Face à face

Éberlué, Jim semblait paralysé. Son visage s’anima, ses mains s’agitèrent ( 😉 !) comme un enfant découvre ses cadeaux au pied du sapin et se demande quel paquet déballer en premier. Souhaitait-il que nous convions Jimmy ? Il fit non de la tête, le regard implorant.

– Je suis morte de trac, en fait…

– Moi aussi, Princess, moi aussi !

Je fis la moue et désignant son membre lui reprochai de bien cacher son jeu. Il éclata de rire et nous convînmes de faire à notre façon, sans nous soucier des conventions, mais de nous fier à notre instinct, à ce lien si particulier qui nous unit. Seuls dans le bureau de Jimmy, nous entendions, comme des bouffées de vie, la musique, les éclats de rire et de voix de nos amis. Nous jouissions du luxe d’avoir tout notre temps, l’assurance de ne pas être interrompus par l’arrivée inopportune de l’un ou l’autre.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je me sentais pucelle. Après Jimmy, Jim allait être le premier à me sodomiser. Allions-nous y prendre autant de plaisir ? Je lui fis part de cette interrogation à laquelle il répondit par un énigmatique « Moi aussi, Princess, moi aussi ».

Nus comme au premier jour, nous dansions, presque immobiles, sans autre musique que celle des battements de nos cœurs, du rythme de nos souffles. J’aimais la façon dont il caressait mes joues, mon cou pendant que nous nous embrassions. Mes mains couraient le long de son dos. Je me délectais de la cambrure de ses reins. Je caressais ses fesses quand je m’aperçus que nos caresses se répondaient, qu’elles étaient jumelles.

– Princess, pour cette première fois, j’aimerais que tu mènes la danse, si ça ne t’ennuie pas.

Son sourire radieux contrastait avec le reflet craintif qui obscurcissait son regard. J’aurais pu rire de l’incongruité de cette crainte, mais n’en avais aucune envie. Au contraire, je le remerciai de me faire cette proposition qui m’honorait et l’acceptai volontiers.

Il fut surpris que je lui demande de s’asseoir sur le canapé. Son membre me parut plus massif qu’à l’ordinaire, étonnamment dur aussi. Tandis que je l’enduisais de lubrifiant, Jim psalmodiait, implorant son Dieu de ne pas le réveiller si tout ceci n’était qu’un rêve. Ses mots, qui ne m’étaient pas destinés, me conféraient une force incroyable. J’étais la princesse qui lui ouvrirait les portes de son Paradis, comment aurais-je pu en douter puisqu’il en était si persuadé ?

– Ta queue est si belle quand elle brille comme ça ! J’ai presque honte de devoir la cacher.

– N’aie pas honte, Princess, tu la reverras bientôt !

Je le chevauchai, face à lui, me cambrant à l’extrême. Je versai un peu de gel sur ses doigts et le priai de préparer le terrain, ce qui me donna l’occasion de lui apprendre une nouvelle expression en français. Nos mains guidaient son membre vibrant entre mes fesses. Je pensais qu’il nous faudrait y aller très lentement pour que ce ne soit désagréable voire douloureux ni pour lui, ni pour moi. À notre grand étonnement, il me pénétra sans effort. Bon sang, comme j’ai aimé cette sensation !

Je ne me lassais pas d’aller et venir le long de sa belle grosse queue noire. J’ouvris les yeux quelques secondes avant qu’il n’ouvre les siens.

– Que regardes-tu, Princess ?

– Ta bouche… je ne me souviens pas de t’avoir vu sourire autant.

– C’est pour ça que tu as choisi cette position ?

– Non. Tu sais très bien pourquoi je l’ai choisie !

Ses yeux glissèrent des miens jusqu’à mes seins. Il comprit enfin, me sourit. Je dirigeai mon mamelon vers sa bouche et ne retins pas mon murmure de plaisir quand il l’embrassa. Je sentais la chair de poule se déployer de mes reins vers chacune des extrémités de mon corps, comme une toile d’araignée sensuelle.

Ses mains palpaient, trituraient mes fesses. Un de ses doigts glissa le long de ma raie comme si Jim cherchait à s’assurer qu’il ne rêvait pas, que sa belle grosse queue noire était bien dans mon cul. Tout en ondulant, en coulissant sur son membre, je lui demandai si c’était aussi bon qu’il l’avait imaginé. Je connaissais par avance sa réponse, mais je voulais l’entendre me la donner. Il m’affirma que c’était encore meilleur, qu’il était au Paradis sans avoir eu à mourir pour l’atteindre. J’aime beaucoup quand il saupoudre ses propos rugueux de mots d’une infinie poésie.

– Je voudrais que tu mènes la danse à ton tour. Montre-moi comment un bel Australien honore le cul d’une princesse !

Il empoigna mes hanches, me pencha afin que mes seins se frottent à son torse puissant. Il accéléra et amplifia progressivement les va-et-vient. Plus je criais mon plaisir, plus il criait le sien. Nous étions seuls au monde, plus rien ne comptait que la fusion de nos corps. Quand il pinça mon mamelon, l’orgasme qui couvait en moi explosa comme transpercé par un éclair. Il jura son plaisir de me faire jouir. Il lui fallut répéter son souhait plusieurs fois avant que je l’entende.

– Tu ne veux pas que je te morde, que ta peau cède sous mes dents, mais accepterais-tu de déchirer la mienne ?

Comme s’il sentait le besoin de me motiver et pour appuyer sa requête, sa main glissa de ma hanche vers mon ventre, juste au-dessus de mon pubis, ses doigts se crispèrent sur ma peau. Il sait y faire, le bougre ! Je retins mon plaisir le temps de plonger vers son épaule et d’y planter mes crocs comme la lionne que j’étais devenue.

Il cria si fort en jouissant que Christian nous affirma plus tard avoir senti la maison vaciller sur ses fondations, mais je le soupçonne d’avoir un tantinet versé dans l’exagération. En revanche, ce qui est véridique, c’est que je fus sourde d’une oreille pendant de longues minutes.

À ma demande, Jim resta en moi aussi longtemps que la raideur de son membre le lui permit. Nous nous embrassions, nous caressions, nous disions des mots doux pour prolonger encore un peu la magie de ce moment. Nous rhabiller fut presque un déchirement. Je vivais comme un sacrilège de le voir revêtir ses vêtements. Je voulus arranger son tee-shirt, mais il retint mon geste. Il tenait à ce que tout un chacun puisse voir la trace de mes dents sur sa peau, cette morsure qu’il arborerait comme une médaille. Je me sentis rougir de fierté à cette idée.

Quand nous rejoignîmes la salle des fêtes, certains étaient partis se coucher, la petite classe avait rejoint la maison du Toine. De petits groupes s’étaient formés et faisaient plus ample connaissance. Marcel sourit à Jim ouvrant la main dans un geste d’évidence. Je n’en comprenais pas la raison. Il vint à notre rencontre, aussitôt rejoint par Mireille et Jimmy.

Je pressentais que le Bavard savait quelque chose que j’ignorais. Je lui posai la question. Il interrogea Jim du regard avant d’y répondre.

– Il avait peur de rater sa première fois…

J’ouvris des yeux comme des soucoupes, mais avant que je puisse le lui reprocher, Jim énonça fièrement les nouvelles expressions qu’il avait apprises, en levant un doigt à chacune d’entre elles. Face à face. Préparer le terrain. Mener la danse. Honorer le cul. Ça rentre comme dans du beurre. Oui, bien au fond. Marcel et Jimmy éclatèrent de rire. Mireille confirma ma théorie sur l’importance de la motivation en matière de pédagogie. Ne sachant l’exprimer en français, Jim nous regarda, elle et moi avant d’affirmer de sa belle voix grave I really love the way you teach me french, ladies ! I really love it !*

*J’adore votre façon de m’enseigner le français, mesdames ! Je l’adore vraiment !

Alliance française

Comme dans n’importe quel pince-fesses, nous déambulions d’un buffet à l’autre, un verre, une cigarette à la main. À ceci près que les fesses y étaient plus caressées que pincées, tel un apéritif pré-orgiaque plein de promesses. Dès la fin de leur spectacle, les gamins nous avaient entourés, Émilie surtout voulait savoir si ça nous l’avait refait. Vincent souriait en coin, déjà certain de notre réponse. Une fois encore, quand, sur scène, Émilie avait caressé Vincent, j’avais senti la peau de Marcel sous mes doigts et il avait ressenti mes mains sur son corps et quand Vincent l’avait pénétrée, Christian avait pris la place de Marcel dans nos sensations. Marcel avait d’ailleurs demandé à son petit-fils si, une prochaine fois, il n’y aurait pas moyen de changer l’ordre des choses.

Je cherchai Betsy du regard avant de l’apercevoir en grande discussion avec Joseph, Alain servant d’interprète, je voulais justement les présenter l’une à l’autre. Un peu plus tard, Roweena me fit part de sa surprise en apprenant que Mireille ne parle pas ou si peu anglais. Vincent venait de lui expliquer C’est Émilie qui a traduit les dialogues. J’entendis l’éclat de rire d’Alain et de Jimmy, je les regardai. Monique riait également. Jim avait l’air innocent de l’agneau qui vient de naître. Il argumentait, prenant Jimmy à partie. Il me chercha du regard, je m’approchai escortée de Mireille et Roweena.

– Ils ne me croient pas quand… Jimmy me répète tout le temps que je dois apprendre le français, n’est-ce pas ? Et maintenant que je veux être sûr de comprendre les subtilités de votre langue, il se moque de moi !

– Comment ça ?

– Je voudrais être sûr d’avoir bien saisi la différence entre “fellation post-prandiale”, “turlutte matinale” et “gâterie dominicale”, j’ai demandé à Mounico parce que…

– Parce qu’elle était institutrice ?

– Ah bon ? Elle aussi ? Mais vous étiez tous enseignants ?!

Non, non ! Seulement Monique, Jimmy, Martial et Jean-Luc ! Mais pourquoi Monique alors ?

– Alan m’a appris que pour les pipes, Mounico…

– Aloune ! Si tu m’appelles Mounico, tu l’appelles Aloune, s’il te plaît !

– Aloune m’a dit que Mounico… c’était juste pour apprendre…

– Et comme professeur de mauvaise foi, t’as eu Odette ?

– Non ! Odette c’est la levrette à Dédette !

– Rigole pas en mangeant, je ne suis pas certaine de te ranimer, cette fois !

– De toute façon Christian est infirmier et pompier bénévole, tu ne risques rien parmi nous !

Jimmy traduisit les propos de Mireille. Jim s’exclama

– Vous avez aussi des incendies, ici ?

– Mais boudiou, t’as donc pas vu la végétation ?!

– Et quand je l’aurais vue ? Après l’aéroport, on est allés dans la belle maison et ensuite ici !

– Je te montrerai ça, mon gars, tu verras et tu comprendras.

En revanche, ce que nous ne comprenions pas, c’est que parlant chacun dans sa langue maternelle, ces deux-là se comprenaient parfaitement. Socrates et Linus invitèrent Jimmy, Marcel et Roweena à les rejoindre. Je vis Marcel tendre son traducteur à Linus qui le retourna dans tous les sens avant de le passer à Gideon. Les Irlandais, satisfaits, opinèrent en souriant.

– Hé, Blanche-Minette, quand tu auras fini de rêvasser, tu penseras à remplir tes obligations ! Ne me regarde pas avec tes yeux de merlan frit ! Tu sais bien pourquoi, on ne parle pas toutes le français avec le même accent ! Élève Jim, si vous voulez bien vous donner la peine…

Mireille nous fit signe de la suivre jusque dans le bureau de Jimmy. Alain se joignit à nous afin de superviser la leçon, qui débuta par ses mots.

– Bon, Princesse à Jimmy, montre à tes collègues ce que tu entends par “fellation post-prandiale”, que vous soyez bien d’accord sur les termes.

Je m’agenouillai devant Jim, assis sur le canapé, le débraguettai, constatai qu’il portait son jean à même la peau, ce qui, d’après Mireille “dénote une réelle envie de progresser dans l’apprentissage de la langue de Molière. Jim était aux anges et souriait béatement.

Je léchai son membre d’une langue gourmande, agaçai le bout de son gland avec mes lèvres. Quand il posa ses mains puissantes sur mon crâne, je l’avalai lentement. Quelques va-et-vient, d’autres coups de langue, d’autres agacements, je relevai la tête. “Fellation post-prandiale. Mireille sursauta.

– Ah bon ? Pour ma part, j’aurais ajouté… Oh, mais tu n’avais pas menti, Blanche-Minette ! Votre membre est une œuvre d’art, mon cher, une véritable œuvre d’art ! À une fellation post-prandiale, j’ajouterais… attends, je te montre…

Mireille demanda à Jim d’ôter son jean, ce qu’il fit volontiers, elle comprima alors ses seins pour en faire un petit nid au creux duquel elle blottit les deux œufs de Jim. Elle dégusta son membre d’une langue gourmande, embrassa son gland du bout des lèvres, avant d’avaler son sexe jusqu’à la moitié de la hampe. Quelques va-et-vient, d’autres agacements, ses mains comprimant toujours ses seins.

Jim marmonnait, entre gémissements et grognements. Le contraste entre le ton de sa voix et celle d’Alain, qui traduisait ses propos, était saisissant. “Oh, mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Quel bonheur ! Quel chanceux je suis oh mon Dieu ! Je me suis vu mourir seul dans oh mon Dieu ! Seul dans mon bateau… Princess m’a sauvé oh mon oh oui conte de fées par quel miracle ?” Mireille stoppa net, le regarda dans les yeux, fronça les sourcils.

– Tu as déjà oublié le philtre d’amour ? Tu as été bien attentif pendant la représentation, j’espère !

– Oh oui, Madame !

Elle reprit sa démonstration, offrant les mêmes caresses, les mêmes baisers, les mêmes agacements, les bourses et la base du membre de Jim nichées entre ses seins. Elle cessa dès qu’elle le sentit sur le point de jouir. “Fellation post-prandiale. Jim répéta “Fellation post-prandiale.

– Et pour toi, Monique, c’est comment une fellation post-prandiale ?

– On verra plus tard, montre-nous plutôt la différence entre turlutte matinale et gâterie dominicale !

Mireille se releva, défroissa sa jupe. Jim tendit les mains pour la dégrafer. “Tss, tss ce sera après la leçon. Le bon point récompensant l’élève attentif !” Elle s’assit à la droite de Jim. “Une turlutte matinale, c’est comme ça. Elle ouvrit sa bouche en cœur, fit d’amples va-et-vient, tout en tapotant du bout de ses doigts la hampe du membre de Jim quand sa bouche arrivait au niveau du gland.

– Turlutte matinale

Jim rouvrit les yeux et répéta. “Turlutte matinale”. Satisfaite, Mireille se redressa, sagement assise à la droite de Jim. “Et maintenant, la gâterie dominicale.” Elle se pencha à nouveau, d’une langue humide, lécha Jim des gonades jusqu’au gland, ses lèvres, désormais vierges de toute trace de maquillage, se posèrent dessus et s’ouvrirent pour avaler tout en douceur le membre de notre élève studieux. Avec la même douceur, elle fit marche arrière, asséna une délicate pichenette sur le scrotum.

– Oh, my God !

– Et oui, oh my God ! C’est pour cela qu’on parle de gâterie dominicale, à cause du jour du Seigneur ! À vous de jouer, mesdames !

Je donnai libre cours à mon imagination ou, pour reprendre l’analyse de Mireille “le turlutai à la parisienne et le gâtai comme une impie. Mes confrères et consœurs louent souvent ma mauvaise foi, il me faut admettre que je partage cette qualité avec Madame. Quand Monique s’agenouilla devant Jim, sans nous être concertées, Mireille et moi avons entonné l’air joyeux d’une fanfare de cirque annonçant le clou du spectacle.

– Vous me filez le trac avec vos conneries !

Les yeux et le visage de Jim, muet de surprise, confirmèrent la réputation de notre consœur. Après la leçon, il dut se soumettre à une interrogation orale, c’est le cas de le dire. Les yeux fermés, les mains dans le dos pour ne pas être tenté de les poser sur nos crânes, il lui fallut distinguer les fellations post-prandiales des turluttes matinales et des gâteries dominicales ainsi que l’enseignante qui les lui prodiguait. Une chose est acquise, Jim est un élève studieux, attentif et appliqué puisqu’il ne commit aucune erreur.

Après cette première leçon, Alain, Mireille et Monique se dirigèrent vers la porte du bureau, quand Jim, à l’érection impressionnante, se plaignit. “Vous ne pouvez pas me laisser dans cet état !” Mireille surjoua la surprise.

– Blanche-Minette ne t’a donc pas prévenu qu’elle a changé d’avis ?

Interloqué, il interrogeait Alain du regard quand ses yeux s’écarquillèrent et qu’un sourire incrédule s’épanouit sur son visage. “Oh, oh, oh my… oh my fucking God !”

Les secrets de Louise & Jean-Baptiste

Quand je suis arrivée au mas, au printemps, après l’appel de Jimmy, Martial, Sylvie et moi avons eu une discussion avec Émilie et Lucas à propos de la maison d’Avranches. Il est hors de question de nous en séparer, pourtant dix ans après leur mort, je suis incapable de remettre les pieds dans la maison de mes parents. Martial et Sylvie ressentent la même chose. Nos enfants respectifs l’envisagent plus comme une roue de secours que comme un lieu de villégiature. Comme une évidence, nous proposâmes à Émilie et à Lucas de se l’approprier, d’en faire leur lieu à eux, comme Cathy et Alain l’ont fait de la maison du Toine, Monique et Christian de cette de Rosalie, Jean-Luc de celle de Valentino. Qui sait, peut-être qu’une fois réaménagée par leurs soins, pourrions-nous y séjourner sans trop de gorges serrées, d’estomacs crampés, de tripes nouées ? C’est pour cette raison que la petite classe a décidé de consacrer ses congés d’été à la redécorer. Manon en profiterait pour découvrir Montchaton et s’en réjouissait.

Émilie m’avait fait part de son souhait de faire un break dans ses études. Plus aucune motivation, aucun espoir. Nous en avions longuement parlé, d’abord toutes les deux, ensuite tous ensemble. Elle eut cette remarque touchante « C’est auprès de vous que je me sens la mieux comprise. Vous avez tous bossé à l’Éducation Nationale, mais me comprenez mieux que mes parents qui ne veulent pas en entendre parler ».

– On comprend surtout que si tu n’en as plus l’envie, ça ne sert à rien, tu cours à l’échec !

– Ce qui me plairait, ce qui m’attire en ce moment, c’est la littérature anglaise du XVIIIe siècle, si je dis aux parents que je laisse tomber le droit des affaires pour une filière sans aucun débouché… j’imagine déjà leurs réflexions… non merci !

– Comme tu l’as certainement entendu, je vais m’installer ici, tu peux habiter chez moi, le temps de prendre ta décision.

Je ne l’ai pas revue avant la fin octobre. Quelques jours avant l’arrivée de Jim, Émilie nous demanda comme une faveur de nous retrouver en comité restreint. Je décidai de ne pas chercher à deviner quel secret cachait ce ton mystérieux et acceptai volontiers cette proposition. Nous nous retrouvâmes donc Émilie, Sylvie, Lucas, Martial, Jimmy et moi chez Jean-Luc qui était également convié.

– En fait, bien dépoussiérée et débarrassée des toiles d’araignées, la maison est vraiment pas mal… sauf les papiers-peints… pas possibles ! Alors, on a décidé de commencer par le salon. L’armoire-bibliothèque prenait trop de place, on a voulu la déplacer…

– Surtout pas, elle est scellée dans le mur !

– Bah oui, on a remarqué !

Jimmy, Martial et Jean-Luc sifflotèrent « Tout va très bien, Madame la Marquise » et il est vrai que je me demandais quelle serait la prochaine catastrophe annoncée.

– Non, non ! Rassurez-vous ! Quand on a compris, on a fait super attention et on a tout remonté. Aucun dégât, par contre…

– En revanche !

– Ah ah ! En revanche, en décollant le papier peint au fond de la partie bibliothèque… en bas, derrière les tiroirs, il y avait une autre porte et en l’ouvrant, on a trouvé ça…

– Le syndrome de la valise !

– Moque-toi, Jean-Luc, mais mon père craignait toujours devoir faire sa valise, ça nous est resté.

– Tu as raison, Valentino en avait aussi une déjà prête à portée de la main, au cas où…

– Qu’y avait-il à l’intérieur ?

– On s’est dit qu’on n’avait pas le droit de l’ouvrir, que c’était à toi et à Martial de le faire… c’était vos parents et pis surtout, il y avait cette enveloppe scotchée dessus « Pour Martial et Odette »

Martial chéri, Odette adorée,

Si vous lisez cette lettre, c’est que nous sommes morts et que vous avez déjoué les ruses de notre code. Il est important pour nous que vous découvriez notre legs tous les deux ensemble. Martial, nous comptons sur toi pour épauler ta petite sœur, Odette que nous rêvions libre et rebelle, mais qui semble s’est trop assagie pour prendre le sexe avec toute la légèreté nécessaire. Quant à toi, nous craignions, fut un temps, que tu ne restasses vieux garçon, comme Jimmy et le petit Jean-Luc. Heureusement, la vie a permis que ton chemin croise celui de Sylvie. Elle nous a pris notre enfant pour en faire un homme épanoui, nous ne lui en saurons jamais assez gré.

Mais toi, Dédette, nous aimerions que tu lèves les yeux sur la vie, que tu te respectes aussi pour la belle femme que tu es, pas seulement la mère de famille attentive et la bonne ménagère. Comment peux-tu accepter que ton mari t’appelle « maman » ? Tu veux être reconnue pour tes qualités intellectuelles, mais tu refuses de voir de ton corps autre chose que le moyen de locomotion de ton cerveau. Pourquoi t’entêtes-tu à renoncer à la sensualité qui coule dans tes veines ? N’as-tu jamais remarqué les regards gourmands que te lançait Jimmy, ses sourires carnassiers quand, au cours d’un repas, fusait une blague un peu leste, spécialement quand c’était toi qui la racontais ? As-tu oublié les « envies pressantes » du petit Jean-Luc qui le contraignaient à s’absenter « quelques instants » ? Ne cherche pas à faire croire que tu gobais cette excuse ! Il masquait son érection de façon si malhabile qu’il était aisé de s’imaginer qu’a contrario, il cherchait à nous la faire remarquer !

Regardez ces films ensemble, ou entourés de personnes qui ne jugeront pas un couple qui s’aime. D’où que nous soyons, si nous sommes quelque part quand vous lirez ces mots, nous vous envoyons tout notre amour et offrez-en une bonne part à Sylvie, notre bru bien aimée.

Papa, Maman ~ Jean-Baptiste, Louise

En ouvrant la valise, en découvrant son contenu, Sylvie ne put cacher son enthousiasme. « Une caméra et un projecteur Pathé-Baby ! » Et expliqua à Émilie et à Lucas ce qu’était le cinéma amateur avant l’ère de la vidéo. Les gamins ouvraient des yeux comme des soucoupes. Jean-Luc leur conseilla de refermer leur bouche avant qu’un fantôme lubrique n’y glisse son sexe.

La valise contenait aussi des tas de bobines et un disque. Certains souvenirs me revinrent en mémoire, ces moments sereins en famille, quand nous reprenions tous en chœur cette mélodie envoûtante. Je regardai Martial et constatai que lui aussi voyageait dans notre passé. Je tournais et retournais la pochette dans tous les sens, la regardant sans pour autant la voir vraiment. Je la tendis à Martial qui entonna les premières mesures, reprenant le rôle de notre père. J’allais demander « Vous vous souvenez ? » quand je constatai que chacun était concentré sur sa partie. L’odeur des dimanches me revint aux narines.

– Ça me rappelle le jour où vos parents m’ont dit « puisque tu fais partie de la famille, il n’y a pas de raison que tu coupes aux corvées dominicales ! Et tu viens depuis assez longtemps pour savoir que nous les effectuons en musique »

– Je m’en souviens aussi, ô put… le sable ! Le sable, ce putain de sable !

– Plaignez-vous ! Tu me fais marrer Jean-Luc avec ton sable ! Vous n’étiez de corvée qu’à Avranches. Nous, on l’était aussi à Paris et permets-moi de te dire que la poussière c’est autrement plus coriace que le sable… qui plus est, le sable ne me relevait pas de la corvée de poussières !

– Mais je ne m’en plains pas ! Si j’avais fondé une famille, j’aurais aimé les reproduire, ces corvées dominicales ! Pas toi, Jean-Luc ?

– Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment songé… tout occupé que j’étais à me tirer sur l’élastique. Ô put… la famille Touré dans son ensemble me prenait pour un puceau…!

– Non ! Mes parents te prenaient pour un branleur, nuance ! Ce en quoi, ils ne se trompaient guère et pis, Martial savait lui…

Sylvie avait très peu connu ces dimanches. Quand elle venait chez mes parents avec Martial, j’y étais rarement et quand je me plaignais qu’ils délaissassent notre maison familiale pour passer leurs vacances d’été chez eux, en Provence, il y avait toujours papa ou maman, voire les deux, pour l’en excuser. « La pauvre, elle vient de Bretagne, elle a besoin de rester au soleil pour sécher toute cette pluie qu’elle a subie avant de s’installer là-bas ! » J’avais redouté ce moment, en fin de compte, nos souvenirs mêlés ramenaient nos parents à la vie.

S’il est un point sur lequel ils s’entendaient bien, c’était la manie des petites notes explicatives, celles qu’ils nommaient affectueusement « les consignes de vote ». Scotchée sur le projecteur, à l’intérieur d’une enveloppe rose saumon, un mode d’emploi concis et cette brève recommandation « Pour bien profiter de ces films, il faut les regarder en écoutant ce disque. Les bobines sont numérotées, mais vous remarquerez aussi de petits repères de couleur sur le disque qui correspondent à ceux des bobines. Pas besoin de vous faire un schéma, nous savons que vous avez déjà compris leur utilité. »

Il nous fallut un peu de temps avant de pouvoir regarder les films. Jimmy dut faire un bref aller-retour au mas pour récupérer un vieux tourne-disques capable de lire un 78 tours.

– J’étais pas si folle que ça ! Il y avait deux disques !

– Toi aussi, tu l’entendais ? Je croyais que c’était dans mes rêves…

– Moi aussi !

Nous racontâmes ces nuits où il nous semblait entendre une autre version du Boléro de Ravel, au son moins net que celui du disque qui rythmait nos dimanches.

– Je l’avais aussi entendu à Avranches, mais je n’ai jamais cru que je rêvais, la musique venait de leur chambre et…

J’avais mimé une branlette frénétique, Martial me bouscula d’un coup d’épaule.

– Ne te moque pas du petit puceau, Dédette !

– Du p’tit branleur, tu veux dire

– Pourquoi « petit » ? I am the Great Wanker !

– Ah ah ! Écoutez-le, ce vantard !

– Si les gamins n’étaient pas là…

Je lançai un regard en direction desdits gamins. Émilie plongea ses yeux dans les miens, ensemble nous mimâmes un violoniste de restaurant russe, tel qu’on se les imagine. Mais quand nous entonnâmes un « Ramona » sirupeux et ironique à l’unisson, Jean-Luc s’écria « Mais tu l’as aussi dressée à ça ? » Il est à noter que si l’Australien s’exclame souvent, le Great Wanker a tendance à s’écrier. Jimmy, qui venait d’arriver, demanda à quoi j’avais dressé Émilie. Jean-Luc ne me laissa pas le loisir de répondre.

– À l’insolence ! Voilà comment ta princesse a éduqué sa petite-fille, et c’est pas joli-joli

– C’est pas de l’insolence ! On remarquait juste qu’il est comme la grenouille à la grande bouche, il parle haut et fort, mais y a pas grand monde derrière !

– Té ! Qu’est-ce que je disais ?! Qui évoquerait la grenouille à la grande bouche si ce n’est une créature dressée par ta princesse ?

Nous étions trop avides de découvrir la première bobine pour prendre davantage de plaisir à cette joute oratoire. J’étais pressée de découvrir ces petits films tout en le redoutant. Nous suivîmes les consignes précises et nous réussîmes dès le premier essai à caler la musique sur les images. La femme que je vis s’animer sur le mur blanc était si éloignée de ma maman, que je la nommerai désormais Louise tout comme j’appellerai ce bel homme Jean-Baptiste et non papa.

Sur la première bobine, Louise, uniquement vêtue de son voile nuptial, danse en le faisant voleter, virevolter au rythme de ses pas, de ses petits sauts. De temps en temps, le tissu découvre tant son corps qu’on y voit le ventre arrondi et les seins gonflés de Louise.

Le premier film venait de s’arrêter. J’allais faire remarquer à Martial qu’il devait avoir été tourné peu après leur mariage, quand je vis Jean-Luc. Je me levai d’un bond et lui assénai une baffe à l’arrière du crâne. « T’es pas gêné, toi !! Hey, ton copain se branle sur maman, j’te f’rais dire ! » Jean-Luc n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche, la voix de Martial tonna, interdisant toute réplique à son ami. « Pas le physique, ni la religion ! »

Jean-Baptiste arrive dès le début de la deuxième bobine. Il s’approche de Louise à pas glissés. Maman avait raison, qu’il était raide ! Louise, tout en faisant onduler son voile, fronce légèrement les sourcils, mais presque aussitôt cet air de reproche s’estompe, s’efface pour laisser place à un océan d’amour. Je ne pense pas que c’était prémédité. Jean-Baptiste se colle au corps de Louise. Ses mains posées sur le ventre de sa déesse font de ce bébé lové à l’intérieur, le fruit d’une danse charnelle.

Je chassai les doigts de Jean-Luc d’une tape sèche et commençai à le branler. Je regardais fixement le mur où se projetaient les images animées, ce qui ne m’empêcha pas de sentir le sourire du Great Wanker.

J’aime beaucoup le branler à l’improviste, quand il s’y attend le moins. Il apprécie les loves attaques surprises, comme nous les nommons. Cet été, alors qu’il venait de jouir, son sperme n’avait même pas commencé à sécher, il me dit « J’adore quand tu me branles comme ça, sans raison ! » « Que veux-tu, ta bite m’inspire… » Je ne mentais pas. Rien que de penser au contact de sa peau dans le creux de ma main, sur le bout de mes doigts, des frissons de désir me parcourent le corps. Pour l’avoir si souvent observée, je peux visualiser la chair de poule parant ma peau mieux que le feraient des colliers de pierres précieuses. Une ceinture sensuelle qui se déploie comme une toile d’araignée. Quand je le branle ainsi, je ne cherche même pas à le faire jouir, seules m’importent mes sensations. Il le sait et en est d’autant plus excité.

La bobine était terminée. En se levant, Jimmy me fit réaliser que de son côté, il caressait ma cuisse.

– Ben ça va ! Vous gênez pas !

– C’est bien c’qu’on fait, Émilie ! C’est bien c’qu’on fait !

– C’est la retraite qui te rend fainéant, Jean-Luc ? Même pour la branlette, tu délègues !

Jean-Luc pesta.

– Pourquoi c’était pas moi dans le bus ?

– Regrette rien, t’aurais regardé tes pompes en marmonnant un « Salut. Ça va ? » Je ne t’aurais jamais demandé de me rendre ce service, Jean-Luc, jamais. Je voulais un homme d’expérience, pas un petit puceau !

– Mais je ne l’étais pas !

– Je l’ignorais. Tout le monde l’ignorait ! Enfin, mes parents et moi l’ignorions.

– Parle pour toi ! Les parents étaient au courant et Sylvie n’en a jamais douté !

– Elle t’a connu dix ans plus tard !

– N’empêche, y avait que toi pour ne rien remarquer ! C’était même un sujet de plaisanteries. Dédette qui voit jamais rien, qui monte sur la table, soulève sa jupe pour vérifier que les motifs de son collant sont bien ajustés et qui ne s’imagine pas qu’on puisse la mater !

– N’importe quoi ! J’attendais qu’il n’y ait personne dans la salle à manger pour le faire !

– Euh, ma chérie, sur ce point précis, l’ami Jean-Luc n’a pas tout à fait tort… Je pourrais même dire qu’il a carrément raison. Qu’y avait-il face au miroir ?

– La table

– Mais encore ?

– Ben, la porte qui donnait sur le couloir

– Couloir qui donnait sur…

– Sur la chambre de Martial, mais je vous aurais vus !

– Non, Dédette ! Ils s’asseyaient sur mon lit et orientaient la porte de l’armoire de telle sorte que la glace leur renvoie le reflet du miroir de la salle à manger. Je tiens à préciser que je n’assistais pas au spectacle, tout penché sur mes cours que j’étais. J’écoutais à peine leurs commentaires, fort élogieux au demeurant.

– Et ça ne t’ennuyait pas que tes potes se branlent, fantasment sur ta petite sœur ?

– Mieux vaut ça que l’inverse, Lucas ! Non, pour tout te dire, ça m’amusait plutôt.

La troisième bobine avait un repère jaune. Jimmy et Sylvie suivirent la consigne à la lettre et une fois encore, la synchronisation fut parfaite. Le film était plus récent. Louise n’était plus enceinte et Jean-Baptiste avait perdu sa raideur et dansait, lascif. Je sentis Jimmy sursauter. Je le regardai, surprise de le voir décontenancé, puis intéressé et enfin, amusé. À la fin de la bobine, il nous annonça « Je crois avoir compris un truc. Hou, comme j’ai eu le nez creux de rapporter les carnets qui étaient dans mon bureau ! » Il en ouvrit plusieurs, certains de Jean-Baptiste, d’autres de Louise, et parut à demi-satisfait.

– Je crois que j’ai trouvé une des clés de leur code, mais il doit y en avoir un autre, imbriqué. Ce n’est pas cohérent. Regardez dans la marge, le petit soleil jaune, je pensais qu’il représentait une promenade bucolique, surtout que dans les carnets de Jean-Baptiste, ce même soleil correspond à un ou deux vers plutôt romantiques. Je viens de comprendre que le nombre de rayons correspond au numéro de la bobine, mais je suis sûr que ce n’est qu’une partie de l’énigme.

– T’as pas un spécialiste du décryptage dans ton carnet mondain ?

– Si, mais je ne me vois pas confier ces carnets à celui auquel je pense !

– Pourquoi ne pas demander à Enzo ?

– Enzo ?!

– Oui, Enzo ! Il est balèze en matière d’énigmes. Il nous a sortis de galères pas possibles grâce à son don !

Je ne saurais dire qui d’Émilie ou de Lucas était le plus admiratif pour évoquer la façon dont Enzo résout les énigmes lors de certains jeux de rôles.

– C’est un expert parce que petit, il voulait être agent secret et s’entraînait à inventer des codes, des alphabets, à essayer de trouver des messages secrets dans les titres des journaux…

– Pauvre petit, quelle enfance il a dû avoir pour en arriver à de telles extrémités !

L’éducation du dedans

Betsy, Alister, Gideon, Linus et Socrates sont arrivés au mas par leurs propres moyens. Socrates avait insisté sur ce point. Ils étaient ravis à l’idée de découvrir la Provence tout en s’appliquant à conduire à droite. Red ne serait pas de la partie, retenue par ses obligations familiales en période d’Halloween. L’arrivée de deux voitures dans la cour me surprit. Je pensais qu’ils n’en prendraient qu’une. Quand les portières s’ouvrirent, j’en compris la raison.

– Red ?! Mais qu’est-ce…

– Oublie Red, c’est Roweena l’affranchie qui est venue vous rendre visite !

– Tu as… comment as-tu… quel alibi, quelle raison t’a permis de venir ? Une autre loterie toute aussi improbable ?

– Mieux que ça ! Un détective privé ! Mon mari couchait avec une femme mariée que l’époux faisait suivre. Constat d’adultère. L’avocat du mari m’a avertie de mon infortune. J’ai fait un scandale et j’ai exigé quelques semaines pour faire le point loin de ma famille. Comme l’avocat m’a appelée le lendemain de notre réponse, on a décidé de vous faire la surprise.

– Mais tu as une chance de crapule !

– Ou est-ce un signe du destin ?

La question de Betsy resta en suspens. Les gamins s’impatientaient. Nous fûmes fermement conviés à prendre place dans la salle des fêtes du mas. Nos invités eurent à peine le temps de s’extasier que la lumière se tamisa pour nous plonger petit à petit dans le noir.

La voix de Pauline retentit des coulisses. Le sceau du destin. Saynète en deux époques et quatre tableaux, écrite par ma grand-mère dont je suis si fière. Aussitôt suivie par la voix de Vincent traduisant cette annonce en anglais.

  • Les personnages :
    • Jimmy jeune homme, joué par Vincent.
    • Odette jeune fille, jouée par Émilie
    • Un chérubin à la mode sixties, Enzo
    • Une chérubine à la mode sixties, Manon.
  • Le décor : Un petit boudoir décoré très XVIIIe siècle. Un sofa, des gravures au mur, un petit guéridon. Devant le sofa, un jeune homme en jeans et en tee-shirt tient dans ses bras, une jeune fille en robe blanche. À l’avant-scène se tiennent Enzo côté cour et côté jardin, Manon. À chaque réplique, ils tendront un petit panneau sur lequel est inscrite la traduction de ce que diront Vincent et Émilie, afin que les anglophones puissent profiter des subtilités de cette saynète.

Émilie tout contre le corps de Vincent, respire son odeur. Il lui dit à quel point il la désire, et comme il se sent fier qu’elle l’ait choisi pour la dépuceler. Ils s’embrassent langoureusement. Inquiète, elle lui demande.

– C’était bien ? T’as aimé ?

– Et toi qu’as-tu pensé de ton premier baiser ?

Elle parait réfléchir, hésiter, l’embrasse de nouveau.

– J’adore ça ! Mais tout cette salive dans ma bouche, ça ne t’ennuie pas ?

– Au contraire, Princesse !

– Pourtant, j’aurais cru… la bave… que tu trouverais ça écœurant

– Détrompe-toi, c’est tout l’inverse !

Ils s’effondrent sur le sofa. L’ardeur de leurs baisers s’intensifie.

– Mes nichons sont si lourds et tous ces picotements autour de mes mamelons, attends, je vais te montrer.

Le temps qu’elle dégrafe sa robe, il se déshabille. Alors qu’il retire son slip, elle s’arrête net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules.

– Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai !

Tendant un index timide, elle demande

– Je peux ?

– Mais bien sûr, Princesse que tu le peux, mais ne voulais-tu pas que je te caresse les nichons ?

Émilie a un geste agacé, comme pour lui dire « plus tard ». Vincent la laisse découvrir son sexe, l’approcher, le toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, le manipuler comme un enfant découvre un jouet.

– Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas !

Du bout de son index, Émilie agace le sexe de Vincent.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

– Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Elle fait alors courir ses longs doigts graciles le long du corps de Vincent.

– Bite ? Verge ?

Les deux mains d’Émilie à plat sur les cuisses de Vincent convergent vers son membre. 

– Pénis !

– Mais qu’est-ce que tu as à déglutir si fort ?

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Les mains de Vincent se crispent autour de la tête d’Émilie.

– Ô, put… fatché !

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

– Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Vincent cherche à glisser sa main entre les cuisses d’Émilie, mais elle se dérobe à ses caresses.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… je suis pleine de faux sperme…

– De faux sperme ?! De quoi parles-tu ?

– C’est un fluide qu’il faut essuyer au plus vite dehors comme dedans, discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon ne s’en aperçoive. Parce qu’ils n’aiment ni son odeur, ni sa texture et que ça nuit à la fécondité en tuant les spermatozoïdes, c’est pour ça qu’on l’appelle faux sperme.

Vincent éclate de rire.

– J’ignore où est née cette légende, mais je t’assure du contraire et que c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Si je suis sûre d’une chose, c’est que j’ai bien fait de te choisir pour me rendre ce service. Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

Ah bon ? Et pourquoi ?

Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Le doigt de Jimmy s’enfonce lentement en elle.

Si tu savais comme c’est bon de sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ?

Les cuisses d’Émilie se serrent autour de la main de Vincent, emprisonnant son doigt. Quand il peut sortir son doigt humide, il prend sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent.

À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt de son maître “la première jouissance d’une pucelle” avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

C’est vrai ?!

Non. Mais ça devrait !

Ils éclatent de rire. Elle prend sa main, la remet entre ses cuisses.

Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Oh, regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou t’es en train de juter ?

Non, il s’agit d’un lubrifiant naturel…

Ta bite est encore plus douce, comme ça…

– Qui t’a parlé de bite ?! Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge !… C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça, Odette !

Manon et Enzo tiennent chacun un pan du rideau, qu’ils referment en se rejoignant au centre de la scène. Sur un panneau « La soirée se poursuit », sur l’autre sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, une série de slows. Enzo prend le pan de rideau que tenait Manon, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Manon se retrouve côté cour et Enzo côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur une chambre du même palais. Un lit à baldaquin, une coiffeuse, quelques tableaux aux murs. Allongée sur le lit Émilie se laisse caresser par Vincent. Comme lors du tableau précédent, les chérubins lèvent à tour de rôle les panneaux traduisant les dialogues.

Le jeune Jimmy écarte les lèvres de la vierge Odette, lui décrit la beauté de ses replis, les différentes couleurs, s’extasie que l’entrée de son vagin soit de ce rose précis. Elle ferme les yeux pour s’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononce.

Ouvre les yeux Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai

Elle les ouvre.

Non ! N’arrête pas ! Continue !

Continuer quoi ?

Tu le sais bien…

Je veux te l’entendre dire, Princesse !

Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

Exactement, Princesse, exactement !

Oohh… C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

Tu pourrais sortir de ma…

De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

La p’tite bosse ? Ça ?

Oh oui ! Tu me la montreras ?

Je n’y manquerais pas, ma Princesse ! Guide-moi, indique-moi jusqu’où te pénétrer.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! Oh comme j’aime ta p’tite bosse… ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

– Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

– Tu m’as dit « stop »

– S’il te plaît, Jimmy… s’il te plaît…

– Je ne reprendrai mes va-et-vient que si tu acceptes de me guider avec tes mots. Dis-moi quand tu voudras que j’aille vite ou au contraire, lentement. Dis-moi si tu veux me sentir tout au fond ou bien si tu préfères sentir mon gland à l’entrée de ton vagin.

Comme le demande le jeune Jimmy, la jeune Odette le guide pendant cette première étreinte.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Il prend sa main et la guide vers son clitoris.

– Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

– Odette, je vais jouir…

– Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

– N’arrête pas ! N’arrête… pas ! Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… On bougera pas si tu préfères… Reste… S’te plaît !

– Non, je ne veux pas prendre le risque d’irriter ta petite chatte fraîchement déflorée !

– Tu vois, par ta faute, je me sens toute vide maintenant !

Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?… C’est quoi ce regard ?

S’il te plaît…

S’il te plaît quoi ?

Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Dans un sourire, il lui fait découvrir le bourrelet à la base de son gland. Elle l’embrasse avec tendresse.

Merci, Jimmy !

Serviteur, Odette !

D’une langue gourmande, elle humecte ses lèvres.

– C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue !

Manon et Enzo referment le rideau comme précédemment. Pauline, habillée comme le sont les conférencières qui se veulent un peu conteuses, arpente la scène avant de se tourner vers le public et de le prendre à témoin.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, ce qu’il aurait su s’il avait pris la peine de partir à la recherche du tiroir le plus secret du secrétaire…

S’interrompant, elle traduit ce préambule exagérant l’effet du suspens qu’elle laisse planer.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, c’est que soixante-treize mille quarante-sept jours s’étaient écoulés depuis cette nuit où, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute…

Pauline s’interrompt, traduit et sort de scène. Le rideau s’ouvre sur le décor du premier tableau.

  • Les personnages :
    • Le prince, joué par Enzo
    • La princesse, jouée par Manon
    • Le serviteur, joué par Lucas
    • Cupidon, joué par Vincent.
    • Cupidone, jouée par Émilie
  • Le décor : Sur le sofa, Manon costumée comme une princesse tout droit sortie d’une toile de Fragonard, cherche à échapper aux baisers d’Enzo lui-même vêtu à la mode de cette époque.

– Me tenez-vous pour un coq à glousser de la sorte ?

– Que nenni ! Que nenni ! Vous m’avez priée, ce tantôt, de vous ouvrir mon cœur, sans crainte de vos moqueries. Vous m’avez assurée de toute votre bienveillance à mon égard. Je vous livre donc mon tourment. Monsieur, sachez que j’ai une folle envie de répondre à votre baiser, las ! À cette idée, ma bouche s’emplit de fluides et je crains que cela ne vous incommode. Aussi, je tente de les avaler en déglutissant de la sorte.

– Votre candeur me charme, jolie Princesse… tant de fraîcheur ! Apprenez, gente demoiselle, que loin de me déplaire, cet afflux m’émoustille grandement !

– Puisqu’il en est ainsi…

Manon embrasse passionnément Enzo. Les caresses de celui-ci sont entravées par les nombreux dessous de Manon. Ils se dévêtent. Alors qu’elle ne porte plus qu’un bustier, Manon tombe en pâmoison devant le sexe dressé d’Enzo, digne descendant d’Alain.

– Si mes confidences devaient vous heurter, si vous les estimiez indignes d’une femme de mon rang, ne craigniez point de m’offenser en me demandant de cesser mon récit. Je fais souvent un songe qui me trouve troublée à mon éveil. Je suis la captive d’une geôle végétale, le centre exact d’un labyrinthe. L’espace est clos, rien ne distingue une haie d’une autre si ce n’est une statue d’Apollon. Je m’en approche, observe ce qui distingue les hommes des femmes et soudainement prise d’un transport charnel, commence à m’en régaler comme d’une friandise. Un passage s’ouvre alors. Passage au bout duquel une autre statue attend mon regard, espère mes caresses, aspire à mes baisers. À chaque statue ainsi honorée s’ouvre un nouveau passage vers la liberté.

– Ne vous interrompez point, Princesse, et narrez-moi ce qu’ensuite il advient !

– Hélas, mon Prince, je ne puis vous le dire puisque je me réveille dans le même état où je me trouve à présent. Une brûlure humide au plus profond de mon intimité et ces maudits fluides… Comment m’en débarrasser et m’assurer de les avoir chassés à tout jamais ? Comment apaiser cette brûlure ? Cela est-il seulement possible ?

– Mais ce sont justement ces fluides que nous recherchons, Princesse ! Laissez-moi vous démontrer leur utilité ! Mais avant toute chose, fermez les yeux et imaginez-vous dans ce labyrinthe, je serais une statue…

– Oh non, mon Prince ! Je serais bien marrie de devoir fermer les yeux devant tant de beauté !

Manon suce Enzo avec délectation, jouant à merveille la candeur gourmande d’une première fellation. De nouveau réunis sur le sofa, le Prince fait découvrir à la jeune Princesse les charmes de l’amour digital. L’ayant faite jouir, il tire un cordon. Lucas entre en scène, vêtu comme un valet de comédie portant perruque, entre ses mains un plateau d’argent.

Le Prince embrasse la jeune Princesse, sort son index et son majeur du sexe de la jeune fille, se tourne vers son valet « La première jouissance d’une pucelle… » Il tend ses doigts à son serviteur qui, à l’aide d’une spatule en or, recueille les sucs dont ils sont recouverts. Troublé par le regard extatique de la jeune fille, sa main tremble pendant qu’il en remplit la fiole, une goutte tombe sur son doigt, qu’il suce à l’abri des regards.

Après que son valet a recueilli la première jouissance, le Prince plonge deux doigts dans le puits d’amour de sa toujours pucelle, il les ressort, les offre à la bouche de la demoiselle tout en l’embrassant fougueusement.

Émilie et Vincent referment le rideau comme l’avaient fait avant eux Manon et Enzo. Les deux mêmes panneaux « La soirée se poursuit » et sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, un semblant de menuet fripon où les caresses sur les parties intimes semblent avoir été chorégraphiés par Éros en personne. Vincent prend le pan de rideau que tenait Émilie, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Émilie se retrouve côté cour et Vincent côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur la même chambre. Sur le lit est allongée Manon et s’apprêtant à la déflorer, Enzo. Se tenant debout au pied du lit, Lucas pose un plateau sur la coiffeuse et, un miroir dans chaque main, semble chercher l’angle idéal. Sur le plateau une fiole dotée d’une sorte d’entonnoir réfléchissant.

– Ne vous offusquez pas, ma mie, sa présence n’a aucune importance. Il n’est là que pour capturer, à l’aide de ces miroirs, votre regard quand je vous déflorerai. Il l’emprisonnera dans cette fiole ainsi je pourrai vous remettre le philtre d’amour que vous me suppliâtes, tantôt, de vous confectionner.

– Ce n’est pas tant sa présence qui m’importune, mais vous et moi, prince et princesse de sang royal, nus comme au premier jour devant ce valet habillé de pied en cap…

– S’il n’y a que cela pour défroisser votre joli minois et chasser cet air chagrin… Allons, mon brave, ne nous fais pas languir !

Lucas se dévêt.

– Oh ! Mais il est noir des pieds à la tête ? Je serais bien curieuse…

– Approche, approche, mon brave, montre à Madame ce qu’elle cherche à voir ! Qu’en pensez-vous, ma mie ? Ressemble-t-il à l’une de vos statues oniriques ?

– Point de statue de dieux maures ou nègres, mais si cela devait advenir lors d’un prochain rêve… Approche, approche… Ô, mon Prince, m’autorisez-vous tant que je suis encore pucelle, à me régaler de ce membre massif comme sculpté d’ébène ?

– Que pourrais-je refuser à celle qui m’offre de son philtre d’amour plus que la moitié ?

– Que ce membre est superbe et ces bourses réactives ! Regardez comme elles recherchent mes caresses et comme ensuite son membre se dresse ! Penche-toi, mon brave et montre-moi ton habileté à honorer ma bouche de Princesse.

Lucas s’approche de Manon, il lui baise la bouche. Grâce à un savant jeu de miroirs, le Prince et la Princesse peuvent profiter du spectacle. D’un geste de la main, Manon le congédie.

– Laisse-moi découvrir tous tes reliefs du bout de ma langue agile

Manon le suce avec passion puis, s’estimant prête, demande à Lucas de reprendre sa place auprès du guéridon. Le Prince la déflore, mais l’éclair dure plus longtemps qu’une étincelle. Lucas pensant avoir capturé l’intégralité du regard, a légèrement bougé et les trois ont été brièvement éclaboussés du reflet de cet instant. Manon en pleine extase psalmodie « Je me meurs, je me meurs ! » Le Prince rabroue son valet. « Elle se meurt, offre-lui les sucs de ton vit afin de la ramener à la vie ! »

Lucas s’exécute et comme plus tôt, offre la scène aux regards attentifs du Prince et de la Princesse. La vue du sexe de son serviteur baisant la bouche de la Princesse, transforme en fougue animale ce qu’il pensait être un dépucelage accort.

Enzo mord Manon avant de jouir, Manon jouit une fois encore, mais son cri est étouffé par le sexe de Lucas, qui jouit au fond de sa gorge peu après.

Le rideau se referme. Pauline, la conférencière, revient au milieu de la scène pour nous conter la morale de l’histoire.

– Ce que ce coquin de Jimmy ignorait, ce dont lui et sa princesse se moquent si souvent…

Pauline traduit et laisse encore planer le souffle du suspens.

– Ce que ce coquin de Jimmy et sa Princesse n’ont toujours pas compris, c’est que les signes du destin existent et qu’il faut savoir les reconnaître quand ils croisent notre chemin.

Jim et quelques autres, dont Cathy, approuvent bruyamment.

– Laquelle, lequel d’entre vous oserait prétendre que ce ne sont que les fruits du hasard quand tant de coïncidences coïncident ? Odette qui change de tenue au dernier moment et rate son bus. Le fait que personne ne puisse remarquer qu’elle ne sera pas là où elle est censée être. Jimmy qui s’entête à chercher l’appoint chez le kiosquier alors qu’il ne le fait jamais. Cet entêtement qui lui fait, lui aussi, rater son bus. Sa montre-gousset qu’il a dû, le jour-même, laisser chez l’horloger qui, le temps de la réparation, lui a prêté une montre bracelet. Cette même montre sur laquelle se reflète le soleil, indiquant à Odette que c’est l’homme idéal au bon moment. Et ces clients qui se décommandent au dernier moment, permettant à Jimmy d’offrir à Odette leur premier dîner-croisière sur la Seine.

Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’il s’agit de signes du destin ! Et si ce coquin de Jimmy, au lieu de s’amuser avec ses poilus, s’était donné la peine d’explorer toutes les cachettes du secrétaire, il y aurait trouvé cette anecdote consignée au cœur d’un carnet. Il aurait alors reconnu la scène alors qu’il la reproduisait avec Odette, soixante-treize mille quarante-huit jours plus tard, heure pour heure, minute pour minute.

Pauline traduit son propos, d’un geste invite Vincent à la rejoindre. Elle en français, lui en anglais expliquent alors que c’est ainsi que leur avait expliqué Mireille, leur grand-mère dont ils viennent, avec fierté, d’interpréter cette nouvelle saynète. Remue-ménage en coulisses, protestations bruyantes, Lucas, Émilie, Manon et Enzo envahissent le plateau. Lucas prend la parole, Émilie traduit. Elle a omis de vous raconter la fin de l’histoire ! Semblant prendre conscience de sa bévue, Pauline s’en excuse et poursuit, traduisant phrase après phrase.

– Si ce coquin de Jimmy avait lu le carnet, il aurait eu le fin mot de l’histoire. En léchant son doigt, le serviteur a bu une partie du philtre. En donnant ses doigts à sucer tout en embrassant la Princesse avec fougue, le Prince leur en avait aussi fait ingérer. Quant à l’autre composant, l’éclat du regard d’une pucelle se faisant déflorer, souvenez-vous, le serviteur les en avait brièvement aspergés. Ce qui eut pour conséquence de les unir à tout jamais, à travers le temps, à travers l’espace.

Est-ce par hasard que deux cents ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute, ce coquin de Jimmy pense faire une blague à Odette en croyant inventer cette histoire rocambolesque de philtre d’amour ? Est-ce par hasard qu’il reproduit les gestes de son illustre prédécesseur, dans les mêmes lieux, sur ce sofa précis, en usant des mêmes mots ? Est-ce encore qu’une simple coïncidence l’idée d’Odette qui pour se faire taquine évoque le regard d’une pucelle se faisant déflorer comme le second ingrédient dudit philtre ? N’y voyez-vous que le fruit du hasard, quand le premier surnom qui nous vienne à l’esprit en songeant à Odette soit Princesse ?

Mais, me direz-vous, où se trouvait le serviteur en 1967 ? Les temps ont heureusement bien changé. Cependant, tels des cailloux blancs, les signes du destin ont indiqué le chemin à nos deux pragmatiques, ils les ont menés aux antipodes où le troisième larron s’était caché. Et c’est tous en chœur que nous lui affirmons : Welcome home, Jim O’Malley !

Jim arrive en Provence

Quand les premières informations concernant les incendies en Australie ont été diffusées en France et bien que Perth en soit très éloigné, nous avons proposé à Jim de nous rejoindre dès que cela lui serait possible. D’autant que le climat social en France ne s’apaisait pas, au contraire, la contestation prenait de l’ampleur. Je craignais qu’une grève n’interdise à l’avion de Jim d’atterrir.

– Tu comprends la supériorité de la Provence sur Paris, Blanche-Minette ?

– Bah non ! Marseille c’est la France, une grève nationale reste une grève nationale !

– Boudiou ! Mais qu’elle est bête ! On est à deux pas de l’Italie et à quatre de la Suisse, parisienne de malheur ! C’est pas comme Paris, cité morose au milieu de nulle part…

– Je te déteste quand…

Jimmy et Mireille venaient d’entrer dans la cuisine où je faisais part de mes craintes à Marcel.

– Qu’a donc fait le Bavard pour que tu le détestes, Princesse ?

– Il a raison, je dois reconnaître qu’il a raison et c’est pour ça que je le déteste ! Et regarde-le qui se marre comme un bossu !

– J’ai cloué le bec à Blanche-Minette en lui ouvrant les yeux ! Faudra noter ça dans les registres de la Confrérie du Bouton d’Or !

– J’y ajouterai même que tu l’as fait de fort belle manière !

Marcel me prit dans ses bras pour une accolade légèrement bourrue.

Marcel tint à nous accompagner jusqu’à l’aéroport quand Jimmy et moi y avons accueilli Jim. Et c’est là que les ennuis ont commencé… Jim me serrait contre lui en répétant Princess, oh my sweet Princess ! Excédé, Marcel lui empoigna le bras.

– Non ! Pas Princesse. Blanche-Minette !

– What ? Bl… ?

– Blanche-Minette. Ou ail te poussi !

Jim ébahi s’exclama que ce surnom sonnait agréablement à ses oreilles. White pussy… Il demanda à Marcel de lui répéter et s’entraîna pendant toute la durée du trajet de retour. Blann’cheu minette. C’est à ce moment que j’ai mesuré l’étendue des dégâts. Jim allait apprendre le français avec l’accent provençal. Je voulus en avertir Jimmy, qui me fit une réponse de jésuite. Mais il est où le problème bann’dann’te prinn’cesse ? À une contre trois, j’ai dû capituler.

Il faut dire qu’ils se sont trouvés ces deux-là ! Leur complicité fut immédiate, à tel point qu’en arrivant à la maison du Toine, Alain nous accueillit par un tonitruant Té, Marcel, tu nous as ramené ton pote de régiment ? Avant de lui traduire ce qu’il venait de dire. Le mas était occupé par la petite classe qui répétait une saynète pour fêter son arrivée.

Alain venait de lui faire découvrir un des nombreux secrets de sa maison quand Jim s’exclama (l’Australien s’exclame beaucoup, c’est dans sa nature) J’aurais pu passer mille fois devant, je n’aurais rien remarqué ! Je te le jure !

– Hé, je te crois. Tiens, puisque t’es là, dis-y, toi !

– Ce ne sont pas mille, mais des millions de fois ! C’était la maison de mes grands-parents, j’y ai grandi et je n’en ai appris les secrets qu’à trente ans ! Et encore, parce que ma mamé les transmettait à sa vraie petite-fille, celle du cœur, à la belle Cathy, la femme d’Alain !

– Comment on dit “et de quelques autres” en anglais ?

Il y a peu, c’était moi à la place de Jim, je ne connaissais que peu de secrets de la maison de la rue basse, parce que je n’avais pas eu souvent l’occasion de m’y rendre et qu’elle en recèle davantage bien qu’étant plus petite. Quand Pierrot et Rosalie l’avaient achetée, elle était presque en ruine. Puisqu’ils la rénovaient et savaient pouvoir compter sur le silence des camarades qui les y aidaient, ils avaient pu en installer jusque dans certaines structures. Valentino avait expliqué à Christian sa technique arithmétique pour disséminer des cachettes sous le plancher à intervalles irréguliers, mais dont la logique lui permettait de pouvoir les retrouver sans avoir besoin d’en dessiner les plans. Et c’est en appliquant cette règle que Christian retrouva une petite cache oubliée de tous. Quand Christian m’a raconté l’histoire de cette découverte, Rosalie, Nathalie, Valentino, Barjaco m’étaient déjà assez familiers, mais je ne les connaissais guère que par ce que j’avais lu d’eux ou sur eux. En écoutant Christian, ils s’animèrent. Ils auraient pu apparaître en chair et en os devant moi, ils n’en auraient pas été plus vivants.

Valentino venait d’expliquer son système et voulut savoir si Christian l’avait compris. Ils entrèrent dans une chambre, Valentino supervisant les recherches de Christian, qui trouva toutes les cachettes. Valentino s’apprêtait à le féliciter avant de rejoindre les autres dans la salle à manger, quand Christian annonça Et la dernière ! Valentino allait lui expliquer pourquoi ce n’était pas possible, quand Christian ouvrit une petite trappe tronquée.

– D’un seul coup, les souvenirs ont assailli Valentino. Mais oui ! Elle avait donné lieu à moult négociations. Il avait fallu l’intervention de Rosalie pour que Valentino acceptât de la réaliser. Et c’était justement cette trappe qu’il avait oubliée. Mais ce n’est pas tout ! En descellant la trappe, j’y ai trouvé une petite boite, je l’ai brandie tel un trophée. Valentino sourit et me dit “pas besoin de clé, c’est un coffret à secrets que j’avais offert à la Confrérie du Bouton d’Or”. Nous l’avons descendu. En bas, il y avait Rosalie, Nathalie, Barjaco et Neuneuille, Monique, Alain, Cathy et leur petit qu’elle allaitait encore. Dans ce petit coffret, quatre compartiments et dans chacun, un petit bout de papier soigneusement plié.

J’avais découvert ce coffret oublié, il me revenait donc l’honneur de découvrir et d’annoncer le message qu’il contenait. Tous de la même main. Celle du Toine. Mon papé. Ce message lui tenait à cœur puisqu’il l’avait recopié sur chaque morceau de papier. Il tenait en trois mots La figure Rosalie. Nous avons failli perdre Neuneuille et Barjaco ce jour-là. À quatre-vingts ans passés, quand t’as été gazé dans les tranchées, un fou-rire peut devenir fatal !

Jim ne lâchait pas Marcel d’une semelle. Celui d’entre nous qui parle le moins bien anglais. Quand il lui présenta Mireille, il glissa à l’oreille de celle-ci Il te tarde, madame la curieuse, il te tarde ! Ce qui eut pour effet de la faire glousser et rougir violemment. Jim sursauta et la désignant s’exclama (qu’est-ce que je vous disais des Australiens…!) Wow ! Just like Princess ! Marcel fronça les sourcils, se racla la gorge. Em… Blann’cheu Minette ! Un sourire vainqueur s’épanouit sur le visage du Bavard. Une voix de plus dans son escarcelle et, qui plus est, une voix à l’accent méridional !

Mireille venait d’arriver de la salle de réception-bibliothèque où elle avait dressé deux ou trois petites choses à grignoter. Ce qui peut se traduire par les nazis peuvent revenir, on a de quoi tenir le siège, environ deux Stalingrad. Nous nous retrouvâmes tous là-haut. Jim était le pôle d’attraction ce qui le mettait un peu mal à l’aise. Une fois encore, Marcel décoinça la situation en proposant de lui faire découvrir une de nos saynètes.

– Mais elles sont en français, nos saynètes ! Tu vas…

– Eh bé quoi ? Y en a certaines que même sans comprendre les mots, tu comprends quand même ce qui s’y passe et tu devines ce qui va se passer ! Hein ? Qu’est-ce t’en dis, toi ? Hein ? Mouvie ? Hein ? Yes ! Mouvie ! Vous voyez vous autres… Bon comme on est dimanche…

– On est samedi

– Ouais, sauf que chez lui, en Australie, on est dimanche et que les lois de l’hospitalité, si on les respecte… Té, Jimmy Môssieur « Je fais le tour du monde parce que je représente la France dans les colloques internationaux », t’as des progrès à faire question diplomatie ! Merde, y a des règles de base à connaître ! Donc, puisqu’on est dimanche chez lui, jour du Seigneur. Religion.

Dès qu’un personnage apparaissait à l’écran, Marcel le désignait à Jim.

– Hey ! C’est bon, Marcel, vous n’avez pas si changé que ça, il peut vous reconnaître !

– Ta bouche, Madame l’épouse de l’Ambassadeur de la culture française ! Tiens, regarde, par ta faute, tu nous as fait manquer l’essentiel, il va plus rien comprendre…

Il remit donc la vidéo tout au début avec pour prétexte, la question posée à Jim You understand ? Yes ? Ok ! Puis, alors que personne ne lui disait rien, se justifia Comme ça, je suis sûr ! Jim adora littéralement La novice à confesse. Marcel avait raison, bien qu’ayant des connaissances en français plus que limitées, Jim a su en comprendre et en apprécier le propos.

– Beut’ no mouvie ouisse ouaillete poussie…

À Jim fort surpris, Marcel demanda à Alain de traduire Ils se les gardent pour eux. Pourquoi ? Bé, demande-leur ! S’il n’a pas son pareil pour décoincer les situations, Marcel sait également en tirer profit… Afin de ne pas passer pour les derniers des égoïstes aux yeux de Jim, nous fûmes contraints à accepter de leur laisser visionner l’intégralité de nos petites vidéos quand nous serions au mas, puisqu’elles se trouvaient dans l’ordinateur de Jimmy…

– But… Princess

Sortant une clé USB d’une de ses poches, Jim la proposa à Marcel. Et si en plus, t’aimes le pastaga, je t’adopte ! Il a donc fallu faire goûter du Pastis à Jim qui venait de débarquer de Perth. J’eus beau arguer qu’après de longues heures de vol, deux escales, le décalage horaire, le choc culturel, ça n’était pas raisonnable, rien n’y fit. Aucun des effets délétères que je redoutais ne se produisit. Au contraire, l’ambiance se détendit aussi rapidement que les verges se tendirent. Le visionnage de certaines vidéos tournées en Nouvelle-Zélande permit à mes consœurs et confrères de faire plus ample connaissance avec Jim. En se voyant à l’écran, Jim interpela joyeusement Marcel.

– Me ! It’s me !

– Et là, madame l’épouse de l’Ambassadeur, j’y dis quoi ? Qu’il a pas beaucoup changé depuis ?

Une victoire de plus à son actif. Quand je vous parlais de catastrophe…

Jean-Luc nous rejoignit, Marcel entonna Un Balafré qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop. Son nom, il le signe à la pointe de son zguèg, d’un B qui veut dire Balafré ! Jim ne comprenait rien d’autant que les gestes de Marcel pouvaient prêter à confusion. Comprenant qu’il pouvait se méprendre, Alain traduisit les paroles et en expliqua la raison. Jean-Luc, fidèle à lui-même, donna son sexe à voir. Du coup, chacun montra son engin. Ces messieurs découvrirent donc le membre de Jim avant ces dames. S’ils marquèrent un point question diplomatie, ils en perdirent quatre, question galanterie !

– Fouille di roz’ !

Devant l’air surpris de Marcel, Jim répéta Fouille di roz’. Bouffer lo ku !

Boudiou ! Vous lui avez appris le minimum vital ! Et quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu sais dire d’autre en français ?

Jim se gratta le menton, compta sur ses doigts en énumérant Bonjour. Bonne nuit. Fouille di roz’. Bouffer lo ku. À genoux ! Mais vous êtes nue, madame ! Je t’aime. C’est trop bon. Sodomie polie. Fellation post-prandiale (étrangement fort bien prononcée).

– C’est tout ?

Touché par je ne sais quelle grâce, Jim eut un éclair soudain Jimmy t’es le roi des cons ! Personne ne voulut admettre que j’ignorais où et comment il avait pu entendre cette phrase. Plus tard, alors que Sylvie, Mireille, Alain, Christian, Jimmy et moi parlions avec lui, Jim demanda Où est Marcel ? Christian lui désigna le banc de prière et de contrition où Marcel et Monique se livraient à une levrette de fort belle manière. Jim sursauta et s’exclama La levrette à Dédette ! ce qui nous fit bien rire.

En regardant dans la direction du banc, je vis Jean-Luc dans la bouche de Monique. Il me fit un clin d’œil conquérant, un brin hautain, mais tellement complice… Alain vanta la qualité légendaire des pipes de Monique. Jim pour indiquer à Alain qu’il mémorisait l’info, hocha la tête en répétant Mounico.

– Il nous l’a ensorcelé ! Le Bavard a jeté un sort sur Jim !

Son explication est plus terre-à-terre. C’est parce que vous parlez trop bien, trop compliqué. Moi, je cause facile, je prononce pas tout. Pour le moment, Marcel était trop occupé avec Monique pour remarquer que nous l’observions.

Jim piquait du nez. En parfaite hôtesse, bien qu’étant dans la maison du Toine, je lui proposai de lui montrer sa chambre. Nous rejoignîmes celle qui nous était réservée. Il tombait de sommeil, mais regrettait de rater cette soirée. Je lui indiquai les œilletons dissimulés dans la pièce. Il sourit en louant l’ingéniosité des anciens.

Le petit judas dissimulé au-dessus de la tête du lit permet d’avoir une vue plongeante sur la bibliothèque. Nous ne résistâmes pas à la curiosité. Marcel était avec Monique, Cathy et Daniel. Mireille avec Alain, Sylvie et Martial. Jimmy allait d’un groupe à l’autre. J’en profitai pour lui donner une leçon de français ainsi que les termes propres à notre Confrérie. Je désignai Martial, Sylvie, Alain et Cathy. La figure Rosalie. Jim sourit et répéta. La figure Rosalie.

Nos peaux se retrouvèrent, mais la fatigue du voyage, le décalage horaire et pour finir le pastis et le rosé que c’est presque pas du vin tellement c’est léger eurent raison de Jim qui tomba comme une masse. Je me lovai contre lui et m’endormis à mon tour. À son réveil, nous dormions tous. Comme nous l’en avions prié, il découvrit la maison. En arrivant dans la cuisine, il tomba nez-à-nez avec Marcel qui bougonna.

– Je suppose que c’est du thé pour toi ? Hein ? Tea ?

– Em… coffee, please.

– Coffee ?! T’es un bon gars, mon gars !

Marcel avait acheté un traducteur vocal, il râlait parce que la machine est pas foutue de me comprendre, elle me force à prendre l’accent pointu, celui du Nord. Jim lui avait répondu qu’il rencontrait le même problème. Ils étaient en grande discussion quand Mireille fit son entrée.

– Odette dort encore ?

– Pourquoi ?

– Ce qui m’ennuie, c’est que nous sommes dimanche… la tradition…

– La tradition traditionnelle, tu veux dire ?

– Hé oui, mon Marcel… Il reste un peu de café ?

– Assieds-toi à côté de Jim… l’honneur de la France est en jeu, tu tiens son destin entre tes mains, tes jolies lèvres et au bout de ta langue… Courage, belle Mireille, pense à la France. Tout ira bien.

Marcel se leva, servit un bol à Mireille tout en articulant au traducteur La tradition française de l’hospitalité ! Jim pensa que Marcel employait une formule grandiloquente pour évoquer la galanterie dont il faisait preuve en servant un café à Mireille. Elle en but une gorgée avant de plonger vers l’entrejambe de Jim qui fut ravi de sa méprise. Il s’exclama Fellation post-prandiale ! Marcel le détrompa. Non, non, non. Turlutte matinale ! Tel un diable jaillissant de sa boite, Mireille outrée repris sa place. Si c’est pour lui apprendre n’importe quoi, c’est pas la peine ! Pff…“turlutte matinale”…n’importe quoi ! Se passant du traducteur, elle dit Ce n’était pas une turlutte matinale. Non. Not turlutte matinale. Mais but gâterie dominicale. Ga-te-rie do-mi-ni-cale.

Jim, en élève appliqué, répéta ga-te-rie do-mi-ni-cale et, toujours avide de connaissances demanda ce qu’était une turlutte matinale. Mireille s’appliquait à montrer la différence à Jim qui voulait être certain de l’avoir bien saisie, quand je les rejoignis suivie de peu par les membres de la Confrérie. Marcel, pour une fois laconique, nous expliqua. Diplomatie. Si le petit-déjeuner n’a pas tourné à l’orgie, c’est parce que nous avions invité nos amis irlandais à découvrir notre univers avec autant de chaleur qu’ils nous avaient fait découvrir le leur. De plus, cela permit de donner un peu d’air à Jim qui ne fut plus l’unique pôle d’attraction.

Je ne sais pas quelle était son intention quand il demanda à Mireille qui scrutait attentivement son membre s’il était si différent que cela de celui de Martial. Elle suffoqua de surprise. Bien sûr ! Comme il l’est de celui de Marcel, d’Alain…t’as déjà vu deux sexes identiques, toi ?! Je traduisis son propos avec tant de véhémence que Marcel en plaisanta. Hou ! Avec ta question, tu nous l’a dédoublée ! Elle a fait rappliquer sa sœur jumelle !

Odette&Jimmy – Odette achève son récit

En relisant mes notes, Jimmy m’a dit Je n’avais pas pensé, en t’invitant à venir t’installer au mas, que ça me priverait de l’effet de surprise pour nos prochains voyages…et dans un sourire, avec son plus beau sourire, il ajouta mais le jeu en vaut largement la chandelle !

Le jour qui a précédé mon intronisation à la Confrérie du Bouton d’Or, alors que mes récits circulaient de main en main, Christian et Alain ont froncé les sourcils d’un air suspicieux.

– Tu avais dit qu’à part Bertrand, tu n’avais couché qu’avec Jimmy avant de venir ici… pourtant ce Jim… ces Irlandais… tu as bien couché avec eux, non ?

– Non ! Jamais ! Pas une seule fois !

J’avais tapé du poing sur la table, faisant sursauter l’assemblée, tant l’offense qui m’était faite était de taille.

– Comment ça Non ?

– Ben non, le contraire de oui ! Dis-leur, toi !

Jimmy ricana.

– Laisse-moi profiter de ton art oratoire, je ne m’en priverais pour rien au monde !

Pointant un index réprobateur dans leur direction.

– Si vous aviez pris la peine de lire consciencieusement les récits qui les concernent, vous auriez remarqué que les seules fois où Jim m’a pénétrée de son magnifique membre, que Socrates, Linus ou Gideon ont fait de même, j’avais les yeux fermés voire bandés ! Alors, hein… que répondez-vous à ça, messieurs les suspicieux ?

Christian et Alain se regardaient, consternés.

– Quel est le rapport ?

– Quel est le rapport ? Quel est le rapport ?!?! Mais tout le monde sait bien, tout le monde vous dira… interrogez mes consœurs si vous ne me croyez pas… Quand on voit pas, ça compte pas !

Un yeah ! approbateur et unanime de mes consœurs, les applaudissements de mes confrères m’accordèrent cette victoire. Plus tard, Christian voulut savoir si je connaissais notre prochaine destination.

– Non. Aucune idée.

– Au moins, tu sais dans quelle partie du globe, c’est déjà ça !

– Bah non ! Comment veux-tu que je le sache ?

– Mais bourrique, t’as pas remarqué ?! Regarde Perth-Jim, un, deux, Nouvelle-Zélande-Jim, un, deux, Outback-Jim, un, deux… et là… ? C’est quand même malheureux que ce soit moi, le couillon de la bande qui doive te l’espliquer…!

Marcel s’était joint à la conversation et bougonnait devant mon manque de jugeote.

– Sauf que t’es pas un couillon. Tu joues au con avec les estrangers, mais avec nous… tu es démasqué !

– Boudiou ! Si j’étais pas déjà fou amoureux de Madame et si tu l’étais pas de Jimmy, je crois que je pourrais tomber amoureux de toi ! Ou de Mounico. Ou de Sylvie. Pas de la belle Cathy parce que je pourrais pas rivaliser avec ses deux zigotos… Mais tu me plais bien, la Princesse à Jimmy. Tu me plais bien !

Jimmy maugréa Maintenant que vous lui avez dévoilé mon astuce, je vais être obligé de tout chambouler mes plans Merci bien ! Monique et Jean-Luc se regardèrent et se tapèrent dans les mains Cool ! Un air d’incompréhension flotta dans pièce, rapidement dissipé par les exclamations de joie. C’est ainsi que nous avons décidé d’inviter Jim à passer les sept premières semaines de 2020 avec nous, au mas.

Depuis le début de l’été, nous lui organisons un séjour à la hauteur de l’estime que nous lui portons. Les répétitions s’enchaînent, je sais bien que la soirée d’accueil pour Jim n’est qu’un prétexte, mais je fais semblant d’y croire, comme tout le monde.

L’aisance avec laquelle je me suis fondue dans cette famille ne me surprend même plus. La présence de Martial me pose finalement moins de problème que celle de Jean-Luc qui s’amuse à me faire rougir en me donnant à lire les pages de ses journaux intimes de 1966 à 1969, celles où il parlait de moi, de ce qu’il faisait en pensant à moi, à tous les subterfuges auxquels il avait pensé pour trouver le moyen de m’espionner dans ma chambre ou dans la salle de bain. L’unique fois où le miracle des miracles s’était produit, il en avait été paralysé de surprise et de longues pages étaient consacrées à ses remords.

Je rougis en écrivant ces mots, parce que je me souviens précisément de la scène. Jean-Luc venait de se laver les mains, se les était essuyées et pour ce faire, avait utilisé la serviette posée sur la barre au-dessus de la douche. Douche sous laquelle je me trouvais, en train de me faire égoutter. L’appartement était mal chauffé, attendre quelques instants, à l’abri du rideau, dans une chaleur moite permettait de ne pas trop mouiller la serviette et ainsi éviter d’avoir froid en rejoignant nos chambres.

Jean-Luc sortait de la salle de bain quand je m’aperçus que la serviette avait disparu. J’ouvris le rideau de douche avec toute la rage engendrée par cette mauvaise plaisanterie. Martial, t’es le roi des cons ! Au passage, j’avais empoigné la serviette qui pendait sur le rebord du lavabo et poursuivis celui que je croyais être mon frère.

Jean-Luc se retourna, son regard glissa le long de mon corps. Tentant de garder un semblant de dignité, je me ceignis de la serviette en passant, la tête haute, devant lui, je lui dis d’un ton très détaché Je croyais que c’était Martial qui me faisait une blague. Salut ! Je m’étais ensuite enfermée dans ma chambre, tremblant rétrospectivement à l’idée du pauvre petit Jean-Luc victime une crise cardiaque. Je racontai l’incident à mes parents qui me conseillèrent de faire comme si de rien n’était. Et de prendre l’habitude de siffloter, de chantonner en phase d’égouttage. Habitude que j’ai gardée.

Je ne suis même plus surprise d’être la muse de Joseph. Nous passons de longues heures ensemble. Il esquisse du bout des ongles de somptueux bijoux sur mon corps, bijoux qu’il reproduit ensuite sur papier. Je ferme les yeux sous ses caresses et devine l’histoire qu’il veut me raconter. Je succombe avec aisance d’un homme délicat qui prend tant de plaisir à m’en offrir, en me faisant jouir de ses caresses, qu’il ne ressent pas le besoin d’en prendre davantage.

Daniel est un joyeux drille, mais toujours emprunt d’une certaine raideur en ma présence. Avant-hier, alors que j’assistai à la répétition de La novice à confesse, il s’est approché de moi, a calé son sexe entre mes seins, Pardon, c’était trop tentant !, a éclaté de rire avant de tourner les talons pour rejoindre sa place.

– Hep, hep, hep ! Monsieur le Notaire, reviens par ici, j’aurais deux mots à te dire !

C’est d’un pas guilleret qu’il est revenu vers moi, comme il le fait habituellement avec mes consœurs.

Marcel insiste pour qu’on porte à l’ordre du jour mon changement de surnom arguant que Princesse, c’était son nom d’amour que Jimmy lui avait trouvé rien que pour eux deux c’est presque du vol. Les autres lui ont opposé On t’a toujours appelé le Bavard, Daniel le Notaire et Jean-Luc le Balafré

– N’empêche que je trouve qu’on devrait la mettre au vote, mon idée… Moi, je l’aime bien le surnom que je lui ai trouvé… Blanche-Minette… ça lui va bien…Blanche-Minette.

Nous consentons à porter ce point au prochain ordre du jour, dans les questions diverses. Sachant qu’en règle générale, le premier point est une représentation théâtrale, nous n’avons pas fini de débattre du point 2, à savoir en ce moment, l’organisation du séjour de Jim, qu’une orgie débute. Il semblerait que les questions diverses soient abordées au point numéro 7, mais de mémoire de confrères et sœurs, jamais aucune séance n’y est parvenue !

Mais ce que j’apprécie par-dessus tout, ce sont ces longues journées de farniente avec mes consœurs. Vautrées sur les sofas, les fauteuils ou les chaises longues, nous parlons avec la même insouciance qu’à l’adolescence, la confiance absolue en plus, de sujets sérieux aussi bien que de très légers.

À la question À part Jimmy, lequel choisirais-tu, si tu devais n’en garder qu’un ? j’avouais mon impossibilité à faire un choix.

– En plus, je ne le ferais pas pour les raisons que vous pourriez croire. Alain, par exemple, il a une grande et grosse bite étonnamment dure, il la manie avec art, et je ne parle que de la queue, pas la peine d’évoquer ses autres talents (murmure unanime d’approbation), mais si je devais le choisir, ce serait pour ses goûts musicaux, pour sa façon de me faire danser, pour la façon dont il me parle de Cathy quand je pose pour lui… Jean-Luc me déstabilise avec ses sourires ironiques. Parfois… Je me demande parfois s’il ne me baise pas divinement bien, rien que pour se moquer de toutes ces années où je l’ai cru puceau… et sa manie de me demander Ça va ?… Oh que ça m’agace !

– Et tu sais d’où ça vient ?

Monique prit un air de conspiratrice et poursuivit.

– Étant donné qu’il est le deuxième homme de ma vie, j’ai bien le droit de le trahir un peu… surtout que c’est pour venir en aide à une consœur… Tu te rappelles du dernier été qu’il a passé avec vous, juste avant sa première affectation ?

– Bien sûr, que je m’en souviens, mes parents venaient de quitter Paris pour Avranches… c’est l’année où j’ai connu Bertrand !

– Qui n’avait pas osé te rejoindre et faire la connaissance de ta famille. Vous étiez sur la plage, Martial, Jimmy, Jean-Cule et toi. Tu étais partie nager avec Martial et Jimmy et lui était resté sur la plage. Quand il t’a vue sortir de l’eau, à contre-jour, il s’est mis à bander tellement fort qu’il a commencé à se branler en protégeant ses gestes des regards avec le drap de bain qui était posé à côté de lui. Tu avançais vers lui, tes hanches ondulaient. Il imaginait toutes les façons de te faire crier de plaisir. Tu t’es penchée vers lui, les cheveux dégoulinants. Des gouttes ont mouillé son torse. Tu as récupéré ton drap de bain. T’es essuyé les cheveux. Lui as demandé Ça va ? Il ne pensait qu’à son gland qui dépassait de son maillot de bain. Il ne savait que faire. Le cacher et prendre le risque que tu le remarques ? Ne rien faire et que tu le remarques quand même ? Alors sa gorge s’est nouée et il a couiné un Ça va ridicule. Et depuis, il s’est juré qu’un jour, il te fera tellement jouir qu’à ton tour, tu couineras Ça va !

– J’arrive pas à m’imaginer le Balafré en Pierre Richard du linge de bain, mais j’attends avec impatience une de ses mésaventures avec un gant de toilette !

– Mireille, t’es la pire de toutes !

– La flatterie ne te mènera à rien avec moi, Blanche-Minette !

– Si tu t’y mets aussi…

Nous sirotions nos boissons, quand nos regards sont tombés sur un drap de bain froissé qui traînait sur la terrasse. Nous avons éclaté de rire.

– J’ai une idée ! Si je lui faisais le coup de couiner ça va ? Vous en pensez quoi ?

– À condition qu’on soit toutes présentes quand tu le feras ! Une pour toutes, toutes pour une ! Pomponnettes Power !

– Ça allait de soi, Cathy ! Et toi, Monique, si tu avais à choisir ?

– À choisir en plus de Christian, d’Aloune et de Jean-Cule ? Hou la… la ! Le Bavard oui… parce que… on se comprend… (murmure unanime d’approbation)… Jimmy je dirais pas non… mais bon, mon Titi…

– Martial ?!

– C’est qu’il baise sacrément bien, ton frère !

– Pour sûr, c’est le moins qu’on puisse dire !

– On ne peut pas lui retirer ça !

– Martial ?! Martial, le gros nounours ?!?!

– Si c’est un gros nounours, je veux bien être son pot de miel !

– Monique !

– Quoi Monique ?! T’es mal placée pour le nier, Madame Touré ! Tu le trouves comment au pieu, ton mari ?

Sylvie sourit, son regard plongea en elle-même.

– Hé ho ? Y a quelqu’un ?!

– Et toi, Mireille ?

– Moi ? Je sais pas… je suis tellement comblée avec mes deux hommes… Ils se complètent si bien… Rien qu’à sa façon d’entrer dans notre chambre, je sais si Marcel va me prendre dans ses bras ou s’il préférera me voir dans ceux de Daniel… On l’a toutes fait, alors reconnaissez qu’il n’y a rien de plus agréable que s’endormir entre deux hommes qui viennent de vous faire l’amour. Et de ce côté-là, je suis gâtée !

– Tu te souviens du moment où tu es tombée amoureuse de Marcel ?

– Oui ! Parce que ça a été la première fois !

– Un coup de foudre ?

– Non. Le contraire, même ! Je le regardais faire, il n’arrêtait pas de jacasser… Vulgaire ! « Boudiou ! J’ai envie de me vider les couilles dans ton petit con ! » « Boudiou, je vais tellement bien te le fourrer ton abricot que tu en redemanderas ! » « Boudiou, tu le sens comme je me les vide ? » « Allez, viens nettoyer les outils ! » Il savait y faire, mais ses mots… ses commentaires… Dès qu’il a posé ses mains sur moi, j’ai oublié ma répulsion. Il a commencé à parler alors qu’il « visitait l’intérieur de ma grotte sacrée ». Je l’ai supplié « S’il vous plaît, cessez vos commentaires. Je vous en supplie, arrêtez vos bavardages ! » « Mais tu vas la fermer, Madame la bourgeoise ? Attends, je vais te faire taire, moi ! » Il m’a fourré sa grosse verge dans la bouche. « Ah, voilà qui est mieux ! » ses commentaires restaient orduriers, mais m’indiquaient comment le sucer. Plus tard dans cette soirée, quand nous avions joui l’un de l’autre… Quand il a éjaculé en moi, il m’a dit « Boudiou ! » et alors que j’attendais une insanité, il a plongé son visage contre mon cou « Merci, Mireille. Merci. Vous êtes une reine ! » Je l’ai embrassé. J’étais tombée amoureuse. Mais je ne suis jamais autant heureuse avec Marcel que lorsque Daniel est avec nous. Souvent, quand nous sommes que tous les deux, qu’il lit un roman, je l’observe en mesurant ma chance de l’avoir pour époux. Quand il devine mon regard posé sur lui, il décale un peu le livre « Que me vaut ce joli sourire ? » « Je suis tellement heureuse que tu m’aies choisie parmi toutes tes prétendantes… ! » C’était vraiment un beau parti dans mon milieu. Il était invité dans les familles qui avaient une fille à marier, j’en connaissais au moins quatre, mais c’est moi qu’il a choisie ! « Allez, approche un peu, jolie bécasse que je te fasse rougir des orteils jusques aux cheveux ! » Alors, en choisir un autre… non… sauf Martial bien sûr… alors oui, va pour Martial !

– Non, non ! Là, tu me charries, Mireille ! Là, tu me charries ! Et toi, Cathy ?

– Moi ? En plus d’Alain, de Christian, de… Oh, à ce propos, Monique, j’ai croisé le Siffleur hier à la supérette…

– Et comment va-t-il, ce cher Siffleur ?

– Bah, comme d’habitude… il siffle… il m’a offert le café, je l’ai fait siffler dans sa cuisine et de fil en aiguille, on s’est dit qu’on pourrait aller le retrouver un de ces jours pour le faire siffler, toi et moi…

– Quelle bonne idée ! Mais, ma chérie, c’est pas après toutes ces années que tu vas réussir à m’enfumer aussi facilement… alors ? Lequel ?

– Tant que j’ai mon Alain, ma Monique et mon Christian… bon… on va dire Jimmy…

 Jimmy ?!

– C’est un peu ta faute, quand même, Princesse ! Jimmy a toujours été un bon coup. On est bien d’accord ? (murmure unanime d’approbation) Mais depuis qu’il te fait découvrir de nouveaux horizons… Aïe ! aïe ! aïe ! Quand il revient, il est chaud bouillant pendant six mois, et les suivants, il l’est encore plus à l’idée de te revoir ! Mais ça, par contre, il nous avait jamais parlé de ce Jim ! Mais quand on y pense, les retours après Jim… n’est-ce pas, mesdames ? (nouveau murmure d’approbation unanime) et depuis que tu es avec nous, qu’on a lu tes récits… J’aime bien quand il te regarde, le voir heureux… et quand tu pars avec Alain, que nous parlons lui et moi, j’aime bien ce qu’il me dit de toi… de votre étonnement au réveil… quand tu sembles étonnée de réaliser que tu ne rêves pas, que tu es vraiment avec lui, qu’il le lit dans ton regard alors que lui-même est étonné que tu sois à ses côtés, que tu aies tout abandonné comme ça, pour lui… que tu laisses la jouissance de ton appartement à Émilie… et si nous faisons l’amour, je lui demande de me le faire comme il voudrait te le faire… tu sais, il t’aime vraiment !

– Tu me racontes ce que je vis avec Alain. Quand il me parle de toi… même parfois, au milieu d’un spectacle ou d’une orgie, quand tu ne le vois pas, qu’il te voit et qu’il me dit Regarde, comme elle est belle, ma Cathy ! Et quand il me raconte votre histoire ! Je n’en reviens pas ! Non, mais… réfléchis. Mets-toi à ma place. Alain, le dessinateur industriel à la grosse bite. Rien de plus à offrir. Monique qui doit prendre le train pour Paris, qui décide de rencontrer Cathy. Moi, je suis chez moi, au courant de rien. D’un seul coup, déboule Christian qui me demande un coup de main pour transporter son lit vers la maison de la rue Basse. De là, j’apprends que Monique s’installe chez nous. Qu’on va fêter ça, et que nous voilà partis chercher Catherine chez elle. Et qu’elle veut bien ! Et que depuis cette nuit, on est ensemble ! Tu te rends compte ? La Catherine ! Avec moi ! Et, toi Sylvie ?

– Moi ? Jean-Luc baise vraiment bien… Alain aussi… Marcel bien sûr… non… je ne saurais pas lequel… parce que Joseph…brrr… je frissonne de plaisir rien que d’y penser… !

En femmes avisées, nous avons donc décidé de ne pas faire ce choix à la légère, c’est pourquoi nous nous réservons encore quelques années de réflexion.

– Blanche-Minette, tu pourrais nous raconter une nouvelle fois… le membre de Jim et tout… Non, ne souris pas ! C’est pour qu’on sache la meilleure façon de l’accueillir… l’honneur de la France, son accueil légendaire… tu vois ? C’est presque… patriotique !

Odette&Jimmy – Retour au Canada

– Si je te dis Toronto, tu réponds quoi ?

– Les enquêtes de Murdoch !

– Les enquêtes de quoi ?!

Devant son air ahuri, je traitai Jimmy de sale intello nécrosé par son confort bourgeois, mais me gardai bien de lui fournir l’explication qu’il attendait.

J’aimais le luxe de ces vols transatlantiques en classe affaire. Fidèles à nos habitudes, j’avais joué à l’épouse peureuse en avion et Jimmy au mari attentionné qui couvre le visage de sa moitié avec sa couverture. Ainsi aveuglée, rassurée par la chaleur de ses cuisses, je pouvais calmer ma crise d’angoisse et m’endormir paisiblement. Après avoir expliqué la situation à l’hôtesse de l’air, il avait mis son masque occultant sur les yeux et éteint la veilleuse. L’hôtesse nous ficha la paix pendant les heures qui suivirent.

Juste avant de jouer cette comédie, je lui avais susurré à l’oreille Petite pipe dans l’espace aérien, tout va bien, il semblait avoir tiqué. Quand l’hôtesse se fut éloignée, il marmonna Petite pipe dans l’avion… hmm… c’est trop bon !

Alors que nous découvrions, ébahis comme à chaque fois, notre suite nuptiale, Jimmy me prit dans ses bras, plongea son regard dans le mien et sur un ton plus solennel me reposa la question.

– À ton avis, pourquoi ai-je choisi de t’emmener à Toronto ?

– Parce que c’est notre dixième voyage et que tu veux savoir si désormais, je peux réveiller les ours ?

– Ah ah ! Sache que j’ai un peu plus d’ambition que ça, belle insolente ! Nos cris seront-ils assez puissants pour inverser le cours des chutes du Niagara ?

– Ouah ! Sacré défi ! Et si on rate, on plonge ?

– Ah ah, non ! Il y aurait des épreuves de rattrapage, mais je nous fais confiance !

Jimmy avait prévu un séjour autour des lacs. La première étape nous fit découvrir les chutes du Niagara, que nous admirions emmitouflés dans de gros anoraks et pantalons d’hiver. Jimmy me remercia de lui permettre de vivre enfin ce fantasme qui le tenait depuis l’adolescence. Devant mon air surpris, il précisa À cause du film.

– Celui avec Marilyn ?

– Oui !

– Tu me compares à Marilyn ?!

– Oui !

Je baissai les yeux pour vérifier que j’étais bien vêtue comme je le pensais ou si par le plus grand des hasards, ma tenue spéciale froid polaire ne s’était pas transformée en robe moulante à mon insu.

– Mais même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pu imaginer que la femme avec qui je les découvrirais serait aussi sexy que toi !

La veille, sur la route qui nous menait de l’aéroport aux chutes du Niagara, je m’étais mise à me dandiner ondulant les bras comme une danseuse orientale. Jimmy me regardait, perplexe. Je lui demandai de stopper la voiture devant un panneau indicateur, sortis et fis quelques pas de danse devant lui. Air ahuri de Jimmy. De plus en plus agacée, je lui désignai le panneau, dansai à nouveau. Jimmy était passé du stade ahuri au stade vaguement inquiet. Vexée, un peu furieuse, je repris ma place à ses côtés en bougonnant.

– Si t’étais un peu plus ancré dans le quotidien des gens normaux, tu aurais compris, tu aurais ri et je t’aurais épaté. Alors que là… juste tu me regardes comme si j’étais complètement tarée ! Le panneau, mes pas de danse… Si tu regardais un peu plus la télé au lieu d’avoir le nez plongé dans tes bouquins, t’aurais compris direct et j’aurais eu droit à des étincelles d’émerveillement dans ton regard, mais voilà… Permets-moi de te dire que tout savant que tu es, ben t’as de sacrées lacunes en matière de séries télévisées, toute une éducation à refaire !

– C’était donc ça, les enquêtes de Bullock ?

– De Murdoch ! Les enquêtes de Murdoch ! Mais cette fois, ce n’était pas celle-ci. Tu t’en es arrêté où, question séries ? T’as continué après Zorro ? Columbo, par exemple, ça te dit quelque chose, Columbo ?

Jimmy riait et l’idée nous vint d’un séjour studieux où il comblerait ses lacunes, grâce à mes devoirs de vacances. Arrivés à l’hôtel, je débutai ma première séance. Puisqu’il n’avait pas souri à mon astuce et que le souvenir de ma prestation était encore frais, je décidai de l’initier à Dr House. Pour lui donner un supplément de motivation, je me mis sous l’écran et débutai un strip-tease durant le générique, strip-tease que j’interrompis dès le début de l’épisode. Jimmy tenta de m’apitoyer, je demeurai inflexible. Un élément vestimentaire ôté ou échancré par épisode. Rien de plus. Et la leçon durera jusqu’à ce que tu aies saisi mon astuce.

Son œil frisa et son sourire s’élargit bien plus tôt que je ne l’aurais cru. Mais son côté vieux prof sentencieux a vite refait surface. C’est Huntington, le panneau indiquait Huntingdon ! Mais c’était très bien vu ! Il me raconta ensuite les querelles sans fin entre la petite Nathalie et son père, Christian lequel affirmait se foutre de la véracité, de la crédibilité des cas et des circonstances des diagnostics. Si j’avais envie de réalisme, je regarderais un documentaire, pas une fiction !

– Pour autant, je crois n’avoir jamais regardé un seul épisode.

– Alors, concentre-toi, interro à la fin de l’épisode !

Je m’installai contre son corps, mais anticipant mes desseins en vue de le perturber, il décida de modifier un chouïa les règles. Puisque j’étais d’humeur taquine, il estimait être dans son bon droit. Il couvrit ma tête du plaid posé sur le fauteuil le plus proche et choisit un épisode au hasard. J’attendis la fin du générique pour débuter une pipe d’anthologie, à en croire ce flatteur de Jimmy. Il est vrai que je me sentais l’esprit léger, comme si je n’avais jamais eu le moindre problème, le moindre tourment dans ma vie. J’avais cette certitude que le monde s’offrait à moi, qu’il me suffisait d’avoir ne serait-ce que l’idée d’un rêve pour qu’il se réalise.

Ma bouche prenait un plaisir incroyable à faire l’amour à son sexe. Ma langue, plus qu’humide, allait et venait, s’aventurant jusqu’à son aine, en passant par ses bourses qu’elle se disputait avec ma bouche. Parfois, ma langue remportait la victoire et pouvait les lécher vibrant jusqu’au périnée. Parfois, la victoire revenait à ma bouche qui pouvait les gober à l’envi. Et l’ardent désir de sentir à nouveau les reliefs sinueux de sa hampe, le goût de son gland soumis aux va-et-vient de ma bouche s’emparait de moi. J’en profitais tout en faisant onduler ma langue le long de sa p’tite bosse. Ses doigts se crispaient sur mon occiput arrachant quelques petits cheveux de mon crâne. Quelle divine douleur ! De celles que j’appelle de mes vœux en certaines occasions.

Bien évidemment, je stoppais toute caresse, tout attouchement, tout baiser dès que je le sentais sur le point de jouir. Sinon, quel aurait été mon intérêt ?

À la fin de l’épisode, je lui posai trois questions. Il ne put répondre à l’une d’elles et se trompa pour les deux autres. Son sourire était éclatant. Il avait remporté la partie puisqu’il était évident qu’il avait besoin d’une leçon de rattrapage. Une autre erreur à porter à son passif.

– Puisque tu sembles trop fatigué pour le moindre effort de concentration, je vais te laisser dormir tout seul, pendant ce temps, j’en profiterai pour lire un bon roman.

– Ah non ! C’est pas ça que j’avais…

– Prévu ? C’est qui l’élève et c’est qui la prof ?! Hein, dis-moi, c’est qui ?!

– Et toi, alors ? Serais-tu capable de répondre, hein ? T’étais concentrée, peut-être ? Alors, réponds, quelle pathologie ? Cite au moins une erreur diagnostic sur ce cas et quel a été le déclic pour House ?

– Docteur House, si tu permets… Respect jamais ne nuit !

Abasourdi que j’ai pu répondre aux questions, Jimmy reconnut la réalité de ce qu’il pensait être une légende. Le cerveau d’une femme est capable d’accomplir différentes tâches tout en restant concentré sur chacune d’elles, ce qui est impossible à un cerveau masculin. Il était tellement emballé par cette certitude… Comment aurais-je pu trouver la force de l’ébranler en lui soumettant mon explication plus prosaïque ? Dix ans de soirées en tête à tête avec ma télé et les multi rediffusions sur les chaînes de la TNT m’ont surtout permis de mémoriser le scénario de chaque épisode.

Toute auréolée de cette victoire, je refusai fermement de combler ses lacunes concernant Les enquêtes de Murdoch. Ce sera à Toronto et pas avant ! J’acceptai, toutefois, de retenter l’expérience avec un autre épisode de Dr House. Jimmy voulu équilibrer nos chances et me proposa d’en suivre un épisode en VO.

– Que signifie cet irrésistible sourire énigmatique ?

– Que grâce aux progrès techniques et à mon envie de progresser en anglais…

– Mais tu as donc pensé à tout, diablesse !

Malgré mes protestations, il recouvrit mon visage du plaid avant le début de l’épisode. Non, mais ! Piquée au vif, je relevai le défi pour cette seconde fellation, mais le bougre avait plus d’un tour dans son sac. Au premier tiers de l’épisode, sa main glissa de ma nuque à mon cou, d’un doigt habile, il dégrafa le bouton de ma robe. Sa main se faufila entre le tissu et ma peau, ses ondulations ouvrirent ma fermeture-éclair tout au long de sa progression vers mes reins. Cet homme serait capable de faire fondre la banquise s’il lui en venait l’idée !

Son sexe gouleyant dans ma bouche me grisait déjà, sa main à l’orée de mes fesses m’enivra tout à fait. J’en oubliai même le défi. A-t-il remarqué la particularité de la robe que je porte ? Il me rendait folle de désir à caresser mon dos, mes reins, mes fesses et à faire le chemin à rebours pour se crisper sur ma nuque dès que je me cambrais pour m’offrir tout à fait. Je tentai un T’as pas le droit, peu convainquant. Il se contenta d’en rire. Je me levai d’un bond, en profitai pour jeter un coup d’œil à l’écran. Quelle chance, l’unique épisode réalisé par Hugh Laurie ! Ça me fera une question subsidiaire à lui poser !

Je me dirigeai vers le dressing et sortis de ma valise perso, le cadeau que m’avait envoyé Sylvie. Je revins vers Jimmy en agitant le pochon dans lequel il se trouvait.

– Mon cher Jimmy, puisque tu ne veux pas éteindre l’incendie que tu as allumé, permets-moi de te présenter celui qui partage désormais mes nuits torrides, mon nouvel époux !

Jimmy me prit le pochon des mains regarda à l’intérieur avant d’éclater de rire. De ce rire si particulier qui m’enflamme à chaque fois.

– Vous en êtes encore aux fiançailles ? Le mariage n’a pas été… consommé, me semble-t-il. À moins que ce ne soit plutôt avec l’emballage ?! La princesse est gourmande de rugosité !

– Mais quelle conne ! Quelle conne ! Quelle conne !! En fait, je voulais le découvrir avec toi… mais quelle conne !

Avec six heures d’avance sur l’horaire officiel, nous décidâmes d’en profiter pour ouvrir nos autres cadeaux Après tout, il est minuit passé en France… Dans un réflexe, j’avais refermé ma robe et quand il me vit revenir pour la seconde fois du dressing avec mon cadeau à la main, Jimmy me sourit.

– Le bleu te va aussi bien que le blanc, Princesse ! Par quel miracle as-tu retrouvé la même ?

Mes chères consœurs, reconnaissez qu’il est impossible de ne pas succomber à un homme capable de remarquer ces détails. Et ne vous avisez pas d’ironiser à propos de l’avantage d’être amoureuse d’un historien, parce que j’y ai pensé avant vous !

– J’ai vu une affichette d’une couturière à domicile, j’y suis allée avec un des carnets de maman. Tu sais, j’ai enfin trouvé le courage d’ouvrir les cartons qui m’étaient destinés et dans ce qu’ils m’ont légué, il y avait tous les carnets de maman. D’ailleurs, à ce propos… Elle y tenait ses comptes, mais pas que. Elle y notait des recettes de cuisine, nos appréciations, commentaires et suggestions. Elle y notait aussi les divers rendez-vous, mais surtout ses patrons de couture, ses projets et dans quel autre carnet on pourrait trouver la fiche technique. Toute une organisation qui ne m’étonne pas, mais dont je n’avais jamais soupçonné l’existence.

J’ai retrouvé la fiche de ma robe, je l’ai apportée à la couturière en lui demandant s’il lui serait possible de l’adapter à ma morphologie actuelle. Elle était épatée de la précision, des échantillons de tissus proprement agrafés à la fiche. Elle pensait que maman avait été styliste ou couturière. Je lui ai expliqué qu’elle n’avait pas pu réaliser ce rêve parce qu’il faut bien manger ! Et toujours cette crainte d’avoir à assumer seule la charge de la famille, si papa était contraint à retourner vivre en Côte d’Ivoire. La couture ça gagnait moins qu’agent hospitalier et à l’hôpital, l’emploi était garanti. Je n’ai pas le souvenir d’avoir acheté du prêt-à-porter avant leur départ pour Avranches, mais une chose est certaine, je n’ai jamais eu honte de ce qu’elle me cousait. J’étais toujours à la mode ou si ce n’était à la mode, toujours habillée comme je désirais l’être.

– Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ta robe te va encore mieux aujourd’hui qu’elle ne t’allait à dix-sept ans. Pourtant à dix-sept ans… !

Je me sentis rougir et restai muette de stupéfaction. Jimmy m’ouvrit les bras, me fit le sourire viens, par ici, Princesse, qu’on fasse connaissance avec ton nouvel époux, comment aurais-je pu résister ? Il voulut profiter de cette leçon de rattrapage pour l’étrenner.

– Docteur Quoi ?! Attends, t’as vu l’heure, mon gars ?! La leçon est terminée, depuis quand les profs font des heures sup’ ?!

Je reconnais avoir un peu prêté le flanc à la critique avec cette dernière remarque. Nous faisions les idiots sans nous préoccuper de quoi que ce soit d’autre que notre plaisir à rire ensemble, tout en attisant notre désir dans l’attente du compte à rebours et du traditionnel feu d’artifice. Une enveloppe accompagnait le paquet, enveloppe sur laquelle était écrit À n’ouvrir qu’après avoir découvert le contenu de la boîte.

– Tu n’as même pas eu la curiosité de regarder dans le pochon ?

– Ben non ! Dans sa lettre, Sylvie m’a écrit J’espère que tu feras bon usage du sex-toy que je t’envoie pour fêter dignement 2019 ! Vois-y un signe ! Alors, j’ai voulu en garder la primeur pour le tester avec toi… Mais je ne pouvais pas deviner…

Comme à son habitude, Sylvie avait écrit un chef-d’œuvre de cocasserie, elle m’y donnait les grandes lignes de ce jouet que Manara ne renierait pas. Toutefois, je tiens à te signaler que certains hackers farceurs peuvent détecter les jouets connectés et potentiellement les déclencher à distance. Cela étant dit, quand tu te promènes avec ce plug dans le cul, qu’il est connecté, y a quand même moyen que tu sois assez ouverte à la surprise et à la fantaisie !

Pendant que Jimmy connectait le jouet à mon smartphone et qu’il s’essayait aux différents modes et réglages, l’idée d’une vidéo nous vint à l’esprit. Apprends le français avec Princesse et ce coquin de Jimmy ! Leçon 1 – Seasons greetings ! À force de tripatouiller sa nouvelle caméra dans tous les sens, Jimmy l’avait déréglée et l’image ressemblait à celle des vieilles publicités locales des années 1980, d’où le ton volontairement ringard et notre jeu outrancier.

– Comme elle te le répète souvent, tout est une question de motivation. La leçon du jour portera sur l’art de recevoir un cadeau et le plaisir de l’étrenner. Elle te sera donnée, mon cher Jim, par Princesse…

Jimmy zoomait et dézoomait sur moi. Je fis semblant de tenir un micro Aidée par ce coquin de Jimmy ! Ma voix atteignit alors des sommets de ringardise, aux JO, elle eut mérité la médaille d’or de l’épreuve.

– Jim, mon cher ami, s’il est un adjectif pour qualifier la Française, c’est bien l’élégance. Admire cette créature de rêve qui s’approche ! Et ce sourire, si… Parisien !

En fait, ce sourire était lié à cette pensée : Purée, les talons… ! Je me suis montrée trop audacieuse. Si je tombe, on rigolera tellement qu’on ne pourra plus filmer. Te casse pas la gueule, Dédette, l’honneur de la France est en jeu ! Te casse pas la gueule !

– Vé ! L’élégance, la distinction… vé, pas besoin de rivière de diamants, une robe bien dessinée, bien découpée, bien cousue pour sculpter un corps que l’on devine de rêve !

Dans un sens, tant mieux, parce que des rivières de diamants, on n’en avait pas, ni même la première goutte du moindre ruisseau.

– Comme tu peux le constater, le méridional est plus rustique en matière d’élégance…

J’avais tourné la caméra vers Jimmy, nu dans son éternel déshabillé de soie, comme j’aime à le nommer. Ça le fait tellement râler, que j’aurais bien tort de m’en priver ! Jimmy qui jouait les outragés Qu’est-ce que tu trouves à y redire ?! Elle est parfaitement adéquate, ma tenue ! Après ce préambule en anglais, pour que Jim puisse comprendre de quoi il en retourne, nous filmâmes la leçon proprement dite.

– Chère Princesse, pour vous remercier de vos judicieux conseils en matière de motivation, voici ce petit cadeau, qui, je l’espère, vous comblera d’aise.

Écarquillant exagérément les yeux, ouvrant une bouche en cœur, je sortis le jouet du pochon de tissu.

– Oh ! Quelle bonne surprise, mais qu’est-ce donc ? Une bonde pour ma baignoire ?

– Non, Princesse !

– Une patère à fixer à la porte de ma chambre ?

– Non, Princesse !

– Une lampe de chevet pour mes lectures nocturnes ?

– Non, Princesse !

– Serait-ce un écrin d’un joaillier de la Place Vendôme ?

– Non, Princesse !

– Eurêka ! J’ai trouvé ! Un bouchon pour ma bouche afin que je me taise enfin !

– Non… un bouchon, en quelque sorte, mais…

Jimmy et moi avions parfaitement conscience de venger tous ces parents et grands-parents qui ont dû se coltiner Dora l’exploratrice en jouant nos rôles de cette façon.

– Le plug anal. Répète après moi : le plug anal !

D’un index guilleret, Jimmy désignait mon smartphone.

– Et connecté ! Le plug anal connecté !

– Répète après Jimmy !

– le plug anal connecté !

La scène suivante, nous trouvait enlacés, dansant langoureusement sur un slow sirupeux. Adressant un clin d’œil appuyé à la caméra Jimmy ne se doute pas que son cadeau n’est plus dans sa boîte ! En contrechamp, Jimmy souriait Si elle croit que je ne l’ai pas vue ! Mais Princesse ignore que j’ai eu le temps de le connecter. Amusons-nous un peu !

Même si je m’y attendais, la première vibration me surprit. Je hoquetai ma réplique. Oh, mais quel coquin ce Jimmy ! Ce coquin de Jimmy ! Nous étions convenus qu’il réglerait le déclenchement sur un mode, mais il en avait choisi un autre pour pimenter le jeu.

– Et maintenant, Jim, mon cher ami, je te montre comment un chevalier servant aide sa princesse à se débarrasser de son écrin de tissu. Note bien la technique ! On pourrait même la nommer French Touch !

Tout en me serrant davantage contre son corps, Jimmy dégrafa le bouton, glissa sa main sous ma robe et descendit la fermeture-éclair comme il l’avait fait plus tôt. Son autre main tenait la caméra. Je suivais sa progression sur l’écran de télé, fascinée de découvrir la chair de poule au fur et à mesure que je la sentais se propager le long de ma colonne vertébrale. Une autre série d’impulsions. Je regardais les tressautements de mes fesses, les ondulations de mes hanches quand, reculant d’un pas ce coquin de Jimmy dévoila ma poitrine dans un geste tout hitchcockien.

– Admire cette belle paire de seins ! Et regarde tout autour des mamelons… Tu sais ce que ça signifie, ils réclament leur dose de caresses. Regarde, regarde comme ils se tendent ! Arrête de gigoter, Princesse !

– Co… rhââ…! Coquin de Jim…my… tu… rhâââ… tu as… oooh !

D’une voix pour le moins troublée, je fis la leçon à ce coquin de Jimmy.

– Tu sais très bien ce qu’ils… ooh… réclament, coquin de Jimmy, mais tu fais… ooh… semblant ! À ta place, Jim poserait ses lèvres ici… ou… hmm… là… et se branlerait comme ça…

L’objectif de la caméra glissa de mes seins vers ma main, celle avec laquelle je mimais une branlette savante. Je visualisais Jim découvrant ces images, ses yeux écarquillés, sa bouche frémissante d’excitation, sa paume crispée autour de son gland, ce tissu qu’il aime froisser en se masturbant. Je pouvais même entendre ses Oh my God ! Oh my… God ! Oh Princess ooh ! Si j’y parvenais si bien, c’est grâce au jeu qu’il avait inventé lors de notre séjour en Nouvelle-Zélande. Il s’amusait beaucoup de nos histoires plus ou moins improbables, jouées avec plus ou moins de conviction. Nous lui avions demandé d’en imaginer une, qui a fini par devenir un de nos nombreux petits rituels.

Il s’installe sur la terrasse, une bière à la main, allume l’écran d’une télé en se réjouissant à haute voix de la fin de sa journée de travail. Il lance une vidéo et la commente d’une voix sortie du fond de ses entrailles, en se branlant. Je le rejoins peu après, le salue avant de m’asseoir à ses côtés et de poser un grand saladier rempli de pop-corn entre nous.

– Tu regardes quoi ? Encore cette vidéo ?! Mais tu lui trouves quoi à cette nana ?!

– Regarde, regarde comme elle est belle ! Regarde comme elle s’offre !

– Tu trouves ?

Le plus difficile pour moi étant de faire semblant de ne pas être cette nana à l’écran et de la regarder avec scepticisme. Par intermittence, ma main se trompe et au lieu de plonger dans le saladier, s’aventure sur l’entrejambe de Jim. Je me dénude ostensiblement, Jim obnubilé par la vidéo ne s’en aperçoit pas. Peu avant de jouir, d’un mouvement brusque du coude, il envoie valdinguer le saladier encore à demi-plein. Il s’en excuse tout en s’essuyant la main sur le premier morceau de tissu qu’il trouve, à savoir, comme par hasard, la robe que j’ai ôtée et posée sur la table basse. Il entreprend de m’aider à ramasser le pop-corn quand Jimmy fait son entrée et me demande ce que je fous nue, à quatre pattes devant Jim, le zguèg à l’air.

– Je ramasse le pop-corn qu’il a fait tomber par terre

– Tu ne le suçais pas un peu ?

– Non

– Même pas une petite levrette de courtoisie ?

– Même pas ! Il me calculait pas, de toute façon…

– Jim, petit frère, tu es un idiot. Regarde ce que tu rates !

Jimmy me prend en levrette tout en incitant son frère à le regarder faire. À admirer comme je bouge bien.

– Redresse-toi, Princesse, montre-lui tes seins ! Alors, Jim… toujours pas tenté ?

– Non. Vraiment pas.

– Pas même une petite pipe ?

– Non. Même pas. De toute façon, j’ai tout donné…

– Mais les pipes de Princesse réveilleraient un mort !

Jim consent, du bout des lèvres, à ce que je le suce, mais sort immédiatement de ma bouche. Tu vois, ça ne marche pas. C’est gentil, mais… à moins que… Il remet la vidéo en route et son membre à demi-revigoré dans ma bouche. Cet ingrat de Jim ne quitte pas l’écran des yeux et affirme qu’il rêverait de faire à cette femme ce qu’elle fait avec un autre. Semblant prendre soudain conscience de quelques ressemblances entre elle et ma personne, me supplie à genoux d’exaucer ce rêve. Que voulez-vous ? Je n’ai jamais eu le cœur de rester sourde à certaines prières. J’accepte donc de bon cœur, car mon âme est pure.

Ainsi que le fait l’acteur, qui lui ressemble étrangement, Jim caresse mes seins et ayant retrouvé toute sa vigueur, demande à Jimmy d’y aller plus fort, plus vite, plus amplement afin que mes seins puissent faire l’amour à sa grosse queue noire tandis que ses mains caresseraient mon corps. Jimmy, serviable comme à son habitude, s’exécute. Après avoir joui, il me suce les seins et jouissant à son tour, Jimmy me mord l’épaule ce qui déclenche immanquablement mon orgasme d’une puissance incroyable.

Pour cette vidéo, nous nous sommes montrés plus créatifs qu’à l’ordinaire, au lieu d’une longue et unique scène, nous avions décidé de différents tableaux entre lesquels Jimmy inséra des intercalaires d’un formalisme scolaire à toute épreuve.

Nous étions dans la chambre nuptiale avec un lit si grand qu’il aurait pu accueillir tous les convives de la noce. Jimmy avait ouvert la baie vitrée en grand. Il faisait un froid de canard, mais je le ressentais comme autant d’agréables petites morsures.

– Jimmy, peux-tu vérifier que le plug anal est bien en place ?

Je me mis à quatre pattes sur le lit afin qu’il puisse le faire, mais ce coquin de Jimmy, au lieu de regarder mes fesses, s’allongea sous moi, tête-bêche.

– Un pubis immaculé, comme une étoile au milieu d’un ciel nocturne. Répète après moi : pubis immaculé !

– Coquin de Jimmy ! Je te vois venir, tel un renard autour d’un poulailler ! Tu veux qu’il prononce Plus d’baise, il m’a enculée ! Mais quel coquin ce Jimmy ! Coquin de Jimmy !

Jimmy me fit taire en déclenchant une série de vibrations tout aussi agréables bien qu’assez différentes des précédentes. Il filma mon pubis immaculé, puis la caméra s’aventura entre mes cuisses. Quand son autre main écarta mes lèvres pour filmer mon clitoris, son sexe se dressa d’une façon qui me surprit. J’articulai Mais quel coquin, ce Jimmy ! Coquin de Jimmy ! avant de me régaler à nouveau de ce membre magnifique. Nous avions attendu quelques heures entre cette scène et la précédente parce que nous voulions la filmer au plus près de minuit.

Jimmy avait installé la caméra de secours de telle façon que nos corps se détachaient sur les chutes du Niagara au loin. La langue de Jimmy frôla mon clitoris quand le décompte débutait. Il avait réglé le déclenchement des vibrations sur les bruits ambiants, aussi les cris émerveillés des autres touristes sur leur terrasse me procuraient un plaisir inédit. Jimmy grognait d’aise sous mes caresses et mes baisers.

Je me regardais onduler, aveugle à tout ce qui me déplaît dans mon physique. J’aimais être à la fois actrice et spectatrice, comme si en me regardant, je me permettais d’améliorer mon jeu et j’y prenais un plaisir fou. Il me semblait que les secondes duraient moins longtemps qu’elles n’auraient dû. Les vibrations s’enchaînaient, s’intensifiaient ce qui me faisait crier un peu plus fort à chaque fois et mes cris amplifiaient les effets du jouet. Quand le compte à rebours fut terminé et que le feu d’artifice débuta, je faillis périr. Jimmy eut la présence d’esprit de déconnecter le sex-toy et annonça fièrement à la caméra C’est comme ça qu’on souhaite un bon anniversaire à Princesse !

– La nouvelle année, coquin de Jimmy ! Pas mon anniversaire !

– Et tu vas avoir quel âge, cette année, Princesse ?

– On ne demande jamais son âge à une femme, coquin de Jimmy ! Jim, répète après moi : On ne demande jamais son âge à une dame !

– Jim sait déjà que tu auras soixante-neuf ans cette année ! Jim, mon ami, mon frère, répète après moi : soixante-neuf !

La nouvelle année avait déjà quelques heures et alors que nous tombions de sommeil, Jimmy me demanda de lui parler des carnets de maman. J’essayai de rassembler mes esprits pour être la plus concise possible, trop épuisée pour y parvenir, je lui répondis Si tu connais un spécialiste en déchiffrement, je crois qu’ils sont codés. Et je m’endormis.

J’avais apporté deux carnets, dans lesquels les preuves d’un code m’étaient apparues évidentes. Je les montrai à Jimmy dès mon réveil. J’adore le regarder quand il est tout sérieux et concentré. Étrangement, je le revois jeune homme. Pour ne pas l’influencer, nous décidâmes qu’il les lirait quand je ne serais pas avec lui. Je lui proposai d’attendre dans le salon tandis qu’il les découvrirait dans le bureau.

– Et pourquoi pas, moi dans le salon et toi dans la chambre ?

– Pour mettre ta machine à fantasmes en route ? Ça va pas la tête ?! Cette mission requiert tout ton sérieux, Jimmy !

Jimmy s’inclina. Quand il me rejoignit, son sourire répondit à mes interrogations.

– Princesse, je crois savoir d’où te vient ton goût pour les positions à deux chiffres ! Mais il y a d’autres bizarreries que je n’arrive pas à décrypter. Martial a hérité des carnets de citations de votre père, je me demande si…

C’est pour cette raison qu’à mon retour à Gif, je lui ai envoyé tous ceux en ma possession et qu’il a découvert des pans de leur vie intime.

Nous roulions vers Toronto quand Jimmy me demanda de lui en dire davantage sur les enquêtes de Murdoch, puisqu’il avait comblé son retard en matière de séries médicales.

– J’en avais pas tant que ça ! Je connaissais déjà Urgences !

– Et alors quoi ?! Je devrais te remettre la médaille du Mérite parce que tu as été plus loin que Daktari ?!

Néanmoins, je consentis à lui en dire un peu plus.

– La série se passe à Toronto, tout à la fin du 19ᵉ siècle et au début du 20ᵉ, Murdoch c’est Rahan détective.

– Rahan ?!

– Oui. Rahan. Comme lui, il a tout inventé, tout pressenti. Murdoch, tu lui donnes une lampe Pigeon, une bobine de fil de cuivre, un peu de vinaigre et de citron, un bon morceau de charbon et il t’invente le chromatographe couplé au spectromètre de masse, si tu vois ce que je veux dire. Comme Rahan inventait le télescope avec un bout de bambou et deux morceaux de cristal de roche…

– J’ai hâte de voir ça !

Je n’aurais jamais pensé que cette série l’amuserait autant, mais bon sang, ce que ses commentaires étaient pénibles ! La leçon que j’en ai tiré, c’est d’éviter de lui montrer des reconstitutions de la période dont il est spécialiste. Nous avons passé une dizaine de jours à Toronto et au retour de chaque promenade, le rituel sensuel débutait par quelques épisodes à regarder attentivement durant lesquels je le perturbais un tant soit peu. Apprenez, si vous ne le savez déjà, que Jimmy se déconcentre très facilement pour peu qu’on lui propose une levrette courtoise.

Nous avons bien évidemment découvert les quartiers chinois. Quand nous y mangions, je délaissais les fortune cookies, prétextant attendre un signe significatif du destin avant de lire son message. Un soir, alors que nous dînions et que je m’apprêtais à refuser ce petit biscuit, une pendeloque se détacha de la robe de la serveuse, tomba dans la tasse de thé qu’elle était en train de me servir et m’éclaboussa. La serveuse m’aurait malencontreusement tranché la gorge qu’elle n’aurait pas été plus affligée. Je lui répétais que ce n’était pas grave, que ma robe était à peine mouillée, pas même tachée, elle continuait à se confondre en excuses.

– Comment puis-je me faire pardonner ?

– En nous offrant ceci en souvenir et en proposant un fortune cookie à madame. C’est un signe assez significatif pour toi, Princesse ?

Jimmy amusé avait récupéré la pendeloque et la serveuse accepta le marché. Je levai les yeux au ciel en découvrant le message que m’avait réservé le destin. Your many hidden talents will become obvious to those around you .*

– Évidemment, ça ne veut rien dire… Arrête de sourire, Jimmy, tu m’agaces et ça me fait rire !

Je reconnais que quelques mois après, on peut lui trouver un sens. Sur le chemin du retour, Jimmy taquina mon incapacité à masquer mon dépit. Je lui souris en ouvrant la serviette de papier Au moins, j’ai ma breloque !

Arrivés dans notre suite, Jimmy voulut retenter l’expérience d’un épisode en VO parce que tu feras un peu moins ta maline. Quand j’avais ri de la rigueur avec laquelle il s’était pris au jeu de ces leçons, il m’avait rétorqué que la seule façon correcte de s’amuser était de le faire avec sérieux. Je n’avais jamais entendu cette série autrement qu’en français. Sans les images et à cause des agacements de Jimmy, j’étais incapable de suivre quoi que ce soit. Il choisit, parce que le titre l’inspirait, Republic of Murdoch*, dès les premières images, je le prévins que l’épisode était atypique et surprenant.

– Ce qui implique que nous le regardions de la même façon ?

La question de Jimmy n’en étant pas vraiment une, je me contentai de lui sourire.

– Préviens-moi à la moindre sensation désagréable, Princesse.

S’il est un adjectif qui ne qualifiait pas mes sensations, c’est bien désagréables. J’étais excitée par la perspective de cette double pénétration, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle aurait autant d’effet sur Jimmy. Ses mains semblaient folles de désir, elles caressaient mon corps comme si elles le découvraient. Sa bouche, quand elle n’embrassait pas ma peau, semblait ne connaître que ces mots C’est bon, oh, comme c’est bon !

Je fus emportée dans une vague de plaisir qui me fit perdre toute notion de temps, d’espace. La voix vibrante de Jimmy me parvint enfin. Que dis-tu, Princesse ? Je n’en avais aucune idée ! Tout ce que je savais, c’était ce désir fou de le sentir en moi, de sentir tout le poids de son corps sur le mien, mais j’avais oublié les mots. Je me libérai de l’étreinte de Jimmy, retirai le sex-toy, m’allongeai sur le dos.

– Fais-moi jouir plus fort.

Je guidai son sexe.

– Serais-je à la hauteur ?

– En douterais-tu ?

Quand je jouis, je le mordis si fort que je crus avoir atteint son humérus. Ses dents avaient déchiré mon épaule, mais comme à chaque fois, je ne ressentis aucune douleur.

Jimmy fut incapable de répondre à mon interrogation orale.

– Tu m’as déconcentré au-delà de ce qui est humainement raisonnable, mais je suis époustouflé de ta mémoire !

– C’est parce que c’est un de mes épisodes préférés.

– Alors, regardons-le ensemble, au calme.

Si j’avais cru que l’ardeur de cette partie de jambes en l’air avait fait perdre toute notion d’anglais à Jimmy, la réalité se serait chargée de me détromper. Il ne comprenait presque rien aux dialogues, nous décidâmes donc de visionner l’épisode en français. Une chance, le premier lien ne nous dirigea pas vers la version canadienne francophone, mais vers la version française.

Je me réjouissais de retrouver les voix dont j’avais l’habitude, tandis que Jimmy s’en plaignait. J’ai adoré le voir aussi surpris que Murdoch quand celui-ci découvrit la maison où avait grandi l’agent George Cabtree et j’ai souri quand il s’est émerveillé de la qualité de cette adaptation. Alors, monsieur rien ne vaut la VO, reconnais que la VF est parfois bien utile !

Le séjour se poursuivit entre découverte des lacs et leçons de rattrapage, je pensai avoir un an pour me remettre de ces émotions, mais c’était sans compter sur le destin.

*Vos nombreux talents cachés deviendront évidents pour ceux qui vous entourent.

*Le pirate de Terre-Neuve, pour la version française.

Odette&Jimmy – « Princesse et les pirates »

Pour le séjour suivant, ce ne fut pas le lieu, mais le voyage pour y parvenir qui importa. Après notre dîner sur le bateau-mouche et la nuit dans cet hôtel où nous avons nos habitudes, Jimmy m’embarqua pour une véritable croisière sur la Seine, de Paris jusqu’au Havre. À chaque étape, je cherchais l’indice qui me renseignerait sur notre destination, à chaque fois, il souriait puisqu’elles étaient sans rapport.

Il ne m’offrit pas même la possibilité de visiter Le Havre, nous devions embarquer au plus vite et naviguer sur l’océan. Jimmy m’avait prévenue Hélas, notre capitaine est un catho intégriste, il nous faudra attendre d’être là-bas pour pouvoir donner libre-cours à nos fantaisies érotiques.

Quelques heures plus tard, alors que nous allions rejoindre notre cabine, notre bateau fut accosté, abordé par une étonnante embarcation hors du temps et nous devînmes le butin de ces étranges pirates ! Linus faisait partie de l’équipe chargée de notre enlèvement, il aurait bien eu du mal à faire peur à quiconque ! Derrière lui, la bouille hilare de Gideon promettait une traversée des plus réjouissantes !

Le thème en serait donc Princesse et les pirates. Je sautai au cou de Jimmy, battant des mains comme une enfant. Gideon nous houspilla Hurry up ! et nous aida à rejoindre leur embarcation où sur le pont nous attendaient Socrates, dans une nouvelle tenue très gentleman des océans, mais surtout Red plus pétulante qu’à l’ordinaire. Avant même de me prendre dans ses bras, elle me houspilla.

– Mais si c’est pas malheureux de voir ça ! Petronilla, une femme de ton rang ne voyage pas dans une telle… tenue ! Allons fouiller dans nos malles pour voir si on n’en trouverait pas une correcte, adaptée à la situation !

Je l’aurais dévorée de baisers ! Elle me raconta sa chance extraordinaire d’avoir répondu à l’appel à dons pour les commémorations de la Première Guerre Mondiale en offrant quelques souvenirs de son grand-oncle qui prenaient la poussière au grenier. Une tombola était organisée parmi les donateurs et elle avait eu la chance incroyable de remporter le premier prix, une croisière de luxe aux Antilles britanniques, pour une seule personne, hélas ! Et c’est l’organisateur qui était venu en personne expliquer tout ça chez elle, en lui remettant son prix. Elle me désigna Socrates qui souriait d’un air innocent.

Avant d’aller revêtir une tenue décente, Gideon me prit à part et, tout en se préparant un bon thé, -enfin ce breuvage noir comme les ténèbres, amer comme la déception, que les Irlandais nomment thé !- m’expliqua qu’il était marin de profession dans le civil et qu’il nous mènerait tous à bon port.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je ne m’étais même pas posé la question ! Jamais Jimmy ne prendrait le risque que quelque chose se passe mal.

Dans la malle, je trouvai une nouvelle version de ma robe. Pour des raisons de sécurité évidentes, il n’est plus question de courant électrique d’aussi faible intensité soit-il. Au lieu du jupon à diode, j’avais un jupon aux lambeaux artistiques. Je félicitai Red pour ses talents de couturière.

– Ah non, ça c’est l’œuvre de notre Betsy ! Moi, tu me confies ce jupon à déchirer, je t’en fais une serpillière !

– Qui se ressemble, s’assemble !

– Quoi ?!

Tout comme toi, je suis incapable de déchirer quoi que ce soit de façon artistique !

– Et puis… regarde ce que je me suis offert pour la traversée… et pas à la maison, non ! Chez le coiffeur !

Toute fière, elle me désignait sa chevelure qu’elle avait fait teindre du même roux que sa perruque. Elle se réjouissait d’entrer dans son personnage avec un soupçon de véracité supplémentaire, ce qui aida Petronilla à faire son entrée en scène.

Elle me regardait arranger ma poitrine dans ce corset, la mise en place était précise, il fallait que mes seins soient soutenus, mais les mamelons à l’air.

– Je peux te demander un truc ?

– Bien sûr !

– Tu ne remarques rien de changé ?

– Tes seins, tu veux dire ? Oui, mais je ne vois pas quoi, en fait.

– Justement ! C’est ça ! J’ai l’impression qu’ils sont plus toniques, plus fiers, et j’ai rien fait de spécial, sauf que je me tiens mieux, plus droite, comme si je n’avais plus honte de ma poitrine… Je voulais savoir si ça se remarquait… et tu viens de me le dire !

– Alors, fais-la pigeonner davantage, ta poitrine ! Oui ! Comme ça ! Je veux que Gideon s’assomme avec sa bite quand il te verra !

– Et Linus aussi !

– Et Linus aussi !

– Et Socrates aussi !

– Et Socrates ?! Et Socrates aussi ! Et Jimmy ! Je veux que ces quatre-là se mettent à bander comme des cachalots en te voyant !

– On m’avait bien dit que l’aristocratie c’était pas ce qu’on croyait, mais j’étais loin de m’imaginer… Petronilla, vous devrez me dépraver, si je veux pouvoir vous suivre dans vos manigances !

Quand nous remontâmes sur le pont, Red produisit l’effet escompté sur les hommes de l’équipage. Ils avaient tous revêtu leur tenue, Jimmy avait retrouvé son pantalon à la braguette flatteuse, Gideon ressemblait à une sorte de capitaine Nemo bedonnant, Linus faisait penser au savant des expéditions, celui aux connaissances éclectiques, presque universelles. Mais pour éviter tout risque d’incident lié à l’usage de courant électrique, nous avons dû adapter nos assistants masturbateurs.

Les hommes rejoignirent chacun leur fauteuil, à la droite duquel se tenaient une version mécanique de leur masturbateur. Ils devaient être assis pour pouvoir l’actionner à l’aide d’une pédale comme celle des anciennes machines à coudre Singer. Je regardai Linus droit dans les yeux.

– C’est le moment de ta vie où tu bénis le Ciel pour toutes ces années de guitare, n’est-ce pas ?

L’éclat de rire de Linus me lacéra les tripes. Tout le monde s’en aperçut et je réalisai que ça ne m’ennuyait aucunement. Il inclina la tête, me fit un clin d’œil auquel je ne résistai pas. J’aimais la façon dont il chassa les mains trop curieuses de ses amis, tss… tss… tss ! J’étais assise sur ses genoux et sa main se faufilait entre les morceaux de tissu. Je pensais qu’il allait remonter directement vers mon pubis, mais il ne se lassait pas de caresser mes cuisses, la naissance de mes fesses, mes cuisses encore. C’que t’es sexy, Petronilla ! C’que t’es sexy ! Si tu savais comme j’ai rêvé de tes cuisses…

– De mes… cuisses ?! Raconte-moi !

Linus me demanda de me lever, de m’asseoir à sa place. Il posa un genou à terre, face à moi. Mit du désordre dans les lambeaux de mon jupon. Posa ses mains sur mes genoux. Les écarta en se délectant du spectacle. Ses mains remontèrent le long de mes cuisses. Il les écarta juste assez pour pouvoir caler son visage entre elles.

– Voilà le début de mon rêve…

Il remarqua l’effet que ces quelques mots avaient eu sur moi. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin. Je voulus lui tirer le crâne en arrière par les cheveux, mais déjà les siens étaient trop ras pour que je puisse le faire, mais surtout mon cerveau s’embrouilla. Au lieu d’éloigner son visage, je le plaquai de toutes mes forces contre mon sexe.

– Tu es un démon ! Mes amis, cet homme est un démon !

Linus ne se contentait plus d’imiter le son de la pédale wah-wah, il chantonnait les paroles en riant de ma réaction. J’étais sur le point de jouir quand il releva la tête, apostropha ses amis Si vous saviez comme elle a bon goût en pleine mer !

Gideon vint nous rejoindre, le bateau n’avançait plus, il était ballotté par de rares vagues. Une brève discussion s’engagea entre eux pour savoir s’ils partageraient cette sensation. J’ajoutai que puisqu’il s’agissait d’une espérience ès scientifique, il était nécessaire, voire obligatoire de la mener avec Red, dans les mêmes conditions, en même temps. Ma proposition fut accueillie avec un enthousiasme bruyant.

Red me fit le clin d’œil entendu le moins discret depuis l’invention du clin d’œil entendu !

Elle prit place à ma gauche, dans le fauteuil de Socrates qui l’aida à retirer sa jupe. Ses porte-jarretelles et ses bottes lui donnaient un air de maîtresse-femme, qui ne lui convenait pas vraiment. Elle en fit d’ailleurs la remarque, mais Linus affirma que c’était l’occasion idéale pour tester un nouveau personnage Rowena, reine des pirates. Red maugréa en rosissant d’aise. J’allais ôter mon jupon quand Linus m’enjoignit de ne rien en faire.

– Non ! Le tien est sexy ! Ah, si seulement Red acceptait d’en porter de semblables…

– Tu… tu aimerais ? Mais… t’as vu mes cuisses ?!

– Pas assez souvent à mon goût, si je peux me permettre.

Red était réellement surprise, bien plus que moi qui avais compris depuis belle lurette que Linus préférait les cuisses charnues de Red à celles longilignes de Betsy.

Prévoyante, Betsy m’avait confectionné plusieurs jupons. Nos tailles étant similaires, Red se proposa d’en enfiler un. Linus fut catégorique. Non. Ce soir, tu es Rowena, reine des pirates ! En écho, ses compères approuvèrent Rowena, reine des pirates ! À voix basse, Red me demanda Elle fait comment, Rowena, reine des pirates ? Elle dit quoi ?

– Comme d’habitude, mais Rowena, reine des pirates, on l’écoute !

Red éclata de rire et topa là. Socrates, un genou à terre, ôta la culotte de Red, qui me fit le clin d’œil le plus appuyé depuis la création des clins d’yeux appuyés ! Elle avait poussé le détail jusqu’à teindre sa toison pubienne. Socrates, baba d’admiration, s’extasia Oh, Red… c’est merveilleux !

– Rowena, appelle-moi Rowena !

Clin d’œil méga appuyé.

J’étais morte de rire et Linus, qui avait repris place entre mes cuisses, riait aussi. C’était divin ! Je n’avais même pas remarqué ce léger crachin, comme on dit par chez moi. Je sentis la bouche de Gideon sur mon sein.

Jimmy prit la place de Linus. Gideon s’installa entre les cuisses de Rowena tandis que Socrates s’offrait à ses baisers. Je me laissais emporter par les caresses de la langue experte de Jimmy quand, sans m’en rendre compte, je posai le pied sur la pédale de machine à coudre et actionnai l’assistant de Linus.

Linus qui s’empressa d’y voir un signe et une fois son sexe emprisonné dans ce gant de cuir, me demanda de le branler ainsi. La mise au point fut très rapide. Tin. Tin. Tin. Touiiiiin ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin… ouiiiiin.

Pour le taquiner, j’exagérais l’effet que je chantais en même temps. Il me traita de démone. Je lui en sus gré, parce qu’à cet instant précis, c’était le plus beau compliments qu’il pouvait me faire.

Je ne savais plus à quel plaisir succomber. La langue, les mains de Jimmy me faisaient onduler, je les voulais plus intimes encore. Je plaquais son visage contre mon sexe et resserrai les cuisses. Il gémit de plaisir. À ma droite, Linus se laissait masturber par son assistant que j’actionnais au rythme de mon plaisir, de mes envies. Linus caressait mes seins, sa main plongeait parfois jusqu’à mon pubis. Jimmy écartait alors sa tête, Linus me caressait, me pénétrait de ses doigts qu’il suçait avant de m’embrasser à pleine bouche.

J’aimais vraiment le goût de ses baisers. Je le retins quand il voulut se redresser. Kiss me ! Kiss me ! Sa main se crispa sur mon sein et je sentis la chaleur de son sperme éclabousser mon poignet. Je décalai mon pied de la pédale le temps que Linus sorte de l’engin. L’étreinte de mes cuisses se desserra autour de Jimmy, qui écarta mes lèvres de ses doigts, donnant à voir mon clitoris bandé à qui voudrait l’admirer. Un coup de langue légère. Une goutte de pluie ou de salive. Les dents de Jimmy contre ma cuisse. Je jouis dans un cri de force douze sur une échelle allant de zéro à dix.

– Approchez, Cyrus Sawyer, que je vous suce un peu !

Je croisai le regard ébahi de Red qui n’en revenait pas que Rowena ait ordonné ceci avec autant d’aisance. Et d’efficacité ! Notre scénario s’élaborait par petites touches.

Rowena, reine des pirates, avait Cyrus Sawyer pour prince consort, Gid pour marin et amant attitré, le seul auquel elle acceptait parfois de se soumettre et Linus, son âme damnée, pour musicien de cour.

Princess Hope et Sir Osborne étions leurs otages, mais rapidement, il apparut que ce rapt n’en était pas vraiment un, que j’avais tout fomenté avec ma complice afin de mettre à l’épreuve les nerfs et la sensualité de Sir Osborne, qui voulait obtenir ma main.

Nous avons longuement évoqué le rôle de Jimmy durant cette traversée. Je craignais que personne ne me comprenne si j’expliquais que si entendre Jimmy prendre du plaisir avec une autre et lui en offrir ne me posait aucun problème, le voir était une toute autre affaire, que je n’étais pas sûre de le supporter. En fait, tous me comprirent et c’est ainsi qu’il fut convenu de me bander les yeux à certaines occasions ou que Sir Osborne soit invité à boire le thé dans la cabine de Rowena, reine des pirates.

Cyrus en profitait pour tenter de me soudoyer Renoncez à Sir Osborne, madame, et acceptez de devenir mon épouse.

– Et pour quelle raison accepterais-je votre proposition, jeune homme ?

– Regardez le trésor que je vous offre ! Regardez-le, oui, madame, observez-le de plus près ! Notez-vous tous ses reliefs ? Voyez-vous comme il appelle vos caresses ? Oh ! Le voici tout ému… Voulez-vous le… consoler ? Outch ! Vous le consolez… outch ! si bien !

Je me montrais, ou plutôt Princess Hope se montrait odieuse et méprisante envers les hommes d’équipage qu’elle confondait tout le temps et appelait indistinctement Machin. Il arrivait que ses remarques acerbes les fassent sortir de leurs gonds. Spécialement quand ces remarques portaient sur la cuisine.

– Si elle ne se tait pas…

– Si je ne me tais pas ? Hey, Machin, que m’arrivera-t-il si je ne me tais pas ?

– Si ne vous cessez pas vos remarques, je ne répondrai plus de rien ! Je vous mettrai face à la mer, le visage fouetté par les vents et les embruns, j’arracherai votre robe… que vous avez déjà ôtée… et je vous ferai jouir devant votre futur, Sir Osborne.

– Et donc ce truc… cette… que vous avez servie au dîner porte un nom ou même vous… estimez que ça n’en vaut pas la peine ?

Le couple Batchelor nous attendait sur l’île de Tortola que nous rejoignîmes après une traversée de quelques jours. Ils nous avaient réservés d’autres rôles, d’autres aventures, même s’il nous est arrivé de rejouer la suite de Princesse et les pirates.

En débarquant, alors que j’ajustais ma sandale sur le ponton, mon regard fut attiré par un reflet lumineux. En me penchant, je vis cette petite breloque, probablement un pendentif échappé de la chaîne en or d’une gamine. Je la mis dans la paume de ma main pour la montrer à Jimmy, qui me sourit et affirma, péremptoire et laconique C’est un signe, ou je ne m’y connais pas !

Odette&Jimmy – « Ceux qui perdent leur capacité à rêver sont perdus »

J’étais allongée à même le sol que j’avais senti fraîchir au fil des heures. J’avais bien tenté de me plaindre de la « torture » que m’imposait Jim. Ne pas bouger, rester stoïque sous les caresses du pinceau ou de ses doigts enduits de peinture. Il vantait les avantages de sa méconnaissance de la culture aborigène tout en me parant de couleurs vives.

Jim n’a aucun souvenir de ses parents, de sa famille, il ne sait même pas d’où il vient. Enfant, il a été arraché aux siens pour être confié à une institution qui l’a dépossédé de sa mémoire, de son identité. Il ignore même comment ses parents l’avaient nommé. Jim O’Malley est le nom qu’on lui a imposé. Il a longtemps méprisé les « abos » sans réaliser qu’il en était un aussi.

Tout jeune adulte, alors que ses origines lui étaient crachées au visage comme la pire des insultes, il a voulu retrouver sa culture. Malheureusement, il n’y a pas trouvé la sérénité, l’apaisement qu’il escomptait. S’en sont suivies des années d’errance, de drogue et d’alcoolisme, une déchéance qui l’a mené à une quasi clochardisation. Le hasard d’une loterie lui a permis d’acquérir ce petit bateau dans lequel nous l’avons trouvé quelques années plus tard.

Quand il a connu l’histoire de Jimmy, il a eu l’impression de s’être trouvé un frère, un frère qui avait réussi à surmonter tout ça, à grandir sans racines, un frère qui lui a donné de l’espoir et surtout la force de se regarder avec respect.

Jimmy le remerciait de lui permettre d’entrer dans ma tête de bois que je suis une femme superbe, que ce n’est pas la nostalgie de l’adolescente que je fus qui me rend si désirable à ses yeux, mais bien la femme que je suis devenue. Et je l’avoue sans honte, être à leurs côtés, être l’objet de leur désir m’a toujours fait un bien fou. J’aime leur reprocher leur fraternité, nous avons même fini par ne plus en rire, par l’accepter comme une évidence. Comme notre évidence.

– Quest-ce qui te fait sourire, Princesse ?

– Ma bêtise, ma candeur, mon manque de jugeote, ma connerie… appelle ça comme tu veux, mais quand je pense que même dans l’avion, je n’ai pas songé que Jim serait avec nous… Je voulais attendre quelques jours avant de te demander s’il nous serait possible de le revoir ! Et quand je l’ai vu à l’aéroport… « Jimmy O’Malley & Princess »… Un tel niveau de bêtise, je devrais payer patente ! Tu sais à quel point je t’aime, mais ce que je ressens aux côtés de Jim… c’est unique ! Il se pavane à mon bras, comme si j’étais une reine ! « Regardez qui est à mes côtés, m’sieurs, dames ! »

– Bien sûr que je me pavane ! Parce que tu es une reine, Princess !

La peinture avait séché depuis longtemps quand Jim fut satisfait de la lumière. Il nous avait fait attendre tout en refusant de nous en donner la raison. Quand la lumière fut à son goût, il me demanda de revêtir un peignoir et d’avancer jusqu’au feu de camp, où j’écarterai mes bras et danserai en suivant les ondulations des flammes. Pendant ce temps, il serait assis contre cet arbre, aux côtés de Jimmy et tous deux profiteraient du spectacle et pour finir, le plus rapide à la course, remportera une nuit d’amour avec toi, Princess !

– Je ne saurais que trop te conseiller de te méfier et de ne pas sous-estimer ma vigueur quand l’enjeu est de taille !

Quand j’écartai les pans du peignoir, un Ooh ! admiratif s’échappa de la bouche de Jim. Je lui demandai de dire à voix haute tout ce qui lui passerait pas la tête. Je demandai à Jimmy d’en faire autant. Il leur fallut peu de temps avant de réaliser que j’ondulais plus au rythme de leurs mots, de leurs exclamations qu’au rythme des flammes.

J’avançais vers eux en chaloupant, en faisant danser mes doigts sur les peintures qui magnifiaient mon corps. J’entendais la gorge de Jim se nouer quand je m’approchais trop près de lui. Je le taquinais en faisant semblant de m’excuser de susciter tant de trouble en lui et me dirigeais alors vers Jimmy, dont le sourire carnassier m’électrisait.

Après l’avoir bien excité tout en demeurant inaccessible, je m’approchai de Jim pour me blottir dans ses bras et me faire féline sous ses caresses.

Je me délectais du goût de son membre. Je cherchais à en mémoriser le moindre relief par de savants baisers. La nuit, même étoilée, m’interdisait d’en apprécier la vue.

Jim se maudit d’avoir oublié ses capotes dans le bungalow que nous louions. Il demanda à Jimmy s’il pouvait aller les lui chercher, parce qu’il lui était impossible d’interrompre ce moment de grâce.

Jimmy, jésuite à ses heures, demanda à son comparse si par le plus grand des hasards, il n’aurait pas vu la Vierge. Jim ne connaissait pas l’expression, mais en comprit la signification, sans qu’on ait besoin de la lui expliquer. Il lui fallut encore de longues minutes avant de se résoudre à se lever.

Jimmy m’ouvrit les bras. Et ça pensait me battre à la course pour te conquérir ?! Comme c’est amusant ! J’étais à genoux devant lui, les flammes derrière moi projetaient des ombres féeriques. Un éclair de désir me transperça. Je suçais Jimmy quand me revint en mémoire ma première pipe, sur ce sofa de cet hôtel particulier. Mon plaisir était resté intact. Je fermais les yeux pour visualiser la scène et me transporter à Paris fin mai 1967. Existe-t-il quelque chose de meilleur ? À peine cette pensée m’était venue à l’esprit que je sentis un gland à l’entrée de mon vagin.

– Guess who ?

– I don’t care !

Je n’avais même pas pris la peine de libérer ma bouche pour proférer cette réplique. Les yeux fermés, je me laissais aller aux va-et-vient de Jim qui se traitait de chanceux, qui me demandait si j’aimais sentir sa grosse queue noire dans ma chatte, s’il aura un jour la chance, le bonheur de me baiser le cul et de me faire hurler comme le fait Jimmy. Il me demanda si j’aurais un jour envie de sa grosse queue noire dans mon cul, mon cul qui le faisait tant bander. Il me demanda aussi si je sentais comme il bandait plus dur quand il s’imaginait me baiser le cul.

Il appuya son pouce contre mon anus, je me cambrais tout en avalant presque entièrement la verge de Jimmy. Oh Princess, je veux te faire jouir de partout, de la chatte, du cul, du clitoris, des seins, de la bouche, de tes mains… Je veux… Je veux… Jim se retira brusquement arracha sa capote et jouit sur mes reins. J’en pouvais plus, Princess…j’en pouvais plus… mille trente jours… deux ans neuf mois et vingt-quatre jours que j’attendais ce moment ! Mille trente jours sans te voir, sans t’entendre, sans te sentir, sans te toucher, sans t’embrasser… et tu t’offres à moi, comme si je le méritais !

– Parce que tu le mérites, Jim ! Tu es un merveilleux amant, un merveilleux ami !

Jimmy s’allongea sur le matelas posé à même le sol, je m’empalai sur lui avant de m’allonger sur son corps, son sexe fiché au fond du mien. Délicatement, Jim me prit dans ses bras et nous fit pivoter de telle façon que je me retrouvais étendue entre eux deux. Le sexe de Jim ne bandait pas encore. J’ondulais sur Jimmy, le faisant coulisser en moi. Jim dans mon dos, embrassait mon épaule, caressait mes seins. Par moments, j’avais l’impression que nous sombrions dans le sommeil, mais un geste, une caresse, une ondulation de l’un ou de l’autre nous sortait de cette torpeur et nous faisait danser cette chorégraphie sensuelle.

Ce que j’appréciais le plus, dans notre isolement total, c’est que nous pouvions crier tout à notre aise et même si nous avons dû nous contenter de conserves et d’épicerie sèche pendant une grande majorité du temps, cette chance de pouvoir crier à pleins poumons n’avait pas de prix. J’aimais entendre les cris enthousiastes et crescendos de Jim fuck ! fuck ! FUCK ! FUCK ! Mais ils ne retentirent pas durant cette première nuit hors du bungalow.

Cette nuit-là, le cri qui la déchira fut le mien. Quand Jimmy venait de jouir en moi et qu’avec Jim, il me fit jouir, sa bouche tétant mon sein, ses doigts guidant les caresses de Jim sur mon clitoris. Oh Jim… ô Jimmy, you make me… mes mots furent broyés par mon cri.

Si la vie était un bon metteur en scène, à cet instant, on aurait dû voir l’envol d’une nuée d’oiseaux exotiques réveillés en sursaut pas mon rugissement, seulement, la vie n’a pas autant d’imagination que je pourrais le souhaiter… si ça se trouve, je n’ai mème pas troublé le sommeil d’une colonie de fourmis !

Quand je me réveillais, le lendemain, Jim s’était éloigné pour veiller sur le feu. Il me reluquait en se branlant, heureux. Tout simplement heureux. Il vit que je l’observais. Il me fit signe d’approcher et pour la première fois, j’accomplissais ce qui allait devenir notre rituel matinal pour la durée de ce séjour.

Assis par terre, adossé à une pierre ou à la souche d’un arbre, Jim se branle d’une main alors que ma tête repose sur ses cuisses et que de son autre main, il me caresse sans retenue. Il se penche parfois vers moi et nous nous embrassons. Give me a french kiss, Princess ! Je me livre à ses caresses sans pudeur à l’unique condition qu’il me laisse observer les mouvements de sa main sur son membre, qu’il me permette de le caresser aussi. Quand Jimmy nous rejoint, nous sommes souvent au beau milieu d’un 69. Jimmy adore nous regarder jouir ainsi et nous adorons attendre son regard pour jouir enfin.

Dès ce premier matin, je pris la décision de rester nue pour toute la durée du séjour. Je me trouvais si belle, le corps recouvert de peintures. Je demandai à Jim ce qu’il en pensait et s’il serait d’accord que je peigne son corps. Et pour éviter de tacher ta grosse queue noire, je la protégerai comme ça ! Je l’avalai à demi, d’un coup. Sa main se crispa sur ma nuque Oh, Princess ! D’un mouvement dont l’agilité me surprend encore, je fourrai son membre entre mes seins Ou alors, comme ça !

Pour toute réponse, il me fit jouir avec sa bouche. Un cri sourd gronda en moi, mais refusa de sortir, se muant en une vibration basse, grave. Vibration qui agitait mes tripes. Jim la ressentit. Il s’enfonça vigoureusement dans ma bouche et jouit en grognant à son tour.

Jimmy nous souriait. Je lui fis part de mon idée.

– Ça ne me changerait guère de ma vie quotidienne, tu connais mon goût pour la nudité, Princesse !

– Mais comme celui de Jim et le mien, ton corps devra être peint !

– Et comment protégeras-tu ma verge ? Avec ta bouche ? Avec tes seins ?

Rien que de penser à son regard sur moi à cet instant précis, des frissons d’excitation parcourent mon corps. La définition même de la lubricité.

– Mais aussi en le cachant ici !

Je m’accroupis et dans un geste presque obscène, fis entrer deux doigts dans mon vagin. Ou là ! Je me retournai, me penchai en avant et lui désignai mon cul.

– T’aurais dû faire négociatrice pour le FBI, Princesse, parce que tes arguments sont pour le moins… gloups… convaincants ! C’est OK pour moi, pour les peintures, et pour toi, Jim ?

Jim fit semblant d’avoir besoin de réfléchir à la question.

À peine notre petit-déjeuner englouti, nous décidâmes de passer à l’activité peintures corporelles.

– Tu te charges des jambes de Jim, mais pas plus haut que les hanches, je peindrai le haut de son corps.

– Et pourquoi donc ?! Je veux peindre Jim des pieds à la tête !

– Discute pas ! Tu comprendras !

Je peignis les jambes de Jim, les recouvrant de points blancs et de lignes chamarrées. Le temps que la peinture sèche, j’avais tenté de faire fléchir Jim afin qu’il obtienne de Jimmy que je le peigne intégralement. J’avais compté sur mon charme pour parvenir à mes fins, mais Jim montra inflexible et loyal envers son ami.

– Maintenant que la peinture est bien sèche, recouvre tes yeux de ce foulard, Princesse et mets-toi à califourchon sur Jim… hé ouais… va falloir que tu t’empales un peu sur lui… ou alors, tu lui écrabouilles son service trois-pièces… c’est toi qui vois, Princesse… C’est pour que les peintures de son ventre soient dans la continuité de celles de ton dos… C’est de l’art, tu comprends ? Ça te dit quelque chose, le mot « art » ou y a que le sexe qui t’intéresse dans la vie ?

À Jim qui n’avait pas compris cette tirade, Jimmy se contenta d’un laconique Nous confrontions notre point de vue sur l’art.

Je me bandai les yeux et à l’aveugle tentait de prendre place au-dessus de Jim qui d’une main sur ma hanche me guidait précautionneusement. Comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, il posa sa main sur mon pubis. Le bout de ses doigts effleura la naissance de mes lèvres. Oh my God !

Je m’empalai délicatement sur sa grosse queue noire bien dure, comme il aime la nommer dans l’intimité. Jim me guidait d’une main tandis que de l’autre, il plaçait son gland à l’entrée de mon vagin. Je glissais lentement sur son membre, en le guidant d’une pression ferme sur le latex qui le protégeait. Quand je fus pleine de son sexe, Jimmy me demanda de m’enfoncer un peu plus.

– Mais je ne peux pas plus, je t’assure !

– Et voilà ! Dès qu’il est question d’art… Et voilà ! La Princesse ne veut pas consentir à un tout petit effort de rien du tout… Et voilà ! Tout mon beau projet… outragé… tout mon beau projet brisé… tout mon beau projet martyrisé…

– Mais ton beau projet libéré ! Libéré par lui-même, libéré par mon corps avec le concours de tes pinceaux, avec l’appui et le concours de la grosse queue de Jim c’est-à-dire de celle qui vibre en moi. C’est-à-dire de la seule queue, de la vraie queue, de la queue éternelle !

– Moque-toi, capoune ! Tiens, v’là pour tes miches !

Jimmy ne comprenait pas nos mots, mais il riait de bon cœur avec nous. Ses mains sur mes hanches, d’une délicate pression, m’invitèrent à me pencher en avant. Et si on essayait comme ça ? Oh ! Regarde Jimmy ! Oh, mais c’est à moi qu’elle se donne comme ça !

Jim suffoquait littéralement d’émerveillement. Je coulissais autour de son membre, ondulant de la croupe pour le sentir plus profondément en moi. Il bégayait son plaisir.

– Bon, maintenant arrête de gigoter, sinon… les peintures ne seront pas raccords !

Je tentais bien de ne pas bouger, mais Jimmy, du bout de son pinceau, taquinait mon épine dorsale.

– Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans l’expression « Pas bouger », Princesse ?

– C’est pas ma faute si t’as la vue qui tremble, je suis parfaitement immobile ! Pas vrai, Jim ?

La voix de Jim semblait sortie des entrailles de la Terre.

– Jim ne peut pas te répondre, car l’esprit de Jim nage dans un océan de plaisir, Princess !

Je ne bougeais plus, n’ayant que les contractions de mon vagin pour assouvir mon désir. Régulièrement, Jim ahanait Oh ! Oh ! Je sentis soudain la pression d’un gland contre mes lèvres, la caresse-starter sur mon occiput. La voix grave, à la fois douce et puissante de Jimmy.

– Tu peux bouger ton magnifique corps, Princesse ! Ho, mais gourmande, tu me suces comme si tu aimais ça ! Toi aussi elle te suce divinement quand je la fourre ?

– Tu veux bien bouger sur moi, Princess ? Oh, mon Dieu, comme tes cuisses sont musclées et… Ooh ! Tu sens Jimmy ? Tu sens qu’elle est en train de jouir ?

Jimmy ne répondit pas, tout à son propre plaisir. Son sperme inondait ma bouche. J’aurais pu m’évanouir de bonheur quand de la pulpe de son pouce, il a caressé la commissure de mes lèvres, quand sa main s’est déployée sur ma joue et que ses doigts ont effleuré mon oreille.

J’avais la sensation que le monde tournait autour de nous, parfaitement immobiles, figés, unis dans ce moment de parfaite communion. Comme un négatif à effet stroboscopique, l’image inverse s’imposait à moi. Le temps s’est arrêté, l’Univers retient sa respiration, seuls nos trois corps ondulent lentement, à leur propre rythme.

Par une brûlante journée de janvier, nous décidâmes de nous réfugier dans une grotte profonde. Jim ouvrait la marche, je le suivais précédant Jimmy. Nous progressions lentement dans l’obscurité, suivant les pas de Jim qui demandait régulièrement l’aide de ses ancêtres. Pour être parfaitement honnête, nous faisions semblant de croire qu’il plaisantait, mais nous savions que ce n’était pas tout à fait le cas. Nous marchâmes assez longtemps avant que la température ambiante ne devienne agréable. À l’aide de son briquet, Jim tentait de voir à quoi ressemblait cette cavité.

Il devait y avoir de micro-fissures dans les parois épaisses, parce qu’il nous semblait que de la poussière de lumière éclairait ces ténèbres. Je fis remarquer à Jim et à Jimmy que les points blancs qui ornaient nos corps semblaient fluorescents. J’ondulai de mon bras pour savoir s’ils verraient le mouvement.

– Princesse, dans le noir ton pubis étincelle comme une promesse !

J’avais beau me pencher, je ne le distinguais pas, mais la caresse de Jimmy était si assurée que je n’eus aucun doute à ce propos. Jim se plaignit de nous entendre parler français. Je lui reprochai de ne pas prendre la peine d’étudier notre langue.

– J’ai du mal avec les études, Princess, désolé !

– Et tu oses dire ça devant ton frère qui a passé sa vie à enseigner ?! Il te le dira tout est question de mo-ti-va-tion !

Je devinai le sourire charmé de Jimmy rien qu’à sa façon de respirer. Approche que je te donne ta première leçon ! Jim alluma son briquet qui s’éteignit aussitôt. Guide-toi à la lumière de la promesse de mon pubis ! Jim avança à tâtons, quand ses mains frôlèrent mes hanches, je voulus lui apprendre ses premiers mots. À genoux !

Mais il les connaissait déjà. Dans vos petits films tu es souvent à genoux * quand Jimmy te l’ordonne

– Tes élèves étaient aussi insolents ?

– Mes élèves maîtrisaient bien l’usage de la langue, ça aide…

Jimmy expliqua à Jim les deux sens du mot langue et comment on aimait en jouer. De la langue (tonge) ou de la langue (language) ?demanda Jim de plus en plus insolent. Je sentais les soubresauts de ses épaules secouées par un éclat de rire. Soudain, se rappelant où il était et avec qui il était, il effleura les poils de mon pubis de la pulpe de ses pouces. Ooh ! Comment dit-on « Bouffer le cul. Je veux te bouffer le cul », Princess ?

– Feuille de rose. Laisse-moi t’offrir une feuille de rose.

– Tu fais dans la délicatesse, Princesse !

– Mais c’est qu’on a une réputation à entretenir, mon bonhomme ! Ne l’oublie pas, nous sommes les ambassadeurs de la Francophonie et de la French Romantic Way of Life !

Jimmy expliqua que j’avais employé une expression poétique à laquelle il ne s’attendait pas, avant de lui faire répéter alternativement bouffer le cul et feuille de rose. Autant la première ne lui avait posé aucun problème, autant il ne parvenait pas à prononcer la mienne.

– Tu vois, je n’y arrive pas « fouille di roz’ » je n’y arrive pas !

– Tout est question de motivation !

Je lui tournai le dos, m’agenouillai, offris mon derrière à sa bouche.

– Feuille de rose

– Fouille di roz’

Je m’éloignai de sa bouche.

– Essaie encore ! Feuille de rose

Il ne lui fallut pas très longtemps avant de prononcer ces mots d’une manière que je trouvais acceptable. Purée, ses ancêtres lui ont offert tout leur art en la matière ! Tandis que cette pensée traversait mon esprit, Jim expliqua à Jimmy qui ne voyait rien Son cul est un délice ! Je pourrais passer des heures à le bouffer ! Son cul est fait pour ma bouche et pour ma langue. S’il te plaît, Princess, écarte tes fesses pour moi, je vais avoir besoin de mes mains.

J’entendais le souffle court et la respiration saccadée de Jimmy, je savais pertinemment ce qu’il était en train de faire et exactement comment il était en train de le faire.

La langue de Jim se faisait tantôt souple et humide, tantôt râpeuse, mais à chaque fois, elle me léchait idéalement. Je sentais son bras contre ma cuisse, j’imaginais sa main serrée autour de son membre qui m’excitait tant. Et sa langue… et sa voix quand il me demanda Tu n’as pas changé d’avis ? Ton cul c’est toujours que pour Jimmy ?

– Je n’ai pas changé d’avis. Mon cul n’est que pour Jimmy !

– Lucky Jimmy… Mais si tu changes d’avis, tu me le diras ?

– Je n’y manquerai pas !

– Laisse-moi t’offrir une « feuydiroz »

Je tendis mes fesses vers lui, sa langue suave, son souffle sur ma peau, son gland heurtant ma jambe… le temps de me laisser aller à cette douceur, il se ravisa.

– Ou plutôt te bouffer le cul, Princess !

À cet instant précis, il m’aurait reposé la question, je lui répondais qu’il pouvait faire tout ce qu’il voulait avec sa queue et mon cul, tant qu’il le faisait aussi bien que ce qu’il était en train de me faire avec sa bouche.

Je criais comme une chienne obscène, impressionnée que ces cris m’excitent autant. Jim jouit sur mes seins, mon cri résonnait toujours contre les parois de la grotte.

Ayant perdu tous nos repères, nous nous endormîmes sans savoir à quel moment de la journée nous étions, ni à quel moment nous nous sommes réveillés. Jim, prudent, avait prévu de quoi manger puisqu’il savait que l’eau ne serait pas un problème dans cette grotte. Cela fait partie des rares savoirs dont il a hérité de ses ancêtres, la capacité à lire les grottes, les cavités et autres abris naturels.

En voulant attraper un paquet de gâteaux sec dans le sac de Jim, j’entendis le son mat d’un petit objet tombant à terre, avant de l’oublier, parce qu’on n’y voyait toujours rien, je le cherchai du bout des doigts, le trouvai, souris et décidai qu’il était grand temps pour moi de croire aux signes du destin.

Je renonçai aux gâteaux, déchirai l’emballage de la capote, titillai le sexe de Jim dont ma main avait trouvé le chemin. Quand j’estimai qu’il bandait assez, je déroulai lentement la capote. Sa main sur la mienne, sa voix enrouée de sommeil Oh Princess ! Oh my God ! Oh what a sweet awakening !

– Suce mes seins

La bouche de Jim les trouva sans problème. J’étais dans le noir, je ne distinguais rien, pourtant je fermai les yeux quand il me pénétra en psalmodiant Je rêve ! Je rêve ! Quel doux rêve ! Ses mains couraient sur ma peau. J’entendis le pas prudent de Jimmy. Ses mains sur mes seins. Sa bouche sur ma nuque. Sa voix sifflante d’excitation.

– Ça te plairait que je te morde un peu ?

– Mais avant, je pourrais te demander une sodomie polie ?

– Une sodomie polie ?!

– Oui, une sodomie sans avoir à déloger Jim qui est si bien en moi…

Jimmy éclata de rire en vantant à Jim l’art poétique avec lequel je lui avais soumis ma proposition. Jim répétait en s’appliquant vraiment. Sodomie polie.

– Je ne disais pas que des conneries quand je parlais de motivation. Écoute comme il le prononce bien !

– Sodomie polie. Sodomie polie !

– À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

– Oh, écoutez le vieux prof vexé que je lui donne une bonne leçon de pédagogie !

Jimmy ne répondit pas. Je m’étais cambrée, de ses caresses habiles, il détendait mon anus, l’assouplissait. Si Jim s’était montré prévoyant quant à la nourriture, il n’avait absolument pas pensé au lubrifiant. Je m’étonnai de l’aisance avec laquelle Jimmy avait trouvé le chemin.

– À ton avis, pourquoi insistais-je donc tant pour te peindre tous ces points blancs le long de la colonne vertébrale, Princesse ?

– C’était donc de l’Art avec un peu de vice dedans, si je comprends bien. Du vice l’art, en quelque sorte… Outch ! C’que c’est bon ! C’est bon aussi pour vous ?

Jim ne bougeait pas. Jimmy me pénétrait lentement, artistiquement. Quand il fut assez enfoncé en moi, il me caressa les seins.

– À toi de jouer, Princesse ! À toi de jouer ! Je parie que tu as fermé les yeux !

– Gagné ! Dites-moi si ça vous convient à tous deux si je bouge comme ça

– Oh my God !

– Est-ce que tu sens comme mon cul est heureux quand Jimmy est dedans ?

– Ooh… !

– Tu sens les va-et-vient de sa queue dans mon cul ?

– Ooh… !

– Tu imagines le jour où ce sera ta grosse queue noire qui fera jouir mon cul ?

– Ooh… ooh… oh my God !

Je l’embrassai à pleine bouche avant de me redresser et d’appeler les baisers de Jimmy. Je sentis les dents de Jim caresser mes mamelons avant de me téter comme il sait si bien le faire. Je jouis la première. Les dents de Jimmy déchirèrent ma peau. Comme à chaque fois, nous échangeâmes aussitôt un baiser au goût merveilleusement métallique. Ô ma Princesse, ô ma Princesse !

Jimmy hors de mes fesses, Jim prit les commandes. J’aimais la façon dont il me faisait rebondir sous ses coups de bassin. J’ai aimé quand nous avons roulé sur le sol, qu’il s’est retrouvé au-dessus de moi, est sorti de mon corps et a demandé à Jimmy comment on appelait le doggy style en français. La levrette. La levrette à Dédette !

Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés dans cette grotte, tout ce dont je me souviens, c’est qu’il faisait nuit noire quand nous en sortîmes, que l’air était encore tiède et que nos peintures tenaient plus du barbouillage que de l’œuvre d’art.

Nous étions loin de tout, mais à moins de trois cents kilomètres se trouvait un aérodrome où un petit avion faisait des navettes avec la ville la plus proche. En allant nous y ravitailler, nous vîmes ce petit bijou. C’est quand nous redevenons volcans au creux de la Terre ! J’embrassai Jim pour le remercier de cette jolie formule qui nous définissait si bien.

*En français dans le texte.

Odette&Jimmy – « Là où la mer est bleue et les poissons curieux »

Pendant notre dîner-croisière sur la Seine, Jimmy émaillait notre conversation de propos pas vraiment incohérents, mais parfois un peu à côté de la plaque. Je m’étonnais qu’une flûte de Champagne et deux verres de vin l’aient autant enivré. L’âge peut-être ?

Je n’en compris la raison que le lendemain à l’aéroport.

– Tu vois le concept de roi des cons ? Ben, là tu l’as dépassé, Jimmy !

– Et toi, le concept de perspicacité, ça te dit quelque chose ?

– De perspicaci quoi ? Purée, c’que je suis nulle quand je m’y mets !

– J’ai bien distingué une lueur de surprise, de crainte, de gêne et surtout d’incompréhension dans ton regard, mais… c’était trop bon !

Nous accomplissions les formalités douanières avant d’embarquer pour Zanzibar, quand Jimmy, sérieux comme un pape, me promit de m’offrir une banane dans sa cabane. Je le bousculai « C’est pas drôle ! » en éclatant de rire quand nous remarquâmes les sourcils froncés d’une femme un peu plus jeune que moi. Nous n’y prêtâmes pas plus attention que ça.

Quand nous atterrîmes, en attendant nos bagages, Jimmy me passa ses écouteurs, j’éclatai de rire en entendant les premières notes de la chanson d’Au bonheur des Dames.

– Ça y est ? La mémoire te revient ?

La femme croisée à Roissy, qui attendait elle aussi ses bagages, nous demanda ce que nous trouvions de si amusant.

– L’histoire est un peu longue, mais en résumé j’ai fait une blague qui a fonctionné au-delà de mes espérances.

– Vous ne vous moquiez pas de moi, alors ?

– Mais pour quelle raison l’aurions-nous fait ?!

– Désolée. Je suis un peu à cran ces derniers temps. Désolée.

Elle a récupéré ses bagages et s’est éloignée en s’excusant encore.

Jimmy et moi ne sommes pas sortis de notre suite nuptiale durant les premiers jours, ayant ressenti un grand besoin de plaisir. Je n’osais pas lui avouer à quel point tous ces mois entre nos voyages me pesaient, me semblaient interminables. J’avais refusé à deux reprises sa proposition à venir m’installer avec lui en Provence et je craignais son refus poli et embarrassé si je lui demandais de me délier de ce pacte. Il m’avait tellement manqué pendant l’année 2015, chaque année devenait plus insupportable que la précédente, mais je n’en pipais mot à cause d’une fierté mal placée.

Mais quand nous nous retrouvions… bon sang, quel bonheur ! Nous faisions l’amour comme des affamés, nous déchirant la peau à coup de dents pour mieux nous prouver que nous étions vivants. Quand il me traitait de gamine effrontée, ses yeux ne mentaient pas, ni son sourire. C’est ainsi qu’il me voyait vraiment. Nous rajeunissions dans les bras l’un de l’autre, ne gardant de nos âges avancés que la certitude de la brièveté de notre existence.

Nous admirions le coucher de soleil depuis notre terrasse quand nous remarquâmes un couple qui faisait de même sur une terrasse voisine. Ils se réfugièrent précipitamment dans leur chambre, ce qui nous amusa beaucoup. Quelques minutes plus tard, on toqua à notre porte. Jimmy l’ouvrit et nous vîmes cette femme. Le regard affolé, elle nous supplia de ne rien dire. Jimmy l’invita à entrer pour la rassurer et pour qu’elle nous explique la raison de son effroi. Il était évident qu’elle cherchait à lire dans nos yeux, dans nos mots et notre attitude, si elle pouvait nous faire confiance. Rassurée sur ce point, elle nous raconta son histoire.

La cinquantaine passée, son époux l’avait quittée dès l’envol de leur unique enfant hors du nid familial. Elle s’était retrouvée seule, réalisant que leurs amis étaient en fait ceux de son mari, ce dont elle n’avait jamais eu conscience auparavant.

Après de longs mois passés à se morfondre, ne quittant son appartement que pour se rendre au travail, sans l’envie, ni l’énergie d’aller au ciné, au théâtre, ni même au restaurant, elle s’était décidée à suivre les conseils des revues féminines dont elle voyait la couverture aux vitrines des marchands de journaux et de se faire plaisir, de ne penser qu’à elle-même. Conseils dont elle s’était moqué jusque-là d’un haussement d’épaules. Elle avait changé d’avis en voyant une publicité à la vitrine de l’agence de voyage attenante, vantant les plages paradisiaques de Zanzibar et promettant un séjour de rêves.

Le temps était maussade à Paris. Elle avait franchi le seuil de l’agence pour savoir combien coûterait un tel séjour, persuadée qu’elle n’en aurait jamais les moyens. Elle hésitait, pesait le pour et le contre. Ce n’était pas raisonnable, elle devrait dépenser en quelques jours les économies de toute une vie, ou presque. Mais l’envie la taraudait.

La solution lui était apparue le soir même. Pourquoi passer par une agence de voyage ? Peut-être lui était-il possible de l’organiser toute seule, ce séjour ? Elle se plaignait de ses soirées interminables en solitaire, autant les occuper de cette façon. Même si ce rêve s’avérait irréalisable, il aurait au moins eu le mérite de combattre son ennui. C’est ainsi qu’elle découvrit Zanzibar l’année précédente. Dans l’hôtel où elle était descendue, elle avait été séduite par la prévenance d’un des serveurs.

À ce moment de son récit, elle planta son regard dans le mien, ses yeux s’emplirent de larmes, sa voix devint presque inaudible. Ne me jugez pas, par pitié !C’est facile pour vous… Baissant les yeux pour ne plus nous voir, elle dit à toute vitesse Je ne suis pas idiote, j’ai tout de suite compris ce qu’il en était, mais j’avais besoin de me sentir encore désirable, même si je devais payer pour ça. Je posai ma main sur la sienne.

– S’il y a deux personnes au monde qui ne vous jugeront jamais, c’est bien nous !

– Quand je vous ai entendus rire à propos de banane offerte dans une case, j’ai cru que vous vous moquiez de moi. Plus tard, quand vous avez ri à l’aéroport, j’en étais convaincue et ce soir, quand je vous ai reconnus… J’ai pris la précaution de changer d’hôtel, mais mon… ami doit se cacher, si on le découvrait…

– Que dirais-tu, si je puis me permettre le tutoiement moins formel, d’aller chercher ton ami, qu’on puisse trinquer ensemble au bonheur ?

Le fait que Jimmy n’ait marqué aucune pause avant le mot « ami » fut la raison qui lui fit accepter sa proposition. Je guettais leur arrivée comme une pensionnaire s’apprêtant à laisser entrer le loup dans la bergerie. Jimmy était en train de déboucher la bouteille de Champagne, commandée en fin d’après-midi et qui attendait depuis dans un seau de glace, quand je refermai la porte derrière eux. Il tendit la main au jeune homme.

– Mon ami ne parle pas français, hélas…

– Ça tombe bien, mon père était britannique. My name is Jimmy.

Je riais intérieurement et mes yeux pétillaient.

– Odette

– Véronique

– Farouk

– On peut t’appeler Freddie, alors ?

Les flûtes tintaient qu’il riait encore. J’en expliquai la raison à Véronique, qui n’avait pas fait le rapprochement Farrokh, Farouk, Freddie bien qu’appréciant la musique de Queen.

– À propos de musique, voici la chanson qui faisait rire Odette à l’aéroport. Tu comprendras notre surprise quand tu nous en as demandé la raison.

Après l’avoir écoutée, Véronique nous avoua se sentir bête d’avoir réagi comme elle l’avait fait.

– Chut ! Ne dis pas ça, ça lui ferait trop plaisir ! C’est son truc à lui ça, que les jolies femmes se sentent bêtes en sa présence !

Jimmy traduisait mes propos et en expliquait la raison à Farouk, quand Véronique lui demanda de quelle ville était originaire son père.

– De Marseilleu, peuchèreu !

– Ça, Princesse, tu perds rien pour attendre !

– Je ne parle pas assez bien anglais pour pouvoir avoir de vraies discussions avec Farouk. Je le regrette parfois, mais on se débrouille…

Jimmy fit montre de son légendaire talent de négociateur pour convaincre Farouk de se détendre un peu et de ne pas craindre que le personnel de l’hôtel ou quiconque le remarque.

– Ton activité est-elle connue dans cet hôtel ? Tu m’as dit que tu avais rencontré Véronique à l’autre bout de l’île dans l’hôtel où tu étais serveur. Qu’est-ce qui m’empêche d’affirmer que tu es le guide touristique que nous avons tout trois embauché pour la durée de notre séjour et que j’ai posé comme condition que nous mettions au point ensemble les excursions que nous envisageons ? Je suis un universitaire français et il est hors de question que je règle ces détails sur un coin de table dans le hall de l’hôtel ! Je paie assez cher pour avoir droit à quelques privilèges, n’est-ce pas ?

– Mais je ne suis pas guide touristique !

– Et alors ?! En dehors de nous, qui le sait ?!

Farouk partit dans un fou-rire, pendant que Jimmy expliquait à Véronique ce qu’il lui avait dit. Elle était émue aux larmes et nous remerciait chaleureusement. Nous picorions tout en buvant, Jimmy avait commandé quatre repas qui nous avaient été livrés par le room-service, il en avait profité pour présenter notre guide et demander s’il serait possible d’installer un lit d’appoint dans ce qui nous servait de salon afin que nous puissions être certains qu’il serait à l’heure chaque matin. Notre demande fut acceptée sans problème. Ainsi la présence de Farouk ne serait source d’aucune question potentiellement embarrassante.

Nous picorions tout en faisant plus ample connaissance, je traduisais de temps en temps certaines bribes de la conversation entre Jimmy et Farouk à Véronique qui avait du mal à la suivre. Elle me racontait son histoire, ce qu’elle ressentait dans les bras de ce jeune homme, ce frisson qu’elle n’avait jamais connu, prendre du plaisir sans avoir à se demander si une histoire d’amour pourrait en naître, sans à avoir à imaginer un potentiel avenir commun, le plaisir pour le plaisir. Pourtant, me dit-elle, jamais elle ne s’était sentie autant respectée. Elle avait eu de belles histoires d’amour avec des hommes comme il faut, qui ne s’étaient jamais montrés irrespectueux, mais ce respect, un tel respect, elle ne l’avait jamais ressenti.

Jimmy me regardait, un sourire serein aux lèvres. Il avait entendu les derniers mots de Véronique.

– Farouk vient de me raconter quelque chose de troublant, mais j’ignore s’il souhaite que je te le dise en présence de Véronique.

Il lui demanda s’il pouvait le faire ou s’il devait garder tout ceci secret. Farouk haussa les épaules fataliste, genre « c’est toi qui vois ».

– Farouk vit de ses charmes, il est prostitué ou travailleur du sexe, je ne sais pas quel terme tu préfères entendre. Son boulot, c’est de donner du plaisir aux femmes en vendant son corps. Il n’oublie jamais qui il est, ni pourquoi il est là. Pourtant, dès leur première nuit, cet aspect est passé au second plan. Avec Véronique, ce n’est pas un étalon, il est Farouk, un homme qu’on respecte et à qui on offre du bonheur en plus de s’acheter du plaisir. Ce qui m’a troublé, c’est qu’il venait de m’expliquer que Véronique est la seule femme qui l’ait regardé avec autant de respect. La seule femme qui a tenu à faire connaissance, à lui poser des questions le dictionnaire à portée de la main pour être sûre de comprendre ses réponses. La seule femme qui lui ait donné envie de flirter comme un adolescent flirte avec une adolescente. La seule à lui avoir dit « tant pis si ça prend trop de temps, dans ce cas-là je te réserverais un autre rendez-vous ». Pas dans l’espoir d’obtenir la gratuité ou une ristourne, non elle paierait le prix convenu, mais elle voulait prendre son temps. Et quand elle lui a proposé ce séjour loin de chez lui « un mois pour moi toute seule, ça me coûterait dans les combien ? » il avait cru rêver. Et c’est pour cette raison qu’il se sentait respectable, respecté. Tout en étant un prostitué.

– Je n’avais jamais embrassé de noir sur la bouche, pourtant je n’ai pas été surprise quand elle s’est posée sur mes lèvres, la première fois. Mais je suppose que ça t’a fait pareil, la première fois que tu as embrassé la bouche d’un blanc, Odette. Après, avec Jimmy… tu ne devais déjà plus te poser la question, tu savais ce que ça faisait…

Jimmy, mort de rire, traduisit les mots de Véronique à Farouk en ajoutant à mon attention « Fais-moi plaisir, Princesse, je te charge d’expliquer tout ceci ànos amis, mais en anglais afin que nous puissions tous tecomprendre ! »

– En anglais ?! Fais chier, Jimmy ! Bon. À dix-sept ans, j’ai demandé à Jimmy de me rendre un petit service…

– Ça a le mérite de la concision, Princesse !

– Il a été ton premier homme ?!

– Hé ouais !

– Et vous êtes ensemble depuis tout ce temps ?!

– Bé non !

– Elle t’a demandé de lui donner son premier baiser ?!

– Entre autres… elle m’a demandé, puisqu’elle pouvait me faire confiance, j’étais un des meilleurs amis de son frère aîné, elle m’a demandé de la dépuceler parce qu’elle voulait en garder un souvenir impérissable et qu’elle savait que j’en serais capable.

– Hey, mais il avait presque vingt-quatre ans ! C’était un homme, un vrai, un dur, un tatoué, pas un puceau qui aurait tout gâché ! Et pis, à vingt-quatre ans… le Jimmy… laissez-moi vous dire, qu’il était presque aussi beau qu’il l’est maintenant ! J’ai bien eu raison, alors…

– Et après ?

– Mais après, rien ! C’était ça le service… il me dépucelait, me faisait ça bien, mais dès le lendemain, il redeviendrait le meilleur ami de mon frère qui vient déjeuner dans notre famille tous les dimanches, qui part en vacances avec nous, parce qu’il est de l’autre bout de la France et qu’il fait ses études à Paris. Je ne voulais pas d’une histoire d’amour avec lui, je crois que ça aurait été trop compliqué à vivre, en tout cas pour moi. J’avais besoin d’un technicien pas d’un prince charmant. Il me rendait ce service, comme j’aurais pu lui demander de changer la roue de mon vélo, ou un truc comme ça…

– Finalement… un peu comme moi, Jimmy… tu es un peu comme moi…

– Sauf que l’Européen est plus couillon que l’Africain… parce que l’Européen, c’est lui qui paie pour rendre ce service !

Farouk partit dans un nouvel éclat de rire communicatif, nous prenions vraiment plaisir à profiter de la joie de cette soirée impromptue. Véronique n’avait presque rien bu, elle n’était pas ivre, quand elle nous demanda si nous serions choqués à l’idée d’assister à son premier cunni avec Farouk.

Nous lui proposâmes de photographier son regard, pour qu’elle puisse garder cette photo dans son portefeuille sans craindre d’avoir à expliquer la raison de ce regard extatique, puisqu’il pourrait tout aussi bien être le fruit du hasard. Une photo pas compromettante mais qui lui permettrait de se souvenir quand elle serait de retour en France.

L’idée l’enchanta, mais elle voulut d’abord connaître la suite de l’histoire. Comment se faisait-il alors, que nous nous retrouvions, des années plus tard, ensemble dans une suite nuptiale pour un séjour pour le moins sonore ?

Jimmy leur raconta nos retrouvailles lors des funérailles de mes parents en 2009, mon désenchantement, la séparation à venir d’avec mon époux. Sa proposition de me faire découvrir de nouveaux horizons et notre décision de nous retrouver chaque 29 décembre, pont de l’Alma pour un dîner-croisière sur la Seine, puis le séjour-surprise de sept semaines qu’il me propose en me donnant que peu d’indices sur la destination, à chaque fois différente.

Farouk et Véronique l’écoutaient bouche-bée, les yeux grands ouverts. Je constatai alors que sa voix de conteur cévenol fonctionnait à merveille en anglais. Jimmy est un conteur né. Je connaissais l’histoire, et pour cause ! Il ne mentait, ni n’ajoutait le moindre détail, cependant la façon dont il la sublimait par ses mots me faisait douter de sa réalité.

– Mais pour toi, Odette, il n’est plus question d’un simple service ?

– Bien sûr que non ! Plus maintenant, mais en 67 si ! Ce n’était vraiment qu’un simple service. En 2009, quand Jimmy est venu à ma rencontre, dès ses premiers mots, j’ai compris, il a compris que nous étions amoureux l’un de l’autre, même si on n’en a jamais parlé, je sais que nous l’avons compris en même temps, à cet instant précis.

– Je l’ai vue, adossée à ce mur, un pied contre la paroi, une clope au bec, son chapeau enfoncé sur sa tête, sa grande cape noire. Je l’ai vue, elle m’a regardé et nous avons compris.

– Et cette année, pendant le dîner-croisière, j’ai cru qu’il était devenu sénile, parce qu’il me disait tout à fait hors de propos, certaines phrases de la fameuse chanson, mais comme d’habitude, je n’ai pas deviné où il m’emmènerait !

– Vous avez dû me prendre pour une folle…

Pendant que Jimmy et Farouk très excités, installaient la table des opérations, Véronique se laissa aller à d’autres confidences.

– Je n’étais pas une oie blanche, tu sais. Je ne comprends pas comment j’ai pu accepter d’endosser ce costume d’épouse modèle, sans même m’en rendre compte, sans réagir, alors qu’il m’avait toujours gêné aux entournures ! J’ai voulu me conformer au rôle que la société m’imposait alors que j’avais été une jeune fille rebelle. J’aimerais avoir la force de revendiquer mon choix d’amours tarifées, mais la route est encore longue. Votre regard à toi et surtout à Jimmy m’aideront à y parvenir, parce que je sais qu’un jour j’assumerai ce choix, mais je n’y suis pas encore prête. Disons que vous êtes les deux premiers cailloux blancs qui me serviront de point de repère en période de doute.

Répétant par groupe de deux mots, la phrase que lui soufflait Jimmy, Farouk prononça Si Madameveut biense donnerla peine Il rayonnait littéralement de fierté d’y être parvenu. Alors que je pensais qu’elle rejoindrait la table en se dandinant comme une poule, Véronique s’avança d’un pas ferme et décidé. Elle demanda à Jimmy de se retourner le temps qu’elle retire sa culotte. Il se retourna donc, non sans sourire.

– Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? Avec ce que je… Excuse-moi, Jimmy, je ne m’explique pas cet accès de pudeur pour le moins incongru !

Jimmy traduisit à Farouk qui répondit qu’il avait compris. Je ne sais pas pourquoi, mais parfois je comprends ce qu’elle veut dire quand elle parle en français, mais pas très souvent. Et ça lui fait parfois pareil avec moi.

Véronique totalement nue, s’était allongée sur la table, ses pieds reposant sur les deux tabourets de bar. Elle voulait que nous puissions photographier les réactions de son corps, si elle en ressentait l’envie.

Comme si elles avaient été notées à l’encre magique, uniquement visible à mes yeux, toutes les raisons de ses complexes me sautèrent au visage. Simultanément, les raisons pour lesquelles ce même corps suscitait le désir des hommes m’apparurent avec la même violence. Son corps avait vieilli, il avait été longtemps négligé, mais sans doute pour ces raisons, on le sentait avide de prendre et d’offrir du plaisir.

Je n’en ressentais absolument aucun pour son corps, pourtant je ressentais physiquement le désir qu’il faisait naître chez les hommes.

– Merci, Odette. Dans ton regard, je me sens belle. Je voudrais que tu prennes les photos.

Sans pouvoir en garantir le résultat, j’acceptai sans hésiter. Jimmy prendrait les clichés de l’autre côté. Je perçus le sursaut de surprise et je pus le capturer, comme au lasso.

– C’que c’est doux ! C’que c’est doux ! Tu pourrais photographier mes mains ?

Ses mains couraient le long de son corps sublimé par le plaisir. Je savais d’instinct ce qu’elle voulait que je capte. Les frémissements de sa peau, le creux de sa taille, son ventre, son plexus solaire, encore le creux de sa taille, puis ses seins, ses épaules, son cou… Vais-je réussir à capturer la douceur de son sourire ?

L’orgasme l’avait projetée en avant, comme il n’y avait pas beaucoup de lumière et que je me refusais au flash, le cliché est un peu flou. Mais d’un flou involontairement artistique puisque son sourire énigmatique et son regard indéchiffrable sont nets.

Aussi surréaliste que cela puisse paraître, après l’avoir fait jouir de si belle manière, Farouk demanda à Véronique s’il pouvait lui faire l’amour.

– Je devrais la baiser, mais elle me fait l’amour, alors…

Farouk avait le fatalisme souriant et radieux. Même s’il était payé pour sa prestation, je compris ce que Véronique avait trouvé en lui. Je le regardais dérouler le préservatif le long de son membre, j’eus une pensée pour Jim.

Je ne me souviens pas l’avoir vu s’enduire de lubrifiant, mais je me souviens de l’éclat de son préservatif quand ses va-et-vient se faisaient plus amples. Je regardais les mouvements de leur corps comme un pas de deux sur la scène d’un opéra. Ils ne parlaient pas la même langue, mais leur corps se comprenaient et je veux croire que cet état de grâce n’était pas uniquement dû au professionnalisme d’un des deux danseurs.

Véronique me demanda de traduire à Farouk son désir qu’il jouisse dans sa bouche, comme l’autre fois. Farouk lui demanda un peu de patience, il prenait tant de plaisir en elle, pouvait-il en profiter encore un peu ? Je ne sais pas si ça rentrait dans les termes de leur accord commercial, mais je veux aussi croire à la sincérité de ce jeune homme.

J’ai aussi photographié la main de Véronique qui se crispait sur sa hanche, ses ongles entaillant sa peau blanche. De tous mes clichés c’est probablement celui que je préfère.

Nous partageâmes quatre semaines avec ce couple charmant, touchant, sans illusion, mais avec beaucoup de sérénité, leur servant d’alibi, de laissez-passer.

Quand ils durent retourner à leur vie, Jimmy décida de suivre les conseils de Farouk et d’achever notre séjour sur le continent, en Tanzanie.

Peu avant leur départ, ils tinrent à nous offrir ce petit globe, symbole pour eux de nos séjours romantiques à travers le monde, puisque Jimmy leur avait montré mon bracelet et qu’il leur avait expliqué la signification de chacune des breloques, sur le mode du conteur cévenol.