigeait que je mesure d’abord la gravité de ma faute. Au bord de la folie, je lui assurai que c’était le cas. Son gland appuya sur mon anus. Jimmy parut hésiter.

– Tu es sûre ?

– Attends ! Pour que je comprenne mieux…

Je posai mes lèvres à peine entrouvertes sur le bout du gland de Jim. J’ai encore le souffle coupé quand je repense à cette sensation divine, comme hors du temps, en dehors et dans l’espace, quand je repense à nos murmures, nos grognements de plaisir.

– Je vais jouir, Princess. Je vais jouir dans ta bouche… Princess. Oh mon Dieu ! Oh oui… Je jouis ! Je jouis dans ta belle bouche de princesse, Princess !

Jimmy se fit plus sauvage, au rythme des phrases de Jim, puis ralentit et se fit plus tendre. « Laisse-moi profiter comme je suis bien dans ton cul quand tu le suces comme j’y suis bien Et toi ? »

– Je te promets d’être désobéissante chaque jour si la sanction est la même ! Oh oui ! Comme ça ! La p’tite bosse ! Ooh…!

Mon regard fut attiré par le geste de Jim qui soupesait ses bourses. Je léchai le dos de sa main, ma langue se faufila entre ses doigts. Il attrapa ma nuque. Je jouis violemment quand je sentis sur mon front son membre durcir. Étonnée qu’il rebande si vite.

L’étreinte se fit sauvage. Jim se branlait vigoureusement, ce que je trouvais très très excitant. Un autre orgasme couvait, grondait en moi.

– Mords-moi !

En même temps que Jimmy exauçait mon vœu, je déchirai la peau de son avant-bras. Il décida que durant toute la durée de notre séjour, je devrai le mordre à cet endroit précis « Pour inscrire à tout jamais notre bonheur dans ma chair ».

Jimmy vient de me rappeler que je suis censée expliquer le pourquoi du comment de chacune de mes breloques. Le bijou maori me rappelle ces moments où nos corps emmêlés formaient des vagues sensuelles, vagues qui se croisaient, enflaient, s’entrecroisaient, enflaient encore. Et même si ce récit n’en donne pas précisément l’impression, j’ai été époustouflée par les paysages, par les personnes que nous avons rencontrées, par la cuisine… mais je ne veux pas vous lasser en vous décrivant nos excursions pédestres et autres balades en mer.

Odette&Jimmy – « Ces Highlands d’Écosse sont une sorte de monde sauvage, rempli de rochers, de cavernes, de bois, de lacs, de rivières, de montagnes si élevées que les ailes du diable lui-même seraient fatiguées s’il voulait voler jusqu’en haut. » *

Dérogeant à notre règle tacite, j’entretins une correspondance avec Jimmy, une partie de l’année 2012. Je ne voulais pas gâcher notre voyage en emportant mes ressentiments dans mes bagages, des aigreurs qui ne le concernaient pas. Tout avait commencé en 2011 avec la vente du pavillon. J’en avais reçu 70 %, Bertrand me reprochait notre contrat de mariage et en contestait la validité dans le cas présent. Le fond du problème, c’est que le prix de l’immobilier est bien plus bas en Seine-et-Marne qu’à Cannes. Je n’arrivais pas à lui pardonner d’avoir pris nos enfants à témoin.

Cette querelle était presque achevée quand j’en avais fait part à Jimmy, qui ne comprenait pas cette rage puisque la stratégie de Bertrand avait échoué, nos enfants s’étaient non seulement rangés à mes côtés, mais s’étaient aussi détournés de leur père. C’était justement ça que je lui reprochais ! Dans quelques années, les gamins s’en voudront de tout ce temps perdu en vaines querelles qui ne les concernaient pas et c’était sa faute, puisque c’était la base de son plan.

Et puis, il avait fallu que je me justifie quant à cette histoire de contrat de mariage. Beaucoup voient dans cette séparation de biens, une méfiance, d’au moins une des parties à l’encontre de l’autre, certains y lisent un mépris de classe dans le cas d’une « mésalliance », mais si je l’ai exigé c’est pour suivre le conseil et l’exemple de mes parents. En aucun cas la faillite de l’un ne doit être à l’origine de la déchéance de l’autre. Même s’il avait acquis la nationalité française dès la fin des années 40, mon père a longtemps vécu avec la crainte d’être expulsé en Côte d’Ivoire, spécialement dans les années qui ont précédé et suivi l’indépendance.

Je me souviens de ce jour où il m’avait indiqué cette cachette, au milieu d’un recueil de nouvelles de Maupassant Mademoiselle Fifi se trouvaient, soigneusement pliés à l’intérieur d’une enveloppe, nos certificats de nationalité française « Si jamais tu devais en justifier et que ni ta mère, ni moi ne soyons à la maison ». Mes parents n’étaient ni méfiants ni cyniques, ils étaient aimants et prudents. Après avoir correspondu à ce sujet, nos lettres se firent aussi rares que les années précédentes. En m’épanchant, j’avais pris le recul nécessaire et j’étais désormais certaine que mes ressentiments ne viendraient pas contrarier notre voyage annuel.

Après notre dîner-croisière et une nuit d’amour dans un grand hôtel parisien, nous nous envolâmes pour un séjour dans les terres du Nord du Royaume !

– J’ai pensé qu’un séjour pendant lequel nous cheminerions ensemble dans la lande, le vent humide fouettant nos visages ne pouvait que t’aider à chasser tes tracas.

Ces longues balades au cours desquelles nous restions souvent silencieux, à respirer à plein poumons le bonheur que nous ressentions, m’ont permis de m’opposer à Jimmy, pour la première fois, avec calme et fermeté.

Nous étions dans les derniers jours de janvier, peu avant de partir pour les îles Orcades. Dans cette petite bourgade des Highlands se tenait une kermesse locale ou une fête paroissiale avec les stands habituels. En nous promenant dans les allées de cette halle couverte, je tombais en émoi devant un petit pendentif. Je tirai Jimmy par la manche « Regarde ! J’ai trouvé ma breloque ! » Il éclata de rire, j’en fus vexée, mais me tus.

Un peu plus tard, il me désigna la vitrine d’un bijoutier « On va te trouver un bijou plus digne de toi, ma Princesse ! ». Mes yeux s’emplirent de larmes de rage.

– Pourquoi refuses-tu de m’écouter ? Pour faire ce pendentif, cette gamine a mis tout son cœur, en tout cas, je veux y croire. Je me sens toute aussi importante dans la suite nuptiale d’un palace qu’en marchant à tes côtés dans la lande. Je ne veux pas oublier ce sentiment qui s’emparait de moi quand tu me tenais par la main, puis quand tu m’attirais vers toi pour me prendre par la taille… et nos pauses dans la bruyère… J’ignore encore quels beaux souvenirs vont nous réserver les jours à venir, mais ce petit pendentif…

Les larmes avaient disparu de mes yeux, elles emplissaient le regard de Jimmy.

– Je me sens minable, tu as raison, ma chérie…

La gamine parut surprise de nous voir revenir vers son stand. Elle le fut davantage quand Jimmy lui demanda s’il était possible de transformer le pendentif en breloque pour mon bracelet. Je ne pigeais pas un mot de la gamine à l’accent infernal, Jimmy me traduisait les réponses à ses questions. Quand il lui demanda si ce bijou avait une histoire, elle s’anima et expliqua

– Chacun de mes bijoux a une histoire, correspond à un moment précis, un souvenir que je matérialise ainsi !

Nous étions les premiers à lui avoir posé la question, les autres badauds qui lui avaient parlé avaient demandé « C’est toi qui fais ça ? »et« Le trucc’est combien ? ». Elle se souvenait précisément du souvenir qu’elle avait voulu mettre dans ce bijou, de l’endroit où elle avait cueilli les fleurs, de ses esquisses, elle se souvenait de ses sentiments tandis qu’elle le réalisait, ce qu’elle avait ressenti en le voyant achevé. Quand nous lui avons demandé quel était donc ce souvenir, elle éclata d’un rire soudain très mature.

– Ça, c’est de l’ordre de l’intime. J’ai fait ma part en le confectionnant, à vous d’en inventer la signification !

Jimmy lui demanda la permission de la prendre dans ses bras et de l’embrasser.

– Si j’avais eu une fille, j’aurais aimé qu’elle fût toi !

– Dis donc, monsieur le coquet, vu ton âge et le sien, tu devrais plutôt évoquer ta petite-fille !

Jimmy estima que cette impertinence justifiait une sanction, qui s’avéra être des plus agréables.

Nous avions débarqué à Birsay quand Jimmy me proposa une balade nocturne en costume local. Je connais son goût pour les déguisements depuis toujours. Je le savais déjà alors qu’il était encore coopérant. Lui et Martial enseignaient au lycée français local, tandis que Jean-Luc avait été affecté dans la classe unique d’un village plus reculé. Le roman national de l’époque racontait une France résistante avec, pour son malheur, un vieillard sénile à sa tête. Il fallait bien évoquer la collaboration, mais sans s’y appesantir. Certains des élèves de Jimmy voulaient scinder les Français en deux groupes distincts, les résistants d’un côté, les collabos de l’autre. Quid de ceux qui n’entraient ni en résistance, ni en collaboration ?Après s’être concertés, les élèves avaient décidé de les placer dans la catégorie des collabos. « Ne pas résister, c’était collaborer ! ».

Au cours suivant, ils trouvèrent une boîte sur chaque pupitre.

– En consultant les journaux officiels de l’époque, je vous ai acheté vos rations alimentaires si vous habitiez en zone occupée en janvier 1943. Vous êtes vernis parce que vous êtes dans la catégorie J2, l’une des mieux loties en matière d’alimentation. Vous êtes sacrément vernis parce que j’ai pu trouver tout ce à quoi vous donnaient droit vos tickets et vos cartes de rationnement, c’était rarement le cas. Vous l’êtes d’autant plus que la viande n’est pas trop mal coupée, les fruits ne sont pas véreux, les légumes non plus, le lait n’a pas été délayé. Pour obtenir tout ceci, il fallait compter dix bonnes heures de queue, dans le froid. Combien d’entre vous connaissent la rigueur de l’hiver en métropole ? Ne comptez pas vous chauffer au charbon, 50 kg pour l’hiver, on ne va pas bien loin.

Il regardait ses élèves découvrir le contenu de leur boîte, ouvrant des yeux étonnés, réalisant que rien n’était aussi simple qu’ils le croyaient. Et ils avaient si peu à manger par jour. Jimmy avait réussi son coup, il porta l’estocade « Détrompez-vous, c’était les rations pour une semaine ! Vous comprenez qu’avant de chercher à s’enrôler dans un camp ou dans un autre, la première préoccupation des citadins était comment trouver à manger, de quoi se chauffer ? »

Quand il avait repris le sujet de thèse de Jean-Luc, qu’il avait écouté les témoignages, qu’il en avait recueilli d’autres, il avait ressenti le besoin d’éprouver physiquement le froid. Il avait dormi dans la boue, dans le froid avec la tenue des poilus. Il avait gravi une petite colline, au pas de charge le fusil à la main. Il avait dû s’y reprendre à plusieurs reprises et encore, aucun cadavre, aucun blessé, aucune explosion pour le faire trébucher, aucun ennemi pour le canarder.

Mais si je connaissais cette manie toute scolaire, j’en ignorais la version « arts du spectacle ».

Jimmy m’avait trouvé une jupe à Édimbourg, en feutre de laine, très lourde, plusieurs jupons, une culotte longue qui ne se fermait pas « pour pouvoir pisser sans avoir à découvrir tes jambes, tes fesses » m’avait, toujours soucieux du détail, précisé Jimmy. Il avait aussi acheté une chemise en coton et une autre plus épaisse, des bas de laine, une coiffe qui avait bien du mal à rester en place. Mon costume reposait sur le lit, j’étais en train de me dévêtir quand un détail me fit battre le cœur. Je me retournai pour dire à Jimmy que ça faisait bien longtemps que je n’avais pris un tel plaisir à voir mon reflet dans le miroir.

– CLIC-CLAC !

– Avec un appareil entre les mains, ça marcherait mieux !

– De toute façon, j’en aurais eu un entre les mains, la photo, je me la serais gardée rien qu’à moi ! L’éclat de ton visage, Princesse ! L’éclat de ton visage ! Que voulais-tu me dire ?

– Que je me suis vue… que je me vois comme tu me vois !

Nous marchions dans l’obscurité à l’écart de la ville, nous hésitions à sortir le flash de crainte de nous faire repérer. Nous nous dirigeâmes vers la nuit noire, heureux, riant de bonheur. Nous envoyant des poèmes au visage comme d’autres s’envoient des baisers. J’étais épatée de la diversité et la richesse de ses choix autant qu’il l’était des miens.

J’avais même fini par le trouver séduisant dans sa tenue locale, de prime abord si ridicule. Jimmy avait apporté un trépied puisque je devais garder la pause assez longtemps. Souvent, il me rejoignait et déclenchait l’appareil-photo à distance.

J’aimais quand il nous mettait en scène. Lui, un genou à terre devant moi, une main posée sur son cœur, l’autre se tendant vers moi dans un geste de supplique désespérée. Il me déclamait sur un ton très Comédie-Française « À faire flamber des enfers dans tes yeux, à faire jurer tous les tonnerres de Dieu, à faire dresser tes seins et tous les Saints, à faire prier et supplier nos mains, je vais t’aimer… » puis, s’enflammant « Je vais t’aimer comme on ne t’a jamais aimée, je vais t’aimer plus loin que tes rêves ont imaginé.Je vais t’aimer comme personne n’a osé t’aimer ». Il allait donc de soi que je détournais le regard dans un mouvement de recul horrifié. Alors, vaincu, la voix mourante, il murmurait « Je vais t’aimer ».

Le manque de lumière nous contraignit à faire très peu de clichés de ce début de balade. Jimmy, inspiré, me proposa soudain de me tenir sur ce rocher, à contre jour et d’écarter mes bras de telle façon que mon châle me fasse des ailes « Et s’il y a du vent, le flou te dessinera une aura ». Il installa l’appareil-photo et pour me mettre dans l’ambiance, déclama une poésie de Walter Scott. Le temps de pause allait être très long, je répétais le mouvement avec lui. Le froid était piquant malgré mes chemises boutonnées. Quand nous fûmes au point, Jimmy reprit sa récitation puis se tut brusquement, bouche bée, les yeux écarquillés. Des vaguelettes de lumière verte, de plus en plus variées nous enveloppaient peu à peu.

Le hasard a voulu qu’il aperçoive les premières lueurs de cette aurore boréale quand j’écartais et levais les bras. Il faisait semblant de vouloir me faire croire à un « signe significatif », à un « miracle miraculeux », tout au moins à un « mystère mystérieux », tandis que je faisais semblant d’être agacée par ces foutaises, par ses airs énigmatiques et tentais de le « raisonner raisonnablement » de faire montre de « pragmatisme pragmatique ».

Un éclair de lucidité me parvint enfin « Eurêka ! » Je m’approchai de Jimmy à pas feutrés, écartai les pans de son large duffle-coat, bénis intérieurement la sagesse des anciens et la coupe de leurs pantalons qui permettaient de sortir l’outil dans avoir à se dégueniller.

– Voyons voir à quoi ressemble ta bite sous cette lumière…

– Ma verge, Princesse, ma verge !

– Voyons voir…

– Tu perds pas le Nord, toi !

– C’est le cas de le dire !

Comme je veux bien l’admettre, c’est parfois le cas, je m’amusai à orienter le sexe de Jimmy sous différents angles pour admirer toutes les subtilités de ses reliefs sous cette lumière féerique. Je l’en oubliai quelque peu, certes, mais pour autant, mon désir ne faisait que croître.

– À quoi tu penses, Princesse ?

– Tu crois qu’on y verrait quelque chose, sur une photo, si tu me prenais en levrette, là, maintenant ? Avant que la lumière ait disparu, mais en gardant nos costumes ?

– Si c’est pour une espérience ès scientifique… haut les cœurs ! Sacrifions-nous gaiement !

Je posai mes mains sur ce rocher dont la hauteur était idéale pour l’exercice. Les mitaines protégeaient mes mains tout en permettant à mes doigts de s’agripper à la végétation. Je me penchai suivant les indications de Jimmy qui souleva ma cape, ma jupe, mes jupons. J’avais l’impression qu’il avait posé un sac à dos sur mes épaules. Un coup de vent rabattit ma cape et ma jupe au-dessus de moi, me rendant aveugle pour un temps, je ne pouvais compter que sur mes autres sens, aiguisés par le froid.

– Même de là où je suis, je n’y vois goutte, Princesse ! Pour y voir quelque chose, il faudrait que je découvre tes fesses, que je les libère en écartant les pans de ta culotte, mais je ne veux pas que le froid te gâche le plaisir…

– Essaie, je te dirai…

Jimmy se plaignit du froid qui recroquevillait son sexe, malgré son érection. « Ah ! Tu vois, j’avais raison quand je parlais de bite ! » Je ne pus m’empêcher de rire quand en me pénétrant, il poussa un soupir de soulagement, et frissonna de bien-être.

– Mon radiateur portatif… !

– Tu sais parler aux femmes, toi !

J’aurais aimé qu’il se montrât un peu plus brutal, je ne comprenais pas pourquoi il bougeait si doucement en moi. Il me donna la réponse avant que je lui pose la question.

– Tu es tellement mouillée, Princesse… avec la lumière… on dirait que mon membre… de l’opale… on dirait de l’opale… j’essaie de prendre des photos… c’est… fascinant…

– Si tu restes trop longtemps la queue trempée à l’air, tu vas choper un rhume de bite, mon amour…

Ayant retrouvé ses esprits, il éclata de rire et me prit enfin avec toute la sauvagerie dont nous avions envie. J’aimais sentir la paume de mes mains se fendiller malgré les mitaines, j’aimais sentir ces petites épines déchirer la peau de mes doigts, mes seins et mes genoux heurter le rocher à chaque coup de boutoir de Jimmy.

– Ça va, ma… hmm… chérie ? Pas trop froid aux… han ! han…fesses ?

– Une claque, peut-être ?

Je crus que ma peau avait éclaté sous sa main tant mes fesses étaient froides, mais aussitôt une douce chaleur se répandit comme une onde bienfaisante.

– Encore ! Plus fort !

– Quoi plus fort ? Ça (claque) ? Ou… han… ça ?

– Les deux ! Plus fort ! Encore ! Oui ! Encore ! Plus fort ! Oui !

Mes paumes étaient moites, je m’en étonnai quand je remarquai cette même sensation de moiteur sur mes genoux. Les frottements répétés, les à-coups de plus en plus vifs, qui me projetaient plus rudement contre la pierre avaient provoqué des plaies qui étaient en train de saigner. Sans m’en rendre compte, j’avais redressé mon buste pour préserver mes seins des conséquences de cet assaut.

J’aimais imaginer que mes cris s’évanouissaient au loin en s’unissant avec ces ondes lumineuses. J’aimais le ton autoritaire de Jimmy quand il me demandait si j’aimais ça, quand il me faisait ça. Quand il m’enjoignait de crier ma réponse. J’aimais à bout de souffle, épuisée, regrouper ce qui me restait de force pour le supplier « Encore ! ». J’aimais ces claques revigorantes qui m’insufflaient l’énergie nécessaire pour aller un peu plus loin sur le chemin de ce plaisir incroyable qui grondait, vrombissait en moi comme un volcan au bord de l’éruption.

Jimmy s’extasiait de ce que nous vivions. Son corps savait d’instinct comment libérer ce qui couvait en nous, bien plus qu’un orgasme, et mon corps en avait également conscience. Nous étions deux musiciens qui interprétions la même partition, qu’ils découvraient ensemble, dans une harmonie et une confiance des plus totales.

Mon sexe coulait de tous mes sucs, j’aimais l’alternance du chaud et du froid au rythme de ses va-et-vient. Je tournai à grand peine mon visage vers le sien, il put lire mon souhait dans mes yeux. Il posa sa main sur mon ventre, l’autre prenant mon épaule, m’aida à me redresser suffisamment pour pouvoir mordre ma nuque sans cesser ses mouvements. J’ai joui d’entendre son cri quand il jouit à son tour, ses crocs plantés dans mes chairs, un cri si animal qu’il en avait les accents de l’enfance.

Nos corps écroulés, rompus de bonheur, nous plaisantions en cherchant à estimer le temps nécessaire avant d’avoir la force de réintégrer notre intérieur cosy. Nous y parvînmes plus vite que nous l’aurions cru et tandis qu’il me débarrassait de ma lourde cape, Jimmy sourit, me montra l’intérieur de sa paume, quelques brins de bruyère s’étaient accrochés à l’épais tissu. Il souleva ma main à hauteur de ses yeux, s’adressa à la breloque « Dire que je t’ai moquée, alors que ma Princesse avait tout de suite compris que tu étais un puissant talisman d’amour ! »

Il m’embrassa. « Tentons de dormir un peu, j’aimerais consacrer la journée de demain au travail, si tu n’y vois rien à redire… » Je souris à cette perspective et mutine, lui demandai s’il préférait que je le laisse travailler seul ou s’il m’autoriserait à rester allongée sur le canapé, à somnoler.

Tout avait commencé à Édimbourg, quand il avait défilé devant moi dans sa « tenue holmésienne ». J’avais ri en lui rétorquant qu’il ressemblait davantage à un expert comptable en week-end à la campagne qu’à Sherlock Holmes. Il avait alors dégainé une pipe, mais elle me renvoyait l’image d’un critique littéraire venu s’isoler dans le manoir familial avant la sortie de son prochain ouvrage. De fil en aiguille, un scénario avait pris forme et nous nous amusions à nous filmer en train de le jouer. À notre retour, Jimmy en ferait un montage qu’il copierait sur une clé USB avant de l’envoyer à Jim.

Jimmy avait été ému de ma réaction quand il m’avait fait lire les lettres de Jim « Quand je vois Odette sur les photos, que je bande, je regarde ma queue en souriant et je suis fier de savoir qu’elle lui a donné du plaisir ! J’ai touché, j’ai baisé la pin-up que je vois sur les photos ! C’est incroyable comme sensation ! Merci ! » Cet homme d’à peine cinquante ans me voyait comme une pin-up !

– Ça veut dire que dorénavant, fini le n’importe quoi, faudra faire attention au cadrage, à la lumière, à faire de belles photos… Je n’ai plus le droit de le décevoir, non ?

*Sir Walter Scott, Rob boy (1817)

Odette&Jimmy – « La musique adoucit les mœurs »

La troisième breloque que j’ai accrochée à mon bracelet, c’est la petite Fender, parce qu’aucune autre n’aurait pu mieux symboliser ce séjour.

Nous avions laissé éclater notre bonheur dès nos retrouvailles, pont de l’Alma. Face à l’embarcadère, nous avions pris un selfie où je dévoilais mes seins. Plus tard, alors que nous étions installés à notre table, nous en fîmes un autre en levant symboliquement notre flûte de Champagne en direction de l’objectif, une fois encore j’exhibai ma poitrine.

Jimmy m’avait prévenue « À la fin de la croisière, ça risque d’être la cavalcade ». En effet, nous n’eûmes même pas le temps de faire un petit cliché devant la gare du nord, nous arrivâmes juste à temps pour monter dans le train.

— Mais… et nos bagages ?

Jimmy sourit, blasé et amusé « J’ai anticipé, Princesse ! ». Nous fîmes quelques selfies supplémentaires dans le train. J’avais déjà pris l’Eurostar, mais c’était la première fois que j’y voyageais en première classe. Jimmy, songeur, souriait aux anges.

— À quoi tu penses ?

— Au train en général… à Monique, à sa grand-mère, Rosalie et aux trains qui ont bouleversé leur destinée en particulier.

— Raconte-moi ça !

Jimmy me raconta le dépucelage de Monique dans ce train qui la menait en Provence pour passer un mois interminable avec sa grand-mère, recluse dans ce trou paumé. Elle partageait son compartiment avec un fils à papa et un étudiant lubrique. L’étudiant n’était autre que le cousin de Christian, qui allait devenir son compagnon. C’est en attendant le train qui devait la ramener à Paris, assise sur un banc du quai aux côtés de Christian, qu’elle avait lu le cahier remis par sa grand-mère, Rosalie et qu’elle avait pris la décision de s’installer au village.

C’est en prenant le train que Rosalie avait rejoint son filleul de guerre, Pierrot, à l’arrière, pendant une de ses rarissimes et trop brèves permissions et c’était un autre train qui l’avait conduite en Provence, quand ses parents l’avaient chassée et reniée.

Jimmy souriait toujours, le regard plongé en lui-même, semblant ignorer ma présence, tout à ses pensées.

— L’an dernier, j’avais déjà ressenti ce truc… Je savais que tu serais présente à notre rendez-vous. Je le savais. Je n’avais aucun doute à ce propos, pourtant au plus je m’approchais du pont de l’Alma, au plus une petite voix me susurrait « et si elle ne venait pas ? Si elle avait un empêchement de dernière minute… si elle ne venait pas ? » Dès que cette voix commence à résonner, le temps s’étire comme un félin paresseux vautré au soleil. Les minutes n’en finissent pas de s’écouler, comme alourdies d’impatience. Et quand je t’aperçois, ça me fait comme un grand clac de soulagement. Comme si l’on desserrait une pince accrochée à mon cœur… Une pince dont je n’avais pas perçu la présence avant… Cette année, la sensation fut plus forte encore.

— C’est que tu prends de l’âge, mon ami !

Jimmy rit en silence.

— Bien tenté, mais tu ne me feras pas sortir de ma béatitude avec un de tes bons mots, aussi amusant qu’il puisse être ! Tu as une idée de notre destination ?

— J’hésite entre Lisbonne et Managua…

— J’espère que tu as conscience que je mémorise chacun de tes sarcasmes et qu’une fois redevenu simple mortel, je t’en ferai payer le prix ? Fort, le prix.

— Tu sais, cette pensée « Il ne viendra pas » me traverse aussi l’esprit, alors, je la chasse. Mais elle revient au galop, plus forte, plus logique, plus envahissante. J’en arrive à ne plus savoir que faire de cette journée du 29. Vaut-il mieux m’étourdir de musique au risque de m’endormir brutalement et de rater notre rendez-vous ? Je change au moins cent fois de tenue…

— Cent fois ?!?!

— Au bas mot ! Et tu me connais, l’exagération, c’est pas le genre de la maison ! Ne vaudrait-il pas mieux que je quitte mon petit appartement à Gif-sur-Yvette dès la fin de la matinée et passer la journée sur les quais au risque de choper la crève ? Et quand je te vois, je me traite d’idiote d’avoir pu douter. Et si le clac résonne dans ma poitrine, je ne ressens aucune béatitude m’envahir. Je ressens du soulagement, c’est certain, mais le bonheur doit se frayer un chemin dans tout ce mélange de sentiments. Je ne l’atteins que lorsque nous nous blottissons enfin dans les bras l’un de l’autre, quand mon visage trouve sa place sur ton épaule…

Pour la première fois, ayant prononcé ces mots, je me sentis apaisée, envahie par cette plénitude et poussai un soupir de soulagement. Jimmy posa sa main sur ma cuisse, me la caressa tendrement.

– Ça ne te dispensera pas de la sanction prévue à l’article 12 de… euh du… J’me comprends !

De ce séjour, je me souviens surtout des concerts. Jimmy avait eu la bonne idée de nous acheter des places pour certains qui avaient lieu dans des salles prestigieuses, des groupes à la notoriété bien établie, mais entre ces concerts, nous allions écouter des groupes moins connus, dans des lieux moins réputés.

Nous ne sommes pas restés à Londres, nous avons voyagé dans toute l’Angleterre, nous avons repoussé toutes les limites en osant nous aventurer jusqu’au Pays-de-Galles ! Je m’enivrais de vivre à soixante ans passés, les vacances dont j’avais tant rêvé jeune fille. Jimmy m’offrait des CD comme d’autres offrent des fleurs.

C’est pendant un de ces concerts que Jimmy m’ouvrit à de nouveaux horizons. La salle était blindée, j’avais chanté, crié, sifflé, dansé pendant plus d’une heure. J’étais en sueur, mais je ne le remarquai qu’au changement de groupe, alors que la salle s’était vidée. Le public quittant cette atmosphère suffocante pour se diriger vers le bar, j’avais été saisie par cette fraîcheur subite. Jimmy empoigna mon bras « Viens ! Suis-moi ! » et m’entraîna dans les toilettes des filles.

De son index posé sur sa bouche, il demanda à la nana en train de se remaquiller les lèvres, de garder le silence. Aucun sursaut, aucune surprise n’éclairèrent son regard embrumé.

Nous nous enfermâmes dans les toilettes. Les mains de Jimmy brûlaient d’une impatience fébrile

— Je ne peux plus me retenir ! Tu me rends fou quand tu… rhôôô… !

Il avait passé sa main sous mon tee-shirt et me caressait les seins.

— J’en étais sûr, j’aurais dû le parier, tu ne portes rien dessous, capoune !

— Faudrait savoir, monsieur le râleur, si je mets quelque chose, ça va pas et si j’anticipe en ne portant aucun dessous, ça va pas non plus !

— Qui t’a dit que je m’en plaignais ? Je ne regardais que toi et… c’que t’es bandante quand…

— Redis-le, en me caressant les seins

— Bandante ! Ça te va ? T’es comme Monique et Sylvie… ça vous fait un drôle d’effet…

— C’est parce qu’avec votre accent… le mot… rebondit… banne danne te… je sais pas avec votre accent… on sent bien l’idée… le mouvement… l’érection vers les cieux… oui, quoi… on voit l’idée… le mouvement, quoi !

— Tu sais parler aux hommes, toi !

Il s’excusa par avance de la brièveté de l’étreinte à venir, mais il ne voulait pas rater le début du concert suivant, prendre le risque de ne pas me voir danser, bouger, de ne pas m’entendre m’époumoner.

— On ne sortira qu’à l’entrée en scène du prochain groupe… quel que soit notre état, mais rhabillés !

Jimmy approuva mon idée. J’étais assez sereine puisqu’ils en étaient encore à débrancher les instruments et les pédales d’effets du groupe précédent quand Jimmy m’avait conduite ici.

Mon corps a gardé l’empreinte de mes sensations lors de cet « entracte ». Le jean qui a du mal à glisser le long de mes cuisses en sueur. La caresse d’un érotisme ému sur mes fesses « et pas de culotte non plus ! Non ! Ne t’en excuse pas ! J’en suis ravi ! ». La caresse rugueuse de mon tee-shirt qu’il retire avant de l’accrocher au loquet de la porte. Mes bras tendus vers le ciel. Jimmy dans mon dos qui me caresse les seins. Le selfie. Mes mains contre la porte. La main de Jimmy sur mes reins pour m’indiquer comment et jusqu’où me pencher en avant. Ses doigts entre mes cuisses. Son gland qui les rejoint avant de les évincer. Ses va-et-vient précautionneux. Le bruit de son sexe coulissant dans le mien. Les cris que je tente d’emprisonner derrière la barrière de mes dents. La main de Jimmy sur ma gorge. Ses coups de boutoir qui se font plus intenses. La porte qui vibre, secouée au rythme de ses mouvements. Le brouhaha confus d’une discussion près des lavabos. En ouvrant ma bouche, un cri s’en est échappé. Des rires de l’autre côté de la porte. Une folie érotique s’empare de Jimmy qui m’exhorte à jouir parce qu’il ne tiendra pas bien longtemps. Ma main qui se décolle de la porte, y laissant une trace humide. De mon doigt, je désigne ma nuque. Ne pas parler pour retenir mes cris. Son cri transperce ma peau en même temps que ses dents, il ressort par ma bouche, amplifié par les miens que je contenais.

Je me souviens m’être demandé si c’était la salive ou une goutte de mon sang que je sentais perler. Le tissu du tee-shirt tombé à terre. Je me souviens aussi avoir craint de ne pas pouvoir remonter mon jean, de m’être maudite d’avoir choisi celui-ci, un peu trop juste, un peu trop slim, néanmoins de m’être bien gardé de l’avouer à Jimmy qui aurait alors su qu’en matière d’anticipation, j’avais quelques progrès à faire ! D’avoir souri à cette idée. Avec son aide, je n’eus finalement pas trop de mal à me rhabiller.

On entendait les premières notes, les premiers boum-boum sur la grosse caisse, les premiers coups de baguettes sur les cymbales qui indiquaient la mise en place du groupe. Je me souviens du bruissement de la salle qui se remplissait quand nous sortîmes des cabinets. La fille au regard vide avait disparu. À sa place, quatre nanas qui fumaient leur cigarette près du vasistas à droite des lavabos. En nous voyant, une gamine aux cheveux trop raides pour que ses tresses « africaines » tiennent le temps du concert, cette gamine tatouée et piercée a ouvert des yeux de merlan frit et la bouche en même temps. Elles se sont interrogées du regard puis celle qui avait une fesse posée sur le radiateur a eu un hochement de tête approbateur « Good game ! ».

Je me souviens de tous ces détails, ainsi que de la lumière jaune, un peu faiblarde qui accentuait l’aspect crasseux des lieux, en revanche, je ne me souviens pas de l’odeur aigrelette de vieux pipis, ni d’avoir vu des graffitis sur les murs. Je sais qu’ils étaient forcément présents, mais je les ai occultés.

Un autre « nouvel horizon » que nous nous offrîmes lors de ce séjour anglais, fut celui de faire des photos avec l’intention de les adresser à Jim, que nous avions côtoyé régulièrement lors de notre séjour à Perth. Nous avions passé de très jolies journées et soirées en sa compagnie et il entretenait une correspondance avec Jimmy depuis notre retour. Jimmy avait une imprimante photo et tirait un exemplaire de chaque cliché que nous légendions avant de les envoyer à Jim.

J’étais particulièrement excitée en imaginant la réaction de son corps quand il ouvrirait les enveloppes. Mon excitation était amplifiée par le fait que je n’en saurais pas la teneur avant le prochain réveillon. Je bénis intérieurement les lenteurs de la poste et le fait que Jim n’ait pas accès à internet. J’avais demandé à Jimmy de ne pas me révéler ce qu’ils échangeraient à ce propos d’ici-là. Il m’en avait demandé la raison et m’avait reproché le vice de mon esprit tordu avant d’affirmer que ça justifiait une sanction.

Nous étions au balcon de notre chambre, il avait relevé ma robe, baissé ma culotte, fait claquer une jarretelle sur ma cuisse.

Sa première claque s’est abattue en même temps que débutait le compte à rebours. À la troisième, j’ai écarté mes fesses « Plus fort ! ». La claque suivante fut plus énergique et plus ciblée. Quand la foule a hurlé SIX ! un doigt m’a pénétrée, en plus de la claque. FIVE ! son doigt me fouilla, mais pas de claque. FOUR ! il sortit de mes fesses. « Oh non ! » THREE ! une claque à l’intérieur de mes cuisses. TWO ! son gland à l’entrée de mes fesses. ONE ! Je les écarte davantage et me cambre tout à fait.

— Bonne année et joyeuse sodomie, ma Princesse chérie !