Odette&Jimmy – « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots »

La chanson en question

Je me remettais de toutes ces émotions dans les bras de Christian, goûtant avec délice ce moment d’une tendresse absolue. Nous échangions quelques mots, entrecoupés de longs silences bruyants. J’entendis Martial éclater de rire, suivi par Cathy et Monique. Poussés par la curiosité, nous les avons rejoints. Je ne me souvenais pas avoir vu mon frère totalement nu, je découvrais son corps à 73 ans.

– On réservait nos places pour le spectacle de demain soir et comme ça risque de durer, on cherchait notre place sur Martial… parce que c’est le plus confortable de la bande et qu’il se tient mieux que Marcel…

– Note qu’elle n’a pas dit que je suis gros, je suis confortable !

– C’est parce qu’elle est polie !

– Toi, t’es envieux ou je ne m’y connais pas !

– Un peu que je le suis ! Il y a quelques années, c’est ma compagnie que ces dames recherchaient… O pute borgne, toutes ces années à entretenir ce magnifique corps d’athlète, toutes ces années d’ascèse et tout ça pour qu’elles préfèrent le gros nounours ! On le serait à moins, non ? Qu’est-ce que t’en penses, Princesse à Jimmy ?

– J’en pense que je comprends pas la moitié de ce que vous racontez, mais que je suis heureuse d’être avec vous tous… qu’il sera toujours temps pour m’expliquer… Et je commence à comprendre que le spectacle des gamins sera assez éloigné de la kermesse de fin d’année…

– Ils t’ont rien espliqué tout ce temps qu’ils t’ont accaparée rien qu’à eux, ces vauriens ? Pff ! Boudiou !

– Non. Ils sont passés directement aux travaux pratiques !

– Faudra que je vérifie ça aussi ! Pasque si ça se trouve, ils ont oublié des tas de détails… Boudiou ! Mais tu rougis ma coquine ! Dis donc, ta mémé elle aurait pas fauté avec Gentil Coquelicot, par hasard ?

Je comprenais de moins en moins, Christian m’a tendu un cahier qu’il venait de sortir d’un meuble à secrets. J’en commençai la lecture et ne relevai la tête qu’après avoir lu le dernier mot. J’étais bouleversée dans tous les sens du terme. Je voulais en savoir plus, Sylvie me désigna leurs « archives » qu’elle m’avait données trois heures auparavant. J’aurais vraiment voulu rester avec eux, mais la curiosité me consumait. Daniel me rassura.

– On a tout le temps pour faire connaissance ensuite ! Tu restes jusqu’à quand parmi nous ?

Comme si j’avais honte de l’avouer, je regardai mes pieds.

– En fait… j’aimerais bien ne plus repartir… si c’est possible pour Jimmy… pour vous tous…

Jimmy m’entraîna dans son bureau pour que je puisse lire confortablement. Sylvie me conseilla de prendre la plume si l’envie me prenait de raconter quelques souvenirs. Mon cœur bondit dans ma poitrine quand elle ajouta « Vous verrez, sa façon de raconter est… un peu comme si elle décalait d’un tout petit degré l’angle de la caméra… et ce tout petit degré de différence te donne une perspective totalement nouvelle de la scène… ! Vous verrez ! »

En ouvrant la porte de son bureau, Jimmy m’a demandé si j’étais sérieuse quand j’avais dit que je voulais m’installer au mas, si j’avais conscience de ce que cela impliquait.

– J’en ai eu un aperçu tout à l’heure…

– Tu ne m’as pas vu en désirer une autre que toi, faire l’amour avec une ou plusieurs d’entre elles… Tu ne m’as pas entendu leur dire le plaisir que j’y prends…

– Certes, mais j’ai pu ressentir… comprendre… comprendre et ressentir dans mes chairs le plaisir de se faire toucher par d’autres, de faire l’amour avec l’un sans que ça ne remette en cause le plaisir que je prends avec toi, l’amour que je te porte… En l’éprouvant moi-même, j’ai pu réaliser ce que tu, ce que vous ressentez… Et tant que je ne suis pas obligée de coucher avec Martial…

– Ô, ma Princesse ! Tu sais quoi ? On va se marier ! Tu veux me marier ?

J’aurais pu le taquiner sur le trouble profond qu’il ressentait, trouble qui l’avait fait parler comme le faisaient ses parents adoptifs, façon dont il se moquait avec tendresse. J’aurais pu le taquiner, mais je n’en ai eu ni l’envie, ni la force. Je lui rappelai que je n’ai jamais divorcé.

– On a les locaux, on a un ancien maire et conseiller municipal, on a tous les témoins qu’on veut et même le lieu idéal pour notre nuit de noces… On n’a rien besoin d’autre !

– Ah bon ? J’aurai même pas droit à une petite alliance ?

– Eh bien, figure-toi que si, tu vas en avoir une et moi aussi et pas n’importe laquelle ! Joseph, Joseph qui s’excuse de s’être défilé, Joseph est joaillier, figure-toi ! Il nous fera les plus belles alliances du monde, ma Princesse ! Et pour tes témoins…

– Sylvie et Martial pour moi, non ?

– Ce serait trop facile, Princesse… les témoins se choisissent avec grand soin, ma chérie… dis-moi un nombre…

– Douze

– D’accord. Installe-toi, commence la lecture… chacun et chacune viendront te retrouver… elles et ils auront douze minutes pour te convaincre de devenir ton témoin… Seuls Martial et Sylvie en seront dispensés.

– Ah bon ? Et pourquoi donc ?

– Coquine ! Et s’il nous reste assez de temps avant le début du spectacle, je te ferai découvrir la chambre nuptiale…

– Oh, Jimmy… quand tu souris comme ça…

Je n’achevai pas ma phrase, parce que nous nous embrassâmes avec fougue et passion.

J’avais commencé la lecture du cahier écrit par Monique. Ses mots m’avaient davantage excitée que ceux de Rosalie. Ils m’étaient plus proches, contemporains. Je venais de finir un chapitre quand elle ouvrit la porte. Elle maugréait en souriant.

– La démocratie, c’est bien, mais c’que c’est long… ! Ça n’en finissait pas… Dans quel ordre allons-nous nous présenter à Odette ? Alors, j’en ai eu marre et me voilà !

Elle fit un petit pas sauté, tapa dans ses mains et écarta ses bras, comme un Jean-Paul Belmondo d’opérette. Quelle énergie !

– Ah… tu lis le récit de mes fredaines ? T’en étais où ?

– À tes fiançailles, je viens de terminer…

– Ah ah ! Quel bizarre hasard ! Plutôt que te parler de moi, je te propose de te lire le chapitre suivant…

– Rassure-moi, y aura pas de meurtre, pas de cannibalisme, pas de violence, au moins ? Putain, Monique…Titus Andronicus, quoi !

– Jimmy m’a raconté combien tu as été choquée, mais je trouve que les mots de Shakespeare se marient tellement bien avec la bouche de Martial… et, je vais t’avouer un grand secret, nous prétextons souvent « Titus » pour nous isoler, mais la plupart du temps, nous lisons « La mégère » ou « Le songe d’une nuit d’été »… Je compte sur ta discrétion ! Serais-tu d’accord pour une lecture chaleureuse et amicale ?

J’acceptai, tout en pressentant que Monique avait usé de doux euphémismes. Elle s’installa sur le sofa près de la fenêtre, me demanda de poser ma tête sur ses cuisses. Je m’exécutai, le cœur battant. Monique remarqua mon trouble.

– Tu n’as jamais couché avec une femme ? Ça ne t’a jamais tentée ?

– Euh… non… enfin si, mais non… Au lycée, une rapatriée d’Algérie est arrivée en cours d’année… en première… elle venait de Marseille où elle avait vécu quelques mois… Elle était l’attraction de la cour de récré… et que je te papouille et que je rigole super fort… Je la détestais et j’en voulais à mes amies de lui faire la bise, de la taquiner… Elles m’oubliaient à cause de cette fille que je désirais avec tant de violence. Je m’en étais aperçu quand j’avais constaté le plaisir que je prenais à la reluquer en douce dans les vestiaires… Début juin, elle est arrivée en larmes. Elle venait d’apprendre que sa scolarité s’arrêterait là. L’époux que ses parents avaient choisi pour elle ne voulait pas d’une femme trop savante parce que ça risquait de la rendre stérile. Touchée par son désespoir, j’attendis d’être seule avec elle pour la serrer dans mes bras. Elle pleura longuement sur mon épaule. J’embrassai… ou plutôt je caressai la naissance de son cou avec mes lèvres, passai mes doigts dans ses cheveux. Des pas retentirent dans les couloirs. Avant qu’ils ne soient remplis d’élèves bruyantes, elle m’embrassa sur les lèvres. Elle disparut de mon univers dès la fin de l’année scolaire. Je l’ai croisée par hasard quand j’étais enceinte de Caroline. Elle me demanda combien j’avais d’enfants, je lui désignai mon ventre « Trois, en comptant celui-ci ». Elle leva les yeux au ciel. « Veinarde ! J’en suis déjà à sept ! » Elle m’envia de travailler, son mari estimait que la place d’une femme était au foyer. Son temps étant compté, nous nous échangeâmes nos adresses, nous promîmes de nous écrire bientôt de nous revoir très vite et d’organiser un « quatre heures » où nous pourrions papoter tout à notre aise. Bien sûr, toutes ces promesses sont restées à l’état de promesse.

– Si tu veux, on essaie… N’oublie pas qu’entre nous, le principe de base est de pouvoir dire non à tout moment et que ce non sera respecté.

– Ça, je le savais déjà, mais merci de me le rappeler

Je m’installai. Monique souleva le tissu de mon chemisier, le déboutonna, glissa sa main sous mon soutien-gorge. Elle embrassa mon front quand elle constata à quel point mon cœur battait fort. Elle remonta ma jupe « pour garder un œil sur ta jolie culotte ».

– « Voiture avec chauffeur » de et par Monique alias Fille de Mère-Nature

Quelle étrange impression ! Comme elle lisait bien ses propres mots ! Je fermai les yeux et fus propulsée en 1975.

– « L’après-midi fila à la vitesse de l’éclair et la voiture m’attendait déjà lorsque j’arrivai à la gare. Un homme y était déjà installé. Je m’assis à ses côtés, du bout des doigts, il souleva ma robe, écarta ma culotte et me regarda comme pour estimer la marchandise. Je le trouvais déplaisant, mais quand il sortit sa queue de son pantalon, je fus rassurée. Une longue cicatrice un peu brune dessinait une ligne presque droite le long de sa hampe. Catherine m’avait déjà parlé de cet homme un peu étrange, dont la timidité maladive l’handicapait avec les femmes, mais qui, dès qu’il était rassuré, s’avérait être d’une incroyable gentillesse. »

Tout en lisant ces mots, elle souleva ma culotte et glissa sa main vers mon pubis. Je retrouvai mes émois adolescents, quand, le traversin entre mes cuisses, je l’embrassais en imaginant que c’était Clara.

– Oh ! J’adore les poils de ta chatte ! Tu n’es pas choquée par ce mot, j’espère ?

– Non. Bien au contraire ! Comment il t’a touchée, la première fois, Jean-Luc ?

– Comme ça… ooh… j’aime vraiment tes poils, Odette ! Et pis… ils sont presque aussi blonds que les miens ! Putain ! T’es déjà trempée ! Au moins autant que moi !

– Parole, parole, parole…

– Tu me crois pas ?! Lève-toi, tu vas voir !

Elle se leva aussi. Surjouant un courroux agacé, elle ouvrit sa robe, la jeta à terre. Acheva de me dévêtir et se planta face à moi.

– Qu’est-ce que je disais ? Presque aussi blonds que les miens et au moins aussi mouillée que moi ! Tiens, puisque tu ne me crois pas…

Ce disant, elle prit ma main, la glissa entre mes cuisses avant de la remettre entre les siennes. Je l’embrassai. Nous reprîmes nos places sur le sofa. Monique m’invita à ne pas résister s’il me prenait l’envie de la caresser, de l’embrasser. Je la chambrai un peu d’avoir employé des termes aussi délicats.

– Mais… est-ce que j’aurais aussi le droit de te doigter et de te bouffer la chatte ?

– Bien sûr Odette, si tu ne crains pas que nos gouinages te fassent jouir !

– C’est toujours aussi facile… aussi évident entre vous ?

– Oui. Euh… sauf quand il s’agit de déterminer dans quel ordre on se présentera à toi ! « Caressant délicatement son membre du plat des ongles, je lui demandai s’il m’autorisait à le sucer un peu en attendant les autres passagers. Il accepta de bon cœur et c’est avec sa queue dans ma bouche que j’entendis la portière s’ouvrir sur les deux derniers passagers, qui nous saluèrent joyeusement. »

Monique avait repris sa lecture. Elle lisait, tenant son cahier d’une main et me doigtant de l’autre.

– Oooh ! Je comprends Jimmy ! Comme on est bien dans ta chatte !

Mes doigts allaient et venaient dans la sienne avec une aisance croissante. J’étais en train d’offrir du plaisir à une femme ! Cette prise de conscience me donna le courage de réaliser ce qui jusque-là n’était qu’un fantasme récurrent. Tout en écartant ses lèvres, je tendis ma bouche vers son clitoris qui saillait comme un petit diamant dans un écrin rosé. Enfin ! Enfin, je connaissais ce plaisir dont j’avais tant rêvé ! Que son goût m’a plu ! Et ses mots ! J’entendis le cahier tomber à terre.

– Fais-moi jouir, Odette… fais-moi jouir !

– Toi d’abord, Monique ! Toi d’abord !

– La Princesse est exigeante !

– Hey ! La Princesse doit choisir son témoin, c’est pas rien !

– Mais tais-toi donc !

En prononçant ses mots, elle appuya sur ma tête de telle façon que ma bouche se trouva plaquée contre son minou. L’odeur de son pubis me propulsa au milieu des étoiles. J’aurais passé ma vie ainsi, le nez collé à sa toison blonde, la bouche contre son sexe, ma langue titillant son clitoris. J’aimais quand elle avançait son bassin, quand elle écartait un peu plus ses cuisses, quand elle me demandait de la doigter plus fort… comme ça… et qu’elle me prodiguait des caresses rugueuses, pourtant si féminines… Que j’ai aimé lui indiquer par les miennes celles dont j’avais envie ! Je pensais « Tu fais l’amour à une femme ! Sens comme ça te fait jouir ! C’est bon ! C’est bon de se faire baiser par une femme ! Écoute ce qu’elle te dit ! Tu la fais jouir comme une sainte salope ! Écoute comme elle aime ça… et toi… »

Je décollai ma bouche pour hurler mon plaisir. J’avais oublié qui j’étais, où j’étais. Je n’étais que jouissance dans un océan de plaisir. Monique avait joui en criant que je la suçais comme une déesse.

Nous nous étreignîmes, nous embrassâmes tendrement, puis quoique chassé, le naturel revint au galop.

– C’est malin ! Non seulement, j’ai pas eu le temps de finir ma lecture, mais en plus je vais me faire engueuler ! Trente-sept minutes au lieu de douze… !

– T’as qu’à leur dire que tu te doutais qu’ils avaient besoin de plus de temps pour enfin prendre une décision !

– Oh, Odette ! Comme on va être heureux avec toi !

Elle m’embrassa sur la joue, me conseilla de mettre un peu d’ordre dans ma tenue, enfin… de me rhabiller et partit chercher mon prochain postulant.

Je ne l’entendis pas s’éloigner, mais reconnus son pas quand elle revint, ouvrit la porte pour m’annoncer dans un éclat de rire « Timing parfait, Princesse ! Ils viennent juste de se décider ! »

Odette&Jimmy – « She really gets me high »

Il vous suffit de cliquer sur cette phrase pour écouter la chanson qui illustre ce texte.

Jean-Luc caressait mes seins entre surprise et curiosité, chaque caresse était plus assurée que la précédente, plus apaisante, plus excitante. Il me projeta dans ses bras, je sentais pour la première fois la chaleur de sa peau, la force virile et animale de son corps. Il m’embrassa à pleine bouche, comme les voyous le faisaient dans les séries B des années 50. Ses mains glissèrent de mes reins à mes fesses qu’elles empoignèrent.

Je frottai mon ventre à son sexe dressé.

– Regarde, regarde la raison pour laquelle on m’appelle le Balafré. Regarde ! Tu aimes ? Tu veux bien la caresser ?

Mes doigts couraient le long de sa marque. Je sentais les picotements annonciateurs d’un désir violent tout autour de mes aréoles, je sentais mes tétons pointer et durcir, je sentais la chaleur moite entre mes cuisses, cette moiteur bouillante qui bientôt m’obligerait à onduler des hanches pour tenter de l’apaiser, de la raisonner. Je pris la main de Jean-Luc et la fis descendre jusqu’à mon intimité ardente. Jimmy m’invita à rejoindre un lieu plus adéquat.

J’entrai dans une pièce attenante, les coulisses d’une salle de spectacle remplie de toute une gamme de costumes et accessoires. Jimmy installa une espèce de fauteuil à l’assise particulière.

J’étais à demie allongée, les genoux plus hauts que mes épaules, le bassin projeté en avant.

– Écarte les genoux et montre-leur la chance que j’ai !

J’hésitai, le regardai en coin.

– Tu pourrais m’habiller de lumière ?

Je faisais allusion à notre premier voyage, aux premières photos pour lesquelles j’ai accepté de poser nue, offerte. Quand il m’avait vue ainsi, sur l’écran de son ordinateur, toute habillée de lumière, il avait oublié ma présence et s’était branlé zoomant et dézoomant, jusqu’à ce que, dans son dos, j’entreprenne de le caresser, en lui demandant de m’expliquer ce qu’il aimait tant sur cette photo.

À cette évocation, un éclair délicieusement vicelard traversa le regard de Jimmy. Je devinai sa langue gourmande derrière ses lèvres closes. elle devait commencer à affûter ses dents… Je le connais assez pour savoir comment aiguiser son appétit de me mordre, tout comme il sait comment aiguiser le mien.

– Tu sais ce qu’il t’en coûtera, Princesse. Tu veux toujours que je t’habille de lumière ? Tu es prête ?

Christian se plaignit de ne rien comprendre, je demandai à Sylvie de lui expliquer les sous-entendus pour moi, comme il avait eu la gentillesse de le faire plus tôt dans la journée.

Jimmy partit chercher l’appareil-photo, Alain et Jean-Luc l’aidaient pour les éclairages. Je fermai les yeux et expliquai que c’était d’autant plus difficile pour moi de poser devant Sylvie qui était si à l’aise face à l’objectif. Elle me répondit que le regard de tous nos amis allait me donner confiance, elle leur demanda de me rassurer sur ce point. Prise dans cette ambiance totalement nouvelle, je leur promis, en échange de leurs mots, de leurs compliments de poser dans l’attitude qui les exciterait le plus.J’espérai qu’aucun n’ait des idées trop… loufoques.

J’ai eu l’impression de sentir la chaleur des projecteurs, mais il est plus probable que ce soient les cliquetis qui m’aient avertie. Jimmy demanda à Sylvie de l’assister, plus exactement, il lui demanda de diriger la séance photo et de bien vouloir l’accepter comme assistant. Je n’avais pas envisagé cette possibilité, pour moi… tous les clichés nous verraient l’un avec l’autre, lui avec moi, mais pas… cette perspective m’embrasa littéralement. Jean-Luc fit valoir l’antériorité de notre amitié et demanda à passer le premier.

– Si on veut être exacts, j’ai vu leur bite avant la tienne, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu une photo où tu ne la fourrais pas dans la bouche de Monique !

– C’est mon péché mignon… ! Alors… quelle formule magique dois-je invoquer pour que tu écartes enfin tes genoux et que je puisse enfin admirer ton trésor ? Sésame, ouvre-toi ?

– Bien joué, le Balafré ! Ça a fonctionné !

– Écarte-les un peu plus… oui… comme… ça…

Il tendit la main vers mon pubis, mais retint son geste au dernier moment. D’une ondulation, je l’invitai à poursuivre… Il avait le souffle court, s’extasiait de la couleur, des couleurs de mes replis. Je l’invitai à venir à mes côtés afin que je puisse regarder sa queue de plus près, la toucher… Je succombai sous ses caresses et ne comprenais pas pourquoi je ne l’avais jamais désiré avant alors que des feux d’artifice explosaient un peu partout en moi tant j’avais envie de lui, de lui partout en moi, partout sur moi, envie de lacérer sa peau à coup de dents, à coup de griffes… Ses mots étaient teintés d’émerveillement et de regrets…

Je pris enfin conscience des cliquetis. J’étais bouillante de désir, je voulais sentir la queue d’un homme bien précis en ce moment bien précis. Je tournai mon regard vers Christian, qui, surpris désigna sa poitrine d’un air interrogateur.

– Oui. Toi. Ça ne t’ennuie pas ?

Que son éclat de rire sait m’enflammer ! Il fit les quelques pas qui le séparaient de moi pour me montrer à quel point ça ne l’ennuyait pas. Je regardai tous ces hommes autour de moi et sifflai d’admiration. Quelle chance, tout de même ! Moi qui avais reluqué en douce quelques bites ces vingt dernières années, j’avais sous les yeux de quoi faire rêver la voyeuse que je suis ! Je le leur dis.

Christian me demanda de resserrer les genoux, il voulait que je les écarte quand il serait face à moi, que je les écarte avec la lenteur et la délicatesse d’une fleur qui déploie ses pétales. Il voulut que ses amis soient sur la photo. Il avait une idée bien précise. Alain serait à ma droite. Jean-Luc à ma gauche. Jimmy dans mon dos, m’offrirait à leurs caresses.

– Tu te sens prête, Princesse ? Si tu changes d’avis, à quelque moment que ce soit, n’hésite pas à nous le dire.

– Décidément, mon amour, tu resteras à jamais mon initiateur !

Jimmy éclata de rire. Cet idiot n’y avait même pas songé ! Il laissa échapper les mots d’amour que nous réservions à notre intimité, ses amis manifestèrent leur surprise par des exclamations joyeuses. Il ne les avait jamais prononcés devant eux. Il se pencha pour me souffler à l’oreille « Encore une première, Princesse ! »

Quand il vit mon sexe totalement offert à sa vue, Christian eut une réaction similaire à celle de Jean-Luc, il reprocha une nouvelle fois à Jimmy de ne pas m’avoir invitée plus tôt, il lui reprocha de ne pas avoir insisté. Il caressait mon corps, je ne parvenais pas à onduler comme je l’aurais souhaité. Alain me demanda s’il pouvait mettre un morceau de circonstance.

Je n’eus pas à répondre, mon sourire soulagé était assez éloquent. Il me fit un clin d’œil « l’avantage de la modernité moderne » avant de lancer à distance cette chanson que je n’avais plus entendue depuis des décennies. Je me surpris à danser, les cuisses écartées, ne pouvant que bouger mon bassin, mes bras et le haut de mon corps. Je fus encore plus étonnée de m’entendre chanter à plein poumons les paroles qui me revenaient au fur et à mesure.

Alain à mes côtés, caressait mon sein, mon ventre avec son sexe, son autre main caressait l’intérieur de ma cuisse. Oh oh Black Betty… J’étais béate d’admiration devant la beauté de son corps, de son sexe… par sa taille impressionnante et pourtant pas effrayant, bien au contraire !

Jean-Luc taquinait mes seins, prétextant chercher la partie de ma peau dont la carnation serait la même que celle de sa marque. Je fis semblant de protester, mes mamelons sont bien plus foncés que sa pseudo balafre, mais il n’en eut cure, il continua à les exciter avec sa bite. J’étais aux anges !

Alain se pencha vers moi, me demanda s’il pouvait m’embrasser. J’acceptai volontiers. Son baiser avait un goût merveilleux, le goût des vacances d’été. Je me tournai vers Jean-Luc. Bon sang ! Il embrasse comme un dieu, ce con ! Devinant mes pensées, il me dit dans un éclat de rire « et t’as encore rien vu, ma p’tite ! »

Jimmy s’inclina vers moi. me demanda de me pencher davantage, pour que nous puissions voir ensemble le sexe de Christian me pénétrer. Je sentis mon sexe s’ouvrir, palpiter puis se resserrer autour du gland de Christian, qui me pénétrait en commentant à voix haute ce qu’il ressentait. Je me redressai encore un peu et le suppliai de m’embrasser.

Je ne sais pas ce qui me fit jouir si fort la première fois, les caresses d’Alain, celles de Jean-Luc, les caresses et les mots d’amour de Jimmy, les va-et-vient savants, les mots, les caresses et les baisers de Christian, à moins que ce ne soit les cliquetis de l’appareil-photo.

Je rugis et Jimmy me tendit son avant-bras… lui aussi a une marque indélébile, qu’il fait passer pour une scarification rituelle qu’il aurait faite dans une tribu maorie. La tribu existe, nous y avons séjourné quelques jours, c’est effectivement lors de ce séjour que sa peau a été déchirée, mais en aucun cas ce ne fut l’œuvre d’un chamane local, mais bel et bien celle de mes dents.

À chaque fois, le même goût divin dans ma bouche… Je pourrais m’enivrer de cette sensation. Je jouis plusieurs fois encore avant que Sylvie ne s’estime satisfaite du cliché. Je me remettais de ces émotions dans les bras de Christian pendant que Jimmy discutait avec Alain et Jean-Luc, je les entendais ricaner et approuver la proposition de Sylvie qui les avait rejoints.

Odette&Jimmy – « I was sleeping, gently napping, when I heard the phone »

Le titre de ce texte est la première phrase de la chanson New York conversation de Lou Reed (in Transformer) que vous pouvez écouter en cliquant sur cette phrase.

Jimmy m’a téléphoné, sa voix hésitante trahissait un trouble profond.

– Princesse… ma chérie… je sais que j’ai merdé, mais c’est arrivé comme ça… J’ai merdé. Ne m’en veux pas…

– Qu’est-ce que tu racontes ? T’en vouloir de quoi ? Tu as merdé ? Qu’est-il arrivé ?

– Émilie

Émilie ? Quelle Émilie ?

– Ta petite Émilie… la fille de Sébastien… elle est au mas et…

– Et quoi ? Émilie est chez toi ?! Mais pourquoi ? Mais comment ? Qu’as-tu fait ?

J’en pouvais plus de ses « mémé Dédette »… elle a préparé du chocolat… je faisais partie du jury pour les départager, elle et Lucas… et… j’ai lâché le morceau pour nous deux… J’ai lâché le morceau, Princesse… J’ai merdé… ne m’en veux pas…

– Mais quel con tu fais ! Tu m’as filé une de ces trouilles ! J’ai cru que tu avais couché avec elle !

Avec Émilie ?! Mais c’est qu’une gamine !

– Avec les hommes on sait jamais. Pourquoi tu ris ? Pourquoi ce ton pour dire « Oh, ma Princesse » ?

– Parce que tu imagines qu’une gamine de 25 ans puisse avoir envie de coucher avec moi. C’est vraiment flatteur !

Un long silence.

– Ma Princesse chérie, je serais si heureux que tu viennes nous rejoindre, te faire découvrir le mas, te présenter enfin à mes amis. Il serait temps, non ?

– Tu as raison. Il est temps que je franchisse le pas. Si tu veux, je prends le premier vol ou le premier train pour Marseille. Je te confirme ça.

Un nouveau silence.

Jimmy, je peux t’avouer un truc ? Nous en avions parlé à Vancouver, nous en avions parlé à Perth et on avait estimé que le sujet était clos, mais depuis, je n’attendais que ça… que tu m’invites à nouveau… pour accepter… te regarder droit dans les yeux, au milieu de ton univers et te dire à quel point je t’aime.

– Ô, ma chérie, ma Princesse chérie !

– Jimmy, tu sais quoi ? Tu as bien fait, pour Émilie, c’est sûrement plus facile à entendre de ta bouche que de celle de sa mémé Dédette…

– Oh non ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

– Sinon quoi ? Tu vas me mettre une fessée ?

– Sinon, je ne te mettrai plus jamais aucune fessée, mais une robe de chambre à fleurs et t’installerai dans un fauteuil avec une tisane et t’obligerai à regarder « Les feux de l’amour » !

– Oh putain ! Pour une punition, c’est une punition ! T’étais aussi sévère avec tes étudiants ? Alors, promis, je jette mémé Dédette aux oubliettes !

– Tu fais bien, Princesse !

Encore sous le coup de la surprise, j’ai réservé une place sur le premier vol pour Marseille, préparé ma valise. Le temps a filé à une vitesse incroyable. Je me suis installée dans l’avion. Des tas d’images s’entrechoquaient dans ma tête. J’ai fermé les yeux.

Quelques heures après son appel, je débarquais dans cet aéroport où m’attendait un comité de réception, composé de Martial qui tenait un panneau « Dédette », Sylvie qui agitait le sien « Didou », Émilie avait opté pour « Mémé Dédette » quant à Jimmy, il m’accueillait avec son panneau « Princesse ».

Une petite blondinette se tenait à l’écart, l’indifférence qu’elle affichait était trop flagrante pour être honnête. Je me suis dirigée vers elle.

Tu conduis ou on prend un taxi ?

Jimmy sautait comme une puce sur plaque chauffante « J’ai gagné ! J’avais raison ! La preuve ! Dis-leur, Princesse, dis-leur ! ». Ils m’ont couverte de bisous. Sylvie m’a fait revenir à la réalité.

– Et tes bagages ?

– Sur mon lit… J’ai oublié ma valise en partant… à mon â…

Jimmy m’a fait les gros yeux, m’a discrètement menacée de son index.

– … à mon avis, c’est l’émotion !

Pendant le trajet, Émilie n’arrêtait pas de me parler d’inconnus, dont un certain Balafré que j’étais censée connaître.

– Je connais un Balafré ?

Comme s’ils avaient anticipé ma question, Jimmy, Martial et Sylvie répondirent « Le p’tit puceau ! » tandis que la blondinette, Manon, répondit « Jean-Cule ».

L’accueil au mas fut encore plus chaleureux. Jean-Luc ricanait.

– Toi, j’te r’tiens !

– Parce que tu m’as cru puceau jusqu’en 2010 ?

Non. Non. Non ! Tu t’en tireras pas comme ça ! Tu sais très bien pourquoi ! Parce que ma petite-fille, ma descendance, en savait plus que moi, sur certaines de tes caractéristiques… anatomiques « Si on le surnomme le Balafré, c’est parce qu’il a une marque sur la teub, comme une cicatrice… genre Harry Potter de la teub ». Donc, la petite Émilie a vu ta queue avant moi, qui te connais depuis 1966…

– S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, pour me faire pardonner…

Et là, comme si de rien n’était, je vois mon Jean-Luc, le même gars pourri de timidité que je connaissais, baisser son falzar et déballer son matériel, me mettre sa bite sous les yeux. Nature.

– T’inquiète, Odette, il fait ça tout le temps… Il l’avait même montrée à ma grand-mère et à celle de Christian ! Ça doit être sa façon de faire connaissance…

– Mon Dieu ! Un exhibitionniste ! Quelle horreur !

– Ne sois pas si sévère, Mémé Dédette, il n’y a rien de mal !

Jimmy et Sylvie éclatèrent de rire.

Elle se fout de vous ! J’espère que tu leur raconteras, ma Didou !

Quelle étrange impression ! Je connaissais l’intimité des amis de Jimmy, tout en en sachant si peu sur eux. Les éclats de rire de Christian, par exemple, personne ne m’en avait jamais rien dit. La douceur infinie de Cathy, les gloussements de Mireille et sa tendance à rougir quand Marcel ou Jean-Luc se montrent grivois.

Je découvris l’existence de la Confrérie du Bouton d’Or. Je savais que cette bande d’amis se rencontrait dès que possible, mais je trouvais ça étonnamment protocolaire. Connaissant l’esprit libertaire de Sylvie, Martial et Jimmy, j’étais surprise qu’ils se pliassent à un tel formalisme. Comme si elle avait lu dans mes pensées, Sylvie m’apporta quelques cahiers et dossiers contenant leurs « archives » pour que je comprenne mieux ce qui les attachait à cette Confrérie. Avant de les lire, je me tournai vers la petite Manon.

Si je comprends bien, voilà qui t’interdira l’épilation intégrale

Ah non, ça jamais ! Beark… les poils… beark !

– Mouais… la Confrérie du Bouton Chauve… la Confrérie du Mont Chauve… du Mont Pelé… mouais… pourquoi pas ? Chacun son truc…

Jimmy proposa aux gamins de nous laisser un peu entre nous, afin que je fasse connaissance avec ses amis, avec les lieux. Ils en profitèrent pour nous annoncer une représentation dès le lendemain soir. Annonce qui fut accueillie avec un enthousiasme bruyant.

J’avais les yeux dans le vide, je sentais une vague de sérénité absolue m’envahir, j’étais enfin arrivée, à ma place.

Je ne me suis jamais sentie aussi à l’aise de toute ma vie. Je suis enfin chez moi, je peux enfin poser mes valises…

Surtout que ça va pas trop prendre de place !

Mais t’es vraiment rien qu’un p’tit con, Jean-Luc !

– Bienvenue chez toi, ma Princesse !

Et puis, si tu as besoin d’autres vêtements, on a tout un dressing plein de robes et autres dessous qui t’iront à ravir… Si tu le souhaites, je me ferais un plaisir de t’aider à choisir…

– Brummel, le Prince des dandies !

Belle comme un cœur et de surcroît perspicace ! Prof, tu es un criminel de ne pas l’avoir arrachée plus tôt à ses terres du Nord, de ne pas l’avoir enlevée pour nous la présenter !

Te caille pas les sangs, ça c’est les Parisiens… Combien de temps on a dû patienter avant d’être présentés à la Fiancée ?

Je me trouvais au milieu d’une discussion animée dont je ne comprenais pas tout. Christian, à mes côtés, me traduisait, m’expliquait les sous-entendus. Monique prit la défense de son Titi, mon frère Martial.

Vous faites bien de la ramener ! Combien de temps le Notaire s’est gardé pour lui tout seul, en parfait égoïste, la délicieuse Madame ? Quinze ans ! Quinze ans !

Oui, mais ça c’est pas pareil… c’était de la estratégie de sa part…

De la stratégie de quoi ?

Fas cagua, Mounico, de la estratégie et pis c’est tout. Je me comprends…

– Moi, ce que je comprends surtout, c’est que t’as pas d’argument et que c’est de la mauvaise foi !

– Pas le physique, ni la religion !

On aurait pu croire qu’ils avaient répété cette scène des milliers de fois tant cette dernière phrase fut exclamée en chœur. C’est à cet instant précis que je compris la puissance du lien qui les unissait.

Je sentis, plus que ne le remarquai, le sourire de Christian assis à mes côtés. Je suivis son regard. Monique et Jean-Luc s’embrassaient tendrement.

– Qu’y a-t-il de plus beau ? Existe-t-il quelque chose de plus beau à voir que le corps de la femme que tu aimes, que le corps d’une femme en train de prendre du plaisir ? Connais-tu quelque chose de plus beau ?

La voix de Christian était envoûtante.

– De plus beau, je ne sais pas, mais d’aussi beau, de voir durcir la queue de l’homme qui regarde cette femme… et aussi son sourire…

Christian m’embrassa sur la joue, prit ma main.

– Viens !

Il m’entraîna dans un recoin de la pièce, deux grandes tentures pendaient du plafond. Je me « dissimulai » derrière celle qu’il me désigna, il se « dissimula » derrière l’autre. Je pouvais ainsi l’observer en toute discrétion observant subrepticement Monique et Jean-Luc se donner du plaisir. Un regard curieux de l’un ou l’autre des membres de la Confrérie nous aurait bien évidemment démasqués.

J’ai aimé le sourire presque enfantin de Christian quand il me désigna sa queue, son mouvement de tête semblant me dire « Alors ? Ça te plaît ? ».

D’un geste, je lui demandai l’autorisation de le regarder de plus près. D’un mouvement ample de la main, il m’invita à le rejoindre. Je fus surprise quand, arrivée à ses côtés, il me prit dans ses bras, m’étreignit en me chuchotant « Merci d’être enfin là sois la bienvenue parmi nous, Princesse de Jimmy ! ».

Je cherchai Jimmy du regard, il était en grande discussion avec Sylvie, Cathy et Joseph. Alain semblait taquiner Mireille. Daniel et Marcel se tenaient à l’écart, comme s’ils mettaient une surprise au point. Je jetai un regard en biais vers le sexe de Christian. J’aurais aimé en caresser les nervures, en éprouver le relief.

– À quoi tu penses ?

– À rien. Je suis heureuse et j’en profite. J’ai envie de…

– Tu as envie de ?

– Non. Rien. C’est ridicule.

– Laisse-moi en décider.

Je me hissai sur la pointe des pieds et lui avouai dans un murmure « De te montrer mes seins, tout en sachant que je n’en aurai jamais le courage ». Christian me sourit, me fit un clin d’œil « Tu as besoin d’aide ? Attends ! »

Je ne sais pas comment il a réussi à attirer l’attention de Jimmy et de lui seul, mais il y est parvenu.

– Ta princesse a besoin de tout ton art, de toute ta science pour se dévoiler.

J’étais blottie dans les bras de Jimmy, pour qu’il puisse dénuder ma poitrine et me permettre ainsi de l’offrir à la vue de Christian. Je n’ai pas pensé une seule seconde qu’il me déshabillerait intégralement.

– Ben mon salaud ! Tu t’es bien gardé de nous dire à quel point elle est belle ! Ah mon salaud ! Il nous avait pas dit que tu es si bandante !

Je regardais le sexe de Christian, sidérée de le voir bander si dur. Dans un geste réflexe, je tendis ma main pour le caresser, avant de me ressaisir et renoncer. Jimmy prit ma main et la guida vers la queue dressée de son ami.

– Fais-moi plaisir en te faisant plaisir, ma Princesse d’amour !

Je gémis un « si on nous voyait ». Je sentais Jimmy bander plus dur dans mon dos. Je branlais Christian en éprouvant un plaisir insoupçonné. « Tu veux qu’on les convie au spectacle ? » Tremblant comme une feuille, je soufflai un oui intimidé et, mue par je ne sais quel réflexe stupide, je fermai les yeux.

– Tu es d’humeur joueuse, mon amour ! Garde les yeux fermés et tente de deviner qui est à nos côtés.

Tout en disant ces mots, Jimmy dirigea ma main vers un premier sexe dont la taille me surprit. Alain ! Quand je caressai le second, quelqu’un sifflota une mélodie que je reconnus aussitôt, mais qui m’étonna.

– Jean-Luc ? Mais… il est avec Monique !

– Monique est occupée avec son Titi, tu n’imagines tout de même pas qu’on allait te faire toucher la bite de ton frère sans t’en avertir, Odette !

J’ouvris les yeux et compris, en croisant son regard, pourquoi Monique était tombée sous le charme de son Balafré.

Odette&Jimmy – Il est passé par ici, il repassera par là

Les caresses et les baisers de Jimmy me faisaient sursauter tout en m’apaisant, j’aimais ces picotements au bout de mes orteils, qui convergeaient vers la plante de mes pieds et soudain, comme s’ils avaient changé d’idée, revenaient à leur point de départ. Je focalisais toute mon attention sur cette sensation particulière alors que nombre d’autres m’envahissaient. Tout aussi surprenantes et agréables.

J’avais à la fois vingt, quarante et soixante ans. Mon corps était vibrant comme à vingt, bouillonnant comme à quarante et serein comme à soixante.

Ainsi que je le lui avais demandé, Jimmy et moi parlions, commentions ce que nous faisions et ressentions. J’avais été surprise de le voir enfiler un préservatif. Nous avions, lui et moi, fait tous les tests et ils étaient tous négatifs. J’aimais son air professoral quand il s’en était expliqué.

– Ça va plus vite de retirer une capote que courir jusqu’à la salle de bain pour me laver si l’envie nous prenait d’une levrette conventionnelle, ma chère !

Nous en avions ri. Pendant presque trente-cinq ans, j’avais exercé au sein d’un collège, la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles entrait dans mes attributions et Jimmy venait de me faire la leçon !

– C’est la p’tite Odette de vingt ans qui a dû poser la question…

Quand il a ouvert le tube de lubrifiant, qu’il m’en a mis sur le bout des doigts pour que j’en éprouve la texture, la glisse, que j’en ai recouvert son sexe encapuchonné, c’est la bouillonnante Odette de quarante qui s’est réveillée. Celle qui s’était installée dans une relation muette d’exhibition voyeuriste avec son voisin. Je sentais mon corps prendre assez d’assurance pour se détendre et faire confiance aux caresses et aux baisers de Jimmy.

– Quand tu bouges tes doigts… oui… comme ça… ça me donne envie… de… danser autour… ça me donne envie de…

– De ?

– Tu le sais bi…

Je changeai de position, glissai ma main entre mes cuisses, saisis le sexe de Jimmy… Le contact du préservatif enduit de lubrifiant m’électrisa… Il me paraissait moins glissant qu’un peu plus tôt, mais la sensation poisseuse m’en rappela une autre. Dans un flash, je me vis essuyer en souriant le manche de la brosse à cheveux de Bertrand, qui me servait alors de godemichet.

– Attends, Princesse

Jimmy oignit une nouvelle fois son sexe et mon cul.

– J’adore sentir le gel couler entre mes fesses… c’est humide sans l’être… frais et chaud en même temps…

– Te sens-tu prête ?

Je sentis le regard de Jimmy guetter ma réaction dans le miroir. J’ouvris les yeux.

– Mais… tu rougis, Princesse ! De quoi as-tu honte ?

– En fait… ça fait un petit… bout de temps que… je… le suis…

Jimmy sourit, m’embrassa en me chuchotant des mots d’amour que je veux garder rien qu’à nous. Son sexe me pénétra un peu trop vite à mon goût… je laissai échapper un « Oh ! » entre plaisir et dépit. Jimmy m’en demanda la raison.

– Tu as été trop… vite…

– Je te fais mal ?

Tout en me posant la question, Jimmy se retirait.

Stop !

Jimmy se figea.

– Vas-y ! Oh !

Jimmy se retirait lentement. Je rouvris les yeux. Lui souris.

Stop !

Jimmy avait le sourire interrogateur, perplexe.

– La p’tite bosse…

Coquine !

Jimmy m’assena une claque sur les fesses, qui ne fit qu’amplifier le plaisir qui m’envahissait.

Encore !

– Encore quoi ? Encore ça ?

Il se retira, me pénétra.

– Ou encore ça ?

Une claque sur mes fesses.

– Encore… tout ! Mais… en… plus fort !

Tu es sûre ?

En quelque sorte, Jimmy me rendait la monnaie de ma pièce puisque je ne compris pas qu’il me tendait un doux piège et m’y précipitai. Je me cambrai, ondulai, imprimai la cadence à chacun de mes mouvements.

– Regarde comme tu es belle, comme nous sommes beaux !

Pendant des années, j’ai détesté ma bouche, trop lippue à mon goût, j’aurais donné dix ans de ma vie pour avoir des lèvres fines comme la lame d’un couteau. À cet instant, je les regardai et les trouvai sexy en diable. Je regardai Jimmy. Qu’il était beau !

Un filet de salive s’échappa de sa bouche. Une goutte atterrit sur ma fesse. Je fis semblant de le lui reprocher. Une claque pour m’apprendre la politesse. Nos rires provoqués par mon « Oh oui ! » et la frénésie s’empara de nous.

Je ne cherchais pas à retenir mes cris. On aurait pu m’entendre, mais ça ne me dérangeait pas. En fait, rien d’autre n’existait que Jimmy, moi et le plaisir que nous nous offrions en ces premières heures de cette nouvelle année. Nous étions dans cette magnifique suite à Vancouver, mais eussions-nous été sur Pluton, cette impression aurait été la même.

Des étincelles de plaisir, comme des piqûres d’aiguilles, éclataient ici et là, des éclairs de jouissance se frayaient un chemin sous ma peau, ils convergeaient, dans un chaos total, prenaient de l’ampleur. Je jouissais, pour autant ces éclairs, ces étincelles semblaient emprisonnés. La morsure de Jimmy les libéra.

– Mords-moi encore ! Mords-moi plus fort !

Jimmy psalmodiait « Je vais venir ! Je vais venir ! ». Il me fallut un peu de temps avant de comprendre. Dans la frénésie de cette étreinte, nous avions roulé, étions tombés au sol sans vraiment nous en apercevoir. Il était au-dessous, face à moi. « Je vais venir ! Je vais venir ! »

Je me cambrai davantage, ondulant avec une impudeur dont je ne me serais pas sentie capable et voyant battre sa jugulaire le mordis de toute la force de mon plaisir. Je n’oublierai jamais nos râles et le goût divin de son sang dans ma bouche.

L’Odette de soixante ans se sentait enfin redevenir femme, apaisée et accomplie dans les bras d’un homme qui fit semblant de lui reprocher la facture qu’il aurait à payer avant de raccrocher le combiné.

Odette&Jimmy – La lettre de Sylvie

Nous sommes arrivés à Vancouver. Jimmy avait réservé une suite dans un hôtel de luxe. Je ne sais pas comment il a réussi cet exploit dans un délai aussi court. Le garçon d’étage sorti, nous nous retrouvâmes seuls pour la première fois. Je redoutais le moment où il me verrait nue. Je le lui dis, sans me poser plus de questions que ça.

Jimmy me proposa de tamiser la lumière, puis nous décidâmes de profiter des heures précédant le réveillon pour refaire connaissance. Nous avions trop peu de temps devant nous et nous étions trop fatigués du voyage pour aller visiter la ville. Nous nous réjouissions de cette situation paradoxale, une réelle intimité, une indéniable complicité nous unissaient, pourtant nous en savions si peu l’un de l’autre.

Jimmy sortit une enveloppe de sa valise et me la tendit. Je reconnus tout de suite l’écriture de Sylvie, qui en préambule plaisantait sur l’aspect rééducation post-coma de l’exercice.

Les deux points qui m’ont le plus frappée, à la lecture de la lettre de Sylvie, furent l’absence totale de toute forme de jalousie et le goût de ces dames pour la sodomie. Avec Bertrand, nous nous y étions essayé une fois ou deux, sans grand succès et avec beaucoup de douleur. Je m’en livrai à Jimmy qui avait son regard coquin et attendri.

– Je crois que je vais devoir te demander, pour la seconde fois, de me rendre un service…

– Il était inclus dans le pack « Nouveaux horizons », Princesse !

– Pourquoi n’avons-nous pas fait notre vie ensemble ?

Pour avoir la chance de vivre une histoire unique, qui sait ?

Tu crois qu’on pourrait faire comme l’autre fois ? Même sans bateau-mouche ? On s’installerait sur la terrasse, un peu de Champagne et… je sentirais à nouveau le plaisir de me savoir désirée…

– Princesse, ça a si bien fonctionné la première fois, nous serions idiots d’y renoncer !

Je lisais les mots de Sylvie et j’étais excitée par certains de leurs amis. Christian, par exemple, j’étais troublée en imaginant le plaisir qu’il prenait à regarder Monique se faire baiser par d’autres, tout près de lui, le plaisir qu’il prenait à la voir jouir d’autres hommes. Je l’imaginais et le comprenais, j’enviais Monique d’avoir pu vivre cette relation pendant toutes ces années.

L’idée de Sylvie de m’écrire cette lettre était tout bonnement géniale. Je la relus une première fois, puis une autre à haute voix. J’interrompais ma lecture dès qu’une question me venait à l’esprit.

C’est marrant tout de même… tu gardes ça pour toi, mais… Martial en sex-symbol… j’ai du mal à l’imaginer ! Et Jean-Luc ! Jean-Luc si réservé, presque « autiste »… Jean-Luc, le super timide… d’ailleurs j’étais persuadée qu’il était resté vieux garçon à cause de ça… Alors, savoir que le pauvre petit Jean-Luc est en réalité un gros vicelard… quelle surprise !

Jimmy était mort de rire. La vision que j’avais de son ami l’amusait beaucoup.

– Que veut dire Sylvie quand elle écrit « et pendant ce temps, Martial et Monique peuvent se laisser aller à leur perversion » ?

Jimmy sourit, le regard au loin.

– Ils baisent tout en se lisant à mi-voix, une pièce de Shakespeare… toujours la même…

Et Sylvie appelle ça « perversion » ?! T’as vu ce qu’elle me raconte par ailleurs ? Elle est gonflée, tout de même ! C’est quelle pièce ? Roméo et Juliette ? Le songe d’une nuit d’été ?

Titus Andronicus.

– Ah. Je retire ce que je viens de dire. Titus Andronicus ?! Mais c’est un grand malade ! Pourquoi tu ris ?

Je suis heureux… et soulagé aussi… mais avant tout heureux.

Je me sens toute bête avec mon aventure extraordinaire. Me voici à nouveau la petite pucelle innocente… à côté de ce que…

Arrête ça tout de suite, ma chérie ! Ce n’est pas une compétition ! On ne participe pas à un rallye érotique avec des cases à cocher à chaque étape ! Je voulais simplement te raconter cet aspect de ma vie, parce que je ne veux pas te le cacher, en aucun cas, je ne voulais te dire « si tu veux de moi, voici ce que j’attends de toi ».

Je sais bien… mais ce lourd secret que je t’ai raconté dans l’avion… si tu savais comme il m’a pesé… Pourquoi me suis-je tue ? Je racontais mes joies et mes peines à Sylvie, mais je n’ai jamais osé lui avouer… J’avais peur de la choquer, peur de son jugement… Quelle idiote je fais !

Je sentais venir les larmes, mon corps commençait à se crisper. J’ai demandé à Jimmy quelques instants rien que pour moi et partis me refaire une beauté dans la salle de bain. J’ouvris la porte, redécouvris le luxe des lieux, me regardai dans le miroir, me souris, ressortis de la salle de bain et me dirigeai vers le dressing. Le contenu de nos deux énormes valises n’en remplissait pas le quart ! J’enfilai ma robe la plus sexy et revins dans le petit salon où m’attendait Jimmy, qui siffla d’admiration. Je tournais sur moi-même, me cambrant au maximum. « Tu aimes ? ». Jimmy se leva, me prit par la main et m’entraîna dans un slow très collé-serré.

La perversion est héréditaire chez les Touré, on dirait ! Ton frère avec ses lectures et toi avec le supplice de Tantale que tu m’infliges !

C’était précisément les mots que je voulais entendre et ses mains sur mes reins, sur mes fesses… Je voulais encore profiter de cette sensation, me sentir belle, désirable, invincible.

Comme elle est un peu juste au niveau du popotin, j’ai préféré ne pas mettre de culotte, pour éviter les marques disgracieuses… Ça ne t’ennuie pas ?

– Tu mériterais que je te réponde « Si, ça m’ennuie » !

Il m’embrassa. Nos corps s’embrasèrent. Mes craintes s’envolèrent. Je voulus passer ma main sous sa chemise. Jimmy retint mon geste « Sinon, je ne réponds plus de rien, Princesse ! »

Si on m’avait dit, il n’y a pas deux mois, que je serais aussi impatiente d’être au Nouvel-An ! Tout est si simple avec toi… tout devient possible… Hey ! Mais je ne me souvenais pas que tu dansais si bien !

Peut-être parce que la seule fois où on a dansé ensemble, c’était à ton mariage et que la lascivité n’aurait pas été du goût de tous…

La même question tournait en boucle dans ma tête.

Je n’arrive pas à comprendre comment votre arrangement a tenu toutes ces années… comment Martial peut accepter que tu te branles sur des photos de Sylvie… comment elle peut accepter qu’il couche avec d’autres femmes… comment faites-vous pour ne pas vous sentir rivaux les uns les autres ?

Les grands-parents de Monique et ceux de Christian menaient déjà ce genre de vie. Leur village était tout petit, ils en étaient sinon des notables, pour le moins des personnalités connues de tous et personne n’en a jamais rien su. Ils nous ont transmis la certitude que ce mode de vie était possible sur le très long terme, à condition d’être tout à fait d’accord sur ce que l’on veut, sur ce que l’on ne veut pas et de ne pas hésiter à en parler si nous changions d’avis.

Mais… Sylvie n’est pas jalouse quand Martial… ou que… on se compare toujours un peu, non ?

Non. Enfin, si. Mais non. Pas comme tu le crains. Je ne vais pas te donner un point de vue de femme, puisque comme tu es en train de le remarquer, je suis un homme, mais je vais te donner deux exemples, viens…

Il desserra son étreinte, me demanda de le suivre, sortit une photo d’un agenda ou de ce qui ressemblait à un agenda, s’installa dans un large fauteuil et m’invita à venir m’asseoir sur ses genoux.

– Comme je te le disais, ma Princesse chérie, je vais te donner deux exemples…

– Vas-tu me faire le conteur cévenol ou seras-tu sérieux ?

On ne peut plus sérieux… Fatché ! Vu d’ici, ton décolleté est encore plus vertigineux ! Regarde, la photo date un peu, mais la fraîcheur des corps n’altère en rien mon propos…

Je regardais la photo avec amusement. Une bande de copains, dans une pose volontairement ridicule, les hommes quasi nus, si ce n’étaient des chaussettes aux pieds, des manchettes ornées de boutons aux poignets, les bras croisés dans une posture faussement virile… les femmes à leurs pieds, certaines assises ou allongées, une agenouillée, toutes portaient un déshabillé vaporeux retenu par une broche, qui laissait apparaître leur corps.

Question comparaison et complexes, regarde… là, c’est Joseph qui bande et à côté, c’est Alain qui ne bande pas. Non, non, aucun trucage, aucun défaut… Joseph a une toute petite bite et Alain est monté comme un âne. Évidemment, quand ils s’envoient en l’air avec Cathy… c’est elle… ou avec Monique, la petite blondinette…

– La perverse, oui… Titus Andronicus ! Ils sont malades !

– Eh bien, quand ils s’envoient en l’air avec l’une ou l’autre, tu imagines bien qu’ils n’ont pas les mêmes… arguments ! Chacun fait avec ce qu’il est et pas en fonction de normes… Toutes les femmes de notre petite bande affirment jouir aussi fort et aussi bien de l’un comme de l’autre…

Autre exemple, là c’est Mireille. Imagine la petite bourgeoise provinciale, mère de famille nombreuse, catho et tout, Madame Prout-Prout, elle est mariée avec Daniel, lui… là… monsieur très comme il faut, commissaire-priseur, conseiller municipal pendant quinze ans, maire pendant quelques mandatures, grand partouzeur s’il en est. Je l’ai vu littéralement se transformer quand son épouse a rejoint notre petite bande. C’est comme s’il avait rencontré Dieu ! Bien sûr, il aimait sa femme avant. Bien sûr, pendant des années, il a mené une double-vie qui lui convenait, pourtant quand Mireille nous a rejoints, qu’elle a aimé ça et qu’elle est devenue une membre de la bande, leur amour s’en est trouvé décuplé…

Et Mireille, figure-toi que son amant de cœur, c’est lui. Marcel… le plus bourrin d’entre nous… Mireille le dit toujours, pour Marcel, elle aurait fait le tour du monde à genoux. Tu crois que son mari est jaloux ou qu’il la moque ? Hé bé, figure-toi que quand Sylvie attendait Sébastien et que Cathy était enceinte des œuvres de Christian, Daniel a su percevoir le désir de Mireille et lui a proposé de céder à son envie, si elle voulait porter un enfant de Marcel. Marcel qui a un profond respect et une admiration infinie pour Daniel.

En excluant d’autorité toute forme de compétition, nous avons évité l’écueil de la jalousie. Et du côté des femmes, Christian raffole des branlettes espagnoles, passion qu’il partage avec Daniel et, comme tu peux le voir, Monique, question nichons, c’est plutôt Waterloo, morne plaine… mais elle a d’autres atouts…

– Si j’en crois l’air béat de Jean-Luc… Putain, le petit Jean-Luc, quoi ! Je croyais qu’il mourrait puceau… Jean-Luc ! Donc Monique aime sucer Jean-Luc qui apprécie les pipes de Monique…

– Qui ne les apprécierait pas ? Les pipes de Monique sont légendaires et Jean-Luc est son amant de cœur…

– Et celui de Sylvie, c’est… toi ?

Moi ?! Certainement pas ! L’amant de cœur de Sylvie c’est l’objectif de la caméra, l’œil des spectateurs, mais certainement pas moi !

– Et celui de Cathy ?

– C’est Christian… pourquoi me regardes-tu comme ça ?

Te sentirais-tu capable de glisser ta main dans mon décolleté que tu reluques comme un fou, pour sentir comme mon cœur bat la chamade, mais de ne pas aller plus loin avant minuit ?

– Te sentirais-tu capable de me réanimer ensuite ?

Ça devrait être dans mes cordes…

Hmm, l’infirmière coquine nue sous sa blouse… le fantasme absolu !

– L’infirmière perverse dans mon cas, puisque j’exerçais auprès de gamins entre dix et seize ans ! Et merci d’arrêter de rigoler !

– Tu sais que Christian l’était aussi, infirmier ?

– Non, mais je savais qu’Alain parle couramment anglais et qu’il a une discothèque incroyable.

Comment tu sais ça?

Les fils de Sylvie nous l’ont assez seriné ! Et Delphine avait des étoiles dans les yeux quand elle évoquait son élégance et son chic. Mais celui qui en parlait tout le temps, c’était Julien… Ooh !

Comme dans mon souvenir ! Ta peau est toujours aussi douce sous ma main… laisse-moi en profiter encore un peu… comme ça…

– Alors, c’est toi qui me mets au supplice !

Le sommeil s’est emparé de nous, c’est l’arrivée du room-service qui nous a trouvés là, assis dans le fauteuil, la main de Jimmy dans mon décolleté, sa bouche sur ma nuque.

– Pourquoi lui as-tu dit d’entrer ?

Pour qu’il nous souhaite un joyeux réveillon avec le sourire attendri qu’il avait. On attend minuit pour dîner ?

Euh, je préfère qu’on prenne des forces avant…

– Serait-ce une proposition cachée ?

Non. Pas le moins du monde. Pas cachée du tout ! Tu dois bien te douter que si j’ai accepté de venir ici, c’est pour faire de toi mon esclave sexuel ! Sinon, autant rester en Seine-et-Marne !

Nous sommes allés sur la terrasse. Jimmy avait ouvert une des baies vitrées, nous entendions les rumeurs de la ville. Je n’avais pas réalisé que nous avions dormi si longtemps.

Regarde ! L’océan Pacifique, le Pacifique, Jimmy ! Tu te rends compte ?

Je sentais son souffle sur ma nuque. Il me murmurait des mots d’amour.

J’avais oublié l’effet que me font ses lèvres, son souffle, ses mots quand il me parle ainsi, à la naissance du cou… Je sentais ma peau réclamer sa morsure avec cette certitude « dès qu’il m’aura mordue, je redeviendrai princesse ».

Le compte à rebours a commencé.

10 le bouton en haut de ma robe dégrafé.
9 la fermeture à moitié baissée.
8 la fermeture descendue d’un quart.
7 la fermeture ouverte.
6 mon soutien-gorge dégrafé.
5 jeté à nos pieds.
4 ma robe un peu baissée.
3 mes seins fouettés par l’air vif.
2 mon ventre.
1 la morsure froide de l’air est moins vive lorsque le vent caresse mon pubis.

Happy New Year!

Je me retournai. Mon premier baiser de 2010 avait le goût acidulé de l’interdit. Nue, à la vue de quiconque lèverait les yeux en direction de notre terrasse. Nue à soixante ans, dans les bras d’un homme qui n’était pas mon mari. Mon corps nu, moins abîmé par mes grossesses que par des années de désamour. Je me blottis tout contre Jimmy et m’arrangeai pour que ses mains masquent mes fesses. Ma ruse fit long feu. Jimmy desserra son étreinte, recula d’un pas.

– Que tu es belle, ma chérie !

Les petites étoiles dans ses yeux et son sourire n’auraient pu mentir si sa bouche en avait eu l’idée.

– Vraiment ?

D’un geste théâtral, Jimmy tomba le pantalon, son sourire s’élargit « Vraiment ! » aucun doute ne m’était plus permis. Je ris en même temps que des larmes jaillissaient de mes yeux.

– J’aimerais réapprendre l’audace…

– Alors, tourne-toi face à l’océan ! Que tout un chacun puisse contempler tes magnifiques seins… ton corps généreux… débordant d’amour… que tout un chacun crève d’envie en voyant mes mains courir sur ta peau… sublime… en voyant mes doigts jouer avec ta toison… qu’ils aient envie que ce soient les leurs entre tes cuisses… qu’ils tendent le cou pour anticiper le moment… où mes doigts fouilleront… Oooh… je te sens mouiller… de plus en plus… mouiller… tant… et… plus… Ne retiens pas tes cris, ma chérie ! Ne les retiens pas !

Je me sentais aussi sûre de moi, de mon physique que lorsque j’avais vingt ans ! Et même davantage. Les caresses, les baisers, les mots d’amour de Jimmy m’insufflaient une confiance absolue. « Oui. Il a raison. Je suis une déesse digne d’admiration ! Oui. Il a raison. Je suis faite pour susciter l’amour parce que je le rendrai au centuple. Oui. Il a raison.C’est aussi ça l’amour. »

J’ai posé mes mains sur la rambarde, me suis penchée en avant. Saint-Exupéry avait raison. Tout comme moi. L’amour, c’est regarder ensemble dans la même direction. La levrette aussi.

Plus tard, nous ririons, Jimmy et moi, de la concomitance de notre pensée. À ce moment, nous nous contentions de jouir de cette évidence.

Quand ses doigts ont écarté mes lèvres, que j’ai senti son gland caresser ma vulve du clitoris au périnée, du périnée au clitoris, quand je me lovais dans ses mots humides d’amour, brûlants de désir, j’ai eu l’impression d’être une chrysalide dans son cocon. Je me déployais lentement à chacune de ses caresses, à chacun de ses mots. Il m’a pénétrée, le cocon s’est fendillé.

– Outch ! Bonne année à toi aussi, p’tite bosse !

Tu ne m’as donc pas oubliée ?

– Tu es gravée pour toujours dans mon corps et dans mon âme, p’tite bosse ! Oui ! Sors comme ça… et rentre en moi ! Non ! Pas comme ça ! Ne sois pas… si… timide ! Entre… oui ! Comme ça ! Comme un… soudard ! Oui ! Encore ! Encore…

Le cocon était en lambeaux et j’en émergeais enfin.

– Ne retiens pas tes cris, Princesse ! Tant mieux si quelqu’un les entend ! Je veux… que l’on nous remarque… et que… l’on m’envie… de te… faire… l’amour… Princesse !

Pour me libérer tout à fait et prendre mon envol, je lui criai « Mords-moi ! Mords-moi ! Rends-moi à la vie ! Mords-moi ! » Ses dents ont déchiré ma peau une première fois. J’ai rugi de plaisir. Toutes ces étoiles qui brillaient dans le ciel, toutes ces lumières qui s’allumaient ou s’éteignaient dans un clignotement aléatoire apportaient une dose de féerie supplémentaire à la reconquête de ma propre estime. Jimmy avait su faire jaillir la femme qui était en moi lorsque j’avais dix-sept ans. En ce premier janvier 2010, il me faisait naître à la vie, naître à moi-même.

Je lui réclamais des caresses rugueuses, il me les offrait. Il souhaitait des mots obscènes, je les prononçais. Nous nous aimions avec la rage de ceux qui n’ont pas assez joui.

– Baise-moi comme le lion baise la lionne ! Plante encore tes crocs et rugis enfin !

Il m’a mordue. Et mordue encore. Nous avons rugi d’un même cri. Et nous nous sommes offerts à la vue de tous. Il a tourné mon visage vers le sien, l’a contemplé longuement, comme s’il le voyait pour la première fois. Son sourire était d’une douceur incroyable.

Ainsi que j’en avais émis le souhait quelques heures auparavant, nous nous offrîmes « un moment de détente post-coïtale » dans le jacuzzi. Nous grignotions de sublimes toasts tout en dégustant du Champagne. Le cliché d’un bling-bling absolu, dont j’aurais ricané la veille encore, ne faisait qu’accroître mon bonheur et ma plénitude.

Il m’aura fallu… pff… plus de trente ans, mais j’ai enfin compris !

Tu as compris quoi ?

Pourquoi je n’aimais pas plus que ça coucher avec Sylvie… c’est ton regard… votre regard… Elle te ressemble tellement quand elle a joui en public… c’est comme si je couchais avec ta sœur… vous êtes sœurs autant que belles-sœurs… Et j’ai compris que je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je m’étais interdit de prononcer ces mots en les pensant vraiment. Je ne savais pas comme il est doux de les dire à celle qui les ressent également. Et si je n’avais qu’une certitude à cet instant, ce serait celle de l’amour qui nous unit.

Je me blottis dans ses bras. Il me caressa, voulut embrasser ma peau là où il l’avait mordue, s’excusa d’y être allé si fort.

– Je marque facilement, Jimmy !

Mais là… tu saignes, c’est plus que quelques marques !

– T’inquiète, j’ai apporté des cols roulés et des écharpes !

Nous nous taquinions, batifolions comme deux gamins insouciants, ivres de bonheur et de plaisir.

Il est quelle heure, dans ta contrée ?

Pas loin de 10 heures du matin…

Et si on appelait Martial et ma sœur pour leur souhaiter la bonne année ?

– J’allais te le proposer !

– On était fait pour s’entendre, alors !

Sylvie décrocha.

– Salut sœurette, alors comme ça le portable ne passe pas sur le domaine de sieur Jimmy ? Bonne année !

Bonne année à toi aussi, ma Didou ! Dis-moi, j’ai l’impression que vous l’avez bien fêtée, cette nouvelle année ! Souhaitons-la meilleure que 2009…

Jimmy veut te dire quelques mots, je te le passe…

Il expliqua sa théorie à Sylvie qui, à ma grande surprise, la trouva cohérente et logique. Nous souhaitâmes, par procuration, la bonne année à Martial qui dormait encore. Avec malice, Jimmy demanda à Sylvie de passer le bonjour et tous nos vœux au p’tit puceau. Je lui boxai le biceps sans grande conviction.

Le p’tit puceau ?!

– Jean-Luc ! Odette était persuadée qu’il l’était encore !

Jean-Luc puceau ?! Ah ah ! C’est la meilleure de l’année ! Ah ah ! Jean-Luc… puceau ! T’es vachement perspicace, Didou ! Jean-Luc… Ah ah ! Puceau !! Ah ah ! Un des plus grands baiseurs que l’Univers ait engendrés ! Ah ah ! Didou…

– Un argument de plus pour étayer mon propos, Sylvie parce que… si je me souviens bien… question perspicacité…

– Euh… krr… krr… krr… grrr… la communication est krr… krr… mauvaise krr… krr… krr… grrr… soudain !

On en reparlera ! Bon, c’est pas que je m’ennuie, ni que je veuille faire mon radin, mais je regarde la déesse d’ébène face à moi… et je me sens d’attaque pour l’ouvrir… à de nouveaux horizons… Bonne année à tout le monde !

Jimmy prit une profonde inspiration.

Sylvie, je suis amoureux d’Odette et j’ai l’impression de découvrir ce sentiment tout autant que de réaliser que je le connaissais depuis toujours…

Jimmy me tendit le combiné « Et tout ça, nous te le devons, Sylvie ! » Je la remerciai pour sa lettre, lui souhaitai à nouveau une bonne année, allai lui proposer de passer quelques jours avec elle quand je sentis les lèvres de Jimmy remonter le long de ma cuisse, sa main faire pivoter mon corps de telle façon que sa langue puisse baguenauder sur mes fesses, s’approcher de la raie… ses mains m’ouvrirent comme un fruit offert à la gourmandise. Submergée par ce plaisir inédit, je lâchai le combiné sans songer à raccrocher.

Jimmy&Odette – Rapports de bon voisinage

La proposition que j’avais faite à Odette, sans en mesurer les conséquences, s’avérait être un véritable défi. Organiser en un mois un séjour de rêve au Canada, qui plus est, fin décembre… ! Je passais mon temps sur internet, à chercher, à trouver, à espérer, à recommencer. Martial passait ses soirées avec moi, il avait vraiment besoin de ne pas rester tout seul chez lui, me savoir brûler de désir pour sa sœur et préparer ce voyage lui permettait d’espérer malgré tout. Son univers s’était vidé d’un coup, la semaine précédant l’accident qui fut fatal à ses parents, son épouse adorée, Sylvie, avait été percutée par un chauffard et était plongée dans le coma.

Vers la mi-décembre, il fallut trouver un lieu au calme pour la convalescence de Sylvie. Je leur proposai le mas qu’ils acceptèrent volontiers.

Sylvie et moi avons toujours eu une relation particulière. J’aime vraiment me branler sur ses photos, ses vidéos. Quand elle s’exhibait encore, j’adorais assister à ses spectacles. Aujourd’hui encore, j’aime quand elle lit, nue ou à demi-dévêtue, la tête posée sur mon ventre, je la mate, je soulève son vêtement pour découvrir ce que je voulais qu’elle cache, je la caresse, mais en quarante-cinq années d’amitié, si nous avons couché ensemble une dizaine de fois, c’est le grand maximum.

La perspective de mes retrouvailles avec Odette, a permis à Sylvie d’atténuer un peu le choc de la mort de ses beaux-parents. Parce que rien n’aurait pu atténuer sa peine. Martial et moi l’encouragions à ne pas résister au chagrin, à le laisser l’envahir puis à laisser couler ses larmes, à hurler sa douleur, à maudire le sort. Nous avons ainsi pu, tous les trois laisser éclater notre propre chagrin, tout en ayant en tête ce voyage à l’autre bout du monde.

La préparation de ce séjour nous apportait une bouffée d’air frais et une belle lumière. Sylvie est depuis toujours ma confidente. J’ai pu mesurer sa discrétion quand elle m’apprit qu’elle était également celle d’Odette, qui ignorait tout de mes propres secrets.

J’ai voulu lui expliquer la situation, la raison de ce voyage. Elle savait pour Bertrand, mais ignorait son installation à Cannes, puisqu’il l’avait annoncée à Odette alors que Sylvie était dans le coma. C’est elle qui m’a orienté sur Vancouver, je cherchais plutôt dans la province de Québec.

Je lui ai également fait part de mes tourments. Il était hors de question que je renonce à la vie que je mène, mais hors de question de l’imposer à Odette, si viscéralement monogame.

– Et j’espère bien qu’il est aussi hors de question pour toi de renoncer à Didou…

C’est même le préambule !

– Je sais des choses que tu ignores, tant que Didou ne m’aura pas déliée de ma promesse, je ne t’en parlerai pas. Je peux lui écrire une lettre pour lui expliquer qu’elle n’a rien à perdre à se laisser aller avec toi, qu’elle a tout à y gagner.

Dans le hall de l’aéroport et jusqu’à l’embarquement, Odette se dérobait à mes baisers. Mal à l’aise, elle se tortillait comme un asticot quand je la prenais dans mes bras.

– C’est con, mais… j’ai peur qu’on me reconnaisse, ce qui est impossible… peur qu’on me traite d’épouse infidèle alors que c’est Bertrand qui est parti, pas moi. J’espère que ça va s’arranger quand on sera installés dans l’avion…

À l’avant de l’appareil, pendant que les autres passagers embarquaient, je lui demandai si elle n’avait jamais eu d’aventures depuis sa rencontre avec Bertrand. Odette dodelina, pinça ses lèvres.

Oui et non… presque…

J’éclatai de rire.

– Tu es vraiment la digne fille de tes parents ! « Oui et non », comme maman, « presque », comme papa qui avait presque couché avec une fille avant Louise !

Réalisant la maladresse de mes mots et horrifié de cet impair, je m’en excusai auprès d’Odette, qui me regarda, les yeux étincelants « T’excuser de quoi ? D’avoir oublié qu’ils étaient morts ou par cet oubli, de les avoir rendus à la vie ? ». Elle serra sa main sur ma cuisse, m’embrassa à la commissure des lèvres.

– Tu ne t’es pas moqué de moi quand j’avais dix-sept ans, j’espère que tu ne le feras pas, maintenant que j’en ai presque soixante. À la naissance de Caroline, nous avons « fait construire » en Seine-et-Marne. Le terrain n’était pas cher, le pavillon fonctionnel, on nous promettait monts et merveilles quant aux infrastructures à venir et puis, les gamins auraient un jardin pour jouer, on y ferait un potager, un verger… Une chambre pour chacun, plus une autre pour les amis… deux salles de bain… À Paris, on vivait dans un quatre pièces microscopique.

Petit à petit, le lotissement s’est rempli de pavillons identiques, de voisins interchangeables. Pardon de me montrer quelque peu cynique, mais c’était, c’est mon sentiment. Néanmoins, allée des Acacias, nous étions solidaires. Il faut dire que les enfants y étaient pour beaucoup et que nous essuyions les plâtres, alors si un volet était bloqué, il y avait moyen que la mésaventure soit arrivée à un autre… tu vois ? Un lundi de juillet 1983, alors que les gamins étaient en vacances chez mes parents et que Bertrand travaillait, j’ai surpris mon voisin…

Les joues d’Odette prirent de la couleur. Qu’elle était craquante, plongée dans ce souvenir ! Elle souriait, un peu honteuse. Puis comme frappée par un éclair de génie, se tourna vers moi, un sourire éclatant illuminait son visage qu’elle tentait vainement de rendre sévère en fronçant les sourcils.

– Tout ça, c’est de ta faute !

– Ma faute ?!

– Parfaitement ! Ta faute ! C’est à cause de toi que je ne peux résister au plaisir de mater les…

– De mater les ?

– Les bites ! De surcroît, mon voisin se branlait !

– Et que s’est-il passé ?

– J’étais à l’étage, je dépoussiérais les tapis… Je ne sais pas comment il a su, mais il a compris que je le voyais. Il a caché sa queue avec sa revue porno. J’étais dépitée, il l’a remarqué et a soulevé tout doucement son journal comme pour s’assurer qu’il avait bien compris. Il tenait sa queue d’une main, j’ai passé une main sous mon tee-shirt, l’autre dans mon short et nous nous sommes donné du plaisir comme ça… moi debout sur mon balcon, lui assis dans son transat… C’est pas vraiment tromper, non ?

– Et quand tu le croisais ?

– Bonjour madame. Bonjour monsieur. Puis « Bonjour Odette » « Bonjour Jean-Claude ». On avait intérêt parce qu’on se retrouvait souvent dans les mêmes comités de quartier, dans les mêmes associations. De toute façon, à part une fois, on n’a jamais vraiment été plus loin que ça…

Parce que vous avez réitéré ?!

Se méprenant, Odette tenta de se justifier.

Pour Sébastien et Arnaud, j’avais réussi à retrouver ma ligne, mais après la naissance de Caroline, les kilos s’étaient installés… une certaine routine, aussi… alors avec les soucis, le pavillon, le crédit, la deuxième bagnole qu’on avait dû acheter… l’humeur n’était pas à la galipette… et pis… quand ton mari commence à t’appeler « Maman », c’est un peu le début de la fin de la romance, non ?

– Mais tu n’as pas à te justifier, Princesse !

Je pensais à la lettre de Sylvie et me maudissais de l’avoir glissée dans ma valise, c’eut été le moment idéal pour la donner à lire à Odette.

Dès le lendemain, je retournais sur le balcon… Jamais mes tapis n’ont été aussi bien entretenus qu’à cette période de ma vie ! Mais au lieu d’un short et d’un tee-shirt, je portais un déshabillé en satin, sans rien dessous. Mon voisin arriva, fit comme s’il ne m’avait pas vue, s’installa sur son transat, un pantalon de jogging trop lâche pour tout vêtement. Il commença la lecture de sa revue, une main dans le jogging. Je l’imaginais allant et venant, j’imaginais les reliefs de sa bite… Je fermai les yeux et commençai à me frotter à mon avant-bras. Quand je les rouvris, il avait retiré son jogging et se branlait en matant ostensiblement les photos de sa revue, comme si je n’étais pas là. De temps en temps, en tournant les pages, il jetait un coup d’œil dans ma direction et manifestait son contentement en se branlant plus fort ou en prenant ses couilles dans la paume de sa main. Nous n’en avons jamais parlé, pourtant je suis certaine de savoir ce qu’il voulait voir tout autant qu’il savait ce que je voulais voir… Par exemple, je sais qu’il préférait apercevoir mes seins, mon corps quand le vent s’engouffrait sous le tissu le dévoilant à l’observer directement offert à sa vue. Je sais qu’il préférait deviner mes gestes plutôt que me voir me toucher pour lui… C’était pas aussi bizarre que ça à vivre, je t’assure !

– Cette parenthèse a duré tout l’été ?

– Non

– Oh, quel dommage…

Elle a duré plus de dix ans… et puis… y a eu le Koweït… l’opération Tempête du Désert… Sa boite a fait faillite, il a été licencié… à quarante ans… il ne trouvait que des petits boulots sous-payés… puis le schéma classique : surendettement, divorce, pour finir vente par adjudication… enculé de Saddam !

Ta capacité à rire de tout ne cessera de m’étonner !

– Ça change quoi de geindre ?

– Et… cette exception dans votre règle tacite ? Tu étais dans ton jardin et lui sur son balcon ?

– Mais non ! Ce qui était quasi immuable, c’était de faire comme si on ignorait que l’autre nous matait, mais des situations, il y en a eu plein ! Je ne sais plus qui en avait l’idée… La haie de thuyas a été une belle source d’inspiration… C’est fou le nombre de fringues que le vent décrochait de mon fil pour les plaquer sur les branchages… satané vent, qui s’engouffrait sous ma robe, faisant sauter les deux boutons du haut et les deux du bas… et tout en haut de la haie, en plus ! Et c’est délicat à décrocher, les vêtements, quand t’es à bout de bras ! Ça prend du temps… et la petite culotte qu’on n’a pas vue tomber au pied de la haie… celle que le voisin a récupérée et qu’il rapporte, parce qu’il est ben urbain… J’adorais les frissons qui me parcouraient l’échine quand, devant lui, je remettais cette culotte avec laquelle il venait de se branler… Je sais qu’il aimait me voir me masturber ainsi, la main sur ma culotte et jouir dedans en appuyant bien le tissu contre ma chatte… « Non, cher voisin, ce n’est pas une des miennes… tenez, je vous la rends ! »… il la reniflait, son sexe gonflait encore… il se branlait… je me touchais et nous rabattions les branchages avant de vaquer à nos occupations habituelles…

Nous avons eu notre période « observation des étoiles au télescope », notre période « découverte des oiseaux migrateurs », notre période « promenons-nous dans les bois »… les scénarios variaient, mais on ne se parlait pas, on ne se regardait pas ouvertement, on ne se touchait pas…

Au début de l’été 93, nos gamins avaient décidé de passer leurs dernières vacances ensemble, chez les parents de Bertrand. Ils étaient amis depuis toujours et n’allaient pratiquement plus se voir dès la rentrée, puisqu’ils suivaient leur mère dans sa nouvelle vie. La voiture était trop petite et Bertrand ne faisait pas confiance aux jeunes titulaires du permis pour un si long trajet. Il fut décidé que nous partirions à deux véhicules et que je ferai le voyage du retour avec mon voisin, puisque du travail m’attendait à Paris.

Nous avons fait les premiers kilomètres en silence, il regardait droit devant lui, je faisais de même. Il a allumé la radio. Un slow sirupeux. Il a bougonné, changé de fréquence. Marvin Gaye. Il a souri.J’ai vu une larme accrochée à ses cils. J’ai regardé son entrejambe jusqu’à ce qu’il le remarque. Quand il a commencé à bander, j’ai gigoté sur mon siège pour qu’il puisse entrapercevoir la naissance de mes cuisses… pour la première fois, il a posé sa main dessus et m’a caressée. Mon cœur battait à tout rompre.

Il s’est arrêté sur le bas-côté et m’a demandé de lui faire confiance. Il a pris une autre direction, nous avons roulé un petit quart d’heure avant de nous garer dans une clairière, où il a sorti sa queue de son pantalon, où je me suis mise nue, où nous nous sommes masturbés côte à côte, à l’avant de sa voiture, sous le regard de voyeurs qui étaient accourus à notre arrivée. Ces hommes qui se branlaient pour moi ! Quel pied !

Un homme a fait un geste que je n’ai pas compris. Mon voisin m’a expliqué « Veux-tu baisser ta vitre ? ». J’ai accepté. Cet homme a caressé mes seins, ma chatte, je ne sais pas à quoi il ressemblait, je ne regardais que sa main, que sa bite… il voulait jouir sur mes seins, j’ai refusé, mais ouvert la bouche…

J’ai remonté la vitre pour regarder la main de mon voisin. Il m’a demandé si je voulais qu’il la retire pour que je puisse voir sa bite de plus près. Je n’attendais que ça et il le savait. J’ai éteint l’autoradio et sur le même ton lui ai demandé s’il voulait écouter chanter ma chatte. Ma question l’a surpris. Je lui ai fait entendre comment, quand je suis super excitée, les va-et-vient de mes doigts peuvent être sonores.

Il avait lâché sa bite et je la regardais vibrer d’excitation. C’est à ce moment qu’il m’a fait remarquer la présence de nouveaux spectateurs. Sans nous concerter, ma main a caressé son sexe et a sienne a glissé entre mes cuisses. Le « Ho ! » que nous avons gémi était dû à la surprise de sentir dans ma paume ce sexe que je connaissais si bien, mais de loin, à la sienne de caresser le mien et de la trouver si humide, auxquelles surprises s’ajoutait le plaisir de voir ces hommes se branler à cause de nous… grâce à nous… avec nous… pour nous… Je regardais ouvertement, ne cherchant pas à cacher le plaisir que j’y prenais. L’un d’eux s’approcha de la portière. Je baissai la vitre. Sa main sur mes seins… Sa main qui glisse vers mon minou, celle de mon voisin qui se soulève pour la laisser passer… leurs doigts qui me tripotent… l’autre main de l’inconnu qui accélère… son sperme qui macule mes joues… ses doigts qui recueillent sa semence avant de me les fourrer dans la bouche… ses doigts que je suce comme j’aurais aimé sucer tous ces hommes… Un autre homme s’est approché, puis un autre encore… Je ne sais plus combien ont joui sur ma langue, combien sur mon visage, combien sur mes seins… peut-être pas autant que ça, peut-être plus… J’étais vraiment dans un état second… J’ai senti mon voisin prêt à jouir. Je n’ai ni ralenti, ni desserré mes doigts quand il a éjaculé. J’ai pris garde qu’il le fasse dans le creux de ma main. J’ai rapproché ma main de nos visages et nous avons lapé ensemble son sperme tout chaud.

Il a incliné mon siège. J’ai posé mes pieds sur le tableau de bord. J’ai fait signe à ces hommes de s’approcher et toutes ces mains inconnues m’ont fait jouir.

Ensuite, nous sommes rentrés, chacun dans son pavillon respectif. Alors, monsieur le pinailleur en chef, était-ce de l’adultère ou n’en était-ce point ?

– Je dirais que c’en était presque un !

– C.Q.F.D. !

– Pourquoi ce sourire ?

– Parce que je suis heureuse et que… oups !

Odette a fait mine d’essuyer l’eau qu’elle n’avait pas renversée sur mon pantalon, pour avoir le plaisir de sentir mon sexe se dresser et tendre le tissu.

– Je crois que je n’ai jamais autant eu envie d’un homme que je te désire !

Nous nous sommes endormis sans nous en apercevoir et nous avons atterri à Vancouver dans l’après-midi du 31 décembre.

Odette&Jimmy – La première fois d’Odette

Même si papa et maman étaient bien plus tolérants que la plupart des parents de cette époque, même s’ils nous ont offert une éducation moderne, par exemple, s’ils nous criaient dessus ou nous menaçaient de terribles sanctions, je ne me souviens pas les avoir vus lever la main sur leurs enfants, j’étais une fille, ne sortais pas le soir et découchais encore moins. Je n’en aurais certainement pas eu le temps, parce que même si ça n’apparaît pas dans le récit de Jimmy, j’étais surtout concentrée sur mes études. Je voulais être au minimum à la hauteur de Martial, voire le surpasser et pour y parvenir je devais fournir un travail énorme.

Cette semaine-là, exceptionnellement, nous n’avions pas cours le samedi. Le vendredi matin, une de mes amies arriva le feu aux joues. Ses parents l’autorisaient à organiser une soirée pyjama le soir-même. J’étais la seule à ne pas pouvoir donner ma réponse. La seule dont les deux parents travaillaient par conséquent, la seule à ne pas déjeuner chez elle. Aucune d’entre nous n’avait le téléphone. Je me résignais à ne pas participer à cette soirée, mais mon amie me rassura. Il y en aurait d’autres et savait-on jamais, peut-être obtiendrais-je l’autorisation ? Dans ce cas, je n’aurais qu’à venir « comme ça, sans chichis ».

De retour à la maison, j’attendais maman en écoutant le tic-tac de mon réveil « Tic, elle dira oui – Tac, elle dira non ». Tic-tac tic-tac. Je pris conscience de son arrivée quand elle toqua à la porte de ma chambre « Tu es rentrée, ma Dédette ? ». Je bondis du lit pour lui poser la question elle eut un grand sourire « Mais bien sûr ! Tu as bien le droit de t’amuser un peu ! »

Ma petite valisette à la main, j’allais sortir quand elle me conseilla de porter la jolie robe qu’elle m’avait confectionnée peu avant. C’est parce que j’ai suivi son conseil que j’ai perdu du temps, que j’ai raté mon bus et que j’ai dû monter dans le suivant. Mais je n’avais rien prémédité du tout et fus tout aussi surprise que lui de le croiser dans le bus !

Jimmy devait descendre deux arrêts avant moi. J’étais sûre qu’il me baratinait en m’affirmant qu’il passerait la soirée tout seul dans sa petite chambre. J’aurais mis ma main au feu qu’une créature de rêve l’attendait déjà dans sa garçonnière ou l’y rejoindrait plus tard. Il s’est levé, un rayon de soleil s’est reflété sur le bracelet de sa montre.

La seule question que j’avais osé poser à maman à propos du sexe avait été « Comment savoir si c’est le bon garçon ? Si c’est le bon moment ? », elle m’avait répondu en m’empoignant le ventre « Pour ça, fais confiance à tes tripes ! »

Le bus s’est arrêté. Les portes se sont ouvertes. Jimmy est descendu. J’ai fait confiance à mes tripes. Et j’ai bien fait !

Quand je lis le récit de Jimmy, j’ai l’impression que j’étais à l’aise, mais ce n’était pas du tout le cas. On a eu le temps de boire un verre avant que j’ose me lâcher. Je m’en souviens parce que j’avais peur de me pisser dessus et que j’avais honte à l’idée de me lever pour aller aux toilettes. Je me répétais sans cesse « Te pisse pas dessus ! Te pisse pas dessus ! ». La trouille était l’unique raison de cette envie pressante puisqu’elle a disparu dès mes premiers mots, dès que j’ai su qu’il n’allait pas me gifler en m’insultant.

Je n’ai pas menti à Jimmy. Si l’on excepte nos questionnements, nos certitudes, nos craintes et nos espoirs quant aux sujets qui allaient tomber fin juin, les conversations avec mes amies ne tournaient qu’autour du dépucelage et de ses désagréments. Je savais au fond de moi que la méconnaissance, l’ignorance des mecs qui les avaient dépucelées en étaient la cause. Je n’aurais jamais posé la question à ma mère, du haut de mes dix-sept ans, j’estimais qu’elle ignorait tout du plaisir, mais surtout, je ne l’imaginais pas faisant l’amour.

Arrivés dans la chambre de Jimmy, je fus un peu déçue, je m’étais imaginé des murs recouverts de photos de pin-up. Sur un des murs, il y avait une grande carte d’État-Major où étaient punaisés plein de petits drapeaux, la photo d’un village en ruines, au-dessus du bureau un cadre avec une photo de sa famille à Paradou et sur le bureau la photo, prise pendant leur service, où il encadre Martial avec Jean-Luc. Son lit était loin d’être celui d’un serial-lover, étroit, tout en ferraille, sorti tout droit d’un surplus de l’armée ! Mais il est vrai qu’un lit plus large lui aurait interdit d’installer son bureau.

Jimmy se tenait là, planté comme un benêt, j’avais peur qu’il réfléchisse et renonce. Je savais qu’il ne me cafterait pas, mais je sentais le désir s’emparer de moi et je ne savais qu’en faire. Je connaissais la photo sur le bureau, Martial avait la même, mais je me surpris à la regarder attentivement, à l’observer, cherchant à deviner le corps de Jimmy sous cette chemisette militaire qui semblait si cool portée ainsi, légèrement débraillée. Soudain, un flash « Si ça se trouve, c’est à moi de commencer… je dois me déshabiller ou le laisser faire ? À quoi on sait que ça a commencé ? ». Je lui ai posé la question, il m’a demandé de remettre ma gabardine et de prendre ma petite valise.

Je ne sais pas pourquoi, dans son récit, Jimmy me présente comme une ingénue allumeuse, la vérité c’est que c’était lui l’allumeur ! Par exemple, quand dans le métro, il m’a parlé d’ordre de bataille, de solution de repli, je lui ai certes demandé d’oublier ses études pour la soirée, mais l’éclat de notre regard était dû à sa caresse sous ma robe, sur ma cuisse « À vos ordres, Princesse ! ».

Sur le bateau mouche, quand je me suis penchée, j’ai bien remarqué son regard plongeant, mais quand il m’a dit « Tes seins damneraient tous les Saints », si j’ai tiqué et lui ai répondu « Tu ne les as pas vus » c’est parce que je pensais que le mot « seins » s’appliquait à une femme adulte et que pour les nanas de mon âge, il était plus correct d’employer le mot « nichons ».

Pendant tout le repas, on s’est amusés à se chauffer l’un l’autre. Il est vrai que j’avais remarqué un supplément de lumière dans l’éclat de ses yeux quand je prenais un ton candide, que j’aimais tout particulièrement ça, ainsi que le trouble du serveur que je faisais semblant de ne pas remarquer.

Jimmy m’a demandé de lui raconter mes rêves, mes lectures. J’avais été très déçue par celle de « J’irai cracher sur vos tombes ». À peine quelques lignes très allégoriques qui ne répondaient à aucune de mes interrogations. De ce roman, j’avais préféré tout ce qui avait trait aux problèmes raciaux des États-Unis, à la violence de cette société issue de l’esclavage et de l’oppression. Jimmy me conseilla de lire « Les morts ont tous la même peau » du même Boris Vian alias Vernon Sullivan et me précisa même que je pourrai l’emprunter à Martial. L’éclat particulier illumina de nouveau son regard.

– Et tu n’as jamais lu d’autres textes ? Ho ho ! Si ma question te fait rougir, ce n’est pas la peine de te cacher sous la table !

Je ne me cachais pas, j’attrapais ma valise que je posai sur mes genoux avant de l’ouvrir et d’en sortir un polycopié dont j’avais prévu de faire une lecture pendant la soirée-pyjama. Je ne sais plus comment il était en ma possession, je ne savais pas qui l’avait écrit, ni à quelle époque, tout ce que je savais c’est que sa lecture m’excitait particulièrement et que j’étais fière à l’idée d’en remontrer à mes amies qui certes n’étaient plus vierges, mais n’avaient jamais rien lu d’aussi cochon. Mes mains tremblaient un peu quand je le lui tendis « Voilà. J’espère ne pas trop te choquer. » Je crus bon d’ajouter « Mais ce texte n’est pas de moi ! » Jimmy a lu les premiers mots, a souri « Tant mieux, je préfère Odette à Anaïs ! » avant de me donner ma première leçon de littérature érotique et de m’apprendre que le vrai spécialiste en la matière était… mon propre père !

Pour en revenir au serveur du bateau-mouche, Jimmy a oublié de raconter comment il avait fait déborder mon verre quand il m’expliquait la différence entre un cunni décrit par Anaïs Nin et la façon dont ils sont décrits dans « les mémoires de Fanny Hill ». J’avais ouvert de grands yeux en demandant d’une petite voix « C’est quoi un cunni ? » et devant son silence « Si c’est trop compliqué à expliquer avec des mots, tu voudras bien me montrer ? »

Quand j’ai vu que je n’avais que 50 centimes à lui laisser en pourboire, je lui ai dit « J’aurais aimé avoir plus d’argent. Je n’oublierai jamais cette soirée, je ne vous oublierai jamais, mais nous nous effacerons de votre mémoire en quelques jours… et c’est pas avec 50 centimes… » Il m’a répondu « Rassurez-vous, je n’oublierai pas cette soirée de sitôt, je ne vous oublierai pas non plus ! » et il a serré chaleureusement les mains de Jimmy.

Avant le passage du photographe, quand j’ai senti le sexe de Jimmy à travers le tissu, j’ai été traversée par une multitude de piqûres de désir, de la paume de ma main jusqu’aux aréoles de mes seins et quand il a bandé plus fort, la sensation a envahi tout mon ventre.

Nous avons fait le chemin à pied jusqu’à cet hôtel particulier. J’aimais sentir l’excitation bouillir en moi. Quand Jimmy m’a pris la main et qu’il ne l’a plus lâchée, je me suis sentie devenir femme. Il était le premier à me tenir par la main dans la rue et pis quoi… c’était plus un gamin ! Libéré des obligations militaires après un sursis et un service en tant que coopérant ! Un homme quoi ! Et quand il a ouvert les grilles… ! Il aurait pu faire ce qu’il aurait voulu, même renoncer, j’aurais été comblée quand même !

Dans son récit Jimmy décrit la fin de la soirée comme si tout s’était déroulé avec naturel, aisance. Les ans ont embelli ses souvenirs. La réalité c’est que j’étais vibrionnante et surtout inquiète. Trois heures plus tôt, Jimmy n’était qu’un ami de mon frère aîné, à cet instant, je bouillais de désir pour lui alors que ça n’avait jamais été le cas auparavant. J’avais besoin qu’il prenne tout son temps avec moi, mais je redoutais de voir disparaître cet état dans lequel je me trouvais si bien.

J’aimais sentir la chaleur de son corps sous sa chemise, j’aimais respirer son odeur et je m’imaginais avec délice le premier contact de ma bouche sur son torse. Avec le recul, je constate, étonnée, que je n’imaginais pas le contact de sa bouche sur ma poitrine, mais alors pas du tout. J’avais un homme dans mes bras, un homme que je sentais bander, ce qui me mettait dans un état d’excitation incroyable.

Je me sentais extraordinairement forte, puissante. Il était là, tout contre moi, plein de désir, parce que je le lui avais demandé. Je n’avais que 17 ans, aucun garçon ne m’avait jamais draguée, aucun ne m’avait jamais invitée à danser un slow, ni même invitée dans une boum et un homme de 23 ans, presque 24, me tenait serrée contre lui, me disait à quel point il me désirait, allait me dépuceler et m’en remerciait ! Je sentais une force inouïe m’envahir à cette idée.

Ce subtil mélange d’ardeur et de relative lenteur ne faisait qu’accroître mon désir pour lui. Notre premier baiser m’a surprise parce que je ne pensais pas avoir autant de salive dans ma bouche et j’ai craint que ça ne lui déplaise.

Tous ces fluides me perturbaient. La bave, c’est sale, ma bouche en était pleine, mais ça plaisait à Jimmy qui me le faisait savoir. Les picotements au niveau de mes aréoles s’intensifiaient, devenant presque désagréables. Je ne portais pas de soutien-gorge sous cette robe que maman m’avait cousue. Elle l’avait conçue de façon que je n’en aie pas besoin pour soutenir ma jeune poitrine. De fait, je ne comprenais pas cette sensation de lourdeur qui s’ajoutait aux picotements, mais je savais avec certitude que les caresses de Jimmy les apaiseraient.

Quand il se dévêtit, que je vis pour la première fois un sexe d’homme dressé, je suis restée bouche bée devant tant de beauté. J’en voulais à mort à mes amies qui décrivaient une espèce de trompe immonde alors que j’étais face à une œuvre d’art. Jimmy me laissa l’approcher, la toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, jouer avec. D’instinct, nous avions compris la nécessité de cette phase ludique pour dédramatiser la situation et ne garder que la légèreté d’une nuit de plaisir total, sans honte ni tabou.

Néanmoins, je luttais contre cet afflux de salive en déglutissant. Jimmy le remarqua et me conseilla d’arrêter de le faire au moment où je lui parlai de mon rêve de statue.

Quand il voulut caresser mon sexe, je maudis une nouvelle fois ces fluides, que les filles de mon entourage nommaient « faux sperme » ou « mauvais sperme ». Il fallait l’essuyer au plus vite « dehors comme dedans », discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon s’en aperçoive. Les garçons n’aimaient ni son odeur, ni sa texture et il se disait que ça nuisait à la fécondité en tuant les spermatos, d’où son nom de « faux sperme ». Je n’en rajoute pas, c’était le genre de légendes urbaines qui couraient dans mon lycée, à l’époque des blouses et de la non-mixité.

Jimmy riait, mais je ne m’en vexai pas, parce qu’il me confortait dans mon idée de l’avoir choisi lui pour ma première fois.

– Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

– Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

– Ah bon ? Et pourquoi ?

– Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

– Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Comme il venait de me le conseiller, je restai attentive à mes sensations tandis que son doigt me pénétrait. Sur le bateau-mouche, je lui avais demandé de tout m’expliquer au fur et à mesure, à répondre à la moindre de mes questions avec franchise, à en rire tout en les prenant au sérieux. Je savais déjà que peu de jeunes filles connaîtraient le luxe d’un tel dépucelage. Je lui en étais reconnaissante, mais quand je le lui dis, plus tard dans la nuit, il me répondit « Mesures-tu la chance que c’est pour un mec de dépuceler une nana comme toi ? Mesures-tu l’honneur que tu m’as fait, Princesse ? »

Le doigt de Jimmy s’enfonçait doucement en moi. « Sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ? » Tous mes picotements ont fusionné, convergé jusqu’au plus profond de moi. Mes cuisses se sont serrées autour de sa main, emprisonnant son doigt au creux de mon vagin.

J’avais franchi une première frontière, je le devais à Jimmy. Jimmy qui m’appelait Princesse et se comportait en parfait chevalier, en seigneur. Quand il put sortir son doigt humide, il prit sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent. Sa voix de conteur cévenol, comme je dis. Ce qui le fait râler. Pourquoi « cévenol » ? Parce que ça le fait râler, pardi !

– À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

– Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

– Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt du vicomte « la première jouissance d’une pucelle » avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

Je n’en revenais pas !

– C’est vrai ?!

– Non, mais ça devrait !

Nous éclatâmes de rire. Jimmy était ravi de m’avoir fait marcher aussi facilement et je l’étais qu’il ait eu l’idée d’improviser cette blague à cet instant précis.

Je pris sa main, la remis entre mes cuisses, son doigt et un ami retrouvèrent leur place dans mon vagin. Le fou-rire qui nous secouait augmentait mon excitation.

– Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

– Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

– Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

J’ouvris les paupières à grand peine.

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

– Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

– Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou tu es en train de juter ?

De la pulpe de mon pouce, je caressai son gland et y étalai ce lubrifiant naturel, comme le nommait Jimmy.

– Ta bite est encore plus douce, comme ça…

Jimmy me prit dans ses bras, tout en s’excusant, se dirigea vers la chambre, m’allongea au travers du lit.

– Qui t’a parlé de bite ? Tu vas voir comme ma grosse verge va te faire jouir, Princesse !

Il écarta mes lèvres, me décrivit la beauté de mes replis, les différentes couleurs, s’extasia que l’entrée de mon vagin soit de ce rose précis. Je fermai les yeux pour m’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononçait.

– Ouvre tes yeux, Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai.

Je les ouvris.

– Non ! N’arrête pas ! Continue !

– Continuer quoi ?

– Tu le sais bien…

– Je veux te l’entendre dire, Princesse !

– Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

– Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

– Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

Ne trouvant pas les mots, j’écartai outrageusement mes cuisses, projetai mon bassin en avant, vers le plafond, écartai à la limite de la douleur mes petites lèvres.

– J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre plus longtemps. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

– Exactement, Princesse, exactement !

Il me pénétra avec une prévenance incroyable, ses yeux plongés dans les miens qui observaient sa bouche. Je m’étonnais de constater à quel point ses lèvres étaient gonflées, d’un rose plus profond qu’à l’ordinaire. L’espace et le temps semblaient s’être figés autour de nous, seuls nos corps bougeaient en rythme.

– Tout va bien, Princesse ? Je n’entends pas ce que tu dis…

Je n’ai pas osé lui dire que les seuls mots que j’avais en tête, ceux que je psalmodiais étaient « Je t’aime », parce qu’il se serait mépris. Ce « Je t’aime » répétitif, lui était autant destiné qu’il me l’était, qu’il l’était à ces heures merveilleuses et inattendues, au plaisir que je prenais à sentir le sexe de Jimmy coulisser en moi.

– C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

– Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

– Tu pourrais sortir de ma…

– De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

– Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

– La p’tite bosse ? Ça ?

– Oh oui ! Tu me la montreras ?

– Je n’y manquerais pas, ma Princesse !

J’aimais le guider, le savoir à l’écoute de mon désir, savoir qu’en exprimant mon désir, j’augmentais le sien… J’aimais quand il allait plus fort, plus vite, plus profond, j’aimais guetter le froncement de ses sourcils, ses rictus qui m’indiquaient la réciprocité de notre plaisir. Et plus j’en prenais conscience, plus les mots me venaient aisément, plus mon plaisir augmentait. J’aimais ce frisson qui me parcourait quand j’employais des termes grossiers, quand Jimmy faisait de même.

Juste avant que je jouisse, alors que je sentais son sexe grossir et durcir en moi, alors qu’il venait de m’embrasser une nouvelle fois, j’agrippai ses lèvres avec mes dents. Il m’interrogea du regard. Je penchai ma tête vers mon épaule. Les yeux de Jimmy s’écarquillèrent, je sentis la chair de poule se répandre sur tout son corps. Sa bouche plongea vers mon épaule, ses dents déchirèrent ma peau et je me sentis femme. En me mordant, il avait retrouvé toute sa vigueur. Je ne pouvais que lui dire, merci, merci, merci. Je l’embrassai avec une passion jusque-là inconnue.

Ainsi qu’il le raconte après ce premier orgasme décuplé par sa morsure, il se retira de moi, malgré mes plaintes, mes supplications « Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… on bougera pas si tu préfères… reste… s’te plaît ! ». Jimmy refusa de m’écouter, quand il fut sorti, je me plaignis « Tu vois… par ta faute… je me sens toute vide maintenant ! » Je n’obtins pas l’effet escompté, au lieu de céder à ma supplique, il se contenta d’en rire.

Je cessai de me plaindre quand mon regard tomba sur son sexe luisant ce qui rendait ses reliefs encore plus saillants. J’aurais égorgé Martial si Jimmy l’avait exigé pour me permettre d’observer, de toucher, de taquiner, de lécher ce trésor qui se dressait contre son ventre d’homme. Une chance pour mon frère, je n’eus pas à en arriver à de telles extrémités.

– Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?

– Que tu me montres comment se branlent les garçons, que tu me dises encore des trucs cochons, mais des trucs cochons que tu penserais vraiment.

– Princesse, les garçons ne se branlent pas tous de la même façon ! Je ne peux te montrer que comment je me branle… regarde, regarde bien, Princesse, comme un gueux se branle quand il te regarde, quand il remarque la trace de ses dents sur ta peau, qu’il voit tes magnifiques seins aux tétons durcis, tendus appelant mes baisers…

– Tes morsures… continue…

– Penche-toi en avant, regarde, ta chatte dégoulinante de mon foutre est en elle-même bandante, mais en regardant ta toison maculée de mon sperme, je me souviens de ce que nous avons fait pour en… Ne te penche pas autant… C’est quoi ce regard ?

– S’il te plaît…

– S’il te plaît quoi ?

– Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Jimmy me sourit, écarta ses doigts et me désigna le renflement à la base de son gland. Même si ça peut sembler mensonger, je voulais réellement comprendre pourquoi et comment le passage de ce bourrelet à l’entrée de mon vagin pouvait me procurer autant de plaisir. Jimmy avait été formel, il ne me pénétrerait plus avant quelques heures, afin que ma petite chatte fraîchement déflorée ne soit pas irritée. Jimmy tenait vraiment à ce qu’aucun nuage ne vienne ternir ma première fois.

Comment aurais-je pu faire autrement que le lui dire ? Et en lui posant la question, la solution m’est apparue. Quel bonheur que l’entendre gémir, me guider de ses mots crus teintés de mots d’amour, d’encouragements… Quand, j’ai changé de position, que sans cesser de chercher comprendre la magie de sa p’tite bosse avec ma bouche, j’offris mon corps à ses caresses, mais que d’une main ferme, j’ai attrapé la sienne pour qu’il se branle encore, Jimmy a soupiré « T’es une reine, Princesse ! »

Nous étions recroquevillés tête-bêche, je ne me lassai pas de sucer, de lécher, de téter le sexe de Jimmy qui arrêtait par moment de se branler et m’enjoignait à l’avaler un peu plus « Continue ce que tu fais avec ta langue… oui… oh, mais tu suces comme si tu aimais ça, Princesse ! Descessa de rire, tu vas finir par me la mordre ! »

Si mon initiation au cunni eut lieu plus tard dans la nuit, c’est parce que j’avais exigé qu’il me guidât de ses mots pendant ma première pipe. Sa main gauche courait sur mon corps, jouait avec les poils de ma toison, caressait mon ventre, glissait vers mes fesses, mes cuisses, mes fesses, mes seins, mon ventre, mon pubis, un peu plus bas encore « Non, je ne rentrerai pas ! », un éclair de plaisir fulgurant et presque douloureux. « Tu vois, comme ton clitoris est sensible ? ». Mon corps cherchait à se frotter contre son avant-bras. Tout en commentant, Jimmy m’encourageait, se félicitait d’avoir cherché l’appoint chez le kiosquier, d’avoir pris le bus suivant, de m’y avoir trouvée. Ses doigts lissaient ma toison pubienne, ils jouaient avec mes poils, je sentais mon clitoris tout gonflé… cette vague que je commençais à connaître semblait vouloir me submerger à nouveau… La bouche pleine de la queue de Jimmy, je criai « Mords-moi ! » tout en plaquant mon corps contre sa bouche. Ses dents lacérèrent ma cuisse, j’étais au Paradis.

Je ne sais pas combien de fois je jouis cette nuit-là, mais mon corps était parsemé de morsures plus ou moins profondes. En les comptant, je ne pus m’empêcher d’en remercier Jimmy.

– À chaque fois que tes dents ont transpercé ma peau, je me suis senti devenir femme.

– À chaque fois que tu t’offrais à ma morsure, tu faisais de moi un homme. Un vrai. Fier et invincible. Encore une « première fois » à ajouter à notre liste, Princesse ! Tu as fait de moi un homme bien plus puissant que tous les dieux réunis… et si j’exagère, je n’en ai pas l’impression !

Aussi étrange que cela puisse paraître, je n’ai jamais douté du sérieux et de la sincérité de son propos.

Il était convenu que je rentrerai le samedi dans la matinée. Jimmy me raccompagna peu après quinze heures. Je pensais subir le courroux parental, il n’en fut rien. Je me précipitai dans ma chambre afin de me changer. Quand Jimmy vint déjeuner, le dimanche suivant, que je le complimentai sur sa bonne mine, que maman lui apprit que depuis mon retour, j’étais d’une grande insolence, il eut un sursaut de surprise.

– Odette n’est pas folle, enfin pas plus que la semaine dernière, seulement voilà… lors de sa soirée-pyjama, elle et ses copines ont eu l’idée d’un concours de suçons, qu’elle refuse de montrer, même à moi, sa mère… C’est la raison de ce pull à col roulé et de ce pantalon alors qu’il fait une chaleur à crever !

Martial et mon père se moquèrent de moi, j’encourageai Jimmy à les imiter puisque tel était mon sort depuis mon retour.

– Je m’en voudrais de gâcher le souvenir d’une soirée qui me semble t’avoir bien plu, en le salissant avec des plaisanteries de mauvais aloi !

– Merci, Jimmy ! Toi, tu comprends les filles, au moins !

Après cette nuit, Jimmy et moi avons tenu parole, notre relation est redevenue telle qu’avant. Il était l’ami de mon grand frère, j’étais la petite sœur de son ami. Nous nous entendions tous très bien, mais il m’a fallu plusieurs années avant oser lui demander s’il en avait parlé à Martial ou à Jean-Luc. J’ai été agréablement surprise d’apprendre qu’il leur avait tout raconté dès les jours suivants. Aucun d’entre eux n’y avait jamais fait allusion, ni en paroles, ni en clins d’yeux grivois ou en sourires convenus.

En revanche, quelques semaines plus tard, papa et maman avaient décidé de poser un nouveau papier peint dans leur chambre et avaient demandé « aux gamins » de les aider en vidant la pièce de ses meubles, de ses rideaux et autres ornements, puisque nous étions en vacances et qu’eux prenaient les leurs au mois d’août et par conséquent, travaillaient.

Martial, perché sur le lit, décrochait avec grand soin l’énorme cadre qui le surplombait. Le cadre pesait des tonnes, la vitre en verre épais protégeait un portrait très daté, les représentant de 3/4, le regard au loin. Pour éviter tout risque d’accident, nous avions formé une chaîne, Martial sur le lit décrocherait le portrait, le tendrait à Jean-Luc au pied du lit, qui le passerait à Jimmy, lequel poserait le cadre sur la table où je serai chargée de le dépoussiérer.

En le décrochant et avant de le tendre à Jean-Luc, Martial ne put s’empêcher de lire à voix haute, la citation de Saint-Exupéry que papa avait calligraphiée sur la Marie-Louise « L’amour ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Je pouffai discrètement. Surpris, Jimmy m’interrogea du regard. Je lui répondis malicieusement et à mi-voix « La levrette aussi ! » Il sourit. Un éclair illumina son regard. Le mien comprit et glissa le long de son corps. Quand je constatai qu’il bandait, je me précipitai dans ma chambre, en tirai le verrou, m’adossai à la porte, baissai mon short et ma culotte, me masturbai frénétiquement en repensant à son corps contre le mien, à son corps sous mes baisers, à mon corps sous ses caresses, à son corps sous les miennes, à mon corps sous ses baisers, à nos corps imbriqués, à nos bouches siamoises, à nos langues emmêlées et enfin, enfin à ses dents déchirant ma peau, au bruit de ma peau cédant sous ses dents, au goût métallique de son prochain baiser, cette divine morsure dont le souvenir déclencha un orgasme puissant.

Qui est qui ? – De Rosalie à Manon

Les personnages se multipliant, au propre comme au figuré, les liens entre eux se complexifiant, je publierai chaque semaine, en page d’accueil, l’arbre généalogique d’une lignée.

À tout seigneur, tout honneur. je débute par les descendants de Rosalie, Bouton d’Or.

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Merci pour le chocolat ! (Compte-rendu de la 2ème séance pré-intronisation)

Le 25 avril 2019

1 – La convocation

Manon est venue nous chercher, pour que nous servions de juges dans un litige sur un point capital, litige qui opposait Lucas et Émilie. Nous cherchions du regard de quoi nous vêtir quand elle a chantonné « Come as U are » à la façon de la pub McDo, ce que Jimmy et le Balafré lui ont reproché. Manon a éclaté de rire, les a regardés « Ah… j’avais oublié… toi, t’es plus branché “L’été s’ra chaud” ! » en effectuant une chorégraphie que d’aucuns qualifieraient de ridicule, mais que je défendrais avec toute la mauvaise foi requise par de longues années d’amitié. Certains ont ri avec Manon, mais d’autres se sont montrés solidaires envers Jimmy.

Madame gloussa comme un dindon en traversant la cour. Elle avait enfilé à la hâte un déshabillé soyeux et les regards concupiscents du Notaire et du Bavard l’avaient poussée à laisser échapper ce cri ridicule. Nous étions légèrement vêtus, mais aucun d’entre nous n’était nu.

En effet, l’heure était grave, le motif du litige d’importance. Qui d’Émilie ou de Lucas préparait le vrai, l’unique chocolat ? Tous les regards se portaient sur nous, les anciens, nous qui savions, nous qui avions dégusté à maintes reprises celui que préparait Louise, nous qui en connaissions la recette, nous qui serions en capacité de trancher et pouvoir ainsi clore définitivement le débat.

Nous prenions notre rôle de jury très à cœur, nous penchant en avant pour mieux confronter nos impressions. Jimmy rendit sa sentence.

– Pour ce qui est du goût, le chocolat préparé par Lucas est incontestablement le plus proche de la recette originale de Louise. Mais le meilleur est celui préparé par Émilie, qui a suivi la recette d’Odette, la version gourmande de celle de Louise.

– Tu… tu connais le goût… d’Odette ?

– On peut dire ça comme ça, en effet !

– Mais non ! Tu vois ce que je veux dire… tu connais le goût du chocolat de mémé Dédette ?

– Oui. Aussi. Mais, pitié, appelle-la plutôt Odette !

– Quoi ? Quoi ? Quoi ? Que cache ce “Aussi” ?

Émilie a sursauté, Jimmy a ri en reprochant au Balafré et à Monique d’avoir trop affûté l’esprit de la petite Manon.

2 – Le récit de Jimmy

Après mon service, j’ai vécu quelques années à Paris. Martial m’invitait souvent à partager leur repas avant de passer la soirée dans sa chambre, à refaire le monde, à boire et à fumer, à écouter de la musique, à nous raconter nos exploits, nos conquêtes réelles ou fantasmées, à nous préparer à sortir en boîte…

Un soir, alors que je revenais de la bibliothèque universitaire, je croisai Odette dans le bus, une surprenante valisette à la main. Je lui demandai où elle allait. Toute excitée, elle m’expliqua qu’une de ses copines organisait une boum et qu’elle avait obtenu à la dernière minute, l’autorisation d’y rester dormir. Ni ses parents ni ceux de sa copine ne possédaient le téléphone, la surprise que sa venue allait lui faire était pour beaucoup dans l’excitation d’Odette. Nous devisions joyeusement, elle trouvait amusant que ce soit à mon tour de passer une soirée studieuse et solitaire.

Je descendis à mon arrêt, me retournai pour lui faire un signe de la main, quand je constatai qu’elle était descendue à ma suite. « Est-ce que je pourrais te demander de me rendre un service ? » À son regard inquiet, je compris que ce n’était pas le genre de service qu’on pouvait demander incidemment au coin d’une rue, fut-elle animée. Supposant qu’elle allait m’avouer qu’elle passerait la soirée et la nuit, non pas chez une copine, mais avec son petit ami, n’osant pas lui proposer de monter dans ma garçonnière, je lui offrais d’en parler autour d’un verre.

– Jure-moi de garder le silence sur ce que je vais te demander. J’ai des copines qui ont déjà couché… elles disent que la première fois, c’est toujours nul, qu’il faut en passer par là, ça ne fait pas toujours mal, mais ça n’est jamais agréable la première fois. Mais moi, je suis sûre que c’est parce que les mecs étaient puceaux eux aussi. Alors, je me demandais… est-ce que tu voudrais me dépuceler, en t’appliquant pour que j’en garde un bon souvenir ?

Abasourdi, je regardai tout autour de moi, effrayé à l’idée que quelqu’un ait pu entendre ses mots. Presque aussitôt, je réalisai que personne ne nous connaissait, que personne ne savait qu’elle était la petite sœur de mon meilleur ami. Pour tous ces gens, nous étions un couple d’amoureux et c’est ainsi que j’acceptai sa proposition, à condition toutefois, de pouvoir en parler librement à Martial si j’en éprouvais le besoin. J’insistai sur ma volonté que les heures qui allaient suivre ne changent en rien les rapports que j’entretenais avec elle. Odette me tendit son petit doigt recourbé afin que j’y accroche le mien, sa façon toute adolescente de « toper là ».

Arrivés chez moi, Odette se tint debout au beau milieu de la pièce, semblant chercher quelque chose du regard, elle respirait à pleins poumons comme pour s’imprégner de l’air ambiant.

Je ne veux rien oublier de cette soirée ! Euh… je me déshabille ou tu me déshabilles ?

Son sourire coquin et son regard mi-effronté, mi-craintif me firent l’effet d’une gifle. Je m’ébrouai comme on cherche sa lucidité et lui annonçai un changement de programme.

– Non, Odette. Non. Pas ici. Pas comme ça. Pas maintenant. Remets ta gabardine, prends ta petite valise et suis-moi !

– Tu… tu me ramènes chez moi ?

– Sauf si tu y tiens, mais… quant à moi… À nana exceptionnelle, il faut une ambiance et un cadre exceptionnels ! Vérifions tout d’abord si nous avons de la chance…

En chemin, je lui expliquai mon plan de bataille et les solutions de repli. J’avais fait exprès d’employer ces termes, un peu par jeu, beaucoup par défi. « Et si pour ce soir, tu oubliais un peu tes études ? » Je ne connais aucun mot pour exprimer l’intensité de notre regard à cet instant précis.

À la sortie du métro, une bouffée d’air chaud nous surprit. Odette retira sa gabardine qu’elle posa sur son avant-bras. Elle courait en direction des quais, se retournant tous les deux pas « Viens ! Mais viens ! Plus vite ! » Je me régalais du spectacle de sa robe qui, en virevoltant, dévoilait ses magnifiques jambes.

Nous avions de la chance, dit l’employé des bateaux-mouche, une table venait de se décommander, nous pouvions donc embarquer pour ce dîner-croisière. Je vous jure que j’ignorais tout de l’histoire de la photo de Jean-Baptiste avant que Martial ne m’en parle, sept ans plus tard !

Une fois installés, Odette me demanda ce qu’elle devait choisir et si sur ma carte aussi les prix étaient absents. Tout en me posant la question, elle se leva et se pencha pour vérifier.

– Ouah ! C’est vachement cher !

– Rien n’est plus beau que tes seins… euh… rien n’est trop beau pour toi !

J’avais du mal à déglutir.

– Bah ! Tu les as même pas vus !

Je lui expliquai qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à sentir le désir de son partenaire s’accroître tout au long de la soirée, qu’elle devrait guetter ces petites flammèches qui le ravivent, l’entretiennent, et lui rappelai encore qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à se sentir ainsi désirée. Elle rétorqua

– C’est facile pour toi, tu le sais tout de suite si tu bandes ou pas, tandis que pour moi…

– Ça ne t’arrive jamais de ressentir comme une brûlure entre les cuisses ?

Odette baissa les yeux et marmonna « Si »

– Et que fais-tu dans ce cas-là ?

Le serveur prit notre commande et revint presque aussitôt avec nos coupes de Champagne. De vraies coupes, puisqu’à l’époque, on ne le servait pas dans des flûtes. Nous trinquâmes et la réponse d’Odette s’évanouit au milieu du tintement des verres qui s’entrechoquaient autour de nous.

– Tu disais ?

– Je mets mon oreiller entre mes cuisses que je serre très fort jusqu’à ce que ça passe…

Je fermai les yeux pour tout à la fois chasser cette image et la graver à tout jamais dans ma mémoire. Odette se méprit.

– Mais je suis encore vierge, tu sais… tu veux touj… ? Pourquoi tu fermes les yeux ?

– Je me représentais la scène et…

– Et ?

– J’ai eu besoin de quelques secondes de… méditation pour m’empêcher de te culbuter. Là. Tout de suite. Sur la table !

– Tu… tu bandes ?

– Oui

Elle me fit craquer quand elle posa ses mains sur ses joues. « Oh… la chance ! » Le serveur venait de nous apporter les entrées quand elle me demanda, si ça ne faisait pas un peu mal. J’éclatai de rire en répondant non, à nouveau, elle soupira « La chance… ! »

– Pourquoi ? Ça te fait mal ? Avec l’oreiller ?

Prenant des airs de conspiratrice, elle me dit.

– Des fois, c’est pire avec l’oreiller ! Tellement pire que je suis obligée de m’asseoir sur du froid pour tout arrêter !

– Et tu n’as jamais eu l’idée de te… soulager ? De t’offrir du plaisir ?

– Tu… tu crois que je peux ?

– Mais bien sûr ! Qui aurait le droit de t’en empêcher ?

– Mais je te demandais pas si je peux, genre « Je peux ? J’ai le droit ? », je te demandais « Je peux ? », genre « Tu crois que c’est possible ? » !

Je remarquai le sourire en coin du serveur qui ne perdait pas une miette de notre conversation. J’éclatai de rire.

– Ça c’est sûr ! Je sais que tu le peux !

Le serveur desservait notre couvert quand elle me demanda « Tu pourras me montrer comment faire ? Tu veux bien ? » Je la rassurai sur ce point. Elle me regarda avec fierté et gratitude.

– J’étais sûre que… avec toi… Après, tu pourras me demander tout ce que tu veux, tu sais ! Tout. Tout. Tout !

Le serveur trébucha, ce qui créa un peu de diversion. Tout au long du repas, elle me posa des tas de questions, me fit des confidences. Nous étions assis côte à côte en attendant le photographe, quand elle me demanda si je bandais. Je répondis oui. « Je peux toucher ? » La peur que l’on remarque son geste malgré la table derrière laquelle nous étions assis, l’excitation que cette crainte engendrait me fit bander puis débander puis rebander mollement. Je sentis sa main sur mon pantalon. Je la dirigeai discrètement.

– C’est normal que quand je te touche ça me fasse des trucs dans les nichons ? Pas sur le bout du téton, mais… tout autour des mamelons… comme plein de petites piqûres d’aiguille, mais en vachement agréable… Oh ! Mais t’en as un autre ou c’est le même ?

Je ne pus calmer mon fou-rire qu’à l’arrivée du photographe. À la fin de cette croisière, avant de descendre sur le quai, Odette ouvrit son porte-monnaie et s’excusa de ne pas pouvoir donner plus au serveur, qui la rassura en lui disant que c’était le geste qui comptait.

Pendant ma vie d’étudiant, j’ai exercé plusieurs petits boulots ; en 1967, j’étais tout à la fois le guide et le conservateur d’un hôtel particulier du 18ᵉ siècle. Quand j’en ouvris les grilles à Odette, elle s’écria « Je suis une princesse ! Je suis une princesse ! » Je la pris dans mes bras « Chaque homme qui te désirera devra te traiter comme telle, Princesse ! »

Je voulus lui faire visiter les lieux, mais dans un des boudoirs, n’y tenant plus, je l’embrassai. Elle me demanda

– C’était bien ? T’as aimé ?

Je lui retournai la question. Elle parut réfléchir, hésiter, m’embrassa de nouveau. « J’adore ça ! » Nous nous effondrâmes sur le sofa, inscrit au Mobilier National, nos baisers étaient de plus en plus fougueux quand elle me supplia de lui “peloter les nichons”. Le temps qu’elle dégrafe sa robe, je me déshabillai. J’étais en train de retirer mon slip quand elle s’arrêta net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules. « Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! » et comme si elle me le reprochait « Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai ! ». Tendant un index timide, elle me demanda « Je peux ? » Comment le lui refuser ? Je lui rappelai toutefois son souhait de se faire peloter les nichons. Elle eut un geste agacé, comme pour me dire « plus tard ».

Nous étions dans ce boudoir parce qu’il n’était percé d’aucune fenêtre, que la lumière pour les visiteurs y était volontairement tamisée. Odette regardait mon sexe de tout près, le touchant, le manipulant comme un enfant découvre un jouet. J’avais eu le tort de lui dire « Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas ». Alors, elle le taquinait du bout de l’index.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Appelons nos amis pour nous départager !

Elle fit alors courir ses longs doigts graciles le long de mon corps.

Bite ? Verge ?

Ses deux mains à plat sur mes cuisses convergèrent vers mon membre. « Pénis ! », puis me regardant.

On dit « pénisse » ou « péni » ?

– Pénisse, sauf si tu veux plaisanter

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Je ne pus m’empêcher de crisper mes mains autour de sa tête, ni de réprimer un juron quand sa langue lécha mon sexe sur toute sa longueur.

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Je finis de la dévêtir, en prenant tout mon temps. Je voulais qu’elle grave à tout jamais cette nuit dans sa mémoire, mais je tenais également à ne jamais oublier mes propres sensations, à ne jamais oublier l’éclat de sa peau brune magnifiée par cette lumière oblique, sa douceur, sa chaleur, ses seins ronds et déjà lourds. Pour éviter de jouir trop vite, je déplaçai ses mains de mon corps vers le sien, nous nous embrassions comme pour prolonger ces préliminaires. Nos doigts se rejoignirent sur son pubis. J’allais lui expliquer comment soulager la brûlure dont elle m’avait parlé plus tôt quand elle me demanda si j’avais déjà couché avec une noire. Devais-je mentir ? Elle lut la réponse dans mon regard hésitant et manifesta son dépit.

J’aurais dû m’en douter…

– Ça t’ennuie ?

– Non, mais comme tu vas être mon premier… j’aurais aimé être ta première quelque chose…

Comment lui dire qu’elle resterait à jamais la première de beaucoup de choses ? Comment lui expliquer qu’elle resterait pour toujours la première pour laquelle j’avais dépensé en un repas la somme avec laquelle j’aurais pu manger pendant quinze jours et que je ne le regrettais pas… la première avec laquelle je passais un moment aussi joyeux que sensuel, aussi léger qu’émouvant avec une telle évidence… la première que j’emmenais sur mon lieu de travail… la première à m’avoir sucé sur le sofa sur lequel d’anciens propriétaires prestigieux avaient certainement connu les mêmes plaisirs ?

– Je n’ai jamais couché avec la petite sœur d’un de mes amis, tu es donc la première !

– T’es sûr ? Jure-moi que c’est vrai !

– Est-ce que Martial a une autre sœur ? Non.

T’as même pas un peu couché avec une sœur de Jean-Luc ?

– Mais… Jean-Luc n’a pas de sœur !

– C’était pour être sûre… Tant mieux alors !

Soudain, elle retint ma main.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… c’est… comme tout mouillé…

– Mais c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Je glissai mon majeur entre ses lèvres. Bon sang, elle était trempée ! Je la pénétrai de mon doigt avec l’intention de le faire aller et venir, mais elle croisa violemment ses cuisses, bloquant ma main et m’interdisant le moindre mouvement. Je sentais son corps onduler et une longue plainte venue du plus profond de ses tripes s’échappa de sa bouche.

J’aurais voulu qu’elle ne fermât point les yeux. Quand elle les rouvrit, elle voulut s’en excuser.

– C’était tellement bon ! Il n’y a rien de meilleur, n’est-ce pas ?

Regardant mon sexe et remarquant mon sourire, Odette ajouta

– C’est encore meilleur avec une bite ?

Je m’étais promis de lui faire découvrir d’autres plaisirs avant de la pénétrer, mais cette remarque anéantit toutes mes bonnes résolutions. Je me levai, la pris dans mes bras, la déposai sur le lit de la chambre nuptiale. Prenant une voix de baryton, je lui dis enfin.

– Qui t’a parlé de bite ? Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge ! … C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça ! Non ! Garde tes yeux ouverts !

Je la pénétrai lentement, à l’affût du moindre sursaut, du plus léger frémissement indiquant une quelconque douleur ou un éventuel déplaisir. Sa bouche semblait psalmodier une prière, je lui demandai si elle avait mal, pour toute réponse, elle me sourit et, comme anéantie, fit non de la tête, je regardais sa boule afro danser sur l’édredon. Qu’elle était belle ! Quand elle put enfin parler, elle me demanda si c’était aussi agréable pour moi. Voyant mon sourire, elle me demanda d’une toute petite voix si je pouvais me retirer pour la prendre à nouveau. Je m’exécutai avec un étonnement non feint. Elle venait d’ajouter, sans le savoir, un nouvel item “première fois”, parce qu’elle reste la première à avoir exprimé tout naturellement son désir. Je me retirai prestement et la pénétrai de nouveau au ralenti.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! j’aime bien la p’tite bosse…

La p’tite bosse ? Ça ?

– Oui ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

Tu m’as dit « stop »

J’acceptai de reprendre mes va-et-vient à la condition qu’elle me guide avec ses mots, tantôt elle voulait que j’aille vite, tantôt lentement, elle demandait que j’aille « tout au fond » ou, a contrario, de maintenir mon gland à l’entrée de son vagin. Elle donnait parfois l’impression de suffoquer jusqu’à ce qu’une grande inspiration soulève sa magnifique poitrine. Elle me réclamait des baisers, je les lui offrais.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Je pris sa main et la guidai vers son clitoris.

Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

Je posai ma main sur la sienne, mes doigts exerçant une pression sur les siens.

– Odette, je vais jouir…

Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

Ému, je me penchai pour l’embrasser quand je remarquai un cercle saillant autour de ses aréoles. Je décidai de les caresser du bout de la langue, pensant naïvement parvenir à retarder mon éjaculation. Odette poussa un charmant petit cri aigu et délicat.

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

N’arrête pas ! N’arrête… pas !

Je me figeai en elle, espérant ne pas débander trop vite, elle arrêta de se caresser, me demanda de le faire à sa place tandis qu’elle se caressait les seins. Nous nous sentions tellement bien que j’acceptai sa proposition, retarder au maximum l’explosion de son plaisir. Je bougeai à peine tant je redoutais sortir de son vagin et, alors que j’avais craint la débandaison, je sentis ma queue redevenir vaillante. Odette s’en aperçut également.

– Merci, Jimmy !

– Y a pas de quoi, Odette !

Quand elle jouit, ma bite était à nouveau dans une forme olympique, mais je craignais d’irriter le sexe fraîchement dépucelé d’Odette, aussi, je me retirai assez vite.

– Tu me montres la p’tite bosse ?

Dans un sourire, je lui fis découvrir le bourrelet à la base de mon gland. Elle l’embrassa avec tendresse.

C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue… !

Durant toute la nuit, je fus secrètement jaloux de l’homme qui aurait la chance de partager sa vie. Odette était avide de plaisirs, curieuse, belle, libre de son corps, de ses pensées, inventive…

J’étais invité au déjeuner dominical chez Martial et ses parents, une journée s’était passée depuis notre nuit, je me demandais quelle contenance je devrais prendre. J’étais tellement troublé par ces heures passées avec Odette que si elle me l’avait demandé, j’aurais fait ma vie avec elle, mais elle s’en tint à notre accord initial. Elle me fit la bise « Oh, t’as l’air en pleine forme dis-moi ! », Louise m’apprit que depuis la boum à laquelle elle avait assisté, Odette se montrait particulièrement insolente sous ses airs angéliques. J’aurais dû être embarrassé de ce mensonge, mais j’étais heureux de le faire.

Peu après, Odette rencontra Bertrand, avec lequel elle eut très vite un premier enfant, puis un autre et enfin un troisième. Quand je m’installai à Lyon, nos liens se distendirent, nous nous envoyions nos vœux de bonne année, un petit mot pour chaque anniversaire, mais j’avais surtout de ses nouvelles par Martial.

Je ne l’ai vraiment revue qu’aux obsèques de ses parents. Leur mort avait été si brutale qu’elle nous a tous anesthésiés. En revenant du cimetière, avant d’entrer dans leur petite maison, je la vis tirant nerveusement sur une cigarette. Avec l’espoir de faire naître un sourire sur ses lèvres, je lui demandai « Comment va ma Princesse ? ».

Odette s’effondra dans mes bras. Je pensais avoir ravivé ses plaies et m’en voulais quand elle m’avoua ce que toute sa famille ignorait encore.

– Tu parles d’une princesse ! Elle a quarante ans et autant de kilos en plus, ta princesse ! Son mari la fait cocue et va emménager à la fin du mois avec une plus jeune et bien plus belle qu’elle ! Monsieur a besoin de découvrir de nouveaux horizons ! Si seulement, j’en avais la possibilité, moi aussi j’aimerais en découvrir, de nouveaux horizons !

– Serviteur !

Je m’étais incliné vers elle, dans la posture requise par tous les manuels de savoir-vivre.

– Te fous pas de moi, chuis pas d’humeur…

J’attrapai ses poings au vol, l’obligeai à me regarder dans les yeux.

Je suis sérieux, Odette ! Tu peux poser des congés rapidement ?

Ça fait six mois que je suis à la retraite !

– Déjà ? Mais…

Enfin, je la revis sourire ! Elle m’embrassa sur la joue.

Flatteur, va !

– Et ton connard de mari, il compte partir quand au juste ?

Le 30… ils emménagent à Cannes.

– À Cannes ? Pff… quel ringard !

Note de Sylvie : Jimmy a interrompu son récit pour s’adresser à Émilie « Avec tout le respect que je dois à ton grand-père ! »

Tu crois que j’ai l’air plus fine, moi, avec mon pavillon devenu trop grand en Seine-et-Marne ?

– D’où l’urgence de te faire découvrir de nouveaux horizons !

– C’est quoi ce regard lubrique ?

– De nouveaux horizons, Princesse !

Mais t’as vu c’qu’elle est d’venue ta Princesse ? C’est facile pour toi, t’as pas changé, t’as gardé ton corps de jeune homme ! Pas un pèt’ de graisse…

J’objectai mollement, sincèrement flatté qu’elle me vît ainsi. Tel un maquignon estimant la valeur d’un bestiau, elle palpa mon abdomen.

– Oui, mais ça c’est pas du gras ! C’est du rembourrage, ça compte pas ! Alors que moi… regarde-moi ça !

Elle me désigna Martial qui se dirigeait vers nous.

– C’est marrant, tout de même… Papa et maman n’étaient pas gros, alors que nous…

– Ça va ? Pourquoi vous n’entrez pas ?

– J’essaie de convaincre ta sœur d’accepter l’idée de découvrir de nouveaux horizons…

– Avec Bertrand ? Ça s’arrange, finalement ? Sylvie craignait que…

– Oui !

– Pas vraiment…

– Oui ou pas vraiment ? Mettez-vous d’accord !

Bertrand me quitte, il déménage à Cannes avec sa pouffiasse.

Odette !

Quoi « Odette ! » ? Laisse-moi le temps de digérer le truc avant de me demander d’être peace&love !

– D’où les nouveaux horizons

– Ah ouais… genre… « Serviteur ! » ?

– Exactement !

– Dédette, tu peux pas refuser !

– Si je te dis « nouveaux horizons », tu me réponds… ?

– Canada

Alors… va pour le Canada ! On embarque à la fin du mois !

– Mais t’es taré ! Complètement taré !

En s’éloignant, Martial nous dit « Je vais leur dire de vous laisser en paix, que vous avez besoin de vous isoler pour parler un peu. Mais savoir que vous arrangez en douce une escapade amoureuse… c’est comme si papa et maman n’étaient pas morts, que Sylvie n’était pas dans le coma… Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir… la vie continue et vous en êtes la preuve ! »

Note de Sylvie : Émilie s’est exclamée « Mais j’y étais ! » et d’une pichenette sur l’épaule de Lucas « Et tu y étais aussi, non ? »

– Oui, vous y étiez, quant à Sylvie, elle a préféré se faire renverser par une voiture et dormir ensuite pendant vingt-sept longs jours plutôt qu’assister aux obsèques de ses beaux-parents !

« La relève » voulut connaître la suite de l’histoire.

– Et alors ? Bah… je l’ai emmenée au Canada pour lui faire découvrir de nouveaux horizons… et voici ce qu’Odette qualifie de « regard lubrique » !

– Euh… oui, mais en même temps, elle a pas tort ! C’est carrément un regard lubrique ! Vas-y, Jimmy, raconte comment vous avez tout mis au point !

Avec les années, le quotidien, Odette avait oublié qu’elle est belle, qu’elle est née belle, qu’elle a grandi belle, qu’elle sera belle jusqu’à son dernier souffle. La femme qu’elle me décrivait n’était pas celle qui se tenait devant moi. Je crus qu’elle l’avait compris quand je la vis esquisser un sourire. Par jeu, je lui en demandai la raison.

– Je voulais savoir… j’avais droit à combien de vœux ?

– ??

Pour les nouveaux horizons… j’ai privilégié la destination, mais…

– Odette ! Je n’aurai jamais la patience d’attendre tout un mois !

Il le faudra bien, Jimmy. Laisse-moi me faire à l’idée que je peux encore être une princesse !

Mais tu l’es ! Tu es une princesse, Princesse !

– C’est peut-être évident pour toi, mais ça ne l’est plus pour moi et depuis belle-lurette ! Laisse-moi me faire à l’idée… j’ai besoin de faire la paix avec moi-même !

Alors, laisse-moi tout organiser, l’attente sera moins pénible…

Elle se hissa sur la pointe des pieds, pour m’embrasser sur la joue, puis, après avoir jeté un bref coup d’œil en direction de la maison, se ravisa « Après tout… » et me roula une pelle. « À tous les coups, je vais passer un mois entier à rêver de statues… ! » Je lui mis une claque sur les fesses.

Note de Sylvie : Jimmy s’en est excusé, mais a interrompu son récit pour passer un coup de fil. Il est revenu, le sourire aux lèvres.

Odette prend le premier vol, j’ai enfin réussi à la convaincre venir ici, parce que la petite Émilie voulait en apprendre plus sur sa grand-mère.

– Mais… pourquoi vous n’avez pas fait votre vie ensemble ?

– Mais parce que mon désir de ne pas avoir d’enfant était aussi fort que le sien d’en avoir ! Quelles aspirations aurions-nous dû réprimer ? Son désir de fonder une famille nombreuse était-il plus ou moins légitime que le mien ?

– Mais, quand vous vous êtes retrouvés, en 2009, ses enfants étaient partis…

– Quarante années avaient passé ! J’ai ma vie, une vie que j’aime par-dessus tout et… si ta grand-mère a de nombreuses et indéniables qualités, la perfection n’étant pas de ce monde, je dois t’avouer qu’Odette est malheureusement atteinte du syndrome de la monogamie ! Je n’ai aucune envie de cacher que je me tripote si je suis excité par le cul de Monique ou par les seins de Cathy… tu vois ce que je veux dire ? Quant à Odette, elle préfère m’avoir sept semaines une fois par an pour elle toute seule qu’avoir à me partager avec d’autres le reste de l’année…

– Attends ! Il n’y a pas eu qu’un voyage ? Sept semaines par an ? ! Mais on l’aurait remarqué ! Dédette ne quitte son appart’ que pour partir en cure !

– Cure qui dure… ?

– Oh putain ! C’est toi la fameuse cure miraculeuse ? Elle en revient toujours en pleine forme et de super bonne humeur !

– Je suis ravi de voir que vous en profitez aussi !

– Oh putain ! Mémé Dédette… une bombe au pieu… oh putain !

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – La playlist du slideshow

En cliquant sur chacune des images, vous pourrez écouter les chansons ou morceaux auxquels pensait Manon pour sa présentation. En cliquant sur cette phrase, vous atteindrez la playlist complète.